Florida (Dytar)

Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

Londres.
Dix ans après le massacre de la Saint-Barthélemy, Walter Raleigh sollicite Jacques Le Moyne, un ancien cartographe, pour qu’il témoigne de son expérience en Floride. Lorsqu’il était plus jeune, Jacques a fait partie d’une expédition française conduite par les commandants Jean Ribault et René Goulaine de Laudonnière. Le but était de fonder une nouvelle colonie en Amérique.
Jacques refuse et fuira longtemps les sollicitations qui lui sont faites de transmettre son témoignage. Sa femme, Eléonore, ne comprend pas l’attitude de son mari jusqu’au soir où, vingt ans après les faits, Jacques Le Moyne de Morgues s’ouvre enfin et lui fait le récit dans les moindres détails de ces deux années éprouvantes.

Un important travail de recherche a été mené par Jean Dytar pour parvenir à réaliser cet album ; plusieurs articles de son site en témoignent (comme ici par exemple).

Avant de se pencher sur l’épisode de l’expédition huguenote au « Nouveau Monde » la traversée de l’Atlantique et Jean Dytar s’intéresse en premier lieu au couple de Jacques Le Moyne. A sa femme tout d’abord ; elle se heurte à l’incompréhension, elle tente d’identifier la raison qui explique le silence de son homme. Pourquoi a-t-il toujours refusé de parler de son expérience en Floride ? Pourquoi, depuis son retour, refuse-t-il de réaliser des cartes topographiques ? Pourquoi passe-t-il son temps à dessiner minutieusement des fleurs (que les dames de la cour utiliseront pour faire leurs broderies) et refuse-t-il obstinément toutes autres formes de sollicitations professionnelles ?

Car c’est elle, Eléonore Le Moyne qui est notre guide dans cette histoire. C’est elle qui prend la parole le plus souvent. C’est elle qui tente de maintenir son homme à flots et qui se bat chaque jour pour qu’il retrouve la force de vivre, de se battre, de ne plus être un fantôme au sein de sa propre famille. Elle ne sait rien de ce qui s’est passé en Floride ; son époux a toujours refusé d’en parler. Elle sait juste qu’elle a réussi à la convaincre d’accepter de partir, arguant qu’une telle opportunité ne se présente qu’une fois dans une vie et qu’elle, en tant que femme, n’aura jamais une telle occasion.

Ecoute Jacques. Si tu n’y vas pas pour toi, vas-y pour moi ! Sois mes yeux et mes sens. (…) C’est peut-être dur à comprendre, mais… je veux rêver à travers toi. Pars ! Et à ton retour, épouse-moi ! Je promets de t’attendre et tu me raconteras ce qu’il y a de l’autre côté.

Elle ne sait que penser de l’expérience qu’a vécue son époux excepté, elle ne peut qu’imaginer le pire… elle ne peut que rêver à ces terres lointaines. Elle l’a vu partir inquiet à l’idée de cette expédition à laquelle il avait accepté de participer. Elle l’a vu revenir changé, amaigri et plus taciturne que jamais.

Jean Dytar nous explique, à l’aide des souvenirs d’Eléonore, les événements qui ont précédés ce grand voyage. Durant tout l’album, deux ambiances graphiques se relaient : des tons sépia pour le « présent » des personnages et de magnifiques aquarelles généreusement pourvues de bleus pastels et de verts d’eau pour le passé. Grâce à Eléonore, on commence à comprendre. L’auteur nous montre comment pendant des années, elle a tenté de faire parler son mari ; pour assouvir sa propre curiosité d’abord mais très vite, pour pouvoir lui venir en aide. Jean Dytar nous cuisine un peu car il faudra attendre avant que son personnage de Jacques Le Moyne de Morgues se mette à table. De la difficile traversée de l’Atlantique, des premiers pas balbutiants de l’expédition en Amérique et de la tournure prise ensuite par les événements, le lecteur finira par tout savoir. Je pourrais vous expliquer les temps forts du récit par le menu que je ne spoilerais rien, l’histoire de cette expédition (dont je ne connaissais rien avant de lire cet album) est écrite partout (dans les livres, sur la toile…).

Un album qui, assez logiquement je crois, m’a fait penser à Terra Australis. Que ce soit sur la forme ou sur le fond, la qualité est au rendez-vous.

Le rendez-vous hebdomadaire des bulleurs est à retrouver aujourd’hui chez Stephie.

Florida

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Jean DYTAR
Dépôt légal : mai 2018
264 pages, 29.95 euros, ISBN : 978-2-413-00978-8

Bulles bulles bulles…

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Florida – Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

NoBody, Saison 1 – tome 4 (De Metter)

tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Dernier volet de la tétralogie lancée il y a 18 mois par Christian De Metter.
La psychologue mandatée pour l’expertise est parvenue à établir un lien transférentiel avec cet homme au passé trouble. Agent gouvernemental, flic, détective… ce dernier a vu tour à tour sa carrière l’amener à plusieurs reprises à endosser un rôle, à manœuvrer sous une fausse identité.
Du jour au lendemain, cet homme a arrêté ses activités. Enquêter sur des crimes, faire tomber des malfrats ou courir après un tueur en série… il n’en a plus eu envie. Il s’est fait oublier, a refusé les sollicitations du FBI, de la Police. Il s’est rangé, s’est marié. Doué en mécanique, il a ouvert un garage automobile, de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards à la fin du mois.

Et puis 2008 est arrivé et ce jour maudit où on l’a retrouvé dans la cuisine de sa maison. Sans même attendre que la Police le questionne, il a reconnu d’emblée le meurtre. Il s’est ensuite muré dans le silence, mettant en échec les deux thérapeutes successifs qui se sont présentés à lui. Le juge a retenté en envoyant un dernier psychologue qui pourrait établir un profil du détenu. Beatriz Brennan connaît le dossier et les impasses de ses prédécesseurs. Mais avec elle, cet homme mutique et imposant a parlé. Il lui a expliqué le parcours qu’il a emprunté de ses 20 ans à aujourd’hui, de son premier contact avec le FBI jusqu’à ce crime dont il s’accuse.

Dès le premier tome de cette saison qui compte quatre albums, Christian De Metter a coincé son lecteur dans ce tête-à-tête improbable. Tout nous pousse à poursuivre la lecture et tenter de comprendre les motivations de cet homme que l’on sent tantôt oiseau de proie, tantôt poupée de chiffon d’un système qui l’a dévoré et broyé sa vie.

Un bras de fer psychologique mené entre une jeune psychologue et un homme à la carrure de légionnaire. On ne cesse de se poser la question de la part de vérité que contiennent ses propos. Dans quelle mesure maquille-t-il les faits pour que les choses tournent à son avantage ? Et elle, dans quelle mesure perçoit-elle ses mensonges et ce qui est pure sincérité ? Le lecteur observe ce jeu de dupes, ne sachant plus qui est le chat et qui est la souris. Dans cette scène du présent qui se déroule en 2008 dans une pièce sécurisée d’une prison dédiée à leurs rencontres [et durant lesquelles l’homme est constamment menotté à la table, ce qui ne laisse supposer la dangerosité de l’homme], l’ambiance est calme et semble glisser – à mesure des rencontres – vers la confidence. Christian De Metter veille pourtant à maintenir cette électricité inhérente à la tension qui émane des personnages. Bien qu’ils semblent en confiance désormais, l’un des deux est sur le qui-vive. Lequel ?

Entre chaque tome, l’attente. L’envie de reprendre le fil de l’histoire et « d’entendre » cet homme raconter son histoire. Les pièces du puzzle s’emboîtent une à une sans que l’on puisse avoir un aperçu de l’ensemble avant ce tome final.

Depuis le premier tome, je me suis retrouvée prise dans les filets du scénario. Cet homme est-il coupable ou innocent ? J’ai oscillé en permanence entre ces deux cas de figure. Ce dernier opus vient apporter la réponse et nous donne les derniers – mais essentiels – éléments pour dévoiler les dernières zones d’ombre. La première saison est terminée, vous pouvez y aller confiants.

Les autres tomes sont sur le blog.

Nobody

Saison 1
Episode 4/4 : La Spirale de Dante
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2018
78 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-6881-0

Bulles bulles bulles…

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Nobody, saison 1 – tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Codine (Baujard & Géliot)

Baujard – Géliot © La Boîte à bulles – 2018

Adrien a 8 ans lorsqu’il emménage à la Comorofca – dans la ville de Braïla (Roumanie) – le quartier le plus pauvre de la ville et réputé pour sa dangerosité.

Mon enfant ! Nous voilà descendus un rang plus bas. Voici la Comorofca, le quartier le plus mal famé de la banlieue. J’économiserai 2 leï roumains par mois sur le loyer. 24 leï en un an, le prix d’un vêtement pour toi.

Bien qu’il soit impressionné par ce coin de la ville laissé presque à l’abandon, bien qu’il garde ses distances avec les gamins qui traînent dans la rue à toute heure de la journée, Adrien s’aventure dans son quartier. Il rencontre ainsi Codine, un ancien taulard incarcéré pour meurtre. Une amitié entre l’homme et l’enfant va les aider tous deux à (re)prendre confiance en l’humanité.

Une société pauvre, cynique…

Graphiquement, j’avais préféré le travail de Simon Géliot sur « Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che » où son dessin en noir et blanc vibrait davantage. Ici, l’apport de la couleur m’a semblé être là pour renforcer l’environnement cruel de ces gens pauvres. La couleur vient figer les expressions des individus et donner à leurs visages et attitudes corporelles un aspect cireux. Je n’apprécie pas particulièrement car j’ai eu l’impression parfois de manquer d’air malgré la quantité de planches où l’action se déroule en extérieur. Des teintes poussiéreuses et boueuses dominent alors que l’amitié entre l’homme et l’enfant est une vraie bouffée d’air pour eux comme pour nous.

Quand l’enfant apprend à grandir, l’adulte redécouvre qu’il peut encore être traité avec considération et respect. C’est évidemment autour de ce duo improbable que le scénario se construit. Le travail d’adaptation réalisé par Jacques Baujard nous permet d’investir complètement les personnages et de croire en cette amitié pourtant peu commune entre un homme d’âge mûr que la vie a malmené et un enfant plutôt naïf qui découvre la vie au travers de cette amitié. Outre le fait que la complicité qu’ils ont se moque de la différence d’âge qu’il y a entre eux, l’enfant y trouve aussi une figure paternelle à laquelle se raccrocher.

J’ai lu cet album avec curiosité car malgré les apparences, la fraicheur de cette histoire – où rien n’est cousu de fil blanc – attise l’intérêt qu’on porte aux deux personnages.

Codine

– d’après la nouvelle de Panaït Istrati –
One shot
Editeur : La Boîte à bulles
Collection : Hors Champ
Dessinateur : Simon GELIOT
Scénariste : Jacques BAUJARD
Dépôt légal : mai 2018
96 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-84953-308-6

Bulles bulles bulles…

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Codine – Baujard – Géliot © La Boîte à bulles – 2018

Gitans (Mirror)

Mirror © Steinkis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on peut lire que « Gitans est une enquête artistique. Graphique pour la forme et intimiste pour le fond. C’est l’illustration des pèlerins gitans dans ces lieux uniques, de ce qu’ils ressentent, l’évènement en lui-même, sa puissance émotionnelle et le point de vue subjectif d’un auteur passionné qui explore depuis trente ans la culture tsigane. »

Oui, je n’ai pas pu résister au fait de copier un extrait du synopsis éditorial. Car Gitans se résume difficilement. Kkrist Mirror revient sur l’histoire de ce peuple fier et rejeté. Un peuple qui ne renie pas ses origines, sa religion et ses valeurs. Un peuple nomade, chassé des villes et dont le mode de vie est décrié. Un peuple qui réalise un pèlerinage annuel aux Saintes Marie-de-la-Mer et c’est de cela dont il est question ici ; d’un grand rassemblement. Kkrist Mirror y a lui-même participé à quatre reprises.

Marie Jacobé et Marie Salomé, proches de Jésus et de Marie, chassées de la Judée par les persécutions, auraient débarqué en ce lieu, (…) Elles ont évangélisé les gens du pays, les Romains qui étaient les occupants et peut-être aussi les Gitans qui auraient vécu là et qui auraient accueilli les saintes Marie en la personne de Sara, leur chef de tribu. Sara [la vierge noire] aurait demandé le baptême, elle et tout son peuple.

Gitans, c’est Pépé Lafleur, Roland… et d’autres encore. Ce sont les interactions qu’ils ont entre eux, les séparations et les retrouvailles. Les tatouages singuliers qu’ils portent et qui racontent les sentiments, les déceptions et/ou les colères qu’ils ont eues par le passé. Gitans c’est le récit de ce pèlerinage particulier, tout en croquis esquissés sur le vif et d’attitudes corporelles attrapées au vol. Gitans c’est un livre où l’on butine, sautant d’individu en individu pour entendre une prière, un commentaire, une anecdote… Dans ce récit-chorale, impossible de nommer tout le monde ; la majorité reste composée d’anonymes de toutes les générations. Toutes les ethnies des gens du voyage sont représentées lors de ce pèlerinage (qui dure une dizaine de jours).

Kkrist Mirror qualifie lui-même cet ouvrage d’ « enquête artistique » ; un livre un peu spécial qui s’affranchit de tous les codes habituels de la bande dessinée. Il s’apparenterait davantage à un reportage dont seuls les temps forts de la procession structurent le témoignage.

Une seconde partie de l’album se consacre davantage à expliquer les origines de cette fête des gens du voyage. De larges textes explicatifs sont proposés au lecteur ainsi que des illustrations (généralement en pleine page).

Un peu de concentration est nécessaire pour suivre cette effervescence… et disons que ma concentration a été un peu capricieuse.
Réédition d’un album paru en 2009 chez Emmanuel Proust Editions.

Gitans

One shot
Editeur : Steinkis
Collection : Roman graphique
Dessinateur / Scénariste : Kkrist MIRROR
Dépôt légal : mars 2018
104 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36846-174-7
L’album sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Gitans – Mirror © Steinkis – 2018

Pas de deux (Cuveele & Dawid)

Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2018

La pépite était attendue.

Delphine Cuveele raconte une nouvelle histoire de Luce.

Dawid la met en dessins.

Il y a cinq ans, Luce perdait sa grand-mère. La belle métaphore du papillon de Passe-Passe accompagnait le jeune lecteur dans le récit de ce deuil. Tout en douceur.

Un an plus tard, avec Dessus Dessous, on partait à la rencontre d’un habitant indésirable du jardin familial. Une petite taupe allait ainsi donner du fil à retordre à Luce et à son petit frère.

Pas de deux est l’histoire d’une amitié qui naît. Elle commence le jour où Taali rejoint la classe de Luce en cours d’année scolaire. Taali n’a pas d’amis, il vient de s’installer dans le village avec sa famille. Il est un peu impressionné. Sa première journée d’école se termine lorsque, sur le trajet du retour, il s’aperçoit qu’il prend la même direction que Luce. Les enfants s’observent de loin, en silence. Personne n’ose faire le premier pas. Jusqu’à ce qu’une souris verte détalle sur la route. Ni une ni deux, Taali se lance à sa poursuite, très vite suivi par Luce. C’est à celui qui attrapera la petite souris verte en premier !

La fraicheur de cette aventure doublée des dessins chaleureux et sublimes de Dawid nous font replonger en enfance. Quant au jeune lecteur, il profite pleinement de cet album muet sur lequel il peut poser ses propres mots et ainsi s’approprier tant l’histoire que sa morale.

Un album qui nous montre qu’on a tout à y gagner à faire un pas de côté pour aller à la rencontre de l’autre et l’accepter dans sa différence.

Pas de deux

Récit complet
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Delphine CUVEELE
Dépôt légal : avril 2018
40 pages, 10.70 euros, ISBN : 979-10-92111-75-0
L’album sur Bookwitty

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Pas de deux – Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2018

The End (Zep)

Zep © Rue de Sèvres – 2018

Pyrénées espagnoles. 32 personnes meurent, décimées d’un coup, terrassées par un mal mystérieux, fauchées dans la vie sans aucun signe précurseur. Scientifiques et enquêteurs tentent de trouver une cause rationnelle à ce drame.
A la même période, Théodore rejoint l’équipe du Professeur Frawley, un inconditionnel des Doors qui étudie la flore. Pour ce dernier, les arbres communiquent entre eux. Parce qu’il a présenté les résultats de cette recherche à la communauté scientifique, il est passé pour un illuminé et mis sur la touche. Depuis, il cherche à corroborer sa théorie et poursuit ses explorations en Suède afin de démontrer que les arbres détiennent la mémoire de l’Histoire de la Terre. Théo est rapidement mis dans le bain des motivations du professeur et se rallie peu à peu à son point de vue.

Donc, lorsque vous approchez un arbre, approchez-le en ami ! Si vous venez en prédateur, il escamotera les informations dans les airs ou profondément sous la terre, par le réseau des racines. J’espère que vous avez bien compris ce point… car il est essentiel dans notre recherche.

Aidée de Théo, l’équipe du professeur va constater d’étranges phénomènes dans l’écosystème qu’ils vont chercher à comprendre.

Fable écologique sur ton de thriller ou récit d’anticipation ? Un peu des deux je crois.

Contrairement à l’avis que Zep exprime dans une interview relayée sur le site de l’éditeur, j’aime croire la fin de The End comme possible. Loin de moi l’envie de dévoiler le dénouement mais je trouve qu’il y a quelque chose de rassurant dans l’idée que la nature – par l’intermédiaire des arbres – a la possibilité d’intervenir en vue de réguler les déséquilibres causés par une espèce sur son environnement.

« Un jour, mon fils m’a raconté cette incroyable histoire des koudous du Transvaal, morts mystérieusement… On a mis très longtemps avant de comprendre que c’étaient les acacias qui avaient modifié leur tanin pour les assassiner parce qu’ils étaient devenus nuisibles. Cette anecdote, encore controversée, a déclenché les recherches sur l’intelligence des arbres dont on parle beaucoup aujourd’hui. J’ai imaginé cette histoire inquiétante d’un groupe de chercheurs qui observent la nature et qui vont se rendre compte que c’est la nature qui les observe… » (extrait de l’interview).

Bien que l’histoire et la théorie que l’auteur développe soient purement fictionnelles, il a pourtant effectué des recherches pour rendre crédibles ses dires et rencontré quelques spécialistes (botanistes) qui ont suivi son travail de création. Un scénario très abouti qui permet au lecteur de rentrer rapidement dans l’histoire. Une fois la lecture commencée, impossible de lâcher l’album en cours de route. Depuis 2013, Zep réalise des albums destinés à un autre lectorat que celui féru de Titeuf ; si j’avais bien apprécié Une histoire d’hommes lors de sa sortie en 2013, Un bruit étrange et beau m’avait quant à lui convaincue que l’univers de cet auteur était finalement assez loin de mon univers de lectrice.  The End est parvenu à me faire de nouveau changer d’avis sur les œuvres de cet artiste et je trouve qu’il y a là beaucoup de maturité dans la manière de construire l’intrigue et de nous emmener progressivement vers un dénouement qui – bien qu’attendu compte-tenu de la teneur des premières pages – parvient à nous surprendre très agréablement. Ce regard sur les agissements de l’Homme n’a rien de convenu et permet d’aborder les dérives

Le dessin est dans la même veine graphique que les deux autres albums que j’ai déjà cités. Une succession de planches bichromiques mais dans des teintes qui varient (bleu-gris, marron-jaune, vert-vert…) et qui viennent marquer de leur petite musique le rythme du récit.

Un album qui m’a permis de passer un moment agréable. Pas l’album de l’année certes mais une belle découverte tout de même.

Un ouvrage que j’ai sorti plus rapidement que prévu de ma PAL après avoir lu la chronique de Jacques. Une lecture commune avec Noukette et Antigone.

Je me joins aux bulleurs de la « BD de la semaine » pour ce rendez-vous hebdomadaire qui se pose aujourd’hui chez Moka.

The End

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : ZEP
Dépôt légal : avril 2018
90 pages, 19 euros, ISBN : 978-2-36981-605-8
L’album sur Bookwitty

Bulles bulles bulles…

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The End – Zep © Rue de Sèvres – 2018