Wake up America, 1940-1960 (Lewis & Aydin & Powell)

Lewis – Aydin – Powell © Rue de Sèvres – 2014
Lewis – Aydin – Powell © Rue de Sèvres – 2014

20 janvier 2009. Le Président Barack Obama va prêter serment et devenir le 44è Président des Etats-Unis. Deux ans après le début de son mandat, il remettra la Médaille de la Liberté à John Lewis pour son engagement dans la lutte pour les droits civiques.

Mais revenons à ce jour de janvier 2009. Ce jour-là, le député John Lewis se lève, il doit retrouver sa sœur Rosa à son bureau du Congrès (Washington). Ensemble, ils se rendront à la cérémonie d’investiture du premier président noir américain.

La survenue d’une jeune femme de couleur, accompagnée de ses deux enfants, les retardent un peu. Désireuse d’apprendre à ses fils l’histoire de leur pays, elle a fait un détour au Congrès pour leur montrer le bureau de Lewis, « je voulais que mes garçons en apprennent un peu plus sur leur histoire… Je voulais qu’ils voient tout le chemin parcouru ». John est là. Il les accueille comme on accueillerait un ami et profite des questions qu’on lui pose pour faire un bond en arrière. Sa mémoire lui est fidèle et il va se rassasier de souvenirs avant de partir pour la cérémonie. Il revient donc dans les années 1940 à l’époque où il était enfant et qu’il aidait ses parents à s’occuper de la ferme familiale.

John Lewis est l’un des « Six Grands » leaders des mouvements pour les droits civiques aux Etats-Unis. Dans cet ouvrage, il nous ouvre sa mémoire et raconte son parcours hors du commun. De son Alabama natale aux sit-in de protestation dans le Tennessee… voyage au cœur de l’Histoire.

Sorti en février 2013 aux Etats-Unis chez Top Shelf, l’ouvrage est déjà réédité outre-Atrantique. Quant à nous, il nous aura fallu attendre un peu moins d’un an pour pouvoir découvrir le premier tome de cette série autobiographique. C’est l’occasion de découvrir en détail la vie de John Lewis. Issu d’une famille modeste, il va peu à peu faire preuve d’un intérêt particulier à l’égard des discriminations dont sont victimes les gens de couleurs sur le sol américain. C’est en 1955 qu’il entend pour la première fois Martin Luther King à la radio. Le prêche du pasteur va avoir un impact important sur l’enfant. « 1955 fut le début d’une nouvelle ère ». Lewis va chercher à se renseigner sur le Dr Martin Luther King puis peu à peu, va s’investir dans des causes locales qui militent et dénoncent les violations de la Constitution américaine à l’encontre du peuple noir. Il s’intéresse tout d’abord au Gospel social avant de s’inscrire à l’American Baptist Theological de Nashville. Malgré l’intérêt qu’il porte à ses études, John Lewis regrette de ne pas en faire plus pour sa communauté. Il envoie quelques lettres dont une à Martin Luther King. Ce dernier lui proposera une rencontre au printemps 1958 à Montgomery.

Dès lors, le destin de John Lewis est en marche. Il s’appuie sur l’élan donné par Martin Luther King à la communauté noire pour trouver la ressource de se mobiliser. En 1959, il est l’un des membres fondateurs du Nashville Student Movement. Ce mouvement organisera de nombreux sit-in non violents afin de dénoncer les attitudes ségrégationnistes qui perdurent.

Quatre-vingt-deux d’entre nous ont fini en prison ce jour-là. La police ne demandait pas mieux que de se débarrasser de nous, alors la caution est passée de 100 à 5 dollars. Mais cela ne changea rien. Nous n’allions pas coopérer de quelque façon que ce soit avec le système qui autorisait la discrimination contre laquelle nous luttions. Les autorités de Nashville ne mirent pas longtemps à comprendre qu’il était impossible de nous forcer à payer notre sortir. Vers 23H00, nous avons tous été relâchés.

Travaillé par John Lewis et Andrew Aydin, le scénario est d’une grande richesse. Les deux périodes présentes dans le récit se succèdent de manière fluide, sans aucune secousse. On passe ainsi du présent au passé sans aucune difficulté, ce qui permet au lecteur de vivre intensément les deux périodes. Beaucoup d’émotions se dégagent de ces pages, on est comme porté par le mouvement mené par les étudiants noirs américains. Sans aucun jugement de valeur, le récit s’appuie essentiellement sur des faits objectifs, charge au lecteur de faire le reste. On accompagne ainsi les différents protagonistes jusqu’au 10 mai 1960, date à laquelle Martin Luther King prononce un discours à Nashville… reste désormais à attendre la sortie du second tome ! Ce dernier se consacre à la période qui va de 1960 à 1963 (le tome 3 quant à lui aborde les années 1963-1968).

Quant au travail graphique de Nate Powell, il n’y a rien à redire. De cet auteur, je ne connaissais que Swallow me whole et je me rappelle encore des griefs que j’avais porté sur son travail d’illustration. Ici en revanche, les dessins illustrent parfaitement les propos. Le trait est réaliste et détaillé. On profite autant de la richesse des décors que de la précision avec laquelle il a dessiné les personnages. Tout en noir et blanc, l’auteur s’est cette fois servi de dégradés de gris pour travailler ses volumes plutôt que de recourir aux jeux de hachures comme il l’avait fait dans l’ouvrage cité plus haut. Mais ce n’est pas là la seule différence entre les deux albums. Il y a une agréable chaleur dans les pages de Wake up America, je ne pensais pas que cet auteur capable de porter si bien autant d’émotions et faire ressentir une forme de quiétude malgré la gravité du sujet. On sent une forme de force tranquille chez le héros. Ce dernier est porté par ses idéaux, en paix avec lui-même.

PictoOKCet ouvrage m’a impressionnée, tant sur le fond que sur la forme. On assiste ainsi au lent mouvement de la communauté blanche de Nashville qui intègre difficilement les citoyens de couleur. Un livre que je vous recommande.

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Enna (je vous invite à lire sa chronique en cliquant sur ce lien) et avec Mango dans le cadre du partage des BD du mercredi

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Les chroniques de Stephie, de David Fournol et de Marie-Hélène Giannoni.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2014 / Lieu : America

Challenge Petit Bac 2014
Challenge Petit Bac 2014

Wake up America

Tome 1 : 1940-1960

Trilogie terminée

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Nate POWELL

Scénaristes : John LEWIS & Andrew AYDIN

Dépôt légal : janvier 2014

ISBN : 978-2-36981-040-7

Bulles bulles bulles…

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Wake up America, tome 1 – Lewis – Aydin – Powell © Rue de Sèvres – 2014

Quatre soeurs, tome 1 : Enid (Ferdjoukh & Baur)

Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2014
Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2014

Enid a 9 ans. Elle est la plus jeune des cinq sœurs Verdelaine qui vit à la Vill’Hervé. Elles ont hérité du manoir familial à la mort de leurs parents.

C’est Charlie, l’aînée, âgé de 23 ans qui est devenue le responsable de famille. Elle est épaulée par Geneviève, 16 ans, qui gère toute l’intendance de la maison et s’enfuit deux heures par semaine, prétextant du baby-sitting alors qu’en fait elle prend des cours de boxe thaï en secret. Puis, viennent Bettina et Hortense, deux jeunes filles en pleine adolescence, aussi différentes que le jour et la nuit. La première est coquette, prétentieuse et pimbêche alors qu’Hortense est discrète, solitaire et passe des heures à écrire dans son journal intime. Enid quant à elle est une petite fille futée à l’imagination débordante.

Cet ouvrage est l’adaptation en bande dessinée du roman éponyme de Malika Ferdjoukh (cliquer sur ce lien pour voir la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur). L’adaptation fut éditée une première fois en 2010 aux Editions Delcourt mais depuis la création de rue de Sèvres, je trouve cela bien naturel que la série revienne dans le giron de L’Ecole des loisirs.

Ce roman décrit le quotidien de cinq sœurs orphelines. La Vill’Hervé est leur repaire, un bastion féminin autour duquel gravite une poignée de personnages dont Basile, un jeune médecin totalement épris de Charlie, l’ainée de la fratrie. Basile s’avère être un soutien de chaque instant, et même si Charlie refuse encore de parler mariage, cette issue s’annonce comme une évidence… mais laissons-nous surprendre par cette histoire.

Les cinq sœurs ont des personnalités très marquées mais ce qui m’a frappé en premier lieu, ce sont la chaleur et l’effervescence qui se dégagent de cet album malgré la gravité du sujet de fond. N’oublions pas que les parents de ces jeunes filles sont décédés depuis assez peu de temps (deux ans). En somme, c’est une belle surprise que de profiter que de leur capacité à encaisser les coups durs. elles font preuve d’une incroyable capacité de ressources et d’un sens de l’humeur à toute épreuve. Leur motivation à aller de l’avant et à croquer la vie à pleines dents envahit chaque page de cet album, exception faite pour la douce Hortence, plus taciturne et effacée que ses sœurs… la suite de la série nous dira si ce traumatisme l’a plus affectée que ses paires.

C’est donc bien loin d’un quotidien morose que la scénariste nous emporte. Elle va même jusqu’à jeter un soupçon de fantastique sur la vie de ces sœurs en épiçant son intrigue de quelques fantômes forts sympathiques. En effet, l’histoire évolue au cœur d’un manoir familial hanté dont nous irons, avec beaucoup d’humour et d’entrain, percer les mystères en compagnie de la jeune et intrépide Enid. enfin, une vieille bique leur sert de tutrice depuis la mort des parents et sa présence nous imposera quelques grincements de dents.

Le travail réalisé par Cati Baur sert à merveille l’atmosphère familiale. Les doux pastels qu’elle impose mettent en exergue le côté pétillant de ce quotidien mouvementé. Dans une certaine mesure, je n’ai pu m’empêcher de penser au travail de Camille Jourdy sur Rosalie Blum. Et même si la composition graphique de Cati Baur est plus conventionnelle que celle de Jourdy (on reste sur un découpage classique de planche : bandes et cases), du fait que le pourtour des cases s’arrête naturellement et du choix des coloris, on ressent tout à fait le plaisir que ces frangines ont à vivre ensemble. La mise en page accroît le côté ludique de la lecture en s’adaptant à la moindre variation narrative et porte ainsi parfaitement les émotions des personnages.

PictoOKUn album que je vous invite à découvrir d’autant que vu le ton employé pour ce premier titre de série, j’imagine difficilement que la suite ne profite pas de cette même qualité d’écriture. Une série en quatre tomes qui nous permettra également de comprendre le non-sens du titre de cette histoire, éludant sciemment une des sœurs dans son intitulé.

Une découverte que je dois notamment à Valérie. En effet, il y a deux ans, elle m’avait guidé vers cet ouvrage en publiant une chronique que je vous invite à lire. Découvrez aussi la chronique d’Enna !

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2014 / Sphère familiale : sœurs

Challenge Petit Bac 2014
Challenge Petit Bac 2014

Quatre sœurs

Tétralogie terminée
Tome 1 : Enid
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Cati BAUR
Scénariste : Malika FERDJOUKH
Dépôt légal : janvier 2014
ISBN : 978-2-36981-047-6

Bulles bulles bulles…

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Quatre sœurs, tome 1 – Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2014

Fanfulla (Milani & Pratt)

Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013
Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013

Bartolomeo Tito Alon, plus connu sous le nom de Fanfulla da Lodi, est un Condottiere.

On le découvre en mai 1527, pendant la septième guerre d’Italie. Pendant le sac de Rome, Fanfulla tente d’empêcher les exactions des troupes de Charles Quint sur la population. Au lendemain du combat, mis à défaut dans une rixe d’ivrogne, Fanfulla rentre dans les ordres et vivra reclus dans un couvent jusque 1529. Cette année-là, la ville de Florence se soulève contre leurs souverains : les Médicis. Une fois leurs seigneurs chassés, la République est proclamée ; Florence deviendra le fief de l’Empire peu de temps après. C’est le moment que Fanfulla choisit pour reprendre les armes.

« Et c’est ainsi que Fanfulla da Lodi, Maurizio et Rodrigo suivent Lamberto vers de nouvelles batailles… vers la guerre, la vie glorieuse et obscure de tout soldat de fortune ».

Les épisodes de cet album ont été initialement publiés dans l’hebdomadaire Corriere dei Piccoli. La prépublication a commencé en 1967 pour se terminer l’année suivante. En préface, Antonio Carboni explique que si la collaboration entre Hugo Pratt et Mino Milani se passait au mieux,les rapports étaient plutôt tendus entre Hugo Pratt et Carlo Triberti, directeur du journal italien. Triberti veilla à ce que le contrat éditorial entre l’hebdomadaire et le duo d’auteurs s’achève en temps et en heure.

Rue de Sèvres nous offre la possibilité de (re)découvrir Fanfulla, un récit qui a très peu attiré l’attention des éditeurs (la seule compilation française de ces épisodes avait été éditée par les Humanoïdes Associés en 1981). La présente édition proposée par Rue de Sèvres propose un nouveau regard sur cet univers grâce à la mise en couleur de Patrizia Zanotti.

Fanfulla raconte donc les aventures d’un soldat bourru, grande gueule, culotté mais fin stratège, ne cachant pas son penchant pour la boisson et les combats. Austère au premier abord, on finit pourtant par s’attacher à ce curieux personnage imprévisible, à ce bon samaritain prêt à défendre la veuve et l’orphelin. D’ailleurs, après une cuisante défaite lors d’une rixe entre ivrognes, il prendra la décision de s’engager dans les ordres… lui qui jusqu’alors saisissait la moindre occasion pour expliquer qu’il n’y entend rien bigoteries et autres (qui a déjà travaillé sur d’autres albums d’Hugo Pratt).

Cet album dispose d’un scénario très rythmé. L’histoire avance à la cadence d’un double-strip par page, quelques rares illustrations en pleine page marquent un court temps d’arrêt. Pourtant, le héros Fanfulla ne semble pas souffrir du peu de répit que lui laissent les auteurs ; l’homme semble incapable de se poser plus de deux secondes au même endroit, sauf si on lui met un verre entre les mains. La période qu’il passe dans un couvent est passée sous silence et n’est présente qu’à titre anecdotique. Cette ellipse narrative questionne légèrement puisque le lecteur peut être amené à se demander, compte-tenu de la personnalité de l’énergumène, comment le condottiere a pu passer deux ans dans un tel contexte, loin des champs de bataille, de ses amitiés viriles…

L’ambiance créée par Hugo Pratt fait ressentir la fougue du personnage. Un vent de liberté souffle dans ces pages où l’on perçoit la détermination de ces hommes à mener à vaincre et le plaisir qu’ils ont à combatte côte à côte. Outre la mise en couleur de Patrizia Zanotti, la différence majeure avec l’édition de 1981 est le choix d’un format à l’italienne qui accentue finalement la rapidité avec laquelle les événements se succèdent. Le dessin est assez nerveux et souffre de quelques imprécisions. J’ai régulièrement eu des difficultés à reconnaitre les personnages (est-du au graphisme ou à la vélocité du récit ?).

PictomouiBelle découverte qui ouvre sur un bon moment de lecture. Je reste pourtant mitigée sur cet album que j’ai lu sans ressentir de plaisir vraiment marqué. Je crois que ce qui m’a le plus intriguée, c’est la curiosité de pouvoir découvrir un album de Pratt que je ne connaissais pas. La structure de cet ouvrage passe un peu mal le cap des années, elle est vraiment propre aux albums de cette époque. De plus, les rebondissements permanents nous font un peu tourner la tête et la lecture se fait de manière saccadée. Agréable, divertissant mais la lecture ne fera pas trace.

Par association d’idées, ce personnage m’a fait penser au chevalier blanc incarné à l’écran par Gérard Lanvin.

La chronique d’Oncle Fumetti.

Fanfulla

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Hugo PRATT

Scénariste : Milo MILANI

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-3698-10087

Bulles bulles bulles…

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Fanfulla – Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013

Une histoire d’hommes (Zep)

Zep © Rue de Sèvres – 2013
Zep © Rue de Sèvres – 2013

« C’est une histoire au ton plus mélancolique, une histoire de copains qui formaient un groupe de rock, 20 ans auparavant. Ils se retrouvent chez Sandro, celui qui a continué et qui est devenu une star. Un week end dans la campagne anglaise du Devon qui va changer leurs vies… » nous explique Zep sur son site.

C’est l’histoire de JB, Yvan et Franck qui embarquent pour l’Angleterre. A l’approche de la quarantaine, ils ont des vies plus ou moins installées : JB vient d’obtenir la direction d’une usine qui produit des bâtonnets de poissons surgelés, marié, des enfants… une vie satisfaisante et tranquille. Franck se soigne d’un divorce dans les bras de sa seconde femme ; Sandro est devenu une rock-star et Yvan, quant à lui, n’a pas changé en vingt ans. Toujours la même peur de l’engagement, le même manque d’ambition… la même tronche.

Un week-end de retrouvailles pour certains d’entre eux qui ne s’étaient pas revus depuis que leur groupe avait périclité…

Ce nouvel album de Zep change radicalement de ce à quoi l’auteur nous avait habitués jusqu’à présent. Et j’attendais le moment de pouvoir lire cet auteur sur un registre qui me plait bien plus que l’idée de faire la même rentrée des classes à chaque fois qu’un album de Titeuf débarque dans les bas. Et il y avait matière à espérer que Zep viendrait sur le terrain du roman graphique ; ses ping-pong sont assez succulents (je vous conseille celui qu’il a réalisé avec Trondheim ou encore la rencontre avec Fred Peeters) et les Carnets intimes (Gallimard, 2011) laissaient penser qu’il avait peut-être envie de se tourner vers un récit plus authentique.

Une histoire d’hommes est un huis-clos dont l’action se déroule essentiellement dans un vieux manoir anglais. Le dessin est réaliste et les lavis retenus pour construire les teintes bichromes de l’album donnent au récit une ambiance intimiste. Les personnages semblent mis à nu, leurs sentiments à fleur de peau touchent le lecteur en plein cœur. Certes, les soixante pages consacrées à cette histoire d’hommes suffisent à faire ressentir les émotions et les sentiments des uns et des autres, mais il est vrai que je serais volontiers restée quelques pages encore en leur compagnie afin de fouiller un peu plus leurs souvenirs communs et en constater les répercussions sur le quotidien.

Cette histoire n’a pas été sans me rappeler Quelques jours avec un menteur (un récit complet d’Etienne Davodeau publié en 1997 chez Delcourt) où était question d’amitié, de sentiments, de couple et d’aveux qui se prononcent bien après les faits et offrent aux personnages principaux comme aux lecteurs, une autre lecture des événements.

Il y a beaucoup de tendresse dans cet album. Beaucoup de tendresse et une grande sincérité. Cela s’explique en partie par le fait que Zep s’appuie sur un sujet qu’il affectionne tout particulièrement puisqu’il est lui-même musicien (le choix de son pseudo n’est pas anodin… un hommage au groupe Led Zeppelin). Zep se produit dans des groupes depuis qu’il a 12 ans… Zep s’éloigne donc des gags qu’il réalise habituellement mais ne se pose pas pour autant en terres inconnues. L’écriture de cette histoire lui tenait à cœur depuis longtemps et le fait de s’appuyer sur des éléments narratifs comme la musique ou l’amitié lui a permis d’être à l’aise avec son intrigue.

Cliquez sur ce lien pour voir la bande-annonce de l’album.

PictoOKPictoOKCes retrouvailles entre amis donnent lieu à un superbe album. Emouvant, touchant… superbe. J’aimerais être sûre d’avoir trouvé les mots justes pour vous donner envie de le lire à votre tour.

La chronique de PaKa, de Marie-Hélène Giannoni (Blog de l’Ecole des lettres) et de Jean-Laurent Truc (Ligne Claire).

La page Facebook de l’éditeur (pour suivre l’actualité de cet album… entre autre), une interview de Zep sur ActuaBD.

Une lecture que je partage avec Mango

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Je remercie Decitre pour ce partenariat et vous invite à consulter la fiche de l’auteur et la fiche de l’ouvrage.

Une histoire d’hommes

Récit complet

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : ZEP

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-36981-001-8

Bulles bulles bulles…

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Une histoire d’hommes – Zep © Rue de Sèvres – 2013

Giacomo Foscari, tome 1 (Yamazaki)

Yamazaki © Rue de Sèvres - 2013
Yamazaki © Rue de Sèvres – 2013

Giacomo Foscari est né en Italie, pendant la période de l’entre-deux guerre. Fils d’une famille aisée, il grandit aux côtés de son père, riche industriel. Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate, Giacomo est en pleine adolescence. La chute de leur train de vie ne l’affecte pas en revanche la montée en puissance du fascisme le met à mal. Le régime attise les haines et déchire le pays, faisant naître la suspicion et la méfiance au sein des familles et creusant un fossé de plus en plus important entre les différentes classes sociales.

Plus tard, dans les années 1960, Giacomo obtient un poste de professeur d’Université à Tokyo. Il part enseigner l’histoire occidentale à de jeunes tokyoïtes. Il garde quelques liens en Italie, il cherche notamment à y promouvoir la littérature japonaise. En parallèle, il sensibilise certains de ses amis japonais aux airs d’Opéra chantés par La Callas.

Cet homme n’a de cesse que de construire des passerelles entre ses deux cultures : celle qui l’a vu naître et celle qu’il a adoptée.

Avant toute chose, je voudrais parler de cette rentrée littéraire 2013 qui s’accompagne d’un événement qui malheureusement est devenu assez rare dans le paysage éditorial puisqu’il s’agit du lancement d’une nouvelle maison d’édition : Rue de Sèvres. Rattachée au groupe L’Ecole des loisirs qui fêtera bientôt ses 50 ans, ce nouvel acteur de l’édition a déjà annoncé la couleur :

–          Un suivi constant et une attention particulière accordés aux projets artistiques retenus,
–          Une politique éditoriale axée sur le qualitatif et non le quantitatif,
–          Un catalogue qui s’enrichira, à terme, d’une cinquantaine de titres par an.

Rue de Sèvres a donc choisi le mois de septembre 2013 pour démarrer son activité et le programme de ses sorties est aussi ambitieux qu’alléchant. Rue de Sèvres souhaite redonner sa place aux auteurs souvent étouffés par le poids des contraintes éditoriales, des délais trop courts, de l’absence de suivi de leur projet… L’éditeur axe tout sur la proximité et disponibilité avec ses auteurs mais également avec les autres acteurs de la chaine du livre, à commencer par les libraires. Avec un album de lancement réalisé par Zep (Une histoire d’hommes dont je vous parlerais très prochainement), le nouvel éditeur nous gratifie également – ce mois-ci – du tome d’ouverture de la série Giacomo Foscari de Mari Yamazaki.

Mari Yamazaki, un nom que vous avez déjà eu l’occasion de croiser puisque l’année dernière (en mars 2012), les lecteurs francophones avaient l’occasion de découvrir sa série Thermæ Romæ, une série qui compte actuellement cinq tomes et dont le personnage principal, un architecte de la Rome antique, trouve un passage à travers le temps qui lui permet d’arriver au XXIe siècle.

Quant à moi, n’ayant pas encore découvert Thermæ Romæ, c’est l’occasion de me sensibiliser au style de cette auteure.

Le scénario s’appuie sur un homme qui s’est visiblement approprié le meilleur de chaque culture afin d’y trouver son propre équilibre. A sa manière, il construit des passerelles entre deux modes de vie radicalement opposés. D’une part l’Italie et sa fureur de vivre, sa générosité, son allégresse et son histoire antique de laquelle il a hérité [legs familial depuis plusieurs générations] une statue de Mercure. De l’autre le Japon et ses croyances, son art de vivre, ses traditions… Tout cela offre à cet homme un sentiment d’unicité parfaitement traité dans le récit.

Le scénario s’échappe régulièrement vers le passé, ses souvenirs de la guerre reviennent constamment. Sa mémoire des faits/des émotions semble intacte à tel point qu’on le sent tiraillé, coupable de quelque chose. L’introspection à laquelle il se livre est de tout moment. C’est grâce à cette souffrance qui s’exprime que j’ai pu investir cet homme.

Il m’aura pourtant fallu tout un moment pour me situer à l’égard du personnage principal. Un homme posé, cultivé, intègre, fidèle en amitié, sensible et à l’écoute de ce qui l’entoure. Il écoute, observe et intellectualise ce qu’il vit. Mais c’est également un homme introverti qui n’exprime ni ses sentiments ni ses émotions. Son savoir-vivre et son savoir-être en société sont irréprochables, une rigueur qui ne lui pèse pas mais par ailleurs, il se passionne pour l’histoire, la mythologie et l’opéra. L’auteur utilise ces deux aspects de sa personnalité pour passer d’une ambiance à l’autre, joue avec ce rythme narratif qui nous emporte entre passé et présent, instants de plaisir et moments sérieux.

Est-ce un hasard si récemment, à l’occasion de la sortie du tome 1 de Pil (autre série de Mari Yamazaki lancée en avril 2013 chez Casterman), Jiro Taniguchi avait tenu ces propos dans la préface : « Je crois que Mari Yamazaki appartient à cette espèce d’auteurs qui ont assez de génie pour être capable de tout raconter en bande dessinée » ?

Peut-être pas…

Pour avoir lu quelques ouvrages de Taniguchi, il me semble de Giacomo Foscari partage de nombreux points communs avec certains de ses personnages comme par exemples le fait de regarder très souvent en arrière pour comprendre le présent, de mesurer ses propos et d’intérioriser ses sentiments. Mais ce n’est pas tout. Les deux mangakas développent tout autant la construction de leurs personnages centraux que le contexte dans lequel ils évoluent, ils accordent autant d’attention au fond qu’à la forme du récit. D’ailleurs, le dessin de Mari Yamazaki est d’une finesse et d’une précision incroyables. On perçoit le mouvement d’un corps, l’amplitude d’un geste, l’intensité d’un regard aussi bien que la pression que le vent impose sur le feuillage d’un arbre ou le bruit délicat que fait un pétale de fleur de cerisier.

Et si je mets en parallèle le travail de Taniguchi et celui de Yamazaki, c’est parce que  et je suis assez sensible au fait de pouvoir accéder à une telle richesse dans la narration.

Mari Yamazaki nous pousse à nous mettre au rythme de son personnage, à accepter ce temps d’observation nécessaire avant de pouvoir s’enfoncer plus loin dans l’intrigue et dans la découverte d’autres personnages, initialement secondaires, mais dont on sait déjà qu’ils auront une place importante à prendre dans les prochains tomes. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il y a matière à s’émouvoir au contact de ces individus.

Une voix-off se situe à une période plus lointaine. Elle pose un regard très mature sur ce parcours de vie et sert de transition entre les différents passages. Elle donne du sens aux événements et montre au lecteur comment placer les pièces de ce puzzle humain. Quelques réponses pointent déjà lorsqu’on referme ce premier tome… la preuve que Giacomo Foscari est parvenu à ses fins… le lecteur est à l’écoute et désireux d’entendre la suite de son témoignage.

PictoOKPassé, présent et futur sont intimement imbriqués, trois facettes du visage d’un homme chahuté par des mouvements de société : la seconde guerre mondiale et la vague de contestation survenue dans les années 1960 au Japon. Il est clair que l’auteur prend le temps d’installer son personnage et d’identifier les événements majeurs de sa vie.

Très belle rencontre avec l’univers de Mari Yamazaki. Une série prometteuse que je vous conseille.

Le tome 2 devrait paraitre en 2014.

Extrait :

« Quand je suis arrivé dans ce pays, l’attention que portent les gens au moindre être vivant m’a surpris. Les Japonais prêtent attention aux plus petits insectes qu’on ne regarde même pas en Europe. C’est un univers si éloigné de la Rome antique ou de la Renaissance qui ont construit leur civilisation sur l’idée de la suprématie humaine sur le monde. Pourtant, Rome a aussi connu une époque où la nature était vénérée. La maison de Livie, la femme d’Auguste, le premier empereur romain, était décorée de fresques représentant la nature » (Giacomo Foscari, tome 1).

Giacomo Foscari

Tome 1 : Mercure

Série en cours

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : Mari YAMAZAKI

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-36981-007-0

Bulles bulles bulles…

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Giacomo Foscari, tome 1 – Yamazaki © Rue de Sèvres – 2013