Père et Fils (Ulf K. & Lizano)

Père et fils – Ulf K. – Lizano © La Gouttière – 2017
Père et fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

« Une promenade au parc. Une partie de pêche. Un jeu de société. Avec un brin de magie et de complicité, il suffit d’un rien pour transformer le quotidien d’un père et son fils !
« Père et Fils », une bande dessinée muette, entre humour et tendresse, dans laquelle on suit les jeux et les instants de vie d’un père et son fils. Chaque planche propose une aventure, une saynète qui donne le sourire ! Cet ouvrage est un hommage au travail de Erich Ohser, qui a créé la série jeunesse allemande « Vater und Sohn » dans les années 30, une façon de revisiter cette série en l’ancrant dans notre monde contemporain. » (présentation de l’univers sur le site de l’éditeur).

Un album jeunesse dans lequel on est entré à pas feutrés. Sur la première de couverture, un dessin rond, net, mettant en avant des personnages joviaux, visiblement complices. Un père et son fils pris dans leur histoire imaginaire. Des rêveurs lunaires qui sont capable de faire abstraction du monde qui les entoure.

Les couleurs sont peu engageantes et cette couverture, je la trouve même assez austère. Il y a quelque chose de moderne dans le dessin de Ulf K. mais le cachet bleu-blanc-rouge-noir dénote. A l’intérieur de l’album, l’ambiance graphique me parle aussi peu. Le bleu nuit a disparu, laissant toute la place à une atmosphère piquante, tonique… peut-être un peu trop. Les saynètes racontent des petites tranches de vie dont on peut facilement en comprendre la morale.

Marc Lizano extrait la substance de ces instants qui font souvent écho avec notre propre expérience. Au scénario de cet album, Marc Lizano revisite l’univers créé par son compatriote Erich Ohser il y a près de 80 ans. Marc Lizano met les historiettes au gout du jour en y intégrant notamment télévision et console de jeux. Il montre de manière amusée les contradictions d’un père qui élève seul son fils. Les rôles sont inversés ou du moins, pas distribués de façon très tranchée. L’enfant se montre souvent plus mature et réfléchi que son père. Ce dernier, un brin colérique, mauvais perdant et un tantinet de mauvaise foi, nous touche tant il est spontané. L’homme laisse libre court à toute une part d’enfance qui est encore très vivace. Une figure parentale qui toutefois donne un cadre éducatif à son garçon, lui transmet ses valeurs et une certaine conception de la vie sans l’empêcher de faire ses propres expériences.

Un univers plein de tendresse qui fait la part belle à l’amour réciproque d’un père et de son fils. Un humour absurde, dommage que certains gags soient tout de même un peu hermétiques. Un petit côté poétique se dégage de ces scènes. Agréable moment de lecture. Je reste un peu sur ma faim mais mes petits lecteurs ont réellement savouré cet album.

La chronique de Sabine.

Père et Fils

– Vater und Sohn – Les Saisons –
One Shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Ulf K.
Scénariste : Marc LIZANO
Dépôt légal : février 2017
64 pages, 13,70 euros, ISBN : 979-10-92111-48-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Père et Fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

Loup (Dillies)

Dillies © Dargaud – 2017
Dillies © Dargaud – 2017

« Je ne me doutais pas que l’on put avoir si froid à l’intérieur de soi… »

Il errait seul et totalement nu dans les bois jusqu’à ce qu’il tombe sur un campeur. Ce dernier, constatant sa détresse, appelle les secours. Puis, c’est une succession d’examens, de questions… mais en lui, rien ne change. C’est le vide. Depuis combien de temps était-il dans cet état ? Comment s’appelle-t-il ? D’où vient-il ? Il est incapable de répondre à ces questions.

Alors qu’il se rend à un rendez-vous, il tombe par hasard sur un club de jazz. La musique l’attire. Il s’approche par curiosité, franchit la porte et se retrouve pris dans une succession d’événements et de quiproquos. En moins de temps qu’il ne lui en faut pour comprendre ce qui se passe, il attend son tour. On le croit venu pour passer une audition. Un groupe cherche son nouveau musicien.

Lui qui ne sait rien de son identité découvre avec stupéfaction qu’il est musicien.

Renaud Dillies… combien de fois j’ai craqué en lisant ses albums. Ceux qu’il a réalisé avec Régis Hautière notamment (« Abélard », « Alvin ») mais aussi « Betty blues ». Son dessin poétique, doux, sucré est un régal pour les pupilles. Il y eu aussi quelques rencontres moins fortes comme avec « Bulles & Nacelle » ou le déjanté « Saveur Coco ». Mais toujours… toujours… ce dessin si délicat.

Il n’y avait donc aucune raison pour que je ne découvre pas « Loup ». On y retrouve cette sensibilité dans le dessin et la tendresse de l’auteur pour ses personnages. Il les traite avec beaucoup de ménagement. Une nouvelle fois, on est face à un héros paumé qui se retrouve dans une situation critique. Ici, nulle question d’alcool, nulle question de fuite en avant. Au contraire, Loup cherche justement à faire face pour retrouver la mémoire. Il se découvre un don inattendu et c’est là la manière dont Renaud Dillies injecte une nouvelle fois le registre musical dans son récit. Car là aussi nous avons une constante dans l’univers de Dillies : la musique, fil rouge de son œuvre, fil rouge qui relie chacun de ses ouvrages. Une exploration de ce registre et toujours… toujours… ses personnages – quels qu’ils soient – ont un besoin presque vital de jouer d’un instrument ou de chanter. Ils trouvent là leur épanouissement. Mais il n’y a rien de redondant, Dillies parvient à utiliser le talent de chacun de façon tout à fait différente.

Comme pour la musique, on va retrouver d’autres thèmes chers à l’auteur : la quête identitaire, la présence d’une fille pour qui on décrocherait la lune, la solitude.

Renaud Dillies utilise la métaphore de façon très ouverte. Il joue sur le double-sens du mot « loup » qui servira à nommer à la fois le personnage principal par ce qu’il est (un loup et toute la complexité de cette race animale dans l’inconscient collectif… est-il un « grand méchant » comme l’affirmait Perrault ?) et le « loup » que l’on met devant ses yeux pour se déguiser. Notre héros choisit effectivement de mettre un loup dans certaines situations (que je ne vous dévoilerais pas ici pour ne pas spoiler) et montrant ainsi qu’il se vit comme un imposteur.

Pour tout vous dire, j’ai beaucoup aimé cet album. Du moins… j’ai très vite accroché avec le personnage, très vite compris sa démarche, ses interrogations, sa perplexité face à ce qui lui arrive. J’ai tout pris sans remettre en doute la crédibilité de ci ou de ça, des heureux hasards auxquels la vie vous confronte, des coups bas qu’elle vous réserve. Tout. Et puis, les dernières pages. Les quatre dernières pages pour être exacte. Le dénouement final. Et une question : pourquoi ? Pourquoi une telle fin ? Pourquoi la boucler aussi hâtivement ? Pour dire quoi ? Pour que l’on en tire quelques conclusions ? L’album était si bien pourtant… La fin est trop ouverte pour que je puisse l’apprécier.

Loup

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Renaud DILLIES
Dépôt légal : mars 2017
56 pages, 12,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6799-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Loup – Dillies © Dargaud – 2017

Azadah (Goldstyn)

Goldstyn © La Pastèque – 2016
Goldstyn © La Pastèque – 2016

Azadah est une fillette afghane.

La vie a mis sur son chemin Anja, une journaliste occidentale avec qui elle s’est beaucoup attachée. Et les sentiments sont réciproques. Mais le reportage d’Anja est terminé et elle doit repartir. Affectée à l’idée de ne plus revoir son amie, Azadah tente de la retenir.

Un album jeunesse pour parler de la guerre et du quotidien de millions de gens, d’enfants. Azadah voit son avenir tout tracé, l’impossibilité d’aller à l’école puisque celle-ci a été détruite,

Et puis ce décor. Les animaux faméliques qui font les poubelles, les femmes en burqa qui vendent des fruits, les hommes qui jouent aux échecs dans la rue avec une kalachnikov en bandoulière, la pauvreté…

Mais le dessin de Jacques Goldstyn est libre, lumineux. La fillette court si vite pour rejoindre son amie qu’on a l’impression qu’elle vole au-dessus du décor qu’elle traverse. La fillette est si pleine de rêves pour son avenir qu’elle nous transporte. Elle aspire à la liberté, à la culture, à l’éducation. Des ambitions d’une enfant de son âge qui bousculent son quotidien. Un joli coup de crayon, un coup de pinceau pour poser les couleurs à l’aquarelle, une enfant vive qui donne du pep’s à cette scène d’adieu entre deux amies que deux générations séparent. Une promesse de retour, l’espoir d’un avenir moins sombre…

PictoOKA faire lire aux enfants sans aucune modération.

Azadah

Album jeunesse
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Jacques GOLDSTYN
Dépôt légal : octobre 2016
56 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-923-841-96-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Azadah – Goldstyn © La Pastèque – 2016

Ecumes (Chabbert & Maurel)

Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017
Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Une grossesse qui se fait désirer jusqu’à ce jour magique où, appelant pour connaître les résultats de ses derniers examens, elle apprend qu’elle est enceinte ! Elle ne tient pas encore son enfant dans ses bras mais déjà, la promesse d’une vie à trois la réchauffe.

Restant prudente, elle hésite cependant à trop anticiper la naissance ; acheter une salopette pour ce petit bonhomme à naître ne va pas de soi pour elle. Puis, la joie provoquée par la nouvelle de la grossesse laisse rapidement la place à de l’inquiétude. Des pertes abondantes de sang l’amène à se rendre régulièrement à l’hôpital, à y rester parfois quelques jours en observation. Jusqu’à cette hospitalisation plus longue durant laquelle elle fait une fausse couche.

Malgré la présence et l’amour que lui porte sa compagne, elles peinent toutes les deux à retrouver le goût de vivre.

Loin, bien loin des ouvrages jeunesse qu’elle écrit habituellement, Ingrid Chabbert livre ici un récit de vie très personnel. Une épreuve que la vie lui a imposée, qui l’a clouée à terre et dont elle a su se relever. La mettre en mots est certainement une catharsis. Les illustrations de Carole Maurel se posent comme une caresse sur ce témoignage douloureux.

Parfois, on se noie dans une mer à boire. Aussi rouge qu’un cœur qui cesse de battre. On regarde vers la surface, à la croisée de chemins sous-marins : remonter ou se laisse aller

Après quelques pages, les couleurs de l’album virent doucement au rose, puis au rouge. Pourtant, ce n’est que le prologue. Les prémices du récit nous emmènent dans le monde onirique de la scénariste, un cauchemar qui revient en boucle, douloureux présage. La couleur en métaphore, pour permettre au lecteur de toucher du doigt tous les non-dits contenus dans ces visions nocturnes, toute la peur que le personnage ne peut mettre en mots. Il est trop tôt pour qu’on en mesure la portée pour l’heure, on s’appuie sur la métaphore induite par la présence de ce rouge.

Puis, vient le drame et le long processus de deuil qui débute. Carole Maurel – dont l’autre actualité est la sortie de « Collaboration horizontale » – nous régale dans cet album. En toute simplicité, ses dessins illustrent des scènes de la vie quotidienne, sans fioritures. Elle exprime pourtant beaucoup de choses en utilisant les couleurs comme elle l’a fait. De fait, le récit peut être laconique, il ose aller à l’essentiel car il peut s’appuyer sur l’ambiance graphique. Ce sont les couleurs de Carole Maurel qui nous décrivent les émotions. Joie, plénitude, inquiétude, tristesse, mélancolie et cette petite flamme qui parvient à se rallumer timidement. Le scénario se soutien des illustrations, il puise sa force dans le dessin.

PictoOKUn livre qui se vit plus qu’il ne se dit. Un récit sensible et touchant.

Les chroniques de Moka et de Noukette.

Ecumes

One Shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Carole MAUREL
Scénariste : Ingrid CHABBERT
Dépôt légal : février 2017
88 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36846-003-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ecumes – Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Andrée A. Michaud- Bondrée

 

images
Bondrée – Michaud © Rivages – 2016

« A l’été 67, une jeune fille disparait dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée. »

Un roman noir, un programme alléchant, une histoire de tueur et d’une mystérieuse légende, de l’angoisse et de la psychologie, la mention un peu folle de Twin Peaks, une écriture toutafé raffinée, voilà ce que tout ce me promettait la quatrième de couverture…

Et puis, les premiers mots. Une écriture serrée, ne laissant que peu de place à une respiration… Et puis, les langues mélangées : du français, des mots d’anglais et du canadien si si ! Et puis, des histoires mêlées. Des personnages, du Je, du Elle, du Lui…. Jusqu’à me donner le tournis. Me faire perdre l’envie.

Dépitée, je l’ai laissé de côté, ce polar-là, erf, pas le courage de l’affronter. C’était décidé, il n’était pas fait pour moi ! Mais la « pression » de ce Grand Prix des Lectrices de ELLE a fait son œuvre.  La curiosité aussi : comment ce polar-là a-t-il pu passer la sélection, sapristi ?! C’était à ne rien ni comprendre. Alors, samedi dernier, dans un moment d’accalmie dans ma folle vie, me revoilà repartie à l’assaut de ce livre mystérieux et un brin déconcertant….

Et puis… lentement, avec un air de ne pas y toucher, la magie a opéré ! C’est que Bondrée se mérite. Il faut lui accorder du temps. Infiniment. Ou plutôt, prendre son temps pour s’enfoncer dans les bois sauvages de Bondrée, au petit gout d’un été 67… Et puis, vous dire que j’ai fini par aimer. Incroyablement ! Tellement, que je n’ai pu le lâcher. Ne faire rien d’autre que me perdre dans les méandres de ce polar canadien. Pour savoir, qui, mais qui, était le tueur : un fantôme, ce Pierre Landry, pourtant mort depuis des années ? Ou alors, un trappeur parfaitement inconnu ? Un père de famille auquel je m’étais si fort attachée ? Mais qui ??? Jusqu’aux dernières lignes, je vous promets que vous allez sacrément vous creuser les méninges !

C‘est donc un polar envoutant à la langue belle, ou plutôt à la lisière des langues, à la lisière des mondes… Un récit incroyablement maitrisé qui vous entrainera dans des contrées inconnues et pourtant pas si lointaines (grâce notamment à la petite fille, le JE de ce livre, Audrée Duchamp, dont les pertinentes réflexions feront sacrément écho, je vous le garantis !).

A lire absolument pour une surprenante expérience de lecture qui vaut vraiment qu’on s’y attarde et qu’on prenne le temps !

 

Premiers mots

« Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux Etats-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond et une montagne [..] C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison ne l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui allait transformer son paradis en enfer se mette en branle. »

 

Extrait

On n’avait donc pas été surpris d’apprendre ce qui leur était arrivé. Ces filles l’avaient cherché, voilà ce que la plupart des gens ne pouvaient s’empêcher de penser, et ces pensées soulevaient en eux une espèce de repentir gluant qui leur donner envie de se battre à coups de poing, de se gifler jusqu’au sang, car ces filles étaient mortes, bon Dieu, dead, for Christ’s sake, et personne, pas plus elles que les autres, ne méritait la fin qu’on leur avait réservée. Il avait fallu ce malheur pour qu’on songe à ces filles autrement qu’à des intrigantes, pour qu’on comprenne que leur attitude ne cachait rien qu’un vide immense où chacun se jetait bêtement, ne voyant que la peau bronzée couvrant le vide. »

logo-grand-prix-lectrices-elle

Andrée A. Michaud, Bondrée, Rivages, 2016.

Rapide Blanc (Blanchet)

Blanchet © La Pastèque – 2006
Blanchet © La Pastèque – 2006

Rapide-Blanc, c’est un village qui fut construit au début des années 1930. L’idée est venue suite au projet de construction du barrage hydroélectrique du même nom. La Shawinigan Water and Power, qui finançait la construction du barrage, a jugé nécessaire que les employés de la centrale et du barrage habitent à proximité des équipements. C’est ainsi que fut décidée la construction de ce village d’autant que ce Rapide-Blanc est un lieu totalement isolé, en pleine forêt et aucune route ne permettait de s’y rendre.

On avait construit une église, une petite station de ski, un magasin général…, bref, c’était un véritable village en miniature.

C’est par train que l’on pouvait se rendre à Rapide-Blanc, la ligne ferroviaire fut construite elle aussi à cette occasion. D’une centaine d’habitants en 1934, il comptait environ 240 habitants au moment de sa déconstruction. Car en 1971, lorsque les progrès technologiques ont permis d’automatiser la centrale de Rapide-Blanc, il ne fut plus nécessaire que les ouvriers de l’entreprise habitent à proximité. L’entreprise affecta donc ses employés sur d’autres postes. Et tous ces habitants qui avaient construit leur vie à cet endroit furent convier à reconstruire leur vie ailleurs…

Dans les années soixante-dix avec l’arrivée de l’automatisation, le village a été démantelé. Aujourd’hui, il n’y reste que sept ou huit maisons en brique. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois.

S’inspirant d’une histoire réelle, Pascal Blanchet nous raconte la courte vie de Rapide-Blanc, un petit village d’une province située au nord de Montréal. A l’instar du « Noël de Marguerite », « Rapide-blanc » n’est pas une bande dessinée à proprement parler mais plutôt un album illustré. Vu la qualité, je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Guidé par une poignée de couleurs, le lecteur s’échappe dans cet album laconique où les mots se glissent comme dans un chuchotement.

« Montréal. Ce soir-là, on allait prendre des décisions ».

Un récit qui se développe de façon tout à fait originale, nous invitant à nous appuyer sur la couleur et les lignes qui brisent les planches et créent des contrastes visuels absolument fascinants.

Marron – Blanc

Il neige à gros flocons dans la ville silencieuse. Dehors, la vie s’endort peu à peu. Les badauds rentrent chez eux pour se glisser au chaud. Dans un building, alors que tous les employés ont quitté leurs bureaux, le gardien fait sa ronde silencieuse. Au dernier étage, une réunion importante rassemble les membres du conseil d’administration.

Orange – Marron – Blanc

Une nouvelle couleur entre dans la danse. La veine graphique s’enrichit, se réchauffe. Nous – lecteurs – on est ressorti dans la rue, dans la nuit. Les façades marrons sont austères et contrastent avec la blancheur de milliers de flocons blancs qui dessinent des constellations dans le ciel. On est au pied d’un immense gratte-ciel, telle à une petite fourmi. Nos yeux suivent ces lignes droites qui fusent vers le ciel, fascinante architecture. Tout en haut, on devine une petite lueur au dernier étage. On monte le long de la façade, on monte irrémédiablement, croisant les flocons qui tombent lentement, et on se rapproche de la lueur. On s’arrête face à la baie vitrée du dernier étage. Les derniers rayons du soleil se brisent sur les vitres. A l’intérieur, un homme est debout devant la fenêtre. Il attend. L’air rogue. Son nez aquilin et ses yeux cernés lui donnent un air de rapace. Il est vieux, bedonnant. Son costume est parfaitement ajusté, la couleur de sa cravate est assortie à la pochette placée dans la poche extérieure de sa veste. Il regarde Montréal qui dort à ses pieds. Il domine. Derrière lui, les membres du conseil d’administration sont assis autour de la table de réunion.

Gris – Marron – Orange – Blanc.

On traverse la baie vitrée. Dans la salle de réunion, la tension est palpable. Les hommes débattent. La décision qui se profile est -elle en mesure d’ébranler l’avenir de cette société prospère ? Pascal Blanchet c’est emparé de cette histoire, il la cerne, prend le temps de l’installer, d’en suggérer toutes les ramifications (économiques, humaines, technologiques…). Il lance de grandes lignes sur les planches, pose son sujet, va à l’épure. L’ambiance graphique rythme le récit et aide à poser la voix-off. L’auteur joue avec les lignes droites, les angles et les courbes des silhouettes pour déplier lentement la chronologie des faits. L’atmosphère électrique est largement suggérée ; les ombres s’étirent le long des murs et accentuent les difformité des silhouettes.

Marron – Orange – Blanc – Gris.

La tension est palpable. Seule les lumières extérieures semblent éclairer la pièce immense.

Marron – Orange – Gris – Blanc.

Le verdict tombe. Le « Rapide-Blanc Power Plan ». Une nouvelle centrale hydroélectrique va être construite à un endroit stratégique.

« – Le seul moyen de s’y rendre, c’est par le train.
– Alors, comment va-t-on l’opérer cette centrale ?
– Faut construire un village où logeront les employés et leurs familles.
– Mais vous n’y pensez pas !? Les coûts mon cher, les coûts !
– C’est la seule façon.
– Y’a quoi dans les alentours ?
– RIEN. C’est perdu en plein bois.
– Mais comment faire accepter à des employés d’aller vivre là !? »

Gris – Beige – Marron – Orange.

Des appels sont lancés. Les spécialistes sollicités. Les architectes chargés de proposer un projet.

Gris – Beige – Marron – Orange.

Quelques mois plus tard, les ouvriers du bâtiment sont à l’œuvre.

Marron – Orange.

En 6 ans, un village sort du sol. Une gare. Un barrage. Une centrale…

… Rapide-Blanc est inauguré.

Orange – Beige – Gris.

Maintenant, la vie reprend ses droits. Les décisions ont influencé la vie de plusieurs familles. Ces dernières s’adaptent à leur nouveau cadre de vie. L’ambiance est plus légère. Les couleurs s’éclaircissent. Les lignes sont moins aguicheuses, elles se tordent, s’amusent. Le bal des camions et des cartons a lieu et très vite après les premières installations, le village s’anime. « Bonjour » « Bonsoir » pour saluer le voisin, les liens se tissent. La vie agite ce coin d’ordinaire si paisible. Les femmes sont coquettes. Les hommes ont remonté les manches de leurs chemises, les cols sont légèrement ouverts. Une impression de bien-être flotte.

Beige – Orange – Gris.

Les jupes évasées, les tailles de guêpes. Les vinyles. Soirées conviviales. Le dessin nous plonge dans les années 1950, les formes s’arrondissent davantage, le design vintage des meubles caractérise cette période. Les formes sont libres. Les temps de repos est mis à profit pour aller pêcher, chasser, jouer au curling en hiver, danser aux bals en été. Un lieu où il fait bon vivre.

PictoOKTrès belle tranche de vie qui nous pousse loin du documentaire. Pourtant, on est là dans le récit d’une histoire vraie. Incroyable cette prétention qu’ont les chefs d’entreprise d’agir comme si leurs employés étaient prêts à tout accepter… Et c’est bien ce qui se passe pourtant ! Des salariés qui vont travailler dans un endroit improbable et… quelques décennies plus tard, quittent malgré eux l’endroit où ils ont fait leur vie parce que ces mêmes têtes pensantes – celles-là même qui ont le pouvoir de décider où placer leurs intérêts économiques – décident qu’il n’y a plus besoin de main d’œuvre à Rapide-Blanc et attendent de tous qu’ils aillent travailler sur un nouveau site, avec la même docilité que lors de leur arrivée…

Un album à lire !

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage avec les bulleurs des « BD de la semaine ». Nous nous sommes donné rendez-vous chez Moka cette semaine !

Rapide-Blanc

One shot
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Pascal BLANCHET
Dépôt légal : octobre 2006
156 pages, 22,20 euros, ISBN : 978-2-922585-43-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Rapide-Blanc – Blanchet © La Pastèque – 2006

Les Légendaires – Parodia, tome 2 (Sobral & Jung)

Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017
Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017

Suite de la folle parodie de l’univers des « Légendaires » dont le premier tome était sorti l’année dernière.

Maitre Pamplemousse (Patrick Sobral, le scénariste des « Légendaires » et du spin-off « Les Légendaires – Origines »), Milady Morigane (Jessica Jung la dessinatrice), Natou (la dessinatrice des « Légendaires – Origines ») et Kitou (qui s’occupe du site et du livre d’or des Légendaires) se retrouvent dans cet album à côtoyer physiquement leurs personnages. Tantôt en train de chercher de nouvelles histoires, tantôt à leur donner la répartie, les rôles et les places de chacun sont complètement chamboulés mais le grand manitou qui donne le tempo reste bel et bien Maître Pamplemousse, le double de papier de Patrick Sobral (qui ne se fait d’ailleurs pas de cadeau).

Comme je l’avais expliqué dans ma précédente chronique, les gags de « Légendaires – Parodia » ont tout d’abord été prépubliés dans Le journal de Mickey avant de paraître en album (pour les gags du premier tome du moins… je n’ai pas vérifié l’information pour ceux du second tome). En avant pour des gags d’une page, ambiance loufoque assurée. Mon fils étant fan de l’univers, je lui laisse le clavier :

J’ai bien aimé les histoires de Parodia. Il y en a certaines qui sont plus drôles que dans le premier tome. On retrouve Maître Pamplemousse un peu plus en colère et plus drôle du coup. Lady Morigane reçoit sa colère mais elle ne se laisse pas démonter. Natou et Kitou, les assistantes, font des blagues à Maître Pamplemousse pour le taquiner.
L’album est plein de sketches d’une page. Il arrive des malheurs à Maître Pamplemousse et aux Légendaires. Des fois on est dans le monde des auteurs et des fois on est dans le monde des Légendaires. On voit comment Maître Pamplemousse crée les Légendaires de manière un peu fofolle. Dans les gags, on retrouve tous les personnages de l’univers des « Légendaires ». Mais c’est pas tout ! Les auteurs font n’importe quoi avec les personnages et il y a plein d’autres personnages d’autres univers que celui des « Légendaires ». Par exemple, il y a des Pokémon, des personnages de mangas, des stars comme Mickael Jackson, des personnages de Walt Disney, des références à des films (Harry Potter…), de la BD (Astérix et Obélix…), des personnages de jeux vidéos… Ils viennent faire des blagues ou tout simplement un clin d’œil à ceux qui les ont créés.
« Légendaires – Parodia » n’apprend rien sur les personnages pour un fan de la série. Mais on voit la personnalité drôle ou stupide des Légendaires, leurs défauts ou ce qui leur fait peur. Par exemple, Danaël ne sait pas nager, Ténébris aime qu’on ne sache pas qu’elle a peur, Shimy qui aime embêter Jadina et vice et versa, Jadina qui est complètement amoureuse de Danaël au point de faire n’importe quoi, Razzia qui est un gros gourmand…
On s’amuse bien en lisant ce livre

Et puis ça nous arrive de suivre le blog des Légendaires… aussi…

PictoOKPour tout ce que je n’ai pas expliqué ici, je vous renvoie vers mon article sur le tome 1 où je prenais le temps de développer un peu plus le concept. En tout cas, cet album est très agréable même pour des gens qui – comme moi – ne connaissent pas tous les détails de la série. Bonne humeur garantie.

Les Légendaires Parodia

Tome 2 : Vous trouvez ça drôle ?
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Jessica JUNG
Scénariste : Patrick SOBRAL
Dépôt légal : février 2017
32 pages, 9,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8549-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Légendaires-Parodia, tome 2 – Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017