The End (Zep)

Zep © Rue de Sèvres – 2018

Pyrénées espagnoles. 32 personnes meurent, décimées d’un coup, terrassées par un mal mystérieux, fauchées dans la vie sans aucun signe précurseur. Scientifiques et enquêteurs tentent de trouver une cause rationnelle à ce drame.
A la même période, Théodore rejoint l’équipe du Professeur Frawley, un inconditionnel des Doors qui étudie la flore. Pour ce dernier, les arbres communiquent entre eux. Parce qu’il a présenté les résultats de cette recherche à la communauté scientifique, il est passé pour un illuminé et mis sur la touche. Depuis, il cherche à corroborer sa théorie et poursuit ses explorations en Suède afin de démontrer que les arbres détiennent la mémoire de l’Histoire de la Terre. Théo est rapidement mis dans le bain des motivations du professeur et se rallie peu à peu à son point de vue.

Donc, lorsque vous approchez un arbre, approchez-le en ami ! Si vous venez en prédateur, il escamotera les informations dans les airs ou profondément sous la terre, par le réseau des racines. J’espère que vous avez bien compris ce point… car il est essentiel dans notre recherche.

Aidée de Théo, l’équipe du professeur va constater d’étranges phénomènes dans l’écosystème qu’ils vont chercher à comprendre.

Fable écologique sur ton de thriller ou récit d’anticipation ? Un peu des deux je crois.

Contrairement à l’avis que Zep exprime dans une interview relayée sur le site de l’éditeur, j’aime croire la fin de The End comme possible. Loin de moi l’envie de dévoiler le dénouement mais je trouve qu’il y a quelque chose de rassurant dans l’idée que la nature – par l’intermédiaire des arbres – a la possibilité d’intervenir en vue de réguler les déséquilibres causés par une espèce sur son environnement.

« Un jour, mon fils m’a raconté cette incroyable histoire des koudous du Transvaal, morts mystérieusement… On a mis très longtemps avant de comprendre que c’étaient les acacias qui avaient modifié leur tanin pour les assassiner parce qu’ils étaient devenus nuisibles. Cette anecdote, encore controversée, a déclenché les recherches sur l’intelligence des arbres dont on parle beaucoup aujourd’hui. J’ai imaginé cette histoire inquiétante d’un groupe de chercheurs qui observent la nature et qui vont se rendre compte que c’est la nature qui les observe… » (extrait de l’interview).

Bien que l’histoire et la théorie que l’auteur développe soient purement fictionnelles, il a pourtant effectué des recherches pour rendre crédibles ses dires et rencontré quelques spécialistes (botanistes) qui ont suivi son travail de création. Un scénario très abouti qui permet au lecteur de rentrer rapidement dans l’histoire. Une fois la lecture commencée, impossible de lâcher l’album en cours de route. Depuis 2013, Zep réalise des albums destinés à un autre lectorat que celui féru de Titeuf ; si j’avais bien apprécié Une histoire d’hommes lors de sa sortie en 2013, Un bruit étrange et beau m’avait quant à lui convaincue que l’univers de cet auteur était finalement assez loin de mon univers de lectrice.  The End est parvenu à me faire de nouveau changer d’avis sur les œuvres de cet artiste et je trouve qu’il y a là beaucoup de maturité dans la manière de construire l’intrigue et de nous emmener progressivement vers un dénouement qui – bien qu’attendu compte-tenu de la teneur des premières pages – parvient à nous surprendre très agréablement. Ce regard sur les agissements de l’Homme n’a rien de convenu et permet d’aborder les dérives

Le dessin est dans la même veine graphique que les deux autres albums que j’ai déjà cités. Une succession de planches bichromiques mais dans des teintes qui varient (bleu-gris, marron-jaune, vert-vert…) et qui viennent marquer de leur petite musique le rythme du récit.

Un album qui m’a permis de passer un moment agréable. Pas l’album de l’année certes mais une belle découverte tout de même.

Un ouvrage que j’ai sorti plus rapidement que prévu de ma PAL après avoir lu la chronique de Jacques. Une lecture commune avec Noukette et Antigone.

Je me joins aux bulleurs de la « BD de la semaine » pour ce rendez-vous hebdomadaire qui se pose aujourd’hui chez Moka.

The End

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : ZEP
Dépôt légal : avril 2018
90 pages, 19 euros, ISBN : 978-2-36981-605-8
L’album sur Bookwitty

Bulles bulles bulles…

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The End – Zep © Rue de Sèvres – 2018

Chroniks Express 36

Bandes dessinées : La Valise (D. Ranville & G. Amalric & M. Schmitt Giordano ; Ed. Akiléos, 2018).

Jeunesse / Ados : La Passe-Miroir, livre 1 : Les fiancés de l’hiver (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2013), La Passe-Miroir, livre 2 : Les disparus du Clairedelune (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2015), La Passe-Miroir, livre 3 : La Mémoire de Babel (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2017), Rendez-vous n’importe où (T. Scotto & I. Mondy ; Ed. Ulule, 2017), Mickey et l’océan perdu (D-P. Filippi & S. CAMBONI ; Ed. Glénat, 2018).

Romans : Les Loyautés (D. De Vigan ; Ed. Lattès, 2018).

 

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Bandes dessinées

 

Ranville – Amalric – Schmitt Giordano © Akiléos – 2018

Une femme aux yeux de chat quitte son manoir isolé. Elle délaisse le calme de sa retraite pour descendre en ville. Elle tient fermement la poignée de sa valise. Sa chouette la précède, comme pour lui ouvrir le chemin et s’assurer de l’absence de danger.

En bas, la silhouette austère s’étire à perte de vue. Un immense mure entoure la ville empêchant quiconque d’entrer… ou de sortir. Pour pénétrer dans la cité, il faut se présenter devant une immense porte gardée, décliner son identité et tendre les autorisations de circuler. A l’intérieur, les gratte-ciels succèdent aux gratte-ciels et en son cœur, un bâtiment énorme au milieu duquel trône l’immense statue de l’homme qui dirige tout, un sauveur… un bourreau. Les cheminées des usines crachent leur fumée, les lumières des projecteurs balayent le ciel,les soldats font leurs patrouilles. Ceux qu’ils arrêtent vivent leurs dernières heures. A l’extérieur de la ville, le no man’s land, la forêt à perte de vue.

Un couple tente d’échapper à cet état policier. Parents d’un nourrisson, ils cherchant à offrir un meilleur avenir à cet enfant que les seuls murs de cette ville-prison. Ils ont rendez-vous avec la femme aux yeux de chat. Elle a la possibilité de les faire sortir clandestinement de la ville. Mais son aide a un coût et tous ceux qui recourent à ses services en payent le prix fort.

Récit fantastique dans une société qui ne ressemble en rien à ce que l’on connaît. L’architecture des lieux est telle que l’histoire pourrait se passer dans le passé (métaphore du fascisme ?) ou dans le futur.

C’est un récit qui dénonce les régimes despotiques. On retrouve les éléments habituels de ces univers : un régime répressif, un despote fanatique assoiffé de pouvoir [les auteurs soignent notamment tout ce qui a trait au culte de la personnalité : affiches, statues, cérémonie…) sans oublier le combat des opposants rebelles…

C’est l’éternel récit du bien contre le mal. Le résultat n’est pas inintéressant mais si vous êtes friands de ce genre d’histoires, préférez-lui « Le Désespoir du singe » qui est bien plus abouti tant sur le fond que sur la forme.

 

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Jeunesse / Ado

Dabos © Gallimard – 2013

Bienvenue sur Anima, une des Arches du Nouveau Monde. Les Arches sont des bouts de Terre éparpillés çà et là dans l’atmosphère, chacune est gouvernée par un Esprit. L’esprit d’Anima est Artémis qui est l’Ancêtre de tous les habitants d’Anima. Grâce à elle, les habitants de l’Arche ont hérité d’un don qui se manifeste de manière différente chez chacun d’entre eux.

Ophélie a hérité du don de pouvoir passer les miroirs. Ces derniers lui servent de portes pour se déplacer à sa guise dans les lieux qu’elle a déjà visité. En outre, elle possède le don de liseuse ; lorsqu’elle tient un objet entre ses mains, elle peut ainsi lire son histoire au travers des émotions de tous ses anciens propriétaires.

Sa vie est organisée autour de son petit monde, entre la vie de famille et son travail au musée. Mais son équilibre vole en éclats le jour où elle apprend que les Doyennes d’Anima ont organisé son mariage avec Thorn. Les conséquences de ce mariage arrangé sont importantes : Thorn vient d’une Arche lointaine appelée « Le Pôle » et le mariage implique qu’Ophélie quitte son Arche natale pour aller vivre sur celle de son futur époux, un homme froid et austère. Ce mariage permet également de consolider les relations diplomatiques entre les deux Arches.

Dès qu’elle arrive au Pôle, Ophélie prend la mesure de la rudesse de sa nouvelle vie. Gouvernés par Farouk (un des frères d’Artémis), les dons des habitants du Pôle sont bien différents de ceux qu’elle connaissait sur Anima. Ophélie va devoir apprendre à vivre dans ce monde hostile et corrompu où tous – à quelques rares exceptions près – voient son mariage avec Thorn d’un mauvais œil. Ophélie comprend vite que sa vie est en danger. La seule personne sur laquelle elle semble pouvoir se reposer est Bérénilde, la tante de son fiancé… mais peut-elle réellement compter sur la protection de cette femme qui consacre tout son temps aux frivolités de la Cour de Farouk ?

Pourquoi cette lecture ? Mon fils aîné fait désormais preuve d’un gout prononcé pour la lecture de romans, de préférence dans le registre de la fantasy. Je voulais lui faire découvrir un nouvel univers mais j’ai voulu savoir si cette lecture pouvait convenir à un lecteur de son âge. Résultat : j’ai engouffré le livre en deux jours tant il m’était impossible de le lâcher.

L’intrigue est riche, les sujets traités (rapports diplomatiques et politiques, peur de l’étranger, mensonge, corruption, sentiments, mariage arrangé, pouvoir surnaturel, respect des lois…) sont variés et Christelle Dabos prend ses lecteurs au sérieux. Son écriture est très agréable, très accessible. Son univers imaginaire fascine, ce mystère qui plane sur ce monde nouveau, la promesse de savoir que la lecture nous permettra de comprendre pourquoi notre monde actuel a volé en éclats et de comprendre peut-être comment sont nés les Esprits qui gouvernent chaque Arche.

Une lecture jeunesse que j’ai dévoré. Sitôt le premier volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Le site de cet univers ainsi que les chroniques d’Yvan et de Bidib.

 

Dabos © Gallimard – 2015

Où l’on retrouve Ophélie qui cherche toujours à comprendre les codes qui régissent les rapports humains sur cette Arche austère, celle de Farouk. Le Pôle et ses habitants. Les nobles et les sans-pouvoirs. Alors que ces derniers sont les petites mains qui doivent effectuer toutes les tâches ingrates (travail à l’usine, valet, mécanicien…), les nobles quant à eux ne se préoccupent que d’une seule chose : se faire bien voir de leur Esprit de famille. Les nobles sont répartis en différents clans, chaque clan maîtrise un pouvoir qui lui est propre. Les clans dominants sont les Dragons (le mari d’Ophélie fait partie de ce clan), les Mirages (capables de créer n’importe quelle illusion, qu’elle soit temporaire ou durable) et la Toile (chaque membre de la Toile est relié mentalement à son clan et chaque individu est capable d’entrer dans les pensées de n’importe lequel de leur interlocuteur) … et puis il y a les clans déchus (bannis suite à une erreur d’un de leur membre).

Dans cet univers hostile, Ophélie doit lutter pour survivre. Elle se déguise et évolue en toute discrétion, dans l’ombre de Bérénilde. C’est ainsi que sous les traits d’un valet, elle entre à la cour de Farouk et a ainsi tout loisir de découvrir enfin toute la laideur de cette société.

En parallèle, différentes occasions lui sont offertes de faire peu à peu la connaissance de son futur époux.

Rhoooo… deuxième volume de « La Passe-miroir » dévoré aussi vite que le premier tome. Cet univers m’a totalement fasciné. Christelle Dabos a cette capacité de vous projeter dans un lieu comme si vous y étiez. Un bureau et son fauteuil, un jardin et ses couleurs, une salle de jeu et son brouhaha… Christelle Dabos vous installe où elle veut, quand elle veut et parvient à vous faire percevoir une géographie des lieux comme vous n’en avez jamais vu. Tout est nouveau, des babioles de certains personnages à leurs somptueuses robes de bal et pourtant, tout vous est si familier.

En sus, une enquête policière, des sentiments amoureux, des pièges évités, des amitiés qui naissent sous nos yeux, un état de tension que l’on ne quitte pas (du fait de cet univers hostile) … Sitôt le deuxième volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Dabos © Gallimard – 2017

Cela fait près de trois ans qu’Ophélie a été séparée de Thorn et contrainte de revenir sur Anima. Depuis trois ans, Ophélie a l’impression d’avoir été amputée d’une part d’elle-même. En secret, et avec l’aide de son Oncle, Ophélie fait des recherches sur les autres Arches. Compte-tenu des informations qu’elle est déjà parvenue à recueillir, elle est persuadée que Thorn se cache sur l’Arche de Babel.

Mais comment rejoindre Thorn alors que les Doyennes d’Anima ne cessent de la surveiller ? C’est alors que surgit de nulle part Archibald (l’ex-ambassadeur du Pôle) qui explique à Ophélie qu’il a trouvé une Rose des Vents qui lui permet de voyager d’une Arche à l’autre. Ophélie saisit alors l’occasion au vol et demande à son ami de lui montrer le chemin de l’Arche de Babel. Ophélie s’y rendra seule, Archibald et ses amis ont d’autres projets et la tante Roseline préfère rejoindre Bérénilde (la tante de Thorn) sur l’Arche de Farouk.

Ophélie découvre une nouvelle Arche, celle de deux Esprits de Famille : les jumeaux Hélène et Pollux. Elle doit apprendre de nouvelles règles de vie en société, elle découvre les pouvoirs de nouveaux nobles et la dure réalité des sans-pouvoirs de Babel. Ophélie ne peut se fier qu’à son instinct pour retrouver Thorn et plus elle se rapproche du but qu’elle s’est fixé, moins elle est sûre de retrouver un jour son mari.

Une fois encore, l’accroche est au rendez-vous-même si, pour le moment, ma préférence va au second tome de la série. Mais une fois encore, on navigue en plusieurs intrigues que l’auteur fait avancer sans jamais nous perdre et en continuant de donner de nouvelles perspectives à la série. La quête d’Ophélie (que je ne révèlerai pas ici) prend de plus en plus de consistance même s’il reste encore de nombreuses zones d’ombre.

Franchement, si vous ne l’avez pas lu, tester au moins le premier volume. Certes, les tomes sont épais mais ils se dévorent étonnamment vite ! Christelle Dabos travaille sur le tome 4 et il me tarde VRAIMENT de pouvoir le lire !

Quant à mon fils, il a souhaité terminer la série dans laquelle il était avant de commencer le premier volume de « La Passe-Miroir » . J’appréhendais que le livre ne lui tombe des mains ; en effet, il aime la fantasy mais il aime plus encore quand il y a de l’action et des scènes de combat. Avec « La Passe-Miroir » , il faut laisser à l’auteure le temps de placer les bases (riches et nombreuses) de son univers, comprendre qui sont les Esprits et se repérer un peu dans les Dons (pouvoirs) des différentes familles (Donc qui diffèrent d’une Arche à l’autre). Pourtant, il a passé ce cap et s’enfonce avec plaisir dans cette série.

 

Scotto – Monchy © Ulule – 2017

Où Madam’zelle et Monsieur décide de se rencontrer dans une semaine.

Où Madam’zelle et Monsieur se languissent à l’idée de se voir.

Où Madam’zelle et Monsieur s’écrivent chaque jour et dévoile peu à peu leurs sentiments.

Thomas Scotto met en mot cette correspondance amoureuse et invite, dans ce joli bal de mots, Mesdames Poésie et Métaphore pour parler des sentiments, de l’amour, du désir et… de l’attente.

Ingrid Monchy illustre ces amoureux éperdus, fous d’amour et ne désirant qu’une seule chose : prendre l’autre dans ses bras.

Où l’enfant s’amuse de les voir si gauches. Où l’enfant comprend très vite de quoi il en retourne mais qui s’amuse de voir deux adultes si empotés pour dire leurs sentiments.

Où l’enfant se réjouit et attend lui aussi le jour de la rencontre entre Madam’zelle et Monsieur.

Où cette jolie pépite a été déposée sous notre sapin par Noukette et où on se dit que décidément, les copines, il n’y a rien de meilleur sur Terre.

Filippi – Camboni © Glénat – 2018

« Le monde est enfin en paix après des années de conflit. Mickey, Minnie et Dingo sont récupérateurs. Leur mission : explorer les épaves de l’ancienne guerre en quête de ressources technologiques. Activité dans laquelle ils peuvent compter sur Pat Hibulaire pour leur mener la vie dure ! Un jour, répondant à une annonce, nos trois comparses mettent la main sur un cube étrange situé dans les profondeurs de l’océan. Ils n’imaginent pas les véritables motivations de leur commanditaire ni l’étendue des pouvoirs de cet artefact, à première vue inoffensif… » (synopsis éditeur).

Je ne suis pas du tout du genre à me ruer sur le dernier Mickey sorti. Pire encore, je ne suis pas-du-tout-Mickey… même si, plus jeune, j’ai passé des heures et des heures de lecture sur « Le Journal de Mickey », les « Mickey Parade » et j’en passe.

Je pensais que la fan de Mickey qui sommeille en moi était endormie pour toujours. Pour toujours ? Je n’en suis plus si sûre quand j’ai appris la sortie de cet album dans le catalogue de Glénat. J’ai acheté ans me soucier de l’histoire.

Ce qui m’a fait craquer ? Les illustrations de Silvio Camboni !

Et effectivement, graphiquement, on en prend plein les mirettes ! Tout est soigné, jusqu’au moindre détail. Les couleurs sont très agréables, les personnages identifiables au premier coup d’œil, les planches de toutes beauté. C’est l’aspect graphique qui m’a décidé à me procurer cet album et de ce point de vue-là, je ne suis totalement satisfaite.

Le scénario de Denis-Pierre Filippi met la barre un peu haute côté album jeunesse. Quelques mots de vocabulaire à expliquer, quelques transitions supplémentaires auraient été les bienvenues… bref, c’est un Mickey pour adultes qui est doté d’un scénario un peu confus.

Un bel album au demeurant mais on aurait aimé que l’histoire soit aussi succulente que les illustrations.

 

Romans

De Vigan © J-C. Lattès – 2018

Hélène enseigne au collège. Dans sa classe, un élève attire son attention. Il est discret, inhibé, silencieux… Hélène fait très vite le parallèle entre l’image que Théo renvoie aux autres et sa propre enfance. Elle est persuadée que Théo est victime de maltraitances. Entre doutes, hésitations et certitudes, Hélène s’agite.

Il me tardait finalement de retrouver la plume de Delphine De Vigan et je n’ai pas résisté à l’opportunité de découvrir son dernier roman sorti ce mois-ci. « Les Loyautés » est un roman très court comparé aux deux autres récits que j’ai pu lire (« Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie » ). Ici, en tout juste 200 pages, elle dresse un portrait saisissant d’un quotidien dans lequel on pressent très vite le drame. Pourtant, on ne sait par quel biais va surgir l’instant fatal qui va conduire à déstabiliser ce fragile équilibre.

Dans ce récit, on côtoie deux adolescents sur le fil, une mère de famille en pleine remise en question et une enseignante en proie à ses démons. Le scénario se découpe en plusieurs chapitres et donne la voix tour-à-tour à chacun d’entre eux. Leur point commun : tous ces personnages courent à toutes ces générations est la quête d’identité à laquelle ils se consacrent ; certains cherchent leurs limites, d’autres cherchent des repères, tous souhaitent donner du sens à leurs actes… à leur parcours de vie.

Delphine De Vigan distille une ambiance inquiétante dès les premiers mots de son roman. Une peur sourde nous envahit et nous ne nous lâchera plus jusqu’à ce que l’on atteigne le dénouement se son récit. Et lorsqu’on referme l’ouvrage… le destin de ses personnages continue de nous hanter pendant quelques jours.

La chronique d’Au fil des Livres, Pierre Darracq, Cuné, …

Sérum (Pedrosa & Gaignard)

Pedrosa – Gaignard © Guy Delcourt Productions – 2017

France.

Année 2050.

La Vème République n’existe plus. Un nouveau régime lui succède : l’Union Nationale. Le mot d’ordre du pouvoir est la transparence. Chaque jour, la Présidente rend compte de la manière dont elle dirige la France via une émission télévisée.

Transparence…

Dans cette nouvelle société, les rapports humains sont aseptisés. Chômage, suspicion, ambiance délétère… les sourires sont rares sur les visages que l’on croise. Quant aux seniors, hors de question qu’ils se la coulent douce pendant leur retraite. L’Etat leur a réservé une place de choix dans les sociétés civiles où ils sont mis à contribution ; à la place du farniente, les retraités nettoient la voie publique. La retraite ? Aux oubliettes !

Le bonheur…

Des flics absolument partout prêts à bastonner au moindre faux pas. Les allées et venues des habitants sont contrôlées. Un suivi médical obligatoire. Paris est quadrillée et découpée en zones. Pour changer de zone, il faut passer par un checkpoint.

Etat policier.

Chaque soir, un couvre-feu instaure la veille énergétique. Plus une seule lumière jusqu’au lendemain matin. Toute la nuit, les pancartes de l’Union nationale mettent en garde : « consommer de l’énergie pendant la veille est un délit » … Puis ces forêts d’éoliennes aux portes de la ville. Un brouillard de pollution qui ne se dissipe pas. Les parcs de jeux pour enfants sont déserts. Des bons d’approvisionnement. Un marché noir pour acheter les produits de premières nécessité… à commencer par l’eau potable. Paysage gris. Ville sans âme. De longues nuits grises et ennuyeuses entrecoupées de longues journées insipides et routinières.

Etat policier…

Kader travaille pour l’Union nationale. Il fait partie d’une équipe de maintenance des parcs d’éoliennes. Il a la mine antipathique de ceux qui ne veulent pas nouer de contact avec les autres. Après le travail, Kader rentre dans son minuscule studio. Une fois par semaine, il traverse la ville, passe un checkpoint et entre dans la zone où se trouve l’institution où vivent sa femme et sa fille. Depuis leur séparation, Kader ne peut voir sa fille que par le biais de rencontres médiatisées.

Chaque séance est une douleur. A chaque fois, il fait face à son ex-femme qui le questionne sur leur ancienne relation. Et même si Kader voulait la ménager, il ne peut mentir. Cela fait maintenant quatre ans qu’il a reçu une injection de zanédrine. Ce sérum l’empêche de mentir.

 

C’est inhumain d’être obligé de dire la vérité malgré soi

 

Je n’aurais jamais imaginé Cyril Pedrosa (Portugal, Trois ombres, Les Equinoxes…) sur un tel sujet du moins, pas sur un ton aussi incisif. Et puis tirer les ficelles de cette manière… j’ai vraiment été surprise. Surprise au point d’avoir un sentiment d’inachevé en refermant le livre, le sentiment que nous n’avions pas les réponses à toutes nos questions. Ma première impression était plutôt agacée d’avoir été baladée et de me sentir au moins aussi amère que le personnage principal…

Et puis en laissant décanter un peu la lecture, j’ai compris certaines choses après coup. J’ai compris que les informations données ça et là n’étaient finalement pas inutiles… des petites touches par-ci par-là qui donnent du sens à l’ensemble. J’ai compris que j’avais « lu de travers » et qu’en fait tout nous était servi sur un plateau, à condition de le voir… J’ai compris ce qui rebutait tant cet homme à l’idée de ne plus pouvoir mentir. Alors j’ai relu. Et j’ai savouré la manière dont la question de fond était traitée et décortiquée. Et le côté cynique de l’histoire n’a pas été pour me déplaire.

Le scénario est oppressant. Il décrit une vie sans reliefs et une difficulté importante que le héros rencontre pour assumer la responsabilité de ses actes.

Une dystopie pesante. Forcément déprimante. On rage. Une impression d’injustice envahit tout le récit.

A chaque page, Cyril Pedrosa ressert l’étau, nous englue dans cet univers, nous indigne. La société décrite pue la censure, l’hypocrisie… une dictature maquillée ; sans trop forcer, on pourrait presque se croire sous l’Occupation. On est le pion des auteurs qui nous forcent à imaginer qu’une telle éventualité n’est pas si insensée… A l’instar du héros, on est un pion privé de toute marge de manœuvre et qui refuse d’accepter cette société. Et tandis qu’il se dégoûte de n’être que l’ombre de lui-même nous on peste de n’être rien d’autre que les spectateurs de cette fiction d’anticipation.

Et moi je vous réponds. Je réponds aux questions de tout le monde d’ailleurs… Avec ce putain de sérum, je suis devenu tellement transparent que je n’existe même plus…

On colle à son apathie, à son stress, et quand le rythme s’accélère, on savoure cette agitation. Deux dimensions dans cette lecture puisqu’on balance entre l’empathie que l’on ressent pour le personnage et l’antipathie que l’on nourrit à l’égard de ce système. Nicolas Gaignard choisit des couleurs ternes ; inconsciemment, on se laisse envahir par l’idée d’une société austère qui a tourné le dos à la démocratie. Difficile d’imaginer Paris telle que les auteurs la décrivent.

Bien sûr il y a tout l’apparat hypocrite des politiques. Bien sûr il y a de la corruption, de la manipulation. Mais derrière les apparences, quels sont les enjeux ? Encore un album qui gratte. Mais un bien bel album qui fait cogiter.

Une lecture que je partage avec Jérôme.

La « BD de la semaine » se donne aujourd’hui rendez-vous chez Noukette !

Sérum

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Nicolas GAIGNARD
Scénariste : Cyril PEDROSA
Dépôt légal : octobre 2017
150 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-6591-5

Bulles bulles bulles…

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Sérum – Pedrosa – Gaignard © Guy Delcourt Productions – 2017

 

Le Voyageur (Shadmi)

Shadmi © Ici Même – 2017

L’immortalité. Est-ce une malédiction ou un don ? Est-ce une malédiction de voir le monde changer, se modifier… muer ? Est-ce un don d’avoir la mémoire de ce temps révolu où l’homme n’est qu’une brindille, soumis aux aléas du climat… victime de sa propre folie.

Le voyageur cherche la personne qui est à l’origine de sa situation. Il se déplace aux quatre coins des Etats-Unis, avec nonchalance et obstination, depuis des siècles. Sa grande silhouette athlétique, ses yeux vairons, sa veste en cuir noir et son sac de marin en toile, le voyageur ne cesse d’être en mouvement. Nomade. Nonchalant. Pacifique. Il semble être doué de prescience. Il conseille mais n’impose pas. Il observe et refuse de prendre parti. Il mène sa propre quête et refuse d’influencer la vie des gens qu’il croise.

Témoin malheureux du temps qui passe. Spectateur qui regarde ce monde à l’agonie. Religion, guerre, environnement, drogue, fanatisme, sexe, réchauffement climatique, la folie, les manifestations humaines de l’instinct de survie… Tous ces maux qu’il regarde, incapable de les endiguer. Impuissant.

Le Voyageur – Shadmi © Ici Même – 2017

Koren Shadmi observe une nouvelle fois le rapport que l’on peut avoir au temps. Il ne pose aucun marqueur de temps et cette imprécision met nos sens en éveil. On suppose, on cherche, on espère. Une vision cauchemardesque de l’avenir, une société décadente où les humains m’ont fait penser à des pestiférés.

Découpés en sept chapitres comme si ce voyageur devait explorer les péchés capitaux de l’humanité, comme un fardeau, on navigue entre passé, présent et futur. Ici, je retrouve un rapport au temps assez particulier, comme dans « Abaddon » que j’avais précédemment lu de cet auteur. Récit à la croisée de plusieurs genres, à la fois fantastique et science-fiction. Chaque chapitre est l’occasion d’apercevoir une époque et son atmosphère, nous perdant de manière exquise dans un dédale historique sans que la chronologie habituelle soit respectée (comme dans « Daytripper » de Fabio Moon et Gabriel Bá) et l’opportunité de comprendre un peu mieux cet homme

Un album qui gratte délicieusement et qui finit de façon magistrale. A lire !

Excellent album découvert en compagnie de Framboise !

La chronique de Jérôme.

Le Voyageur

One shot
Editeur : Ici Même
Dessinateur / Scénariste : Koren SHADMI
Traducteur : Bérangère ORIEUX
Dépôt légal : août 2017
174 pages, 25 euros, ISBN : 978-2-36912-037-7

Bulles bulles bulles…

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Le Voyageur – Shadmi © Ici Même – 2017

Chroniks Expresss #30

Petit debriefing des livres lus en janvier et non chroniqués.

Bandes dessinées & Albums : Le Mari de mon frère, tome 1 (G. Tagame ; Ed. Akata, 2016), Cruelle (F. Dupré La Tour ; Ed. Dargaud, 2016).

Jeunesse : Le Journal de Gurty, tomes 1 et 2 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2015 et 2016).

Romans : La Patience des Buffles sous la pluie (D. Thomas ; Ed. Le Livre de poche, 2012), Bettý (A. Indridason ; Ed. Points, 2012), A l’origine notre père obscur (K. Harchi ; Ed. Actes sud, 2014), Le Rire du grand Blessé (C. Coulon ; Ed. Point, 2015).

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Bandes dessinées

 

Tagame © Akata - 2016
Tagame © Akata – 2016

Yaichi élève seul sa petite fille Kana. Père et fille ont pris leurs habitudes jusqu’au jour où Mike, le mari du frère jumeau de Yaichi, sonne à leur porte. Affecté par le décès de son compagnon, Mike souhaite découvrir le Japon. C’est donc tout naturellement que le canadien se présente à la porte de Yaichi. Ce dernier, mal à l’aise face à la question de l’homosexualité, va aller de surprise en surprise.

Gengoroh Tagame s’intéresse au sujet de l’homosexualité de façon à la fois ludique et constructive. Le trio de personnages fonctionne bien : le personnage principal se montre dans un premier temps assez peu enclin à accepter son beau-frère sous son toit ; il reconnaît vite qu’il n’a jamais pris le temps de réfléchir à la question de l’homosexualité et que ses représentations sur le sujet l’incitent à se méfier. La fillette en revanche n’a aucun apriori et la gentillesse du nouveau venu lui suffit. Enfin pour Mike, le conjoint canadien, c’est sans hésitation qu’il se présente chez le frère de son mari, sans même avoir projeté que sa présence puisse être source de gêne. L’ambiance de ce manga est agréable et si l’auteur s’appuie sur les idées préconçues pour déplier son récit, il sait rapidement montrer qu’elles n’ont pas lieu d’être. Il montre quelle a été la lente évolution des mentalités à l’égard des couples homosexuels et si nombreux pays reconnaissent aujourd’hui le mariage gay, rappelons que ce n’est pas encore le cas au Japon.

PictoOKJe suis certaine que si Jérôme ne m’avait pas offert ce tome, je ne m’y serais pas lancée. Merci pour la découverte Monsieur (… il faut effectivement que je me tourne davantage vers les mangas  ^^)

 

Dupré La Tour © Dargaud - 2016
Dupré La Tour © Dargaud – 2016

Elle a 26 ans. Alors qu’elle est à l’hôpital et qu’elle s’occupe en regardant un documentaire animalier, Florence Dupré La Tour reçoit un appel de sa mère. Les propos de cette dernière sur son rapport aux animaux la font réfléchir. Sa dernière journée à l’hôpital va être l’occasion de bien des réflexions.

Elle repense à la manière dont elle a traité ses animaux de compagnie quand elle était petite. Qu’ils soient cochon d’Inde, lapin, poule, oie… elle est fascinée par ces bêtes à poils et à plumes, surtout quand elles souffrent. Ses premiers animaux sont morts de manière brutale, avec ou sans l’aide de leur jeune propriétaire et, jusqu’à la fin de l’adolescence, elle ressent une étrange et excitante sensation lorsqu’elle observe des animaux morts ou en train d’agoniser. Sur son lit d’hôpital, la jeune adulte fait le point, scrute son rapport au monde, son rapport aux autres. Une question de personnalité, d’identité.

Etrange album qui propose un récit saccadé – et focalisé sur le rapport qu’elle entretient avec les animaux – de l’enfance de l’auteure. L’empilement d’éléments donne parfois la nausée d’autant qu’on a parfois l’impression que rien ne fait lien, rien ne fait trace de ce qu’elle a pu apprendre. Heureusement, l’humour pointe dans ce cynisme, soulage quelque peu la lourdeur narrative et donne un peu de profondeur. A mesure que l’on avance dans la lecture, on se demande ce que l’auteur souhaite tirer de ces anecdotes. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner cet album, ce scénario m’a laissé dubitative jusqu’à la dernière minute. Et là, à la dernière page, le dénouement donne du sens à tout ce qu’on vient de lire, à ce questionnement de l’auteur. Mais c’est long pour trouver la satisfaction (pour info, l’ouvrage fait un peu plus de 200 pages).

PictomouiCurieuse d’avoir les retours de ceux qui se seront laissés tenter pour le reste, ce n’est pas un album que je vais avoir envie de faire découvrir.

La chronique de LaSardine.

 

Jeunesse

 

Santini © Sarbacane – 2015
Santini © Sarbacane – 2015
Santini © Sarbacane – 2016
Santini © Sarbacane – 2016

Gurty est une jeune chienne énergique, malicieuse, un brin naïve et débordante d’amouuur. Elle se raconte dans un journal et c’est l’occasion pour le lecteur (petit ou grand) de la suivre pendant ses vacances d’été (tome 1) et d’hiver (tome 2). Direction La Provence !

« En arrivant dans notre cabanon provençal, j’étais si excitée que je faisais des petits bonds, comme quand j’ai des vers. Le vestibule sentait toujours le fenouil, le salon toujours le thym, la cuisine toujours l’andouille et mon panier toujours le chien. »

Elle raconte son humain, Gaspard, maître fidèle, attentionné mais parfois un peu déroutant (surtout quand il refuse de céder à ses caprices). Elle raconte Fleur, sa copine bizarre qui fait « Ui ». Puis Tête-de-Fesse, le chat puant qu’elle adore détester. Il y a aussi l’écureuil qui fait « hi hi » et qu’elle rêve de croquer.

PictoOKC’est loufoque, déjanté. La vie vue par un chien. Des jeux de mots, de bons mots. Fous rires garantis et coup de cœur annoncé.

Je remercie m’dame Framboise pour ce fameux présent !!

 

Romans

 

Thomas © Le Livre de Poche - 2012
Thomas © Le Livre de Poche – 2012

Un petit peu de lui, un petit peu d’elle, « La Patience des buffles sous la pluie » est un recueil de 70 nouvelles qui donnent à la parole aux petits riens qui font le sel du quotidien. Sentiments, infidélité, désir, hésitation… les couples valsent pour nous, les couples se font et se défont, le petit grain de sable qui gripper la machine est sous nos yeux.

PictoOKC’est drôle, triste, pathétique. On passe un très bon moment avec ce roman.

A lire du même auteur : « On va pas se raconter d’histoire »

Les chroniques de Jérôme et de Noukette (merci pour la découverte !)

 

Indridason © Points - 2012
Indridason © Points – 2012

Cela fait déjà plusieurs jours que la détention provisoire se prolonge. La passivité crée de la tension. Une tension qui fait remonter les souvenirs en mémoire et permet de prendre du recul sur ce qui s’est réellement passé, cet enchaînement d’événements qui ont amené à l’inévitable situation. Le point de non-retour a été franchi. Mais quelle est sa part de responsabilité dans ce qui s’est produit ? Etait-il possible d’éviter tout cela ?

Après avoir suivi des études de Droit aux Etats-Unis, après une spécialisation, c’est le retour en Islande. Création d’un cabinet d’avocat indépendant, l’activité balbutie durant plusieurs mois. jusqu’à ce que Bettý fasse irruption dans sa vie et lui propose un contrat de travail alléchant, intéressant… enrichissant à plus d’un titre. Pourquoi ne pas avoir prêté attention aux bizarreries dans le discours de Bettý… et pourquoi ne s’être écarté du danger ? Pourquoi ? Cette question revient de façon lancinante. Quand les choses se sont-elles mises à déraper ? Les dés étaient-ils pipés d’avance ? Bettý avait-elle déjà ces desseins lugubres en tête lors de leur première rencontre ? Dans sa cellule, l’avocat repense à tout cela et tente de reconstituer le puzzle.

Je n’ai jamais aussi bien connu une femme et pourtant, aucune ne m’a été aussi étrangère. Elle a été pour moi comme un livre ouvert et en même temps une énigme absolument indéchiffrable.

Délicieuse introspection que nous livre Arnaldur Indridason. Tout repose sur le fait que le lecteur méconnaît les faits. En revanche, on comprend très vite quelle est l’issue tragique après quelques hésitations vite balayées quant à l’identité de la victime. Puis le récit s’installe, la mayonnaise prend vite (de celle à aiguiser la curiosité du lecteur), jusqu’à ce chapitre central où tout bascule, où il est nécessaire de se resituer par rapport au narrateur, de balayer certaines suppositions et d’en envisager de nouvelles. Et de reprendre quelques passages pour trouver ce que l’on aurait rater… et de sentir une furieuse envie de lire la suite pour savoir ce qui s’est réellement passé. « Pourquoi pourquoi pourquoi ? » se demande le lecteur… qui fait écho aux questionnements du narrateur.

L’intérêt de ce polar tient à la tension psychologique qui y règne et à tout un flot de non-dits. On se concentre davantage sur la relation adultère du narrateur et de cette attirante et mystérieuse Bettý. Les suppositions vont bon train, l’imagination carbure à plein, « ça sent le cadavre » comme dirait Kikine avec qui j’ai fait cette lecture commune. On a décortiqué l’ouvrage à mesure que l’on avançait dans la lecture.

PictoOKJ’ai aussi pensé à « De nos frères blessés » pendant la lecture. Le récit se construit de la même manière, sur deux chronologies différentes : celle d’une relation amoureuse et celle d’une détention.

Succulent !

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Harchi © Actes Sud - 2014
Harchi © Actes Sud – 2014

« Enfermée depuis toujours dans la “maison des femmes” – où maris, frères et pères mettent à l’isolement épouses, sœurs et filles coupables, ou soupçonnées, d’avoir failli à la loi patriarcale –, une enfant a grandi en témoin impuissant de l’aliénation de sa mère et en victime de son désamour. Le jour où elle parvient à s’échapper, la jeune fille aspire à rejoindre enfin son père dont elle a rêvé en secret sa vie durant. Mais dans la pénombre de la demeure paternelle la guette un nouveau cauchemar d’oppression et de folie.

Entre cris et chuchotements, de portes closes en périlleux silences, Kaoutar Harchi écrit à l’encre de la tragédie et de la compassion la fable cruelle de qui tente de s’inventer, loin des clôtures disciplinaires érigées par le groupe, un ailleurs de lumière. » (synopsis éditeur).

Une voix intérieure, celle d’une adolescente blessée qui aspire à recevoir des preuves d’amour de sa mère. Cette dernière erre, le regard hagard, dans les pièces d’une maison où vivent d’autres femmes qui, comme elles, ont été chassées de la maison de leur mari ou de leurs proches. Une punition dont la raison leur échappe. Victime du qu’en-dira-t-on. Kaoutar Harchi trouve son inspiration dans des coutumes d’un autre temps. Des femmes placées dans une maison de femmes. Libres de partir, les portes ne sont pas fermées à clé, elles font pourtant le choix de rester. Elles sont toutes geôlières. Elles sont toutes victimes. Et dans cet huis-clos aliénant, une adolescente tente de se construire, tente de trouver sa place, tente de comprendre les codes de cette société qu’elle ne connait pas et qui, elle le sait, rend les femmes tristes. Un combat qu’elle mène en se raccrochant à des chimères. Une lutte pour sa survie. Et ces hommes, ces pères, ce Père, pourquoi refuse-t-il son amour à sa femme ?

PictoOKOn sombre avec cette jeune narratrice. On peine à reprendre notre souffle. On veille à tourner les pages silencieusement pour ne pas la blesser davantage. Superbe.

Les chroniques : Noukette, Leiloona, Stephie, Jostein, Nadael.

 

Coulon © Points – 2015
Coulon © Points – 2015

Il est jeune et analphabète. Il vient de la campagne et a toujours travaillé à la ferme de ses parents. Il n’a pas d’avenir si ce n’est de reprendre l’exploitation parentale agonisante.

Un jour, il se rend à la ville. Il a un entretien avec un Tuteur chargé de lui faire passer des tests et de s’assurer, surtout, qu’il ne sait pas lire et qu’il ne sait pas écrire. Cet anonyme passe les premières épreuves de sélection haut la main. Il signe le contrat. Pour devenir Agent, il doit renoncer à tout, à commencer par le fait de ne pas revoir sa famille. Il doit aussi promettre de ne jamais apprendre à lire et à écrire.

Il devient 1075. Dès lors, il vit dans le luxe. Dès lors il a une place dans la société. On le respecte, on le craint. Il est brillant, il est déterminé, il est compétent. Il est un des maillons de cette société orchestrée par le Grand.

PictoOKUne dystopie fascinante que nous livre Cécile Coulon, auteure que je découvre par le biais de ce roman. J’ai été fascinée par l’univers, fascinée par cette écriture si fluide, par la facilité avec laquelle les éléments s’emboîtent pour former un tout cohérent, par ce ton détaché qui nous accompagne durant la lecture, ce ton si dur qui nous fait pourtant nous coller au personnage. J’étais avide de savoir la suite, de connaître son parcours, de m’installer toujours plus encore dans cette société régie et dirigée par le livre, par les mots, la manière dont ils sont employés pour diriger la pensée collective, soigner les maux, prévenir les déviances. Et ce dénouement sublime qui rend hommage au roman de Daniel Keyes !

Merci Noukette !! (ben oui encore… je sais 😛 )

Les chroniques : Noukette, Valérie, Noctenbule, Antigone.

Sweet Tooth, volume 3 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2016
Lemire © Urban Comics – 2016

Depuis 2009, l’humanité est rongée par un mystérieux mal. Des enfants hybrides naissent tantôt avec des bois, tantôt avec de la fourrure, une nouvelle espèce mi-homme mi-animale. En parallèle, les hommes sont décimés par une épidémie qui se répand à une vitesse vertigineuse. Attaque chimique ? Intervention divine ? Nul ne le sait, quoi qu’il en soit, sur Terre, c’est le chaos. Les morts jonchent les rues partout sur la planète et les survivants tentent de trouver des solutions alternatives pour enrayer le phénomène. Des milices armées barricadent les villes pour empêcher l’intrusion d’étrangers et éviter ainsi la contagion. Des bases de l’armée deviennent des tombeaux à ciel ouvert pour les enfants hybrides, laboratoires de l’horreur où les enfants sont disséqués, étudiés, catalogués afin de trouver les causes du virus et mettre au point un remède. Le monde est devenu hostile. Les hommes, effrayés par la perspective que leur race va disparaître, sont capables de toutes les abominations.

C’est dans ce contexte qu’est né Gus. Premier enfant hybride. Sa naissance coïncide avec l’apparition du virus. Il a vécu les premières années de sa vie dans un bois avec son père, méconnaissant tout de ce qui se passe partout sur Terre. Mais un jour, son père meurt, emporté par la maladie. Pour survivre, Gus doit donc sortir du bois. C’est là qu’il rencontre Jepperd, un homme désabusé, un prédateur solitaire qui ne pense qu’à combattre pour assurer sa propre survie. Jepperd va prendre Gus sous son aile. Pour Jepperd, Gus est « Gueule sucrée ». Ce dernier ayant entendu parler d’une réserve où les enfants hybrides seraient en sécurité, Jepperd décide d’y accompagner l’enfant. Mais nombre d’embûches jalonnent leur chemin et de leur long périple va naître une profonde amitié.

J’ai perdu l’habitude de chroniquer une série tome par tome. C’est que, au bout d’un moment, si je trouve intéressant d’ouvrir l’échange sur un one-shot, un tome de lancement de série complète, je ne vois plus l’intérêt – pour un lecteur – de partager son ressenti détaillé sur un tome d’une série déjà bien avancée. Alors certes, il y aura toujours des personnes qui verront un intérêt à savoir qu’une série se poursuit et que la qualité est toujours au rendez-vous. Certes. Mais une série, n’est-ce pas aussi un univers à prendre en compte dans son ensemble ? Et puis, oser écrire sur l’album central d’une série qui compte… je ne sais pas… trente tomes !… quel intérêt ? Bonjour la figure de style. Bonjour l’exercice d’équilibriste pour ne pas spoiler ! Bref, je n’aime pas « saucissonner » une série et je fais allègrement l’impasse sur les chroniques qui se l’autorisent. Mais comme il y a toujours des exceptions à la règle…

« Sweet tooth » est une série de Jeff Lemire initialement pré-publiée dans des revues comics. Les quarante épisodes ont ensuite fait l’objet de cinq intégrales parues entre 2009 et 2013 aux Etats-Unis. Pour la France… il a fallu attendre 2015 pour que la série soit traduite. Un projet éditorial suivi par Urban Comics. Décembre 2015 – décembre 2016. Un an pour proposer « Sweet tooth » au lectorat francophone. Une trilogie consistante qui nous téléporte dans un monde post-apocalyptique dans lequel on est en alerte. A l’affut du moindre rebondissement, on s’inquiète rapidement pour les personnages et cela ne va pas en s’améliorant à mesure qu’on s’approche du dénouement.

Au début pourtant, le périple semblait simple : un homme, un enfant, un environnement hostile. Déjà, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’adulte et le gamin est un point d’ancrage auquel on s’accroche. Cette relation est la petite flamme d’humanité sur laquelle repose tout le récit. Au fil des pages, des personnages secondaires viendront épauler le duo Jepperd-Gus. Leur périple est fait de haltes, imposées ou choisies, temps de répits ou temps de tension, temps de repos ou de réflexion. Des horreurs, ils en croiseront ; sur ce point, on dépasse largement le cadre de la fiction pour s’ancrer dans quelque chose qui nous est bien trop familier : les camps où sont parqués les enfants hybrides n’ont rien à envier – dans l’horreur – aux camps de concentration des nazis. C’est un album photo de la bêtise humaine et de ce que l’homme peut créer de pire (fanatiques, despotes, fous, désespérés…) et une incroyable quête pour la survie. Jeff Lemire montre un monde dans un état déplorable, un monde qui court à sa perte, il imagine le devenir de l’humanité de façon pessimiste. Il intègre à son scénario des références religieuses et mythologiques qui donnent une toute autre dimension au récit, le rendant à la fois plus profond et plus mystérieux encore.

Graphiquement, Jeff Lemire me fait décoller. Ses personnages ont une expressivité incroyable malgré l’imprécision apparente qui tape l’œil quand on feuillète « Sweet Tooth ». Par contre, je trouve important de préciser que certains passages peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs ; c’est violent, il y a du sang et des cervelles qui explosent, une série à mettre dans les mains de lecteurs avertis. Le travail de José Villarrubia me fait même apprécier la couleur sur les dessins de Jeff Lemire que pourtant je préfère en noir et blanc.

PictoOKPictoOKUne trilogie magnifique qui, je l’espère, deviendra un classique dans les années à venir.

Chroniques sur le blog : tome 1 et tome 2.

… Et mon petit doigt me dit que vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette série puisque Jérôme présente le premier volume aujourd’hui. Sa chronique en cliquant sur ce lien.

la-bd-de-la-semaine-150x150Pour ce mercredi, les pépites des lecteurs de la « BD de la semaine » sont chez Noukette !

Sweet Tooth

Volume 3
Trilogie terminée
Editeur : Urban Comics
Collection : Vertigo Essentiels
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : décembre 2016
384 pages, 28 euros, ISBN : 978-2-3657-7941-8

Bulles bulles bulles…

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Sweet Tooth, volume 3 – Lemire © Urban Comics – 2016

Le Temps des Sauvages (Goethals)

– Le chef de caisse lui a demandé d’accélérer, elle a dit qu’elle pouvait pas à cause de ses rhumatismes. Quand il l’a menacée, elle a lâché qu’elle était syndiquée.
– … syndiquée ?
– Dix ans de maison, pas un jour de maladie, pas un retard, pas chiante pour un rond, mais elle est syndiquée.
– Autant lui avouer direct qu’elle fait partie d’une secte satanique. Et qu’elle sacrifie des bébés les soirs de pleine lune.

Goethals © Futuropolis – 2016
Goethals © Futuropolis – 2016

Jean est chef de la sécurité dans un grand supermarché. Cette fois, il est chargé de coincer deux salariés en apportant la preuve à son employeur qu’ils ont une relation amoureuse. Avoir des rapports extra-professionnels est interdit par le règlement de l’entreprise et passible d’une rupture de contrat. Les « coupables » sont convoqués dans le bureau du directeur. Jacques, assistant-chef du rayon primeur, et Martine, caissière, doivent se justifier. Mais l’entretien tourne mal et Martine meurt suite à une mauvaise chute. Jacques parvient à fuir. Il va directement trouver les fils de Martine : quatre jeunes loups délinquants qui viennent de braquer un fourgon. Gris, Blanc, Brun et Noir vont vouloir venger leur mère.

Dans une société légèrement futuriste, société qui conduit les individus à réfléchir en prédateur. La crise a profondément modifié les rapports sociaux et a donné lieu à une société qui s’appuient sur de nouveaux codes : les jeux vidéo, le profit, le consumérisme… Génomes humains modifiés, procréation hautement réglementée, recherche de la rentabilité, de l’efficacité, l’homme se compare désormais à la valeur ajoutée qu’il est capable d’apporter à son entreprise. A la valeur ajoutée qu’il peut mettre sur le marché du travail, valeur qui le rend attractif pour une société, qui lui permet de se vendre au plus offrant. L’homme-animal est devenu carriériste au pire… il défend bec et ongles le peu qu’il est parvenu à obtenir, protégeant son poste.

Je n’ai pas lu le « Manuel de survie à l’usage des incapables », roman de Thomas Gunzig dont s’est inspiré Sébastien Goethals pour réaliser « Le Temps des sauvages ». Et c’est tant mieux… du moins je crois. La qualité d’une œuvre adaptant une autre œuvre s’évalue-t-elle uniquement à la fidélité qu’elle témoigne au récit originel ? Quoi qu’il en soit, cet album-là offre un dépaysement réel. On pourrait être sur Terre ou ailleurs, dans le passé, le présent, le futur ou dans une dimension parallèle… on part. On mord à l’hameçon, on nage dans ce monde aussi absurde que familier, on réfléchit, on se marre.

PictoOKPourquoi y aller par quatre chemins ? Et si vous le lisiez ?

Extrait :

« On a beau tourner les choses dans tous les sens. La seule réponse à l’existence de l’homme sur Terre, c’est qu’il est là pour contrôler le système. C’est ce qu’il sait faire de mieux. C’est son plus grand talent » (Le temps des sauvages).

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine.
Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Temps des sauvages

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : Sébastien GOETHALS
Adaptation du roman de Thomas GUNZIG : « Manuel de survie à l’usage des incapables »
Dépôt légal : octobre 2016
266 pages, 26 euros, ISBN : 9782754815529

Bulles bulles bulles…

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Le temps des sauvages – Goethals © Futuropolis – 2016