NoBody, Saison 1 – tome 3 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

La vie de cet homme est trouble, tourmentée. Elle semble s’achever là, dans la cellule d’un centre pénitentiaire. On est en 2007. Il a été arrêté sur le lieu d’un crime et dit en être l’auteur. Le juge ordonne une expertise psychiatrique mais les thérapeutes se heurtent à son mutisme et essuient échec sur échec. Jusqu’à l’arrivée d’une jeune psychologue. Là, le lien se noue et il accepte qu’elle remonte avec lui les différentes étapes de son parcours pour cerner sa personnalité si mystérieuse, si sauvage.
Cela fait donc un moment que nous l’observons et que nous découvrons son parcours sinueux et les risques qu’il prend comme si les bouffées d’adrénaline étaient pour lui aussi vitales que le simple fait de respirer le l’air.
Le tome 1 nous a amené dans les années 1960. Il sort d’une adolescence plutôt chaotique, flirte avec la délinquance jusqu’à sa rencontre avec le F.B.I. Pour lui, c’est le début d’une carrière de flic-caméléon qui l’endurcira un peu plus à chaque mission. Au tome suivant, on s’était retrouve parachuté à la fin des années 1970, au moment où il infiltre un gang de bikers.

Nous voilà cette fois dans les années 80. Il a quitté le F.B.I. et est désormais lieutenant de Police. Il enquête sur deux meurtres qui, au regard du modus operandi, semblent être l’œuvre d’un tueur en série.
Dénouer les nœuds de la pelote qu’il semble faire et défaire en permanence et savoir enfin si, oui ou non, à force de côtoyer malfrats, psychopathes et autres criminels en tous genres, il fait maintenant partie de la lie de la société.

Pourquoi l’homme accepte-t-il de se livrer à cette jeune thérapeute alors qu’il avait refusé de le faire avec les autres ? Quelle est la part d’affabulation, la part de mensonge et la part de vérité dans son récit ? Est-il la victime d’un système ou est-il un dangereux prédateur ?

Autant de questions sous-jacentes qui rendent cette histoire intrigante.

Sueurs froides. Frissons.

On entre dans la série aussi facilement qu’on mettrait les pieds dans des chaussons. Et pourtant à l’intérieur, c’est glaçant. Flippant. On en oublie totalement le premier meurtre – celui pour lequel l’homme est incarcéré – et on focalise sur son passé. On se dit qu’il est tombé au mauvais endroit au mauvais moment… tout le temps. Tous les 10 ans, il est au mauvais endroit. Christian De Metter signe ici un thriller palpitant et la seule chose que je peux regretter, c’est finalement ce découpage en quatre temps… une histoire prenante morcelée en quatre albums. Entre chaque parution, l’attente du prochain tome.

Empathie totale pour le personnage principal avec cette même fascination que j’ai pu avoir, par exemple, pour Dexter. On connaît totalement la dangerosité du bonhomme et pourtant, on baisse la garde.

L’atmosphère est à couper au couteau. Légèrement brumeuse, l’ambiance ici donne l’impression que le danger est tapi dans le moindre recoin. On ne sait trop d’où il va surgir et pourtant, on tourne la page avec avidité, avec cette gourmandise malsaine à l’idée de tomber enfin sur le pire.

C’est simple : je suis totalement conquise et j’espère bien que la sortie du quatrième et dernier tome de cette saison sera pour vous l’occasion de la découvrir à votre tour.

NoBody

Saison 1 – Tome 3 :  Entre le ciel et l’enfer
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : octobre 2017
76 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

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NoBody, saison 1 – tome 3 – De Metter © Soleil Productions – 2017

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.

Chroniks Expresss #32

Bandes dessinées : Strange Fruit (M. Waid & J.G. Jones ; Ed. Delcourt, 2017), Une sœur (B. Vivès; Ed. Casterman, 2017), Le Coup de Prague (J-L. Fromental & M. Hyman ; Ed. Dupuis, 2017).

Jeunesse : Le petit Mozart (Augel ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Le Monde selon Garp (J. Irving ; Ed. Seuil, 1998), Les Rêves en noir et blanc (H. Vernet ; Is Edition, 2016), Le Roi n’a pas sommeil (C. Coulon ; Ed. Points, 2014), Celle qui fuit et celle qui reste (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2017).

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Bandes dessinées


Waid – Jones © Guy Delcourt Productions – 2017

1927, état du Mississippi. Le fleuve est en crue. Il s’agit de prendre les mesures nécessaires rapidement, de renforcer les digues et de mettre la population à l’abri. Alors que les Blancs enrôlent les Noirs de force afin de leur prêter main forte, Washington mandate un ingénieur noir pour alerter la population : rien ne sert de consolider les infrastructures… il faut évacuer.
La ville de Chatterlee est en alerte. Au sol c’est le branle-bas de combat, entre les travaux de terrassement et les recherches menées pour retrouver un jeune garçon qui a disparu. Dans les airs, une météorite se rapproche dangereusement vite de la Terre et se crash non loin de la petite ville… dans un champ de coton. Une météorite ? Non. Un vaisseau duquel sort un homme à la peau noire.
Le climat électrique exacerbe les tensions et les animosités. Les propriétaires terriens blancs, pris de panique, tentent d’impressionner les anciens esclaves. Le Klan envoie ses hommes pour intimider ceux qui osent les critiquer.

Le scénario imaginé par Mark Waid a de quoi intriguer. Le programme est alléchant, reste à voir comment, avec tout ces éléments, la mayonnaise peut prendre. Le personnage principal est fascinant et charismatique et l’idée d’un surhomme noir quasi mutique m’a séduite. Pour enrichir le récit, le scénariste utilise un fait historique réel en la présence de la crue de 1927 qui, outre les dégâts matériels qu’elle a provoqué, a été meurtrière. Pourtant, je me suis rapidement lassée de l’album. Je trouve que Mark Waid a voulu en faire trop et traiter trop de sujet à la fois. Il n’y a rien de réellement spectaculaire dans les événements qui ont lieu, ce sur-homme est une caricature parfaite de l’anti-héros – à l’instar de Hancock – ce qui a ici le mérite de donner de la profondeur à l’intrigue. Mais je le disais, on a là trop de sujets (le racisme, l’héroïsme, une société en mutation, l’horreur, l’individualisme, la foi, le ségrégationnisme…) et face à ce côté prolifique… on survole, on voit notre intérêt faiblir à mesure que les pages se tournent. Le personnage principal n’évolue pas, ne chemine pas. Il reste totalement étanche à ce qui se passe autour de lui, comme une mécanique programmée, comme un robot conditionné. Et l’on s’agace de le voir si prévisible. Une force de la nature sans grand intérêt si ce n’est les passions qu’il est capable de déchaîner autour de lui.

La première publication de ce roman graphique américain date de juillet 2015. La version française (parue en avril 2017 chez Delcourt) est augmentée d’un fascicule et d’un cahier graphique (de toute beauté) ; ces bonus viennent agrémenter la lecture, donner des précisions quant à la démarche des auteurs et prolonger l’univers.

Par contre côté graphique, le travail de Jeffrey G.Jones est impressionnant. Ses aquarelles sont sublimes d’un bout à l’autre de l’album et honorent la plastique tout en muscles du héros… Jeunes filles, vous ne devriez pas être déçues 😛

Un album malheureusement dispensable. Des personnages trop vite balayés, leurs personnalités tout juste esquissées, ils jouent un rôle mais ne l’incarnent pas. Ils s’agitent et s’éparpillent à l’image du scénario.

 

Vivès © Casterman – 2017

C’est l’été, le temps des grandes vacances est revenu. Pour Antoine et Titi, l’heure est revenue de retrouver la maison secondaire, à deux pas de la mer. Des semaines doucereuses à passer avec leurs parents. Mais cet été-là a rapidement un goût différent des précédents. Pas forcément pour Titi qui du haut de ses 10 ans nage encore dans l’insouciance. Mais pour Antoine qui a 13 ans, l’arrivée d’Hélène, la fille d’une amie de sa mère, va être un raz-de-marée dans sa vie. Pour lui, c’est l’été des premières fois. Premier flirt, premiers sentiments amoureux, première clope, premier verre, première pipe, … En peu de temps, Antoine va quitter définitivement l’enfance et entrer à pieds joints dans l’adolescence.

Bastien Vivès est revenu avec un album fort et sensible. Le personnage de l’adolescente m’a agréablement surprise. Dévergondée mais sans être vulgaire, forte et fragile à la fois, audacieuse et farouche, le rythme de l’album colle à ses caprices et à ses désirs. On retrouve aussi la même veine graphique que dans « Polina » : un dessin subtil qui caresse les personnages. Noir, blanc et gris suffisent pour poser avec délicatesse les mots et les maux, les pensées et les émotions qui ne trouvent pas le chemin de la parole. Les fonds de cases sont parfois nus, nous laissant ainsi savourer l’intimité d’une scène, nous laissant ainsi mesurer l’ampleur d’une peur ou la force d’un désir.

J’ai été cueillie par cet album, surprise par cette parenthèse. Je suis retournée en arrière et j’ai laissé certains souvenirs de ma propre adolescence remonter à la surface. Beau.

La bande-annonce de l’album (chez Casterman) et le site de Bastien VIVES.

 

Fromental – Hyman © Dupuis – 2017

« Hiver 1948, dans le blizzard de la capitale autrichienne sous occupation des quatre puissances. Dépêché par le studio London Films, G. travaille à l’écriture de son prochain long métrage, assisté par l’énigmatique Elizabeth Montagu. Cette dernière, dont le passé militaire et les relations l’attachent aux services secrets britanniques, découvrira bien vite que le prétexte artistique dissimule de véritables tensions politiques et que les lendemains de guerre ne sont pas toujours chantants. Cette mission en apparence paisible basculera dès lors dans l’atmosphère sournoise d’une révolution fulgurante que l’Histoire retiendra sous le nom de « coup de Prague » » (synopsis éditeur).

Je passerai vite sur cet album qui m’est tombé des mains et donc je ne connaîtrai jamais la fin. Entre romance, intrigue politique, espionnage, courses poursuites, référence littéraire… je me suis égarée dans les rue de Prague pour fuir volontairement ces héros qui m’ont tous été antipathiques.

Bonne nouvelle pour l’album : il fait partie des « 20 indispensables de l’été » de l’ACBD (au même titre que le roman graphique de Bastien Vivès dont je vous parlais plus haut) … et ça dépasse mon entendement !

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Jeunesse

 

Augel © La Boîte à bulles – 2017

Enfant déjà, Mozart n’était intéressé que par la musique. La musique l’accaparait entièrement, à chaque instant. Il composait sans cesse et en tous lieux. Il compose à n’importe quel moment de la journée, écrit ses partitions en tous lieux et sur n’importe quel support ; une barrière, un mur, le sol, des feuilles, du linge… Il joue, virtuose, il fait corps avec sa musique, en totale harmonie avec son instrument. Il fusionne avec la mélodie.

Augel imagine l’enfant que Mozart pouvait être. Un savant fou en herbe, le cheveu ébouriffé, la tête dans les étoiles et dans les portées de musique. Rien d’autre ne copte pour lui. La musique est son oxygène.

Petites scénettes plus ou moins longues (du strip à quelques pages). Petites anecdotes humoristiques au ton malicieux. On sourit souvent sans jamais parvenir au rire franc. Le ton est gentillet, il n’est jamais niais. Un brin de philosophie, un peu de poésie, tous les ingrédients sont là mais il manque un je-ne-sais-quoi pour que l’album soit abouti.

Une lecture qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

Romans

 

Irving © Seuil – 1998

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… » (synopsis éditeur).

Un livre qui m’a été offert. Un romancier que je n’avais jamais lu. Des chroniques sur ses œuvres, je n’en ai gardé aucun souvenir. J’ai donc démarré cette lecture sans aucun apriori, sans attente démesurée… seul le plaisir de découvrir une nouvelle plume, un nouveau regard… un monde, celui de Garp.

Très vite, j’ai été prise au jeu. Très vite, j’ai apprécié Jenny. John Irving ne fait aucun détour superflu pour nous permettre d’appréhender la vision que cette femme a du monde. Elle ne s’encombre pas de sentiments inutiles, elle accorde très rarement son amitié. Elle se fond dans sa fonction d’infirmière, sa blouse blanche sera sa seconde peau et se consacre entièrement à son rôle de mère. Une femme entière.

Au bout de quelques chapitres, son fils – Garp, lui volera peu à peu la vedette. Car c’est bien lui le « héros » du roman d’Irving. Le lecteur est présent lors de sa naissance, le seconde lorsqu’il fait ses premiers pas puis le suivra durant toute sa jeunesse, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte. Un personnage qui, très jeune, décide qu’il deviendra écrivain. Autour de lui, un clan se forme au fil des années, au gré des rencontres. Sa personnalité s’affirme, ses choix sont les nôtres, ses passions nous emballent au même titre que les combats qu’il mène.

Le roman s’ouvre sur une préface rédigée par l’auteur lui-même. Vingt ans séparent ces deux écrits (roman et préface). Il met un point d’honneur à expliquer que « Le Monde selon Garp » n’est pas un roman autobiographique mais que, bien évidemment, certains éléments narratifs s’inspirent logiquement d’anecdotes et/ou de rencontres réelles.

Un ouvrage dense mais jamais pompeux. Un récit généreux que l’on dévore. Des personnages haut en couleurs, des situations originales, les œuvres du personnage fictif intégralement (ou presque) reproduite dans le roman d’Irving. Le processus de création, le rapport à l’écriture, à la lecture. La transmission d’une génération à l’autre. Les prises de position. L’altruisme. La jalousie. L’infidélité. L’amitié. La tolérance. La concupiscence… Autant de thèmes traités dans ce riche roman. Prenant, drôle, revêche. Je sors repue et satisfaite de ma découverte d’Irving.

 

Vernet © Is Edition – 2016

Philea a la vie devant elle mais elle vit comme si elle allait s’arrêter demain. Elle a 25 ans, l’amour des livres. Elle en a fait son métier. Elle est libraire. Elle a une peur farouche des hommes du moins, elle a vécu une histoire avec un homme. Mais c’était avant, il y a longtemps. Elle y a laissé des plumes. Désabusée désormais, elle sait que l’amour n’existe pas. Que ce qui est beau n’est qu’éphémère. Elle n’attend plus rien des hommes. Depuis, elle a cumulé les aventures. Elle a séduit et s’est laissé séduire. Mais elle n’a plus ressenti ce qu’elle avait ressenti la première fois. Puis un jour, elle croise Theo dans une soirée. C’est à peine si elle l’a remarqué. Le lendemain, elle reçoit son premier mail. Il contient une vidéo en noir et blanc. Une chanson de Nougaro. D’autres mails viendront jusqu’à ce qu’elle accepte un rendez-vous. Elle appréhende, n’en attend rien juste de pouvoir lui dire qu’ils n’ont rien à faire ensemble. Les rendez-vous se succèdent, il lui dit ses sentiments. Elle a plus de réticences, elle résiste, elle sait que chaque relation est vouée à l’échec. Elle est séduite, amusée, surprise. Il est intelligent, « charmant. Ensorcelant. Atemporel ». Il lui plaît, il est à la fois tendre et indécent. Le désir monte en eux. En sa présence elle est bien. Une osmose. Deux âmes sœurs jusqu’à ce que les premiers doutes surgissent.

Elle étouffe sous le poids d’un bonheur dont elle pressent l’abîme.

Un roman sur le couple et sur chaque individu qui le compose. Homme, femme. Un duo à la recherche d’une harmonie. Une entité composée de deux êtres, une prolongation de chacun d’eux. S’épanouir dans le couple, s’y abandonner pour mieux s’y retrouver. Une quête de sens. Quand les sentiments s’expriment avec autant de naturel, autant de spontanéité, on cherche parfois à en comprendre la raison. Une unité fragile faite des désirs de deux personnes, un équilibre dans lequel on s’épanouit. Lorsque le couple est une telle évidence, on cherche à le préserver puis peut-être qu’on s’y habitue. Alors on n’y fait plus attention, on sent les bases vaciller et, mû par un instinct malsain, on cherche à s’en protéger. Convaincre l’autre que nos doutes sont fondés pour qu’il les démente afin de nous rassurer. Mais lorsque le poison commence à se répandre, l’autre facette du couple se répand comme une trainée de poudre.

Extrait du prologue : « L’histoire en elle-même est tout aussi banale que la fille qui l’a écrite. Pourtant, elle mérite d’être racontée ici pour rendre hommage au courage de cet homme et de cette femme qui ont essayé de s’aimer, sans attache, tout en sachant que c’était perdu d’avance, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas se sauver l’un l’autre, ni se soulager, et qu’ils mouraient un jour sans laisser aucune trace de cet amour. Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont fait l’expérience de la solitude à deux, sans jamais fléchir sous le poids de l’espoir, pour sauver la seule idée en laquelle ils croyaient : tout est perdu d’avance. Rien ne dure jamais. »

Noir – blanc. Yin – Yang. Homme – Femme. Passion – désamour. Une très belle réflexion induite par cette parenthèse conjugale. Quelle belle plume ! Hanna Vernet signe son premier roman. Je l’ai savouré, je l’ai aimée cette femme. Sa fragilité m’a touchée, ses peurs m’ont émue, ses doutes ont trouvé un écho. Superbe ! Framboise en parle magnifiquement bien dans sa chronique.

Quelques liens pour aller plus loin : la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur, la page Facebook de l’auteure.

 

Coulon © Editions Points – 2014

Thomas est l’enfant unique de William et Mary Hogan. Une enfance passée dans un cocon, dans le calme de la maison familiale, entre un père aimant mais absent et mystérieux, et une mère prévenante, protectrice et bienveillante.

Thomas est un solitaire. Comme son père, il économise ses mots, ne parle que quand c’est nécessaire. Il n’a pas d’amis excepté Paul… mais en grandissant, leurs routes vont se séparer. Thomas est un enfant sans histoires… mais en grandissant, l’alcool et les déceptions amoureuses vont l’écarter du droit chemin.

Je découvre doucement l’œuvre de Cécile Coulon. Après la claque que j’avais eue à la lecture du « Rire du grand blessé » [découvert grâce à Noukette], j’ai jeté mon dévolu sur cet autre roman. Je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles entre ces deux hommes blessés, torturés, incapables d’éprouver – par on ne sait quelle force – leurs sentiments, incapables de se laisser aller au plaisir, incapables de s’épanouir. Comme s’ils étaient coincés dans des corps trop grands pour eux, trop forts pour eux et que le seul moyen de vivre était de se protéger derrière une carapace. Ils sont cantonnés dans le rôle d’observateur impuissant, spectateur de leurs vies. L’étincelle de vie est incapable de s’allumer dans leurs yeux. Un monde brut, trop rapide et trop agressif pour eux.

Beau. Superbe. J’aime décidément cette écriture puissante de Cécile Coulon. Une écriture qui n’épargne rien aux personnages qui habitent les univers de la romancière.

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Sylire.

 

Ferrante © Gallimard – 2017

Retrouver Elena qui termine son parcours universitaire, déterminée à l’idée de s’émanciper pour ne jamais revenir dans les jupons de sa mère et refusant obstinément de revenir dans son quartier natal. Sa première relation amoureuse est désormais loin derrière elle. Elle est aujourd’hui engagée avec Pietro ; ce dernier incarne pour elle ses rêves d’ascension sociale et de réussite. Elle va se marier. Son roman est désormais publié et la jeune femme, docile, se déplace au travers de l’Italie pour en faire la promotion. C’est à l’occasion d’une séance de dédicace qu’elle retrouve Nino, un amour de jeunesse.

Retrouver Lila qui, après avoir l’opulence, est retournée à la misère. Après le luxe, retrouve l’incurie. Après les belles tenues se vêtit de nouveau de fripes. Son travail à l’usine la nourrit à peine. Elle élève tant bien que mal l’enfant qu’elle a eu de Nino.

Elles ont 25 ans et leurs vies sont aux antipodes. Elena s’installe en couple, enfante à son tour. Leurs vies semblent toutes tracées mais les deux femmes sont encore fortement dépendantes l’une de l’autre et malgré le fossé qui les sépare, leurs destins sont liés. Yin & yang à jamais enchevêtrés malgré leurs différentes. Elena est prévisible, complexée, effacée. Elle range facilement ses idéaux lorsqu’il s’agit d’assumer le rôle de mère au foyer. Lila est affaiblie mais elle reste électrique, vive, douée. Abattue par ses conditions de vie, elle accepte la misère comme si c’était le prix à payer pour ses erreurs de jeunesse.

J’ai découvert cette sage d’Elena Ferrante grâce à un billet de Framboise qui présentait les deux premiers tomes de la tétralogie « L’Amie prodigieuse » . Tentée, j’ai engouffré « L’Amie prodigieuse » puis « Le nouveau nom » … et attendu avec impatience ce troisième tome. Dans un premier temps, il y a une parfaite continuité dans le comportement du personnage principal (Elena) au point qu’on se lasse de la voir s’effacer derrière des compromis et des faux-semblants. De même, on ne s’étonne pas de voir Lila relever ses manches et saisir au vol une opportunité inespérée de sortir de l’incurie dans laquelle elle vivait.

Contre toute attente, Elena Ferrante met le feu aux poudres et nous surprend. La romancière nous montre que rien n’est joué d’avance. Un vent de folie emporte le récit vers de nouvelles perspectives et c’est une énorme claque que l’on prend en refermant cet opus. Ce troisième tome est de loin mon préféré. Il me tarde le suivant !!

Le Sourire du Chien (Trankova)

Trankova © Intervalles – 2017

John et Emilia ont prévu de faire un séjour à Sofia pour leur lune de miel. Pour elle, c’est une émotion que de revenir en Bulgarie après tant d’années. Revoir sa famille, ses amies… Emilia est assez nerveuse. Quant à John, il va rencontrer pour la première fois ses beaux-parents, son beau-frère et toute la famille. Il sait que ce moment est important pour sa femme.
John est un journaliste américain. Envisager de rester statique et inactif pendant la durée de son séjour est pour lui une hérésie c’est pourquoi Emilia ne s’étonne pas quand elle voit John s’activer ; leur arrivée en Bulgarie coïncide avec un meurtre qui défraye l’actualité et John décide d’enquêter en free-lance. Il active son réseau et est rapidement mit en lien avec Maya, une archéologue-journaliste qui travaille dans un journal bulgare. Elle l’emmène sur les lieux du crime et accepte de faire l’interprète pour les interviews de John. Il en résulte la rédaction d’un article que John va parvenir à vendre pour qu’il soit édité sur certains espaces éditoriaux. Mais quelques jours à peine après la fin de leur collaboration, les médias informe qu’un second meurtre a eu lieu. Le duo se reforme et de nouveau, Maya et John sillonne les routes bulgares en quête d’indices.

« Aimantés par une attraction croissante, ils traversent un pays singulier marqué non seulement par les rituels d’une civilisation ancienne et ses sanctuaires en pierre, mais aussi par les séquelles traumatiques de la chute du régime communiste. Bientôt, les deux journalistes se retrouvent plongés dans une enquête haletante sur des assassinats sadiques où des rituels de sang datant de l’époque thrace, des petits et grands chasseurs de trésors, la cosmologie, une sinistre secte secrète et les théories de Mircea Eliade se mélangent. Dans une société post-totalitaire où les apparences sont trompeuses, John et Maya commencent à entrevoir que la seule chose plus dangereuse qu’un serial killer en liberté est la vigueur de la mafia bulgare des années 2010 » (extrait du synopsis de l’éditeur).

Le premier chapitre de ce thriller bulgare nous fait vivre le premier meurtre. Sans rien connaître des protagonistes présents, sans obtenir le nom de la victime ou de son agresseur, nous assistons impuissants au sacrifice d’un homme. Dans quelle mesure ce dernier a-t-il contribué à sa perte, nous ne le saurons pas non plus quoiqu’il en soit, l’ouvrage commence fort, nous assaille à la gorge et promet déjà quelques scènes où notre sang ne fera qu’un tour.

Organisé en plusieurs chapitres de taille variable, l’intrigue alterne les scènes où tantôt John est sur le terrain – totalement pris par son enquête, et les temps qu’il passe dans la famille de sa femme. Si les deux univers s’équilibrent dans le premier tiers du roman, l’enquête finit par accaparer le journaliste américain à tel point que cela en devient une obsession. On sent aussi que cette enquête sert de prétexte au duo de journalistes qui s’aident des investigations à mener pour justifier leur allées et venues pour passer du temps ensemble. Au début, ils planifient leurs déplacements sur une journée puis ils vont sortir de cette organisation fonctionnelle et organiser leurs recherches sur des durées plus longues. A mesure que l’on s’enfonce dans l’intrigue, la tension se fait plus pressante et leur attirance respective devient palpable.

Dimana Trankova est elle-même archéologue de formation. Devenue journaliste par la suite, on sent qu’elle maîtrise son sujet et que les éléments historiques et scientifiques ne sont pas employés à la légère, qu’elles ne sont pas un artefact. Qui plus est, en amenant ses personnages à explorer les différents sites archéologiques bulgares et à traverser les régions de ce pays en pleine crise d’identité, c’est toute l’histoire d’un peuple qu’elle nous transmet. Son récit est peuplé de références historiques, sociologiques, économiques, politiques… et loin d’être abrutissant, ces légères digressions nourrissent l’intrigue sans jamais nous égarer.

En revanche, là où le bât blesse, c’est sur la difficulté qu’à l’auteur de maintenir la tension. Excepté le premier chapitre qui nous plonge dans une scène électrique où la violence ne se contente pas d’être simplement suggérée, le lecteur n’assistera pas (ou très rarement aux autres meurtres rituels). De plus, si Dimana Trankova prend le temps de travailler le dénouement (il fait l’objet de la troisième et dernière partie de l’album), elle nous noie dans une longue scène invraisemblable et manquant cruellement de crédibilité. En opérant ainsi un virage radical dans l’enchaînement des événements, elle place son duo de personnage principal dans une posture difficilement imaginable. En moins de temps qu’il nous en faut pour analyser la situation, on intègre qu’ils vont être liquidés avant d’effectuer une pirouette inconcevable qui leur permettra de retourner la situation à leur avantage. On attendait pourtant énormément de ce face à face et le voilà trop rapidement balayé, donnant presque l’impression que le prédateur après lequel les journalistes courraient n’est qu’un bouffon. Puis, nouveau retournement de situation qui conduit nos héros dans un nid de guêpe, qui nous impose une scène atrocement longue et ennuyeuse durant laquelle nous obtiendront des réponses à certaines questions mais aussi de nouvelles interrogations quant au bien-fondé des meurtres. Il s’agit presque d’une seconde intrigue. Cela donne lieu à un chapitre d’une grosse quarantaine de pages, il m’a fallu près de trois semaines pour en venir à bout tant rien de ce qui s’y passe me semble censé, probable, justifié. En somme, tout le plaisir que j’avais eu à lire cet ouvrage et tout le plaisir que j’avais eu à côtoyer le couple de personnages principaux ont été élimés jusqu’à la moelle. Et c’est bien dommage.

Le Sourire du chien

Editeur : Intervalles
Auteur : Dimana TRANKOVA
Traducteur : Marie VRINAT
Dépôt légal : mai 2017
591 pages, 21,90 euros, ISBN : 978-2-36956-054-8

Intempérie (Rey)

Rey © Dupuis – 2017

Il part.

Il fuit le tête-à-tête avec son père mais c’est avant tout pour se soustraire de la brutalité et des coups de ce dernier qu’il part. Au début, il se cache dans les terriers creusés par les animaux pour que les hommes qui sont à sa recherche ne le trouvent pas. Puis, la nuit, il poursuit son ascension toujours plus loin vers le Nord jusqu’à s’échouer sur le campement de fortune d’un vieux berger. L’homme le prend sous son aile et va tenter d’apprivoiser l’enfant.
Sur les traces de l’enfant, un chasseur de prime sans pitié est chargé de ramener l’enfant à son bourreau.

Un dessin anguleux qui sert la vision d’un monde agressif et sans pitié. Seul ces paysages espagnols arides, un enfant est aux abois. Ses nuits sont peuplées de cauchemars où, telle une petite Alice, il revit sa fuite à l’infini et tente de se faufiler dans des portes qui freinent sa progression et l’empêchent de se mettre à l’abri des molosses qui veulent le dévorer.

Les échanges sont rares entre les personnages, réduits à l’essentiel comme s’ils avaient le souci d’économiser leur salive. Les propos sont laconiques et donnent l’impression au lecteur qu’il y a comme une urgence à lire ce récit, à tourner les pages comme si, nous aussi, nous étions aspirés par la fugue de l’enfant… un enfant qui court pour sa survie.

Javi Rey a réalisé un album qui nous coupe le souffle, qui nous coupe les jambes… il nous fige face à l’album que l’on dévore avec un mélange de frénésie et d’appréhension. Adapté de l’œuvre éponyme de Jesús Carrasco, « Intempérie » mêle le roman d’apprentissage au thriller qui glace le sang. De fait, il y a une alternance entre des passages très apaisants et tendres et des temps plus anxiogènes.

Les couleurs délavées de l’album font ressentir l’inhospitalité de ces paysages désertiques que le vieil homme et l’enfant traversent. Nul doute qu’on aspire à quitter ce décor le plus rapidement possible. On souhaite s’extraire des morsures de la chaleur assommante des lieux, de cette vie rude imposée par le vagabondage et la fuite. On aspire à ce que les personnages trouvent un havre de paix et y mangent à leur faim. On colle à la peau de l’enfant, on se blottit sous son aisselle dans l’espoir d’y trouver le refuge qui lui fait défaut. Par moment, on a envie de rugir face aux violences qui lui sont faites. On a envie de lui hurler de suivre ce vieil homme bienveillant mais l’enfant est rongé par l’angoisse et les souvenirs des maltraitances qu’il a subies le poussent à se méfier de l’adulte. Pourtant, si l’enfant survit encore, c’est bien grâce à cet inconnu.

Une ambiance à couper au couteau. Un récit addictif et haletant. Une intrigue qui se déroule dans une atmosphère électrique mais on s’engouffre dans cet album comme si on était hypnotisé. Superbe.

Extrait :

« Il s’était enfui de chez lui précipitamment, le jour où il n’avait pu en supporter davantage » (Intempérie).

Intempérie

One Shot
Adapté du roman de Jesús CARRASCO
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Javi REY
Traducteur : Alexandra CARRASCO
Dépôt légal : juin 2017
152 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-7159-3

Bulles bulles bulles…

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Intempérie – Rey © Dupuis – 2017

La « BD de la semaine » est aussi chez :

Blandine :                            Amandine :                                   Mylène :

Jérôme :                                 Antigone :                                  Enna :

Fanny :                              Noukette :                                   Nathalie :

Caro :                                    Jacques :                                        Karine :

Keisha :                                      Sabine :                                  EstelleCalim :

 

Hélène :                                 Itzamna :

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Philippine Lomar, tome 2 (Zay & Blondin)

Zay – Blondin © Editions de la Gouttière – 2017

Philippine est une adolescente de 13 ans qui vit seule avec sa mère sourde et muette. Toutes deux ont une belle relation complice. A la maison, Philippe est une jeune fille posée qui fait tout pour ne pas inquiéter sa mère… mais son côté espiègle la trahit plus qu’elle ne le croit.
En dehors du cocon familial, c’est une autre histoire. La collégienne a une vie bien remplie. Après les cours, elle va à ses entraînements de boxe et quand elle ne boxe pas, elle enquête. Son portable peut sonner à n’importe quel moment de la journée, elle répond, enregistre les premières informations et commence déjà à dégager quelques pistes pour ses investigations.

Pourquoi ai-je décidé de me lancer là-dedans ? Tout d’abord parce que les privés sont rarement des femmes. Ensuite parce que les détectives ne sont jamais des ados. Et surtout, parce que tout le monde m’a vivement déconseillé de le faire, mais comme je suis plus têtue qu’un têtard tentant de tenir tête à une tortue tenace, je suis donc devenue détective privée, voilà !

Ce jour-là, Philippine est contactée par la sœur d’une victime qui lui relate des faits pour le moins troublants. En gros, Philippine va devoir comprendre pourquoi un jeune caïd de cité flirte avec une adolescente grosse et boutonneuse ! Et pourquoi cette dernière est-elle devenue suicidaire depuis qu’elle vit cette idylle ?

Nous avions fait la connaissance de Philippine Lomar il y a un an alors qu’elle menait une enquête visant à faire tomber des racketteurs (voir chronique du premier tome).

On retrouve l’univers plein d’entrain de l’adolescente, le ton ironique de ses répliques, son sens de l’humour et sa faculté à relativiser la moindre difficulté. L’héroïne de Dominique Zay n’a pas froid aux yeux face au danger et fait preuve d’un sang-froid aussi impressionnant que crédible. Tout se tient dans la personnalité de la jeune enquêtrice et le lecteur lui emboîte le pas sans sourciller. Philippine est une jeune fille épanouie qui peut compter sur un bon réseau amical afin de démêler les nœuds de ses enquêtes. Malgré son jeune âge, Philippine trouve toujours des ressources dans son réseau amical pour lui donner un coup de main, lui donner une information qu’elle saura utiliser, la véhiculer, etc. Voilà le portrait d’une adolescente épanouie et résolue à faire reculer la délinquance.

Le dessin de Greg Blondin est au moins aussi entraînant que le personnage principal. Le trait rond et généreux ne s’encombre d’aucun détail superflu. Une expression, un geste, le dessinateur va à l’essentiel de manière aussi directe que Philippine lorsqu’elle a une réflexion à faire. Le dessin simplifie l’intrigue, la complète visuellement et s’occupe de transmettre tout ce qui relève des émotions, permettant ainsi au scénario de se concentrer sur l’intrigue et de faire fuser les répliques à un rythme assez soutenu (pour un univers jeunesse).

Beaucoup de franchise et de l’envie d’aller de l’avant, de faire tomber barrière, préjugés et complexes, voilà les leçons de vie que l’on peut aussi retenir de cette série jeunesse. Un très bon deuxième tome et un univers qui plait beaucoup aux jeunes lecteurs, filles ou garçons.

Philippine Lomar

Tome 2
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Greg BLONDIN
Scénariste : Dominique ZAY
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12,70 euros, ISBN : 979-10-92111-51-4

Bulles bulles bulles…

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Philippine Lomar, tome 2 – Zay – Blondin © Editions de la Gouttière – 2017

NoBody, tome 2 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

En 2007, un homme est interpellé sur les lieux d’un crime. Il s’accuse du meurtre de son coéquipier. Son corps est recouvert de sang mais ce n’est visiblement pas le sien. Placé en détention, le détenu demande à être exécuté mais le juge demande une expertise psychologique pour établir son profil ainsi que les chefs d’inculpation. Pendant un an, les psychologues défilent sans parvenir à entrer en communication avec lui. Ils butent sur cet homme sarcastique, retors et ombrageux. Il impressionne. Sa voix tonne, sa carrure est imposante et son corps est recouvert de tatouages. Son charisme tient en respect les experts jusqu’à ce que Beatriz Brenwan, une jeune psychologue, intervienne à son tour. Entre eux, une relation de confiance va naître et au fil des entretiens, l’homme qui se fait appeler Nobody se confie.
Après l’adolescence et la première mission d’infiltration (voir tome 1), le récit se poursuit. Nous sommes maintenant en 1978, le personnage est maintenant proche de la trentaine. Désormais, le FBI l’a intégré dans ses effectifs. Les missions qu’on lui confie sont plus délicates. Il s’agit maintenant d’infiltrer un gang de bikers un-pourcentistes : les Napalm’s Soldiers. Il raconte sa vérité à la jeune thérapeute. Charge à elle d’objectiver les faits.

« – Bien. ‘Faut pas me mentir. Je vous dis la vérité.
– Votre vérité.
– Ah ! Ah ! Mais ma vérité est-elle la vérité ? »

Les premières pages nous replongent dans ce face à face carcéral où chaque protagoniste oscille entre confiance et méfiance. Entre eux, une distance respectueuse semble les préserver. Rappelez-vous dans « Le Silence des Agneaux », cette étrange et fascinante relation qui liait Hannibal Lecter et Clarice Starling…

Christian De Metter prend un malin plaisir à soigner l’ambiance de ce thriller psychologique et maintient le suspense. Dans ce tome, on oublie l’enquête pour meurtre qui est en cours et on en apprend davantage sur le parcours atypique de cet homme que le FBI a utilisé pour mener à bien des missions délicates et d’une rare violence. Un agent-caméléon contraint de jouer un rôle, habitué à se fondre dans la psyché des personnages qu’il devait incarner… au point d’y laisser son âme. Jeté très tôt dans la gueule du loup, quasiment seul sur le terrain, il s’est construit une carapace derrière laquelle il s’est réfugié. Il fait preuve d’un sang-froid redoutable. De fait, on hésite en permanence durant la lecture. On sait qu’il joue double-jeu mais on se sait jamais sur quel pied il danse, on ne sait jamais quelles informations il détourne ni la part de mensonge qu’elles contiennent.

Le trait parfois charbonneux nous montre des scènes d’une rare violence. Avec autant de finesse et de sournoiserie que le personnage principal, elle est largement suggérée. Torture, viol, amputation… les sueurs froides nous parcourent l’échine durant la lecture. L’image même des gangs de motards proches des Hells Angels suffit à elle seule à nous faire fantasmer toute la violence contenue entre ces cases. On suffoque de plaisir, la tension est électrique mais le lecteur est accroché à ce récit comme une moule à son rocher. On aimerait parfois revenir dans cette cellule où a lieu l’interrogatoire. Face à la violence de certains passages, le confinement carcéral nous semble finalement être un havre protecteur.

La mise en couleur de ces planches est superbe, le rythme est haletant. J’ai totalement plongé dans cet univers où l’on côtoie le trio diabolique des armes, du sexe et de la drogue. Le personnage principal évolue sur un fil ; le moindre faux-pas lui sera fatal. Est-il fou ou ne l’est-il pas ? Est-il dangereux ou la simple victime d’un piège qui s’est refermé sur lui ? Si Christian De Metter maintient son rythme de croisière, le troisième tome devrait débarquer à la rentrée… Je m’en régale d’avance.

Ma chronique du tome 1.

NoBody

Tome 2 : Rouler avec le diable
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2017
76 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

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NoBody, tome 2 – De Metter © Soleil Productions – 2017