Quelques jours à vivre (Bétaucourt & Perret)

Bétaucourt – Perret © Guy Delcourt Productions – 2017

Unité de soins palliatifs de Roubaix.

En 2016, 295 patients ont été accueillis dans le service. La durée moyenne d’hospitalisation est de 11 jours.

C’est avec l’arrivée de Juliette – élève infirmière – que l’on fait connaissance avec l’équipe du Docteur Heuclin. Une équipe dynamique composée d’infirmiers, d’aides-soignants, d’une psychologue et de bénévoles (visiteurs médicaux).

Très vite, nous découvrons les rituels quotidiens de l’unité. La journée commence par une réunion matinale durant laquelle les équipes débriefent : l’équipe de nuit fait le relai à l’équipe de jour en parlant de l’état de santé de chaque patient. Une réunion conviviale avec café et croissants, boutades et complicités. Vient ensuite le moment de visiter les malades ; le Docteur Heuclin prend le temps de faire le point avec chacun d’entre eux. Le reste de la journée, l’équipe se relaye autant que possible, bienveillante et organisée, pour assurer la qualité de l’accompagnement des malades et de leurs familles.

Accompagner un individu et ses proches dans leurs derniers instants, aider les uns et les autres à libérer leur parole. Un quotidien de travail souvent douloureux, chaque décès est un « micro-deuil » pour ses soignants.

On est là pour soigner, pas pour guérir.

Je commence à bien apprécier le travail de Xavier Bétaucourt ; j’ai lu deux des trois albums qu’il a publiés sur les deux dernières années et je n’ai pas eu le soupçon d’une déception (avec une préférence marquée pour « Le Grand A » publié aux éditions Futuropolis). J’avais donc très envie de découvrir son dernier-né : « Quelques jours à vivre » .

Londres, 1948. L’infirmière Cicely Saunders accompagne David Tasma, un immigré juif polonais de 40 ans, dans ses derniers jours. Il meurt, seul, d’un cancer. Il a certes besoin d’une prise en charge de la douleur mais surtout, il a besoin de se raconter. Alors ils parlent. Ensemble, ils imaginent un havre où les mourants pourraient trouver la paix dans leurs derniers jours. A sa mort, il lègue 500 livres sterling pour créer ce lieu où les soins seraient plus personnalisés. Où l’on s’occuperait de la douleur et où l’on écouterait les malades.

Le scénario est assez riche car il prend le temps de montrer l’évolution de la prise en charge du malade au travers des siècles, la lente prise de conscience (en France) de la nécessité de mettre en place des unités de soins palliatifs. Loin d’apporter de la lourdeur au propos, ces temps de récit plus didactiques offrent au contraire une respiration dans « l’histoire » de l’unité roubaisienne. Car au cœur de cette unité, des vies sont sur un fil et l’équipe œuvre pour accompagner au mieux chaque personne jusqu’au dernier souffle.

Massages, hypnose, parole, présence, médication, caresse, baiser, rire… chaque soignant veille à sa manière, avec douceur, bienveillance, empathie et toute la technicité de sa profession. Au dessin, Olivier Perret ( « Il fera beau demain » , « Journées rouges et boulettes bleues » ) caresse à son tour les personnages et donne à l’ambiance un côté apaisant. Sans pathos et respectant l’intimité de chaque patient, il illustre avec beaucoup de délicatesse les scènes de vies qui s’offrent à nous. Il parvient à accompagner la voix de chaque personne amenée à témoigner dans cet album (en l’occurrence, il s’agit de l’équipe de soignants) et donne beaucoup de profondeur à ce récit choral. Le dessinateur s’attarde également sur de nombreux détails graphiques qui montrent la volonté des professionnels à porter jusqu’au dernier instant les corps fatigués qui sont alités dans les chambres de l’unité.

Pour avoir passé quelques jours dans une unité de soins palliatifs cet été, j’ai retrouvé dans l’album cette ambiance calfeutrée, chaude et lumineuse. Un instant de lecture suspendu entre ici et ailleurs pour mettre des mots sur la fin de vie et saluer le travail d’accompagnement réalisé par ces équipes de soignants.

Sur le même thème, j’avais aussi fort apprécié « Journal d’un adieu » de Pietro Scarnera.

La chronique d’Alice.

Quelques jours à vivre

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
Dessinateur : Olivier PERRET
Scénariste : Xavier BETAUCOURT
Dépôt légal : septembre 2017
128 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-7560-8226-4

Bulles bulles bulles…

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Quelques jours à vivre – Bétaucourt – Perret © Guy Delcourt Productions – 2017

Baddawi (Abdelrazaq)

Abdelrazaq © Steinkis – 2018

« Baddawi relate l’histoire d’un jeune Palestinien de 1959 à 1980. Sa fille, l’auteure de cet ouvrage, est née aux Etats-Unis et est très investie dans la lutte en faveur de la cause palestinienne. Son récit et sa manière de présenter certains faits sont forcément subjectifs. » … l’éditeur donne le ton dans un avant-propos éclairant.

La lecture peut enfin commencer…

… mais j’ai pourtant refermé le livre pour observer de nouveau cet objet. Un petit format (19 * 21 cm), presque un carré. Une couverture douce et cartonnée. Des motifs symétriques identiques à ceux que j’ai pu apercevoir dans l’album en le feuilletant. Leila Abdelrazaq nous éclaire à ce sujet : « Il s’agit de dessins typiques de la broderie traditionnelle palestinienne appelée tatreez. » Un enfant qui nous tourne le dos, pieds nus et tee-shirt rayé, mains croisées, stoïque. Il regarde. Quoi ? Peut-être regarde-t-il le chemin qu’il a parcouru jusqu’à aujourd’hui ? … alors ouvrons donc ce livre.

Après l’avant-propos de l’éditeur, la préface de l’auteure. Elle nous dit son père, elle nous dit la rupture, la guerre de 1948, l’exil de milliers de personnes. Elle nous cet enfant que l’on voit de dos sur la couverture, il s’appelle Handala ; c’est un personnage crée en 1975 par Naji al-Ali – caricaturiste palestinien – qui « apparaît toujours le dos tourné au lecteur et les mains croisées derrière lui, au milieu des événements politiques représentés sur les vignettes. Naji al-Ali avait promis qu’Handala grandirait et que le monde découvrirait son visage quand le peuple palestinien serait libre et autorisé à rentrer chez lui » … le dessinateur a été assassiné en 1987… son personnage est devenu l’un des symboles de la résistance palestinienne.

Leila Abdelrazaq nous raconte Ahmed, son père.

Safsaf signifie « saule pleureur » . C’est le nom du village natal de la famille de l’auteure au Nord de la Palestine. Après le massacre des hommes du village par des soldats israéliens, les grands-parents de Leila se réfugient au Liban, au camp de Baddawi. Son père y est né et y a grandi au milieu de sa fratrie. Il raconte la vie à l’école et les codes de la vie du camp. Il nous ouvre aussi à toute la culture palestinienne, des spécialités culinaires aux traditions religieuses. Puis, c’est le départ pour Beyrouth

« Baddawi » nous dit aussi les espoirs d’un peuple de rentrer enfin sur sa terre, de retrouver enfin son foyer. 1967 fut l’année de la défaite de l’armée palestinienne, celle du début de l’occupation de la Bande de Gaza, celle des espoirs envolés, la nécessité de continuer à vivre en tant qu’exilé… un sans terre.

Leila Abdelrazaq offre un visage à l’enfant Handala. C’est celui de son père, un garçon que l’on reconnaît entre tous avec son tee-shirt rayé. Le ton est léger, légèrement insouciant, au début de l’album du moins. En grandissant, sa perception des choses change…

La guerre est omniprésente. Elle marque de son empreinte les façades des maisons, elle oblige les gens à modifier leurs habitudes, à prendre une autre route que celle empruntée d’habitude pour aller d’un endroit à un autre… éviter un quartier le temps que les corps soient enlevés… restés cloîtrés à la maison plutôt que d’aller à l’école. Pourtant, Leila Abdelrazaq ne va jamais jusqu’à la rendre oppressante. Malgré les conflits, la vie continue et reprend ses droits. En s’appuyant sur des anecdotes de l’enfance de son père, l’auteure s’attarde davantage sur le quotidien au camp. Si la violence est là, elle n’est présente quand dans les propos de l’enfant ; peu de chars, de soldats israéliens ou libanais… Ahmed (le personnage principal) en parle surtout pour dire comment cela impacte son quotidien.

Un regard sur le conflit israélo-palestinien.

Baddawi

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Leila ABDELRAZAQ
Traduction : Marie GIUDICELLI
Dépôt légal : janvier 2018
128 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36846-074-0

Bulles bulles bulles…

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Baddawi – Abdelrazaq © Steinkis – 2018

Seule (Lapière & Efa)

Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Espagne, fin de l’été. Dans ce village de Catalogne, le calme n’est qu’apparent. Ailleurs, aux portes de ce village, la guerre gronde.

Lola a sept ans et ne se rappelle plus de ses parents. Séparée d’eux depuis trois ans pour une raison qui lui échappe, elle baguenaude à la manière des enfants.

Tous les soirs, allongée sur sa paillasse faite de feuilles de maïs séchées, l’enfant faisait des exercices de mémoire. Elle cherchait à ne pas oublier les visages de sa mère et de son père. Ce n’est pas facile de lutter contre le temps, ce n’est pas ce qui est demandé à une enfant de cet âge-là.

Les jours se suivent et Lola regarde les cochons et s’amuse avec des riens. Son grand-père lui a expliqué que le pays était en guerre mais Lola, du haut de ses sept ans, n’y comprend pas grand-chose. Et puis de guerre ici, elle ne voit rien. La vie se poursuit comme avant.

Jusqu’au jour-où la guerre devient une réalité. Où le bruit des bombes lâchées par les avions franquistes fait trembler les murs des maisons en pleine nuit, détruisant tout et obligeant les villageois à prendre la fuite. S’ouvre alors une période de sa vie où Lola va devoir apprendre à vivre dans les bois avec ses grands-parents pour tenter de survivre.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on apprend que « L’histoire de Seule est basée sur les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa, qui lui a raconté son incroyable périple à travers un pays en guerre » .

Ricard Efa dessine. Il nous montre ces paysages d’une autre époque, d’un temps où notre partie du continent ne trouvait pas encore le repos pacifique comme aujourd’hui. Vivre dans un pays occupé, dans un pays déchiré, nous ne connaissons plus. C’est délicatement que l’illustrateur nous montre l’envers du décor, qu’il accompagne un scénario qui contient bien plus de violence que ces tableaux qui s’exposent à notre regard. Nous ne sommes pas heurtés par les affres de la guerre. Le dessin est délicat, les couleurs sont printanières, Lola est rayonnante et échappe aux griffes du conflit et cela est en grande partie dû à son jeune âge. On évolue comme dans un tableau de Monet (peintre sur lequel il avait travaillé à l’occasion d’un précédent album réalisé avec Salva Rubio). Des touches de lumière se posent naturellement sur la végétation et adoucissent la chaleur étouffante de l’été.

La guerre découpe les familles.

Denis Lapière quant à lui couche si bien sur papier le témoignage de Lola qu’on a l’impression qu’il la connaît personnellement. Son meilleur récit reste pour moi « Le Bar du vieux français » mais j’ai retrouvé ici cette étroite relation avec le personnage permettant une forme d’attachement. Est-ce le fait que l’héroïne est une enfant qui provoque ainsi autant d’empathie chez le lecteur ? Quoi qu’il en soit, voilà une belle plongée teinte de nostalgie dans les méandres de la guerre civile espagnole.

Un témoignage tout en douceur qui ouvre une fenêtre sur un épisode douloureux de l’histoire espagnole. J’ai bien aimé.

La chronique de Mylène.

Seule – D’après les souvenirs de Lola

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Ricard EFA
Scénariste : Denis LAPIERE
Dépôt légal : janvier 2018
72 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-7548-2099-8

Bulles bulles bulles…

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Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

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Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

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Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

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Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.

Les Damnés de la Commune, tome 1 (Meyssan)

Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017

Paris, de nos jours. En flânant dans la ville, Raphaël Meyssan laisse aller ses pensées. Ses pas le conduisent à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Il pousse la lourde porte en bois, entre, s’imprègne des lieux. En déambulant dans les salles, il les rayonnages. Ses doigts s’arrêtent sur un livre qu’il retire de l’étagère. En le feuilletant, il tombe nez-à-nez sur le nom de Lavalette non pas parce que ce nom lui était familier mais parce que l’adresse à laquelle cet homme habitait est celle de son propre immeuble.

Raphaël Meyssan décide alors de partir sur les traces de ce vieux voisin. De bibliothèques en bibliothèques, de la Bibliothèque historique de la ville de Paris aux archives de la Préfecture de Police ou celles de l’Armée, Rapahël Meyssan retrouve quantité d’archives d’époque : courriers, comptes-rendus, gravures, textes, rapports de Police, articles de presse… En allant à la rencontre de Lavalette, un Communard pur et dur, Raphaël Mayssan découvre toute une époque. L’Empire, la commande de Napoléon III à Haussmann, la guerre contre la Prusse… Sans compter le journal intime de Victorine, une parisienne ordinaire habitant un quartier populaire, qu’il découvre par hasard va l’accompagner dans ses recherches et l’aider à partir à la rencontre de ce Paris historique et être au cœur des événements de la Commune de Paris.

Les Damnés de la Commune, tome 1 – Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017

 

Un album atypique. Pour le construire, Raphaël Meyssan a mené des recherches dans les archives pendant près de 6 ans. Pendant 6 ans, il consulte, découvre, résume, lit des documents d’époque. Coupure de presse, rapports de Police, témoignages… il croise les informations trouvées, reconstruit la chronologie des événements et livre un récit mêlant un peu de fiction. Face aux données inconnues que les textes historiques passent sous silence, l’auteur crée le liant narratif nécessaire pour que le lecteur se place dans ce décor historique assez électrique. On vit les événements comme si on y était.

La percée des artères parisiennes dirigée par Haussmann. La publication des « Misérables » . La guerre contre la Prusse, Paris assiégée dont la vie est rythmée par les obus qui perfore ses quartiers. Paris réduite à la famine, le terrible hiver 1870 et ses interminables files de parisiens qui cherchent à se réapprovisionner ; c’est la famine et le peuple en vient à tuer les animaux captifs des zoos pour se nourrir. Puis il y a cette effervescence politique, l’hypocrisie et la frilosité des uns contre l’opposition militante des autres… ces Communards. Des noms comme Lavalette bien sûr mais aussi Gustave Flourens, Louise Michel, Jules Ferry, Léon Gambetta… pour ne citer qu’eux.

Graphiquement, cet album est une compilation des quelques 15000 gravures qu’il a scanné auxquelles s’ajoutent des coupures de presse et des comptes-rendus de diverses natures [comme je le précisais plus haut, nous avons des rapports de Police, des extraits de lettres, journal de bord, témoignages…]. En fin d’album, une carte de Paris de cette époque et les références de toutes les gravures exploitées ici. Graphiquement donc il y a un réel « cachet d’époque » qui nous permet d’apprécier quantités de détails que ce soit au niveau de l’architecture ou de la mode vestimentaire de cette période.

Un ouvrage didactique plutôt entraînant même si je ne suis pas totalement parvenue à entrer dans l’album. C’est un peu long sur certains passages (et une petite précision Monsieur Meyssan : ce n’est pas toute la Lorraine qui a été concédée aux Allemands en 1871… du coup, malgré votre volonté e précision, je me demande tout de même si d’autres « étourderies » se nichent dans votre récit ?).

Une petite lecture commune avec Sieur Jérôme que nous partageons pour ce mercredi « BD de la semaine » qui se réunit chez Stephie !

Les Damnés de la Commune

Tome 1 : A la recherche de Lavalette
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Histoire & Histoires
Scénariste : Raphaël MEYSSAN
Dépôt légal : novembre 2017
144 pages, 23.95 euros, ISBN : 978-2-4130-0233-8

Bulles bulles bulles…

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Les Damnés de la Commune, tome 1 – Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017

Ma vie dans les bois, tome 1 (Morimura)

Morimura © Akata – 2017

En 2005, saturé par la vie citadine, lassé de cette vie matérielle et consumériste, l’auteur décide de tout planter et d’aller vivre à la montagne avec sa femme.

Ne sommes-nous pas tous épuisés, à force de bosser jusqu’au ras-le-bol ? A-t-on vraiment besoin de toutes ces choses pour être heureux ? (…) Repartons de zéro, en nous installant dans une montagne inexplorée avec nos corps comme seules richesses.

Petit monsieur qui approche la soixantaine et à l’aspect bonhomme et avenant, Shin avant pourtant tout du japonais sédentaire, bedonnant et incapable de faire quoi que ce soi avec ses mains… excepté des mangas. Têtu comme une mule et malgré le scepticisme amusé de sa femme, il finit par trouver l’endroit idéal pour mener à bien son projet. Un endroit loin de tout et qui n’a de valeur aux yeux de personne.

L’aventure commence avec bien peu de chose et bien peu d’outils. En compagnie de Hime, son Terre-Neuve, Shin se met au travail. Il opte alors pour un mode de vie en autarcie, s’en remet aux caprices de la nature et au cycle des saisons. La nature a désormais peu de secrets pour lui. Fruits, légumes, insectes… il apprend peu à peu compléter ses propres connaissances en observant la nature et en faisant tout pour vivre en harmonie avec la faune et la flore.

Shin Morimura a réalisé un témoignage frais, intéressant et tout à fait original. Je me suis un moment posée la question de savoir si c’était une autofiction, une sorte de délire dans lequel l’auteur se projetait. Jusqu’à ce que j’arrête de me la poser en me disant, dans un premier temps, que la réponse n’apportait rien de plus comparée au plaisir de lire ce tome et puis… Peu à peu, les détails, les anecdotes, cet entêtement presque maladif de l’auteur à défricher et à déboiser une grande parcelle du terrain qu’il a acheté, à terrasser, à bâtir sa maison en bois, à aménager l’intérieur et ses alentours, à commencer à penser autrement son alimentation… on se dit que tout cela est vrai. Qu’on a là une matière autobiographique dans les mains et on ne peut qu’admirer – un peu époustouflés – ce que cet homme a entrepris.

C’est le genre de manga qui me réconcilierait presque avec les mangas ; cela fait quelques années déjà que je n’en lis presque plus car j’ai l’impression d’y lire un peu toujours la même chose (surtout pour les mangas de petit format). Côté graphique aussi, j’ai l’impression que les dessins des albums asiatiques pourraient presque être transposés d’un album à l’autre sans que j’y voie de différence.

Ce témoignage m’a plus, parce que l’optimisme et la bonne humeur qu’il contient sont contagieux. Parce que l’auteur repense totalement nos modes de vies qui sont calqués les uns sur les autres. Il bouscule ce métro-boulot-dodo qui n’épanouit finalement plus grand monde. Il jette par la fenêtre tout ce qui est lié à la société de consommation : profit, rentabilité, propriété, consommation, surconsommation…

Sur un coup de tête, il décide donc de donner vie à sa nouvelle vie. Ses mains de mangakas et son corps de citadin vont être mis à rude épreuve. Et la manière dont il réagit face aux imprévus m’a séduite autant que la joie presque enfantine qu’il ressent lors qu’il arrive à la force du poignet à faire sortir sa maison de terre… et tout le reste.

Habituellement, je ne lis pas de mangas (pour des raisons qui seraient bien trop longues à expliquer). Me voilà pourtant invitée par Jérôme à lire… l’idée étant de remuer un peu mes aprioris. Défi lancé, défi relevé, défi réussi. Je vous invite à lire la chronique de Jérôme.

Autre chronique en ligne : celle de Bidib.

Ma vie dans les bois

Tome 1 : Ecoconstruction
Série en cours
Editeur : Akata
Collection : Akata – Seinen
Dessinateur / Scénariste : Shin MORIMURA
Dépôt légal : août 2017
144 pages, 7.50 euros, ISBN : 978-2-36-974230-2

Bulles bulles bulles…

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Ma vie dans les bois, tome 1 – Morimura © Akata – 2017

Maria et Salazar (Walter)

Walter © Des Ronds dans l’O – 2017

Une maison familiale en vente. Robin Walter y a ses racines, il y a grandi, tous ses souvenirs le rattachent à ce lieu. Depuis quelques années, il vit non loin de là avec sa femme et ses enfants mais il revient quasi quotidiennement dans la maison de ses parents. Il y a son atelier et cette atmosphère si propice pour travailler.
Et puis il y a Maria qui travaille pour eux depuis plus de trente ans. Maria continue de venir régulièrement pour entretenir la maison pendant que les visites ont lieu. Avec les années, Maria est devenue une amie de la famille et pour Robin – comme pour ses frères et sœurs – elle est devenue une seconde maman. La cuisine de Maria, sa gentillesse, sa bienveillance et sa douceur, tout cela fait qu’elle a une place importante dans cette famille. Mais la vente de cette maison marque aussi le fait que Maria ne viendra plus travailler pour les parents de Robin.
A la veille de ses trente ans, Robin Walter s’interroge sur le passé de cette femme et les raisons qui l’ont conduite à immigrer en France.

C’est un témoignage à la fois tendre et pudique que nous propose Robin Walter. Partant de la vente de la maison de ses parents et marquant ainsi le fait que c’est une page de sa vie qui se tourne, l’auteur pioche dans ses souvenirs et se remémore, dans un premier temps, les souvenirs forts de son enfance. Puis, suivant ce fil, le visage de Maria revient avec autant de régularité qu’un métronome, accompagnant chaque moment fort de cette vie de famille et contribuant largement à l’éducation des enfants. Cette famille n’aurait pas tout à fait été la même si elle n’avait pas été présente.

Par le biais de cette femme arrivée en France en 1972, Robin Walter aborde tout un pan de l’histoire du Portugal. Le XXème siècle marque un tournant dans l’essor du Portugal ; les deux guerres mondiales et la fin de son empire colonial marquent le déclin de l’économie portugaise et de son influence dans le monde. Et l’arrivée de Salazar au pouvoir va amener de plus en plus de portugais à choisir la voie de l’exil.

Robin Walter entrecoupe son témoignage de passages didactiques afin que l’on puisse appréhender correctement l’histoire du Portugal et les motivations des immigrés portugais. Certains passages sont un peu verbeux mais ne s’éternisent jamais longtemps et n’assomme pas le lecteur de quantité de dates et de faits successifs qui lui feraient perdre le fil. Parfois verbeux certes mais l’auteur va à l’essentiel. C’est ce contexte socio-historique qui a conduit Maria et son époux à s’exiler en France. La promesse d’une vie meilleure a été plus forte que cet avenir sans horizon que promettait le Portugal.

Dès qu’un inconnu entrait dans le café, on se taisait, puis on faisait attention à ce qu’on disait, car on risquait la prison. (…) on n’avait aucune liberté.

Les souvenirs, la lente intégration dans la société française puis la vie qui reprend ses droits, les opportunités d’emploi, les amitiés qui se tissent et les enfants qui naissent, grandissent et finalement qui appartiennent à ce pays que leurs parents ont choisi. Les projets de retour au Portugal qui sont sans cesse remis au lendemain… jusqu’à en devenir totalement utopique. La saudade.

La saudade, cette mélancolie, cette nostalgie, propre aux Portugais… Si difficilement traduisible. Maria me dit ne plus envisager rentrer au Portugal à la retraite. Les réalités économiques et les perspectives d’une meilleure qualité de vie lui feront peut-être changer d’avis. Envisageaient-ils un tel scénario il y a quarante ans, quand à contre-cœur, ils ont laissé derrière eux leur maison, leur famille… leur Portugal… Non, ils se voyaient rester quelques années pour y faire des économies et faire construire une maison au pays. Mais le piège s’est refermé. Celui dont sont victimes tous les émigrés de la planète. Quand les enfants grandissent et s’installent dans leur pays d’adoption. Les petits-enfants finissent d’anéantir les velléités de départ… Maria et Manuel semblent savoir qu’ils ne retrouveront plus leur Portugal. Leur Portugal n’existe plus.

Le dessin est doux, une encre de Chine avec lavis, de la tendresse dans cette manière d’illustrer et le souci du détail qui donne de la chaleur au récit et nous permet de profiter de cette émotion qui a guidé l’auteur durant l’année qu’il a consacré à la réalisation de cet album.

Dans ce roman graphique, plusieurs périodes se chevauchent et se répondent : le passé du Portugal, le passé de Maria et le présent où se croisent désormais l’auteur et Maria. Elles font la richesse de ce témoignage. Elles lui donnent de la force et nous permettent de mieux comprendre les raisons de cette migration massive des Portugais en France à partir des années 1950. La « petite histoire » de Maria donne un visage humain à ces milliers de Portugais qui ont quitté leur pays.

Maria et Salazar

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Histoire
Dessinateur / Scénariste : Robin WALTER
Dépôt légal : octobre 2017
132 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-37418-042-7

Bulles bulles bulles…

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Maria et Salazar – Walter © Des Ronds dans l’O – 2017