Tout Cul nul (Baraou & Dalle-Rive)

© Baraou & Dalle-Rive / Cornélius 2019

En 2012 et 2013 sortaient respectivement « Cul nul » et « Cul nul encore » dans la collection Olivius (collection cocréée par les éditions Cornélius et les éditions de l’Olivier). Le concept : compiler des anecdotes sur les pires plans-cul. Les déboires, les instants de honte dont on évite généralement de parler ou alors avec une bonne louche d’autodérision. « Cul nul » et « Cul nul encore » sont aujourd’hui intégrés dans ce tout nouvel album et enrichis de nouvelles anecdotes ce qui porte la pagination de « Tout cul nul » au rondelet chiffre de 185 pages, soit 100 scénettes génialissimes qui montrent que le sexe est un combat pour certains et qu’on peut en rire (heureusement !).

Tout cul nul © Baraou & Dalle-Rive / Cornélius 2019

Un recueil de petits strips qui s’étalent en double page et qui mettent en scène des individus (hommes et femmes confondus) à la sexualité tantôt débridée mais souvent parfaitement bancale… Fétichistes, nympho, timides, autoritaires, maniaques de la propreté, puceaux, frigides, éjaculateurs discrets et j’en passe se retrouvent là, anonymisés et fixés à jamais sur ces pages.

« – Allez voir Freddy, il en a plein des histoires incroyables.
– On peut le faire à trois le cul nul, si vous voulez.
– … »

Ces scénettes nous font rentrer dans le lit – le temps d’une petite dizaine de cases – de couples hétéro éphémères. Des histoires de rencards sans lendemain, des plans baise totalement cagneux, des inconnus qu’on aurait presque envie de plaindre s’ils ne nous faisaient pas rire… parce qu’il faut bien le dire : on a tous eu des instants de solitude plus ou moins similaires dans notre parcours. On voit ponctuellement passer des couples « durables » mais pour lesquels la sexualité et l’épanouissement réciproque sont peut-être à revoir…

 » – Ha, ha, j’en ai plein moi aussi des anecdotes de cul nul. Ha, ha, oui, pfiou, c’est sans fin…
– Génial, enchantées ! On vous écoute.
– Heu ben, heu… »

Les autrices livrent également des petits aperçus de leur travail de recherche et s’intercalent entres deux ou trois anecdotes pour nous montrer toute la difficulté de la mission à laquelle elles se sont attelées. Parfois, les anecdotes leurs tombent du ciel… instants magiques. D’autres les mettent dans des situations plus épineuses. A certains moments, Anne Baraou semble s’arracher les cheveux pour parvenir à trouver de la matière (des témoins) qui enrichirait le projet « Cul nul » et ne se sépare pas de son petit carnet dans lequel elle couche toute anecdote passant à sa portée. Fanny Dalle-Rive quant à elle a un malin plaisir à illustrer les frasques des amants éconduits et/ou malchanceux. A coups de crayon nerveux, elle illustre ces coups de pas-de-bol tantôt confiés aux autrices, tantôt attrapés au vol dans un lieu public. Il n’y a pas à dire, on se régale.

Tout cul nul © Baraou & Dalle-Rive / Cornélius 2019

Dans ce fatras d’histoires de cul nul, des parenthèses qui mettent en scène les autrices dans leur « travail » d’enquête, crayons affûtés et oreilles aux aguets … récoltant çà et là des tuyaux pour aller voir untel ou untel qui aurait matière à compléter ce portrait de la déveine sexuelle des français.

Un album topissime qui mettra un peu de fraicheur salace dans votre quotidien.

 Tout cul nul
One shot
Editeur : Cornélius / Collection : Delphine
Dessinateur : Fanny DALLE-RIVE
Scénariste : Anne BARAOU
Dépôt légal : juin 2019 / 276 pages / 22,50 euros
ISBN : 978-2-36081-161-8
Tout cul nul © Baraou & Dalle-Rive / Cornélius 2019

Essence (Bernard & Flao)

Bernard – Flao © Futuropolis – 2018

Achille a un dernier travail à accomplir dans cet étrange lieu dont il ne sait rien… pas même les événements qui l’y ont amené. Une sorte d’antichambre où il a atterri sans savoir comment. A ses côtés, pour le guider sur les routes de cette surprenante contrée, il y a Mademoiselle. Elle lui explique qu’il a une dernière chose à faire avant d’atteindre sa destination finale. Elle lui explique qu’il est au purgatoire, ce qui fait beaucoup rire (jaune) Achille. Mademoiselle est aussi belle que mystérieuse. Mademoiselle est comme une thérapeute… une confidente… voire un ange gardien puisqu’elle aime à se décrire comme tel.

Achille aurait préféré pouvoir la considérer comme une amie… voire plus si affinités… mais Mademoiselle s’y oppose avec fermeté.

Achille est donc là pour faire le point. Prendre le recul nécessaire par rapport à ce qui s’est passé ces dernières années. Prendre du recul par rapport à sa vie… sonder ses souvenirs et forcer sa mémoire capricieuse.

Achille va vivre une étrange expérience. Les situations qu’il va traverser sont pour le moins saugrenues et il du temps pour comprendre et accepter la teneur de ce « voyage improvisé » … et parvenir à faire les derniers liens qui lui avaient manqué jusque-là.

« Essence » est une plongée dans l’univers loufoque de Fred Bernard. Un univers onirique bourré de succulentes métaphores. Un lieu rempli d’absurdes incohérences et saturé de réalistes constats. Un monde sans concessions. L’écriture de Fred Bernard est vivante, chaude, dynamique. Le scénariste s’en donne à cœur joie, salue d’autres univers imaginaires : Fred et ses histoires absurdes (« Histoire du conteur électrique » , « Histoire du Corbac aux baskets » , « Philémon » …), Hergé et son inépuisable Tintin, Miyazaki et ses voyages magnifiques, Moebius et ses mondes futuristes… Tout un fatras de références passe sous nos yeux, se bousculent sans nous heurter, nous régalent. L’auteur puisent également dans des références littéraires mais il emprunte également quelques repères de la culture populaire au cinéma et à la peinture. C’est aussi avec un plaisir non dissimulé qu’on retrouve la gouaille et la répartie des personnages qu’il a créé dans sa saga « Jeanne Picquigny » , recréant pour l’occasion des personnages frondeurs, tempétueux, entêté mais ô combien attachants et n’hésitant pas à se remettre en question, à l’instar d’Achille – personnage principal de ce récit – qui s’obstine à refuser de voir la situation en face et à comprendre ce qui est en train de lui arriver.

Grosse performance de Benjamin Flao au dessin avec un travail à l’aquarelle est encore plus poussé que sur « Kililana song ». Il crée une ambiance à la fois poétique et psychédélique où se côtoient douceur, nostalgie et un brin de folie pure. Une pléiade de couleurs s’invite sur les planches. Le travail de mise en image de cette épopée introspective est tout bonnement magnifique. Benjamin Flao a un vrai don pour illustrer parfaitement un mot, une image, une pensée. Epoustouflant. Il finit l’album en apothéose avec une scène d’action muette qui s’étale sur une trentaine de pages. Je dis « Chapeau l’artiste ! » .

Un régal cet album qui n’a pas été sans me rappeler « Le Commun des mortels » d’Alain Kokor.

La chronique d’Yvan pour finir de vous convaincre.

 Essence
One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Benjamin FLAO
Scénariste : Fred BERNARD
Dépôt légal : janvier 2018 / 185 pages / 27 euros
ISBN : 978-27548-1179-8

Babybox (Jung)

Un cœur saigne là-bas en Corée du Sud. C’est celui d’une mère contrainte d’abandonner son nourrisson. Pourtant, sa décision est prise. Elle ne peut élever cet enfant et se rend dans cette ruelle déserte pour déposer son bébé dans la trappe prévue à cet effet… son anonymat est garanti et de l’autre côté de la babybox, elle est certaine que des gens vont faire le nécessaire pour que sa fille ait le meilleur avenir possible.

Un déchirement que Claire n’a jamais ressenti dans sa chair. Jusqu’à ce qu’un accident de la route terrasse sa famille. Elle enterre sa mère et va traverser de longues semaines en espérant que son père sorte du coma.

Pour répondre à des exigences administratives, Claire doit fournir plusieurs documents. Elle n’a d’autre choix que de chercher dans les affaires de sa mère. C’est ainsi qu’en triant ses affaires, Claire découvre une boîte cachée au fond d’un placard. C’est en l’ouvrant qu’elle apprend qu’elle a été adoptée.

« En un instant, comme un missile qui serait venu détruire notre maison, j’ai tout perdu, tout ce que j’avais, tous mes repères, tout ce en quoi je croyais. »

Faire face au deuil et découvrir l’existence de son adoption sont deux nouvelles consécutives qui provoquent un réel raz-de-marée dans la tête de Claire. Du jour au lendemain, elle plaque tout. Boulot, copain… Tout. Et s’il n’y avait la présence de son petit frère de 10 ans, Claire aurait certainement commis l’irréparable. Lors de son combat contre cette tristesse dévastatrice, Claire décide de se rendre en Corée du Sud, à la recherche de ses origines… et de tout un pan de son identité.

Le scénario de Jung est une voix-off, solitaire, profonde et nostalgique. Quelques rares échanges directs apparaissent ça et là mais ils nous sont généralement rapportés par le filtre de la narratrice qui trie les informations auxquelles le lecteur a accès et les rempli d’une charge émotionnelle importante. On est totalement tributaires de sa pensée, on est bringuebalés comme elle par le doute et tenaillés par cette énorme tristesse trop lourde pour elle.

Un dessin aussi doux qu’une caresse. Une ambiance graphique léchée et légèrement charbonneuse où les personnages évoluent très souvent sur des fonds de cases totalement vierges, sans décor, faisant comprendre que le personnage est totalement absorbé par ses pensées. Son trouble est si grand qu’elle fait abstraction de tout ce qui se passe autour d’elle, plus rien n’existe. Et ce rouge qui pique de ci de là les planches pleine de cette palette infinie de gris… comme si le noir et et le blanc rivalisaient pour savoir lequel des deux parviendrait finalement à l’absorber. Elle est comme un fétu de paille qui se laisse balloter entre les ténèbres et la vie. Ce rouge qui rappelle l’héroïne à son enfance et au fait que sa fleur préférée et depuis longtemps le coquelicot. Le rouge du sang de l’accident, du sang de la coupure. Le rouge choisit pour teindre ses cheveux. Le rouge, enfin, de la douleur de certains souvenirs, de la chaleur du feu, de la couleur de la cuisine sud-coréenne… Le rouge en autant de déclinaisons possibles.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet album malgré l’impression de déjà-vu. Il y avait là comme une familiarité avec le récit mais aussi avec son personnage central. Quelque chose qui m’a ramenée en permanence à « Couleur de peau miel » (lu avant le blog, je n’ai donc pas consacré de chronique à cette série) ainsi qu’au « Voyage de Phoenix » qui sont deux récits dans lesquels Jung abordait déjà les sujets de l’adoption, de l’histoire douloureuse de la Corée et de la quête identitaire.

Magnifique récit relatant la quête identitaire d’une jeune femme.

La chronique de Noukette.

 Babybox
One shot
Editeur : Soleil / Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : JUNG
Dépôt légal : septembre 2018 / 156 pages / 18,95 euros
ISBN : 978-2-302-07118-6

L’Emouvantail, tome 2 (Dillies)

Dans les rares chroniques que j’ai partagées avec vous cette année, il y eu celle sur « L’Emouvantail » au mois de janvier dernier. J’avais eu un coup de cœur très fort pour ce personnage de Renaud Dillies et j’ai plusieurs fois saisi l’occasion de relire l’album depuis.

L’Emouvantail est un épouvantail qui, pour une raison inconnue, a pris vie. On peut supposer que c’est parce que le fermier qui l’a assemblé a mis tellement de cœur à l’ouvrage qu’il a insufflé un peu de vie à son mannequin… mais ce n’est qu’une supposition parmi d’autres.

La première fois qu’on pose les yeux sur l’Emouvantail, on le découvre planté dans un champ et l’âme en peine car il est bien incapable de faire ce à quoi il est destiné : effrayer les oiseaux. Il les aime tant et tant qu’il ne parvient pas une seconde à les éloigner du champ du fermier. L’Emouvantail se contente donc de les observer avec ravissement tout en se lamentant de voir les graines de son fermier englouties… et les promesses belles récoltes fondre comme neige au soleil. Cela met l’Emouvantail dans un affreux dilemme qui fait toute l’histoire du premier tome.

Pour tout dire, je ne m’attendais pas à avoir en mains un second tome de l’Emouvantail. Alors c’est avec beaucoup de curiosité et d’excitation que j’ai commencé cette lecture.

L’Emouvantail, tome 2 – Dillies © Editions de La Gouttière – 2019

A l’instar du premier tome, l’histoire commence au milieu d’un champ. Mais cette fois-ci, l’Emouvantail n’est pas captivé par les couleurs chamarrées des oiseaux mais envoûté par la beauté d’une femme épouvantail. Malheureusement, elle n’est pas (comme lui) animée d’une flamme de vie. Elle est immobile, sa beauté est suspendue dans sa gracieuse posture et dans son si beau sourire. Elle est plantée là, au beau milieu d’un champ, incapable elle aussi d’effrayer les oiseaux. Au premier coup d’œil, l’Emouvantail tombe amoureux. Il va tenter de trouver le moyen de réveiller cette magnifique femme-épouvantail.

Une nouvelle fois, Renaud Dillies emprunte à la métaphore ses plus belles notes pour composer un album délicat. Dans ce monde imaginaire, la violence n’existe pas. Le trouble, l’émoi et la joie ont tout loisir de s’exprimer pleinement. Aux côtés de l’Emouvantail, on prend le temps de vivre, de contempler, d’écouter… et cela fait un bien fou de quitter la ville et toute son agitation pour se poser là, au creux de l’album, au cœur de cet objet tout en papier et carton vêtu pour profiter d’une douceur bénéfique car inespérée. On savoure aussi tout le charivari des couleurs de la faune et de la flore qui peuplent ce monde onirique. Rien ici ne vient nous heurter.

C’est surtout un régal de côtoyer cet émouvant personnage, si sensible, si candide et tellement empathique. Comment rêver meilleur guide pour permettre à Renaud Dillies d’explorer le sentiment amoureux. Car avec l’Emouvantail, l’art de la séduction est un tâtonnement rendu difficile du fait de son inexpérience. Il se fie à son instinct, à ces frissons qui parcourent son échine quand il repense à sa belle. L’amour est un voyage délicat qui nous emmène à la rencontre d’un autre individu et de l’accueillir dans sa vie comme il se doit.

Un délicieux album que je vous recommande chaudement.

A partir de 5 ans.

Le premier tome est également sur le blog. Cliquez ici pour lire la chronique.

 L’Emouvantail
Tome 2 : Cache-cache
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur / Scénariste : Renaud DILLIES
Dépôt légal : mai 2019 / 32 pages / 10.70 euros
ISBN : 978-2-35796-010-7

Une Nuit avec Lovecraft (Rodolphe & Marcelé)

New-York, année 2022.

Mary est étudiante en Littérature. Depuis toute petite, elle est passionnée par les œuvres de H.P. Lovecraft. Elle a tout lu et connait les moindres détails de la vie du romancier. C’est pourquoi lorsqu’on lui demande de choisir une période pour configurer le jeu vidéo dans lequel elle va se lancer, elle choisit logiquement d’aller à Providence – dans l’état de Rhode Island (Etats-Unis) – en 1935.

Lors de sa connexion, la console de jeux dysfonctionne et Mary se retrouve réellement projetée en 1935… Passé l’étonnement et après avoir rassemblé ses esprits, Mary décide de tenter sa chance. Elle décide de se rendre au 66 Collège Street où Lovecraft a vécu quelques années avec sa tante. Arrivée sur place, elle hésite un instant à appuyer sur la sonnette mais refuse finalement de laisser passer cette chance. C’est Howard Phillips Lovecraft en personne qui lui ouvre. Après quelques explications, le célèbre écrivain propose son aide à la jeune étudiante.

Le dessin au crayon campe le décor à la façon d’un croquis très détaillé. Je trouve l’ambiance graphique un peu austère mais elle a l’avantage de précipiter l’instant, comme si Philippe Marcelé s’était glissé dans la peau de la narratrice et qu’il avait dû dessiner – dans la hâte du moment – les contours de cette nuit surréaliste, comme s’il avait dû border la silhouette de l’aubaine accordée à la jeune femme, comme si nous étions dans le moment présent de la rencontre et que nous désirions ardemment n’en perdre aucun détail.

Le scénario de Rodolphe nous emporte dans une parenthèse surréaliste et c’est avec beaucoup de curiosité que l’on part à la rencontre de cette jeune femme que l’on jalouse (un peu) car elle s’apprête à rencontrer l’auteur qu’elle admire depuis son enfance.

Rodolphe utilise assez peu les éléments accessoires de son postulat de départ (ayant pour conséquence un déracinement social très abrupt pour le personnage principal). Quelques comparaisons sont rapidement abordées entre ces sociétés dans lesquelles les mœurs ont fortement évolué et se sont profondément et radicalement affirmées [le regard porté sur la femme (habitudes vestimentaires, liberté de parole…) dans une société patriarcale, l’accueil réservé aux propos racistes et homophobes…]. Ces courtes digressions accentuent l’impression que le lecteur d’avoir été blackboulé entre des époques diamétralement opposées (la société très puritaine des années 1930 et une vision légèrement futuriste de notre société d’aujourd’hui… un monde à la fois plus procédurier mais aussi plus libre car les hommes et les femmes prennent ouvertement la parole quelque soit le sujet (finance, politique, religion, sexualité…).

« Une nuit avec Lovecraft » est avant tout le moyen de partager un récit très documenté sur la vie et l’œuvre de H.P. Lovecraft. Une partie des éléments présents dans l’album sont d’ailleurs tirés des correspondance que Lovecraft entretenaient avec August Derleth et Frank Belknap. Par la bouche de son héroïne, Rodolphe aborde tour à tour les œuvres marquantes de la bibliographie du romancier américain (« Le rôdeur devant le seuil« , « L’affaire Charles Dexter Ward« , « Dans l’abîme du temps« , « Le cauchemar d’Innsmouth » …), les caractéristiques de l’univers fantastique et horrifique qu’il a construit et enrichit tout au long des années, les figures marquantes qui guident son peuple de monstres effrayants (Cthulhu, Nyarlathotep, Yog-Sothoth…)…

… mais aussi des éléments plus intimes de la vie de Howard Phillips Lovecraft comme des souvenirs de sa jeunesse, l’influence considérable qu’à eu son grand-père sur l’adulte (et l’artiste) qu’il est devenu, ses opinions politiques et certaines de ses prises de positions parfois choquantes (comme le fait qu’il ait témoigné de son soutien à Hitler pendant plusieurs années).

Et puis il y a la mise en abîme d’un auteur aujourd’hui disparu qui aurait l’occasion d’apprendre comment ses œuvres lui ont survécu, de découvrir l’ampleur de l’empreinte qu’il a laissé dans la culture littéraire ou l’âge qu’il avait au moment de sa mort…

Un album qui fascine. Loin de moi l’idée de dire que j’ai été happée par cet album mais le récit contient m’a fascinée de la même manière que les récits de Lovecraft m’ont fasciné et me fascinent encore. C’est certainement pour cette raison que je me suis engouffrée dans la lecture de ce récit fantastique. On a quelques frissons qui nous parcourent l’échine à l’évocation de certains textes de Lovecraft, on touche du doigt cette ambiance morbide et angoissante que Lovecraft a passé des années à détailler une multitude de ses ramifications.

Passionné ou non par l’œuvre lovecraftienne, cet ouvrage permet pour les uns de se sensibiliser à cette culture… pour les autres de rêver à la possibilité de passer un moment privilégié avec un auteur qui les a fait voyager des heures durant dans l’effroi, l’horreur et la fascination.

Une Nuit avec Lovecraft
One shot

Editeur : Mosquito
Dessinateur : Philippe MARCELÉ
Scénariste : RODOLPHE
Dépôt légal : octobre 2018 / 64 pages / 15 euros
ISBN : 978-2-352-83506-6

Les enquêtes polar de Philippine Lomar, tome 3 (Zay & Blondin)

Philippine est régulièrement contactée pour enquêter sur des affaires qui touchent aussi bien au harcèlement qu’à la corruption. La jeune fille a 13 ans mais elle a déjà fait ses preuves en tant que détective privé émérite. On a déjà eu deux fois l’occasion de côtoyer Philippine, on sait qu’elle est futée et aussi butée qu’un âne quand elle a une idée en tête ou un os à ronger.

Cette fois, Philippine est contactée par Maxime dont le cousin est en prison. Ce dernier aurait été injustement accusé de l’agression d’un épicier. Maxime pense qu’il s’agit d’une stratégie d’un groupe de malfrats que son cousin avait pris en flagrant délit, ces derniers auraient donc trouvé le moyen de mettre son cousin hors-circuit le temps de la procédure judiciaire.

Maxime charge donc Philippine de réunir des preuves de leurs actes délictueux afin que les véritables coupables soient arrêtés. La détective en herbe se met rapidement au travail mais elle constate tout aussi vite qu’elle a affaire à de vraies racailles. En tout cas, leurs méthodes d’intimidations ne laissent aucun doute sur leurs facultés à employer des méthodes très expéditives…

Chaque enquête de Philippine Lomar est l’occasion pour Dominique Zay d’aborder un sujet d’actualité… le genre de sujets dont on ne parle pas de prime abord avec de jeunes lecteurs. Certaines problématiques traitées peuvent faire partie de leur quotidien (la question du harcèlement par exemple) mais le scénariste pioche aussi dans d’autres registres comme le racket en bande organisée ou la pollution volontaire des rivières. Ces sujets font en partie l’originalité de la série. Ils servent à « camper le décor » et à installer les personnages secondaires amenés à intervenir durant l’intrigue. Des personnages dont les caractères et comportements sont loin d’être cousus de fil blanc. Les rebondissements multiples donnent au récit et à l’enquête un rythme vraiment plaisant. On tourne les pages avec gourmandise et on ne peut s’empêcher d’apprécier le sang-froid et l’humour dont fait preuve l’héroïne.

Outre l’originalité scénaristique de cette série, on évolue dans une ambiance graphique qui s’inspire des mangas : les expressions des personnages sont exagérées par moment et cela permet de décaler la tension grâce au comique de situation, évitant ainsi de dramatiser inutilement les moments où surviennent des événements qui conditionnent la suite de l’histoire.

On continue ici à apprécier cette série haute en couleurs. Un univers jeunesse qui va très prochainement être enrichi d’un nouveau tome.

Les deux tomes précédents sont également sur le blogs (aidez-vous des index si vous voulez accéder à ces chroniques)

Les Enquêtes polar de Philippine Lomar
Tome 3 : Poison dans l'eau
Série en cours
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur : Greg BLONDIN
Scénariste : Dominique ZAY
Dépôt légal : juin 2018 / 48 pages / 14.70 euros
ISBN : 979-10-92111-76-7