La Chaleur (Jestin)

Jestin © Flammarion – 2019

« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n’était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On se serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Quoiqu’il en soit, je n’ai pas bougé. Tout en a découlé. »

Le roman débute par ces mots. Des mots forts, durs. Des mots jetés à la figure. Des mots qui obligent à poursuivre la lecture à toute vitesse. Pour savoir. Pour comprendre. Pourquoi Oscar est mort. Et qui est l’autre, le narrateur, froid, immobile… celui qui n’a pas bougé et qui a regardé, impassible, Oscar mourir…

Léonard. Il s’agit de Léonard. Léonard est en vacances dans un camping usine dans les Landes. Avec sa famille. Ça fait déjà 2 semaines entières qu’il arpente les allées, qu’il s’invente des trajectoires entre les tentes et les bungalows pour passer le temps. Il a tenté les soirées. Il s’est efforcé à la chaleur des vacances. Il a fait des efforts. Rien ne marche. Léonard s’ennuie horriblement. Il tourne en rond. Il tourne dans le vide. Il s’ennuie à mourir.

C’est dans un détour, dans une nuit, après une fête sans joie, que Léonard  est tombé sur Oscar agonisant sur la balançoire. « Les cordes l’étranglaient doucement. Il avait fait cela tout seul et peut-être, à en croire son visage, avait-il changé d’avis. » Et tout s’est enchainé. Tout a basculé. Très vite. Trop fort…. Léonard n’a pas réfléchi. A peine a-t-il senti qu’il faisait une bêtise, une vraie bêtise. Pourtant, Léonard est un gentil garçon, timide et réservé, un ado qui préfère les jours gris à la chaleur de l’été. Il n’a jamais triché, volé, frappé. « Insulté rarement. » La haine et la colère, il les a accumulées sagement…

C’est une histoire forte qui se lit en apnée. D’un trait. C’est une histoire terrible dans la chaleur d’un été aveuglant. Il faut s’y aventurer ! Et pourtant, c’est une histoire audacieuse, téméraire je veux dire. Dérangeante. Vraiment. Et en même temps intéressante dans la proposition. Courageuse même. Evidemment cette histoire-là fait toutafé sortir de sa zone de confort en proposant un regard peu commun sur l’adolescence. Je ne saurai pas dire si je l’ai aimée. Mais je peux dire que j’ai aimé oui, j’ai aimé être poussée dans mes retranchements. Je peux dire que ce roman-là est une expérience qui ne s’oubliera pas. Je peux dire qui me marquera. Me restera. Comme une empreinte indélébile. Un brin interloquée. Un peu hallucinée. Un poil angoissée. Et je suis contente d’avoir tenté l’expérience ! Merci les 68 premières fois ❤

 

La Chaleur de Victor Jestin, Flammarion, 2019