Fanfulla (Milani & Pratt)

Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013
Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013

Bartolomeo Tito Alon, plus connu sous le nom de Fanfulla da Lodi, est un Condottiere.

On le découvre en mai 1527, pendant la septième guerre d’Italie. Pendant le sac de Rome, Fanfulla tente d’empêcher les exactions des troupes de Charles Quint sur la population. Au lendemain du combat, mis à défaut dans une rixe d’ivrogne, Fanfulla rentre dans les ordres et vivra reclus dans un couvent jusque 1529. Cette année-là, la ville de Florence se soulève contre leurs souverains : les Médicis. Une fois leurs seigneurs chassés, la République est proclamée ; Florence deviendra le fief de l’Empire peu de temps après. C’est le moment que Fanfulla choisit pour reprendre les armes.

« Et c’est ainsi que Fanfulla da Lodi, Maurizio et Rodrigo suivent Lamberto vers de nouvelles batailles… vers la guerre, la vie glorieuse et obscure de tout soldat de fortune ».

Les épisodes de cet album ont été initialement publiés dans l’hebdomadaire Corriere dei Piccoli. La prépublication a commencé en 1967 pour se terminer l’année suivante. En préface, Antonio Carboni explique que si la collaboration entre Hugo Pratt et Mino Milani se passait au mieux,les rapports étaient plutôt tendus entre Hugo Pratt et Carlo Triberti, directeur du journal italien. Triberti veilla à ce que le contrat éditorial entre l’hebdomadaire et le duo d’auteurs s’achève en temps et en heure.

Rue de Sèvres nous offre la possibilité de (re)découvrir Fanfulla, un récit qui a très peu attiré l’attention des éditeurs (la seule compilation française de ces épisodes avait été éditée par les Humanoïdes Associés en 1981). La présente édition proposée par Rue de Sèvres propose un nouveau regard sur cet univers grâce à la mise en couleur de Patrizia Zanotti.

Fanfulla raconte donc les aventures d’un soldat bourru, grande gueule, culotté mais fin stratège, ne cachant pas son penchant pour la boisson et les combats. Austère au premier abord, on finit pourtant par s’attacher à ce curieux personnage imprévisible, à ce bon samaritain prêt à défendre la veuve et l’orphelin. D’ailleurs, après une cuisante défaite lors d’une rixe entre ivrognes, il prendra la décision de s’engager dans les ordres… lui qui jusqu’alors saisissait la moindre occasion pour expliquer qu’il n’y entend rien bigoteries et autres (qui a déjà travaillé sur d’autres albums d’Hugo Pratt).

Cet album dispose d’un scénario très rythmé. L’histoire avance à la cadence d’un double-strip par page, quelques rares illustrations en pleine page marquent un court temps d’arrêt. Pourtant, le héros Fanfulla ne semble pas souffrir du peu de répit que lui laissent les auteurs ; l’homme semble incapable de se poser plus de deux secondes au même endroit, sauf si on lui met un verre entre les mains. La période qu’il passe dans un couvent est passée sous silence et n’est présente qu’à titre anecdotique. Cette ellipse narrative questionne légèrement puisque le lecteur peut être amené à se demander, compte-tenu de la personnalité de l’énergumène, comment le condottiere a pu passer deux ans dans un tel contexte, loin des champs de bataille, de ses amitiés viriles…

L’ambiance créée par Hugo Pratt fait ressentir la fougue du personnage. Un vent de liberté souffle dans ces pages où l’on perçoit la détermination de ces hommes à mener à vaincre et le plaisir qu’ils ont à combatte côte à côte. Outre la mise en couleur de Patrizia Zanotti, la différence majeure avec l’édition de 1981 est le choix d’un format à l’italienne qui accentue finalement la rapidité avec laquelle les événements se succèdent. Le dessin est assez nerveux et souffre de quelques imprécisions. J’ai régulièrement eu des difficultés à reconnaitre les personnages (est-du au graphisme ou à la vélocité du récit ?).

PictomouiBelle découverte qui ouvre sur un bon moment de lecture. Je reste pourtant mitigée sur cet album que j’ai lu sans ressentir de plaisir vraiment marqué. Je crois que ce qui m’a le plus intriguée, c’est la curiosité de pouvoir découvrir un album de Pratt que je ne connaissais pas. La structure de cet ouvrage passe un peu mal le cap des années, elle est vraiment propre aux albums de cette époque. De plus, les rebondissements permanents nous font un peu tourner la tête et la lecture se fait de manière saccadée. Agréable, divertissant mais la lecture ne fera pas trace.

Par association d’idées, ce personnage m’a fait penser au chevalier blanc incarné à l’écran par Gérard Lanvin.

La chronique d’Oncle Fumetti.

Fanfulla

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Hugo PRATT

Scénariste : Milo MILANI

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-3698-10087

Bulles bulles bulles…

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Fanfulla – Milani – Pratt © Rue de Sèvres – 2013

Paco les mains rouges, tome 1 (Vehlmann & Sagot)

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

1930, Patrick Comasson dit « Paco » échappe de justesse à la guillotine mais écope d’une peine à perpétuité qu’il fera en Guyane.

Bagnard. Un statut et un quotidien avec lesquels il va désormais devoir composer.

Cinq ans : c’est la durée de vie d’un forçat dans les colonies françaises. Paco est bien décidé à faire un pied-de-nez à ces sordides statistiques.

« Fagot ». Voilà ce qu’il est devenu. Sous cette étiquette, l’administration pénitentiaire désigne les condamnés à perpétuité. Paco va devoir apprendre à vivre aux côtés des « pieds-de-biche » (récidivistes), des « Premiers-Paris » (les malfrats qui ont fait la Une des journaux), des « Joyeux »…

Pour survivre dans cet enfer, le premier objectif est de se faire respecter. S’il n’y parvient pas, il n’aura d’autres choix que de subir les traitements réservés aux « bonniches » ou aux « mômes »… Et le respect passe en partie par les tatouages dont les bagnards sont couverts. Alors, lorsque Paco rencontre Armand (alias « Bouzille ») pendant la traversée vers Cayenne, il lui demande d’immortaliser « La mort qui fauche » dans son dos. Les heures passées avec Armand marquent le début d’une amitié particulière avec le tatoueur.

Puis c’est l’arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni. Le premier jour, Paco est victime d’un viol collectif. Il sait qu’il doit rendre coup pour coup sans tarder sous peine de devenir la pute du bagne. Grâce au couteau qu’on lui a glissé dans la main, Paco peut réaliser sa vendetta. Il repère un de ses trois violeurs et l’égorge à l’heure où les prisonniers s’agglutinent au réfectoire pour le repas de midi. Le voilà qui s’est fait un nom : « Paco les mains rouges ».

Il y a une poignée d’auteurs pour lesquels je me dis – à chaque fois que je les lis – qu’il serait bon que je me rue sur tous leurs albums. C’est le cas pour Fabien Vehlmann. Paco les mains rouges, Les derniers jours d’un immortel, Les cinq conteurs de Bagdad : le constat est immuable. Trois titres où le scénario tient essentiellement à la voix-off qui accompagne la majeure partie de la lecture, une base narrative que le scénariste maîtrise parfaitement.

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Dans cet album, l’introspection du personnage principal n’est pas qu’une simple remise en question. C’est aussi un témoignage. Paco est le narrateur de sa propre histoire. Dans une lettre qu’il adresse à une mystérieuse inconnue, il parle à cœur ouvert de ses années de bagne. Une expérience qu’il aborde frontalement, sans se mentir.

On découvre un univers très codifié et une certaine vision de la liberté (où la débrouille et les magouilles sont le seul moyen de survivre). On navigue entre les règles officielles (de l’administration pénitentiaire) et officieuses (les règles de conduite entre bagnards). Dans l’ensemble, il y a tout de même assez peu de sensations corporelles (la faim, le froid et la douleur existent à peine).

L’auteur impose une certaine distance entre les faits et la manière dont son personnage les a vécus. Cet équilibre narratif entre passé (la vie de bagnard) et présent (le moment où il se confie dans une lettre) donne une impression de légèreté assez déconcertante (vu le contexte) mais assez agréable à côtoyer tout au long de la lecture. On ne ressent aucune impression d’étouffement. Le personnage semble avoir facilement tiré son épingle du jeu et s’être débarrassé de tout état d’âme. Surprenant. Cela me fait penser que l’essentiel est à venir et que les émotions vont jaillir dans le second tome. Pour le moment, on n’a que quelques soubresauts et cela ne m’a pas suffit pour ressentir de l’empathie pour le personnage, malgré quelques formulations habilement tournées.

Le bagne, je vais te dire, tout le monde le subissait, les gardiens comme les forçats.

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Le scénario colle à merveille à l’univers artistique d’Eric Sagot d’ailleurs, n’a-t-il pas été écrit spécialement pour ce dessinateur ? (pour avoir la réponse, je vous renvoie à cet article de Vehlmann). Le dessin minimaliste crée une atmosphère assez particulière, un lieu hors du temps et hors des conventions. Il intègre naturellement à ses illustrations l’art brut des tatouages des bagnes de Biribi et de Guyane. Noir, marron, blanc : seules ces trois couleurs ont été retenues pour la mise en couleur. Elles contiennent un peu de nostalgie sur certains passage, elles sont plus rugueuses à d’autres… bref, elles aident naturellement le lecteur à se représenter les ambiances… à s’approprier cette histoire.

Ce premier tome se referme sur un cahier graphique assez conséquent. Il contient de nombreux échanges de story-board entre les auteurs. On y voit la couleur jaillir de manière éphémère sur certaines planches et on se représente un peu mieux la manière dont les auteurs ont collaboré sur ce projet.

PictoOKDans ce premier tome, le cadre est posé, le décor est monté. On a tout en main, mais je trouve encore les choses assez décalées par rapport à l’image que l’on peut avoir du quotidien dans un bagne. Les dessins presque naïfs d’Eric Sagot renforcent cette impression ; tout est trop doux et tout marche trop bien pour Paco pour que cela puisse durer. J’attends donc la suite…

Une sympathique lecture commune faite avec Jérôme.

Deux interviews des auteurs : l’une sur ActuaBD et l’autre sur Telerama.

Les chroniques de Choco et de 9èArt.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

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Extraits :

« Mais quand on nous a mis en ligne, direction la mer, Nom de Dieu… Perpétuité en Guyane… Laisse-moi te que d’un seul coup, ça prenait tout son sens » (Paco les mains rouges, tome 1).

« J’étais prêt à tout plutôt que de rester planqué comme un rat à attendre qu’on me tombe dessus. Y a des fois où la peur donne du culot » (Paco les mains rouges, tome 1).

« Et pour avoir du blé, fallait entuber les autres. Alors c’est ce que j’ai fait » (Paco les mains rouges, tome 1).

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Partie du corps : mains

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Paco les mains rouges

Tome 1

Diptyque en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Eric SAGOT

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2205-06812-2

Bulles bulles bulles…

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Paco les mains rouges, tome 1 – Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Arelate, cycle 1 (Sieurac & Genot)

Génot – Sieurac © Cleopas – 2012
Génot – Sieurac © Cleopas – 2012

Arelate (Arles), 1er siècle après Jésus-Christ.

Génot – Sieurac © Cleopas – 2012
Génot – Sieurac © Cleopas – 2012
Génot – Sieurac © Cleopas – 2013
Génot – Sieurac © Cleopas – 2013

Vitalis est tailleur de pierre. Malgré la grossesse de sa femme, il continue de dépenser son argent dans les jeux de hasard et l’alcool. A force de parier, il a déjà perdu sa solde avant même de l’encaisser, ce qui le contraint à emprunter toujours plus. Mais le prêteur entend bien rentrer dans ses frais et décide de lâcher ses sbires dans la Cité pour mettre la pression sur Vitalis.

Ce dernier se retrouve acculé. Il décide de renoncer à sa liberté et signe un contrat auprès d’un laniste, devant ainsi gladiateur.

En parallèle, nous suivons Neiko, jeune adolescent qui s’apprête à devenir un homme. Son rêve est de pouvoir naviguer mais il se heurte aux réticences de sa mère encore affectée par le décès de son frère.

Il est désormais assez rare que je me plonge dans de telles fresques historiques. La dernière en date est Murena et je n’ai pas ressenti l’envie d’en parler sur ce blog. Comme il y a des exceptions à la règle, j’ai accepté une proposition que m’a faite Jérôme de découvrir Arelate. La maison d’édition Cleopas m’a envoyé l’intégralité du premier cycle de la série (trois tomes). Mais aussi sceptique ai-je été avant de m’engager dans la lecture, j’ai découvert cet univers avec avidité, d’où mon envie d’en parler.

L’aisance avec laquelle les auteurs installent les personnages et les font évoluer dans cette société est assez déconcertante. L’ensemble est fluide, didactique et divertissant. Quelques pages m’ont suffit pour être totalement captivée par ce scénario.

Si deux personnages principaux [Vitalis et Neiko] se démarquent aisément, c’est pourtant le tailleur de pierre qui retiendra notre attention ; c’est aussi ce personnage que les auteurs développent le plus. Cependant, l’assurance dont témoigne Neiko dès lors qu’il atteint la majorité laisse présager que nous sommes en présence d’un protagoniste à fort potentiel, il n’est pas impossible qu’il nous surprenne dans les tomes à venir.

Concernant Vitalis, l’histoire s’amorce à un moment crucial de la vie et son addiction aux jeux d’argent ne servira finalement que deux choses : c’est un prétexte pour aborder la question des jeux durant la Rome Antique (sujet qui sera d’ailleurs repris de manière plus détaillée dans l’intéressante Annexe du premier tome) et d’acculer tant et tant le personnage au point qu’il contractualise avec le laniste… cela met l’intrigue sur les rails de manière tout à fait intéressante.

Laurent Sieurac et Alain Genot sont parvenus à construire une œuvre intelligente et à rendre la science ludique. Chaque tome développe cette fiction historique sur une cinquantaine de pages et en annexe, le lecteur peut profiter de dossiers d’une quinzaine de pages où sont repris point par point les sujets importants croisés dans le péplum. La partie documentée ne fait qu’accroître l’intérêt de la série. Des questions aussi variées que les codes vestimentaires, les corporations professionnelles, la gladiature, la grossesse, les croyances et les rituels sont abordées, mais je ne dresse-là qu’une liste non exhaustive de l’éclairage apporté au lecteur. A noter que Alain Genot est archéologue au Musée départemental Arles antique (si vous êtes intéressés, cliquez sur ce lien pour lire une interview d’Alain Genot). On aura également le plaisir et la surprise de découvrir en quoi les auteurs se sont permis quelques libertés avec la réalité historique ; ils abordent ces points très naturellement et assument totalement la part interprétative qu’ils ont sciemment intégré dans le scénario. Un peu de fantaisie historique ne fait de mal à personne lorsque les propos sont aussi bien étayés (écoutez également cette émission sur France Culture dans laquelle Alain Genot revient sur les méthodes d’expérimentation archéologique employées par son équipe ; ils organisent des combats pour retrouver les gestes des gladiateurs).

Génot – Sieurac © Cleopas – 2012 à 2013
Génot – Sieurac © Cleopas – 2012 à 2013

J’avais déjà eu l’occasion de profiter du travail illustratif de Laurent Sieurac sur L’Assassin royal. Son dessin réaliste se marie parfaitement à ce registre narratif. Le trait des dessins est fin, très descriptif, un peu figé par contre sur certains moments (surtout les visages). Je n’ai pas eu l’occasion de tenir en mains la première édition du tome 1 d’Arelate. Cet ouvrage fut en effet publié une première fois en 2009 avec une couverture que je trouve plus criarde que celle qui habille la réédition de 2012. De plus, les planches étaient initialement d’une extrême sobriété, en noir et blanc et complétées des jeux de lumière plus ternes et très contrastés. Cette nouvelle édition s’inscrit dans la même veine graphique que les deux autres tomes du cycle 1 où dominent des teintes sépia. Ponctuellement, de courts passages sont mis en couleur par de doux lavis de gris ; ils nous signalent un temps narratif légèrement décalé dans le passé et nous aident à mieux appréhender l’histoire principale. On peut ainsi mesurer la teneur de certains liens relationnels entre certains personnages ou l’importance d’un événement antérieur à l’action présente. Il y a une belle harmonie entre les deux atmosphères.

PictoOKJe remercie Jérôme et les Editions Cleopas pour cette lecture. Sans cela, je sais que je ne me serais pas tournée vers cette série qui semble être passée inaperçue dans le flot des publications. C’est un tort car elle n’a absolument pas à rougir de la comparaison avec des épopées telles Murena ou Alix Senator et en profite, au passage, pour préciser certains points volontairement (ou non) mal employés par de nombreux artistes (auteurs de bande dessinée, réalisateurs films américains ou italiens…). Ainsi, les toges d’une blancheur immaculée sont un néologisme, les combats de gladiateurs sont des duels très codifiés et pratiqués sous le regard d’des ou deux arbitres… ce n’est pas la boucherie qu’Hollywood nous montre à chacune de ses productions cinématographiques.

Le premier cycle est complet. Comme je vous l’avais dit : voici une série que je ne pensais pas suivre. Il me tarde pourtant de découvrir ce qui nous attend par la suite…

Lire une interview d’Alain Genot.

La chronique de Jérôme sur les deux premiers tomes et celle de Mickaël Lefebvre.

Du côté des challenges :

Challenge Histoire : le 1er siècle après J-C et la civilisation romaine

Challenge Histoire
Challenge Histoire

Arelate

Cycle 1 : 3 tomes

Tome 1 : Vitalis

Tome 2 : Auctoratus

Tome 3 : Atticus

Série en cours

Editeur : Cleopas

Dessinateur : Laurent SIEURAC

Scénaristes : Alain GENOT et Laurent SIEURAC

Dépôt légal : septembre 2012 (pour la réédition du tome 1),
octobre 2012 (tome 2) et juillet 2013 pour le tome 3

ISBN : 978-2-917283-46-2 (tome 1), 978-2-917283-47-9 (tome 2) et 978-2-917283-73-8 (tome 3)

Bulles bulles bulles…

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Arelate, tomes 1 à 3 – Génot – Sieurac © Cleopas – 2012 à 2013

Les filles de Montparnasse, tome 1 (Nadja)

Nadja © Olivius – 2012
Nadja © Olivius – 2012

« À quoi rêvent les jeunes filles des années 70 ? Amélie, Garance, Élise et Rose-Aymée partagent le même appartement, à Montparnasse. La Commune de Paris vient à peine de se terminer – car nous sommes en 1873 – et le monde de demain s’annonce déjà. Amélie écrit, Garance peint, Élise veut devenir chanteuse, Rose-Aymée est modèle. Nadja raconte les quatre saisons de leurs destins entrelacés, dans ce Paris de la bohème littéraire et artistique à la fois si lointain et si proche de nous » (extrait du Quatrième de couverture).

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les remerciements et saluer Jérôme qui m’a offert cet album après m’avoir mis l’eau à la bouche avec sa chronique.

Ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion de lire Nadja. En 2010, les conseils de mon libraire m’avaient permis de découvrir L’homme de mes rêves, un album aussi sensuel que troublant. Forte de cette expérience, je m’étais attaquée aux trois tomes de La Forêt de l’oubli que je n’ai malheureusement pas partagé sur mon blog (mais heureusement, Noukette l’a chroniqué !).

A chaque fois, j’avais été saisie par la maîtrise de Nadja, son style, son trait et l’angle d’attaque retenu pour déplier l’univers. C’est étrange à dire mais lire cette auteure équivaut à ressentir tout un panel de sensations, du moins en ce qui me concerne. Les contours épais posés au pinceau donnent l’impression que ses personnages sont contenus dans une enveloppe charnelle que l’on pourrait presque palper. Et même lorsque l’illustration n’est pas très précise, nous forçant à deviner l’émotion d’un personnage et à imaginer les détails manquants d’une expression de visage, cela ne me gêne pas. Dans ces moments, j’ai l’impression qu’un voile de sensualité est volontairement posé entre mon regard et le tableau vivant décrit par le livre.

Et puis, dans les albums de Nadja, il y a ces moments où les personnages s’enlacent, se dénudent, se caressent… Justement, cela me fait penser à une question que Marilyne posait récemment : savoir si l’on pouvait « écrire d’une lecture qu’elle est vivante »… C’est exactement le sentiment que j’ai quand je regarde les peintures de Nadja.

Cela me fait aussi penser à un autre débat. On a souvent tendance à chercher un point commun dans les œuvres d’un même auteur. A ce sujet, Lunch et David avaient débattu mercredi suite à ma chronique du dernier album de Renaud Dillies où on retrouve des thèmes récurrents à tous ses travaux (l’amitié, la quête, la musique…). Cette redondance lasse-t-elle le lecteur ? Cette constance est-elle une garantie pour le lecteur qui sait ainsi exactement ce qu’il va trouver dans tel ou tel univers artistique ? J’ai été confrontée aux deux cas de figure mais concernant les œuvres de Nadja, c’est précisément  cette constance qui m’a fait plonger dans la lecture dès que j’ai été en possession de ce tome. Je me savais conquise d’avance.

Quel long préambule je vous ai imposé ! 🙂 Alors venons-en aux faits : ce tome à répondu à mes attentes. Pour la troisième fois, je retrouve donc avec satisfaction cette veine graphique dont je viens de vous parler. Nadja donne du relief au moindre détail narratif, c’est captivant. Je retrouve également non pas un mais quatre personnages qui débordent de féminité malgré les situations difficiles qu’elles traversent. Je retrouve aussi cette utilisation particulière de la métaphore. En effet, Nadja décroche régulièrement de l’intrigue principale et développe de courts passages qui nous immergent totalement dans un monde onirique très intriguant. L’auteure aborde ces moments de telle manière que j’ai toujours l’impression d’être au cœur de l’intimité du personnage, comme s’il s’agissait de fantasmes. D’ailleurs, l’album s’ouvre sur un de ces passages, c’est donc par ce biais que l’on « rencontre » le personnage d’Amélie (l’écrivain qui, comme le titre de ce tome l’indique, sera le personnage qui sera le plus mis en avant durant cette lecture).

Le marron domine sur cet album. Il donne une impression de mélancolie ambiante sans que cela n’alourdisse les propos. Les héroïnes semblent tourmentées mais cela ne les empêchent pas d’être attentive à l’Autre et d’avoir des projets d’avenir souvent ambitieux, parfois irréels… On devine l’issue dramatique de l’histoire mais ces femmes sont animées par une réelle étincelle de vie qui nous fait croire en tous les possibles. Bien qu’ancrée dans une France aux mœurs démodées (on est au XIXème siècle), les réflexions de fond sont pourtant transposables à certains questionnements actuels : la place de la femme dans la société, la domination des hommes dans les processus décisionnels, la relation amoureuse, le besoin de reconnaissance personnelle et professionnelle, le rôle et la place de l’Art dans la société. Un questionnement pluriel dont on se saisit parfaitement.

PictoOKUn récit qui développe à la fois la question artistique et la quête identitaire. Ce premier tome installe parfaitement le décor et les personnages de la série. Seul bémol : je regrette cependant que les éditeurs aient autant mis en avant – sur leurs synopsis respectifs – l’aspect historique de la série (voir le site des éditions Cornélius et de L’Olivier) ; cela m’a mis en attente inutilement. Le décor parisien des années 1870 n’est présent que de façon accessoire et totalement inexploité dans le scénario.

La suite est en tout cas prometteuse, j’attends cependant que ces quatre destins croisés s’entremêlent davantage. En gros, j’attends de cette lecture qu’elle soit un peu plus charnelle… j’aimerais être troublée comme je l’avais été en lisant L’Homme de mes rêves.

Album nommé dans la sélection 2013 du Prix Artémisia.

Les chroniques de Jérôme, Cathia (A chacun sa lettre), David Fournol, le blog Autour de Montparnasse.

Ecouter le podcast du 1er novembre 2012 de France Culture.

Extrait :

« C’est à ce moment que le plaisir est devenu instrument et que la jubilation a fait place aux lamentations. La jouissance ne me suffisait plus. Il me fallait la reconnaissance » (Les filles de Montparnasse, tome 1).

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Egypte

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Les filles de Montparnasse

Tome 1 : Un grand écrivain

Tétralogie en cours

Editeur : Olivius (une association entre Cornélius et les éditions de l’Olivier)

Dessinateur / Scénariste : NADJA

Dépôt légal : octobre 2012

ISBN : 978-2-87929-764-4

Bulles bulles bulles…

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Les filles de Montparnasse, tome 1 – Nadja © Olivius – 2012

Saveur Coco (Dillies)

Dillies © Dargaud – 2013
Dillies © Dargaud – 2013

« Il était une fois dans un pays fort proche du soleil, une bien modeste construction sans toit. Et dessus, Jiři et Pôlka contemplant, de leurs quatre yeux grands ouverts, l’immense et aride désert de sable à l’horizon vaporeux… »

Jiři et Pôlka sont des amis inséparables. Installés au beau milieu du désert et las d’attendre en vain une dépression climatique qui ne vient pas, les amis décident de partir en quête d’un nuage. « Allons droit devant ! » décide Pôlka. Et les voilà tous deux partis dans le grand désert, bien décidés à trouver un endroit où il fait bon vivre… et où il pleut !

Durant leur voyage, ils rencontreront entre autre un poisson volant, une noix de coco, une porte à laquelle frappe un livreur, un escargot, un pirate en montgolfière, un cirque… et qu’en plus de vouloir trouver de l’eau, nos amis caressent l’espoir de trouver un marteau…

Le papa d’Abélard (de la série éponyme), de Charlie (Bulles & nacelle) et de Rice (Betty blues) revient pour notre plus grand bonheur. Notre plus grand bonheur ? Oui, car hormis la difficulté faire un résumé de cet album, il est rare de trouver des histoires qui proposent autant de poésie.

Une nouvelle fois, Renaud Dillies nous fait découvrir un monde anthropomorphe grâce à un duo original composé d’une cigogne (Jiři) et d’un renard (Pôlka). Les deux compères font si bien la paire qu’au départ, il est difficile de les dissocier. Et peu à peu, la magie opère. Je les ai trouvé touchants ; il faut dire que leurs bouilles peut difficilement laisser de marbre. Je les ai trouvé drôles à s’accrocher à cette quête improbable… il faut dire que je les imaginais en train d’essayer d’attraper un nuage pour le ramener au-dessus de leur maison. Leurs traits de caractères aussi, très marqués, se complètent à merveille. D’un côté, Pôlka semble avoir la tête bien vissée sur les épaules tandis que de l’autre, Jiři est un rêveur qui compose de douces mélopées sur sa cithare pour se remettre d’un coup dur. A chaque passage où la musique envahissait l’espace, j’ai eu une douce pensée pour les autres personnages de Dillies que j’ai tant aimé car eux aussi utilisaient la musique pour faire passer les moments de déprime.

En tout cas, c’est ainsi qu’ils se présentent au début de leur quête. Et vu qu’il n’est pas facile de trouver de l’eau en plein désert, leur voyage va les emmener loin de chez eux sur une route parsemée de rebondissements. Grâce à cela nous (lecteurs) aurons maintes occasions d’être surpris par ces personnages touchants et la manière dont ils vont se sortir de chaque situation. De quoi inciter Pôlka à relativiser un peu… et Jiři à être moins tête en l’air.

Saveur Coco m’a plusieurs fois fait penser à Philémon (une série de Fred). En effet, d’un côté comme de l’autre, le récit nous plonge au cœur d’un univers absurde et décalé, où l’auteur joue en permanence avec les mots et s’amuse des quiproquos ainsi créés. Deux univers où la poésie remplit chaque particule d’oxygène et chaque recoin de case.

Les couleurs pétillent et nous emportent facilement dans ce monde imaginaire qui m’a fait penser au Mexique et, par association d’idées, à sa chaleur, au désert et à quelques clichés ancrés dans ma mémoire. Difficile pour moi de passer outre cette référence, ne serait-ce parce que Jiři est en permanence coiffé d’un énorme sombrero et vêtu d’un pancho. Chaque page nous laisse la possibilité de profiter d’une nouvelle trouvaille graphique, que ce soit dans la disposition des cases, la décoration des banderoles qui contiennent la voix-off ou les gros plans façon portrait sur l’un ou l’autre de nos deux héros. Renaud Dillies a été attentif au moindre détail visuel, un vrai travail d’orfèvre !

PictoOKTout ici est beau, magique, poétique, touchant, troublant. On se questionne, on s’amuse, on contemple.

Oui mais voilà… je n’ai rien compris à la morale de cette histoire ce qui m’a laissé la désagréable impression d’avoir parcouru une aventure sans queue ni tête. Je sors malgré tout satisfaite de cette lecture avec laquelle j’ai passé un bon moment… allez comprendre !

Les chroniques de Moka, Jérôme, Marion, Noukette, Livresse, Yvan et PaKa.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

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Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment : coco

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Saveur Coco

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Renaud DILLIES

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-5050-1791-2

Bulles bulles bulles…

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Saveur Coco – Dillies © Dargaud – 2013

Une histoire d’hommes (Zep)

Zep © Rue de Sèvres – 2013
Zep © Rue de Sèvres – 2013

« C’est une histoire au ton plus mélancolique, une histoire de copains qui formaient un groupe de rock, 20 ans auparavant. Ils se retrouvent chez Sandro, celui qui a continué et qui est devenu une star. Un week end dans la campagne anglaise du Devon qui va changer leurs vies… » nous explique Zep sur son site.

C’est l’histoire de JB, Yvan et Franck qui embarquent pour l’Angleterre. A l’approche de la quarantaine, ils ont des vies plus ou moins installées : JB vient d’obtenir la direction d’une usine qui produit des bâtonnets de poissons surgelés, marié, des enfants… une vie satisfaisante et tranquille. Franck se soigne d’un divorce dans les bras de sa seconde femme ; Sandro est devenu une rock-star et Yvan, quant à lui, n’a pas changé en vingt ans. Toujours la même peur de l’engagement, le même manque d’ambition… la même tronche.

Un week-end de retrouvailles pour certains d’entre eux qui ne s’étaient pas revus depuis que leur groupe avait périclité…

Ce nouvel album de Zep change radicalement de ce à quoi l’auteur nous avait habitués jusqu’à présent. Et j’attendais le moment de pouvoir lire cet auteur sur un registre qui me plait bien plus que l’idée de faire la même rentrée des classes à chaque fois qu’un album de Titeuf débarque dans les bas. Et il y avait matière à espérer que Zep viendrait sur le terrain du roman graphique ; ses ping-pong sont assez succulents (je vous conseille celui qu’il a réalisé avec Trondheim ou encore la rencontre avec Fred Peeters) et les Carnets intimes (Gallimard, 2011) laissaient penser qu’il avait peut-être envie de se tourner vers un récit plus authentique.

Une histoire d’hommes est un huis-clos dont l’action se déroule essentiellement dans un vieux manoir anglais. Le dessin est réaliste et les lavis retenus pour construire les teintes bichromes de l’album donnent au récit une ambiance intimiste. Les personnages semblent mis à nu, leurs sentiments à fleur de peau touchent le lecteur en plein cœur. Certes, les soixante pages consacrées à cette histoire d’hommes suffisent à faire ressentir les émotions et les sentiments des uns et des autres, mais il est vrai que je serais volontiers restée quelques pages encore en leur compagnie afin de fouiller un peu plus leurs souvenirs communs et en constater les répercussions sur le quotidien.

Cette histoire n’a pas été sans me rappeler Quelques jours avec un menteur (un récit complet d’Etienne Davodeau publié en 1997 chez Delcourt) où était question d’amitié, de sentiments, de couple et d’aveux qui se prononcent bien après les faits et offrent aux personnages principaux comme aux lecteurs, une autre lecture des événements.

Il y a beaucoup de tendresse dans cet album. Beaucoup de tendresse et une grande sincérité. Cela s’explique en partie par le fait que Zep s’appuie sur un sujet qu’il affectionne tout particulièrement puisqu’il est lui-même musicien (le choix de son pseudo n’est pas anodin… un hommage au groupe Led Zeppelin). Zep se produit dans des groupes depuis qu’il a 12 ans… Zep s’éloigne donc des gags qu’il réalise habituellement mais ne se pose pas pour autant en terres inconnues. L’écriture de cette histoire lui tenait à cœur depuis longtemps et le fait de s’appuyer sur des éléments narratifs comme la musique ou l’amitié lui a permis d’être à l’aise avec son intrigue.

Cliquez sur ce lien pour voir la bande-annonce de l’album.

PictoOKPictoOKCes retrouvailles entre amis donnent lieu à un superbe album. Emouvant, touchant… superbe. J’aimerais être sûre d’avoir trouvé les mots justes pour vous donner envie de le lire à votre tour.

La chronique de PaKa, de Marie-Hélène Giannoni (Blog de l’Ecole des lettres) et de Jean-Laurent Truc (Ligne Claire).

La page Facebook de l’éditeur (pour suivre l’actualité de cet album… entre autre), une interview de Zep sur ActuaBD.

Une lecture que je partage avec Mango

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Je remercie Decitre pour ce partenariat et vous invite à consulter la fiche de l’auteur et la fiche de l’ouvrage.

Une histoire d’hommes

Récit complet

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : ZEP

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-36981-001-8

Bulles bulles bulles…

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Une histoire d’hommes – Zep © Rue de Sèvres – 2013