Perséphone (Locatelli-Kournwsky)

Quelques repères avant de commencer : dans la mythologie grecque, Cronos eut six enfants avec sa sœur Rhéa : Zeus, Poséidon, Hadès, Héra, Déméter et Hestia.
Zeus (dieu de l’Olympe) se maria avec sa sœur Héra, de laquelle il eut trois enfants. Avec sa sœur Déméter (déesse de l’agriculture), il eut Perséphone.
Perséphone est une nymphe. Elle fut enlevée par Hadès qui en fit sa femme. « Déméter éplorée va se jeter aux pieds de son autre frère, le souverain des Dieux, le tout-puissant Zeus. Celui-ci l’écoute avec intérêt et bienveillance, et propose une transaction. Perséphone passera la moitié de l’année dans les bras de sa mère et l’autre moitié dans ceux de son mari » (extrait de Contes et Légendes mythologiques, Ed. Fernand Nathan, 1984).
Perséphone est une nymphe chthoniennes (ou telluriques) ; elle fut d’abord connue sous le nom de « Coré ». Fruit d’un mariage consanguin entre un frère et une sœur, enfant incestueux, Perséphone est la fille de Déméter (déesse de l’agriculture) et de Zeus (dieu de l’Olympe). Elle fut enlevée par Hadès (dieu de l’Enfer qui est aussi son oncle) et devint sa femme.

Une famille peu ordinaire…

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Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

Sur la planète de Perséphone, deux civilisations ont échoué à cohabiter. La République d’Eleusis, également appelée « Le monde de la surface », est un territoire pacifié où quatre peuples vivent en harmonie avec les ressources que la terre fertile leur apporte. Dans ce monde, vivent des mages dotés de pouvoirs magiques. Ils transmettent leurs dons de façon héréditaire à leurs enfants. Les mages ne sont plus qu’une poignée. Sous la terre, « Le monde souterrain », également appelé « Les Enfers ». C’est un royaume qui fut gouverné par Hadès, un roi généreux qui finit par perdre la tête, devenir despotique. Il entraîna son armée dans une guerre sans merci contre le monde de la surface. Hadès mourut lors du conflit et son fils Rhadamante lui succéda. Depuis quinze ans, il n’est plus possible d’aller et de venir d’un monde à l’autre. Après la guerre, les mages ont scellé la porte qui reliait les deux mondes. Le monde de la surface continue à prospérer tandis que le monde souterrain agonise, tirant ses ressources de bric et de broc car la terre stérile ne leur permet de développer aucune forme d’agriculture.
Perséphone est une adolescente ordinaire. Excepté en Botanique, matière dans laquelle elle excelle, elle est loin de briller à l’école. Fille adoptive de la célèbre sorcière Déméter, elle déplore de ne pas avoir de sang de mage, elle n’a donc aucuns pouvoirs. Un secret qui est parfois lourd à porter. L’année scolaire touche à sa fin et Perséphone va bien effectuer le voyage de fin d’année avec sa classe. Et si Perséphone n’est pas inquiétée par les alertes et le couvre-feu mis en place depuis qu’un soldat des enfers a été aperçu en ville en revanche, elle se questionne quant au sens à donner aux violents cauchemars qu’elle fait chaque nuit. Dans ces visions oniriques, elle s’appelle Coré et voit une cité inconnue dans laquelle se déroulent des combats magiques d’une grande violence. Lorsque vient le jour du départ de sa classe, Perséphone est excitée. Elle attendait tant ce séjour et se réjouissait de passer quelques jours avec ses deux meilleures amies. Mais le train qui devait les conduire à bon port est intercepté par le soldat des enfers qui semait la terreur en ville. Il kidnappe Perséphone, franchit avec elle la porte des enfers et l’oblige à manger le « Fruit des damnés », frappant ainsi la jeune fille d’une terrible malédiction.

En effet, celui qui le mange subit sa malédiction : ses cheveux prennent une teinte bleutée et il est contraint de vivre confiné dans le monde souterrain à vie. Passer le portail reliant les Enfers à Eleusis le condamne à une mort certaine.

Mais ce n’est là que le début de l’aventure…

Sincèrement, ce n’est pas simple de résumer cet album et j’espère avoir perdu un minimum de monde en route ! Maintenant que j’ai reposé rapidement quelques bases de la mythologie grecque et que je vous ai présenté le point de départ de cette épopée, on va pouvoir parler un peu de l’album. « Perséphone » est le cinquième album de Loïc Locatelli-Kournwsky. Il compte à son actif un roman graphique qui traite du suicide (« Canis Majoris » publié en 2013 chez Vide Cocagne), deux albums co-réalisés avec Maximilien Le Roy et un premier album jeunesse revisitant le mythe de Pocahontas. Il signe également avec le pseudo de Renart (sous ce nom de plume, il a trois one-shot et plusieurs séries à son actif).

Le scénario est dense et le défi d’adapter le mythe de Perséphone était risqué. Pourtant, l’auteur parvient à la fois à rester fidèle aux figures de la mythologie grecques tout en proposant un univers qui réinvente totalement les codes de ces légendes anciennes pour en faire un récit entraînant. Il y a des passerelles entre les deux univers qui gardent de précieuses notions comme la présence de la botanique qui rappelle le fait que Perséphone est une nymphe de la terre et sensible à la nature ou comme le fait qu’elle soit Coré dans ses cauchemars. Le personnage de Déméter est dépoussiéré ; il reste une figure maternelle symbolique forte, il reste aussi ses pouvoirs surnaturels mais elle perd en revanche sa position de souveraine des Enfers. Le personnage de Cyané – meilleure amie de Perséphone dans l’album – est présent au moment du rapt de l’adolescente et tente d’aider cette dernière… une aide qu’elle avait déjà tenté de lui apporter dans les textes fondateurs de la mythologie grecque.

Loïc Locatelli-Kournwsky donne très peu d’éléments sur l’histoire de Perséphone. Pendant un bon tiers de l’album, on sait seulement qu’elle est la fille adoptive de Déméter et qu’elle n’est jamais parvenue à faire parler sa mère sur l’explication de ses origines. Ce que n’est que lorsque le lecteur est bien pris dans l’intrigue et que l’héroïne est dans une impasse, incapable de trouver le moyen de remonter à la surface sans y laisser la vie, que les premiers éléments de son passé apparaissent au compte-goutte. L’intrigue semble alambiquée sur le papier mais dans les fait, les éléments de cette épopée trouvent facilement leur place. Peu à peu et sans difficulté, on comprend les rapports entre les protagonistes ainsi que les tensions et les enjeux qui les unissent ou qui les opposent. Un récit très bien ficelé qui se situe à la croisée de plusieurs genres : récit d’aventure, quête initiatique, héroïc-fantasy, épopée fantastique.

Finalement, on dévore cet album sans trop sans rendre compte. A ma grande surprise d’ailleurs. J’étais assez intriguée par cette libre adaptation de la mythologie grecque mais j’étais bien moins emballée par l’aspect graphique du récit. Tout d’abord, les couleurs de Loïc Locatelli-Kournwsky sont trop fades et n’invitent pas réellement à la lecture. Qui plus est, son trait m’a fait douter un moment que ce livre puisse s’adresser à un large public. Il y a beaucoup de jeux de hachures, les scènes d’action sont souvent imprécises et on hésite à certains moments sur l’ordre dans lequel il faut lire les phylactères. Par contre, ce dessin imprécis a d’autres avantages : il offre un très bon aperçu d’une architecture à la fois impressionnante et originale, il pose de-ci de-là des petits accessoires qui font carburer l’imagination à plein régime, il est généreux côté expressions des personnages (une petite influence des mangas sur cet aspect-là… l’auteur vit au Japon). L’auteur sait aussi très bien utiliser le comique de situation. A certains moments, les personnages (gentils ou méchants, ce n’est pas spécifique à un camp) sortent une telle énormité que la situation (qu’elle soit gênante pour un personnage, conflictuelle ou bien encore qu’elle mette le récit dans une impasse) se désamorce d’un coup par un rebondissement si insensé qu’il en devient crédible. Beaucoup de loufoquerie, d’humour parfois absurde et de jeux de mots amusants viennent donc donner la réplique à un pan plus sérieux de l’intrigue qui mêle à la fois des enjeux de pouvoirs politiques et économiques.

Un album original, divertissant et où l’on s’amuse à repérer les clins d’œil à la mythologie grecque. Une bonne surprise en soi !

Perséphone

One-shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur / Scénariste : Loïc LOCATELLI-KOURNWSKY
Dépôt légal : avril 2017
144 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-7560-9551-6

Bulles bulles bulles…

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Perséphone – Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

Chroniks Expresss #28

Des restes de novembre…

Bandes dessinées : Le Problèmes avec les Femmes (J. Fleming ; Ed. Dargaud, 2016), Aliénor Mandragore, tome 2 (S. Gauthier & T. Labourot ; Ed. Rue de Sèvres, 2016), Sweet Tooth, volume 2 (J. Lemire ; Urban Comics, 2016).

Romans : Le nouveau Nom (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2016), Hors d’atteinte ? (E. Carrère ; Ed. Gallimard, 2012), Au sud de nulle part (C. Bukowski ; Ed. Le Livre de poche, 1982), Garden of love (M. Malte ; Ed. Gallimard, 2015), De nos frères blessés (J. Andras ; Ed. Actes Sud, 2016), Le vieux Saltimbanque (J. Harrison ; Ed. Flammarion, 2016).

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Bandes dessinées

 

Fleming © Dargaud – 2016
Fleming © Dargaud – 2016

Une lecture libre du sexisme et de la domination masculine. Le propos est un peu acide et à prendre au second degré. On revisite l’Histoire en se concentrant sur la place de la femme dans la société au travers des siècles. Puisqu’elle n’a pas eu son mot à dire pendant longtemps, nous voilà donc en mesure d’en tirer des conclusions… l’auteur pioche allègrement des morceaux choisis dans des citations d’hommes célèbres.

Comme disait Ruskin : L’intelligence de la femme n’est ni inventive ni créative… Sa grande fonction est la louange

A force d’obstination, on voit comment les femmes sont parvenues à changer les mentalités et à obtenir de (très) petits acquis, comme celui d’étudier.

De temps à autre, une femme apprenait une langue étrangère, partait étudier à l’étranger et revenait avec un diplôme de médecin, mais tout ça ne prouvait rien excepté que laisser les femmes sortir à leur guise, ça ne fait que des problèmes

Un humour « so british », pince-sans-rire, qui revisite l’histoire de la femme et l’évolution de sa place dans la société. Quelques figures célèbres sont mentionnées à titre d’exemples farfelus : ainsi, l’expérience d’Anne-Marie de Schurman vient corroborer le fait que les études accélèrent la chute des cheveux des femmes. Les références faites à d’illustres figures féminines sont souvent atypiques [tel est le cas d’Eliza Grier (première femme noire qui a obtenu du diplôme de médecin), de la mathématicienne Emmy Noether ou d’Annie Oakley célèbre pour sa précision au tir…] et renforce le ton burlesque du récit. L’auteur y associe un dessin un peu brut, austère et un univers visiblement ancré dans le XVIIIème siècle [vu le « look » des personnages], s’aidant ainsi du côté dépouillé des illustrations pour renforcer le comique de situation. C’est cinglant voire cynique.

En 1896, un homme nommé baron de Coubertin remit les Jeux Olympiques au goût du jour. Vous avez probablement entendu parler de lui à l’école. C’était un génie. Il disait que le spectacle de femmes essayant de jouer à la balle serait abject, mais qu’elles paraissaient plus naturelles si elles applaudissaient.

Jacky Fleming épluche au burin les clichés et se moque des différents arguments qui – pendant plusieurs siècles – ont relégué la femme à un rôle bassement domestique. Réalisé par une femme, cet album prête à sourire. Détente garantie.

La fiche de présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

 

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016
Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016

« Rien ne va plus à Brocéliande : les grenouilles s’agitent, annonciatrices d’une catastrophe, Merlin est toujours fantôme et ne veut pas revenir à la vie, tandis Aliénor, effrayée, ne cesse de voir l’Ankou… quand revient Viviane, la fée du Lac. Elle délivre à Lancelot et Aliénor une mystérieuse prophétie, qui va les guider sur les traces de l’Ankou, loin de la forêt. » (synopsis éditeur).

Après un petit rappel des faits du tome précédent, on repart de plus belle dans cette aventure loufoque. Séverine Gauthier explore la légende de Merlin l’Enchanteur en y apportant une touche de dingueries. Les personnages ne se prennent pas au sérieux et leurs répliques cinglantes sont pleines d’humour. Aliénor est entièrement consacrée à sa quête (re-redonner vie à Merlin) et embarque tout le monde dans son périple. Ce que Séverine Gauthier a fait de ces personnages mythiques vaut le détour. Lancelot est un enfant peureux, la fée Viviane est une godiche, la fée Morgane est détestablement autoritaire et refuse d’avouer qu’elle a un faible pour l’acariâtre et têtu Merlin.

Le travail de Thomas Labourot nous invite à nous installer dans cet univers ludique. Couleurs lumineuses, trognes expressives, gros plans pour ne pas perdre une miette de l’action.

PictoOKChouette adaptation de la légende du roi Arthur qui d’ailleurs, pour le moment, est le grand absent de cette série jeunesse. L’ouvrage se termine par un petit fascicule de six pages et nommé « L’Echo de Brocéliande » qui contient des billes supplémentaires pour mieux connaître le monde d’Aliénor.

La chronique de Jérôme.

 

Lemire © Urban comics – 2016
Lemire © Urban comics – 2016

« La fin du monde n’était que le début d’un long voyage pour le jeune Gus, désormais conscient que le sang qui coule dans ses veines pourrait bien être la clé d’un futur possible pour l’Humanité. Maintenu en détention par une milice armée et sans pitié, le jeune garçon devra compter sur l’aide d’un Jepperd avide de vengeance. Ce dernier saura-t-il s’associer aux bonnes personnes ? Car une fois libérées, certaines forces peuvent rapidement devenir incontrôlables » (synopsis éditeur).

Alors que le premier volume de la série prenait le temps d’installer intrigue et personnages de cet univers post-apocalyptique et nous laissait incertains quant aux chances de survie des différents protagonistes, ce second volume ose un rebondissement inespéré et relance ainsi l’épopée. Pour rappel : il y a 8 ans, un nouveau virus se propage. Rapidement, aux quatre coins du globe, les gens meurent dans d’atroces souffrances. Consécutivement à cela, les femmes enceintes mettent au monde des enfants mutants, mi-hommes mi-animaux, qui – pour une raison inexpliquée – semblent immunisés contre la maladie. Un homme décide alors de mettre en place un camp qu’il présente comme un lieu où les survivants peuvent vivre en toute sécurité ; sa milice veille à leur sécurité. La réalité est toute autre puisqu’une fois arrivés sur place, les malheureux sont violentés, parqués dans des cages et utilisés comme cobaye pour les recherches du Docteur Singh qui espère ainsi trouver un vaccin contre le fléau qui décime l’humanité. C’est dans ce camp de l’horreur que la femme de Jepperd meurt en même temps que l’enfant qu’elle portait et c’est dans ce même camp que Jepperd livre Gus – l’enfant-cerf – monnaie d’échange qui lui permet de récupérer le corps de sa compagne. Mais pris de remords, Jepperd mettra tous les moyens en œuvre pour sortir Gus de ce tombeau à ciel ouvert.

Jeff Lemire imagine un scénario catastrophe. Ce récit d’anticipation, post-apocalyptique, nous permet de côtoyer des personnages troublants. Leur fragilité est réelle face à un quotidien qui les dépasse. Ils luttent à chaque instant pour leur survie. Ils hésitent, se méfient, doutent puis finalement acceptent de faire confiance à l’inconnu qui leur tend la main, espérant ainsi profiter d’une aubaine, espérant que la chance tourne… enfin.

Le scénariste crée un monde sans pitié, cruel, où toutes les déviances humaines sont à l’œuvre. Des communautés sauvages se constituent et créent leurs propres lois. La terre est devenue une jungle où le danger est partout. L’homme solitaire est une proie, une cible sur laquelle on peut se défouler. Les fanatiques, les hommes peu scrupuleux et avides de pouvoir ont là un terrain de jeu inespéré. Il n’y a plus de limite qui vient contenir leur folie ; ils prennent ainsi le dessus sur les plus faibles, les manipulent, deviennent les rois de micro-territoires sordides.

Dans ce contexte, un groupe hétérogène se forme. En son sein, quatre adultes, une adolescente et trois enfants mutants. Ensemble, ils vont tenter de rejoindre l’Alaska ; le virus aurait été créé là-bas, dans un laboratoire. Sur place, le groupe devrait trouver la solution pour l’éradiquer ainsi que les réponses quant aux origines de Gus. Une promesse à laquelle ils se raccrochent. Ils s’engagent à corps perdue dans cette quête insensée.

PictoOKUn moyen de revisiter l’Histoire de l’Humanité grâce à la métaphore, une manière d’imaginer un scénario catastrophe, une opportunité de réfléchir aux fondements de différentes croyances. La présence de visions et de prémonitions qui viennent saupoudrer le tout d’un soupçon de paranormal. Tout est inventé mais Jeff Lemire exploite si bien les émotions et les peurs de ses personnages que l’on fait cette lecture la peur au ventre, pris dans les mailles du récit. Je vous invite vraiment à découvrir cette série si ce n’est pas déjà fait.

La chronique de José Maniette.

 

Romans

 

Ferrante © Gallimard – 2016
Ferrante © Gallimard – 2016

« Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. » (synopsis éditeur)

Suite de « L’Amie prodigieuse » (vous trouverez également la chronique de Framboise ici), ce nouveau roman d’Elena Ferrante continue le récit de vie d’Elena Greco. Si le premier opus s’attardait sur l’enfance du personnage et sur son amitié si particulière et si précieuse avec Lila Cerullo, nous nous arrêtons cette fois sur la période qui couvre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. L’auteur raconte, sur le ton de la confidence et du journal intime, le parcours de vie des deux protagonistes. Depuis le début de la saga, la romancière montre à quel point ces deux destinées sont intimement liées, comme si l’une ne pouvait vivre sans l’autre et réciproquement. Passée la polémique qui, pendant le mois de septembre 2016, a révélé le vrai nom de l’écrivain – puisque « Elena Ferrante » est un nom de plume – je ne peux m’empêcher de penser que cette saga est signée du nom du personnage principal et que va surgir, tôt ou tard, un certain Monsieur Ferrante qui demandera Elena Greco en mariage. J’avais déjà cette idée lorsque j’ai découvert « L’Amie prodigieuse » et l’idée a pris racine.

PictoOKReste que, face à ce récit, on est fasciné, comme aspiré par le tourbillon des événements qui viennent perturber la tranquillité à laquelle les deux femmes aspirent pourtant. Au-delà de ces portraits féminins, c’est aussi un superbe tableau de la société italienne des années 1960. Mafia, corruption, pauvreté, cercles estudiantins, classes sociales… « Celle qui fuit et celle qui reste », le troisième roman de cette saga, devrait paraître chez Gallimard en janvier 2017. J’ai hâte !

 

Hors d’atteinte ? –

Carrère © Gallimard – 2012
Carrère © Gallimard – 2012

L’ouvrage commence par une soirée qui s’annonce d’avance catastrophique. Frédérique, une enseignante, et Jean-Pierre, le père de son fils dont elle est séparée, ont prévu d’aller voir un film. La baby-sitter arrivant en avance, la réservation d’un taxi s’annonçant plus ardue que prévu, la file d’attente interminable devant le cinéma… Frédérique constate avec amertume qu’elle préférerait être n’importe où… mais ailleurs… et pas avec son ex.

Pas moins de cinq chapitres seront nécessaires pour décrire cette looongue soirée entre deux anciens conjoints. J’avoue, j’ai sauté des paragraphes mais je n’ai pas raté l’information nous précisant qu’ils passeront les prochaines vacances de la Toussaint chez la sœur de madame. Quoi qu’il en soit, on repère les éléments à avoir à l’esprit : elle n’a plus de sentiment pour lui voire il l’agace quant à lui, il est chiant mais bienveillant à l’égard de son ex-compagne. Et pour des parents séparés, ils passent tout de même pas mal de temps ensemble.

« Ne vivant plus ensemble, ils n’avaient pas pour autant renoncé à ce qu’ils estimaient être devenu, l’orage de la rupture passé, une satisfaisante et durable amitié amoureuse »… vous m’en direz tant !

Sautons encore quelques insipides chapitres (consacré à la description du quotidien morose et routinier de madame) pour en arriver à ces fameuses vacances d’automne, chez la riche sœur de madame. Cette dernière étant enceinte, Emmanuel Carrère ne nous épargnera ni la sempiternelle discussion sur le choix du prénom de l’enfant à venir ni les clichés sur tel ou tel prénom. Au chapitre 8, on arrive enfin au cœur du sujet : les protagonistes (Frédérique et son ex, la sœur de Frédérique et son mari) se rendent au casino durant une balade. Et là, le démon du jeu attrape cette femme, la réchauffe, l’anime bref… ramène à la vie cette femme sans saveur. Passés ces préliminaires (une soixantaine de pages), le récit commence effectivement. On sent que les présentations sont terminées et l’on se concentre davantage sur cette femme plutôt que sur ce qui l’entoure. Observer, écouter, ressentir, sentir l’adrénaline monter… voilà que la plume du romancier vibre enfin. On sent les émotions, les hésitations, la griserie, la liberté…

Une sorte d’anonymat lui semblait protéger les hôtes du casino, brouiller les procédures familières d’identification et de classement. On n’était plus personne devant le tapis vert, plus qu’un joueur en possession d’un certain nombre de jetons.

On sent l’exaltation et le pouvoir d’attraction de la table de jeu. La roulette et la course fascinante de la boule sur le cylindre. On sent l’obstination à ne pas regarder la réalité en face.

Le brouhaha (…) de la salle de jeu, manquait soudain à Frédérique. Elle se sentait grise, la tête chaude, dans un de ces états d’excitation et de lassitude mêlées dont on serait en peine de décider s’ils sont agréables ou pénibles.

Le jeu et son univers particulier, ses codes, ses manies, son jargon. Le jeu qui envahit progressivement tous les champs de la vie de Frédérique, comme une pensée qui l’obnubile.

La buée de leurs paroles formait devant eux comme des bulles de bande dessinée où se seraient inscrits des souvenirs de parolis retentissants

PictomouiReste la présence de quelques paragraphes intermédiaires nous ramenant brutalement au quotidien, dont on peut déplorer la (relative) longueur et le contenu parfois assez fade. Mais Emmanuel Carrère resserre de plus en plus sur son sujet à mesure que l’on s’approche du dénouement. L’héroïne s’en remet totalement à la chance, se laisse porter. La tête lui tourne. Martingale, Manque, rouge, noir, impaire, Passe… tout ce charivari de stimuli provoqués par le jeu convergent vers un unique fantasme : l’appât du gain. L’observation de l’addiction au jeu est intéressante à observer. La fin en revanche est trop convenue comparée aux frasques et aux déboires décris par l’intrigue.

 

Bukowski © Le Livre de poche – 1982
Bukowski © Le Livre de poche – 1982

Recueil de nouvelles, où l’on découvre notamment un jeune étudiant américain qui défend les idées nazies sans juger bon de s’intéresser un tant soit peu aux idées qu’elle véhicule, une femme qui répond à une annonce matrimoniale placardée sur la porte d’une voiture, des lilliputiens lubriques, une cette idylle entre une occidentale et un cannibale… et ce fil rouge incarné par Henry Chinaski, double & alter-égo voire incarnation même de Charles Bukowski. Chinaski, personnage récurrent des oeuvres de l’auteur, Chinaski qui incarne ses fantasmes, ses doutes, ses faiblesses, sa part d’ombre…

Un roman dans lequel j’ai butiné, au début, parvenant difficilement à me poser dans un récit, le ton adéquat de chaque nouvelle toujours trop bon mais toujours trop court… désagréable sensation que l’on me retire le pain de la bouche. Je sais pourtant parfaitement bien que ce format ne me convient absolument pas, mais s’agissant d’une œuvre de Charles Bukowski, je me refusais d’abandonner. Puis, le déclic, à force d’insister.

On est en tête-à-tête avec Charles Bukowski ou plutôt, avec son double de papier, son jumeau : Henry Chinaski.  Projection de lui-même, alter égo…  La plume incisive et directe de l’auteur, les ambiances qu’il parvient à installer en quelques mots, les maux qu’il instille au cœur des mots, son regard à la fois courroucé et attentif le conduit à construire des personnages désabusés, à vif… des hommes et des femmes désabusés qui tentent de donner un sens à leur vie.

PictoOKOn y retrouve les sujets de prédilections et des affinités que l’auteur utilise pour donner vie à ses personnages. L’alcool, le jeu, la précarité, le sexe, la haine, le nazisme. Le style de Bukowski est direct, son écriture vient des tripes, elle peut être vulgaire. On sent le stupre, les vapeurs d’alcool et les relents de tabac froid mais aussi la peur, la rage, l’abandon. Fort.

Extrait :

« (…) fallait être un gagnant en Amérique, y’avait pas d’autre moyen de s’en sortir, fallait apprendre à se battre pour rien, sans poser de question » (Charles Bukowski dans « Confessions d’un homme assez fou pour vivre avec les bêtes »)

 

Malte © Gallimard – 2015
Malte © Gallimard – 2015

« Il est des jardins vers lesquels, inexorablement, nos pas nous ramènent et dont les allées s’entrecroisent comme autant de possibles destins. À chaque carrefour se dressent des ombres terrifiantes : est-ce l’amour de ce côté ? Est-ce la folie qui nous guette ? Alexandre Astrid, flic sombre terré dans ses souvenirs, voit sa vie basculer lorsqu’il reçoit un manuscrit anonyme dévoilant des secrets qu’il croyait être le seul à connaître. Qui le force à décrocher les ombres pendues aux branches de son passé ? Qui s’est permis de lui tendre ce piège ? Autant de questions qui le poussent en de terrifiants jardins où les roses et les ronces, inextricablement, s’entremêlent et dont le gardien a la beauté du diable… » (synopsis éditeur).

Un roman qui demande un peu de concentration puisque différents récits se chevauchent, tantôt ancrés dans le présent, tantôt ancrés dans le passé. Charge au lecteur de remettre les éléments à la bonne place.

Un roman prenant, où l’on s’engouffre dans l’intrigue et on se laisse prendre à la gorge par le suspense. On suppose, on croit deviner le dénouement… du moins c’est ce que Marcus Malte nous laisse miroiter.

PictoOKMeurtres, fantasmes, amitié, manipulation, folie et deuil… Tout s’imbrique tellement bien, tout se tient, toute est certitude fragile, tout est mis en balance. L’extrait d’un poème de William Blake revient régulièrement dans cette intrigue, laissant planer l’image d’un cimetière, de la mort qui rôde, de l’assassin qui veille sur sa victime et s’assure qu’il la tient entre ses serres de prédateurs.

Je n’en dirai pas plus. Rien de sert de dévoiler l’intrigue si vous n’avez pas lu ce roman.

 

De nos frères blessés –

Andras © Actes Sud – 2016
Andras © Actes Sud – 2016

« Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale. » (extrait synopsis éditeur).

Un roman très prenant qui revient sur les dernières semaines de vie de Fernand Iveton. Joseph Andras a choisi de donner la parole à Fernand. Deux temps de narration pour ce récit, deux périodes. Au cœur du témoignage, Fernand : le narrateur.

Le personnage parle du présent, de ce qu’il vit depuis l’arrestation : sa garde à vue et les sévices qu’il a subit, la torture pour lui faire avouer son acte, lui extirper les noms de ses collaborateurs, le chantage puis l’incarcération. Une procédure judiciaire qui piétine, qui hésite, qui divise l’opinion publique comme les magistrats. Mais les ordres viennent de très haut. Ils viennent de France. Le verdict tombe le 21 novembre 1956. La peine de mort est demandée. Fernand espère être gracié. René Coty suit le dossier de près.

Le personnage parle du passé. Une vie qui semble commencer avec la rencontre avec Hélène. Coup de foudre. Elle deviendra sa femme.

Deux vies pour un homme : celle de détenu. Certains le traiteront de terroriste. D’autres acclameront le camarade idéal, dévoué à la cause du Parti, intègre, fiable.  L’autre vie, c’est sa vie d’homme, d’ami et de mari.

Joseph Andras alterne ces deux temps, ces deux chronologies. L’une grave l’autre pleine de vie. L’une porteuse d’espoir l’autre limitée à l’espace d’une cellule. Il montre comment Iveton a été utilisé par le pouvoir en place. Son arrestation est tombée en pleine période de troubles (règlements de compte, assassinats, guerre en Algérie, action du FLN…). La tension. Iveton sert d’exemple. Le gouvernement français veut rétablir l’ordre.

Un chapitre dans le présent, la prison et les compagnons de cellule. Un chapitre dans le passé et la relation avec Hélène qui s’installe. Passé, présent. Une alternance. Prison, sentiments. La régularité.

PictoOKOn rage. On rit. On est sidéré. On est emporté. Une alternance. Prison, sentiments. On s’attendrit, on baisse la garde malgré la fin inévitable. Malgré l’inévitable fin. Celle que l’on connait. Il faut forcer un peu pour trouver le bon rythme de lecture, trouver la bonne intonation à mettre sur la voix du narrateur. Une fois qu’on est réglé sur la bonne fréquence, il est difficile de lâcher l’ouvrage.

La chronique de Framboise.

 

Harrison © Flammarion – 2016
Harrison © Flammarion – 2016

« Dans l’avant-propos de ce dernier livre publié début mars 2016 aux états-Unis, moins d’un mois avant sa mort, Jim Harrison explique qu’il a décidé de poursuivre l’écriture de ses mémoires sous la forme d’une fiction à la troisième personne afin d’échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie.
Souvenirs d’enfance, mariage, amours et amitiés, pulsions sexuelles et pulsions de vie passées au crible du grand âge, célébration des plaisirs de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison, par la voix d’un écrivain en mal d’inspiration, revient sur les épisodes les plus saillants de sa vie. » (synopsis éditeur).

Appâtée par la chronique de Jérôme, il me tardait de lire ce roman-témoignage. Jim Harrison regarde dans le rétroviseur et fait le bilan de sa vie… en quelque sorte. L’écriture à la troisième personne passe à la première sans qu’on s’en aperçoive. Récit d’un grand auteur qui n’a jamais réellement compris son talent, encore moins ce que les gens pouvaient trouver à ses livres. Son lectorat, il l’a trouvé en France, à son grand étonnement.

Il parle de sa vie de tous les jours, de sa femme, de la relation qu’il a avec sa femme, de ses travers, de l’alcool, de son enfance, de ses cochons (il parle plus de ses cochons qu’il ne parle de ses filles). Il parle de son œil aveugle, des vaines tentatives pour le réparer. Il parle de son rapport à l’écriture, à la nature, aux femmes. De son penchant pour l’alcool, la bonne bouffe, le luxe, les excès. Il a écrit ce livre puis pfuuuutttt, il est décédé. Point final. Un mois, tout au plus, sépare ces deux moments. Un témoignage où il se livre sans fard et sans apparats. Un ton direct, un regard lucide, une autocritique cinglante ; il ne rate aucun de ses défauts… lucide… cynique… drôle.

Un livre assez court vu son parcours. Des mémoires. Un livre dévoré… la première moitié du moins. Puis la lassitude. L’intérêt s’est évaporé doucement. J’ai commencé à m’ennuyer un peu… puis plus fermement sur les deux derniers chapitres.

Kami, tome 1 (Fournier & Deschard)

Deschard & Fournier © Jungle – 2016
Deschard & Fournier © Jungle – 2016

Nura est une jeune prêtresse dévouée. Elle passe ses journées au temple, à lire et à veiller sur les trois divinités qui y résident. Elle converse avec Belsem, le seul à avoir encore assez de forces pour échanger avec les hommes. Belsem a peur. Depuis plusieurs années, il constate que les hommes ne croient plus dans les dieux et se tournent vers d’autres occupations, ce qui a un effet direct sur la force vitale des dieux. Belsem sait que si la situation ne change pas, il est condamné à mourir, comme ses deux acolytes.

C’est pourquoi, lorsque le frère du duc sollicite leur aide, Belsem convainc Nura qu’il faut aller à sa rencontre. Si quelque part, des hommes croient encore dans les dieux originels, il ne faut pas rater l’occasion de leur tendre la main ; cela permettra peut-être aux hommes de retrouver le chemin du temple. C’est ainsi que Nura et Belsem font la connaissance de Dénos, le frère cadet du duc. Dénos leur explique que le Duc est atteint d’une maladie orpheline mais personne ne semble capable de trouver le remède pour la soigner. Et si Dénos se montre inquiet quant à la santé de son frère, Nura fera le désagréable constat que ses intentions ne sont pas aussi louables qu’il n’y paraît.

A l’instar de « Diosphère » et de « Bunny » (deux séries publiées aux Editions Emmanuel Proust), Jean-Gaël Deschard et Juliette Fournier (« Morphine ») réalisent un album à quatre mains. Ils créent un univers fantastico-médiéval qui reprend à la fois les codes de l’héroïc-fantasy et s’en détache pour construire un monde assez nouveau. Face au récit comme au graphisme, place à la découverte et au divertissement.  Les paysages sont beaux et détaillés ; il y a un côté majestueux que les auteurs ont voulu travailler (le trait est fin, les couleurs donnent une impression de luminosité). On pourra tiquer sur le côté trop « propret » des illustrations : pas un cheveu qui rebique, pas un vêtement élimé, des visages absolument symétriques… C’est la faiblesse de l’album car à première vue, ces personnages souriants et parfaitement parfaits manquent de reliefs et de profondeur. Il est nécessaire de s’appuyer sur les dialogues pour comprendre qu’il y a une pointe d’hypocrisie ou de sarcasme dans la scène qui se déroule. Pour faire simple : c’est fade et le fait que les couleurs soient légèrement estompées renforce cette impression… L’album aurait mérité que l’ambiance soit plus élaborée, plus oppressante sur certains passages mais la palette de couleurs ne varie pratiquement pas, peu de jeux d’ombre et de lumière. Dommage.

Ce n’est pas le cas du scénario qui rythme bien les temps du récit. L’intrigue est présentée en quelques pages, de façon claire et succincte ce qui laisse tout le loisir de profiter de sa lecture sans buter sur des incompréhensions. Le lecteur (et d’autant plus quand il est jeune) accroche vite, profite de rebondissements inattendus sans être farfelus. Tout se tient. En prime, le récit se structure autour d’une très belle amitié et fait réfléchir sur la question des décisions importantes que l’on doit prendre ; la manière dont chacun fixe ses priorités influencera son choix final. Un questionnement intéressant que l’enfant s’approprie totalement.

PictoOKUn bon premier tome qui donne envie de connaître la suite. Les enfants devraient bien aimer.

Kami

Tome 1 : Omegama

Série en cours

Editeur : Jungle

Dessinateurs / Scénaristes : Juliette FOURNIER & Jean-Gaël DESCHARD

Dépôt légal : août 2016

54 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-21518-3

Bulles bulles bulles…

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Kami, tome 1 – Deschard & Fournier © Jungle – 2016

Les Légendaires – Parodia, tome 1 (Sobral & Jung)

Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2016
Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2016

L’instant est critique : Maître Pamplemousse recrute et cherche un dessinateur pour illustrer les nouvelles aventures des Légendaires. Ayant appris la nouvelle, Lady Morigane postule. Sa réputation l’ayant précédée, Maître Pamplemousse l’embauche, ravi de pouvoir bénéficier du talent de sa nouvelle collaboratrice. Elle intègre donc l’équipe des « Légendaires » et va notamment côtoyer Nadou (illustratrice des « Légendaires – Origines ») et Patrick Sobral (aka Maître Pamplemousse, auteur de l’univers des « Légendaires » qui reprend ici le pseudo qu’il utilise sur le site/forum de la série).

Une nouvelle aventure pour l’équipe des Légendaires qui vont se frotter, via des gags d’une page – certains ont été prépubliés dans le Journal de Mickey – aux héros de séries et films cultes comme « Les Chevaliers du Zodiaque », « Retour vers le futur » ou encore des « Pokémon ».

Jessica Yung vient seconder Patrick Sobral (auteur de la série « Les Légendaires » et scénariste des « Légendaires – Origines ») pour lancer ce nouveau spin-off. L’album regroupe moult gags d’une page au cours desquels les Légendaires sont malmenés. Jeux de mots et boutades sont accessibles aux enfants (il faut parfois les aider un peu à faire le lien avec la référence littéraire, cinématographique et/ou du neuvième art). Du quintette principal (Danaël, Jadina, Razzia, Gryf, Shimy) à leurs ennemis (Darkhell, Anathos…) en passant par leurs alliés (Ténébris, Amy…), personne ne manque à l’appel.

L’humour mordant et omniprésent du monde de Parodia fait des va-et-vient incessants entre les Légendaires et l’équipe des auteurs, allant jusqu’à leur permettre ponctuellement d’interagir directement les uns avec les autres. Tout est abordé par l’angle de la dérision voire de l’autodérision puisque les auteurs n’hésitent pas à se singer eux-mêmes. Pour l’occasion, Patrick Sobral apparaît donc sous les traits d’un diablotin dodu qui répond au nom de Maître Pamplemousse ; personnage totalement mégalo et complètement mytho, il dirige de manière autoritaire ce monde totalement déjanté.

L’ambiance graphique réalisée par Jessica Jung est ouvertement inspirée du manga. Les expressions des personnages sont poussées à l’extrême. Tout est kawaii, couleurs pimpantes et frous-frous partout.

Les clins d’œil à une multitude d’autres univers (manga, dessin animé, série télévisée, films et longs-métrages d’animation, BD) renforcent le comique de situation. On assiste ainsi au bain de Griff à la façon « Boule et Bill », à l’intervention de Dark Vador qui tente de recruter Tenebris à sa cause, à la énième tentative de Danaël de décrocher le casting qui lui permettra de revenir jouer son rôle dans les Légendaires… C’est plaisant, on ne rit pas à tout mais un petit lecteur biberonné aux Légendaires depuis plusieurs années sera beaucoup plus élogieux. D’ailleurs, je vais laisser le clavier à Louka :

« J’ai bien aimé, c’était très drôle. A des moments, Jadina est vraiment stupide. Maître Pamplemousse a des idées farfelues. Lady Morigane est très imaginative ; c’est elle qui écrit les aventures des Légendaires, c’est une sorte de narratrice. Cet album n’est pas une histoire complète mais des gags qui s’enchaînent. Aux côtés des Légendaires on a plein de personnages mais qui viennent d’autres séries (Les Chevaliers du Zodiaque, Albator, Naruto, les Pokémon…). J’ai bien aimé les blagues qui sont complètement dingues. Les personnages sont très drôles et vraiment débiles. Ça ne nous apprend rien sur les Légendaires, c’est vraiment que du délire. J’ai bien envie de lire la suite de « Parodia ». »

Le site de la série.

Les Légendaires – Parodia

Tome 1 : Héros en Délire !

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Jeunesse

Dessinateur : Jessica JUNG

Scénariste : Patrick SOBRAL & Jessica JUNG

Dépôt légal : avril 2016

32 pages, 9,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7345-3

Bulles bulles bulles…

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Les Légendaires – Parodia, tome 1 – Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2016

Morgane (Kansara & Fert)

Kansara – Fert © Guy Delcourt Productions – 2016
Kansara – Fert © Guy Delcourt Productions – 2016

Tout le monde connait la légende du Roi Arthur. Peuplée de personnages de légende, Arthur draine dans son sillage les Chevaliers de la Table Ronde, la reine Guenièvre, Merlin l’enchanteur, l’épée Excalibur et la fée Morgane. Les textes sont nombreux et se contredisent parfois. « Morgane » en propose une nouvelle lecture mettant en scène une femme sulfureuse et avide de pouvoir.

Nous voici donc revenu au temps des chevaliers. Le roi de Camelot n’a qu’un seul héritier et c’est une fille. Cette dernière, prénommée Morgane, remplit son père de fierté mais la reine-mère se morfond de ne pas avoir su donner un garçon à son époux. Stérile, elle a même dû faire appel à Merlin pour qu’il les aide à avoir un enfant. La vie suit paisiblement son cours au palais tandis que dans le royaume, la population affamée est livrée à la merci des guerres de pouvoir.

Uther Pendragon, un ennemi du roi, parvient à forcer les portes de Camelot. Il tue le roi et prend la reine de force. Neuf mois plus tard naitra Arthur. Morgane n’a qu’une dizaine d’années au moment des faits. Elle assiste médusée au meurtre de son père et au viol de sa mère. Merlin décide alors de la prendre sous son aile. Il emmène la fillette au cœur de la forêt de Brocéliande et l’initie à la magie. Pour ne pas qu’elle s’enfuit, Merlin envoute la jeune fille qui restera captive jusqu’à sa majorité. Durant toutes ces années, Morgane attise le feu de sa vengeance. Elle rêve de pouvoir et est persuadée de monter un jour sur le trône. Mais les guerres font toujours rage. Le roi Uther est tué et Merlin doit organiser sa succession.

Le trône est réservé à celui qui parviendra à extraire l’épée Excalibur de la roche dans laquelle elle est insérée. Les plus valeureux chevaliers se succèdent mais aucun ne parvient à réussir cette épreuve. Morgane, confiante, se lance dans l’épreuve mais échoue également. Contre toute attente, c’est le jeune Arthur qui parviendra sans effort à brandir Excalibur, ce qui ne fait qu’alimenter la colère et la soif de vengeance de sa demi-sœur Morgane.

On est loin de l’image resplendissante du roi Arthur et de la magie époustouflante de Merlin. L’atmosphère qui plane dans cet album est teintée de maux comme les luttes de pouvoir, la manipulation, la vengeance. Simon Kansara et Stéphane Fert installent leur intriguent autour d’une Morgane sournoise et dotée d’une force de caractère impressionnante. On fait connaissance avec le personnage alors qu’il n’est encore qu’une fillette et on apprécie la joie de vivre qui la caractérise alors. Cette insouciance est de courte durée car déjà l’enfant fait preuve de discernement et d’assurance. Elle a déjà la poigne d’une souveraine impartiale et magnanime.

Morgane – Kansara – Fert © Guy Delcourt Productions – 2016
Morgane – Kansara – Fert © Guy Delcourt Productions – 2016

La mort de son père redistribue les cartes. D’ailleurs, les entames de chapitres peuvent font penser à la manière de représenter les vingt-deux arcanes majeurs sur les cartes du tarot de Marseille. Progressivement, des forces surnaturelles modifient le jeu des personnages et ces interactions sont bien évidemment l’œuvre de Merlin, un personnage que l’on perçoit rapidement comme étant ambigu, une main de fer dans un gant de velours… à moins que ce ne soit l’inverse…

Les auteurs traitent succinctement la période qui suit la mort du roi Gorlais, père de Morgane. La fillette a 8 ans lorsque son père décède et elle est contrainte de suivre Merlin. La fin de son enfance et toute son adolescence sont consacrées à l’apprentissage de la magie. Contre son gré, elle reçoit les apprentissages de Merlin. Quelques vignettes nous montrent les étapes de son initiation forcée, Morgane se replie sur elle-même, son amertume et sa soif de vengeance gonflent de façon exponentielle. L’album a trouvé son rythme et son ambiance électrique. On a la certitude que le personnage principal (Morgane) est capable de tout pour parvenir à ses fins. Morgane apprend à vivre avec la solitude, cette dernière deviendra rapidement son alliée. Elle n’a besoin de personne pour mettre en œuvre ses plans, elle est terrifiante.

Le lecteur est amené à évoluer dans un univers froid, privé de sentiments si ce n’est la colère que l’on sent enfler de page en page. La colère, c’est évidement celle de Morgane, femme fatale et douée, à l’égo disproportionné, à l’assurance inébranlable et dont l’unique ambition est – finalement – d’être traitée à l’égal des hommes. Un défi qui semble inaccessible tant la société médiévale décrite par les scénaristes montre que la femme n’a pas voix au chapitre. Les instances de pouvoir en sont le parfait exemple mais Simon Kansara et Stéphane Fert montrent les impacts de ce système patriarcal, développent les ramifications et les généralisent : la dynamique dans le couple (à commencer par le couple royal et cette reine potache qui ne sert qu’à séduire les sujets encore récalcitrants aux décisions prises par son époux), le mariage imposé…

Hélas, mes sœurs, nous ne sommes que les esclaves de leurs envies…

On est très loin de l’univers féérique décrit dans de nombreuses représentations de la légende arthurienne. Les couleurs employées renforcent cette impression, l’animosité est entretenue en permanence. L’intrigue repose entièrement sur les épaules de Morgane, secondée par moments par Merlin. Les autres personnages sont plus insipides et leurs personnalités sont caricaturales : Arthur et son insouciance, Guenièvre et sa futilité, Lancelot et sa stupidité… Les chevaliers de la table ronde sont montrés comme des brutes épaisses, l’Eglise apparaît clairement comme un rouage nécessaire à l’endoctrinement du peuple. L’ambiance est tempétueuse, rares sont les moments d’accalmie.

PictomouiOn ne peut nier la fascination qui opère quasi systématiquement lorsqu’on fait référence à des personnages légendaires comme le Roi Arthur et Merlin l’Enchanteur. D’ailleurs, c’est certainement la raison pour laquelle j’ai lu cet album avec avidité. Mais l’ambiance est malsaine et l’histoire est peuplée de personnages retors. Pas de réel plaisir ressenti durant la lecture mais le bénéfice d’une réflexion sur la place de la femme dans la société qui n’est pas dénuée d’intérêt.

Morgane

One Shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur :  Stéphane FERT

Scénaristes : Simon KANSARA & Stéphane FERT

Dépôt légal : avril 2016

144 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7005-6

Bulles bulles bulles…

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Morgane – Kansara – Fert © Guy Delcourt Productions – 2016

Traquemage, tome 1 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015
Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Pour faire un bon fromage, il faut que les brebis bénéficient d’un bon pâturage ! Tout bon berger sait cela c’est pourquoi, l’heure venue, Pistolin motive son troupeau à sortir de la bergerie. Mais les biques ne l’entendent pas de la même oreille et c’est contraintes et forcées qu’elles obéissent à l’injonction qui leur est faite. Car Pistolin est plein de bon sens…

Je fais des pécadous au lait de cornebique, moi ! Et le pécadou, c’est une fromage de haute montagne.

Pistolin se contremoque des rumeurs véhiculées sur la guerre des mages qui sévit dans les alpages. Et bien que la fois précédente, il ait été attaqué par une famille de trolls, il a des couilles le Pistolin… faut bien ça pour faire le pécadou.

Alors, guerre des mages ou pas, moi, j’emmène les bêtes aux pâtures, et puis c’est tout !

Et puis… ce qui devait arriver arriva… le temps d’un battement de cils et son troupeau se fait bouloter par des bestioles volantes. Il n’en faut pas plus pour que Pistolin fasse le serment de débarrasser la région de ses satanés mages qui terrorisent les villages. Il s’improvise Traquemage sans rien y connaitre à l’occultisme. Dans son périple, il fait la connaissance de la « Fée Pompette » qui va l’initier aux mystères de la magie.

Baptême d’un nouveau genre : la rural fantasy ! L’accroche marketing prête déjà à sourire et annonce l’univers bonhomme dans lequel on s’apprête à entrer. Pour peu que l’on s’attarde sur le visuel de couverture, on obtient quelques indices supplémentaires en voyant les trognes des personnages qui y figurent : un paysan un peu péquenaud qui semble être animé d’un élan de virilité soudain. A ses côtés, une brebis qui n’en mène pas large…

Wilfrid Lupano est un touche-à-tout. Il nous a montré depuis longtemps qu’il ne se cantonnait pas à un style. Dans son petit laboratoire d’auteur, il explore, teste et expérimente. Il sort de sa fabrique à histoires des aventures parfois déjantées, parfois très sérieuses. Du polar (« Ma Révérence ») à l’héroïc fantasy (« Alim le tanneur »), en passant par le roman graphique historique (« Le Singe de Hartlepool »), une aventure muette (« Un Océan d’amour ») ou une comédie dramatique (« Les Vieux Fourneaux »)… Quel que soit le ton, ça fait mouche auprès des lecteurs. Talentueux, Lupano mène ses scénarios à la baguette, travaillant le rythme, titillant les nerfs de son lecteur aux moments cruciaux, l’amadouant dans l’instant suivant…

Onze ans après « Alim », il revient à l’héroïc fantasy. Cette fois, les personnages ont beaucoup plus de gouaille et un franc parler qui n’est pas sans nous rappeler les anars des « Vieux Fourneaux ». L’humour est très présent dans le récit, ce genre d’humour potache, un peu brut… une bonne tape amicale et pataude qu’on se prendrait dans l’omoplate, une tape si chaleureuse qu’on n’est pas loin du décollement de poumon. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier tome de « Traquemage » même si je suis certaine qu’il ne m’en restera pas grand-chose. Avec cet univers rural et médiéval, on chausse les gros sabots sans mots dire, on se gausse des personnages et des situations catastrophiques dans lesquelles ils se mettent. Wilfrid Lupano se moque de tout et invente un nouveau royaume : celui de la poilade. Il place dans son récits quelques références à des événements qui ont marqué l’actualité médiatique de ces dernières années (l’affaire Omar Raddad par exemple) et en fait voir de toutes les couleurs à son trio de personnages : un berger pas très futé mais téméraire et qui fait preuve de bon sens dans des moments inattendus, une fée grassouillette et alcoolique qui n’a pas la langue dans sa poche et une brebis muette embarquée à l’insu de son plein gré dans cette épopée folklorique.

Au dessin : Relom. Il crée des trognes incroyables, des postures corporelles improbables. Son trait utilise allègrement cet humour décalé qui martèle son rythme sur la narration. Le trait est rond, les femmes ont des rondeurs généreuses que les pognes masculines viennent malaxer avec gaucherie. On sympathique rapidement avec les personnages, on scrute les détails graphiques qui se sont glissés dans les cases. Un univers frais qui nous arrache des éclats de rire au moment où l’on s’y attend le moins.

PictoOKJ’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album même si je suis loin du coup de cœur. Le genre d’album où l’humour vole souvent au ras des pâquerettes mais c’est cocasse.

LABEL LectureCommunela-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Noukette et Jérôme à l’occasion de ce mercredi BD (les liens des participants sont aujourd’hui chez Noukette). Merci à vous deux de m’avoir accompagnée dans cette lecture. Ça me réchauffe d’avoir pu publier avec vous aujourd’hui

Traquemage

Tome 1 : Le Serment des Pécadous

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Terres de Légendes

Dessinateur : RELOM

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-7560-6464-2

Bulles bulles bulles…

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Traquemage, tome 1 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

L’étoffe des légendes, tome 1 (Raicht & Smith & Wilson III)

Raicht – Smith – Wilson III © Soleil Productions – 2011
Raicht – Smith – Wilson III © Soleil Productions – 2011

« Brooklyn, 1944. Un enfant est kidnappé par le Croquemitaine et entraîné dans un royaume mystérieux nommé L’Obscur. Les jouets du jeune garçon décident alors d’organiser une mission de sauvetage. Parvenus dans ce monde inconnu, ils subissent une étrange transformation : l’ours en peluche devient un animal féroce, le soldat de plomb un as de la stratégie militaire, le bouffon dans sa boîte un acrobate maniant parfaitement la hache… Au cours de cette périlleuse aventure, ils livreront un combat contre les armées du Croquemitaine afin de retrouver et secourir leur petit maître » (extrait du Quatrième de couverture).

Beaucoup d’originalité dans l’univers de cette série même si le principe des jouets qui s’animent n’est pas nouveau ; les exemples sont nombreux à l’instar de Toy story, du Soldat rose ou, pour ne citer que des références du neuvième art : Joe l’aventure intérieure, Calvin & Hobbes, Herobear & the kid, Tigres et Nounours

De l’originalité certes, mais un scénario discordant. Non pas qu’il s’essouffle – de nouveaux éléments narratifs sont régulièrement injectés dans le récit pour relancer l’intrigue – mais les propos des personnages sont souvent médiocres. L’exemple qui me vient immédiatement à l’esprit est le passage où Percy (le cochon-tirelire) est intimidé par le Croquemitaine. Si ce tête-à-tête de plusieurs pages est – à mon sens – un moment bénéfique à la construction de l’intrigue, il permet également aux auteurs de créer une réelle tension qui manquait jusque-là. A ce moment de la lecture, je me dis qu’enfin, les différentes pièces sont posées et que l’histoire va trouver son rythme.

Surgit alors « Le Colonel » (le soldat de plomb), inquiet de l’état de santé de son ami suite à la bataille qu’ils viennent de livrer contre les armées du Croquemitaine. Et qu’est-ce que le Colonel trouve à dire à l’ennemi ??

Ecarte-toi de Percy sale monstre. Dis-moi où est le garçon. Sinon gare

Sinon gare !!!… No comment…

J’ai malheureusement d’autres griefs à formuler à l’égard du scénario. Tout d’abord, le fait que le groupe de personnages se construise sur de trop fragiles arguments. Exceptés le soldat de plomb et la princesse indienne, j’ai ressenti une nonchalance de la part des autres personnages et cela m’a déroutée. De plus, leurs propos sont trop politiquement trop corrects et cela étouffe la fougue qui aurait pourtant été nécessaire à cette épopée. Quant aux interactions entre les personnages, je les trouve également discordantes. Leurs témoignages mutuels d’amitié et d’encouragements sonnent faux, je les ai ressentis comme une forme excessive de flatterie ; cette impression est d’autant plus prégnante que les auteurs (Mike Raicht, Brian Smith) y recourent à plusieurs reprises. Dernier point sur la partie narrative : les monologues auraient mérités d’être plus concis, évitant ainsi au lecteur une démonstration de bravoure comme on en voit souvent dans les films américains à gros budget.

En somme côté narration : les éléments en présence sont trop maigres pour pouvoir matérialiser une ambiance, des sons…

Les teintes sépia des illustrations collent à merveille à l’ambiance de la scène introductive et aux quelques passages mettant en scène le jeune garçon dans un passé proche. Dans ces cas, ils servent le récit et aident le lecteur à ressentir la nostalgie du moment. En revanche, je n’ai pas trouvé que ce choix était opérant pour le reste de l’album. Il dessert les propos, donne l’impression que le spectacle est surjoué et rend cette quête pathétique.

Ils [les soldats du Croquemitaine] avaient supposé que la supériorité numérique suffirait pour arrêter ce pitoyable étalage de bravade des troupes loyalistes du garçon

pictobofGrosse déception pour un album dont j’attendais beaucoup plus. L’histoire est trop prévisible et pavée de bonnes intentions. Je ne parviens pas à croire aux rebondissements et je n’investis pas les personnages. Je ne pense pas lire la suite.

En aout 2012, Soleil annonçait que Disney avait acheté les droits de la série en vue d’une adaptation cinématographique prochaine.

Les chroniques : Jérôme, Zaelle, Feanor, Philéas.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Catégorie Objet : Etoffe

Lieux imaginaires : L’Obscur (le royaume du Croquemitaine)

Challenge PetitBac LieuxImaginaires

L’étoffe des légendes

Tome 1 : L’Obscur

Série en cours

Editeur : Soleil

Collection : Soleil US Comics

Dessinateur : Charles Paul WILSON III

Scénaristes : Mike RAICHT & Brian SMITH

Dépôt légal : novembre 2011

ISBN : 978-2-302-01916-4

Bulles bulles bulles…

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L’étoffe des légendes, tome 1 – Raicht – Smith – Wilson III © Soleil Productions – 2011