Emma G. Wildford (Zidrou & Edith)

Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

Emma est une jeune artiste anglaise qui attend que son fiancé revienne. Cela fait maintenant plusieurs mois qu’il est parti pour une expédition en Finlande et qu’il ne donne plus de nouvelles. Emma se languit de son explorateur et n’ose avouer son inquiétude qui grandit.

Elle se rend régulièrement au Royal Geographical Society – un club d’anciens explorateurs qui traditionnellement n’accepte aucune femme en ses murs – et questionne les membres sur ce qu’il a pu advenir à la mission de son futur époux. Emma refuse même d’ouvrir la lettre que son fiancé lui a remise avant de partir.

Si j’ouvrais cette lettre, ce serait comme admettre qu’il lui est arrivé malheur.

Au bout d’un an, au réveil d’une nuit de cauchemars durant laquelle elle a vu son homme en train de mourir, Emma décide de mettre ses pas dans ceux de son fiancé et de partir à sa recherche. Elle est amoureuse et déterminée, rien ni personne ne semble être en mesure de la faire changer d’avis.

Pris dans son écrin aimanté, l’histoire d’Emma n’attend que son lecteur. Elle nous attend tapie à l’ombre d’un arbre centenaire, en banlieue londonienne, dans un jardin écrasé par la chaleur estivale. La personnalité de l’héroïne devient vite palpable. Zidrou place au cœur de son récit une femme-enfant à la fois imprévisible, lunaire, capricieuse, romantique et très pragmatique. Un mélange détonnant pour ce personnage qui n’a pas la langue dans sa poche et auquel on s’attache assez vite.

Le dessin d’Edith nous immerge instantanément dans l’Angleterre victorienne qui sert de décor à l’intrigue. Les robes et costumes d’époque, les pièces richement décorées, l’ambiance graphique sert le récit. Il n’y a rien de pesant dans ce quotidien, pas même l’attente du fiancé parti explorer des contrées lointaines. Emma semble incroyablement sage et patiente malgré son jeune âge. Emma est née dans une famille bourgeoise et a ce côté « enfant gâté » qui obtient tout ce qu’il souhaite. Elle est culotée, un peu effrontée, parfois cynique et comme une adolescente, elle tient assez peu compte de ce que pense son entourage. Ce voyage tombe donc à point nommé pour Emma qui a visiblement beaucoup à découvrir sur elle-même… et sur le monde qui l’entoure.

Une lecture qui se lit d’une traite. J’étais curieuse de connaître les événements qu’Emma allait traverser et j’ai eu beaucoup de plaisir à trouver à plusieurs moments de l’album les petites attentions des auteurs pour leurs lecteurs : une photo, un billet d’embarquement, une lettre…
« Emma G. Wildford » est un album très agréable, à lire pour avoir un instant de détente.

Emma G. Wildford

One shot
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur : EDITH
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2017
100 pages, 22.95 euros, ISBN : 978-2-302-06397-6

Bulles bulles bulles…

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Emma G. Wildford – Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

D’autres pépites à découvrir chez les bulleurs de la « BD de la semaine » :

Enna :                                                  Enna :                                                Madame :

Soukee :                                             Jérôme :                                             Stephie :

Blandine :                                          Jacques :                                          Nathalie :

Karine :                                                    Moka :                                                Amandine :

Brize :                                                  Sabine :                                            Noukette :

Antigone :                                           Iluze :                                                   Saxaoul :

Fanny :                                           Gambadou :                                           PatiVore :

Caro :                                              LaSardine :                                       Blondin :

Bouma :

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Royal city, tome 1 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2018

La famille Pike habite à Royal City depuis plusieurs générations.

Dans la famille Pike, il y a Peter, le père. Il a passé sa vie à travailler à l’usine de Royal City. Aujourd’hui à la retraite, il coule des jours tranquilles entre son petit atelier qu’il a au fond du jardin et les prises de bec haineuses avec Patti, sa femme. Dans la famille Pike, il y a Pat, l’aîné des enfants. Il a fui Royal City dès qu’il a été en âge de le faire. Ce célèbre romancier d’une quarantaine d’années est marié à une actrice tout aussi célèbre. Vient ensuite Tara, femme d’affaires investie dans la politique ; elle ambitionne de redonner à Royal City ses lettres de noblesse. Richie quant à lui est un junkie qui travaille en tant qu’ouvrier à l’usine de Royal City.

La famille Pike a traversé une épreuve. En 1993, Tommy est mort, il s’est noyé. Il avait 14 ans. Depuis le drame, les membres de la famille Pike ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. Tiraillés par leur culpabilité, hésitant entre vivre ou survivre, les voilà incapables de voir plus loin que le bout de leurs nez… La famille s’est peu à peu émiettée, les enfants ont quitté le nid. Jusqu’à la crise cardiaque de Peter. La fait que la vie du patriarche soit sur un fil a conduit la tribu à se reformer ; Pat rentre à Royal City, Tara s’organise pour être davantage présente auprès de sa mère et Richie… Richie tente difficilement de s’extraire de ses problèmes de drogues et d’alcool.

Avec « Royal city » , Jeff Lemire revient à un univers fantastico-réaliste. Après Jack Joseph, Winter Road ou bien encore Essex county [que j’avais tant apprécié], j’ai retrouvé cette ambiance particulière que l’auteur sait broder. On est hors du temps, on a l’impression que les personnages osent à peine bouger de peur de casser le décor. Nous, on retient notre souffle comme si notre présence pouvait les conduite à se replier, à se murer dans leur silence. On retrouve aussi des personnages un peu paumés qui s’obstinent à donner un sens à leurs existences.

L’auteur tisse un fil invisible entre les personnages de ses albums ; ils ont ce point commun qu’ils semblent tous avoir raté leur vie, il se cachent derrière une carapace d’amertume mais ils sont fragiles, peureux. Ils doutent, se cherchent sans se comprendre, laissent le temps leur filer entre les doigts et constatent inlassablement que leurs vies sont dénuées d’intérêt.

Pour la première fois dans une œuvre de Lemire, je remarque la présence aussi marquée de personnages féminins. Habituellement, les femmes sont assez rares dans ses récits et c’est avant tout sur les personnages masculins que Jeff Lemire s’appuie. Mais ici, il y a trois personnages féminins qui ne se contentent pas de passer, qui ne se contentent pas de décorer l’intrigue. Elles ont une présence forte et chacune peut à tout moment devenir l’épicentre du récit (c’est du moins ce que je pense). Je trouve ce changement intéressant. C’est nouveau. Jeff Lemire a cette capacité à surprendre, à se renouveler.

L’album n’a provoqué aucun tremblement de terre chez moi. Ce premier tome sert avant tout à installer les personnages, la ville de Royal City a l’un des premiers rôles. Ce qui est frappant, c’est que cette ville est en devenir mais elle est plus vivante que le reste des protagonistes que nous rencontrons. La ville semble être la seule à avoir une alternative, un choix à faire… un projet. On hésite pour elle mais on désire pour elle. Elle est pleine de promesses et cela crée une dynamique… les membres de la famille Pike en sont dépourvus. Chaque membre de cette famille semble s’être arrêté en 1993, à la mort de Tommy. Tous avancent en regardant dans le rétroviseur. Il y a comme un non-sens dans la cartographie de « Royal City » et dans la manière dont Jeff Lemire place chaque chose. C’est intriguant.

Le choix des couleurs aussi m’a séduite. Elles sont plus lumineuses et plus douces que les couleurs que l’artiste utilise habituellement. Elles sont printanières… apaisantes. Cela aussi intrigue. Et puis il y a le fait que Royal City semble communiquer avec ses habitants. Bref, il y a déjà des questions que l’on se pose et une curiosité qui s’est installée pour ce récit.

Une série prometteuse qui mélange réalité et fantastique, chronique sociale et récit intimiste. Il est certain que Royal City est bien plus qu’une simple ville industrielle et que j’ai très envie d’en percer le mystère. La réflexion sur le deuil et la représentation du défunt m’ont piquée au vif. Un tome de lancement qui n’est pas un coup de cœur mais me voilà très motivée pour découvrir la suite !

Cadeau de Jérôme pour mes 24 printemps (c’est donc assez récent). Une belle occasion de faire une lecture commune !! Hop, je vous renvoie vers la chronique de Jérôme

Un tour sur la fiche Bookwitty si vous voulez commander l’album.

Comme tout mercredi qui se respecte, on se retrouve avec les bulleurs de « La BD de la semaine » … les liens des lecteurs dans l’article de Moka !

Royal City

Tome 1 : Famille décomposée
Série en cours
Editeur : Urban Comics
Collection : Urban Indies
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : janvier 2018
156 pages, 10 euros, ISBN : 979-1-0268-1393-4

Bulles bulles bulles…

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Royal city, tome 1 – Lemire © Urban Comics – 2018

Le célèbre Catalogue Walker & Dawn (Morosinotto)

Morosinotto © L’Ecole des Loisirs – 2018

P’Tit Trois, Eddie, Julie et Min sont quatre amis inséparables. Ils ne ratent pas une occasion pour se défiler à leurs tâches quotidiennes pour pouvoir se retrouver dans la cabane qu’ils ont construite au beau milieu du bayou.

Un jour, alors qu’ils sont en train de pêcher, une vieille boite de conserve s’accroche à la ligne. En déversant son contenu par terre, ils découvrent trois dollars au milieu de la boue. Les quatre amis décident alors dépenser leur butin dans le célèbre catalogue des bonnes affaires de Mister Walker & Miss Dawn ! Ensemble, ils passent commande d’un revolver de police et s’imaginent déjà promu au rang de shériff de leur petite ville. Sauf qu’en lieu et place d’un revolver, le colis qu’ils reçoivent contient une vieille montre cassée. Ils sont bien décidés à se faire rembourser ! Mais les événements qui vont se produire ensuite vont les amener à prendre une décision qui les changera à jamais et va les conduire à faire un long voyage de la Louisiane jusqu’à Chicago.

Un roman jeunesse qui se lit vite et cela tient au fait que les narrateurs sont des enfants ; le vocabulaires est simple sans être simpliste, le temps narratif consacré à décrire l’environnement a la parfaite longueur, on va à l’essentiel tout en ayant une bonne visibilité de ce qui se passe. Quelques bribes d’insouciance percent en permanence mais leur jeune âge ne les empêchent pas de mener à bien leur projet. Ils sont déterminés et rien ni personne ne semble être capable de leur faire changer d’avis.

Un roman qui se lit avec gourmandise car l’auteur ne laisse jamais le temps à la morosité ou à la peur de s’installer. On accompagne l’épopée de ces quatre gamins avec beaucoup de curiosité et leur bonne humeur nous accompagne de bout en bout. Davide Morosinotto propose le récit d’une aventure en le découpant afin de marquer les grandes étapes de ce projet : une vie dans le bayou, le voyage vers La Nouvelle-Orléans et une fois habitués au goût addictif de l’aventure, le romancier prend le temps d’accompagner ces quatre graines de héros vers le dénouement. A chaque nouvelle partie, il donne la parole à un membre du groupe différent, ce qui a pour effet de relancer le récit en lui donnant un autre rythme, un autre regard… et cela nous permet de bien comprendre la personnalité de chacun.

C’est aussi un voyage dans l’Amérique du siècle dernier : racisme, révolution industrielle, travail des enfants, essor du journalisme, capitalisme… Le fait de remonter le Mississippi nous permet aussi de voir le contraste entre les différents cultures des états traversés. C’est très bien fait.

Un gout de Tom Sawyer ou du moins cette ambiance où tout est possible, où l’on respire à pleins poumons, comme un vent de liberté. Un voyage extraordinaire qui nous amène à remonter le Mississippi. Avec nos yeux d’enfants, on sort de notre petit bayou pour la première fois et l’on pose nos yeux émerveillés sur des technologies dont on n’avait même pas imaginé l’existence : une montre, un bateau aussi haut qu’un immeuble, un pont… un train ! Une voiture !!! Un ouvrage qui me semble capable de captiver petits et grands.

Le Célèbre catalogue Walker & Dawn

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des Loisirs
Auteur : Davide MOROSINOTTO
Dépôt légal : février 2018
428 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-21123368-2

La Fugue (Blanchet)

Blanchet © La Pastèque – 2005

Il fait froid. Il pleut dans son cœur. Il est seul, triste. Il rentre lentement chez lui. Il sait que son piano l’attend.

De tout temps, depuis qu’il est enfant, la musique a toujours accompagné sa vie. De ses premières leçons de piano, il se rappelle de l’ennui provoqué par cette rigueur et ce sérieux qu’on attendaient de lui. Il s’y est plié et, plus tard, c’est avec cette confiance assumée et son amour pour l’instrument et les airs qu’il sait lui faire jouer, qu’il va auditionner sitôt la majorité acquise. A peine après avoir quitté ses parents et balbutiant encore dans sa vie d’adulte, il avait déjà passé la porte du club de jazz de la ville, espérant pouvoir y jouer. La musique – le jazz – fait partie de sa vie. Elle était là lorsqu’il rencontra la femme de sa vie, la musique était là aussi quand il était au front pour défendre sa patrie, là encore quand il a fondé un foyer et que la maison était pleine d’enfants, là enfin pour l’épauler au moment de son divorce…

Avec elle, il s’échappe, s’envole, respire. Avec elle il trouve un sens à donner à son existence. Elle le fait vibrer, elle le fait rêver, elle le fait se sentir vivant.

Aujourd’hui, il est vieux et ne sait plus quoi faire de ses dix doigts… si ce n’est de leur faire parcourir encore et toujours les touches d’un piano pour créer des mélodies et s’échapper de sa triste condition.

La Fugue – Blanchet © La Pastèque – 2005

Très peu de texte si ce n’est pour marquer les différentes étapes de la vie de cet homme. Le lecteur à fort à faire, à commencer par la contemplation de ces sublimes planches en bichromie où s’étalent, sur des pages jaunies – comme si le temps avait délavé le blanc initial en le teintant de café et de fumées de tabac, des illustrations mettant en scène cet homme au corps élancé et usé par le temps. Et quel plaisir aussi de toucher ce papier épais, légèrement rugueux, d’en tourner les pages en se laissant chahuter par des airs de jazz. Peu à peu, on le voit qui se tasse sous le poids des années et des épreuves qu’il a eues à traverser.

J’avais déjà fort apprécié le travail de Pascal Blanchet dans « Le Noël de Marguerite » et je m’étais délectée de celle de « Rapide Blanc » .

N’attendez pas ici des actions sensationnelles vous marquant au fer rouge, juste un savoureux instant de lecture où vous n’aurez rien à faire d’autre que de contempler ces planches comme vous regarderiez un album photos. C’est fascinant de mettre le nez dans la vie d’un individu, d’autant plus quand ce dernier est un parfait inconnu et que vous êtes conviés à le faire.

Sur le blog du Petit Carré jaune : la chronique de Sabine.

La fugue

One Shot
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Pascal BLANCHET
Dépôt légal : octobre 2005
136 pages, 21.40 euros, ISBN : 978-2-922585-30-8

Bulles bulles bulles…

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La Fugue – Blanchet © La Pastèque – 2005

Notes pour une histoire de guerre (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2018

Ils sont trois amis : Christian, P’tit Killer et Giuliano.

– T’as perdu des points Killer.
« Perdre des points » . C’était une de nos expressions. « Perdre des points… » On perdait des points chaque fois qu’on n’était pas assez durs. Quand on tombait de mob ou qu’une gonzesse nous envoyait bouler. Et ça, ça arrivait déjà avant la guerre.

Trois adolescents livrés à eux-mêmes. Leur pays est en guerre. Pour s’en sortir, il faut montrer les dents, jouer des coudes et se débrouiller. Leur repaire, il est là-haut sur la colline. Les trois faisaient la loi, leurs propres lois, et vivaient de petits larcins. En bas, les villages sont en partie détruits par les bombes.

Les attaques avaient lieu la nuit. Il y avait un village à l’heure du diner, et le matin il n’y en avait plus.

Un jour, alors qu’ils cherchent à vendre des pièces détachées de voiture, les garçons font la connaissance de Felix, un milicien trafiquant. Et là, c’est d’un tout autre business dont il va être question. Felix remarque les capacités de P’tit Killer dans lequel il se voit quand il était jeune. Le mercenaire va alors prendre les trois ados sous son aile et former P’tit Killer. Ce dernier va devenir son homme de main.

Notes pour une histoire de guerre – Gipi © Futuropolis – 2018

« Notes pour une histoire de guerre » décrit un monde d’hommes dans lequel les rapports humains sont un rapport de force entre dominants et dominés. Un monde aux codes âpres, rugueux, anguleux. Un monde où l’on survit, où il n’y a de chance que celle que l’on sait saisir… comme à la roulette russe.

Gipi décrit un pays en guerre sous le regard de ceux qui sont à l’arrière des lignes. Il parle du quotidien des civils qui tentent de survivre en s’affranchissant des règles habituelles. Ces trois jeunes réinventent la vie à leur manière. Ils se déplacent dans des paysages en ruines, à l’affût du danger. Ils rejettent la peur et la terreur. Des gosses, ce ne sont rien d’autres que des gosses qui jouent aux adultes pendant que les adultes jouent à la guerre grandeur nature. Que savent ces gamins de leur patrie ? Que savent-ils des raisons du conflit ? Le scénario est silencieux à ce sujet, nous donnant l’impression d’un monde à la dérive.

– Mais quel rapport ? Cette guerre-là, c’était pas la nôtre.
– Ah non ? Et pourquoi ? A quelle distance de ta pomme doivent exploser les bombes pour te faire dire qu’une guerre est la tienne ?

« Notes pour une histoire de guerre » a été écrit bien avant « La Terre des fils » mais on retrouve ce thème de l’enfant livré à lui-même dans un monde décharné, au bord du gouffre, sans foi ni loi, un monde à modeler. Le dessin fragile campe des gueules imberbes et charismatiques. Les corps parfois désarticulés qui se déplacent sur de magnifiques paysages en noir et blanc d’où la couleur jaillit naturellement de notre imagination.

Malgré l’austérité de cet univers, on s’installe immédiatement dans le trio principal. Le devenir de ces gamins nous soucie, les solutions qu’ils bricolent pour survivre nous inquiètent et nous fascinent. Superbe album de Gipi qui a obtenu le Prix René Goscinny en 2005 et le Fauve du meilleur album en 2006.

Une lecture partagée avec les bulleurs de « La BD de la semaine » . Retrouvez tous les liens des participants chez Moka.

Notes pour une histoire de guerre

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Dépôt légal : janvier 2018
144 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2448-4

Bulles bulles bulles…

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Notes pour une histoire de guerre – Gipi © Futuropolis – 2018

Quatre sœurs, tome 4 (Ferdjoukh & Baur)

Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

Voici enfin (déjà !!?) le dernier opus de l’adaptation des romans éponymes de Malika Ferdjoukh.

Cette fois, c’est au tour de Geneviève – la seconde de la fratrie – de nous accueillir. Comme à l’accoutumée, elle s’occupe des tâches ménagères.

L’été pointe le bout de son nez et c’est l’agitation dans la maison des sœurs Verdelaine. Charlie continue à travailler d’arrache-pied pour assurer le quotidien et le paiement des factures mais elle se morfond, sa rupture avec Tancrède l’attriste et elle regrette aussi le couple qu’elle formait avec Basile. Geneviève a décroché un travail d’été à la plage, elle commence dans quelques jours. Bettina part camper trois semaines avec ses copines. Hortense part chez des cousins à Paris et Enid a réussi à faire partie du voyage.

La maison Vill’Hervé se dépeuple donc pour trois semaines, le temps pour Charlie et Geneviève de s’occuper un peu d’elles…

Un dernier tome tant attendu…

Cati Baur le souligne en postface, cela faisait neuf ans qu’elle travaillait sur cette adaptation des romans de Malika Ferdjoukh. On imagine aisément à quel point les cinq sœurs Verdelaine sont entrées dans sa vie et comme il peut être difficile de refermer cette aventure.

Cette tendresse folle pour ses personnages, on la ressent pleinement dans cet album. Peut-être cela tient-il au fait que nous savons que nous tenons en mains le dernier tome de la série ? En tout cas, l’envie est réelle de profiter de cet album sans retenue, à chaque page. Ne rien rater, savourer chaque réplique, chaque respiration de ces cinq jeunes filles dont deux sont déjà presque des femmes.

Le scénario est entraînant, gai et aucun impondérable ne saurait ternir ce plaisir à partager une petite heure en leur compagnie. Les bouilles radieuses des sœurs Verdelaine, leur sens de l’humour et de la répartie, leur capacité à retomber sur leurs pieds… tout cela crée le charme de la série. Et puis même quand elles se chamaillent, on entend déjà les rires à chaque étage de la Vill’Hervé.

Les couleurs de l’été accompagnent ce tome gouleyant où l’on suit avec une attention toute particulière la douce Geneviève. On rit, on espère que leurs envies se concrétiseront, on s’étonne de leur ingéniosité.

Je crois que j’aurais été capable de suivre cette série jeunesse pendant quelques tomes encore. Car s’il est question ici du quotidien de cinq jeunes filles, il n’y a rien de superficiel, rien de suranné. Le lecteur s’intéresse à ce qu’elles vivent, il s’immisce dans cette petite famille, s’amuse parfois de les voir tour à tour si prévisibles pourtant, depuis le premier tome, on les voit changer, mûrir et s’affirmer.

Très belle série jeunesse que je recommande. Une « série-doudou » qui diffuse de la bonne humeur. Dès le premier tome, l’adaptation de Cati Baur m’a donné envie de découvrir les quatre romans de Malika Ferdjoukh et cette impression n’a fait que se confirmer de tome en tome.

Les autres tomes de la série sont également sur le blog. Je vous invite également à lire l’avis de Madame sur ce tome 4.

Quatre sœurs

Tome 4 : Geneviève
Tétralogie terminée
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Cati BAUR
Adaptation : Cati BAUR
d’après le roman de Malika FERDJOUKH
Dépôt légal : janvier 2018
154 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-36981-132-9

Bulles bulles bulles…

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Quatre sœurs, tome 4 – Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

La Porte (Inoue)

Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Nonaka Sôsuke et O-Yone sont mariés. Ils louent une petite maison au pied d’une falaise, dans un quartier paisible de Tokyo. Les jours coulent paisiblement. Sôsuke les vit de façon nonchalante, partagé entre l’envie de faire et celle de se laisser aller à la mélancolie. Car quelque chose est maintenant brisé dans la vie de Sôsuke. Quelque chose qui s’est passé bien après la mort de ses parents, alors qu’il avait déjà rencontré O-Yone. Quelque chose qui s’est passé après qu’il ait appris que son oncle l’avait dépouillé de son héritage et que la maladie de O-Yone se soit déclarée.

Sôsuke et O-Yone partagent ce secret et le récit est là pour nous amener progressivement à le découvrir.

Daisuke Inoue m’a tout d’abord donné l’impression d’effleurer son sujet. Pourtant, en l’effeuillant de la sorte, il en extrait toute la subtilité et fait ressortir la délicatesse. Car rappelons qu’il adapte-là un roman japonais du début du XXème siècle et que ls mœurs de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui (déjà fort éloignées des mœurs européennes).

Ainsi, le roman éponyme de Natsume Sôseki revit sous le train fin et délicat de Daisuke Inoue. Ce dernier est ainsi passé de l’autre côté du bureau, d’assistant le voilà dorénavant assis dans le siège du mangaka.

Avec ce scénario, il prend le temps d’étudier son sujet. Les événements se déplient chronologiquement puis nous revenons en arrière et reprenons, tout aussi chronologiquement, le déroulement de l’histoire mais en y apportant quelques précisions et en s’arrêtant sur certaines périodes. Cet exercice, nous le ferons à deux reprises, nous concentrant chaque fois sur des époques différentes. Peu à peu, le puzzle prend forme et le secret se dévoile.

Daisuke Inoue nous force ainsi à contempler le sujet comme l’aurait fait Natsume Sôseki ; j’ai en mémoire « Oreiller d’herbes » [que je n’avais pas savouré à sa juste valeur à ma première lecture] où le personnage – un peintre – prenait le temps de regarder puis de saisir l’intérêt et la force d’un instant. Avec « La Porte » , Sôsuke est très vite placé dans le rôle du personnage principal, laissant son épouse légèrement en retrait. Il semble pourtant se faire le porte-parole du couple et livre peu à peu ce secret ; tous deux fléchissent sous son poids.

Sôsuke cherche donc, instinctivement, à faire face à leur culpabilité. Il remonte inlassablement ses souvenirs pour revenir à la source et le scénario suit un mouvement identique. Un cheminement individuel parfaitement mené que Daisuke Inoue accompagne d’un dessin vif et délicat.

Beau.

La Porte

– d’après le roman de Natsume Sôseki –
One shot
Editeur : Philippe Picquier
Collection : BD/Manga
Dessinateur / Scénariste : Daisuke INOUE
Traducteur : Patrick HONNORE
Dépôt légal : février 2018
224 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-8097-1275-9

Bulles bulles bulles…

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La Porte – Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018