Mon fiancé chinois (Garancher)

Garancher © Steinkis – 2013
Garancher © Steinkis – 2013

Pad est vietnamienne. Elle appartient à un clan Hmong. Elle a passé une enfance joyeuse au sein de sa famille, entourée de l’amour de ses parents et de ses frères et sœurs. Son éducation s’est faite dans le respect des traditions ancestrales de son clan. A l’âge de 7 ans, Pad rentre pour la première fois à l’école. La scolarisation n’était pas systématique mais une décision gouvernementale impose le fait que tous les enfants doivent savoir lire et écrire.

A l’adolescence, elle déclare sa flamme à Nam, son cousin. Leur union est pourtant impossible. Le père de Nam organise rapidement le mariage de son fils avec une fille d’un autre clan. Pad devient morose. Pour sortir de cette déprime, elle ressent le besoin de quitter son village natal. Ce projet coïncide avec la venue d’un étranger au village. Ce dernier se heurte au chef du village qui refuse la proposition de « vendre » des filles du village à des familles chinoises dont le fils cherche à se marier. Mais Pad parvient à convaincre sa famille.

Quelques semaines plus tard, elle rencontre Tao avec lequel elle fondera un foyer.

Laure Garancher livre un premier album très agréable. Découpé en cinq chapitres, l’auteure nous permet de découvrir les traditions et le quotidien de deux peuples. Ainsi, nous plongeons aussi bien dans les plaines et rizières du Vietnam que dans le quotidien d’une famille de restaurateurs chinois. De part et d’autres, des hommes et des femmes respectueusement attachés aux us et coutumes de leur pays (pas d’union au sein de deux personnes d’un même clan pour les Hmongs, les conséquences de la politique chinoise de l’enfant unique sur les naissances…).

Le souhait de l’auteur était clair ; travaillant au sein de l’OMS depuis des années et amenée à s’installer à long terme dans certains endroits du globe, elle a souhaité partager ce qu’elle a appris et vécu lors de son séjour de trois ans au Vietnam.

Le personnage de Pad sert de fil rouge aux cinq chapitres de l’album. Un ouvrage qui nous permet de découvrir quatre destinées essentiellement féminines (la belle-mère et la mère de Pad, Pad et Tao (son mari chinois) ; le cinquième chapitre est quant à lui consacré au quotidien de Pad en Chine.

De très courtes transitions narratives permettent au lecteur de passer facilement d’un portrait à l’autre. Le premier chapitre présente la belle-mère du personnage principal et nous permet d’aborder la question des mariages arrangés et de l’avortement (la politique de l’enfant unique conduit de nombreuses femmes à avorter lorsqu’elles sont enceintes de filles). Le second chapitre s’intéresse à la mère de Pad et décrit les conditions de vie difficiles des Hmongs, leurs traditions et la chaleur de leurs foyers. Le contraste est réel entre la Chine et le Vietnam : familles nombreuses / enfant unique, développement personnel / promotion sociale… Le point commun de ces deux cultures : les traditions qui sont la clef de voute de leur organisation et de leur quotidien. Au troisième chapitre, Laure Garancher revient en Chine et présente le personnage de Tao. L’auteur décrit l’accueil de l’unique enfant du couple (en raison de la législation en vigueur sur la réglementation des naissances), les IVG nombreuses quand la mère apprend qu’elle est enceinte d’une fille, la fierté de donner naissance à un garçon qui pourra assurer la lignée de sa famille. Couvert d’attentions et de cadeau, sa vie change radicalement du jour où il est en âge d’être scolarisé. Dès lors, on attend de lui l’excellence. Le système éducatif décrit est assez violent.

LEs deux derniers chapitres se penchent enfin sur Pad : son enfance, son mariage avec Tao qui, malgré l’aspect mercantile de leur rencontre, se fera dans le plus strict respect des traditions. La personnalité de Pad, joviale et de nature optimiste, influence pour beaucoup l’ambiance de cet album. Aussi fictif soit son personnage, il permet à son auteur d’aborder toute la richesse et la complexité de cette culture vietnamienne. Les dessins complètent les propos de nombreux détails graphiques (notamment concernant les costumes traditionnels hmongs). Le trait rond de Laure Garancher apporte beaucoup de quiétude à cet univers et les couleurs d’Hélène Lenoble sont chaleureuses.

La lecture est agréable. Deux petits griefs cependant : l’album a une odeur assez désagréable, rares sont les encres qui m’indisposent ainsi. Le second est lié au scénario : l’album s’ouvre sur un face à face avec Pad. Le lecteur découvre alors une vieille femme qui explique avoir quitté le Vietnam depuis 50 ans. Compte tenu de l’ambiance graphique, il est inconcevable d’imaginer que ce témoignage nous vienne du futur… et pourtant. Je trouve ce choix dommageable car il rappelle en permanence le fait que Pad soit un personnage fictif. Cette femme âgée qui surgit ponctuellement est irréelle, elle semble avoir été plaquée sur le scénario, sa présence dénote avec l’ensemble du témoignage. On aurait tendance à ne pas donner au reste du récit la portée qu’il convient de lui donner.

Une certaine sérénité émane de cet album. Il y a beaucoup de spontanéité dans les propos des personnages, beaucoup d’humanité dans le témoignage de l’auteur qui a su rendre ce documentaire très ludique. Un moment de lecture agréable mais il manque toutefois un petit soupçon de réalisme qui nous empêche de plonger totalement dans le quotidien des personnages. En effet, malgré les transitions qui nous font passer sans heurts d’un personnage à l’autre, il est difficile de s’attacher réellement aux personnages.

Je remercie Jérôme pour cette découverte 😉

La page Facebook de l’auteure. Et une interview de Laure Garancher sur le site de la Fnac.

Les chroniques de N’autre école et de Cathia.

Mon fiancé chinois

One shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur / Scénariste : Laure GARANCHER

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 979-10-90090-15-6

Bulles bulles bulles…

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Mon fiancé chinois – Garancher © Steinkis – 2013

Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins (Glidden)

Comment comprendre Israel en 60 jours ou moins
Glidden © Steinkis – 2011

En mars 2007, Sarah Glidden embarque pour un voyage d’une dizaine de jours dans le cadre d’un séjour organisé par le Taglit. Destination : Israël !

Pour cette jeune juive non pratiquante, et farouchement décidée à soutenir la cause palestinienne, c’est l’occasion de mieux comprendre la situation au Proche-Orient.

« Elle s’attend à un voyage de propagande. Mais une fois arrivée à destination, elle découvre que les choses ne sont pas si simples… » (Extrait de la fiche éditeur).

Cet album est un journal de bord, proche du carnet de voyage, retranscrit sous forme de bande dessinée. C’est aussi pour moi l’occasion de découvrir Sarah Glidden, jeune auteure de mini-strips et grande voyageuse. Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) est son premier récit complet.

Le voyage démarre très rapidement. A quelques pages à peine du début du récit, Sarah Glidden relate l’interrogatoire réalisé par un policier juste avant l’embarquement. L’échange touchera presque exclusivement des questions religieuses… de quoi refroidir quelques ardeurs.

commentComprendreIsraelEn60jours01Au préalable, Sarah Glidden avait consacré le mois précédent son départ à la lecture de témoignages, de documentaires… tout ce qui pouvait la préparer à ce qu’elle va découvrir et surtout, un moyen de se protéger contre l’endoctrinement. Car l’auteur est convaincue que son tour-opérateur cherche à rallier les jeunes juifs à la cause israélienne, chose que Sarah Glidden refuse à tout prix.

Par la suite, durant tout le séjour, nous la verrons lutter jusqu’à s’épuiser, à la recherche permanente du moindre propos attestant l’obstination aveugle des israéliens à nier la situation palestinienne.

« En conflit avec une judéité qui à ses yeux ne semble avoir pour conséquence que le malheur des palestiniens, elle vient avec un regard en alerte, un esprit tendu vers les détails pour déceler ce qui la tromperait, lui cacherait une vérité que n’oseraient s’avouer les israéliens. Mais ce qu’elle va découvrir est une réalité extrêmement complexe dont elle va rapidement percevoir les contradictions, mais aussi les richesses » (source : chronique du9).

Au delà de la découverte d’un pays, ce témoignage contient une réflexion universelle sur l’identité. Le titre de l’ouvrage promettait au lecteur d’y voir un peu plus clair sur la situation mais pour l’auteur, ce séjour détruit une grande partie de ce qu’elle avait construit. La narratrice est tiraillée entre ses valeurs et la réalité telle qu’elle l’observe, ses certitudes sont ébranlées. Si initialement, Sarah Glidden pensait que ce séjour renforcerait ses convictions et sa motivation à soutenir la cause palestinienne. Mais elle est déstabilisée par le fait de côtoyer des civils israéliens, de constater qu’ils n’ont pas de sentiments haineux et que beaucoup aspirent à vivre en paix avec leurs homologues palestiniens. Cela provoque chez l’auteur une forte remise en question. Elle ne pensait pas que ce voyage en Terre Sainte déclencherait chez elle une quête identitaire de cette ampleur.

Comment puis-je me sentir liée à une terre qui cause tant de souffrances ?

La narration n’hésite pas à revenir sur les faits historiques marquants. Mais ce récit didactique n’est pas rébarbatif. La présence régulière de dates et d’événements enrichit les propos de l’auteure qui en offre au passage une lecture parfois personnelle mais non jugeante. La lecture est fluide et agréable. Sarah Glidden a su trouver un équilibre, le rythme narratif est dynamique.

La première fois que j’ai feuilleté l’album, j’ai pensé à Exit Wounds (Rutu Modan). J’appréhendais donc que le contexte historique soit un leurre pour appâter le lecteur. J’ai donc repoussé la lecture de Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins. Force est de constater que le conflit israélo-palestinien n’est pas relégué au statut d’artifice et qu’il est au centre de l’album.

La composition graphique de l’album est réalisée à l’aquarelle. Les couleurs sont diluées, ce qui crée une atmosphère ludique et conviviale, ce qui contraste assez avec l’effervescence intellectuelle dans laquelle se trouve Sarah Glidden. L’équilibre trouvé entre les visuels et les propos est intéressant, une invitation à la lecture.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

PictoOKCe témoignage permet au lecteur de se sensibiliser à la question tout en découvrant le parcours très personnel d’une jeune américaine. On est sensible au fait que l’auteur ait été vigilante au fait de conserver une forme de neutralité dans ses propos ; elle parvient à délivrer suffisamment d’informations essentielles sur cette situation au Proche-Orient mais laisse ensuite le lecteur libre de tirer ses propres conclusions.

Un des ouvrages les plus abordables qu’il m’ait été donné de lire sur le conflit israélo-palestinien. Les propos qu’il contient sont sincères. D’autres albums sur ce sujet d’actualité en suivant le Tag « Palestine ».

Les chroniques de Lorraine, David, Lettres d’Israël, Tohu-bohu, Lafigue.

Extraits :

« Qu’est-ce que signifie vivre en territoire disputé ? Est-ce qu’on essaye juste de ne pas y penser et de vivre normalement ? Ou est-ce que cela vous définit ? » (Comment comprendre Israël en 60 jour ou moins).

« En progressant vers les sommets, il était très impressionné par le courage des troupes syriennes dans leurs bunkers. Malgré de nombreuses victimes, jamais elles ne se rendaient. Ce n’est qu’en pénétrant dans les bunkers que mon père a fini par comprendre. La plupart des soldats étaient soit morts soit blessés et ils ne pouvaient pas abandonner leurs postes parce qu’avant de partir, les officiers les avaient enchaînés à leurs bunkers par le pied » (Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins).

« Quand on apprend que l’armée israélienne a envoyé des troupes pour raser une maison ou capturer un militant, c’est de ces gamins-là qu’on parle ? Ou est-ce qu’il y a des soldats de métier pour faire le sale boulot ? Est-ce qu’ils ont peur d’aller à l’armée ou est-ce qu’ils l’acceptent ? » (Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins).

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Chiffre : 60

Tour du monde en 8 ans : Etats-Unis

Carnet de Voyage : Israël

Histoire : le conflit israélo-palestinien

Quatre Challenges 2013

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

One Shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur / Scénariste : Sarah GLIDDEN

Dépôt légal : mai 2011

ISBN : 979-10-90090-00-2

Bulles bulles bulles…

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Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) – Glidden © Steinkis – 2011