Magritte – Ceci n’est pas une biographie (Zabus & Campi)

Zabus – Campi © Le Lombard – 2016

Un chapeau melon ! Qui eût cru qu’un jour, moi, Charles Singulier, je m’abandonnerais à la fantaisie d’acheter une futilité de ce genre. Et avec plaisir, qui plus est.

Charles Singulier s’apprête à recevoir une promotion. Voilà de quoi réjouir n’importe quel homme. Alors l’homme Singulier s’offre une petite coquetterie la veille de son avancement. Et Charles Singulier, lui si ordonné, si sérieux, lui qui s’est organisé une vie si convenue, si fade… se met à observer d’étranges phénomènes. Un miroir qui reflète la réalité de façon singulière, des objets qui lui résistent… et ce chapeau melon qu’il ne parvient plus à retirer de sa tête. Sans compter cette étrange apparition, prémonitoire, qui lui assure que …

C’est à cause de lui ! Tu n’aurais jamais dû mettre son chapeau ! Maintenant, ça ne va plus s’arrêter…

… et confier une mission à Charles Singulier. Celle de saisir les secrets du monde de Magritte…

Magritte, Ceci n’est pas une biographie – Zabus – Campi © Le Lombard – 2016

Thomas Campi recrée à merveille l’univers absurde et poétique de René Magritte. Ici et là surgissent dans les dessins de l’illustrateur des tableaux du peintre. Les tableaux se fondent à merveille dans les décors, nous surprennent, nous amusent. Les personnages de Magritte prennent vie et croisent le chemin de notre singulier personnage. « Les chasseurs au bord de la nuit » se sont cachés en embuscade pour l’intercepter, des hommes qui pleuvent sur la ville, la lune qui se niche dans un arbre ou bien encore le visage de son interlocutrice qui prend l’apparence d’un corps de femme dénudé.

Vincent Zabus de son côté décline son postulat de départ comme une réelle épopée. Le personnage principal subit plus qu’il n’agit et la situation complètement folle dans laquelle il est jeté l’amène de rencontres en rencontres. Il accepte tout, s’élance tête baissée dans l’inconnu et cela permet au scénario de nous faire vivre cette aventure tout en nous sensibilisant à l’univers du peintre surréaliste. A l’instar du « héros » , le lecteur se lance tête baissée dans ce jeu de piste aussi drôle que captivant dans le seul but de percer le mystère… ou du moins de percevoir où les auteurs souhaitent nous conduire. Personnellement, je me suis laissée mener par le bout du nez avec délectation, faisant fi de ma curiosité à intervalle régulier pour observer une scène, détailler une case, revenir en arrière pour reprendre le train du récit et retarder d’autant le moment fatidique où j’arriverai au bout de ma lecture. Percerais-je le mystère ?

Moi, je veux installer le soupçon dans ce qui paraît familier… Faire hurler le quotidien !

Quelques éléments de la vie de Magritte sont donnés, nous partageons quelques pages avec quelques-uns de ses contemporains et vraiment…

… vraiment je suis grande fan du travail de ce duo d’auteurs. Un émerveillement. Chaque occasion de lire un de leurs albums est à prendre. Dépaysement garanti. Etre touchée tant par le fond que par la forme, et de de façon quasi systématique, c’est rare.

J’ai lu également : « Macaroni ! » et « Les Petites gens » …

Les chroniques de Noctenbule et du Chat Pitre.

Magritte

– Ceci n’est pas une biographie –
One shot
Editeur : Le Lombard
Dessinateur : Thomas CAMPI et aussi ce site
Scénariste : Vincent ZABUS
Dépôt légal : novembre 2016
64 pages, 14.99 euros, ISBN : 978-2-8036-7027-7
L’ouvrage sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Magritte, Ceci n’est pas une biographie – Zabus – Campi © Le Lombard – 2016  

Pas à pas, à l’écoute du silence (Dollohau)

Dohollau © Des Ronds dans l’O – 2017

Oppressé par le poids de son succès, les multiples sollicitations culturelles et l’omniprésence de ses fans sitôt qu’il fait un pas dehors, Pierre Ubik – célèbre auteur de BD – décide de s’installer loin de l’effervescence de la capitale. Il s’installe en Bretagne et fait rapidement la connaissance de Lucie.

Lucie est aveugle depuis qu’elle a été victime d’un grave accident il y a de cela cinq ans.

Le dessin est dépouillé de chaleur (en tout cas, c’est ainsi que je l’ai accueilli). Pour moi, il manque d’ombres, de lumière… et de rides. Les visages des personnages dégagent une expressivité factice, leur faciès sont figés, leurs postures sont raides. L’impression s’estompe au fur-et-à-mesure que l’on tourne les pages… s’y habitue-t-on où l’auteur gagne-t-il en confiance ? La réponse tiendrait plutôt, pour moi, dans la seconde supposition ; les lavis sont plus travaillés, les jeux de hachures et les reliefs sont plus détaillés. Outre la rencontre de deux individus, Tanguy Dohollau nous sensibilise également à l’œuvre de Chu Ta, peintre chinois du XVIIè. Un univers et une culture qui sont très éloignées des centres d’intérêt du personnage principal qui a davantage nourri son imaginaire avec tout ce qui a trait à la science-fiction. C’est toujours plaisant de voir comment chacun peut être invité à sortir de sa zone de confort lorsqu’il trouve la personne capable d’aiguiser ses sens, sa curiosité, et apte à le guider dans un nouveau registre.

Le scénario nous fait vivre une amitié naissante entre un homme et une femme. On sent très vite la confiance s’installer entre eux puis vient le plaisir de se retrouver régulièrement. Leurs échanges semblent intarissables et leur curiosité pour leurs centres d’intérêt respectifs est palpable. Une amitié sensuelle même si elle reste platonique, deux individus qui prennent le temps de s’apprivoiser et goûtent au plaisir de ces instants partagés. On sent l’émanation d’un désir entre eux mais il sera mis sous silence. Par pudeur ?

Un récit hors du temps qui raconte un nouveau départ. Pas à pas, les personnages prennent la direction de leurs nouvelles vies. Un récit doux peut-être un peu trop pour moi. J’ai passé un bon moment de lecture mais je me suis contentée de rester spectatrice de cette parenthèse dans la vie d’un homme.

La chronique de Bidib.

Pas à pas, à l’écoute du silence

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Un roman graphique
Dessinateur / Scénariste : Tanguy DOHOLLAU
Dépôt légal : janvier 2017
100 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-37418-025-0

Bulles bulles bulles…

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Pas à pas, à l’écoute du silence – Dohollau © Des Ronds dans l’O – 2017

Le quatrième Mur (Corbeyran & Horne)

Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016
Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016

Une représentation de la pièce d’Antigone dans un pays en pleine guerre. C’est le projet fou de Sam, metteur en scène grec. C’est le projet fou qu’il va demander à son ami de porter. La pièce se jouera à Beyrouth. Mais ça, Georges ne le sait pas encore.

La première fois Samuel Akounis apparaît devant Georges, c’est un jour de janvier 1975. Sam s’apprête à faire une intervention dans l’amphithéâtre où Sam suit son cursus universitaire. Sam vient témoigner sur la violente répression du mouvement des étudiants de Polytechnique ; lorsque les chars ont été lancés contre des jeunes gens, faisant une quarantaine de morts et une centaine de blessés. Sam le grec avait plusieurs casquettes : metteur en scène, artiste et résistant.

Georges est impressionné, lui qui milite depuis de nombreuses années de façon aveugle, souvent violente. Il se laisse dépasser par une haine qu’il ne comprend pas. Très vite, les deux hommes sympathisent. Une amitié solide sur laquelle ils pourront compter pour des années. Sam devint ainsi le témoin de Georges puis le parrain de sa fille. Jusqu’au jour où, sur son lit d’hôpital, Sam demande à Georges de lui rendre un service : monter Antigone pour lui avec une trouve cosmopolites de comédiens.

Je t’avais aussi parlé de mon idée de monter la pièce d’Anouilh dans une zone de guerre. Mon projet était d’offrir un rôle à chacun des belligérants. Faire la paix entre cour et jardin…

Georges découvre Beyrouth. Venu pour monter une pièce de théâtre, il découvre la guerre.

Une nouvelle fois, je n’ai pas lu le roman originel qui donne lieu à cette adaptation. Une bonne chose en soi car cela m’évite d’avoir à déplorer des éléments manquants et/ou trop différents de l’idée que j’en avais. Déjà que je dois composer avec les chroniques de Noukette et de Jérôme dont je me souviens très bien…

Qui est donc le réel personnage principal de cette histoire ? Est-ce Georges, qui agit au jour-le-jour et acceptera le service que lui demande son ami ? Est-ce Georges sans qui rien de tout cela ne serait arrivé ? Est-ce finalement Antigone, la pièce de théâtre de Jean Anouilh autour de laquelle se tisse l’intrigue ?

Eric Corbeyran tisse son intrigue avec finesse. Il nous permet dans un premier temps de faire la connaissance des deux principaux protagonistes dans un contexte social tumultueux. Les étudiants sont mobilisés dans un mouvement contestataire des réformes universitaires et Georges, éternel étudiant, éternel adulescent, est en première ligne. Un personnage animé de bons sentiments mais trop fougueux, trop « brouillon » pour mener une lutte constructive. Sam est son double, l’aîné qui a tiré leçons de son expérience, celui qui prend sous son aile et tente – lentement – un travail de fond, appelant au calme et à la raison. Penser, raisonner, prendre du recul pour ne pas foncer tête baissée dans une lutte futile. Identifier la cause du combat, ne pas faire d’amalgames.

Un récit qui propose une réflexion sur la guerre, sur les motifs d’un conflit séculaire. Un heurt entre religions, entre identités. Une légitimité différente qui convainc chacun qu’il est dans son bon droit et que l’autre est un usurpateur. On rentre pleinement dans ce récit. On épouse les convictions des personnages qui appellent à la tolérance, au respect, à l’apaisement. L’intrigue se construit autour d’une utopie : croire que l’Art est capable – le temps d’une heure – de faire taire les animosités, de permettre un havre de paix, un ailleurs qui permet de s’échapper de la réalité.

Antigone est palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, est un Druze du Chouf. Créon, toi de Thèbes et père d’Hémon, est un maronite de Gemmayzé. Le page et le messager sont chiites. La nourrice est chaldéenne. Et Ismène, la sœur d’Antigone, est arménienne et catholique ! (…) Il avait imaginé les communautés entrant dans ce théâtre d’ombres…

Croire qu’une trêve est possible et qu’un medium possible pour permettre ce dépôt des armes est la scène, l’expression artistique. Croire que les artistes ont cette capacité à faire abstraction du reste et que les badauds, à partir du moment où ils mettent leur costume de spectateur, ont cette même capacité d’abstraction. Les deux camps protégés par le quatrième mur. Un mur invisible que seul les deux personnages principaux sont susceptibles de franchir.

– Le quatrième mur ?
– Celui qui empêche le comédien de baiser avec le public. Cette façade imaginaire que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Cette muraille qui protège le personnage… Cette clôture invisible qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle. Pour certain, c’est un remède contre le trac. Pour d’autre c’est la frontière du réel.

Georges, le metteur en scène est donc le seul, dans cette pièce d’Antigone, à briser le quatrième mur. Mais la métaphore est plus grande car c’est aussi le seul à venir d’un pays en paix, c’est le seul à ne pas connaitre la guerre au quotidien, le seul pour qui la réalité de Beyrouth est un choc… car les autres y sont habitués. Pour lui, il s’agit de trouver sa place dans cette abstraction qu’est la guerre. Pour les autres, il s’agit de passer outre les haines ancestrales. Pour tous, il s’agit de se plonger corps et âme dans le jeu scénique. Pour le lecteur, il s’agit de croire à l’utopie de Sam, croire dans tous les possibles.

L’exercice est facile malgré le fait que mon exemplaire du « Quatrième mur » fait une ellipse de près de vingt pages. Suite à une agaçante erreur lors de l’assemblage des cahiers, j’ai été contrainte de faire un bond de la page 75 à la page 93. Si cet « oubli » n’altère pas la compréhension du récit… cela suffit pour casser le rythme de lecture et devoir se réinstaller dans l’histoire en supposant ce qui s’est passé durant cette vingtaine de pages.

Le dessin de Horne fut une précieuse aide… le dessin de Horne fut comme une seconde peau durant toute la lecture. Le dessin de Horne… cette tuerie ! Il a pourtant quelque chose de bonhomme à première vue. Mais il est si naturel, si vivant que l’on s’y glisse spontanément. On trouve facilement notre place dans chaque scène. On perçoit les variations de tonalités dans la voix des personnages, du chuchotement au cri. On touche du doigt leurs émotions. On se trouble lorsqu’ils doutent. Dans ses dessins, Horne est parvenu à installer une ambiance qui nous est familière. Il campe des gueules, des attitudes, des décors, des liens forts entre les personnages. Il y a quelque chose de très assuré dans l’atmosphère de l’album, une convivialité prononcée dans ce trait assuré qui respecte la pudeur des personnages.

PictoOKReligion, identité, expression artistique, conflit armé, amitié… quelle richesse dans cet album ! Je vous invite à le lire. Quant à moi, j’ai maintenant très envie de lire le roman de Sorj Chalandon.

Une lecture commune que je partage avec Antigone. Je vous invite à lire sa chronique.

la-bd-de-la-semaine-150x150Comme chaque mercredi, je rejoints la « BD de la semaine ». Rendez-vous chez Stephie pour les participations d’aujourd’hui.

Extraits :

« C’est pour ça que je tenais à Sam. Il était mon reste d’évidence. Ni slogans. Ni passage d’un livre. Si mot d’ordre peint sur un mur. Il incarnait notre combat. Son arrivée m’avait redonné du courage. Il était ma résistance. Ma dignité. Dignité ! Le plus beau mot de la langue française » (Le Quatrième mur).

« Il y a des hommes comme ça, au premier regard, au premier contact, quelque chose est scellé. Cela n’a pas encore de nom, pas de raison, pas d’existence. C’est l’instinct qui murmure de marcher dans ses pas » (Le Quatrième mur).

Le Quatrième Mur

One shot
Editeur : Marabout
Collection : Marabulles
Adaptation du roman éponyme de Sorj CHALANDON
Dessinateur : HORNE
Scénariste : Eric CORBEYRAN
Dépôt légal : octobre 2016
136 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-501-11468-4

Bulles bulles bulles…

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Le Quatrième Mur – Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016

Polina (Vivès)

Vivès © Casterman – 2011
Vivès © Casterman – 2011

Polina Oulinov est encore une fillette lorsqu’elle passe le concours d’une prestigieuse école de danse russe. Elles sont nombreuses à rêver d’y entrer mais les places sont rares. Polina en décroche et les années qui suivront seront exclusivement consacrées aux études et à la danse.

Polina quitte sa famille et entre en Internat. Elle vit désormais au rythme de l’école. La fatigue et la tension d’un côté, la technicité s’ancre d’année en année, les nerfs lâchent aux périodes d’examen et, dans ce microcosme, les amitiés s’ancrent profondément. Polina grandit et est très vite repérée pour intégrer les cours de danse classique du professeur Bojinski. Réputé pour être autoritaire et exigeant, les élèves appréhendent. Polina est inquiète et très vite, elle mesure le degré d’exigences et d’attente de l’enseignant. Polina s’entraîne avec rigueur, Bojinski est intransigeant. Elle ne se décourage pas, s’obstine ; elle trouve en elle la force et la détermination. Elle se rend aux cours en ayant la boule au ventre et avec la certitude de ne pas être à la hauteur. Bojinski ne l’épargne pas pourtant, c’est bel et bien une rencontre qui s’est opérée entre ces deux personnes. De la rigueur des entraînements quotidiens naît un respect réciproque, une amitié.

Début 2011 paraissait « Polina », un album très vite repéré par les lecteurs et très vite encensé par la critique. Un an avant, j’avais lu « Le Goût du chlore » et je m’étais jurée d’être au rendez-vous pour la sortie de « Polina », impressionnée par la maîtrise du trait de Bastien Vivès et surtout sa capacité à faire ressentir les sensations (essoufflement, effort, gêne, désir, élancement…). Puis « Polina » a été récompensé par le Prix des libraires en mai 2011… nouvelle pluie de critiques alléchantes. L’envie de lire l’ouvrage est accrue. L’album est ensuite le lauréat du Grand Prix de la Critique ACBD en 2012… nouvelle pluie d’avis dithyrambiques. Rappel qu’une découverte m’attend là, dans les pages de l’album. Il m’a fallu attendre 2016 pour le lire enfin. L’avantage : les propos élogieux ont décanté lu çà et là sur la toile.

La souplesse et la grâce ne s’apprennent pas. C’est un don.

Polina – Vivès © Casterman – 2011
Polina – Vivès © Casterman – 2011

Le coup de crayon est épais, il oublie volontairement les détails des visages, des plis d’étoffe, des accessoires divers et se concentre entièrement sur l’émotion brute et l’attitude corporelle. Dépourvu de couleurs, le trio noir-blanc-gris crée une ambiance dépouillée, ramenée à l’extrême et forçant le lecteur à apposer ses propres couleurs à cet univers. Contraste permanent d’ombre et de lumière, appuyant un sourcil qui se lève ou qui se fronde. On mesure le prix de l’effort à fournir. On sent la tension, le poids du corps des ballerines tandis qu’en apparence, rien de tout cela ne semble transparaître.

Plus de légèreté, ça doit paraître facile. C’est important que ça « paraisse ». Les gens ne doivent rien voir d’autre que l’émotion que vous devez faire passer

Et sous le trait de Bastien Vivès… ça passe. Grâce et souplesse, les deux mamelles de la réussite. Les deux objectifs à atteindre, quel qu’en soit le prix, à force d’entraînement et d’acharnement.

Corps tendus par l’effort, corps effilés, maigres, légers, cassés, musclés, fatigués. La danseuse glisse sur l’air. Trois pas chassés plus loin, elle a atteint l’autre bout de la scène. Contraste d’émotions, quand la tension se concentre à l’intérieur d’elle tandis que sur son visage, c’est une expression de sérénité et de plénitude qui se lit. Bastien Vivès se saisit du mouvement, il le dessine à merveille.

Polina – Vivès © Casterman – 2011
Polina – Vivès © Casterman – 2011

L’idée du scénario a germé suite à une vidéo de la danseuse Polina Semionova. Bastien Vivès s’en inspire et y injecte des bribes de sa propre expérience pour enrichir la fiction. Il pioche également dans la relation qu’il a avec son père : « Pour Bojinski, je me suis inspiré de mon père. Le point de départ de Polina, c’est mon père et ce qu’il a voulu m’apprendre. Quand je pense à son enseignement, j’ai l’impression que je n’ai rien appris. C’est un peintre, et moi j’ai un énorme blocage, je ne sais pas faire de la couleur.  Il a essayé de m’apprendre énormément de choses et ça n’a jamais marché. Je suis un dessinateur et lui, un peintre » (extrait de l’interview que l’auteur a accordée à Helena pour le site cccdanse.com).

Le scénario suit chronologiquement (j’aurais tendance à dire « sagement ») le parcours de Polina. La formation reçue à l’Académie Bojinsji puis le théâtre puis quelques années à suivre une troupe de danse contemporaine avant de se consacrer entièrement à un projet qu’elle monte de toute part avec deux amis. Au terme de ces années de pratique, la notoriété. Bastien Vivès s’attarde sur la détermination du personnage, son obstination à maîtriser son corps. Les pieds en sang, elle prend sur elle, elle cache et étouffe la douleur, elle lui fait la guerre ; un combat permanent. On suit également la romance de la ballerine et ses premiers pas lorsqu’elle sort pour la première fois de Russie, découvrant ainsi un ailleurs où d’autres expressions sont possibles, d’autres courants artistiques, d’autres facettes de son métier.

PictoOKSceptique au départ, je dois bien l’avouer. La danse classique est un domaine que je connais peu et avec lequel j’ai bien peu d’affinité. En abordant le sujet comme il l’a fait, Bastien Vivès donne à cette fiction beaucoup d’humanité. Les motivations de l’héroïne sont à notre portée, compréhensibles… on se les approprie et on les transpose sans difficulté.

Les chroniques : la chronique à plusieurs mains de kbd (regroupant les avis de David, Champi, Lunch, Badelel, Choco, OliV, Zaelle, Mr Zombi et Mitchul) et les chroniques solo de Moka, Noukette, Lorraine

Polina

One Shot
Editeur : Casterman
Collection : KSTR
Dessinateur / Scénariste : Bastien VIVES
Dépôt légal : mars 2011
198 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-203-02613-1

Bulles bulles bulles…

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Polina – Vivès © Casterman – 2011

la-bd-de-la-semaine-150x150

La « BD de la semaine » se pose aujourd’hui chez moi. Je vous invite à découvrir les trouvailles des autres bédéphiles !

                  Karine                                        Mylène                                   Nathalie

                  Enna                                             Jérôme                                             Stephie

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Chroniks Expresss #29

Pour atteindre le bout de ce mois hyper-speed, je me suis octroyée une pause. J’ai levé le pied sur les lectures… et mis le point mort sur les chroniques. Reprise en douceur avec une présentation rapide des ouvrages qui m’ont accompagnée en décembre.

Bandes dessinées & Albums : Cœur glacé (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2014), La Vie à deux (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2016), -20% sur l’esprit de la forêt (Fabcaro ; Ed. 6 Pieds sous terre, 2016), Hélios (E. Chaize ; Ed. 2024, 2016), Tête de Mule (O. Torseter : La Joie de Lire, 2016).

Jeunesse : La Vie des mini-héros (O. Tallec ; Ed. Actes Sud junior, 2016).

Romans : Les Grands (S. Prudhomme ; Ed. Gallimard, 2016), Pas assez pour faire une femme (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Le Garçon (M. Malte ; Ed. Zulma, 2016).

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Bandes dessinées

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2014
Dal – De Moor © Le Lombard – 2014

Il a la trentaine et une vie de couple qui connaît des hauts et des bas mais dans l’ensemble, ils ont trouvé leur équilibre. Il a un travail prenant au service Relations Presse d’un grand groupe.

Pourtant, son inconscient ressent tout autre chose. Il se sent seul bien qu’entouré d’amis et est taciturne. Ses pensées morbides l’envahissent, la mort est devenue une pensée quasi permanente. Il ne trouve pas de sens à la vie et pour apaiser ses angoisses, il est suivi pas un psychiatre en thérapie.

Les deux facettes de sa personnalité prennent le relais. Un passage pour le côté lumineux, un passage pour son côté sombre. Il vit sur un fil tel un équilibriste, il tente de trouver du sens à sa vie et un sens à l’humanité. Finalement, cet homme a tout pour être heureux… en apparence. A l’intérieur de lui gronde un mal-être important et rien de ce qui se présente à lui n’est en mesure de l’aider à trouver les réponses à ses questions.

Le pitch m’a tentée. J’imaginais un scénario bien monté pourtant, cet album se lit de façon linéaire. Il reprend de nombreux constats maintes et maintes fois formulés. Une lecture qui passe et qui assomme. Un narrateur qui a finalement peu de choses à dire, à penser. On doute qu’il parvienne un jour à assumer ses opinions.

pictobofLa fin tombe comme un couperet… c’est finalement le seul passage qui interpelle réellement le lecteur.

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2016
Dal – De Moor © Le Lombard – 2016

« Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on vivre en couple aujourd’hui ? Qui croit encore à la vie à deux ? Johan De Moor et Gilles Dal nous livrent leur vision brillante, déstabilisante et loufoque sur ce sujet universel. » (synopsis éditeur)

C’est cet article du Monde qui m’a permis de repérer ce titre (au passage, vu les similitudes entre la couverture de cet ouvrage et « Cœur glacé », je me suis dit qu’il y avait peut-être un lien entre les deux). On retrouve le même postulat de départ que dans l’album précédent : le narrateur trouve la vie absurde. Il retourne ses opinions dans tous les sens pour tenter d’entrapercevoir une vérité à laquelle il pourrait adhérer pour aller mieux.  Quoi que, s’il est un concept qui met tout le monde d’accord, c’est bien celui de l’Amour. A n’importe quel moment de sa vie, un homme peut être englué dans la pire des situations ou transcendé par une joie intense, l’Amour viendra dans un cas comme dans l’autre transcender celui qui ressent ce sentiment et lui permettre de donner du sens à ce qu’il vit.

Graphiquement, le travail de Johan De Moor est beaucoup plus abouti. On retrouve le même angle d’attaque : des pages où fourmillent des illustrations contenant un double degré de lecture. Dans cette narration à deux vitesses, on saisit vite le cynisme des propos de Gilles Dal. Il décortique le sentiment amoureux et le passe au scanner des représentations sociales. La culture, les valeurs qu’on nous inculque en grandissant…

La question, au fond, est la suivante : d’où vient cette culture dans laquelle nous baignons ? On l’attribue souvent au cynisme mercantile, à ce capitalisme qui serait prêt à tout pour vendre. L’idée est la suivante : le système créerait l’instabilité amoureuse et tous les rituels qui vont avec pour faire tourner la machine économique. Mais ce raisonnement est un brin paranoïaque, car pour un peu, il reviendrait à prétendre que le système a créé le froid pour vendre des radiateurs ou a créé la nuit pour vendre des matelas.

Décortiquer, examiner à la loupe les penchants de chacun pour au final en arriver à une conclusion assez logique sur le couple : l’échange est la condition sine-qua-none de la relation. Cet ouvrage m’a fait penser à une sorte de documentaire dans lequel convergeraient différents points de vue : économique, philosophique, psychanalytique… Les auteurs semblent faire un procès d’intention amusé à l’encontre du sentiment amoureux. Au final… malgré le ton décalé, c’est un peu plombant.

pictobofUn livre auquel je n’ai pas accroché. L’ambiance graphique – plutôt expérimentale – fini par écœurer. Un album qui poursuit logiquement la réflexion de « Cœur glacé ».

 

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

« Un cowboy recherché dans tout le Far-West pour avoir imité Jean-Pierre Bacri. Des playmobils. Un auteur de bande dessinée qui va manger chez une tante qu’il n’a pas vue depuis quinze ans. Un débat littéraire. Quelqu’un qui est gravement malade. Des indiens. Des poursuites à cheval sans cheval. Une histoire d’amour entre Huguette et l’étron. Des cartes de catch. La sagesse d’un grand chef. Un supermarché » (synopsis éditeur).

Réédition d’un ouvrage paru en 2011 et qui était épuisé chez l’éditeur. Fabcaro se joue, se moque, critique cynique et qui fait mouche de la société. On se perd entre présent et imaginaire. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est imaginaire ? Est-ce ce cowboy déjanté qui rêve d’une société absurde telle que nous la connaissons, perdue entre consumérisme et débats politiques stériles ? Est-ce cet auteur happé par son inspiration et qui s’identifie à ce cowboy décalé qui « se tape sur la fesse plus fort que nous » ? Qui parodie qui dans ces scénettes qui s’enchaînent au point de nous faire perdre la tête ?

-20% sur l’esprit de la forêt - Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

Un album drôle mais décousu. Une succession de gags qui ont du potentiel mais qui s’arrêtent vite, trop vite… la plupart font irruption de façon saugrenue. Un album drôle mais que je n’ai pas été en mesure de lire d’une traite. Quarante-six petites pages qui font réfléchir mais que l’on prend, que l’on repose, que l’on reprend… difficile d’en voir le bout. Un ouvrage où imaginaire et réel se mélangent. Des allers-retours incessants entre un western loufoque et un univers réaliste ubuesque. Un truc où la fiction s’emmêle les pinceaux avec la vie de l’auteur. Qui raconte quoi ? Impossible d’en avoir la certitude mais comme à son habitude, Fabcaro se moque, critique et tire à vue sur les idées préconçues et les grandes aberrations de notre société.

PictomouiÇa pique et ça gratte à souhait, ça jette de l’huile sur le feu et pourtant, je sors déçue de cette lecture.

 

Chaize © Editions 2024 - 2016
Chaize © Editions 2024 – 2016

« Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l’horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.

Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d’aller jusqu’au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d’une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d’entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios… » (synopsis éditeur).

Je ne connaissais pas le travail de cet artiste jusqu’à ce que le festival BD de Colomiers ne lui consacre (cette année) une exposition.

Bijou. Voyage silencieux dans cet album où tout se devine, tout se comprend grâce à l’observation. Monde merveilleux, nouveau, magique, triste, captivant, inquiétant. La première lecture est semblable à une exploration. On scrute davantage les personnages avant de remarquer les détails des paysages qu’ils traversent. Faune et flore sont gigantesques comparés à eux. Puis, en fin d’album, l’auteur fait les présentations. Chacun de ses petits personnages a un nom voire une fonction. Alors fort de cette connaissance, on reprend la lecture… on repart une nouvelle fois.

Hélios - Chaize © Editions 2024 - 2016
Hélios – Chaize © Editions 2024 – 2016

En double page, les illustrations d’Etienne Chaize qu’on ne se lasse pas de regarder, de scruter. On y revient sans cesse. On cherche le personnage que l’on avait aperçu précédemment : où est-il ? que fait-il ? qu’est-il devenu ? L’album est court mais le dépaysement est grand.

PictoOKJe vous recommande cet ouvrage.

 

Torseter © La Joie de Lire - 2016
Torseter © La Joie de Lire – 2016

Tête de mule est le septième et dernier fils d’un roi. Ce roi refuse de vivre seul, il est incapable de se séparer de tous ses fils en même temps, « l’un d’entre eux devait toujours rester avec lui ». Mais un jour, les six frères de Tête de mule sont partis ensemble ; ils espéraient chacun trouver une épouse. Tête de mule quant à lui devait rester au château pour tenir compagnie à son père. Ce dernier demanda également à ses aînés de trouver une femme à leur plus jeune frère.

Les frères finirent par trouver un château où vivaient six princesses. Ils les demandèrent en mariage. Sur le chemin du retour, les six couples croisèrent un troll qui les changea en pierre. Apprenant cela, Tête de mule supplia son père de le laisser partir. A contrecœur, le roi accepta et Tête de mule partit secourir ses frères.

« Tête de mule » est un conte. Il en reprend les rouages, les codes, la poésie, la magie. Tête de mule est un héros… mais il a ceci de particulier qu’il est le parfait portrait de l’anti-héros : il n’a pas la force pour déplacer une montagne, sa monture est un vieux canasson qui fait la moue quand on lui parle d’aventure, il ne part pas combattre de dragon mais le hasard placera pourtant sur sa route une princesse à délivrer.

Øyvind Torseter, auteur norvégien, s’amuse et fait de drôles de farces à son personnage. Il le malmène et l’oblige à faire appel à la ruse pour déjouer les pièges.

Ouvrage original face auquel je suis pourtant restée spectatrice. Lu d’une traite sans pour autant ressentir la moindre inquiétude pour le personnage. Conte moderne qui m’a dérangée par son rythme et ses rebondissements. Graphisme qui m’a gênée : pourquoi les femmes sont-elles représentées avec tous les attributs de la féminité (sans aucune vulgarité) et les hommes sont-ils des personnages anthropomorphes ? Le trait enfantin nous trompe, nous dupe. Je crois qu’il me faudra prendre un peu de recul avant d’en comprendre les finesses…

J’avais repéré ce titre chez Noukette et puis… Noukette s’est transformée en mère Nawel et m’a offert cet OVNI. Lisez sa chronique !

Pour les curieux, la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Jeunesse

 

Tallec © Actes Sud Junior - 2016
Tallec © Actes Sud Junior – 2016

Grandir. Apprendre. Qu’est-ce que la vie au final et qu’est-ce qui fait son sel ? Qu’est-ce qui fait que l’on est unique ? Pourquoi les autres sont fiers de nous alors que l’on a l’impression de faire des choses si banales ?

Olivier Tallec pose un regard tendre et amusé sur l’enfant et son environnement. L’enfant, ce petit-être innocent et souvent naïf qui perçoit la réalité à sa façon… Petit humain qui apprend chaque jour et nous montre avec franchise que le monde des adultes est trop souvent alambiqué. Petit bout d’homme que l’on tire généralement de son monde imaginaire pour lui demander de ranger, d’écouter, de partager…

PictoOKL’enfant est ce petit-héros. Ce qui nous apparaît être un petit progrès est généralement une grande étape pour lui. Un livre pour faire rire les petits et titiller les grands qui ont malheureusement oubliés leur part d’enfance. Un album jeunesse découvert grâce à Noukette.

La fiche de l’album sur le site d’Actes Sud Junior.

 

Romans

 

Prudhomme © Gallimard - 2016
Prudhomme © Gallimard – 2016

« Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó. » (synopsis éditeur).

Couto est un personnage inventé. C’est avec lui que le lecteur va découvrir le parcours d’un groupe de musiciens qui a bel et bien existé (Le Mama Djombo) et les événements qu’a traversés la Guinée-Bissau depuis les années 1970 (dictature, coup d’état, nouvelle dictature, soulèvement de la jeunesse bissau-guinéenne…). Toute une histoire, tout un récit. Enrichissant.

Mais la découverte tient avant tout de ce premier contact avec une plume, celle de Sylvain Prudhomme. Atypique. Une écriture qui claque, qui vibre, qui ne lâche rien puis, dans une même phrase, une écriture qui s’adoucit, caresse, réconforte. Une écriture tonique que l’on entendrait presque respirer. Une écriture qui colle à la semelle de son personnage, Couto, un homme d’âge mûr qui a déjà bien roulé sa bosse. Avec lui, on observe le cœur des événements : le passé d’une nation qui a conduit nombre d’hommes à fuir le pays, le bouillonnement qu’elle vit dans les années 2010. Il est aussi question de musique, de passion, d’un groupe qui rencontre son public, d’un groupe qui se laisse porter par le succès, éternelle surprise d’entendre une salle pleine à craquer scander le nom de chaque musicien. Et puis la gloire s’en est allée comme elle est venue ; elle n’a laissé aucune amertume. Ce qui a été vécu l’a été pleinement, sans regrets… ils ont engrangés les souvenirs pour des décennies. « Les Grands », c’est ainsi que la nouvelle vague de musiciens locaux appellent respectueusement cette génération d’artistes qui a prouvé que tout était possible, que la musique de Guinée-Bissau n’a pas de frontières.

PictoOKTrès belle découverte que je dois à Framboise !! ❤

 

Benameur © Actes Sud - 2015
Benameur © Actes Sud – 2015

« Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ? » (synopsis éditeur).

Jeanne Benameur peint une nouvelle fois le portrait d’un personnage égaré, en proie au doute. Au centre du récit, une jeune femme raconte la période qui marqua un tournant dans sa vie, celle où des décisions importantes doivent être prises. La romancière nous la présente comme un personnage solitaire qui progressivement, va s’ouvrir aux autres et apprendre à leur faire confiance. Elle se découvre, elle lâche doucement la main de l’enfant et devient une femme capable d’accepter ses forces comme ses points faibles.

PictoOKLa plume de Jeanne Benameur nous emporte dans un tourbillon de vie. Le combat entreprit par son héroïne, les doutes qui l’assaillent et la force qu’elle tire de sa propre expérience donnent du rythme à ce récit. L’ouvrage se lit vite (96 pages) pourtant, on a le temps d’investir cette héroïne des temps modernes. En toile de fond, le mouvement étudiant post-68 sert de décor à ce récit.

La chronique de Noukette.

 

Malte © Editions Zulma - 2016
Malte © Editions Zulma – 2016

Il vient de nulle part, d’une cabane dans la forêt où il a vécu durant son enfance avec sa mère. Enfant presque sauvage, enfant qui a grandi dans le silence, enfant à qui sa mère n’a rien appris si ce n’est à survivre dans la nature. Lorsqu’elle meurt, le garçon quitte le nid et part découvrir le monde.

Son chemin est fait de haltes. La première, il la passera dans un hameau de quelques âmes. Garçon de ferme, c’est l’étranger que l’on a fini par accepter. Il sortait à peine de l’enfance. Lorsqu’il quittera ce lieu, il aura appris à travailler la terre, il se sera familiariser avec le langage, avec la pensée, avec la religion et les traditions. Pourtant, toute sa vie il restera quasi mutique. Lorsqu’il quitte le hameau, il est adolescent. Puis il rencontrera Brabeck « l’ogre des Carpates ». Cet homme le prendra à son tour sous son aile et se chargera d’une autre partie de son éducation. Puis, nouvelle séparation, nouvelle perte… nouveau deuil et le Garçon reprend sa route, au hasard des croisements de sentiers, au hasard des caprices de la vie. Au détour d’un virage, c’est la vie d’Emma qu’il heurte. Celle-ci le recueillera inconscient, le soignera puis en fera son frère, son confident… son amant. La Première Guerre Mondiale obligera ces deux âmes sœurs à se séparer, du moins physiquement. Autre ambiance, autres rapports, autres enjeux. Le Garçon est jeté malgré lui dans l’horreur, retour à la vie sauvage. Son allié est son instinct.

Un récit bouleversant, prenant, fascinant. Le Garçon, être fictif et mutique qui se nourrit d’air, d’amour, de musique. Enfant parmi les adultes, il semble être à la merci du moindre souffle de vent qui passe, tributaire des autres pour survivre, il passe sa vie à s’adapter. Il s’adapte à la vie sauvage, à la vie des tranchées, à la vie de bohème, à la vie des salons parisiens… Caméléon parmi les hommes, il scrute et observe. Son silence est une énigme, à la fois carapace et prison, c’est à la fois son identité, sa force et ce qui le conduit à sa propre perte.

Le Garçon, c’est un concentré d’émotions à l’état brut. Le Garçon c’est celui qui, sans le demander, invite ceux qui le côtoient à se montrer tels qu’ils sont, sans artifices, sans mensonges. Le Garçon, c’est cet être nu qui demande à ce qu’on l’aide à grandir, c’est celui qui reçoit, qui progresse mais qui a besoin du regard de l’autre pour utiliser à bon escient son expérience. Le Garçon, c’est l’enfant permanent, l’innocence, la beauté, la force.

PictoOKPictoOKCe roman de Marcus Malte, c’est une expérience à faire. C’est un récit intemporel. C’est l’histoire de l’homme, de la Guerre, de l’Amour, de la Littérature, de l’Amitié… C’est un livre que l’on a envie d’engouffrer pour en connaître le dénouement… c’est un livre que l’on ne veut pas terminer parce qu’on s’y sent bien. C’est un livre que l’on referme à des heures tardives… C’est un roman incroyable. C’est un coup de cœur.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art (Supiot)

Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016
Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

Un mardi matin, au Louvre.

Dans la salle 61 du Musée, le Cheval blanc de Géricault se rebelle. Il en a assez d’être encadré et décide d’aller se dégourdir les jambes. Dans cette « Tête de Cheval blanc », il y a une quête de liberté étourdissante. Un bond suffit à l’équidé pour sortir la tête du tableau qui l’enferme et galoper au beau milieu des collections du Louvre, espérant rallier d’autres compagnons à sa cause. De rencontre en rencontre, le cheval blanc perçoit mieux le monde et surtout, sa propre identité.

Vous connaissiez certainement la collection Musée du Louvre, œuvre commune aux éditions du Louvre et aux éditions Futuropolis (« L’Ile Louvre », « La Traversée du Louvre », « Période glaciaire »…). La voici maintenant à destination des enfants !

Je connais peu le travail d’Olivier Supiot si ce n’est un album que j’avais découvert par hasard lorsque mon grand avait 3 ans ½ ; en 2009, j’avais écrit une chronique toute bancale sur l’un de ses albums : « Tatoo ». Malgré le plaisir que nous avions eu avec ce livre jeunesse, j’ai peu fouillé sa bibliographie passée et récente. On peut toutefois difficilement passez à côté du très remarqué « Pieter et le Lokken ».

L’auteur laisse échapper son imagination. La « Tête de cheval blanc » de Théodore Géricault prend vie et s’indigne de sa simple condition d’œuvre d’art qu’elle perçoit comme avilissante. La créature, emportée par son élan, cherche même à convaincre ses pairs que la vie est dehors… dans un ailleurs qu’il ne connaît pas et compte bien découvrir.

Je n’en pouvais plus d’être enfermé !! Je suis un cheval après tout !!

Tête de cheval blanc de T. Géricault
Tête de cheval blanc de T. Géricault

Olivier Supiot l’imagine en train de galoper dans les galeries du musée où il fera d’étonnantes rencontres. La visite commence par la salle 61 où sont exposées les œuvres de Géricault. Puis, l’escapade commence. En chemin, il passe par la collection égyptienne où il fera la connaissance de la féline Bastet. Chaque rencontre est pour lui un étonnement, chaque conversation l’invite à la remise en question. Il s’obstine, « tête de mule », à reprendre sa course aveugle, cherchant la sortie. Il file comme le vent, au hasard et interpelle essentiellement des représentations picturales d’équidés… mettant ainsi en lumière le lien particulier qui existe entre le Musée du Louvre et le cheval. Un dossier pédagogique [présent en fin d’album] invite d’ailleurs le jeune lecteur à prendre conscience de ce point et lui rappelle qu’avant d’être un musée, le Louvre était un palais royal ; l’un de ses bâtiments abritait les écuries qui logeaient les chevaux du roi et de sa cour.

La profusion d’œuvres représentant des chevaux met aussi en exergue ce lien privilégié entre l’homme et le cheval et n’est pas sans rappeler un album de la collection-adulte du Louvre : « L’Art du chevalement » (Loo Hui Phang & Philippe Dupuy, éditions Futuropolis & Le Louvre).

Bel album dont je salue la démarche. D’ailleurs, il est intéressant de voir comment il pique la curiosité du jeune lecteur et l’invite à laisser libre cours à son imagination. Et que nous dirait la Joconde si elle aussi sortait de son tableau ? Où se rend l’éléphant de Jean-Baptiste-Amédée Couder ? Le cavalier en armure d’Auguste Raffet est-il mort de sa belle mort ou sur un champ de bataille ?… de quoi stimuler l’imagination des plus jeune et les inviter à réfléchir à ce qu’est une œuvre, ce qu’elle représente, ce qu’elle symbolise et éveille chez la personne qui la contemple. Ce qu’est le processus de création également ; ce peut-être une recherche de soi, un entraînement visant à perfectionner son art ou bien encore un témoignage : « quelqu’un t’a créé pour laisser une empreinte pour toujours ».

PictoOKUne visite ludique et interactive du Musée du Louvre. Le cahier pédagogique inséré en fin d’ouvrage permet également à l’enfant de se sensibiliser au parcours de Théodore Géricault, à son œuvre et à son rapport si particulier avec le monde équestre. Un support didactique et ludique intéressant.

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art

One Shot
Editeur : Delcourt et Le Louvre Editions
Collection : Delcourt – Le Louvre
Dessinateur / Scénariste : Olivier SUPIOT
Dépôt légal : novembre 2016
46 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7932-5

Bulles bulles bulles…

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Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art – Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

UnderGronde (Collectif)

Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015
Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015

« UnderGronde » est un objet double. Double, car il propose deux supports qui se répondent en écho. Le premier est un DVD proposant le documentaire de Francis Vadillo sur le fanzinat et la micro-édition. On part vadrouiller aux quatre coins de la France – mais aussi en Belgique et en Suisse – pour rencontrer les principaux acteurs de cette scène éditoriale underground. Le second est une compilation de sérigraphie réalisée dans le cadre de ce projet éditorial.

Francis Vadillo avait déjà réalisé un premier documentaire sur Mattt Konture ; David le présente dans cet article (à lire sur IDDBD).

Avec le documentaire, on va à la rencontre de Charles Pennequin, artiste engagé, qui défend à coup de cris et de poèmes la scène underground. D’ailleurs, le film commence par une déclamation de Charles Pennequin :

Nous sommes dans l’Art et nous dessinons, nous sommes dans l’Art et nous écrivons… nous peignons, nous gravons, nous sérigraphons et nous musiquons, et nous vidéosons, nous osons et nous déconnosons !

On rencontre également François de Jonge (auteur, éditeur de plusieurs ouvrages et Fanzine, notamment « Super-Structure ») et Mattt Konture (cet auteur est aussi l’un des membres fondateurs de L’Association). Un petit tour également du côté des éditeurs : Pakito Bolino (Le dernier Cri à Marseille), l’Atelier Arbitraire, Hors-Cadre

Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015
Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015

Découverte du travail de la Fanzinothèque de Poitiers qui archive les fanzines et garde ainsi une trace de ces publications éphémères. C’est l’occasion d’apprendre comment les fanzines se sont peu à peu ancrés dans le paysage éditorial ; l’habitude s’installe, dans les années 70, d’auto-éditer des magazines indépendants avec les moyens du bord : « Leitmotiv », « Burp », « Sortez la chienne », « Hôpital brut », « Turkey comics »… et des projets farfelus comme « Tête bêche » (un fanzine qui ne proposait que des couvertures… laissant la possibilité, pour chaque numéro, de fouiller dans le fouillis de couvertures proposées et de décider soi-même laquelle on met en premier pour un numéro donné).

Des rencontres enfin avec des auteurs : El Rotringo, Francesco Defourny, Sarah Fishole, de Yannis La Macchia (et son livre fou de 9 cm sur 9 cm, comprenant 900 pages et édité à 900 exemplaires… une vraie prise de tête à finaliser !)… Mais aussi des ateliers de création et de sérigraphie, des libraires (comme la librairie du Regard Moderne à Paris), des imprimeurs (l’imprimerie Trace dans le Lot)…

Au mot d’ordre « faites le vous-même », l’idée est de s’affranchir des règles éditoriales imposées par des éditeurs qui contrôlent le marché et imposent leurs règles (un format précis, un trait trop propre et calibré, des parutions planifiées à heure fixe…). Avec la micro-édition, on en revient aux fondamentaux : la priorité est de privilégier la mise en valeur du dessin (et donc de l’image). Le texte est secondaire. La caméra entre dans les ateliers de sérigraphie et on voit toutes ces fourmis de la micro-édition qui œuvrent presque 24 h/ 24.

La caméra se pose donc sur les acteurs incontournables de la micro-édition et du fanzinat. Le ton est amusé voire bon enfant, on sent des gens qui en connaissent un rayon sur le paysage éditorial underground et surtout, des gens bien décidés à prendre ce qu’il y a à prendre à commencer par le plaisir de participer à cette aventure. Des images récurrentes s’impriment sur notre rétine : des artistes en trait de sérigraphier rythment le documentaire. Des œuvres se créent sous nos yeux et les interviews se font crayon à la main. En bonus, un bon paquet de scènes qui ont été coupées au montage mais qui prolongent cet état d’esprit qui nous a accompagné durant tout le visionnage. Un petit aperçu ici du contenu du film de Francis Vadillo. Un documentaire intéressant, utile et qui permet aussi de se sensibiliser à une démarche artistique, à un état d’esprit.

Le livre prolonge ce documentaire avec des planches réalisées par plusieurs artistes. Clin d’œil à des propos tenus dans le documentaires, travaux complémentaires, planches brutes… Trois couleurs donnent le « la » : noir, rouge, blanc. Le bouquin, dont les pages en carton proposent soixante-huit sérigraphies ; dessins en pleines pages, quelques planches de BD, rien n’est signé à l’intérieur mais l’on devine aisément l’artiste… le coup de crayon est souvent reconnaissable… Et si ce n’est pas le cas, on se rappelle un passage du documentaire qui nous permet de raccrocher les wagons. Le carton utilisé est assez épais ce qui le rend difficile à manipuler. Son petit format (13,6 x 19 cm) nous oblige parfois à coller le nez sur l’ouvrage pour bien lire les textes insérés dans les phylactères. C’est franchement le seul grief que je ferais.

En fouillant la toile pour trouver des liens vers les différents acteurs de la micro-édition et du fanzinat, je suis tombée sur le blog du « Fanzinophile » qui recense pas mal de publications.

PictoOKSi vous avez l’occasion de vous procurer cette production, je vous conseille de sauter dessus (d’autant qu’il n’a été tiré qu’à 1000 exemplaires). C’est intéressant et cela permet de cerner un peu mieux la démarche de certains artistes.

UnderGronde

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Editeur : Hécatombe

Dessinateurs / Scénaristes : Collectif d’auteurs

Dépôt légal : septembre 2015

64 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-940432-16-5

Bulles bulles bulles…

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Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015