L’Esprit de Lewis, tome 1 (Santini & Richerand)

Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

Lewis est inconsolable depuis que sa mère est morte. Il hérite de tout : des demeures, des terres, de l’argent. Charge à lui de veiller aux besoins de ses trois sœurs.

Lewis ne souhaite qu’une seule des riches propriétés de sa mère, celle de Childwickbury. Il cède donc le reste du patrimoine à ses sœurs et part rejoindre son cher manoir.

Avec pour seule compagnie sa fidèle Tania, petite cairn terrier adorable, et la bonne Martha, gouvernante du manoir, Lewis est bien décidé à mettre à profit ce lieu et cette solitude inespérés pour écrire son premier roman. Pour lui qui a vocation de devenir écrivain, voilà enfin l’opportunité de se consacrer à l’écriture ! Mais ce deuil impossible l’étreint tant et tant que Lewis peine à trouver l’inspiration.

L’Esprit de Lewis, Acte 1 – Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

Mais au bout de quelques jours, le calme du manoir est troublé par d’étranges événements. Ceux-ci précèdent l’apparition de Sarah, un fantôme dont Lewis va s’éprendre.

Récit en deux actes dont voici la première partie qui nous accueille dans une Angleterre de la fin du XIXème siècle. On pénètre directement dans un intérieur bourgeois richement décoré, très agréable à l’œil. Sur ce point, je trouve que Lionel Richerand nous a gâté avec ces dessins. L’œil n’arrête pas de reluquer chaque coin de case, à l’affût permanent du petit détail qui vient orner tantôt un buffet, tantôt une boiserie, tantôt l’étoffe d’une robe… Les couleurs d’Hubert sont un régal et donnent du relief aux décors et à cette ambiance si particulière.

Je me suis délectée avec ce scénario si délicat qui fait évoluer un homme-enfant sensible et rêveur. La vie semble l’avoir épargnée et le décès de sa mère est l’événement qui visiblement va lui permettre d’entrer définitivement dans l’âge adulte. Ce n’est pas la première fois que je savoure un récit de Bertrand Santini (comme tout le monde j’ai dévoré les journaux de Gurty et « Hugo de la nuit » accepte de m’attendre sagement sur mes étagères… et je ne pense pas en rester là). On pénètre ici délicatement dans un univers et les émotions qui le peuplent. Tristesse, émoi, peur, effroi, passion, colère… ! La fin du premier tome m’a cueillie en plein élan. Vivement la suite !

D’autres chroniques sur ce titre : Noukette, Blondin, Jean-Laurent Truc.

Un petit tour des lectures partagées ce mercredi pour « La BD de la semaine » .

C’est au tour de Noukette de nous accueillir !

L’Esprit de Lewis

Acte 1
Diptyque en cours
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Lionel RICHERAND
Scénariste : Bertrand SANTINI
Dépôt légal : octobre 2017
72 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-302-06394-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Esprit de Lewis, Acte 1 – Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

Nils, tomes 1 et 2 (Hamon & Carrion)

Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2016
Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2017

Ça fait plusieurs semaines que je n’ai pas réussi à faire germer la moindre graine. Et pour être honnête, ça fait longtemps que je n’ai plus rien vu pousser nulle part… C’est comme si la nature était en panne.

Un monde se meurt. Plus rien ne pousse, la terre est devenue stérile et depuis des lunes, plus aucun ventre n’est fécondé.
Les hommes s’inquiètent d’autant plus que l’hiver approche et que la famine apparaît de plus en plus comme une menace. C’est dans ce contexte que Nils parvient à convaincre son père de l’emmener chercher un faucon. Cela fait des années que Nils attend ce moment.
Le père et le fils se mettent en route. Ils vont traverser des régions désertes où la nature s’est déjà repliée en prévision de l’hiver qui approche. Mais si la quête de l’un est de trouver enfin son faucon, le paternel lui a en tête d’utiliser ce voyage pour continuer ses recherches et tenter de comprendre pourquoi la nature s’est déréglée.
En chemin, les deux hommes vont rencontrer un clan de femmes guerrières, des êtres élémentaires et les soldats d’un royaume qui est parvenu à créer des machines de guerres indestructibles.

Les légendes nordiques, ça vous tente ? Jérôme Hamon nous invite à explorer une mythologie fascinante sur base d’une quête. Cela a tout d’une épopée d’héroïc-fantasy me direz-vous… et je ne vais pas démentir. Antoine Carrion réalise de généreuses planches sur lesquelles la nature a le premier rôle. Ce décor gigantesque nous fait voyager dans les neufs mondes, aller à la rencontre d’Yggdrasil et côtoyer des dieux, chahuter un peu la magie et manier les armes… le tout rythmé par de belles rencontres que les personnages font en chemin.

Le scénario nous montre toutes les qualités du personnage principal (bravoure, intégrité, conviction…) qui entreprend cette quête ; il est dépourvu de toute ambition personnelle, de toutes arrière-pensées. Il n’a pas d’autre objectif que celui de sauver sa planète. Le premier tome prend le temps d’installer cet univers où les légendes et les superstitions ont la part belle, si l’on peut tranquillement découvrir les personnages qui vont être amenés à jouer un rôle dans les événements à venir. Le premier tome prend le temps de nous montrer les différentes voies qu’il va emprunter et poser un personnage sur chaque piste empruntée par l’intrigue. Le premier tome est prenant, prometteur. On croit partir-là pour une belle série d’aventure (en appréhendant toutefois le fait d’être en présence d’une série assez longue…).

Et puis dans le second tome, patatras ! Passées quelques planches, le récit s’accèlère. Les trajectoires des uns croisent (un peu trop vite) les trajectoires des autres, sans aucune transition ni variations de couleurs. Si encore il y avait eu des teintes de couleurs qui marquaient la différence, nous indiquant que nous revenons vers tel ou tel personnage… mais non. On saute d’une action à l’autre, d’un lieu à l’autre car bien sûr, tous ces événements se passent au même moment à différents points de la planète. L’équilibre du premier tome se casse même si l’intrigue reste cohérente. Les choses s’agitent trop, le récit ne se pose pas assez sur certaines scènes (nous privant ainsi de détails qui auraient été bénéfiques). On recolle les morceaux soi-même, on tisse nous-mêmes les fils narratifs qui sont suggérés (on se trompe rarement heureusement). En fin de tome, je suis égarée. Je croyais partir pour une longue saga et je n’en suis plus si sûre. Le récit pourrait s’arrêter là, sombre dénouement mais plausible. Cela dit, je doute que la série soit terminée mais je pourrais tout à fait me contenter de cette conclusion.

Un tome 1 qui allèche, un tome 2 qui ébouriffe beaucoup trop. Je suis perplexe.

Nils

Tome 1 : Les Elémentaires
Tome 2 : Cyan
Série en cours
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Antoine CARRION
Scénariste : Jérôme HAMON
Tome 1 – dépôt légal : mai 2016 / 52 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-302-04848-5
Tome 2 – dépôt légal : novembre 2017 / 50 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-302-06491-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nils, tomes 1 et 2 – Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2016 et 2017

La mille et unième Nuit (Le Roux & Froissard)

Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Regardez ces visuels dans le diaporama à la fin de l’article. Je vous invite à pénétrer dans cette ambiance feutrée et douillette des histoires de Shéhérazade. Magie des légendes, des contes de fées, des voyages et des épopées qu’elle a inventés pour divertir le sultan Shahriar.
Est-il encore besoin de présenter cet univers mythique et le postulat de départ qui dit que ce sultan, affecté par l’adultère de son épouse, fut blessé dans son orgueil autant que dans ses sentiments ?

Dans le palais qui domine la ville réside celui qui garantit cette vie paisible, le Sultan Shahriar. Roi sage et prudent, il n’a qu’un seul défaut : depuis la trahison de sa première femme, il s’est juré d’épouser, chaque soir, une jeune fille différente et de la faire étrangler au matin.

Jusqu’au jour où Shéhérazade, fille aînée du grand vizir, devient la nouvelle épousée. La première nuit de ses noces, Shéhérazade a proposé au Sultan de lui raconter une histoire mais elle a pris soin de ne pas la terminer, s’engageant à lui raconter la suite la nuit suivante.

Le Sultan a succombé à ses charmes autant qu’à l’exotisme de ses histoires.

Les nuits se sont succédé et nous voilà à la six cent trente-sixième nuit. Dinarzade, la cadette de Shéhérazade, s’inquiète. Toutes ces nuits à veiller risquent d’épuiser sa sœur. Elle craint aussi que Shéhérazade ne soit à court d’inspiration et se met en quête d’aller trouver de nouvelles histoires que sa sœur pourrait raconter. Dinarzade se rend au marché de Rum, là où se trouvent des vendeurs de tous horizons. Lors cette sortie, elle fait la connaissance de Nasrudin Elberakah, un jeune marchand d’étoffes devenu mendiant à la suite d’une malédiction que Lilith, l’épouse du roi Salomon, a jeté sur sa femme et sur son fils.

La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Magique cet album qui nous emporte dans un autre espace-temps. Dans un lieu où il n’est pas rare de voir surgir des dieux, des monstres fantastiques, des animaux dotés de la parole, des tapis volants. Et dans les contes de Shéhérazade. Revisiter cet univers de légendes et attraper, au détour des pages, au creux du scénario d’Etienne Le Roux, des clins d’œil aux contes racontés par Shéhérazade. Nous croiserons ainsi un marchand d’huile, un djinn, un âne, un singe, des chevaux, des chameaux… et même quelques paons qui déambulent dans la suite nuptiale.

Au dessin, Vincent Froissard nous enchante tout autant. Il utilise des couleurs bleutées sur lesquelles la nuit semble être suspendue, des couleurs ocrées qui ressortent du désert et du climat aride et sec. La ville de Rum apparaît alors comme une oasis au milieu de nulle part, un havre de paix solide ancré dans cette étendue de sable. Les contours légèrement charbonneux de tout ce qui peuple ses illustrations donne l’impression que l’ambiance est ouatée, c’est un temps où l’on prend le temps. Certains passages sont magnifiés par des dessins ornementaux qui viennent encadrer certaines illustrations, faisant ainsi profiter le lecteur de toute l’intensité contenue dans une scène.

La magie des univers oniriques diffuse ici des odeurs d’épices et des sons de musiques orientales. Superbe album qui nous accompagne vers la mille et unième nuit de Shéhérazade. La seule ombre au tableau est une fin un peu abrupte.

La Mille et Unième nuit

One Shot
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Vincent FROISSARD
Scénariste : Etienne LE ROUX
Dépôt légal : octobre 2017
80 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-302-06393-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

NoBody, Saison 1 – tome 3 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

La vie de cet homme est trouble, tourmentée. Elle semble s’achever là, dans la cellule d’un centre pénitentiaire. On est en 2007. Il a été arrêté sur le lieu d’un crime et dit en être l’auteur. Le juge ordonne une expertise psychiatrique mais les thérapeutes se heurtent à son mutisme et essuient échec sur échec. Jusqu’à l’arrivée d’une jeune psychologue. Là, le lien se noue et il accepte qu’elle remonte avec lui les différentes étapes de son parcours pour cerner sa personnalité si mystérieuse, si sauvage.
Cela fait donc un moment que nous l’observons et que nous découvrons son parcours sinueux et les risques qu’il prend comme si les bouffées d’adrénaline étaient pour lui aussi vitales que le simple fait de respirer le l’air.
Le tome 1 nous a amené dans les années 1960. Il sort d’une adolescence plutôt chaotique, flirte avec la délinquance jusqu’à sa rencontre avec le F.B.I. Pour lui, c’est le début d’une carrière de flic-caméléon qui l’endurcira un peu plus à chaque mission. Au tome suivant, on s’était retrouve parachuté à la fin des années 1970, au moment où il infiltre un gang de bikers.

Nous voilà cette fois dans les années 80. Il a quitté le F.B.I. et est désormais lieutenant de Police. Il enquête sur deux meurtres qui, au regard du modus operandi, semblent être l’œuvre d’un tueur en série.
Dénouer les nœuds de la pelote qu’il semble faire et défaire en permanence et savoir enfin si, oui ou non, à force de côtoyer malfrats, psychopathes et autres criminels en tous genres, il fait maintenant partie de la lie de la société.

Pourquoi l’homme accepte-t-il de se livrer à cette jeune thérapeute alors qu’il avait refusé de le faire avec les autres ? Quelle est la part d’affabulation, la part de mensonge et la part de vérité dans son récit ? Est-il la victime d’un système ou est-il un dangereux prédateur ?

Autant de questions sous-jacentes qui rendent cette histoire intrigante.

Sueurs froides. Frissons.

On entre dans la série aussi facilement qu’on mettrait les pieds dans des chaussons. Et pourtant à l’intérieur, c’est glaçant. Flippant. On en oublie totalement le premier meurtre – celui pour lequel l’homme est incarcéré – et on focalise sur son passé. On se dit qu’il est tombé au mauvais endroit au mauvais moment… tout le temps. Tous les 10 ans, il est au mauvais endroit. Christian De Metter signe ici un thriller palpitant et la seule chose que je peux regretter, c’est finalement ce découpage en quatre temps… une histoire prenante morcelée en quatre albums. Entre chaque parution, l’attente du prochain tome.

Empathie totale pour le personnage principal avec cette même fascination que j’ai pu avoir, par exemple, pour Dexter. On connaît totalement la dangerosité du bonhomme et pourtant, on baisse la garde.

L’atmosphère est à couper au couteau. Légèrement brumeuse, l’ambiance ici donne l’impression que le danger est tapi dans le moindre recoin. On ne sait trop d’où il va surgir et pourtant, on tourne la page avec avidité, avec cette gourmandise malsaine à l’idée de tomber enfin sur le pire.

C’est simple : je suis totalement conquise et j’espère bien que la sortie du quatrième et dernier tome de cette saison sera pour vous l’occasion de la découvrir à votre tour.

NoBody

Saison 1 – Tome 3 :  Entre le ciel et l’enfer
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : octobre 2017
76 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

NoBody, saison 1 – tome 3 – De Metter © Soleil Productions – 2017

La Grande Ourse (Bordier & Sanoe)

Bordier – Sanoe © Soleil Productions – 2017

Louise vit au milieu de ses fantômes. Il ne se passe pas un jour sans que les personnes qu’elle a aimé – et qui sont mortes aujourd’hui – ne lui rendent visite. Louise est triste, inlassable nostalgique du passé.

Peut-être les autres parviennent-ils mieux que moi à faire leur deuil ? … Ils sont aujourd’hui si nombreux que je n’arrive plus à donner aux vivants la place qu’ils méritent par peur de les perdre aussi.

Jusqu’au jour où Phekda – une des étoiles de la Grande Ourse – se présente à elle. Sous les traits d’une fillette, Phekda se fait une place dans la vie de Louise et est bien décidée à aider Louise à retrouver le goût de vivre.

Pour son premier album (je passe volontairement la nouvelle qu’elle avait écrite avec le Collectif de « Doggybag »), Elsa Bordier joue à l’équilibriste sur ce fin fil qui sépare le monde réel du surnaturel. Fantômes et ange gardien sont convoqués pour permettre à l’histoire de Louise de se déplier. Un personnage attachant, fragile et mélancolique qui tient le bonheur à bonne distance afin de ne pas avoir à souffrir (elle se protège ainsi d’une éventuelle séparation, d’un nouveau deuil). De fait, l’héroïne traverse sa vie sur la pointe des pieds, en chuchotant presque pour ne pas qu’on la remarque. Fantôme vivant parmi les fantômes de son passé, cette jeune femme regarde les jours passer sans avoir aucun plaisir et sans ressentir aucune émotion. Elle s’est construit une carapace épaisse qui la protège des autres et la prive de nouvelles rencontres. Jusqu’à ce que surgisse cette fillette ou plutôt cette étoile de la Grande Ourse.

Le postulat de départ m’a plu et le scénario a su me surprendre agréablement, du moins au début. C’est vrai qu’il y a cette fraicheur pour aborder la mélancolie d’une personne qui permet de ne pas alourdir le sujet plus que nécessaire. Et je pense que ce n’est pas évident de trouver le bon équilibre entre ces deux registres. Le scénario m’a surprise aussi en assumant totalement la présence de cette étoile espiègle dans l’histoire. Je me suis posée un instant la question de savoir si l’héroïne n’était pas sujette à quelques hallucinations… mais il ne semble pas. L’entrain et l’optimisme de l’étoile – personnage fantastique – sont communicatives. Elle invite l’héroïne à passer des épreuves initiatiques qui doivent lui permettre de faire le deuil de ses proches (et ça nous le comprenons dès le début puisque l’objectif y est énoncé de façon explicite). J’ai donc vraiment savouré cet aspect onirique qui nous fait hésiter : est-on dans le monde réel ou dans un monde imaginaire ?

Mais cet engouement ne dure pas. Passé le premier tiers de l’album, on s’aperçoit finalement qu’on ne sait pas réellement ce que ces épreuves apportent au personnage, ce qu’elle entend et qui vient apaiser sa souffrance. On la voit juste un peu plus radieuse à chaque nouvelle étape. C’est comme si tout était rendu facile, comme si la douleur de toutes ces années s’évaporait grâce à la magie. Et l’absence d’explications, le fait de ne pas pouvoir explorer davantage la personnalité de la jeune femme contrarie. La facilité avec laquelle elle avance d’une épreuve à l’autre gâche le plaisir de lecture et nous ôte tout intérêt à poursuivre la lecture.

On ne s’étonne même plus de la survenue d’un poulpe géant, d’un papillon, d’une fleur… tous dotés de la parole, tous animés de sentiments bienveillants à l’égard du personnage principal, tous amenés à tenir des propos parfois convenus et à enfoncer des portes ouvertes…

« Débarrasse-toi du superficiel… la vie est précieuse »

« Se priver d’émotions c’est vivre à moitié »

« Transforme tes soucis en opportunités »

… mais il faut reconnaître que le scénario ne nous brusque pas et tend plutôt à donner une vision optimiste de la vie.

Le travail de Sanoe au dessin aide au voyage. Son ambiance graphique propose une belle harmonie dans ce monde coincé entre rêve et réalité. Le doute permanent de savoir si l’héroïne rêve éveillée, si elle rêve ou si elle participe pleinement à ce voyage. Les couleurs sont douces, en parfaite adéquation avec la narration. J’ai apprécié la présence de chaque détail graphique.

Un voyage initiatique dont je sors déçue. Mais rappelons qu’il s’agit là d’un album jeunesse et qu’il ne peut donc avoir autant d’aspérités qu’un album pour un public plus mature.

La chronique de Noukette.

Un album que je partage avec « La BD de la semaine ». Aujourd’hui, c’est Stephie qui accueille ce rendez-vous hebdomadaire.

La Grande Ourse

One Shot
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : SANOE
Scénariste : Elsa BORDIER
Dépôt légal : septembre 2017
92 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-302-06392-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Grande Ourse – Bordier – Sanoe © Soleil Productions – 2017

Le petit Rêve de Georges Frog (Phicil)

Phicil © Soleil Productions – 2017

New-York, fin des années 30.
Georges Rainette est une grenouille. Venu de France pour suivre les cours du Conservatoire, il rêve de devenir un grand jazzman, de trouver l’harmonie parfaite entre la mélodie et l’instrument, l’alchimie poétique qui fera vibrer son public.

Cette musique, c’est toute ma vie… Je l’écoute, je la joue… J’en rêve même la nuit !

Il rêve aussi de se hisser aux côtés des plus grands jazzmen de son temps et pour cela, il a décidé de se consacrer entièrement à son art : le jazz. Il abandonne alors les cours et perd le bénéfice de sa bourse d’études. L’aventure est risquée en cette période de crise économique. Rien ne semble en mesure de résorber le chômage qui va croissant ; la pauvreté touche chaque jour de nouvelles familles. Georges est conscient des risques qu’il prend d’autant que les places sous les projecteurs de la gloire sont rares. Georges sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Il se met à travailler comme un forcené, le jour empiétant largement sur la nuit. Il compose, jette, recommence avec acharnement afin de composer la mélodie qui estomaquera, qui marquera, qui emportera l’engouement. Durant cette période, il est en tête-à-tête avec son vieux piano ; l’unique compagnon avec qui il partage toutes ces heures, l’unique compagnon qui pose un regard à la fois critique et encourageant sur les œuvres qu’il crée, son confident, son ami, son conseiller.

Tu sais Georges, je trouve que tu n’entends pas assez ce que tu joues. Tu devrais entendre intérieurement ce que tu joues. Ce ne sont pas que les doigts qui doivent jouer… Mais avant tout, la tête et le cœur.

C’est à cette période que deux événements majeurs vont influencer son devenir. Georges trouve enfin le nom de scène qu’il portera avec fierté : Georges Frog. Bien décidé à jouer des coudes pour se faire connaître, il ose envoyer ses maquettes à des producteurs et ressent un mélange d’excitation et d’appréhension. Ses projets artistiques de Georges sont cependant chamboulés le jour où il fait connaissance avec Cora, sa nouvelle voisine. Ils filent l’amour parfait mais Mister Cat, le père de Cora, ne voit pas leur idylle d’un très bon œil.

Georges Frog est né en 2006 sous la plume de Phicil. La série compte au final quatre tomes qui seront édités chez Carabas. La belle collection Métamorphose de Soleil les réunit aujourd’hui dans cette intégrale.La série compte au total quatre tomes réunis aujourd’hui dans cette belle intégrale.

Le petit rêve de Georges Frog – Phicil © Soleil Productions – 2017

Très vite, on perçoit que derrière l’auteur de bande dessinée, se cache un passionné de jazz. Phicil fait évoluer un personnage sensible aux sonorités du jazz, une musique capable de faire passer n’importe quelle émotion de la plus profonde des peines à la plus vibrante joie. Son héros, Georges Frog, ne se contente pas de jouer du jazz, il ressent le jazz.

Pour bien jouer, il faut avant tout faire ressortir la petite faille interne qui sommeille en nous, jusqu’à faire pleurer son instrument !

Dans ce récit la musique sert de support pour aborder d’autres sujets. Certains sont graves et sérieux (la misère, le chômage, la condition sociale des afro-américains), d’autres sont communs à tous les êtres humains (les sentiments, le dépassement de soi, l’envie d’atteindre ses idéaux…), d’autres sont plus personnels (les complexes, les peurs…).

Entre musique et sentiments, Georges Frog est un récit généreux, le cheminement et la réflexion d’un individu qui met tout en œuvre pour dépasser ses aprioris, acquérir une meilleure estime de soi, s’épanouir le mieux possible sans pour autant laisser les amis sur le bord de la route. Ce monde anthropomorphe de Phicil est à la fois assez réaliste mais l’apparence de ses personnages [et les couleurs de Drac] arrondit les angles et rend l’univers un peu plus doux, un peu moins sombre et laisse la place à la poésie et aux rêves alors que le contexte social s’y prête mal à première vue. Pour ceux qui auraient déjà lu les albums de Renaud Dillies (Betty Blues, Loup, Bulles & Nacelle…), il est difficile de ne pas faire le parallèle entre les deux univers [anthropomorphes de surcroît] pourtant Georges Frog me semble bien plus abouti.

Un petit bijou de série, un personnage auquel on s’attache, un scénario bien ficelé, un univers ludique et pertinent, un voyage musical que je vous conseille.

Extrait :

« Avant de jouer le blues, il faut savoir qu’il prend racine dans la culture des animaux sombres. A travers cette musique, c’est toute la douleur de l’esclavage qui transpire des centaines années d’oppression. Mais le blues traditionnel parle le plus souvent de choses bien plus banales. Comme par exemple de musiciens qui refusent d’en aider un autre, ou d’une fille qui laisse tomber son ami sans aucune explication. (…) Mais bon, on peut aussi traiter le blues de manière plus joyeuse, comme un pied de nez aux coups durs de la vie ! » (Le petit rêve de Georges Frog).

Une lecture que je partage avec les bulleurs de « La BD de la semaine ». Stephie accueille notre rendez-vous aujourd’hui.

Le Petit rêve de Georges Frog

Intégrale
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur / Scénariste : PHICIL
Dépôt légal : juin 2017
208 pages, 27 euros, ISBN : 978-2-302-06323-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le petit rêve de Georges Frog – Phicil © Soleil Productions – 2017

Au pied de la falaise (ByMöko)

ByMöko © Soleil Productions – 2017

Autour du cercle, inlassablement, la scène se répète… Ici, tout n’est que parole, croire sans voir, vision noire. Les griots chantent pendant que les ombres, elles, dansent sur la terre sombre. Pleine, la lune guette… Et autour du feu, des cris de joie… Le son des instruments résonne et sur le dos des mères, les petits dorment, bercés par le silence des tams-tams.

Un petit village au pied d’une falaise. Une place centrale autour de laquelle se dressent des huttes en torchis ceinturées de petites cours où jonchent pèle mêle sur le sol des paniers en osier qui serviront à transporter quelques victuailles, de grandes jarres qui permettront de transporter l’eau de la rivière, des petits tabourets qui permettront aux femmes de préparer le repas, une hache pour couper le bois qui servira à faire le feu…

Nous sommes en Afrique. En quelques pas, nous avons traversé le village d’Akou. La vie est calme, les journées se suivent et se ressemblent. Akou est un petit garçon plein de vie et de malice. Chaque jour, il rend de menus services aux anciens, garde le troupeau de son père, sans oublier de faire quelques bêtises avec ses amis de toujours. Et puisque son père est le chef du village, Akou a parfois l’honneur de le suivre dans ses déplacements. Akou aime regarder son père lorsqu’il écoute chacun, il aime le voir lorsqu’il tente de trouver des solutions aux litiges, il aime entendre le son de sa voix.

Aujourd’hui est un jour particulier dans sa vie. Son grand-père est mort. Ce soir, une fête sera donnée pour honorer sa mémoire. Akou est triste mais sa mère le sermonne.

Akou… La vie, c’est la mort. Et inversement. Sèche tes larmes et tâche de lui faire honneur si tu veux qu’elle t’accompagne dans tes choix.

A l’aide de sauts de puce, nous allons passer de chapitre en chapitre et voir grandir Akou. Akou enfant, Akou adolescent, Akou jeune adulte puis père de famille. Chaque période de sa vie sera une étape, certaines seront marquées par des rites de passages. Grandir, devenir responsable, s’assagir, mûrir. Ce personnage principal est le narrateur. Il pose un regard malicieux sur ce qui l’entoure, ce qui a pour effet de donner beaucoup de légèreté à l’atmosphère de l’album. Les choses sont simples mais pas simplistes, les problèmes ont forcément une solution. Sa présence pétille ce qui donne à la fois davantage de rondeurs aux illustrations. En revanche, cela contraste fortement avec la morosité des couleurs utilisées (brun et gris dominent) ; j’ai parfois eu l’impression que l’auteur avait saupoudré ses planches de cendres. Visuellement, l’ambiance graphique ne correspond pas à l’idée que je me fais des couleurs de l’Afrique. Un des avantages de ce choix de couleurs : on ressent la chaleur du soleil mais elle ne nous accable pas et laisse ainsi tout loisir de nous concentrer sur ce qui se dit, ce qui se joue, sans lourdeurs superflues.

ByMöko laisse la main à Akou le narrateur, le conteur. Il nous invite à bras ouverts à entrer dans un univers de tradition orale. Les gens ne s’appesantissent pas sur leurs conditions de vie précaire, composent avec ce qu’ils ont à portée de main et s’entraident. S’ils se chamaillent, le litige ne s’enlise pas car la communauté veille. Le scénariste a construit l’histoire autour de petits bonheurs simples. On ressent une certaine joie de vivre, une fierté de réussir à franchir des étapes importantes de la vie et le plaisir simple (et sans arrière-pensées) d’aider son prochain.

Un très bel album. Chaque chapitre est succinct mais apporte une pierre supplémentaire à la vie d’Akou. Chaque chapitre apporte une petite anecdote. Chaque anecdote contient sa morale, comme une petite leçon de vie que l’on retient et qui aide à mûrir. Un récit plein d’humanité qui repose sur les épaules d’un personnage altruiste et touchant. Un univers qui se situe à un carrefour, entre passé et présent, entre superstitions et rationalité. Magique !

Extraits :

« Grand Paps, c’est le doyen. Il est tellement vieux que seul le grand arbre connaît son âge réel. C’est peut-être pour ça qu’ils sont si liés l’un à l’autre… Tous les jours, il y fait des siestes comme pour tuer le temps… à moins que ce ne soit l’inverse » (Au pied de la falaise).

« Je constate juste, en regardant vos deux récipients vides devant moi, que la bêtise c’est comme de l’huile… On a beau nettoyer, il en restera toujours un peu dans une calebasse qui en a contenu » (Au pied de la falaise).

« Ma famille, c’est comme une maison où les enfants sont les briques de terre qui délimitent la grandeur du foyer. Je ne suis que le toit de paille qui les protégera de toutes les intempéries… le pilier central étant Ma Soleil ! » (Au pied de la falaise).

Le site de l’album.

Au pied de la falaise

One shot
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : ByMÖKO
Dépôt légal : mai 2017
154 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-302-05387-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Au pied de la falaise – ByMöko © Soleil Productions – 2017