A Safe new World, tome 1 (Antai & Sasamine)

tome 1 © Antai 2019 / HIFUMI SHOBO © Sasamine Kou 2019 / MAG Garden

L’histoire débute quand le héros se réveille dans un autre monde en ne sachant pas comment il y est arrivé. A son réveil, il se trouve allongé dans une forêt située sur une montagne. Il découvre vite que des monstres (Ours, Slime…) ainsi que des brigands cannibales vivent dans les alentours. Il arrive à survivre grâce à la fuite. Quand il arrive à sortir enfin de cette forêt, il voit un château et décide de s’y rendre. En arrivant il se fait arrêter. Peu de temps après, il rencontre une chevalière avec il va devenir plus ou moins ami.

L’univers de ce manga est sympa, on y voit monstres, magie, chevaliers et châteaux. Ce qui est aussi intéressant c’est que le héros ne possède pas de magie ni de capacités spéciales, bref il est faible. Mais aussi il veut vivre en paix et pour cela, il a ses connaissances qu’il va utiliser pour aider et se protéger.

Ce manga est adapté d’un roman. Les dessins apportent un plus au scénario, les scènes de combats sont belles, le dessin est bien mais il n’y a pas toujours de décors très détaillés. Malgré ça, ça reste un manga sympa à lire et à regarder.

Seul problème (qui sera élucidé très certainement dans les tomes qui suivent) : on ne connait pas le nom du héros, ni son âge. On sait à peu près qu’il vient du Japon mais après on ne sait rien de plus sur lui.

Le personnage est à l’image d’un anti-héros. Il est peureux, compte régulièrement sur les autres pour combattre à sa place, va jusqu’à se cacher derrière eux. Il y a beaucoup d’humour dans le scénario ce qui donne un bon mélange entre des scènes humoristiques et des passages plus sérieux. Il y a une bonne ambiance dans ce manga, c’est un univers vraiment ludique.

J’ai beaucoup aimé ce manga. L’histoire et les personnages sont intéressants. C’est un bon manga d’héroïc-fantasy qui m’a donné envie de lire la suite et de lire le roman dont il est tiré.

Scénariste : Antai (Hifumi Shobo), Dessinateur : Kou SASAMINE

Editeur : Komikku

Genre : Fantasy, Isekai, Humour

Dépôt légal : 29 octobre 2020

ISBN : 9782372875370

Prix : 7,99€

Ma Vie en Prison (Kim)

Kim © Kana – 2020

Matricule 3876. Prisonnier politique. Yongmin Kim est âgé de 26 ans. Huit mois de détention préventive pour avoir manifesté pour dénoncer le système, ses failles, ses mensonges. On est en 1997, à Séoul. Profondément révolté, il l’est… plus encore depuis qu’il a appris les circonstances du massacre de Gwangju en mai 1980… Yongmin rejoint alors les mouvements de protestation. Son avis de recherche est diffusé par les forces de l’ordre jusqu’à ce qu’il soit arrêté et transféré en Maison d’Arrêt en attendant son jugement. Il passera huit mois dans la même cellule que huit détenus, des gangsters récidivistes. Yongmin parvient à relativiser le fait de devoir côtoyer des criminels et finit par trouver sa place dans le groupe de ses codétenus.

En 2009, Hong-mo Kim (manhwaga) décide de raconter la période qu’il a passée en prison. Il était alors étudiant à la Fac des Beaux-Arts et très investi dans les mouvements étudiants coréens de la fin des années 1990. Revenir sur les événements de 1997 a été l’occasion pour l’auteur de faire le point sur son parcours. Sorte de « bilan intermédiaire » à l’approche de la cinquantaine, il en tire des constats parfois sans appel et déplore d’avoir laissé le confort de sa vie actuelle prendre le pas sur son militantisme. Ce n’est qu’en 2015 qu’il trouve un magazine prêt à le publier. C’est donc sous forme d’épisodes que ce témoignage rencontre ses premiers lecteurs avant d’être édité sous forme d’album en 2018. Du fait de la prépublication du récit dans une revue, on est face à des redites légères au début de chaque chapitre. Cela n’affecte pas la lecture mais nous rappelle régulièrement les étapes franchies par le scénario pour parvenir jusqu’à nous sous la forme d’un récit complet.

Dans ce récit autobiographique, Kim Hong-mo se glisse dans la peau de Kim Yongmin. Son alter ego de papier lui permet de modeler les événements… Il a ainsi fait le tri dans ses souvenirs pour n’en garder que le meilleur et pour pouvoir s’appuyer sur une atmosphère carcérale plutôt joviale qui fait abstraction des moments de tensions, des coups de Trafalgar et des périodes de longue déprime (et elles furent nombreuses à en croire la postface rédigée par Hong-mo Kim en 2018). L’ambiance est bon enfant. Le quotidien est routine et quiétude mais c’est aussi l’occasion de faire état des conditions de détention des prévenus en attendant leur passage au tribunal.

Cet univers d’huis-clos carcéral, nous nous en échappons régulièrement. De nombreux passages, narrés en voix-off, permettent au personnage de se remémorer des faits passés : son militantisme dans le mouvement étudiant mais également des faits antérieurs. Il contextualise ainsi les événements qui ont eu lieu en mai 1980 à Gwangju et brosse de façon plus général le portrait d’une société qui a lutté pour installer un pouvoir démocratique. Le noir et blanc apparent des illustrations impose une forme de sobriété et de dépouillement dans ce quotidien pour autant, le sérieux de l’album n’abruti pas durant la lecture. Les sujets traités sont graves, certes… mais la lecture est facile et prenante.  

Ça faisait longtemps que j’avais délaissé les mangas/manhwas/manhuas au bénéfice d’albums généralement issus des productions européennes. Voilà tout à fait le genre de témoignage qui me plait tant dans le rythme, le traitement graphique que la manière de traiter un sujet. Un album qui mérite qu’on en parle, qu’on le lise et qu’on le fasse découvrir me semble-t-il.

Ma vie en prison – Le récit d’un cri pour la démocratie !

Récit complet

Editeur : Kana / Collection : Made In

Dessinateur & Scénariste : Hong-mo KIM

Traduction : Yeong-hee LIM

Dépôt légal : mars 2020 / 224 pages / 18 euros

ISBN : 978-2-5050-7627-8

Kingdom of Knowledge, tome 1 (Oda)

L’histoire se déroule dans un monde un peu moyenâgeux mais il y a quelques éléments des temps modernes (énergie à vapeur) avec une bonne touche de Fantasy. Les habits et certaines armes sont plutôt comme au Moyen-Age, mais il y a aussi des armes qui sont comme aux temps modernes, fusils, canon…

Oda © Kana – 2020

Le monde dans lequel l’histoire se déroule se nomme Ivanya.

L’histoire commence dans une grande bibliothèque où on apprend l’histoire des Gnomes. On apprend alors que le monde était en proie au chaos, les espèces animales ou plutôt de monstres s’entre-dévoraient, il n’y avait aucune loi à part la loi du plus fort. C’est à cette époque que les hommes ont fait une découverte : près d’un château en ruines, ils ont découvert des cubes dans lesquels étaient enfermés des ouvrages d’une civilisation inconnue, seulement ils ne pouvaient pas déchiffrer les textes car la langue utilisée leur était inconnue. A ce moment les Gnomes arrivent et disent aux humains qu’ils peuvent leur traduire les textes, alors les humains proposent de les protéger. Le reste de l’histoire, on suit un jeune Gnome du nom de Fei. Il va vouloir se venger contre l’Empire des Humains car ils viennent d’éliminer tous ses camarades. Fei est le dernier Gnome sur la planète.

L’histoire prend un peu de temps à bien se lancer, mais après c’est parti pour de bon. L’action se met en place et il n’y aura que quelques petites pauses de courte durée. Le scénario est bien parce qu’il est développé, bien construit et le monde d’Ivanya est cohérent. On comprend bien les relations entre les espèces. On voit l’Empire des Humains qui a asservit presque toutes les espèces de monstres et les utilisent comme une armée de destruction massive. C’est une métaphore très juste de notre monde réel où les humains y détruisent tout et trouvent des moyens dévastateurs pour s’entre-déchirer. Il y a quelques points de l’histoire qui sont un peu lambda comme le désir de vengeance du héros qu’on a déjà beaucoup vu et beaucoup lu dans d’autres histoires (cinéma, manga, BD, romans…).

Le dessin quant à lui est bien. Les dessins sont sympas et travaillés avec beaucoup d’effets mangas (yeux exorbités quand les personnages sont en colère par exemple). La lecture est fluide. J’ai bien aimé. C’est un bon premier tome de série qui donne envie de lire la suite.

Auteur et dessinateur : Serina Oda

Éditeur : Kana

Dépôt légal : 16 octobre 2020

ISBN : 9782505085164

Prix : 7,45 / 204 pages

L’Enfant ébranlé (Xiao)

Xiao © Kana – 2020

« L’Enfant ébranlé » est le premier ouvrage de Tang Xiao traduit et publié en France. Il a la même sensibilité que « Undercurrent » , « Le Pays des cerisiers », « Les Pieds bandés » ou encore « Solanin » que l’on retrouve dans la Collection Made In (édition Kana).

Yang Hao est cet enfant qui traverse à pas de loups son existence. Il a une dizaine d’années. Hypersensible, introverti, élève studieux qui en dehors de l’école aime retrouver ses copains pour jouer aux jeux vidéo ou lire des mangas. Son quotidien, il le partage entre l’école et la vie de famille. Une famille où le père est sans cesse retenu ailleurs par son travail. Une absence qui pèse à Yang Hao. Cette année-là pourtant, son père est de retour. Son secteur professionnel est en crise et il n’a d’autre choix que d’attendre qu’on le positionne sur une nouvelle mission. En attendant, il sera à la maison. Passée l’euphorie des retrouvailles, Yang Hao déchante vite en découvrant un père qui passe la majeure partie de ses journées à jouer au mah-jong avec ses amis, butinant la vie de famille, laissant à sa femme la gérance du foyer et s’étonnant que cette dernière tienne si peu compte des projets d’avenir qu’il a pour leur famille. Yang Hao devient amer et regrette le temps où il avait une image idéalisée de son père. En quête de nouveaux repères, Yang Hao fait la connaissance de Feng Zhun, un garçon qui a la réputation d’être une graine de délinquant.

Yang Hao est à un carrefour de son enfance. Alors qu’il s’apprête à rentrer dans l’adolescence, il se retrouve face à des perspectives nouvelles et une forte envie de contester l’autorité d’un père si distant et si peu affectueux.

Le personnage est sur le fil. Il flirte avec l’interdit sans jamais toutefois se rapprocher trop près de la fine frontière qui ferait tout basculer. Il canalise ses envies et apprivoise ses peurs. Il cherche sans cesse à faire la part des choses et se raccroche à sa mère qui est son seul repère. Il s’ancre à elle, aux valeurs qu’elle lui a transmises et cherche à apprendre doucement à exprimer ses émotions, ses inquiétudes. Le support rêvé se présente à lui ; c’est ainsi qu’il va utiliser l’écriture comme une catharsis. Ainsi, il s’engouffre dans ses devoirs de rédaction pour se dire, reconstruire les liens tels qu’il aurait aimé qu’ils soient, panser les souffrances, soulager sa culpabilité, avouer une fragilité ou un acte qu’il ne parvient pas à assumer. A bas bruit, il grandit. Il mûrit mais s’émanciper fait si peur ! Dans cet apprentissage de soi, il bute car la figure paternelle qu’il avait jusque-là idéalisée est friable, imparfaite, égoïste. Les certitudes enfantines de ce garçon sont tout à coup ébréchées, ébranlées, cahotantes.

En s’ouvrant au monde, il s’ouvre également à lui et identifie peu à peu les facettes de sa personnalité. Il parvient à repérer ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Ce qu’il aime, ce qui lui fait peur. Ce qui le dérange. Son regard perd sa naïveté enfantine et ce changement est douloureux. Les belles découvertes laissent plus facilement la place à des constats qui bousculent et embarrassent.

Les dessins réalistes de Tang Xiao contiennent beaucoup de sensibilité. Rien n’est en contraste, comme si l’enfant empilait renoncements et compromis pour trouver la frontière de ses possibles et parvenir – dans les minces interstices qui lui restent – à s’épanouir sans heurter quiconque autour de lui. Le noir et blanc des planches est travaillé au lavis et à l’encre ; il nous offre une myriade de dégradés de gris. L’ambiance graphique de cet ouvrage est généreuse en détails, d’une richesse réelle. Les visages sont dessinés avec autant de précision que de douceur. Les détails (architecture, flore, objets du quotidien) sont quasiment omniprésents, ce qui donne aux décors une vraie consistance et contribue à nous ancrer dans la lecture. Graphisme et scénario forment un tout cohérent. En toile de fond, Tang Xiao montre une société chinoise encore très soucieuse des traditions (fêtes nationales, cérémonies religieuses) mais qui voit l’organisation familiale changer du fait de la réalité économique ; le système patriarcal continue à se déliter.  

Le dessin fait ressortir toute la fragilité du personnage. J’ai eu l’impression qu’il était en alerte, apeuré à l’idée de mal faire et surtout, inquiet à l’idée que ses repères volent en éclat. Et le retour de son père dans le quotidien vient justement chahuter une routine rassurante. Un père tant attendu dont la présente malmène finalement la moindre habitude, le moindre repère.

Il y a de la poésie dans la manière de raconter et de dessiner cette tranche de vie. Un peu de légèreté par-ci par-là que l’on attrape à pleine mains. Et une forme de tristesse chez cet enfant tiraillé par les désirs que les autres ont pour lui, ses propres désirs et une situation familiale dont il peine à comprendre les tenants et les aboutissants. A un âge où les jeux imaginaires occupent encore une belle part du quotidien, le personnage fait preuve d’une maturité surprenante. Cela donne une vraie consistance à l’intrigue et capte notre attention. Un album intéressant et émouvant.

L’Enfant ébranlé (récit complet)

Editeur : Kana / Collection : Made In

Dessinateur & Scénariste : Tang XIAO

Traduction : An NING

Dépôt légal : septembre 2020 / 394 pages / 19,95 euros

ISBN : 978-2-5050-8432-7

Au Pays du Cerf blanc (Chen & Li)

Au Pays du Cerf blanc, à une journée de marche de Xi’an, capitale de la province du Shaanxi, la vie suit son cours et le rythme des saisons. De mariages en récoltes, dans le village de Bailu, les traditions cimentent les rapports entre les villageois. Bai et Lu, les deux familles les plus importantes de la contrée, veillent au grain et aux respects des règles sans toutefois parvenir à éviter quelques frictions.

Au Pays du Cerf blanc, tome 1 –
Chen – Li © Editions de La Cerise – 2015

La vie suit son cours lorsque l’année 1911 se présente à la porte. Rien ne laisser présager les changements à venir mais doucement déjà, les mentalités ont commencé à changer. Certes, dans les campagnes, le vent de la Révolution ne se fait pas sentir… dans un premier temps du moins. Par la suite, les remous provoqués par les révolutionnaires, l’arrivée des soldats dans les villages reculés, la violence et leurs exactions quotidiennes vont profondément changer le visage de la Chine. L’Empereur tombe et les partis politiques s’organisent. Les Chinois ne le savent pas encore mais moins de cinquante ans plus tard, la République de Chine fera ses premiers pas, portant les espoirs de certains et balayant les inquiétudes qu’ont les autres face à ce changement radical.

Adapté du roman de Chen Zhongshi, le diptyque de Li Zhiwu est un petit bijou graphique. Ses illustrations charbonneuses d’un réalisme fou m’ont fait penser à de vieilles photos en noir et blanc. Comme par magie, le temps a été suspendu et il nous est permis de plonger dans le décor d’une époque aujourd’hui révolue. Le format à l’italienne met en valeur ces illustrations ; superbement relié, l’objet-livre que nous tenons en main est magnifique.

Le scénario est lent, factuel, loin de mon registre de prédilection habituel. Et pourtant, on se laisse prendre, on tourne les pages pour parcourir ce pan dramatique de l’histoire de la Chine.

« Au Pays du Cerf blanc » est un lianhuanhua (bande dessinée traditionnelle de la Chine populaire). Avec ce récit, on parcourt trois décennies, de 1911 à 1949. Lorsqu’on referme le second tome, le tumulte qui a agité la Chine, ses villes et ses campagnes, est un peu retombé. Sur cette durée, nous avons suivi trois générations de trois familles originaires d’une même région. Nous avons également vu un pays entre deux identités, abandonnant de force celle qu’elle avait toujours connue et en pleine quête de l’identité qu’elle revêtira un jour. Nous avons vu un peuple partagé par d’incessants va-et-vient entre ses traditions séculaires et sa liberté nouvelle, entre de vieux rituels et un élan nouveau. Les anciens seigneurs sont tombés en disgrâce, leurs vassaux les ont détrônés. Un vent de révolte a soufflé si fort qu’il en a fait tituber tout un peuple ; hommes et femmes, riches et pauvres, tous ont été tancés, ébranlés, affectés. Certains en sont ressortis plus forts mais la grande majorité n’a finalement eu d’autre choix de que subir, de courber l’échine en attendant que leur sort soit décidé. Des familles se sont déchirées puis réconciliées avant de se déchirer à nouveau. Les amertumes se sont renforcées puis assoupies. Les fiertés individuelles se sont endurcies et peu à peu, les coups bas ont été perpétrés.

Un diptyque intéressant, riche en informations et faisant intervenir plus d’une vingtaine de personnages récurrents. On s’y perd parfois, la lecture demande un minimum de concentration mais elle est d’une saveur incroyable.

L’article dédié à cet univers sur kbd.

Au Pays du Cerf blanc (diptyque)

Adapté du roman de Zhongshi CHEN

Editeur : Editions de La Cerise / Collection : La Cerise sur le Gâteau

Dessinateur & Scénariste : Zhiwu LI

Traduction : Grégory MARDAGA

Premier tome : Dépôt légal : janvier 2015 / 424 pages / 29 euros

ISBN : 978-2-918596-07-3

Second tome : Dépôt légal (tome 2) : juin 2015 / 402 pages / 29 euros

ISBN : 978-2-918596-09-7

La Porte (Inoue)

Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Nonaka Sôsuke et O-Yone sont mariés. Ils louent une petite maison au pied d’une falaise, dans un quartier paisible de Tokyo. Les jours coulent paisiblement. Sôsuke les vit de façon nonchalante, partagé entre l’envie de faire et celle de se laisser aller à la mélancolie. Car quelque chose est maintenant brisé dans la vie de Sôsuke. Quelque chose qui s’est passé bien après la mort de ses parents, alors qu’il avait déjà rencontré O-Yone. Quelque chose qui s’est passé après qu’il ait appris que son oncle l’avait dépouillé de son héritage et que la maladie de O-Yone se soit déclarée.

Sôsuke et O-Yone partagent ce secret et le récit est là pour nous amener progressivement à le découvrir.

Daisuke Inoue m’a tout d’abord donné l’impression d’effleurer son sujet. Pourtant, en l’effeuillant de la sorte, il en extrait toute la subtilité et fait ressortir la délicatesse. Car rappelons qu’il adapte-là un roman japonais du début du XXème siècle et que ls mœurs de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui (déjà fort éloignées des mœurs européennes).

Ainsi, le roman éponyme de Natsume Sôseki revit sous le train fin et délicat de Daisuke Inoue. Ce dernier est ainsi passé de l’autre côté du bureau, d’assistant le voilà dorénavant assis dans le siège du mangaka.

Avec ce scénario, il prend le temps d’étudier son sujet. Les événements se déplient chronologiquement puis nous revenons en arrière et reprenons, tout aussi chronologiquement, le déroulement de l’histoire mais en y apportant quelques précisions et en s’arrêtant sur certaines périodes. Cet exercice, nous le ferons à deux reprises, nous concentrant chaque fois sur des époques différentes. Peu à peu, le puzzle prend forme et le secret se dévoile.

Daisuke Inoue nous force ainsi à contempler le sujet comme l’aurait fait Natsume Sôseki ; j’ai en mémoire « Oreiller d’herbes » [que je n’avais pas savouré à sa juste valeur à ma première lecture] où le personnage – un peintre – prenait le temps de regarder puis de saisir l’intérêt et la force d’un instant. Avec « La Porte » , Sôsuke est très vite placé dans le rôle du personnage principal, laissant son épouse légèrement en retrait. Il semble pourtant se faire le porte-parole du couple et livre peu à peu ce secret ; tous deux fléchissent sous son poids.

Sôsuke cherche donc, instinctivement, à faire face à leur culpabilité. Il remonte inlassablement ses souvenirs pour revenir à la source et le scénario suit un mouvement identique. Un cheminement individuel parfaitement mené que Daisuke Inoue accompagne d’un dessin vif et délicat.

Beau.

La Porte

– d’après le roman de Natsume Sôseki –
One shot
Editeur : Philippe Picquier
Collection : BD/Manga
Dessinateur / Scénariste : Daisuke INOUE
Traducteur : Patrick HONNORE
Dépôt légal : février 2018
224 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-8097-1275-9

Bulles bulles bulles…

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La Porte – Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018