Bonne continuation (Tallec)

Tallec © Rue de Sèvres – 2016

Harcèlement, migrants, fanatisme, famille, couple, phobies, capitalisme, …

Comment parler de tous les travers de nos sociétés sans jaser, sans gouailler, polémiquer ou y aller à coup de clichés ? Olivier Tallec le fait de façon frontale et avec beaucoup d’humour. La mise en image offre des scènes totalement saugrenues. Un dessin en pleine page mettant en scène deux personnages, une légende succincte faisant parler l’un des deux et qui résume l’essentiel, laissant au lecteur le reste du travail : décoder le sens, fouiller et tirer le fil pour comprendre le sens subtil de la phrase/de la scène. En effet, ce sera à lui de donner du sens mais Olivier Tallec a déjà largement dégrossi l’affaire.

C’est grinçant, décalé, barré, loufoque, absurde et pourtant, plein de bon sens, de vérité, d’horreur, de tendresse parfois. L’actualité décapée, comme décapitée.

Le procédé est le même que pour « Bonne journée » (paru deux ans plus tôt). Les gags du premier tome m’avaient souvent semblé incongrus voire obscènes pour certains (une sorte de réalité crue assez gênante). Sans savoir l’expliquer réellement, j’ai préféré « Bonne continuation » que je trouve aussi délicieux sur la forme mais plus abouti sur le fond.

Les chroniques de Leiloona, Mylène, Nadège.

Depuis le début du mois, le coffret « Plaisir d’offrir » réunit les albums « Bonne journée » et « Bonne continuation » .

Bonne continuation

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Olivier TALLEC
Dépôt légal : octobre 2016
56 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-36981-208-1

Bulles bulles bulles…

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Bonne continuation – Tallec © Rue de Sèvres – 2016

Bonne journée (Tallec)

Tallec © Rue de Sèvres – 2014

Pourquoi cette lecture ? Parce que j’en avais entendu grand bien (Noukette, Za, Bidib, Noctenbule…) sur les blogs et qu’il me tardait de m’y plonger à mon tour. Je partais confiante vers du drôle, du cynique mais saupoudré d’un peu de pétillant, un propos un brin philosophe. J’en suis un peu revenue, de ce côté incongru. Je suis revenue parfois bredouille, souvent perplexe et ponctuellement amusée.

Olivier Tallec nous propose de visiter des scènes du quotidien en une illustration. Des chutes surprenantes et inattendues et un humour qui me laisse un peu en suspens ; un peu comme ce super-papa sur la couverture, prêt à prendre son envol mais ne sachant finalement pas comment s’y prendre.

Le ton est narquois et le lecteur n’a pas trop à se forcer pour entendre le bruit d’une scie sauteuse ou d’une fraise dentaire en bruit de fond. « Dziiiiiiiiiii ! » . Ou le bruit du moustique qui nous tourne autour… là, juste à côté de notre oreille. Alors oui, ça pique, ça gratte et parfois ça dérange franchement, comme cette scène de sortie scolaire de sortie scolaire dans un abattoir où les enfants assistent, médusés, à l’égorgement et l’éviscération d’un cochon. Sur leurs vêtements, des éclaboussures de sang. Leurs corps stoïques et leurs regards hébétés suffisent à relever la violence de la scène tandis que l’ouvrier en abattoir se fend d’un « Et voilà les enfants, maintenant le boudin n’a plus aucun secret pour vous » (le visuel est inclus dans le diaporama en fin d’article).

Je ne saurais dire si ce genre d’humour est ma came. Ce n’est pas un franc engouement. Ce n’est pas non plus un franc rejet. C’est là, au creux d’une zone en friche. Une lecture que je n’oublierai pas mais que je ne peux classer, que je ne me vois pas offrir, qui me laisse à mi-chemin entre le plaisir et le sentiment de ne pas avoir tout compris.

« Dziiiiiiiiiiiiiii » . A vous de voir. de mon côté, je pense que j’y reviendrai de temps en temps pour que les lignes bougent un peu.

Depuis le début du mois, le coffret « Plaisir d’offrir » réunit les albums « Bonne journée » et « Bonne continuation » .

Bonne journée

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Olivier TALLEC
Dépôt légal : octobre 2014
56 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-36981-066-7

Bulles bulles bulles…

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Bonne journée – Tallec © Rue de Sèvres – 2014

Chroniks Expresss #34

Bande dessinée : Crache trois fois (D. Reviati ; Ed. Ici Même, 2017).
Jeunesse / Ados : Sauveur & Fils, saison 1 (M-A. Murail ; Ed. L’Ecole des Loisirs, 2016), Pépites (A-L. Bondoux ; Ed. Bayard, 2012).
Romans : Le Cœur du Pélican (C. Coulon ; Ed. Points, 2016), Laver les ombres (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2008), Comme un roman (D. Pennac ; Ed. folio, 2013).

 

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Bande dessinée

 

Reviati © Ici Même – 2017

C’est la chronique de Jérôme qui m’a convaincue. J’ai lu cet album en juillet dernier, je voulais lui consacrer une chronique et j’ai laissé filer le temps et, aujourd’hui, je n’ai plus la matière suffisante pour le faire. Pourtant, faire l’impasse sur cette lecture m’est impossible.

Inclusion, exclusion, intégration. Des thèmes forts de l’album qui viennent flirter avec cette peur de l’autre, de l’Etranger, de ses différences. Cette peur qui nous pousse à le rejeter, le haïr parfois. Et puis, quand l’Etranger part, son absence nous met mal. Qu’est-il devenu ? Reviendra-t-il ?

C’est l’histoire d’un village mais avant tout des enfants de ce village. Ils ont grandi ensemble et fait leurs premières expériences. Premier plongeon, première clope, premiers frissons du sentiment amoureux.

Le dessin de Davide Reviati est fragile. Il s’efface presque sur certains détails, comme s’il n’osait pas et laissait notre imagination faire son travail. Comme par pudeur, il laisse les lignes et les contours des visages se deviner. A nous de combler les brèches. Nuages, vent et mouvements sont de la partie. Les gestes fusent ou restent suspendus dans l’air. Ce paysage de campagne est parfois désertique, laissant présager un drame.

C’est l’histoire d’un village italien. Dans ce hameau, des tsiganes ont construit leur campement. Ils y vivent quelques mois puis repartent. Où vont-ils ? Au sein de la communauté tsigane, il y a Loretta. La jeune fille est sauvage, féline. Elle fascine les garçons du village, un mélange de peur et de désir.

Un ouvrage qui mélange légendes urbaines, superstitions et Histoire. L’Histoire des tsiganes, chassés par tous, jamais posés, constamment humiliés, souvent persécutés … comme pendant la Seconde Guerre Mondiale où ils furent parqués dans les camps de concentration, où les allemands les ont torturés, tentés de les briser et de les exterminer. Entre passé et présent, Davide Reviati.

Un récit où se croisent passé et présent, monde imaginaire et monde réel.

Beau. Aussi marquant que son précédent ouvrage : Etat de veille.

Extraits :

« Les copains d’enfance tu ne les choisis pas, ils te tombent dessus et ils entrent en toi comme la fièvre, et ils n’en partent plus même si tu ls chasses à coup de pied au cul » (Crache trois fois).

« Je ne sais pas comment le dire… que le bonheur, on ne l’exhibe pas partout comme une robe neuve. Que, si on ne le contrôle pas, il rend idiot, avant de devenir ennui » (Crache trois fois).

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Jeunesse / Ado

 

Murail © Ecole des Loisirs – 2016

Sauveur Saint-Yves est un thérapeute spécialisé dans la clinique des adolescents « à problème ». Sauveur est veuf, père et débordé. Ses patients empiètent parfois sur la vie privée.

Lazare Saint-Yves est un jeune garçon pétillant de vie, curieux de tout. Son meilleur ami s’appelle Paul ; ensembles, ils iraient au bout du monde. Lazare est fils unique et ce qu’il aime par-dessus tout, c’est écouter aux portes… surtout celle qui donne sur le cabinet de son père. Lazare ne raterait pour rien au monde ces témoignages croustillants mais touchants et qui questionnent beaucoup le petit garçon qu’il est.

Voilà une succulente découverte faite sur les blogs. Les chroniques tentatrices : Jérôme, Noukette, Cuné, Stephie,… et puis il y eu mars 2017 et ce fameux anniversaire des pépites jeunesse organisé par Jérôme et Noukette et voilà « Sauveur & Fils » qui déboule chez moi.

Succulent, drôle, dur, c’est assez rafraîchissant de lire le quotidien de ce psychologue clinicien confronté à des patients. Consultation après consultation, il tente de les aider à sortir de leurs impasses. Divorce, scarification, angoisses, jalousie, pédophilie… les causes sont multiples et, parfois, seul le bon sens peut être invoqué pour résoudre la crise. Marie-Aude Murail nous le décrit plutôt bel homme et doté d’une voix… je donnerais cher pour qu’on me susurre des mots doux à l’oreille avec cette voix-là [mais je me reprends… « Sauveur 1 Fils » est un roman jeunesse].

Les thèmes sont durs mais la romancière les borde très facilement, exposant des faits puis, à l’aide de son personnage principal, revient sur ces notions de façon posée et met des mots sur ces maux. Des sujets sensibles face auxquels ses jeunes lecteurs peuvent être confrontés personnellement ou indirectement. Le fait de les aborder dans cette fiction peut permettre d’en reparler aussi à la maison.

Jolie découverte. Je suis conquise, comme de nombreux lecteurs. Il me tarde de retrouver Sauveur, Lazare, Louise, Paul, Gabin… et de savoir ce que le second tome nous réserve.


Bondoux © Bayard Jeunesse – 2012

« A vingt ans, Bella Rossa est une jeune femme splendide, aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant depuis sa naissance, son existence n’est qu’une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu’à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux, si en chemin, elle trouve le bonheur…
Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l’Ouest. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle manquera de mourir par la faute d’une pépite et que l’Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d’or… » (synopsis éditeur).

Partons donc parcourir ces grands espaces, à la période des pionniers américains et de la ruée vers l’or. Anne-Laure Bondoux propose un roman jeunesse frais et dépaysant, une histoire qui repose sur les épaules solides d’une jeune fille au caractère bien trempé. Ce roman m’avait été conseillé par Stephie il y a quelques années déjà ; si je m’étais empressée de m’offrir l’ouvrage, j’ai mis un peu plus de temps à passer à la lecture.

A ma grande surprise, il se dévore vite ce roman et alterne romance, aventure, suspense et – au passage – nous gratifie de quelques réflexions sur la société de l’époque : l’arrivée du chemin de fer qui facilite l’échange de marchandises et la mobilité des voyageurs, le racisme, le sectarisme, la corruption, l’alcoolisme, le chocs des cultures entre indiens d’Amérique et colons, le couple, la place de la femme dans la société, le « rêve américain » .

Ouvrage généreux, aussi ludique que captivant. Je l’ai déjà mis entre les mains de mon pré-ado qui le dévore (et roule des yeux ronds comme des billes et fait semblant d’être choqué lorsque la romancière s’attarde sur les seins de l’héroïne, « ses maudits seins ! Pourquoi, au lieu de pousser normalement, avaient-ils pris ces proportions ahurissantes ? Il n’y avait pas d’explication. En une seule année, ils étaient passés de la grosseur de deux pommes à celle de deux melons, puis à celle de deux pastèques » .

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Romans

 

Coulon © Points – 2016

Anthime a passé la majeure partie de sa vie à avoir peur.
Il a grandi un peu tordu par ses angoisses, un peu tordu par l’absence de ses parents. Son besoin d’affection et de réassurance, il le trouvait auprès de sa sœur.
Pour se forcer à dépasser ses peurs, il se lançait des défis.
Le plus marquant fut certainement celui qui fit suite à son arrivée dans sa nouvelle maison. C’était encore un jeune garçon quand ses parents ont déménagé et se sont installés en province. Lui et sa sœur les ont suivis, bien sûr, ils étaient encore trop petits pour avoir leur mot à dire. Une fête fut organisée ; de nombreux voisins y étaient invités. Lui ne connaissait personne, à peine quelques enfants qu’il avait aperçu dans le quartier. Une partie de balle au prisonnier fut improvisée alors, pour ne pas rester en marge, il s’est avancé puis a rejoint l’équipe qu’on lui désignait. Puis vint ce moment où, ballon en main, il s’est mis à courir avec tant de vigueur que personne ne fut en mesure de le rattraper. Ce jour-là fut comme une petite victoire pour Anthime.
Quelques mois plus tard, il étonna tout le monde sur un marathon inter-écoles. Dès ce moment, le professeur de sport se met à le considérer d’un autre œil. Anthime intègre le club d’athlétisme. Il a trouvé sa vocation, ce sera la course. Anthime n’a jamais compté les heures nécessaires à son entrainement, ni celles passées à aller ou à revenir d’une compétition, encore moins celles passées à courir. Sa raison de vivre était là. Dans la course. Un accident est venu balayer ses projets ouvrant le temps de la reconstruction et de l’oubli.

Troisième roman de Cécile Coulon que je découvre, troisième plongée dans une écriture totalement fascinante, qui nous prend aux tripes et nous jette dans tout ce que le personnage principal a le plus d’intime, de plus personnel. Hasard ou coïncidence [car j’ai encore des lacunes à combler puisque la romancière a été neuf romans à ce jour], c’est toujours un homme qui est au cœur du récit. Homme fragile, torturé, hanté par ses vieux démons qui ont fait naître en lui des peurs tenaces, certaines allant jusqu’à l’angoisse.

Je n’ai pas fini de parler de Coulon sur ce blog.

Une fois encore, je te remercie Noukette. Sans toi, j’aurais certainement fait l’impasse sur cet auteur.

Liens vers les autres romans de Cécile Coulon sur le blog.

 

Benameur © Actes Sud – 2008

Lea et Romilda. La fille et la mère. La danseuse et la vieille femme. L’inquiète et l’intranquille.

Lea a la trentaine, elle vit loin de chez elle, en ville. Sa respiration, c’est la danse. Depuis peu, elle s’autorise à se laisser aller avec Bruno. C’est la première fois qu’une relation dure, mais elle la sait fragile. Pourtant, les mains de cet homme-là, sa voix et sa présence la rassurent. Elle a trouvé son équilibre même s’il est encore balbutiant. Lea la danseuse, en permanence en équilibre, à la scène comme dans sa vie privée. Elle cherche à combattre son refus de l’Autre, de la vie. Puis, cet appel passé à sa mère. Elle perçoit dans la voit de l’aînée une fatigue, une inquiétude. Alors Lea prend la route malgré l’avis de tempête.

« Est-ce qu’aimer, ce n’est pas vouloir rejoindre, sans relâche ?
(…)
Aimer c’est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c’est immense »

Un huis-clos, des retrouvailles entre deux femmes. Deux générations, deux vies, deux solitudes. Jeanne Benameur livre un récit poignant d’une rencontre où une mère brise le silence et explique à sa fille ce qu’elle a vécu. Un jour, un homme est entré dans sa vie. Avec lui, elle a fui, elle a quitté la maison familiale comme une voleuse, elle a quitté cette guerre qui ravageait son pays. L’homme lui a promis une vie meilleure loin de l’Italie, lui a fait miroiter le bonheur en France. Pourtant, si le couple a fini par s’installer dans un bourg paumé de la providence française, il y eu toutes ces années de guerre durant lesquelles la jeune fille perdit à jamais son insouciance. Prostitution, violences psychologiques, désillusions. Cette mère se livre avec émotions. Face à elle, sa fille avide de connaître la vérité tout en étant terrorisée par ce qui lui est confié. Mère et fille sont face-à-face, la romancière nous permet de ressentir la force de cet instant rythmé seulement par le vacarme que produit la tempête qui fait rage à l’extérieur de la maison dans laquelle elles se trouvent. Entre passé et présent, les deux femmes se livrent et font face à leurs peurs respectives.

Les autres romans de Jeanne Benameur sur le blog.

 

Pennac © Gallimard – 2013

Prenons un instant pour observer le rapport que nous avons à la lecture. Comment un individu développe-t-il le goût ou le dégoût de la lecture ? Le système scolaire donne les bases nécessaires à la lecture et à l’écriture mais qu’est-ce qui se joue à la maison ? Est-ce que le discours des parents a un impact sur le lien futur que nous aurons chacun avec les livres ? Lecture plaisir ou lecture contrainte. Que va-ton chercher dans les livres et qu’est-ce que l’objet livre représente tout simplement pour chacun ? Tant de question que Daniel Pennac nous invite à nous poser. Il nous amène à nous rappeler ce que lire représentait pour nous étant enfant. Ce plaisir de la lecture du soir que nous avions enfant ou que nous avons, en tant que parent. Le plaisir de lire serait-il une question de transmission ou ne serait-ce qu’une prédisposition que certains individus ont alors que d’autres en sont dépourvus.

La quatrième et dernière partie du roman nous présente les « droits imprescriptibles du lecteur » lus sur de nombreux blogs et repris quantité de fois à différentes occasions :

1/ Le droit de ne pas lire, 2/ Le droit de sauter des pages, 3/ Le droit de ne pas finir un livre, 4/ Le droit de relire, 5/ Le droit de lire n’importe quoi, 6/ Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), 7/ Le droit de lire n’importe où, 8/ Le droit de grappiller, 9/ Le droit de lire à haute voix, 10/ Le droit de nous taire.

Belle réflexion sur la littérature et sa place dans la société. Belle réflexion sur le plaisir que procure la lecture. Un texte qui remet les pendules à l’heure. Ecrit en 1995 à l’époque ou Daniel Pennac était enseignant, j’ai trouvé ce texte très actuel, c’est à peine s’il a pris la poussière.

Talk show (Fabcaro)

Fabcaro © Vide Cocagne – 2015

Il a une phobie des bunkers mais il n’en a jamais vu. Il collectionne les apéricubes mais il lui manque celui au « gout olive ». Elle participe aux activités d’une association chaque après-midi mais elle s’y ennuie. Elle est une fervente militante de la première heure et bien décidée à empêcher les mariages avec des aspirateurs de piscine. Il connait quelqu’un qui connait quelqu’un qui connait… quelqu’un qui a lu un article sur quelqu’un qui s’est fait enlever par les extra-terrestres…

La présentatrice de « Talk show » est blonde et maquillée comme une voiture volée. Elle a un goût certain pour le sensationnel, le scoop rare, le buzz, la recherche de l’effet… Pendant l’émission télévisée, elle a le nez collé à ses petites fiches qui contiennent parfois des informations erronées mais tout n’est qu’une question de point de vue. Elle est là pour énoncer la sensationnelle vérité dont elle n’est jamais très loin puisque là encore, tout n’est qu’une question de point de vue. Des phobiques, des stars dans leur commune, des passionnés, des dubitatifs, des originaux… des gens qui se cherchent et qui atterrissent sur le siège de l’interviewé par on ne sait quel miracle (oui, parce que pour la grande majorité, leur présence est pour le moins saugrenue).

La speakerine est toujours prête à défendre la veuve et l’orphelin pour des causes reconnues d’utilité publique à une échelle microscopique (généralement celle d’un unique individu). Toujours prête à dénoncer les injustices : la crise, les migrants, l’Europe…

Aujourd’hui je reçois…

Des gags d’une page à la morale parfois douteuse mais qui prête à sourire. Au lecteur d’en tirer ses propres conclusions. Fabcaro propose une critique cinglante et loufoque des médias, un univers absurde et drôle. Au rythme d’un sketch par page, le format à l’italienne permet de déplier ces situations cocasses en huit cases.

Côté ambiance, je ne vois pas mieux que de faire la comparaison avec les Deschiens. Dos légèrement voûtés, les personnages n’en ont que faire de la mode vestimentaire et semblent avoir sauté dans les premières fringues qu’ils avaient à portée de main. Le cheveu tantôt absent tantôt ébouriffé, tantôt permanenté tantôt gominé, peut-être gras, souvent « savamment » arrangé. Qu’importe l’apparence, ces individus viennent là pour apporter un témoignage capital, crucial… inédit !

Pour ma part, tout ne m’a pas fait sourire mais les grincements de dents provoqués par ces gags font un bruit délicieux. J’ai passé un très bon moment en compagnie de ce petit livre.

Talk Show

One shot
Editeur : Vide Cocagne
Collection : Alimentation générale
Dessinateur / Scénariste : FABCARO
Dépôt légal : mai 2015
56 pages, 14,50 euros, ISBN : 979-10-90425-63-7

Bulles bulles bulles…

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Talk show – Fabcaro © Vide Cocagne – 2015

Time Raider (LeMay)

Lemay © Dynamite – 2017

Bianca Barros est une archéologue émérite. C’est donc avec beaucoup d’assurance qu’elle pénètre dans un temple maya sur lequel plane la légende du serpent temporel…

Selon une vieille légende maya, le Jour de l’éclipse, une flamme sacrée jaillira des deux orbes du crâne de singe sacré. Cela déclenchera une série d’événements fantastiques… chacun d’entre eux sera plus incroyable que le prochain !

Pourtant, sous ses yeux ébahis, la vérité énoncée par les hiéroglyphes s’avère réelle. Elle accède ainsi à une pièce secrète. Au sol, une dalle circulaire attire son attention. En son centre, un trou par lequel sort une imposante bite sur laquelle elle n’a qu’une envie : s’empaler. Elle atteint l’orgasme, un orgasme qui l’a projeté dans une autre réalité spatio-temporelle. Elle se rendra vite compte que seul un nouvel orgasme lui permet d’effectuer un nouveau saut temporel. Il lui faudra donc être suffisamment explicite pour convaincre les mâles qui croiseront sa route de lui donner ce dont elle a besoin…

Time raider – Lemay © Dynamite – 2017

Une aventure durant laquelle notre héroïne va de surprise en étonnements. A la recherche de l’orgasme qui lui permettra de rentrer chez elle, elle excite les partenaires qui sont sur son chemin. Au programme, cunnilingus, fellation, sodomie, levrette, fist-fucking… j’en passe et des meilleures. Comble de son bonheur, tous les mâles qu’elle croise sont membrés de façon spectaculaire et sont soucieux de la prendre par tous ses trous [toujours parfaitement lubrifiés d’ailleurs] ; partageurs, ils n’hésitent d’ailleurs pas à s’y mettre à plusieurs. Mais non contente de se faire violer, notre bougresse y prend beaucoup de plaisir… constat qu’elle met parfois un peu de temps à faire.

Que ce soit pour ma sécurité ou pour celle de mon compagnon alien, il est préférable de montrer aux hommes des cavernes que je suis prête à me soumettre à leurs désirs primitifs… Je n’ai pas d’autre choix. J’écarte bien les jambes, révélant mes lèvres humides. Le froid de la grotte fait gonfler mes tétons… Je suis en partie excitée par tout ça.

Les dessins de James LeMay offrent toujours le meilleur point de vue possible sur les parties génitales… point central et unique intérêt de cet album car il faut bien reconnaître que ce n’est pas pour le scénario que l’on se tourne vers ce genre d’album (cela dit, un scénario qui fait preuve d’un minimum de consistante aurait pu être une belle surprise). Les dialogues font largement profiter d’un vocabulaire salace. L’héroïne aux formes généreuses, double pornographique d’une Lara Croft parfaitement épilée et qui aurait opté pour les implants mammaires taille XXL, ne se fait jamais prier pour écarter les cuisses et regrette parfois d’être en présence d’un partenaire qui sache si bien titiller son point G, la contraignant à effectuer un voyage temporel à l’insu de son plein gré.

Pauvre femme frappée d’une terrible malédiction et contrainte d’atteindre l’orgasme pour parvenir à ses fins ! Entre douleur et excitation elle trouve toujours son parti et je serais bien en peine de vous dire si j’ai de la peine pour elle ou si je me réjouis de son malheur.

La chronique de Mylène.

Time Raider

-Son destin est entre ses mains-
One shot
Editeur : Dynamite
Dessinateur / Scénariste : James LEMAY
Dépôt légal : avril 2017
64 pages, 9,99 euros, ISBN de l’ePub : 978-2-36234-633-0

Bulles bulles bulles…

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Time raider – Lemay © Dynamite – 2017

Américaines, De Pocahontas à Hillary, 50 Wonder Women de l’Histoire des Etats-Unis de Patrick Sabatier.

L’idée de départ de ce formidable livre de Patrick Sabatier est de présenter l’histoire des Etats-Unis à travers 50 portraits de femmes (célèbres ou qui nous sont inconnues) qui ont marqué profondément l’Amérique. De Pocahontas à Hillary Clinton. 50 femmes exceptionnelles, qui toutes, à leur manière, ont «brisé un plafond de verre».

 

« Si on me demandait à quoi je pense qu’il faille principalement attribuer la prospérité singulière et la force croissante de ce peuple, je répondrais que c’est à la supériorité de ses femmes » Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique

Patrick Sabatier (journaliste et essayiste, ancien correspondant du journal Libération aux E.U.) raconte à travers 6 chapitres intitulés : Pionnières, Guerrières, Aventurières, Conquérantes, Militantes, Dirigeantes, des trajectoires de femmes dont le «rôle est trop souvent ignoré, oublié ou minimisé». Elles sont des « Wonder Woman ». Des femmes au destin incroyable. A l’image de la super-héroïne, entrée au panthéon des Super Héros américains en 2016.

« Wonder Woman est une forme de propagande psychologique pour le nouveau type de femme, qui, selon moi, devrait diriger le monde » Marston

Symboles de la révolte des femmes, elles sont dissidentes, combattantes, politiques, utopistes, scientifiques, journalistes, écrivaines. Elles sont féministes, citoyennes,  activistes, scandaleuses parfois, libres toujours. Elles ont joué un rôle essentiel ou « occupé une fonction dirigeante ou réalisé un exploit dans des domaines dont les femmes avaient avant elle été exclues. La politique bien sûr, mais aussi l’économie, l’aventure, la culture, les sciences, le sport».

Le fil conducteur de cet ouvrage est évidemment une Wonder Woman, Hillary Clinton, l’ex- Première dame, ex-sénatrice de New-York et ex-secrétaire d’Etat. Une des femmes les plus connues au monde et qui, lors de l’écriture de cet essai, vient d’officialiser sa candidature à la présidence des E.U.. La suite, malheureusement (si on peut dire, ou du moins si c’est autorisé !), on la connaît. Elle sera battue par le républicain Donald Trump. Il n’en demeure pas moins qu’Hillary Clinton a elle aussi un parcours remarquable qui « restera dans l’histoire des Etats-Unis comme le chapitre le plus spectaculaire de la longue marche des femmes vers l’égalité, dont Wonder Woman a été l’étendard. »

Et punaise que ce livre fait du bien !

L’écriture de Patrick Sabatier est alerte, fluide. Le récit est documenté,  richement illustré (photos, tableaux, portraits, dessins, affiches, etc.). Le livre est très beau. Attrayant. Le propos est clair. Simple. Chronologique.  Il est à la portée de toutes et de tous. Et je crois que c’est sa plus grande valeur !  Vulgarisé sans être simpliste et réducteur, le contenu de cet essai foisonnant dit l’essentiel, en images et en mots, pour tenter de donner enfin une place à « ces femmes bien réelles, qui ont joué un rôle important, et parfois déterminant, dans l’édification et l’évolution d’une nation et d’une culture qui influencent toute la planète. »

A noter la présence de petites présentations d’icônes américaines telles que Betty Boop, Barbie ou encore Maryline Monroe, icônes féminines parfois fictives ou bien réelles, qui ont marqué indéniablement les E.U..

J’ai infiniment aimé ce livre-là, tant par la pertinence des propos, que pour la beauté de l’objet-livre. Depuis plus d’un mois, il traine chez moi, feuilleté et puis lu par tout un chacun, il attire l’œil des petits comme des grands, suscite l’intérêt, des questions, des étonnements, des remarques… Bref, ne laisse pas indifférent ! Vous dire aussi que je l’ai présenté en cours de littérature à l’Université et qu’il a fait un tabac auprès des étudiant(e)s 😉 Il a été un excellent point de départ pour une discussion animée…

 

Extraits et Portraits

Wonder Woman : première méga fortiche héroïne de BD, le versant féminin (féministe !) de Batman ou encore de Superman qui a marqué durablement la culture américaine. « Symbole de la révolte des femmes », perçue aujourd’hui comme modèle d’émancipation, reprise par des militantes du mouvement de libération des femmes dès les années 70, elle est devenue un concept conçu « dans le but de promouvoir, au sein de la jeunesse, un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes. »

 

Pocahontas (la nouvelle Eve) : la légende raconte que cette princesse indienne de la tribu Powhatan a sauvé l’Amérique (rien que ça !). Sorte d’ambassadrice auprès des visages pâles, elle est devenue « l’icône d’un âge d’or de l’Amérique, incarnation de l’innocence perdue, de la beauté massacrée de la Nature sauvage et vierge, comme elle. L’histoire de Pocahontas et de John Smith est devenue la métaphore d’un rêve multiracial et d’un retour aux origines de l’Amérique – l’alliance entre Civilisation et Nature, version moderne du mythe rousseauiste du Bon Sauvage, et manière d’expier le péché originel que fut l’extermination des peuples indigènes. »

 

Harriet Beecher-Stowe (l’abolitionniste) : Premier écrivain « engagé » des E.U. qui « a forcé les Américains à s’interroger sur le type de nation dans laquelle ils voulaient vivre ». Elle écrit en 1952 La case de l’oncle Tom, « le livre le plus populaire du XIXe siècle après la Bible, un classique de la littérature américaine encensé par Tolstoï, Dickens et bien d’autres. » Ce livre raconte l’histoire d’un esclave noir appelé Tom, qui mourra sous les coups de son maitre, l’affreux Simon Legree, et ce, sans jamais céder à la violence ni même renoncer à sa foi. Ce roman demeure encore aujourd’hui un « document central sur les relations interraciales en Amérique, une exploration importante de la nature de ces relations tant dans le domaine moral que politique. »

 

Eleanor Roosevelt (la co-présidente) : “ la Première dame la plus controversée de l’histoire des Etats-Unis”, une femme remarquable, une agitatrice (comme elle le dit !), « symbole du rôle nouveau que les femmes jouent dans le monde », elle a magistralement bouleversé les codes et les rôles politiques en se créant un statut novateur « si important que la presse la surnommera « la co-présidente ». »
Elle dit, lors d’une émission de radio en 34 qu’il n’est « nullement impossible qu’une femme ait la capacité pour devenir présidente […]. Il existe des femmes d’exception tout autant que les hommes […]. Elles sont de plus en plus actives, elles prouvent chaque jour qu’elles sont capables d’assumer des responsabilités pour lesquelles on estimait par le passé qu’elles n’étaient pas faites. » Hillary Clinton en a d’ailleurs fait son modèle.

 

Katniss : l’héroïne de mon lardon, fan absolu de la trilogie culte américaine Hunger Games. Ce personnage de roman est une ado courageuse, bravant tous les dangers de ce post apocalyptique grâce à son intelligence, son adresse et son coup d’archet formidable ! « Depuis 2012, Katniss est l’héroïne préférée des jeunes Américain(e)s, archétype de la jeunesse rebelle, dont le symbole (le geai moquer) est apparu dans nombre de manifestations aux Etats-Unis et dans le monde. »

 

Américaines, De Pocahontas à Hillary, 50 Wonder Women de l’Histoire des Etats-Unis,
Patrick Sabatier, Bibliomane, 2016.

Chroniks Expresss #31

Tandis qu’Antigone tente de limiter l’augmentation de sa P.A.C. (Pile à chroniquer)… je traite le mal à la racine grâce à des chroniques express 😛

Bandes dessinées : Rex et le chien (N. Poupon ; Ed. Scutella, 2017), Smart Monkey (Winshluss ; Ed. Cornélius, 2017).
Jeunesse : Le Grand Incendie (G. Baum & Barroux ; Ed. Les Editions des Eléphants, 2016).
Romans : L’Ours est un écrivain comme les autres (W. Kotzwinkle ; Ed. 10-18, 2016), Otages intimes (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Petit Pays (G. Faye ; Ed. Grasset, 2016).

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Bandes dessinées

 

Poupon © Scutella – 2017

Rex chien domestique rencontre Le Chien, chien errant. Quand l’un fait de théorise, l’autre voit plutôt le côté pratico-pratique. Passée la première impression, Rex apprend à dominer sa peur et prend l’habitude, lors de sa balade, de faire un détour pour aller saluer Le Chien.

« A votre contact, mon esprit bohème s’est réveillé et il grandit à vitesse grand V ».

Rex avec un beau collier et une médaille marquée d’un « R ». Rex et sa laisse dont on ne verra jamais le bout, le maître est factice, simple présence qui lui permet de sortir du jardin.

Gags d’une page à deux pages à la morale cynique. Les chutes peuvent faire sourire. Dans l’ensemble, c’est un regard acidulé sur notre société, un regard décalé. Nos deux protagonistes se complètent : l’un a totalement intégré les coutumes humaines, l’autre est davantage en accord avec sa nature… et tous les deux tentent de faire un pas de côté pour intégrer le point de vue de l’autre.

Divertissant mais inégal. A lire par petites touches.

 

Winshluss © Cornélius – 2017

Il est assez malingre comparé aux autres membres de sa tribu. Il se débrouille pour se nourrir de petits insectes et de fruits juteux, trouver une bonne branche pour faire la sieste… mais pour le reste, rien n’est vraiment à sa portée. Rouler des mécaniques face aux autres mâles, faire à la cour à une femelle ou tout simplement se sentir bien parmi les siens, il n’est pas doué pour tout cela car il n’a pas le gabarit.

Pourtant il est courageux ce petit singe. Il se débrouille même plutôt bien pour se tirer des mauvais pas et faire régner la justice dans la jungle. Défendre plus faible que soi face aux prédateurs et c’est peu dire qu’ils sont nombreux : tigre à dents de sabre, ptérosaure, crocodiles, tyrannosaures, serpent…

 

Edité pour la première fois en 2003 avant qu’un court métrage soit réalisé un an plus tard, « Smart Monkey » a été réédité en 2009. De nouveau épuisée, Cornélius remet au gout du jour cet album muet déjanté et propose une nouvelle édition qui est agrémentée d’un fascicule contenant la première version de l’histoire.

Winshluss (« Pinocchio », « In God we trust », « Monsieur Ferraille »…) propose ici de revisiter l’histoire de l’espèce humaine de façon totalement originale. Il mélange les ères calendaires, fait se côtoyer dinosaures et primates (et toute la palette des espèces qui ont vécu entre ces deux grandes espèces). Conte cruel où l’on peut voir en chaque animal un prédateur. Lutter pour vivre et pour survivre… une métaphore de la vie non dénuée d’intérêt.

Un album muet à ne pas mettre dans n’importe quelles mains (jeunes lecteurs s’abstenir) car il est des métaphores qui ne sont pas accessibles aux plus jeunes. Drôle pour ceux qui aiment l’humour noir.

 

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Jeunesse

 

Baum – Barroux © Les Editions des Eléphants – 2016

Cela fait si longtemps que les livres ont disparu, nous n’avons plus la moindre histoire à partager. Le jour, il nous faut travailler, nous courber, prier et obéir. Puis attendre le jour suivant. Un matin pourtant, tout a changé, quand elle est tombée du ciel.

Un sultan impose son diktat. Il efface toutes les traces de l’histoire, toutes les histoires. Les écrits doivent bruler, ses soldats s’affairent à cette tâche. C’est leur unique but.

Le sultan jubile. Encore quelques livres et son règne sera infini. Une seule allumette a suffi à effacer toute l’histoire de notre peuple.

Superbe album illustré qui nous plonge dans une société privée de livres, privée d’accès à la culture… privée de sa mémoire. A la tête de cet état, un despote qui n’aspire qu’à une chose : agrandir toujours et encore son pouvoir, son aura, sa domination sur ses sujets. Il les avilit par la peur, leur impose l’ignorance et attend d’eux un respect total à l’égard de sa personne.

Le narrateur est un enfant et décrit son quotidien à hauteur d’enfant. Un texte qui interpelle et qui saisit le jeune lecteur avide de connaître le dénouement, curieux de tout, questionnant et critiquant cette société absurde à ses yeux et pourtant… lui expliquer que c’est la réalité d’autres enfants, ailleurs… bien trop nombreux.

Gilles Baum propose un récit optimiste, plein de vie, porté par les couleurs de Barroux. Les illustrations s’étalent en double page et laissent tout loisir de savourer le coup de pinceaux magistral de l’artiste.

Superbe ! A lire !!

Les chroniques : Noukette, Leiloona, Moka.

Pour aller plus loin : le site des Editions des Eléphants (avec le soutien d’Amnesty International) et les sites des auteurs : BARROUX et Gilles BAUM.

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Romans

 

Kotzwinkle © 10/18 – 2016

Un homme, Arthur Bramhall, professeur d’Université au beau milieu de son congé sabbatique (congé posé dans le but d’écrire un roman) se fait flouer par Dan Flakes, un ours, qui lui vole ledit roman.

Où l’on suit l’homme dans ses pérégrinations, dans sa lutte, cherchant à ne pas sombrer dans la déprime, qui a l’idée saugrenue de se laisser embarquer dans les hallucinantes idées de son voisin, Pinette, qui met tout en branle pour aider Bramhall à écrire son nouveau roman. Et cette connexion particulière, « spéciale » disons, entre cet homme et les animaux.

Où l’on suit l’ours dans le chemin qui le conduira au succès. De l’agent à l’éditeur, de cette femme-colibri (et attachée de presse de surcroît) qui n’ont de cesse que d’imaginer le meilleur moyen de travailler l’image de marque de leur client, leur auteur, et de monter de toutes pièces le plan marketing le plus percutant qui soit afin que le succès soit assuré.

Un regard absurde et hilarant du monde éditorial qui trouve totalement « normal » qu’un ours parviennent à écrire un roman. William Kotzwinkle parvient à réaliser une critique acerbe du paysage éditorial, de ses travers, de ses coups de maître, de son fonctionnement tordu, des réflexions piquantes sur les uns et les autres, « patauger dans la fange, tel est le lot commun des attachés de presse »

On suit en parallèle le parcours de l’ours et celui du romancier et l’on profite du tracé délicat entre ces deux trajectoires et des passerelles qui sont jetées d’un bord à l’autre. Tandis que l’un s’humanise l’autre « s’animalise » . Le premier degré de l’ours contraste avec le côté « bling-bling » du milieu qu’il fréquente (celui des agents littéraires, des coaches, des auteurs, des commerciaux…). L’animal invite inconsciemment ces têtes bien pensantes à écarter un peu les repères consuméristes sur lesquels ils se sont construites.

De rebondissements saugrenus en remarques piquantes à l’égard du monde éditorial, on se plait à s’enfoncer dans cette farce si rondement menée. J’ai pourtant déploré la présence de certains passages. En effet, si on peut s’étonner dans un premier temps du comportement naïf de l’ours qui provoque des réactions inattendues auprès de son auditoire, on ne peut éviter finalement de faire la moue face à cette redondance… ses attitudes originales finissent finalement par nous lasser tant elles en deviennent prévisibles.

Drôle et piquant, j’ai malheureusement terminé la lecture dans une certaine lassitude.

 

Benameur © Actes Sud – 2015

Il était une fois, il était mille et mille fois, un homme arraché à la vie par d’autres hommes. Et il y a cette fois et c’est cet homme-là.

Etienne est photographe de guerre. Alors qu’il couvre un reportage, il est kidnappé par des hommes cagoulés qui vont le retenir en otage pendant plusieurs mois. Quand vient enfin l’heure de la libération et qu’Etienne rentre chez lui, il doit réapprendre à vivre.

Alors que je continue ma découverte de la bibliographie de Jeanne Benameur [sur le blog : « Les Insurrections singulières », « Comme on respire », « Pas assez pour faire une femme »], je me suis laissée une nouvelle fois guider par Noukette et Framboise pour le choix d’une nouvelle lecture. Après les avis dithyrambiques publiés pour ces « Otages intimes », comment ne pas succomber ? Pêle-mêle, de mes notes prises pendant cette lecture (faite mi-février en compagnie de Kikine), me reviennent à l’esprit ces émotions qui nous saisissent. Ces réflexions sur l’intime et l’identité. Ces sensations de peur, ces mots qui ne suffisent pas toujours à exprimer ce que l’on ressent, cette appréhension qui empêche de ressentir un quelconque plaisir. Des moments d’une simplicité désarmante qui suffisent à répondre aux besoins vitaux. Enfouir sa main dans la terre, écouter le clapotis de l’eau, entendre la respiration d’un être proche, se laisser emporter par un souvenir.

Un roman riche, habités par des personnages très forts, très humains. Un homme qui cherche à se reconstruire après un traumatisme important. Une mère qui respire après une attente oppressante. Une amante qui s’épanouit de nouveau après l’échec d’une relation amoureuse. Une femme qui marque un temps d’arrêt nécessaire pour retrouver l’envie d’aller de l’avant…

L’écriture de Jeanne Benameur me transporte ailleurs. Aux côtés de ces personnages. Au milieu de ces lieux dont je ne connais rien et qui me sont pourtant familiers. A appréhender une situation en connaissance de cause alors que je n’ai rien vécu de tel dans mon propre parcours. Des mors qui résonnent et qui raisonnent encore.

Extraits :

« Chaque nuit depuis son retour, il faut qu’il lutte pour ne pas se sentir réduit. Il lutte contre le sentiment d’avoir perdu quelque chose d’essentiel, quelque chose qui le faisait vivant parmi les vivants. Il n’y a pas de mots pour ça. Alors dormir dans la chambre de l’enfance, non. Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau, qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères. La grande, l’immense joie du retour qu’il n’osait même plus rêver, il n’arrive pas à la vivre. Il est toujours au bord. Sur une lisière. Il n’a pas franchi le seuil de son monde. L’exil, c’est ça ? » (Otages intimes).

« J’étais devenue une drôle de femme. Une femme qui attend ce n’est plus tout à fait une femme » (Otages intimes).

« C’est tout un corps qui résonne de ce qui n’a pas eu lieu. Faute de. Il est devenu labyrinthe plein d’échos. Laisser passer l’air laisser passer la musique ne plus être que ça un pauvre lieu humain traversé » (Otages intimes).

« Elle soupire, pense aux hommes qu’elle a pris dans ses bras depuis des années. Chaque étreinte a compté. Pour chacun, elle a été présente. Vraiment. Dans l’amour elle est toujours totalement présente, elle connaît cette joie et ceux qui l’approchent la partagent. Mais elle ne reste pas. Demeurer, elle ne peut pas. Est-ce qu’ignorer l’embrassement d’une mère voue à passer de bras en bras ? » (Otages intimes).

 

Faye © Grasset – 2016

Gaby est un enfant mais déjà, les vieux griefs entre Hutu et Tutsi ne lui échappent pas. Les uns seraient grands et dotés d’un nez fin, les autres plus râblé et affublés d’un nez épaté. Mais Gaby n’en a que faire. Hutu, Tutsi, ses amis quel que soit le sang qui coule dans leurs veines restent des amis.

Les années passent dans le petit quartier pavillonnaire de Gaby. Aux portes du Burundi, la guerre éclate un jour. C’est une plongée dans l’horreur de cette guerre fratricide. Au début, Gaby ne comprend pas ou du moins, il ne mesure pas la gravité de ce qui se passe. Mais pour sa mère, c’est le début de la dérive. Tutsi, elle voit sa famille massacrée. Les siens tombent les uns après les autres ; pour cette femme, il n’y a plus que la folie comme seul échappatoire.

Il aura fallu que je m’y reprenne à deux fois pour apprécier ce roman qui a reçu nombre de récompenses et de critiques élogieuses (et c’est amplement mérité). Une œuvre qui a beaucoup fait parler d’elle et c’est peut-être à cause de cela que j’avais des attentes démesurées à son endroit. J’imaginais une écriture qui saisit très vite le lecteur mais ce ne fut pas le cas pour moi. Il m’a fallu lutter pour ressentir la force de cet ouvrage et ce n’est qu’à partir de la seconde moitié de l’ouvrage que j’ai senti monter la puissance de l’écriture de Gaël Faye.

J’ai fini par accepter son état, par ne plus chercher en elle la mère que j’avais eue. Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.

Quoi qu’il en soit, on suit là l’adolescence atypique d’un jeune homme, entre insouciance et prise de conscience, entre bonheur et souffrance. Une identité qu’il peine à son construire et qu’il tente de trouver auprès de ses amis d’enfance. Un enfant qui semble grandir sans se soucier de ses attaches, jusqu’à ce que la réalité le rattrape. Et si je pense garder longtemps ce roman en mémoire, je sais aussi que le plaisir que j’ai eu à le découvrir a été grignoté par deux fois : la première – et j’en parlais plus haut – la déception que j’ai ressentie à la lecture de la première moitié de l’ouvrage ; la seconde quant à elle est une incohérence narrative qui m’a agacée. Le collège du narrateur met en place un programme de correspondants. Chaque élève se voit donc mis en contact avec un élève de France. Gaby (personnage principal de « Petit Pays ») va prendre plaisir à l’échange épistolaire qu’il entretient avec Laure (une collégienne d’Orléans). Ce qui m’a agacé, c’est la qualité des lettres écrites par Gaby ; le ton, l’emploi de la métaphore, le cynisme de ses propos, ce qu’il exprime et la manière dont il l’exprime. En cela, j’ai repensé à une réflexion de Stephie dans sa chronique sur « A l’origine notre père obscur » ; je me sens-là assez proche du ressenti qu’elle a pu avoir… un décalage entre la personnalité du narrateur (que Gaël Faye nous présente comme un garçon immature) et la manière dont il se montre dans ses écrits. Je n’ai pas apprécié même si l’écriture est de toute beauté.

Un roman qui percute malgré tous ces grincements de dents.