Anna Politkovskaïa (Matteuzzi & Benfatto)

Matteuzzi – Benfatto © Steinkis – 2016
Matteuzzi – Benfatto © Steinkis – 2016

« Dénonçant la corruption et les violations des libertés publiques, Anna Politkovskaïa s’attire les foudres du régime. Ses révélations sur le conflit en Tchétchénie lui seront fatales. Le 7 octobre 2006, elle est assassinée dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. L’onde de choc de sa disparition est mondiale. Journaliste courageuse et femme déterminée, elle fut et reste la voix de la Russie qui résiste. » (synopsis éditeur).

Reste baissée. Dans la région, pour survivre, mieux vaut ne pas se faire remarquer.

Tout commence par une scène dans laquelle des civils essuient des tirs nourris. Les militaires mitraillent, cela les fait rire. Les civils, quant à eux, font les morts. Anna fait partie des tchétchènes, elle est ventre à terre, comme eux. Un dessin au trait fin réalisé à l’encre de Chine, veillant à la fluidité des mouvements comme à l’expressivité des visages et des corps. A d’autres moments, comme pour donner de la consistance à ces paysages déchirés par la guerre, le pinceau prend le relais et brosse, par vagues épaisses, des noirs accentuant les formes qui cassent la morne ligne d’horizon sur laquelle s’endort le regard. Une ambiance graphique faite de noir, de blanc et de dégradés de gris permis par la dilution de l’aquarelle

Anna Politkovskaïa apparaît comme une femme de caractère sachant situer avec exactitude ses missions et son rôle de journaliste. Farouchement opposée à toute forme de censure, elle se bat pour la liberté d’expression et revendique son droit à dénoncer abus, crimes, répression…

Non, je ne me tairai pas ! Les gens meurent, tous les jours ils sont torturés par les soldats de ce satané pays, et nous, on devrait omettre les détails les plus scabreux ?

La Tchétchénie. Anna Politkovskaïa y est revenue à mainte reprise. Parler du quotidien des hommes et des femmes coincés dans un conflit interminable, du climat de terreur qu’entretient les soldats (les russes comme les tchétchènes), des moyens de survivre en traficotant ou en chapardant du pétrole (permettant la fabrication d’essence artisanale). Francesco Matteuzzi décrit aussi ce lien si chaleureux que la journaliste entretenait avec les populations. Une écoute attentive, le souci d’être exacte, la responsabilité de dire… autant de qualités qui faisaient d’Anna Politkovskaïa une grande professionnelle.

« ‟- Si vous promettez d’écrire tout ce que je dis, je parlerai. J’ai confiance en vous… comme tout le monde ici… mais je veux que vous écriviez absolument toutˮ. Je sais que c’est faux. Tout le monde n’a pas confiance en moi. Mais je le lui promets. » Anna n’avait jamais la garantie que son rédacteur en chef conserverait l’intégralité des articles qu’elle lui transmettait. Mais elle n’a pas été seulement amenée à témoigner ou à rendre compte du témoignage de civils. Elle était reconnue, appelée par des commandos tchétchènes qui voulait qu’elle transmette leurs desiderata au gouvernement de Poutine dans des cas de prises d’otages, elle recueillait le témoignage d’individus qui ont été mouillés dans les sales affaires du gouvernement et qui ont souhaité témoigner… pour se protéger… mais c’était peine perdue. »

Francesco Matteuzzi fait la part belle aux convictions de la journaliste assassinée. Le scénario utilise son intégrité et sa ténacité pour trouver sa force. Il y a quelques années, Igort en avait fait de même dans « Les Cahiers russes » (Futuropolis, 2012). Il me semble qu’il est impossible de parler d’Anna Politkovskaïa et omettre sa force de caractère. Il est aussi question de la pression que le gouvernement lui a fait subir (« Anna Politkovskaïa ? C’est une journaliste non rééducable. Il faut la traiter en conséquence. »), des menaces, du chantage, des tentatives de corruption, etc.

Les dessins d’Elisabetta Benfatto ne semblent servir qu’à une seule chose : illustrer le récit. Dépourvu de toute force, sans hachures, sans trop de profondeur… un dessin très doux qui contraste fortement avec le ton narratif. Et même si ce style graphique permet une grande lisibilité, on peut tout de même regretter que le trait ne soit pas plus mordant et donnant l’impression que le scénario est linéaire et plat alors que ce n’est pas le cas.

PictomouiUn documentaire qui retrace les dernières années de vie d’Anna Politkovskaïa. Il se referme sur la mort de la journaliste, fervente militante des droits de l’Homme, le 7 octobre 2006… le jour du cinquante-quatrième anniversaire de Poutine.

Extraits :

« – Tu sais quoi ? Parfois, je voudrais être l’un de tes protégés… Un orphelin de guerre, un invalide… tu es toujours si gentille avec eux, tandis qu’avec tes collègues…

– Peut-être, Dmitri, mais malheureusement pour toi, tu habites à Moscou et tu es le rédacteur en chef       de ce journal. Ta vie est encore parfaitement normale. » (Anna Politkovskaïa)

« On sait bien qui a tiré profit de l’attentat. Je rédige mon article et publie l’interview. Six mois plus tard, Terkibaev perdra la vie dans un accident de voiture à peine surprenant. Parce que chez nous, cela fonctionne ainsi… Si vous parlez, si vous révélez des faits que le régime veut dissimuler, vous êtes mort… » (Anna Politkovskaïa)

« Ceux qui disent la vérité mènent une véritable guerre. C’est aussi une guerre contre les autres journalistes, parce qu’on fait le vide autour de vous. Résultat : vous restez seul. Les interrogatoires au parquet sont devenus une habitude. On me convoque à chaque fois que le journal publie l’un de mes articles.  L’interrogatoire dure quelques heures, puis, si tout va bien, on me laisse rentrer chez moi. Ou bien on m’arrête, c’est au choix. » (Anna Politkovskaïa)

Anna Politkovskaïa

– Journaliste dissidente –

One shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur : Elisabetta BENFATTO

Scénariste : Francesco MATTEUZZI

Traduit de l’italien par Marie GIUDICELLI

Dépôt légal : août 2016

128 pages, 16 euros, ISBN : 979-10-90090-90-3

Bulles bulles bulles…

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Anna Politkovskaïa – Matteuzzi – Benfatto © Steinkis – 2016

Manouches (Mirror)

Mirror © Steinkis – 2016
Mirror © Steinkis – 2016

« Archange est le patriarche d’une grande famille manouche. Mais son nom de voyageur est Tinoir. Il est marié à Marie dont le petit nom est La Blanche. Tinoir et La Blanche sont issus d’une longue lignée, française depuis le XVIe siècle. Tinoir et les siens ne sont que passagers, ils ne possèdent rien, ils nomadisent et ils invoquent. Ils sont à la merci des sédentaires, « les voleurs de terre », qui chassent les nomades, « les voleurs de poules ».

MANOUCHES illustre également les rapports complexes qu’entretient Archange avec son ami gadjo, sédentaire, instituteur itinérant. Ensemble, ils s’interrogent sur ce qui lie et sépare leurs modes de vie, sur le poids des souffrances et persécutions endurées par les Tsiganes, sur le présent et sur l’avenir.

« Manouche » veut dire homme debout. » (synopsis éditeur).

« Manouches » est le cinquième album de Kkrist Mirror sur la thématique des tsiganes. On sent très vite l’engagement et l’affection qu’il voue à ces gens, à cette « communauté » comme on dit souvent… même si le terme est somme toute assez réducteur, englobant les individus dans un « tout », annihilant les individualités et les particularités de chacun.

Les gestes de soutiens à l’égard des gens du voyage sont rares. Il y a pourtant une nécessité à parler de leurs conditions de vie. Nous, les « sédentaires », on a tendance à coller des étiquettes sur le front des gens du voyage. Souvent à tort car comme dans toute communauté, c’est souvent une minorité qui fait parler d’elle… un peu comme si on disait que tous les manifestants sont des casseurs…

Dans cet ouvrage, il est question d’amour fusionnel des tsiganes pour leurs enfants, d’intimidations régulières de la police pour leur faire quitter un lieu, de la méconnaissance du génocide des tsiganes pendant la seconde guerre mondiale (le Samudaripen) et de la méconnaissance – en général – des tsiganes pour l’histoire de leur peuple, de la résignation et de la peur face aux orientations et décisions politiques à leur encontre, des conditions de vie précaires qui font leur quotidien, de la difficulté d’accéder aux soins, des injustices qu’ils rencontrent, de leurs « gueules » qui ne leur permet pas de trouver un emploi, des actes racistes dont ils sont victimes, de débrouille, d’hiver en caravane… mais aussi de la solidarité qui fait leur force, d’amitié, d’amour, de traditions, de culture, de valeurs, de croyances, de fierté…

Le coup de pinceau de Kkrist Mirror est vif et nerveux. Les lignes se croisent, se mêlent et se démêlent pour former des masses, des petites rides, des silhouettes, des paysages. Le trait suit sa ligne, crée des motifs, des contrastes et si l’on prend le temps d’arrêter un tant soit peu son regard et d’entrer dans les nervures du dessin, on profite alors de la créativité et de l’inventivité contenues dans ce noir et blanc en apparence austère et désordonné.

Les propos sont livrés crûment, sans aucun filtre, un simple petit astérisque nous permettra d’apprendre la signification de « mùr tchavo », « clisto », « pràl » (et j’en passe) et nous voilà équipé pour suivre le fil des échanges où surgissent des mots d’argot, de romani… le parler gitan. Ce qui est pensé est dit avec franchise. Le personnage qui nous permet d’entrer dans ce clan se prénomme Daniel et exerce en tant qu’instituteur des gens du voyage. Outre les quelques précisions relatives au vocabulaire, ce narrateur nous donne les codes nécessaires pour comprendre la culture manouche.

On découvre ainsi leur quotidien au travers de la relation d’amitié qui lie Daniel et Archange. Il n’est pas utile de pousser la lecture très loin pour constater la tension dans laquelle ils vivent. La précarité de leur situation les inquiète, ils vivent avec la peur au ventre à l’idée qu’on leur retire leurs enfants et qu’on les place en foyer, ils appréhendent le moment où les forces de l’ordre vont intervenir pour leur demander de quitter les lieux. Où qu’ils aillent, on les chasse. Et quand bien même ils parviendraient à obtenir les fonds nécessaires pour acheter un bout de terrain en vue de se sédentariser…

« Tinoir était retourné, avec sa famille, sur un terrain dont il était propriétaire dans un petit village près de Rambouillet. Il l’avait acheté il y a une vingtaine d’années. Le terrain était non constructible. Tinoir l’avait acheté en espérant qu’il puisse un jour bâtir. Vingt ans après, tous les terrains autour étaient devenus constructibles, sauf le sien ! »

PictoOKEn dehors de la société, sans cesse, tels des parias. Leur force, c’est leur solidarité.

Intéressant, fort. Cet album permet de décaler le regard et de bousculer un peu les représentations que l’on a à l’égard des gens du voyage. A lire.

La chronique de Sabariscon.

Extraits :

« On s’traîne un passif plus qu’un passé, un boulet qui toujours nous fait tomber » (Manouches).

« Dehors, les gens voient pas comment c’est d’dans. Y voient ma campine « prestige » et mon vago Mercedes… Y voient pas l’poêle et l’bois plein de produits toxiques. Y voient pas qu’j’ouvre le carreau toutes les dix minutes pour pas crever asphyxié. Y voient pas la maladie parce qu’on mange trop gras, qu’on s’fait trop de tension, qu’on respire des mauvaises choses. Y voient la bague à mon doigt, mais pas les deux que j’me suis brûlé avec une grenade mal dégoupillée que j’ai voulu lancer sur les Boches… Y voient ma fierté mais pas l’souv’nir lointain de ma mère disparue dans les camps. Y voient ma peau mate, mes origines de l’Inde mais pas mon père soldat, blessé à la guerre, mort sans avoir touché sa pension… » (Manouches).

Manouches

One shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur / Scénariste : Kkrist MIRROR

Dépôt légal : février 2016

156 pages, 20 euros : ISBN : 979-10-90090-96-5

Bulles bulles bulles…

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Manouches – Mirror © Steinkis – 2016

Mon fiancé chinois (Garancher)

Garancher © Steinkis – 2013
Garancher © Steinkis – 2013

Pad est vietnamienne. Elle appartient à un clan Hmong. Elle a passé une enfance joyeuse au sein de sa famille, entourée de l’amour de ses parents et de ses frères et sœurs. Son éducation s’est faite dans le respect des traditions ancestrales de son clan. A l’âge de 7 ans, Pad rentre pour la première fois à l’école. La scolarisation n’était pas systématique mais une décision gouvernementale impose le fait que tous les enfants doivent savoir lire et écrire.

A l’adolescence, elle déclare sa flamme à Nam, son cousin. Leur union est pourtant impossible. Le père de Nam organise rapidement le mariage de son fils avec une fille d’un autre clan. Pad devient morose. Pour sortir de cette déprime, elle ressent le besoin de quitter son village natal. Ce projet coïncide avec la venue d’un étranger au village. Ce dernier se heurte au chef du village qui refuse la proposition de « vendre » des filles du village à des familles chinoises dont le fils cherche à se marier. Mais Pad parvient à convaincre sa famille.

Quelques semaines plus tard, elle rencontre Tao avec lequel elle fondera un foyer.

Laure Garancher livre un premier album très agréable. Découpé en cinq chapitres, l’auteure nous permet de découvrir les traditions et le quotidien de deux peuples. Ainsi, nous plongeons aussi bien dans les plaines et rizières du Vietnam que dans le quotidien d’une famille de restaurateurs chinois. De part et d’autres, des hommes et des femmes respectueusement attachés aux us et coutumes de leur pays (pas d’union au sein de deux personnes d’un même clan pour les Hmongs, les conséquences de la politique chinoise de l’enfant unique sur les naissances…).

Le souhait de l’auteur était clair ; travaillant au sein de l’OMS depuis des années et amenée à s’installer à long terme dans certains endroits du globe, elle a souhaité partager ce qu’elle a appris et vécu lors de son séjour de trois ans au Vietnam.

Le personnage de Pad sert de fil rouge aux cinq chapitres de l’album. Un ouvrage qui nous permet de découvrir quatre destinées essentiellement féminines (la belle-mère et la mère de Pad, Pad et Tao (son mari chinois) ; le cinquième chapitre est quant à lui consacré au quotidien de Pad en Chine.

De très courtes transitions narratives permettent au lecteur de passer facilement d’un portrait à l’autre. Le premier chapitre présente la belle-mère du personnage principal et nous permet d’aborder la question des mariages arrangés et de l’avortement (la politique de l’enfant unique conduit de nombreuses femmes à avorter lorsqu’elles sont enceintes de filles). Le second chapitre s’intéresse à la mère de Pad et décrit les conditions de vie difficiles des Hmongs, leurs traditions et la chaleur de leurs foyers. Le contraste est réel entre la Chine et le Vietnam : familles nombreuses / enfant unique, développement personnel / promotion sociale… Le point commun de ces deux cultures : les traditions qui sont la clef de voute de leur organisation et de leur quotidien. Au troisième chapitre, Laure Garancher revient en Chine et présente le personnage de Tao. L’auteur décrit l’accueil de l’unique enfant du couple (en raison de la législation en vigueur sur la réglementation des naissances), les IVG nombreuses quand la mère apprend qu’elle est enceinte d’une fille, la fierté de donner naissance à un garçon qui pourra assurer la lignée de sa famille. Couvert d’attentions et de cadeau, sa vie change radicalement du jour où il est en âge d’être scolarisé. Dès lors, on attend de lui l’excellence. Le système éducatif décrit est assez violent.

LEs deux derniers chapitres se penchent enfin sur Pad : son enfance, son mariage avec Tao qui, malgré l’aspect mercantile de leur rencontre, se fera dans le plus strict respect des traditions. La personnalité de Pad, joviale et de nature optimiste, influence pour beaucoup l’ambiance de cet album. Aussi fictif soit son personnage, il permet à son auteur d’aborder toute la richesse et la complexité de cette culture vietnamienne. Les dessins complètent les propos de nombreux détails graphiques (notamment concernant les costumes traditionnels hmongs). Le trait rond de Laure Garancher apporte beaucoup de quiétude à cet univers et les couleurs d’Hélène Lenoble sont chaleureuses.

La lecture est agréable. Deux petits griefs cependant : l’album a une odeur assez désagréable, rares sont les encres qui m’indisposent ainsi. Le second est lié au scénario : l’album s’ouvre sur un face à face avec Pad. Le lecteur découvre alors une vieille femme qui explique avoir quitté le Vietnam depuis 50 ans. Compte tenu de l’ambiance graphique, il est inconcevable d’imaginer que ce témoignage nous vienne du futur… et pourtant. Je trouve ce choix dommageable car il rappelle en permanence le fait que Pad soit un personnage fictif. Cette femme âgée qui surgit ponctuellement est irréelle, elle semble avoir été plaquée sur le scénario, sa présence dénote avec l’ensemble du témoignage. On aurait tendance à ne pas donner au reste du récit la portée qu’il convient de lui donner.

Une certaine sérénité émane de cet album. Il y a beaucoup de spontanéité dans les propos des personnages, beaucoup d’humanité dans le témoignage de l’auteur qui a su rendre ce documentaire très ludique. Un moment de lecture agréable mais il manque toutefois un petit soupçon de réalisme qui nous empêche de plonger totalement dans le quotidien des personnages. En effet, malgré les transitions qui nous font passer sans heurts d’un personnage à l’autre, il est difficile de s’attacher réellement aux personnages.

Je remercie Jérôme pour cette découverte 😉

La page Facebook de l’auteure. Et une interview de Laure Garancher sur le site de la Fnac.

Les chroniques de N’autre école et de Cathia.

Mon fiancé chinois

One shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur / Scénariste : Laure GARANCHER

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 979-10-90090-15-6

Bulles bulles bulles…

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Mon fiancé chinois – Garancher © Steinkis – 2013

Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins (Glidden)

Comment comprendre Israel en 60 jours ou moins
Glidden © Steinkis – 2011

En mars 2007, Sarah Glidden embarque pour un voyage d’une dizaine de jours dans le cadre d’un séjour organisé par le Taglit. Destination : Israël !

Pour cette jeune juive non pratiquante, et farouchement décidée à soutenir la cause palestinienne, c’est l’occasion de mieux comprendre la situation au Proche-Orient.

« Elle s’attend à un voyage de propagande. Mais une fois arrivée à destination, elle découvre que les choses ne sont pas si simples… » (Extrait de la fiche éditeur).

Cet album est un journal de bord, proche du carnet de voyage, retranscrit sous forme de bande dessinée. C’est aussi pour moi l’occasion de découvrir Sarah Glidden, jeune auteure de mini-strips et grande voyageuse. Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) est son premier récit complet.

Le voyage démarre très rapidement. A quelques pages à peine du début du récit, Sarah Glidden relate l’interrogatoire réalisé par un policier juste avant l’embarquement. L’échange touchera presque exclusivement des questions religieuses… de quoi refroidir quelques ardeurs.

commentComprendreIsraelEn60jours01Au préalable, Sarah Glidden avait consacré le mois précédent son départ à la lecture de témoignages, de documentaires… tout ce qui pouvait la préparer à ce qu’elle va découvrir et surtout, un moyen de se protéger contre l’endoctrinement. Car l’auteur est convaincue que son tour-opérateur cherche à rallier les jeunes juifs à la cause israélienne, chose que Sarah Glidden refuse à tout prix.

Par la suite, durant tout le séjour, nous la verrons lutter jusqu’à s’épuiser, à la recherche permanente du moindre propos attestant l’obstination aveugle des israéliens à nier la situation palestinienne.

« En conflit avec une judéité qui à ses yeux ne semble avoir pour conséquence que le malheur des palestiniens, elle vient avec un regard en alerte, un esprit tendu vers les détails pour déceler ce qui la tromperait, lui cacherait une vérité que n’oseraient s’avouer les israéliens. Mais ce qu’elle va découvrir est une réalité extrêmement complexe dont elle va rapidement percevoir les contradictions, mais aussi les richesses » (source : chronique du9).

Au delà de la découverte d’un pays, ce témoignage contient une réflexion universelle sur l’identité. Le titre de l’ouvrage promettait au lecteur d’y voir un peu plus clair sur la situation mais pour l’auteur, ce séjour détruit une grande partie de ce qu’elle avait construit. La narratrice est tiraillée entre ses valeurs et la réalité telle qu’elle l’observe, ses certitudes sont ébranlées. Si initialement, Sarah Glidden pensait que ce séjour renforcerait ses convictions et sa motivation à soutenir la cause palestinienne. Mais elle est déstabilisée par le fait de côtoyer des civils israéliens, de constater qu’ils n’ont pas de sentiments haineux et que beaucoup aspirent à vivre en paix avec leurs homologues palestiniens. Cela provoque chez l’auteur une forte remise en question. Elle ne pensait pas que ce voyage en Terre Sainte déclencherait chez elle une quête identitaire de cette ampleur.

Comment puis-je me sentir liée à une terre qui cause tant de souffrances ?

La narration n’hésite pas à revenir sur les faits historiques marquants. Mais ce récit didactique n’est pas rébarbatif. La présence régulière de dates et d’événements enrichit les propos de l’auteure qui en offre au passage une lecture parfois personnelle mais non jugeante. La lecture est fluide et agréable. Sarah Glidden a su trouver un équilibre, le rythme narratif est dynamique.

La première fois que j’ai feuilleté l’album, j’ai pensé à Exit Wounds (Rutu Modan). J’appréhendais donc que le contexte historique soit un leurre pour appâter le lecteur. J’ai donc repoussé la lecture de Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins. Force est de constater que le conflit israélo-palestinien n’est pas relégué au statut d’artifice et qu’il est au centre de l’album.

La composition graphique de l’album est réalisée à l’aquarelle. Les couleurs sont diluées, ce qui crée une atmosphère ludique et conviviale, ce qui contraste assez avec l’effervescence intellectuelle dans laquelle se trouve Sarah Glidden. L’équilibre trouvé entre les visuels et les propos est intéressant, une invitation à la lecture.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

PictoOKCe témoignage permet au lecteur de se sensibiliser à la question tout en découvrant le parcours très personnel d’une jeune américaine. On est sensible au fait que l’auteur ait été vigilante au fait de conserver une forme de neutralité dans ses propos ; elle parvient à délivrer suffisamment d’informations essentielles sur cette situation au Proche-Orient mais laisse ensuite le lecteur libre de tirer ses propres conclusions.

Un des ouvrages les plus abordables qu’il m’ait été donné de lire sur le conflit israélo-palestinien. Les propos qu’il contient sont sincères. D’autres albums sur ce sujet d’actualité en suivant le Tag « Palestine ».

Les chroniques de Lorraine, David, Lettres d’Israël, Tohu-bohu, Lafigue.

Extraits :

« Qu’est-ce que signifie vivre en territoire disputé ? Est-ce qu’on essaye juste de ne pas y penser et de vivre normalement ? Ou est-ce que cela vous définit ? » (Comment comprendre Israël en 60 jour ou moins).

« En progressant vers les sommets, il était très impressionné par le courage des troupes syriennes dans leurs bunkers. Malgré de nombreuses victimes, jamais elles ne se rendaient. Ce n’est qu’en pénétrant dans les bunkers que mon père a fini par comprendre. La plupart des soldats étaient soit morts soit blessés et ils ne pouvaient pas abandonner leurs postes parce qu’avant de partir, les officiers les avaient enchaînés à leurs bunkers par le pied » (Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins).

« Quand on apprend que l’armée israélienne a envoyé des troupes pour raser une maison ou capturer un militant, c’est de ces gamins-là qu’on parle ? Ou est-ce qu’il y a des soldats de métier pour faire le sale boulot ? Est-ce qu’ils ont peur d’aller à l’armée ou est-ce qu’ils l’acceptent ? » (Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins).

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Chiffre : 60

Tour du monde en 8 ans : Etats-Unis

Carnet de Voyage : Israël

Histoire : le conflit israélo-palestinien

Quatre Challenges 2013

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

One Shot

Editeur : Steinkis

Dessinateur / Scénariste : Sarah GLIDDEN

Dépôt légal : mai 2011

ISBN : 979-10-90090-00-2

Bulles bulles bulles…

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Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) – Glidden © Steinkis – 2011