L’Instant d’après (Zidrou & Maltaite)

Elle s’effeuille, ondule, excite, se déhanche. Vers elle, les regards lubriques convergent, les hommes se gonflent peu à peu d’un ardent désir, laissant aller bon train les fantasmes, le temps d’une danse érotique.

L’Instant d’après – Zidrou – Maltaite © Dupuis – 2020

Blandine est strip-teaseuse dans un rade paumé au fin fond de la Caroline du Sud. Elle a un goût amer en bouche. Cette sale impression d’avoir raté sa vie. D’être une débauchée. Une fille vulgaire à qui la vie n’a réservé que des coups pourris. Même ses parents la considèrent comme une moins que rien. C’est sûr que comparée à Aline, sa sœur jumelle devenue une harpiste émérite reconnue, elle fait tache. La lie de la fratrie. La hanche… sa jumelle et elle n’ont bien que ce point en commun ; quand l’une la caresse pour en sortie une somptueuse mélodie, l’autre la dénude et la huile pour appâter le chaland vicieux.

Ça fait des années que Blandine n’a plus de contact avec sa sœur. Pourtant, en faisant son numéro ce soir-là, elle se fige. D’instinct, elle sait qu’il est arrivé quelque chose à Aline. Elle plaque tout et prend le premier avion pour rentrer en France. Et si elle n’a pas beaucoup d’estime pour Philippe, son beau-frère, Blandine a du mal à croire qu’il est l’assassin de sa sœur. Elle se met à enquêter et découvre qu’à l’instar de sa sœur, d’autres personnes ont également disparues de façon inexpliquée.

Zidrou ! Ah !!! J’ai toujours un moment d’arrêt avant de commencer à lire la dernière histoire en date sortie de son cerveau (enfin plutôt dire « fraîchement publiée » ). Oui, parce qu’entre Zidrou et moi, ça passe ou ça casse. Pas de juste milieu, pas de demi-teinte en bref : c’est noir ou blanc. Il a su m’émouvoir à en pleurer. Il a aussi su me comprendre qu’un album doté d’une pagination classique (allez, 56 pages en moyenne) pouvait avoir un temps de lecture plus long que l’intégralité des volumes de l’Encyclopædia Universalis… c’est dire. Mais oui, grâce à Zidrou, j’ai eu à sortir les mouchoirs avec Lydie ou Pendant que le Roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? et j’ai eu l’occasion de me poiler comme avec Les beaux étés par exemple [et si l’un de vous pouvait m’offrir « Les Brûlures » , je suis certaine d’élargir encore le panel des éloges adressés au scénariste]. Mais en attendant, ma dernière lecture zidrouesque en date remontait à 2018 avec le cinglant « La petite Souriante » qui est d’un cynisme sanglant assez impressionnant. Il fait le même délicieux effet que le bruit que produit une craie sur un tableau noir et électrise au moins autant que le moustique qui tourne inlassablement à deux millimètres de votre oreille alors que vous cherchez à vous endormir. Mais à part ça, la lecture était fichtrement agréable.

Vu le visuel accidenté du visuel de couverture, je m’attendais à ce que « La petite Souriante » diffuse encore quelques effluves. Je jubilais d’avance ! Et même si Zidrou saupoudre d’une généreuse dose de suspense ce thriller intriguant… le scénario est tout de même assez soft. Alors non, n’allez pas penser que Zidrou se contente d’emprunter des chemins narratifs cousus de fil blancs. Non, il crée la surprise dans cette intrigue et n’hésite pas à nous faire gober des couleuvres ce qui, ôh surprise, ne nous donne pas envie de nous rebiffer mais bel et bien de continuer la lecture !

« Elle était là et puis, l’instant d’après…. elle n’était plus là ! Disparue ! Volatilisée ! »

Eric Matlaite réalise un très bel habillage graphique de ce petit thriller. Le dessinateur belge a grandi dans le sillon de Will, son père. Biberonné à la ligne claire, il est littéralement tombé dans la marmite de la bande dessinée. Ado, Maltaite-fils donnait des coups de mains à Maltaite-père sur les différents projets dans lesquels ce dernier est engagé [comme pour Tif et Tondu que son père dessinait pour le magazine Spirou ou pour Natacha (série sur laquelle Will a travaillé avec François Walthéry)]. Puis Eric Maltaite se lance à son tour et développe un univers graphique plus personnel. De toutes les cordes qu’il a à son arc, le dessinateur a choisi de nous immerger dans le décor des années 1960. C’est donc assez logiquement qu’il suit son idée pour camper son ambiance graphique et réalise pour l’occasion un dessin très ligne claire avec une découpe de planche classique mais efficace. Quelques clins d’œil de-ci de-là, à commencer par l’héroïne dont les traits se confondent à s’y méprendre avec ceux de la jolie Natacha [hôtesse de l’air]. Maltaite en profite également pour faire un petit clin d’œil en homme à Pierre Tchernia. Il ne joue pas avec les trames contrairement à ce que la couverture nous laissait supposer mais y va de couleurs assez lumineuses. Et la somme de tout ces ingrédients graphiques, c’est que cela nous permet d’avoir une lecture très fluide.

Un bon moment de lecture. Un Zidrou qui « passe ou casse » même si la chute offre un dénouement un poil trop gentil. Mais ce n’est que mon avis… le mieux c’est encore que vous vous fassiez le vôtre !

L’Instant d’après (one shot)

Editeur : Dupuis / Collection : Grand Public

Dessinateur : Eric MALTAITE / Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : mars 2020 / 56 pages /

ISBN : 978-2-8001-7079-4