Chroniks Express 37

Bande dessinée : Un Père vertueux (L. Debeurme ; Ed. Cornélius, 2015).

Romans : L’Orangeraie (L. Tremblay ; Ed. Folio, 2016), L’amie prodigieuse, tome 4 : L’enfant perdue (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2018), Trois Saisons d’orage (C. Coulon ; Ed. Viviane Hamy, 2017), Soyez imprudents les enfants (V. Ovaldé ; Ed. Flammarion, 2016), Mon Traître (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2009), Retour à Killybegs (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2016), Quand sort la recluse (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2017).

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Bande dessinée

 

Debeurme © Cornélius – 2015

Trois garçons et leur père s’installent dans un nouveau pays. L’un d’eux, Horn, cache une pilosité excessive sous un ample sweat à capuche. Honteux, il préfère fuir l’école plutôt que d’affronter les moqueries de ses camarades. L’autre, Twombly, réalise d’horrible petites sculptures dans des morceaux de bois. Le dernier est surnommé « Bird » depuis qu’il a recueilli un oiseau blessé.

La vie suit drôlement son cours. Le père, un dangereux criminel, décide un jour d’aller chercher la mère de ses fils. Avant de partir, aucunes embrassades, aucun encouragement. Des injonctions.

Je m’absente quelques temps. Je vais retourner chez nous chercher votre mère. Je vous laisse la maison… S’il arrive le moindre problème, ici ou à l’école… A mon retour, je vous égorge.

Ce père autoritaire, les trois garçons en ont peur. Un père froid, dur. Un père qui impose une discipline militaire, incapable de donner de l’amour. Un père qui punit de façon excessive. Un père à faire peur, surtout quand il a bu… mieux vaut ne pas le contrarier. Un père à faire peur… ça donne des petits soldats qui filent droit.

On se place dans cette famille étrange que Ludovic Debeurme dessine au crayon de couleurs. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont là pour nous raconter les horreurs de cette vie-là. Un album qui vient prolonger « Les Trois Fils » que l’auteur avait réalisé deux ans plus tôt. C’est cruel, c’est injuste mais quelques passages proposent des scènes d’une beauté pure. C’est magique et épouvantable… ça ma gênée et à certains instants je n’ai pas su quoi faire de ce qui était dit ou ce qui était fait par les personnages (le père surtout).

Vraiment bizarre. Il y a comme une curiosité malsaine qui m’a poussée à continuer ma lecture, comme pour voir jusqu’où l’auteur était capable d’aller dans la cruauté absurde qu’il décrit. Je préfère, et de loin, ce qu’il avait réalisé sur « Lucille » et « Renée » …

 

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Romans

 

Tremblay © Folio – 2016

Des jumeaux âgés de 9 ans. Aziz et Amed sont inséparables. Ils vivent dans un pays en guerre. Le fragile équilibre de leurs vies étaient préservés jusqu’à ce qu’une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Dès lors c’est à Zahed, leur père, qu’il revient de s’occuper de l’orangeraie exploitée jusque-là par le grand-père. Zahed s’affaire plus que de coutume puisque c’est à lui de nettoyer les décombres et de donner une dépouille décente aux deux corps et Tamara, leur mère, continue à veiller comme une louve sur ses fils.

Mais un beau jour, Soulayed fait son apparition dans l’orangeraie. Peu de temps après, Zahed explique aux jumeaux qu’il doit faire un choix : celui des deux qu’il désignera ira avec Soulayed et partira en martyr.

Un texte court, un texte fort, un texte plein d’émotion.
En son cœur, un amour fraternel plus fort que tout, un respect des traditions et un sens du devoir hors normes.
Et le regard de deux enfants sur les événements, deux enfants à qui l’on demande de grandir vite, bien trop vite.

Pour nous occidentaux, c’est aussi le récit de l’inconcevable, de l’incompréhensible. Le tiraillement d’un père qui doit choisir entre ses deux garçons. La souffrance d’une mère qui, docile, ne cherche même pas à convaincre son époux qu’il n’a pas à faire ce choix absurde. Un texte qu’on lit d’une traite, presque en apnée.

 

Coulon © Viviane Hamy – 2017

André, Benedict, Bérangère.

Trois générations, trois existences liées les unes dans les autres. Trois membres d’une même famille. Le grand-père, le père et la fille. Une famille pas comme les autres aux Fontaines, ce petit village qui s’est étalé, reliant presque le cœur du village, son clocher, son Café… aux carrières qui se situent en périphéries. Les décennies ont appris aux paysans natifs de ce coin de terre isolé, appelé Les Trois Gueules, à accepter ces « fourmis blanches » venues travailler dans les carrières où l’on extrait la roche du ventre de la terre pour la vendre aux entreprises. La roche et les produits agricoles sont désormais le fonds de commerce des Fontaines, à parts égales. André est venu de la ville il y a 50 ans pour s’installer aux Fontaines. Il fut le premier médecin à accepter de vivre là. Benedict, son fils, a pris sa relève. Bérangère quant à elle est encore trop jeune pour oser affirmer ce qu’elle fera de sa vie.

Je suis un peu entrée sur la pointe des pieds dans ce roman, encore troublée par mes précédentes plongées dans les romans de Cécile Coulon (Le Roi n’a pas sommeil, Le Rire du grand blessé, Le Cœur du Pélican). Et puis, il me semble que ce récit prend davantage le temps de nous décrire l’environnement (les paysages autour du village et de ses alentours) et l’ambiance des lieux grandement influencée par les superstitions véhiculées de générations en générations… C’est dans un deuxième temps que l’on va à la rencontre des personnages. Très vite, on apprend à vivre avec eux, on découvre leurs habitudes et leurs ambitions. André, le patriarche, gardera une part de mystère ; l’auteure ne prend effectivement pas le temps de remonter dans son enfance, nous n’aurons donc que les grandes lignes de ce qu’il a vécu avant. En revanche, nous verrons naître Benedict puis Bérangère. Si jamais on ne s’attarde sur un personnage – Cécile Coulon ayant préférer donner la parole à tour de rôle aux cinq personnages principaux, on n’en connaît pourtant suffisamment sur chacun d’entre eux pour naviguer de façon fluide entre chacun d’entre eux. Très vite, j’ai appréhendé un drame ; la douceur et la quiétude du récit est presque parvenu à me faire oublier cette éventualité… du moins pendant un temps.

Une fois à la moitié de l’ouvrage, Cécile Coulon serre davantage l’étau narratif. On sait que cette éventualité va devenir effective. J’ai tendu le dos et continué à profiter de ma lecture. J’ai cherché à anticiper, j’ai même dessiné les contours de cette fatalité mais je me suis évidemment laissée cueillir par les mots.

 

Ferrante © Gallimard – 2018

Dernier volet de la saga « L’Amie prodigieuse » . Après l’enfance (tome 1), la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie active (tome 2), l’âge adulte et la vie de famille (tome 3)… place désormais à la fin du récit : celui de la maturité, de l’épanouissement professionnel.

Pendant plusieurs années, Elena avait attaché une attention particulière au fait de garder de la distance entre elle et Naples, sa ville natale. Elle avait aussi veillé à extraite Lina de sa vie, consciente de l’influence que son amie d’enfance avait sur elle, une influence qui lui avait été nocive à plusieurs reprises. Désormais, Elena est une femme épanouie. La réussite professionnelle lui sourit et elle s’épanouit enfin dans son couple. Mais tout cela ne doit-il durer qu’un temps ?

J’étais impatiente de lire ce dernier tome de cette saga qui avait pris une tournure (et un rythme) inespérée dans la dernière ligne droite du tome 3.

On repart ici avec pas mal d’entrain, on repart de plus belle dans cette amitié ambiguë entre les deux amies d’enfance et on essuie un peu plus facilement les contradictions de l’héroïne.

Ravie de connaître le dénouement de cette saga, j’ai pourtant ressenti de la lassitude à la moitié de l’ouvrage car le rythme est mou, trop mou. Sur la fin en revanche, je me suis ennuyée – mais réellement ! , j’ai sauté certains passages (notamment ceux qui sont consacrés à Naples… j’avais envie d’une fin qui se tient et non de passages pour noircir les pages avec un exposé historique des différents bâtiments napolitains).
Dans les tomes précédents, j’avais relevé quelques longueurs. Dans ce tome, les cinquante dernières pages sont… inutiles.

La fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Ovaldé © Flammarion – 2016

Espagne. Anastasia est née en 1970. Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 13 ans. La narratrice nous fait la grâce de nous épargner les détails de ses premières années de vie ; elle les résume en quelques anecdotes.

Anastasia est née en Espagne d’une famille espagnole. La guerre civile est passée par là et comme dans toutes les familles espagnoles, on en voit encore les stigmates. Les jeunes générations portent le poids de cette guerre fratricide sans avoir vécu cette déchirure. A 13 ans, lors d’une sortie scolaire, Anastasia découvre les œuvres du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle va se passionner pour son art. Cela va même devenir une obsession.

Jusqu’à 18 ans, Anastasia s’ennuie. Comme pour tous les adolescents, le temps s’étire de façon déprimante. Puis à 18 ans, elle quitte le foyer familial et part faire ses études à Paris.

Je ne compte plus le nombres d’avis positifs que j’ai lu et entendu sur ce roman. Je ne compte plus. A chaque avis, mon envie d’engouffrer ce roman grandissait. Puis je l’ai reçu en cadeau et j’ai laissé décanter un peu… Pendant les cent premières pages, la lecture fut des plus ennuyeuses. Tellement ennuyeuse que l’ouvrage a bien failli me tomber des mains. A peine plus d’une demi-douzaine de pages par jour… cette lecture a eu, au début, un effet hautement soporifique sur ma petite personne. Puis Anastasia a grandi et Véronique Ovaldé a lentement élargi les centres d’intérêt de sa narratrice, la rendant plus consistante, plus pertinente… plus intéressante. Quand bien même, ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2009

Antoine, luthier à Paris, rencontre un client qui lui parle de James Connolly, activiste irlandais. Les paroles de cet inconnu de passage dans son atelier lui redonnent peu à peu l’envie de retourner en Irlande, pays qu’il connait peu.

En mai 1975, Antoine décide de se faire un court séjour en Irlande à l’occasion de ses 30 ans. C’est à ce moment qu’il rencontre Jim O’Leary et Cathy, son épouse. La rencontre entre le français et le couple est immédiate. Ils s’échangent leurs coordonnées. Antoine reviendra les voir, c’est certain. Au fil des années, Antoine s’organise pour leur rendre visite. A chacune de ses venues, il est accueilli comme un frère, un ami de toujours. Il a sa chambre qui l’attend, ses repères.

En 1997, lors d’une soirée arrosée dans un pub, il croise pour la première fois Tyrone Meehan, celui qu’il nomme son traitre. Entre eux, une forte amitié va se construite au fil des années. Antoine a déjà compris que Jim était un militant actif de l’IRA mais Tyrone est un de ses combattants les plus actifs. Tyrone est respecté, admiré. Les séjours d’Antoine sur le sol irlandais sont de plus en plus fréquents, il aimerait lui aussi aider la cause, participer au combat mené en vue de l’indépendance. Les années filent, Jim meure, emporté par une bombe qu’il avait mal réglée. Les allers-retours de Tyrone en prison, les coups durs que l’IRA doit encaisser, tout cela Antoine le vit, il accuse les coups en témoin discret. 2006 sera l’année des désillusions… tous apprennent que Tyrone est un traître, qu’il a vendu des informations aux Anglais.

Avant de devenir écrivain, Sorj Chalandon était journaliste. A ce titre, il a notamment effectué des reportages en Irlande du Nord et y a rencontré Denis Donaldson. De cette rencontre naît une amitié ; l’auteur s’en est inspirée pour écrire « Mon traitre » . Sorj-journaliste y devient Antoine-luthier et Denis Donaldson se glisse sous les traits de Tyrone Meehan.

« Mon traître » est le récit d’une lutte, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, libre. C’est aussi le récit d’une amitié et d’une trahison, d’une incompréhension. C’est enfin la recherche la quête identitaire d’Antoine qui apprend à se connaître au travers du regard que Tyrone pose sur lui.

C’est l’adaptation de ce roman par Pierre Alary qui m’a invitée à découvrir le texte originel. Premier roman que je lis (enfin !) de cet auteur. Une claque !

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2016

Retour sur les événements abordés dans « Mon Traître » mais cette fois, ils sont abordés du point de vue de Tyrone Meehan. Ecrit trois ans après « Mon Traître » , « Retour à Killybegs » narre le parcours de Tyrone, de sa plus tendre enfance à sa mort, aborde son recrutement par l’IRA et les événements qui ont conduit à ce qu’il devienne, dans les années 70, l’un des commandants de la branche armée de l’IRA.

L’occasion de découvrir les raisons qui ont motivé Tyrone à accepter de collaborer avec les anglais, la manière dont il a tenté de sortir ses épingles du jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous avez lu « Mon Traître » , voici une nouvelle fois un roman que je vous recommande vivement.

 

Vargas © Flammarion – 2017

Appelé en urgence pour boucler une enquête, le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit quitter l’Islande, pays qu’il a découvert lors de sa précédente enquête. En quelques jours, il parvient à mettre en avant les éléments clés qui conduisent à faire passer aux aveux l’un des principaux suspects. Sitôt l’affaire bouclée, son instinct attire son attention sur la mort soudaine de deux « vieux » à la suite de piqûres de recluses (des araignées habituellement très discrètes et qui ne s’attaquent que rarement à l’homme). Il se met à enquêter en solo avant de s’en ouvrir à une poignée de ses lieutenants. Voisenet, Froissy, Veyrenc puis Retancourt seront les premiers à lui prêter main forte sur cette enquête non officielle qui sème le trouble dans la Brigade et fait peser sur l’ensemble du groupe les désaccords de plus en plus tendus entre le Commissaire et Danglard, son bras droit.

J’ai toujours autant de plaisir à retrouver le personnage d’Adamsberg. Sa personnalité, son état d’esprit… tout jusqu’à sa manière lente et nonchalante de se déplacer, ses « bulles de pensées » et sa nécessité d’aller marcher pour « brasser des nuages » . L’écriture de Fred Vargas coule quand je la lis, elle coule comme quelque chose de très naturel. Habituellement, les enquêtes d’Adamsberg me surprennent car je ne vois jamais venir qui est l’assassin. « Quand sort la recluse » est l’exception à la règle, à ma grande surprise. Très tôt dans la lecture, mes suspicions se sont portées sur un personnage qui s’est effectivement avéré être l’auteur des crimes. C’est un peu déstabilisant, cela m’a donné l’impression de quelques longueurs dans le texte pour autant, ce roman policier n’est pas à une exception près car c’est aussi la première fois où l’émotion m’a saisie dans les dernières pages, lorsque Adamsberg confond l’assassin dans un tête à tête. Le Commissaire s’était attaché… moi aussi.

Pas le meilleur ouvrage dans la série « Adamsberg » mais un de ceux dont je me rappellerais certainement avec beaucoup de précision

NoBody, Saison 1 – tome 4 (De Metter)

tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Dernier volet de la tétralogie lancée il y a 18 mois par Christian De Metter.
La psychologue mandatée pour l’expertise est parvenue à établir un lien transférentiel avec cet homme au passé trouble. Agent gouvernemental, flic, détective… ce dernier a vu tour à tour sa carrière l’amener à plusieurs reprises à endosser un rôle, à manœuvrer sous une fausse identité.
Du jour au lendemain, cet homme a arrêté ses activités. Enquêter sur des crimes, faire tomber des malfrats ou courir après un tueur en série… il n’en a plus eu envie. Il s’est fait oublier, a refusé les sollicitations du FBI, de la Police. Il s’est rangé, s’est marié. Doué en mécanique, il a ouvert un garage automobile, de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards à la fin du mois.

Et puis 2008 est arrivé et ce jour maudit où on l’a retrouvé dans la cuisine de sa maison. Sans même attendre que la Police le questionne, il a reconnu d’emblée le meurtre. Il s’est ensuite muré dans le silence, mettant en échec les deux thérapeutes successifs qui se sont présentés à lui. Le juge a retenté en envoyant un dernier psychologue qui pourrait établir un profil du détenu. Beatriz Brennan connaît le dossier et les impasses de ses prédécesseurs. Mais avec elle, cet homme mutique et imposant a parlé. Il lui a expliqué le parcours qu’il a emprunté de ses 20 ans à aujourd’hui, de son premier contact avec le FBI jusqu’à ce crime dont il s’accuse.

Dès le premier tome de cette saison qui compte quatre albums, Christian De Metter a coincé son lecteur dans ce tête-à-tête improbable. Tout nous pousse à poursuivre la lecture et tenter de comprendre les motivations de cet homme que l’on sent tantôt oiseau de proie, tantôt poupée de chiffon d’un système qui l’a dévoré et broyé sa vie.

Un bras de fer psychologique mené entre une jeune psychologue et un homme à la carrure de légionnaire. On ne cesse de se poser la question de la part de vérité que contiennent ses propos. Dans quelle mesure maquille-t-il les faits pour que les choses tournent à son avantage ? Et elle, dans quelle mesure perçoit-elle ses mensonges et ce qui est pure sincérité ? Le lecteur observe ce jeu de dupes, ne sachant plus qui est le chat et qui est la souris. Dans cette scène du présent qui se déroule en 2008 dans une pièce sécurisée d’une prison dédiée à leurs rencontres [et durant lesquelles l’homme est constamment menotté à la table, ce qui ne laisse supposer la dangerosité de l’homme], l’ambiance est calme et semble glisser – à mesure des rencontres – vers la confidence. Christian De Metter veille pourtant à maintenir cette électricité inhérente à la tension qui émane des personnages. Bien qu’ils semblent en confiance désormais, l’un des deux est sur le qui-vive. Lequel ?

Entre chaque tome, l’attente. L’envie de reprendre le fil de l’histoire et « d’entendre » cet homme raconter son histoire. Les pièces du puzzle s’emboîtent une à une sans que l’on puisse avoir un aperçu de l’ensemble avant ce tome final.

Depuis le premier tome, je me suis retrouvée prise dans les filets du scénario. Cet homme est-il coupable ou innocent ? J’ai oscillé en permanence entre ces deux cas de figure. Ce dernier opus vient apporter la réponse et nous donne les derniers – mais essentiels – éléments pour dévoiler les dernières zones d’ombre. La première saison est terminée, vous pouvez y aller confiants.

Les autres tomes sont sur le blog.

Nobody

Saison 1
Episode 4/4 : La Spirale de Dante
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2018
78 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-6881-0

Bulles bulles bulles…

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Nobody, saison 1 – tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Ceux qui restent (Busquet & Xoül)

Busquet – Xoül © Guy Delcourt Productions – 2018

Des centaines d’histoires commencent ainsi. Une nuit tranquille et dégagée, la lune brillant dans une mer d’étoiles, l’enfant de la maison dort paisiblement quand soudain, une étrange créature entre dans sa chambre… Et lui fait une incroyable demande que l’enfant accepte, excité par l’incroyable et passionnante aventure qu’on lui propose !
– Ben, réveille-toi ! Non, non, tu ne rêves pas. Je suis un Wumple et je viens du royaume d’Auxfanthas. Notre royaume est en danger, toi seul peux nous sauver. Nous aideras-tu ?
Un rêve devenu réalité pour l’enfant… mais un véritable cauchemar qui commence pour ses parents. »

Mais cette fois, nous n’allons pas partir dans le récit d’aventure aux côtés de l’enfant, mais rester et partager cette interminable attente de son retour aux côtés de ses parents.

L’histoire de Peter Pan continue d’être revisitée sous un autre angle, d’autres déclinaisons. Ici, c’est donc sous la forme d’une enquête de police que nous allons vivre cet épisode. Les enquêteurs explorent les pistes qui s’offrent à eux : enlèvement, fugue… quelle est l’hypothèse à retenir ?

Josep Busquet campe son intrigue dans les années 30. Loin de l’effervescence médiatique que les journalistes sont aujourd’hui capables de produire, le scénariste fouille et dissèque ce drame familial jusqu’à attraper un fil ténu qu’il ne lâchera pas. Il sème le doute et malaxe lentement notre perception des choses, nous conduisant jusqu’à croire en l’incroyable et prendre pour acquis les solutions qui s’offrent aux parents pour faire face à l’absence de leur enfant.

Le narrateur, observateur anonyme de cette histoire, rappelle d’ailleurs très bien que pléthores d’histoires envoient des enfants sauver des mondes imaginaires et les êtres qui les peuplent. Mais rares sont celles qui restent dans « la réalité » pour parler de ce que vivent les parents à la suite d’une disparition soudaine de leurs bambins.

Le scénariste nous fait observer ces parents. Qui sont ces individus qui parviennent à construire des familles « parfaites » , semblent aimants et sont – forcément – profondément affectés par cette disparition inexpliquée ? Sont-ils des être retords et finalement… malsains ? Comment expliquer les absences répétées ? Jusqu’au retour de l’enfant chéri réapparaisse, la bouche remplie du récit de ses aventures et de personnages qui semblent directement sorties des histoires d’héroïc-fantasy. Lentement, l’auteur instille quelques tumeurs dans son récit : psychose ? maltraitance ?

Josep Busquet réalise donc un conte désenchanté magnifiquement illustré par Xoül. L’illustrateur choisit des couleurs sombres qui maintiennent – de bout en bout du récit – une certaine mélancolie grâce aux teintes bruns-bleus-violines qui sont utilisées. C’est peut-être « à cause » de cette ambiance graphique légèrement austère que je suis restée à observer le déroulement des événements. Mais bien que cette lecture de fut pas un coup de cœur, j’ai pourtant pris du plaisir à tourner les pages, totalement captivée par la tournure que prend l’histoire.

Le sujet est trompeur mais cet album n’est pas à classer dans le registre jeunesse. C’est original et vraiment bien trouvé… et le dénouement fait froid dans le dos.

La chronique d’Anaïs, La petite créature.

Ceux qui restent

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Alex XOÜL
Scénariste : Josep BUSQUET
Dépôt légal : mars 2018
128 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-5262-5
L’album sur Bookwitty

Bulles bulles bulles…

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Ceux qui restent – Busquet – Xoül © Guy Delcourt Productions – 2018

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore, tome 3 (Squarzoni)

Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2018

C’est un monde où il y a plus de meurtres que d’inspecteurs. Un monde où le temps ne s’arrête pas.

Baltimore. 1988.
Les meurtres pleuvent sur la ville et les meurtriers courent plus vite que les flics.

La brigade des homicides croule sous les dossiers non résolus avec, en tête, le meurtre de Latonya Wallace, une fillette violée puis assassinée. Les soupçons se portent sur un homme de cinquante ans mais les flics n’ont aucune preuve matérielle en main pour le faire craquer.

Pendant ce temps-là, les dealers continuent leurs règlements de compte, les femmes battues tombent sous les coups de leurs maris violent, certaines parviennent – dans un accès de furie inespéré – à retourner la violence de leur bourreau contre eux. Et les meurtres noient la brigade qui se noie sous un taux de meurtres non résolu qui n’a jamais été aussi bas.

Sombre. Noir. Pessimiste. Dur.

Un univers où l’on ne sort pas des quatre murs de la Brigade excepté pour aller dans la rue, y constater un meurtre, y ramasser un corps ou y embarquer des suspects… prendre des photos, récolter des indices et revenir aux quatre murs de la Brigade. Les inspecteurs malaxent la matière qu’ils ont récoltée à l’extérieur, supposent, investiguent, interrogent, intimident.

Les flics sont à pied d’œuvre. Nuits et jours, ils ne se ménagent pas. Ils délaissent leurs familles pour permettre à d’autres de panser leurs plaies et faire en sorte qu’un semblant de justice survive dans cette ville. Et tenter que la délinquance et la corruption ne gangrène pas toute la ville.

Philippe Squarzoni, aidé par les conseils de David Simon, adapte « Sur écoute » et les silences laissés par les interstices entre les cases, les couleurs sombres de Drac et Madd créent à eux seuls la tension adéquate à ce genre d’univers. J’ai toujours la même réaction quand arrive un nouveau tome d’Homicide : une appréhension mêlée de curiosité. Et si l’ouvrage traîne un jour ou deux sur mon bureau, je finis par l’engouffrer d’une traite, me plaisant à me mettre dans la peau des enquêteurs.

Au troisième tome, on a maintenant repéré les principales personnalités de la Brigade. D’Addario, Garvey, Pellegrini, Mc Larney, Landsman. On les suit à tour de rôle. Une couleur dominante est retenue pour chacun d’eux, pour nous aider à passer de l’un à l’autre. Et on adopte leurs manières d’enquêter, de prendre un suspect de front ou de contourner l’affrontement. On aborde leur colère ou leur lassitude. On comprend leur acharnement.

Je n’avais pas lu/vu le travail de David Simon. Les polars, le sang, la violence à l’écran… ce n’est pas ma came. Seuls quelques auteurs (romanciers ou auteurs BD) sont capables de m’emmener sur ce terrain-là. Philippe Squarzoni en fait partie et je ne regrette pas d’être sortie de ma zone de confort. J’attends maintenant le quatrième tome qui devrait arriver… dans un an. Une série qui ne perd pas son mordant. A suivre !

Les autres chroniques sur le blog : tome 1, tome 2.

Homicide

– Une année dans les rues de Baltimore –
Tome 3 : 10 février – 2 avril 1988
Pentalogie en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
Dessinateur / Scénariste : Philippe SQUARZONI
D’après le livre de David SIMON
Dépôt légal : février 2018
160 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-9173-0

Bulles bulles bulles…

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Homicide, tome 3 – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2018

Je suis un autre (Rodolphe & Gnoni)

Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

Peppo et Sylvio, des frères jumeaux, passent leurs vacances d’été en bord de mer. Chaque année, ils reviennent sur ce coin de Méditerranée qu’ils connaissent par cœur. A force d’y venir chaque été, ils sont ici comme chez eux et repèrent le moindre changement. Habituellement, Peppo et Sylvio ne se quittent pas d’une semelle malgré des goûts parfois différents. Quand le premier prend plaisir à paresser et à regarder les jeunes femmes sur la plage, le second préfère de loin aller pêcher mais en dehors de ça, impossible de les distinguer tant ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Cet été-là, ils remarquent que la maison Borg, jusque-là inhabitée, s’anime. Ils observent de loin la nouvelle propriétaire s’installer, une jeune peintre dont la beauté n’échappe pas à Peppo. Très vite, Peppo fausse compagnie à Sylvio pour passer du temps avec la belle Edwige. Très vite, il tombe amoureux.

Mais un beau matin, Peppo découvre que son amante a été poignardée. Il court prévenir la Police mais en revenant sur les lieux du meurtre, il s’aperçoit le couteau qui était planté dans la poitrine d’Edwige a disparu… Quelques heures plus tard, Peppo retrouve le couteau ensanglanté dans un des tiroirs de sa commode. Pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute : c’est Sylvio qui a tué Edwige. Le bras de fer entre les deux frères ne fait que commencer.

Voilà un thriller bien étrange et assez décevant. J’ai tout d’abord été surprise par le dessin de Laurent Gogni qui m’a réjoui le temps de quelques pages et puis le charme s’en est allé. Les couleurs de l’été, différents éléments (les maillots de bains féminins par exemple) qui nous font vite comprendre qu’on est dans les années 20. Il y a une quiétude qui flotte dans l’air, une insouciance aussi. Et puis sitôt que les personnages sont en place et qu’on commence à les voir agir, le dessin semble écrasé, incapable de porter ses personnages. Il les effleure alors qu’il faudrait inciser. Il les caresse alors qu’il faudrait un peu de nervosité. Ça manque de rides, de rictus et de regards en coin. Ce dessin est trop discret pour créer quelques émotions chez le lecteur. On devrait être électriques, tendus et suspicieux… et pourtant nous voilà confortablement installés dans un canapé à regarder les personnages parler et se déplacer.

Il n’y a pas qu’au niveau des illustrations que cela a péché pour moi. Le scénario manque de discrétion dans le sens où on voit venir les choses, sapant tout effet de surprise possible. En devinant à l’avance où Rodolphe voulait nous emmener, j’ai vu les personnages manœuvrer de façon grossière, presque théâtrale, afin de nous conduire maladroitement vers un retournement de situation qui était annoncé plusieurs pages à l’avance.

Un trait trop timide pour porter l’intrigue, un scénario prévisible… et un résultat décevant, surtout avec un auteur aussi aguerri que Rodolphe aux commandes du scénario. Certes, on sent bien que le personnage principal est sur le fil mais l’artillerie lourde qui l’entoure m’a donné l’impression qu’il n’était qu’un pantin. Une histoire qui, pour moi, manque de crédibilité et de finesse.

Les chroniques de Bidib et de Stephie.

Je suis un autre

One shot
Editeur : Soleil
Dessinateur : Laurent GNONI
Scénariste : RODOLPHE
Dépôt légal : janvier 2018
144 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-302-06634-2

Bulles bulles bulles…

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Je suis un autre – Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

La Loterie (Hyman)

Hyman © Casterman – 2016

Un village paisible des Etats-Unis.
Chaque année à la même date, Harry et Joe se retrouvent pour organiser les derniers préparatifs de la loterie nationale qui doit se dérouler le lendemain.
Le 27 juin, à 10 heures, les villageois se regroupent sur la place principale pour participer au tirage. Ils quittent pour quelques heures leurs tâches domestiques pour les unes, les travaux aux champs pour les autres. A midi, en principe, la loterie est terminée et tout le monde peut rentrer pour s’attabler autour du repas. La famille Hutchinson n’échappe pas à la coutume.

La loterie était organisée par Mr. Summers (…). Le matériel d’origine de la loterie avait été perdu il y a bien longtemps, tout comme la plupart des rituels qui l’accompagnaient d’ailleurs. Certains villageois se souviennent encore d’une sorte de déclamation. Une incantation mécanique atonale débitée chaque année avec diligence et l’organisateur de la loterie se chargeait de la réciter…

Seuls les hommes de plus de 16 ans ont le droit de plonger la main dans l’urne, à moins d’un cas de figure qui justifie qu’une mère de famille puisse temporairement prendre la place de son époux. Tous les villageois sont sur la place du village. La loterie peut commencer. Et le gagnant gagne un lot très singulier.

Cet album est l’adaptation d’une nouvelle de Shirley Jackson (grand-mère de l’auteur). La couleur des crayons de Miles Hyman est la seule source de chaleur de cette histoire. Grâce à elles, on se déplace dans un petit village de Nouvelle-Angleterre où tout est calme, où les rues sont propres, les pelouses parfaitement tondues, les champs parfaitement entretenus, les maisons parfaitement rangées. Tout est net.

Mais il y a une lourdeur qui plane dans l’air et le trait figé des personnages nous donne l’intime conviction que cet événement annuel a une place à part dans la vie du village. La cérémonie est rodée, sans aucune fioriture… tout le monde respecte à la lettre le protocole. Les villageois ont des mines sérieuses et les quelques apartés qui peuvent être prononcés dans l’assemblée sont laconiques.

On s’aide donc des couleurs printanières pour avancer dans la lecture. Rien ne permet de nous permet d’envisager quelle sera l’issue de cette loterie ni la nature du lot. Toutes les suppositions nous passent par la tête et je dois dire que j’ai apprécié ce tabou qui nous aspire vers la page suivante. On ressent une curiosité de plus en plus grande à mesure qu’on se rapproche du dénouement.

Un thriller glaçant et excellent.

Les chroniques de Natiora, Antigone, Nahe, Soukee, Caro.

La Loterie

One shot
Editeur : Casterman
Dessinateur / Scénariste : Miles HYMAN
Traduction : Juliette HYMAN
Dépôt légal : septembre 2016
168 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-203-09750-6

Bulles bulles bulles…

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La Loterie – Hyman © Casterman – 2016