Chroniks Expresss #7

Ces derniers temps, je me retrouve confrontée à :

  • un manque d’envie de parler de certains titres,
  • un manque de temps…

… reprise de la rubrique Chroniks Expresss pour partager trois déceptions.

Bride stories, tome 1 – Mori © Ki-oon – 2011

Mori © Ki-oon – 2011
Mori © Ki-oon – 2011

« La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçon de huit ans son cadet ! Autre village, autres mœurs… La jeune fille, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, une ribambelle d’enfants et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions. Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune femme coûte que coûte… » (synopsis éditeur).

Vous avez été nombreux à encenser cette série dont j’appréhendais la lecture. Pourtant, le tome 1 ne s’étale pas réellement sur les émois amoureux d’une héroïne qui a tout pour plaire : jeune et jolie, sportive et intelligente, courageuse et émotive… elle a VRAIMENT tout pour plaire cette gentille jeune fille… un peu trop [gentille] peut-être.

Ce tome est l’occasion de découvrir les traditions et le mode de vie d’une famille installée quelque part en Asie Centrale. Si le trait de Kaoru Mori est raffiné et n’omet aucun détail (je me suis souvent perdue dans la contemplation d’un visuel), j’avoue que cette épopée – annoncée comme un seinen – ne m’a apporté aucune satisfaction. Malheureusement pour moi, j’ai déjà lu quelques chroniques sur les tomes suivants et je suis au courant que la romance amoureuse va prendre de plus en plus de place dans le scénario…

Je vais m’arrêter là puisqu’il m’a déjà fallu cinq semaines pour venir à bout de ce petit manga de 192 pages. L’histoire, loin d’être palpitante, n’a pas grand intérêt… mais j’ai essayé les copains ! 😉 (ah, vous vous disiez que je ne le lirais jamais !!?)

La synthèse de kbd et les chroniques de Jérôme et de Marilyne.

In vino veritas, tome 1 – Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013
Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Une nouvelle saga débute avec ce premier opus de série. Il nous annonce la lutte fratricide entre Lionello et Tessa. Orphelins de père et de mère, ils ont été élevés par leurs grands-parents. Une enfance idyllique passée au milieu des vignes du patriarche qui leur a transmis son amour profond de la terre. Une grand-mère aimante et deux enfants unis pour les meilleurs et pour le pire. Malheureusement, la promesse qu’ils se sont faits enfants n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Devenus adultes, ils se vouent une haine de tout instant, une animosité que leurs proches ne parviennent pas à apaiser. Jusqu’au jour où la grand-mère décède. Cette dernière a pris soin de préciser dans son testament que s’ils souhaitent hériter de ses terres, ils devront unir leurs compétences et travailler ensemble…

Il y a à mon goût beaucoup trop de stéréotypes dans la présentation de cette série. Le travail de Luca Malisan parvient, malgré l’aspect assez lisse de son dessin, à créer deux ambiances assez distinctes. C’est propre mais ce type de dessin ne me fait ni chaud ni froid. La superficialité de Lionello nous saute immédiatement aux yeux tandis que Tessa apparait plus franche et spontanée. Bref, tout cela semble cousu de fil blanc ! Je ne m’arrêterais pas sur les couleurs criardes de l’album qui ont été posée à la palette, évitant ainsi toute trace de crayon, de hachure… il n’y a pas de profondeur, l’atmosphère est aseptisée, on ne ressent rien. Quant au scénario, il me semble bien trop classique et très convenu. L’ouvrage m’est tombé des mains avant que je ne parvienne à la fin de l’album.

La chronique de Planete BD.

Ils ont retrouvé la voiture – Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006
Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Cet album est le second tome de la série Baci dalla provincia. Je vous avais présenté le tome 1 (Les Innocents) il y a trois ans. Mon sentiment était mitigé sur ce premier tome mais je souhaitais découvrir la suite du récit. Malheureusement, le voyage n’a pas été à la hauteur de mes attentes bien que l’on plonge très rapidement dans ce thriller.

On découvre deux hommes, deux anciennes racailles dont l’un semble avoir refait sa vie. Suite à la découverte d’une carcasse de voiture, les services de police sont sur le qui-vive, ce qui semble inquiéter l’un des deux hommes. Ils s’engagent dans une expédition punitive visant à effacer les dernières traces de leur délit et ainsi empêcher les forces de l’ordre de remonter jusqu’à eux.

Le lecteur ne tarde pas à donner du sens au titre de l’album. Gipi propose ici un huis-clos assez pesant. On est face à un rapport de force assez primal entre dominant et dominé, le second semblant appréhender les réactions du premier. La tension monte crescendo, elle suggère au lecteur que le dominant peut-être imprévisible, dangereux… On ne saura rien du passé de ces hommes, on devinera seulement qu’ils ont fait équipe à l’occasion d’un braquage ou quelque chose du genre. On devine aussi que le groupe s’est cassé suite à ce délit et que chacun a fait sa vie de son côté.

L’intrigue en elle-même s’étale sur une période très restreinte, une poignée d’heures tout au plus. L’action se déroule principalement dans une voiture. Plusieurs scènes présentent ainsi les deux hommes côte-à-côte, une disposition qui facilite les confidences et limite certaines effusions. J’ai vraiment apprécié la manière dont Gipi utilisait cette configuration pour travailler l’atmosphère.

En début de lecture, je pensais que nous étions face à deux amis qui se retrouvaient après une longue séparation mais les événements nous forcent à revoir constamment notre analyse et l’idée que nous nous faisions des liens qui les unissent.

Malgré tout, ça n’a pas pris. Je suis restée assez extérieure à cette histoire. A ce jour, la série Baci dalla provincia ne comporte que deux tomes.

La chronique de Frédéric Prilleux (Bedepolar).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment-Boisson : vino !

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Chroniks Expresss #2

Bonjour @ tous !

Le mois de juillet commence, les vacances se profilent à l’horizon… des petits chanceux vont partir en vacances bientôt… peut-être. Pour moi, le moment est venu de faire un petit point sur ces lectures qui ne feront pas l’objet de chronique sur ce blog, faute de temps, faute d’envie d’en parler réellement ou, à force de remettre toujours au lendemain l’écriture d’un avis argumenté, les souvenirs se sont délités…

Les Sous-sols du Révolu
Mathieu © Futuropolis - 2006

Les sous-sols du Révolu de Marc-Antoine Mathieu.

Le Volumineur se présente sur son nouveau poste de travail. Il est chargé de recenser les œuvres d’un Musée (en l’occurrence, le Musée du Louvre). Mais la tâche s’avère ardue… et son chemin est semé de rencontres incongrues, d’impondérables et de surprises.

Voici un résumé assez grossier du contenu de l’album. Un résumé lacunaire car je ne dispose pas d’un regard d’ensemble sur cet album puisqu’il m’est tombé des mains environ à mi-lecture (sur un ouvrage de 62 pages). J’ai trouvé cet univers hermétique au possible, fade et pompeux. Les compères de kbd ne sont pas tous de cet avis, loin de là. Je vous propose de cliquer sur ce lien pour accéder à la synthèse de kbd. Je vous propose un autre lien vers la fiche album du site de l’éditeur.

Décidément, la Collection du Louvre ne parvient pas à me convaincre !

Anatomie de l'éponge
Long © Vertige Graphic - 2006

Anatomie de l’éponge de Guillaume Long.

« Et bien tu sais, le monde de la bédé se divise en deux catégories. Ceux qui ont de l’imagination et ceux qui font de l’autobiographie. Toi tu fais de l’autobiographie ». Cette réplique est faite par la compagne de l’auteur dans une des nouvelles de cet album. Ça résume assez bien l’esprit de l’album : humour, influences artistiques et éléments de son parcours.

Nouvel album autobiographique pour Guillaume Long qui après avoir raconté ses années d’études aux Beaux-Arts (voir ma chronique) nous propose cette fois de le suivre sur son quotidien d’auteur. Avec sept albums publiés depuis 2002, Guillaume Long perfectionne son style sans révolutionner le genre. Pourtant, je constate une nouvelle fois qu’il se raconte avec humour et qu’il ne lasse pas son lecteur. Tente-t-il de nous décourager en accentuant son personnage que nous savons d’ores-et-déjà hypocondriaque, bourré de T.O.C.S., un brin parano, complètement complexé et disons-le aussi… légèrement paresseux !? Un album agréable.

Breakfast after Noon
Watson © Casterman - 2002

Breakfast after noon d’Andi Watson.

Rob et Louise vont se marier dans quelques mois. Tous deux sont ouvriers dans une usine de faïence en pleine récession. L’entreprise doit licencier, le couple se retrouve au chômage. Louise en profite pour reprendre une formation professionnelle alors que Rob plonge dans une profonde dépression. Peu à peu, il lâche tout et perd l’estime et la confiance de ses amis.

Une « tranche de vie » très banale sur fond de chronique sociale (chômage, endettement, alcoolisme…). le personnage de Rob est attachant quoiqu’assez agaçant à la longue. Quant à Louise, elle est très « cliché ». Une trame qui aurait pu être intéressante si ce n’est que le contenu n’est pas fouillé. On survole un récit saccadé qui dispose tout de même de quelques scènes intéressantes mais pas suffisantes pour rattraper l’ensemble. Le contenu est vaporeux et cette impression est renforcée par un graphisme au trait épais (les ambiances sont douces mais les personnages ne sont pas assez expressifs à mon goût). Le dénouement final est une jolie pirouette… un album rapidement lu et qui ne laisse pas de traces.

Massacre au Pont de No Gun Ri (Chung & Park)

Massacre au Pont de No Gun Ri
Chung – Park © Vertige Graphic & Coconino Press – 2007

L’histoire d’Eun-yong débute durant l’été 1950. Alors étudiant en Droit dans la ville de Séoul, il coule des jours heureux avec sa femme et ses deux enfants. Jusqu’à ce 25 juin 1950 où un communiqué à la radio leur annonce que les troupes nord-coréennes ont rompu les accords de paix. La guerre est déclenchée, les populations débutent leur exode. Quelques jours plus tard, Eun-youn et sa famille prendront la route à leur tour, avec la volonté de rallier Daejeon où il retrouve son frère puis JOO GOK RI, son village natal situé dans le Sud de la Corée. Ils y trouveront un havre de paix de courte durée puisqu’ils assistent impuissants à la débâcle des troupes américaines sous-équipées et incapables d’assurer leur protection face aux troupes nord-coréennes.

Chassés de leur village, ils vont – dans un premier temps – trouver refuge dans la montagne la plus proche. Pourtant, la sécurité d’Eun-youn, ancien policier, reste incertaine. Des rumeurs courent au sujet du sort que les « Rouges » réservent aux anciens fonctionnaires d’état sud-coréens. Il prend donc la fuite et laisse sa famille sur place. Il trouve refuge chez un lointain cousin, apprend l’hospitalisation de sa femme et décide de remonter vers le Nord. Lorsqu’il la retrouve enfin, elle lui apprend le décès de leurs enfants et de toute leur famille. Son épouse est la seule survivante d’un massacre perpétré par les Américains au Pont de No Gun Ri. Le couple doit désormais apprendre à vivre avec les plaies béantes laissées par ce drame.

Ce manhwa est une adaptation du roman éponyme d’Eun-youn Chung qui a voulu témoigner de cet épisode sanglant de l’histoire de la guerre de Corée. En un peu plus de 600 pages, Kun-woong Park transpose donc ce témoignage de manière à lui donner une portée remarquable. Le récit est très aéré, on fait des pauses sur des cases qui en disent bien plus long que les mots.

L’ouvrage se découpe en 7 chapitres avec une particularité pour le sixième. Ce dernier se développe sur près de 350 pages et se consacre uniquement aux quatre jours du massacre du Pont de No Gu Ri (perpétré entre le 26 et le 29 juillet 1950). Le ton de la narration change, l’auteur se fait alors le passeur du témoignage de sa femme auquel s’ajoutent des témoignages mêlés d’autres survivants de cet épisode sanglant. Alors que jusque-là on suivait Eun-youn dans sa fuite, rongé par la culpabilité d’avoir abandonné sa famille, Kun-woon Park opte pour un style plus dépouillé, ce qui a pour effet immédiat de faire ressentir au lecteur toute la tension de cet épisode. Le graphisme perd de sa superbe, les magnifiques lavis réalisés à l’encre de Chine (les détails de la flore sont superbes) laissent place à un trait plus malhabile, mordant, presque brut tant l’émotion est encore à fleur de peau après tant d’années.

On prend de plein fouet le trouble et l’incompréhension de la population. Les expressions des personnages nous font ressentir toute l’horreur de ce moment (ils ont été parqué pendant 4 jours dans sous un pont de chemin de fer et tenus en joue d’un côté comme de l’autre par les soldats américains qui tiraient au moindre mouvement). Hommes, femmes, enfants et vieillards ont vécus ainsi, entassés les uns sur les autres, côtoyant les cadavres de leurs proches, de leurs voisins. Le désir de survie est devenu de plus en plus prégnant, ils ont fini par accepter l’inacceptable et se sont servi des corps pour ériger des remparts espérant que cela les protégerait des balles américaines. Je disais qu’on ressentait toute l’horreur de la situation, mais on est aussi témoin de toute l’incompréhension de ces gens qui vouaient une confiance quasi aveugle envers les soldats américains devenus leurs bourreaux pour des raisons qui leur échappe. Comble de l’ironie : les 25 survivants ont été sauvés par les soldats nord-coréens, ceux-là même qu’ils fuyaient quelques jours plus tôt.

Passé le chapitre du massacre, les lavis reviennent et l’auteur reprend son témoignage.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

Cet avis intègre le Challenge PAL Sèches, sur les recommandations de Choco, dont voici sa chronique !

PictoOKPictoOKUn album imposant, un témoignage qu’il n’est pas facile d’entendre mais pourtant, je pense que ce type d’album est la preuve que la bande dessinée est un médium incontournable et nécessaire.

Pour la première fois, j’adhère pleinement à un manhwa.

Extraits :

« Soudain, sur la route de Kyung-Bu, j’aperçus une immense marée humaine se déplaçant. C’était un flot ininterrompu d’hommes, de femmes et d’enfants. On eût dit un fleuve de couleur blanche » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« En perdant cette bataille, l’Armée américaine perdit la confiance que le peuple sud-coréen avait placée en elle. Le doute s’installa dans les esprits, cette armée supposée invincible avait essuyé une si cinglante et rapide défaite. Ces soldats américains trop vite élevés au rang de quasi-divinités avaient rapidement retrouvé leur statut d’hommes » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« Jusqu’à présent, notre village avait été préservé des malheurs de la guerre… Maintenant, il nous fallait fuir, nous possédions juste de l’orge, de quoi tenir une semaine, tout au plus. C’était là toute notre richesse. Nous pensions que si nous quittions le village, c’était la mort qui nous attendait. Personne ne savait combien la guerre serait affreuse, on l’ignorait… Personne n’était capable de nous guider ni de nous indiquer un endroit où se réfugier. Personne n’avait la moindre idée de ce qu’était le communisme. Ce n’est qu’après la libération qu’on a sans cesse entendu dire que sous un régime communiste l’égalité était un concept réel. Pas de riche, pas de pauvre. Comme les Nord-coréens étaient en train de gagner la guerre, de plus en plus de gens pensaient que finalement ce ne serait peut-être pas si terrible de vivre sous un régime communiste » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« Mes chers enfants qui étaient si doux, chaleureux, gentils et pleins de vie. L’odeur du lait maternel émanant de leur petite bouche, leur rire et leurs petits corps si doux… combien de fois ai-je pu frotter mon nez contre leur joue… Ils n’étaient plus là, à nos côtés, nous laissant, ironie du sort, orphelins » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

Massacre au Pont de No Gun Ri

One shot

Éditeur : Vertige graphic & Coconino Press

Dessinateur : Kun-woong PARK

Scénaristes : Eun-yong CHUNG & Kun-woong PARK

Dépôt légal : février 2007

ISBN : 978-2-84999-041-4

Bulles bulles bulles…

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Massacre au Pont de No Gun Ri – Chung – Park © Vertige graphic & Coconino Press – 2007

Cerebus – High Society (Sim)

Cerebus - High Society
Sim © Vertige Graphic – 2010

Lorsque Cerebus l’oryctérope arrive à Iest, c’est dans un état de fatigue certain. Il se met à la recherche d’une chambre d’hôtel. Après plusieurs tentatives infructueuses, il se rend au Régence, le plus somptueux des hôtels de la ville. Et l’accueil qui lui est réservé est en tout point surprenant. Accueilli comme une sommité, il est rapidement installé dans une suite prestigieuse de l’établissement. La stupéfaction de Cerebus se poursuit chaque minute, comme lorsqu’il descend au restaurant de l’hôtel et que les personnalités de la ville (commerçants, avocats…) font la queue pour obtenir une entrevue avec lui.

Car si Cerebus pensait passer inaperçu, s’était sans tenir compte de son parcours. Il a notamment secondé Lord Julius, le plus haut dignitaire du pays. Ses faits d’armes et positionnements politiques ont fait de Cerebus un personnage incontournable dans le paysage gouvernemental de sa Nation. Mais le Pays bat de l’aile, il est endetté. Les enjeux financiers sont énormes pour les acteurs de l’économie nationale, d’autant que l’élection du Premier Ministre se profile. Cerebus va se retrouver embarqué dans une campagne électorale musclée et va défendre sa candidature alors qu’il n’avait pas même imaginé s’investir dans ce projet.

Cet album de plus  de 500 pages est une intégrale des chapitres publiés de 1977 à 1982. Ce récit est l’œuvre d’une vie, celle de Dave Sim, puisqu’il s’inscrit dans un univers qui se développe sur non moins de… 300 épisodes soit 6000 pages écrites entre 1977 et 2004. La folie !! Et même si cette intégrale ne contient pas les premiers chapitres de cette saga, il est précisé en préface qu’elle permet de se sensibiliser parfaitement à l’univers. Les chapitres antérieurs sont plus expérimentaux, seul le personnage principal sert de fil rouge et se développe dans des histoires qui sont plus hétéroclites. De même, Cerebus – High Society offre l’avantage d’accéder à un personnage abouti graphiquement, expressif et doté d’une personnalité intéressante.

Passé ce long préambule, je n’irai pas par quatre chemins pour vous parler de l’accueil que j’ai réservé à cet album : je n’ai pas aimé. J’ai longtemps espéré rentrer dans cette histoire, voire apprécier son personnage phare et quelques-uns des nombreux personnages secondaires mais cela ne s’est pas produit. J’ai accroché sur un seul chapitre, le troisième, mettant Cerebus en scène dans un non-monde où il semble faire la conversation avec un personnage imaginaire que j’ai longtemps pris pour l’auteur lui-même. Une confrontation intéressante. Quoiqu’il en soit, ma lecture s’est étalée avec peine sur plus de deux semaines. Ce n’est qu’à la page 444 que j’ai accepté l’idée de finir l’album sur le principe qu’on ne va pas aussi loin dans une lecture pour l’abandonner avant la fin. J’ai plusieurs fois relu les avis de mes compères de kbd (Nico, Yvan et Lunch) afin de comprendre ce que j’avais pu rater, rien n’y a fait. J’ai passé mon temps à compter les pages qui me séparaient de la fin de l’album !

Rarement lecture a été aussi pénible, aussi couteuse. Certes, le scénario est d’une richesse certaine et nous envoie explorer les méandres des stratégies politico-économiques d’un pays. Cerebus est une chronique politique qui mêle différents degrés de narration, différents degrés d’humours dans lequel le sarcasme et l’ironie se payent une belle part du gâteau.

– Un poste dans un cabinet ?
–    Ouais.
–    T’veux dire une radio dans une commode…
–    Nan, nan. Un portefeuille…
–    Pour de vrai. Un poste dans un cabinet. Dis donc. Ce s’rait sensass. Lequel ?
–    C’lui qu’tu veux.
–    Ch’sais pas. Quequ’chose de gai, t’vois ? Ch’suis plutôt du genre gai comme gard.
–    J’avais r’marqué.
–    Pourquoi pas Ministr’ de l’optimisme.
–    Ouaouh ! Ce serait sensass !

Mais le rythme du récit est saccadé et mélange plusieurs phrasés : Cerebus est un porc terreux ambigu (tantôt placide, tantôt colérique) qui parle de lui à la troisième personne, des pseudos mercenaires qui s’expriment dans un argot mélangeant québécois et mauvais français, un technocrate qui utilise la métaphore… Cette lecture demande trop de concentration, trop de style se côtoient n’offrant pas à l’album un réel liant (je précise qu’il s’agit de mon ressenti de lectures, cette richesse narrative est présentée comme un atout majeur de la série par d’autres lecteurs ; je vous renvoie aux liens des lecteurs de kbd insérés ci-dessus). Çà et là, des références à des personnages d’autres séries sont présents, comme le Cafard de LuneMoon Night » pour l’original). Autant dire que je ne maitrise aucune de ces références, que plusieurs m’ont évidemment filé entre les doigts, mais leur réutilisation semble tellement évidente que cela rajoute une frustration supplémentaire à la lecture de Cerebus : celle d’être ballotée d’un un univers qu’il m’est impossible d’apprécier, de saisir.

Roaarrr ChallengeLe dessin quant à lui est plutôt sommaire, froid. Pourtant, lui aussi a plusieurs cordes à son arc : détaillé, expressif, réaliste. Une découpe des planches recherchée et certains visuels innovants. Mais je n’ai pas aimé.

Le Chapitre 7, Flight, a reçu l’Eisner Award 1994 du Meilleur Album (matériel réédition).

Quelle lecture pénible ! Malgré la pertinence des dialogues et ce regard acerbes sur les enjeux politiques… ma découverte de Cerebus s’arrêtera à cette intégrale. J’accepte sans aucun état d’ame l’idée de ne jamais lire les trop nombreuses pages de cette saga !

La preview de BDGest (44 pages).
Un avis très éclairé sur la série.

Extraits :

«  Désolé, nous ne pouvons nous porter responsables des objets volés. La prochaine fois, laissez vos enfants dans votre chambre d’hôtel » (Cerebus – High Society).

« Les élections. Ahh… je sais pas. Les Élections. Tous les 4 ans, t’as l’occasion de faire une erreur moins grave que la précédente. T’vois ce que j’veux dire ? » (Cerebus – High Society).

« – On m’a demandé de vous remettre un message de la part de sa Sainteté. Ce message ne peut être lu qu’en la présence du très estimé Premier Ministre… ou, si ce n’est pas le cas, seulement en compagnie de ceux dont la simplicité d’esprit empêche tout compréhension.
–    Hein ?
–    Voilà qui est tout à fait rassurant… » (Cerebus – High Society).

The Reading Comics Challenge

Cerebus – High Society

Intégrale 1 (25 chapitres)

Série terminée

Éditeur: Vertige Graphic

Dessinateur / Scénariste : Dave SIM

Dépôt légal : août 2010

Bulles bulles bulles…

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Cerebus – High Society – Sim – Vertige Graphic – 2010

Palestine – Une nation occupée (Sacco)

Palestine, une nation occupée
Sacco © Vertige Graphic – 2001

En décembre 1991, Joe Sacco s’est rendu deux mois en Palestine pour réaliser un reportage. Il s’agit de sa première immersion dans la quotidienneté du peuple palestinien. Palestine – Une nation occupée est le premier volet d’un diptyque qui se clôt avec Palestine – Dans la bande de Gaza (publié en 1998 chez Vertige Graphic).

Cette œuvre étonnante fait de lui l’inventeur du journalisme d’immersion en bandes dessinées. Sa rigueur professionnelle lui vaudra la reconnaissance et l’admiration des journalistes plus encore que celle des bédéphiles. Pour Palestine, il reçoit notamment le prestigieux American Book Award en 1996. En 1995, Sacco part pour l’ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. De cette expérience il tirera Soba, The Fixer et Gorazde (2 tomes). L’œuvre de Joe Sacco n’a pas d’équivalent dans le monde de la bande dessinée et évoque plutôt le parcours des journalistes-aventuriers du début du XXe siècle. Toujours soucieux de montrer l’humain derrière les grands évènements, Joe Sacco permet à ses lecteurs de décrypter l’actualité. Son dessin, d’abord ingrat, est soucieux de détails évocateurs et sert parfaitement son propos (source : BDGest).

Plus récemment, l’auteur est revenu sur le conflit israélo-palestinien avec Gaza 1956, en marge de l’Histoire (publié en 2010 par Futuropolis, cet album a été récompensé à Angoulême par le Prix Regard du Monde en janvier dernier).

Le contenu de cet album est plus accessible, plus acerbe aussi, que Gaza 1956.

Beaucoup de sarcasmes, de la colère, on sent l’auteur estomaqué par les conditions de vie des Palestiniens (quotidienneté dans les camps de réfugiés, violences psychologiques et physiques dont ils sont victimes..).

« D’accord, mais j’approche de mes limites… une goutte de plus et… »

Joe Sacco ne cache ni ses émotions, ni sa peur, ni son indignation. Le message de cet album est limpide : du contexte historique à la situation politique actuelle, des emprisonnements réguliers des hommes palestiniens à la condition des femmes (port du hijab, place de la femme dans la société…), tout y est abordé sans détours ; nul besoin de connaître ce conflit sur le bout des doigts pour se saisir de l’ouvrage. La narration n’a pas de réel fil conducteur. On passe d’anecdote en anecdote ce qui peut prendre de court mais ne m’a pas réellement gênée dans la lecture. 140 pages durant, on découvre le quotidien d’un peuple en même temps que l’auteur. De fait, ses bulles de pensées nous guident énormément dans la compréhension de certains éléments. Celui d’entre eux qui m’a le plus marquée : la place particulière qu’on les prisons israéliennes dans le cœur des Palestiniens. Les hommes nourrissent une forme de nostalgie à l’égard de leur incarcérations. Dans l’un des visuels présents dans le diaporama en fin d’article, Joe Sacco relate la rencontre qu’il a faite avec une fillette. Elle se prénomme Ansar… c’est aussi le nom de la prison où son père a été détenu.

Côté graphique, les visuels d’album sont chargés. Passées les 10 premières pages de l’album et ce grief est déjà oublié. Une fois lancé dans la lecture, ce que l’on remarquera le plus (et ce qui pourrait en gêner certains) c’est le décalage entre le ton du récit et le dessin presque trop simpliste pour ce genre de témoignage.

Les questions soulevées par ce reportage (réalisé durant l’hiver 1991-1992) restent entières. Le fait qu’elles soient toujours d’actualité car la situation a peu évoluée. Ce constat a de quoi nous glacer le sang. En 20 ans, pas d’améliorations !! Le témoignage de Sacco se conclut sur la question des droits des femmes avec des questions comme l’acceptation des violences conjugales, le port du hijab (imposé par les hommes ou non ??)… le respect de la femme en général. Édifiant.

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

Cet album a été l’objet de menaces de censure en 2002 (voir l’article d’ActuaBD sur ce sujet).

L’avis de Mathilde.

Deux interview de Joe Sacco : la première réalisée en 1997 (Le cercle de Minuit) et la seconde réalisée en 2001 (interview réalisée par Laurent Mélikian).

Extraits :

« Plus tard, au camp de réfugiés de Jabâlya, je rencontrais un vieux Palestinien qui me raconta comment il avait fui sa maison en 1948 après la déclaration d’indépendance d’Israël et l’invasion des armées arabes. (…) Il y a quelques années, il revint sur sa terre. Il avait obtenu un permis des autorités israéliennes. Il put quitter la bande de Gaza pendant quelques heures… Il put traverser ce qui est maintenant Israël pour voir son ancien village :
– J’ai emmené ma famille voir ma terre. Là où il y avait ma maison et mon école. Certains, parmi ceux qui ont pu revenir pour voir, restent paralysés. Ils avaient tout détruit. Plus rien ne pouvait rappeler que nous avions un jour vécu là » (Palestine).

« Les Palestiniens parlent de la prison d’une manière anormale. Je ne suis pas en train de dire qu’ils adorent les longs séjours derrière les barbelés israéliens, mais je ne prends pas de gros risques en disant qu’en général, ils les apprécient, que parfois même ils les savourent, et qu’en tout cas, ces séjours représentent toujours une distinction et avec 90000 arrestations lors des quatre premières années de l’Intifada, il est impossible d’échapper à des souvenirs de prison, qu’on prenne un taxi ou qu’on boive le thé dans un café. Dans les universités et les camps de réfugiés, je suis tellement submergé de récits d’incarcérations que ce qui m’étonne le plus, c’est un homme d’une vingtaine d’années qui n’a pas été arrêté. J’ai envie de lui demander : pourquoi ? » (Palestine).

Palestine

Challenge Carnet de VoyageTome 1 : Une nation occupée

Diptyque terminé

Éditeur : Vertige Graphic

Dessinateur / Scénariste : Joe SACCO

Dépôt légal : novembre 1996 (janvier 2001 pour la présente réédition)

ISBN : 2908981238

Bulles bulles bulles..

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Palestine, tome 1 – Sacco © Vertige Graphic – 2001

Un monde de différence (Cruse)

Un monde de différence
Cruse © Vertige Graphic – 2001

L’histoire se déroule à Clayfield, une ville imaginaire d’Alabama des États-Unis. Elle va servir d’ancrage à Howard Cruse pour développer Un monde de différence. Historiquement, nous sommes dans les années 60 : JFK est Président depuis quelques mois, Martin Luther King milite pour les droits civiques des Noirs, le pays appelle sa jeunesse pour aller combattre au Vietnam. Des slogans émergent : sexe, drogue et rock’n’roll !… et un fossé énorme entre le Nord et le Sud – séparés par la ligne Mason-Dixon – puisque ce dernier est toujours réfractaire à l’idée d’enterrer à jamais ses chers préceptes rétrogrades.

Dans ce contexte social, Toland Polk est un jeune garçon qui a grandit dans une famille plus tolérante que la moyenne, bien qu’il soit encore prématuré d’afficher cette position aux yeux de tous. Son enfance, Toland la passe entre l’école, les jeux avec Ben (le fils de leur jardinier noir) et la vie de famille. Tout est bien rôdé, les codes sociaux sont acquis lorsque arrive le passage de l’adolescence à l’age adulte et les premières expériences sexuelles.

Le personnage principal est balloté par la difficile acceptation de son homosexualité, sexualité « hors norme », d’autant plus difficile qu’elle se fait dans une Amérique très traditionnelle. Howard Cruse met ici en avant des contrastes forts, une génération coincée entre le respect de repères sociaux (valeurs religieuses  comme le mariage mais également des idées d’extrémistes comme le KKK) et un désir de tolérance, de liberté. Toland, le personnage principal, est indécis, ambigu. Il a du mal à se positionner clairement et suit généralement le chemin que tracent pour lui ses amis. Très égocentrique, il manque avant tout de convictions et d’ambitions. Ses amis bousculent son petit univers protecteur dans lequel il s’est lové. Peu à peu, il va côtoyer des militants, des homosexuels, des noirs,… des noirs homosexuels militants. Sa personnalité effacée, sa timidité, son manque de confiance et sa recherche d’identité sexuelle marquent assez bien cette ambiguïté dans laquelle se trouve la société d’une manière générale.

Je découvre en ce moment la BD américaine underground et c’est une sacrée claque par rapport à mon univers de BD habituel. Avant d’ouvrir le blog, j’avais lu Le Roi des Mouches et je n’avais pas vraiment été convaincue, je trouvais l’univers assez glauque et une réflexion – des références – peu accessibles en dehors du portrait que le récit brossait des jeunes américains. Plus récemment, la découverte de Black Hole de Charles Burns m’a convaincue que j’avais effectivement intérêt à creuser du côté de la BD underground.

Un monde de différence a été publié en 1995 aux États-Unis par DC comics.

« Roman graphique » : voici un terme que je n’emploie pas parce qu’il est devenu tellement fourre-tout que je ne m’y suis jamais réellement retrouvée en l’employant. Pourtant, je dirais volontiers que cet album est un roman graphique tant il colle complètement aux représentations que je me fais de cette notion : qualité, pertinence, absence de colorisation… et épaisseur de l’album.

Qualité tout d’abord. Voici un récit que l’auteur avait initialement prévu de boucler en deux ans. Il lui aura fallu le double mais au final : WOUAH !  Le monde est cohérent, construit. Je peux maintenant donner un nom à chaque personnage de la couverture. Tous ont une place dans l’univers de l’album, une personnalité, une âme, leurs qualités et leurs défauts. Je pense à la vieille Mabel, à ce salopard de Chopper, Statson le jardinier, le beau Jimmy, le révérend Pepper,… et puis Ginger, Shiloh, Mélanie, Les,… ils sont nombreux ! On se perd un peu dans cette foule de personnage en début d’album, on les identifie mal et petit à petit, le trait de Cruse devient plus précis alors qu’en parallèle, on a déjà fait la démarche d’investir cet univers. J’ai apprécié ce monde riche, vivant, humain et hyper-crédible. Il y a une réelle consistance et un liant.

Pertinence des thèmes abordé ensuite. Deux grands thèmes guident l’ensemble : racisme et sexualité. Impossible de dire lequel des deux est prédominant tant ils s’alimentent mutuellement et sont indissociables. Il est précisé dans la préface du traducteur (Jean-Paul Jennequin, scénariste français qui a également traduit Black Hole, From Hell…) et la postface de l’auteur, que ce récit n’est pas autobiographique. Cruse mentionne cependant que son expérience est une des pierre qui a contribué à la construction d’un édifice aussi solide. Il y a extériorisé beaucoup de choses : l’auteur est gay et originaire de l’Alabama.

Le graphisme enfin. On a vraiment le temps de le voir évoluer sur les 210 planches de l’album. Les traits des personnages deviennent plus précis et expressifs à mesure qu’on avance dans la lecture. Bref, si l’auteur avait une idée précise de ses personnages avant de débuter Un monde de différence, on voit réellement qu’il les a investit plus encore pendant la réalisation de l’album (en quatre ans, il y a matière !). J’ai du mettre environ 6 heures à lire cet album en entier avec quelques pauses (j’ai eu du mal à lâcher l’album malgré tout). L’album ne compte que 210 pages pourtant mais le contenu est assez dense (vous pourrez le constater sur les visuels en fin d’article).

L’occasion de sortir de ma liste d’envies de lectures Un monde de différence que j’avais repéré il y a un moment déjà à l’occasion d’une chronique mise en ligne (je suis incapable de la retrouver).

PictoOKPictoOKQue dire à part que je recommande cette lecture ?

Grand Prix de la critique (ACBD) au Festival d’Angoulême en 2002.

Les chroniques : altersexualité.com, le thème de l’homosexualité dans la BD, la critique de BDparadisio.

Un monde de Différence

Roaarrr ChallengeOne Shot

Éditeur : Vertige graphic

Dessinateur / Scénariste : Howard CRUSE

Traducteur : Jean-Paul JENNEQUIN

Dépôt légal : octobre 2001

ISBN : 2-908981-44-0

Bulles bulles bulles…

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Un monde de différence – Cruse © Vertige Graphic – 2001