I kill Giants (Kelly & Niimura)

Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Barbara n’est plus tout à fait une enfant, pas encore une adolescente.

A l’école, Barbara n’y va pas par quatre chemins. Pourvue d’un bon sens de la répartie, la jeune fille dit ce qu’elle pense et cela ne plaît pas à l’équipe enseignante. Avec ses attitudes bizarres, ses lubies étranges et le fait qu’elle soit toujours le nez dans ses livres, les autres enfants préfèrent l’ignorer. Il n’y a que Taylor – la caïd de l’école qui rackette et tabasse tous ceux qui passent à sa portée – qui s’intéresse à Barbara, mais ses tentatives d’intimidation ne marchent pas sur Barbara, ce qui rend Taylor encore plus hargneuse.

A la maison, le rythme est assez soutenu ; entre sa grande sœur qui partage sans cesse les anecdotes de son travail, son frère qui est le parfait cliché de l’adolescent à l’humour douteux et qui se laisse vivre… et tout le reste… Barbara a vite pris l’habitude de s’échapper dans son monde imaginaire. Elle est convaincue qu’une attaque de géants est imminente. Elle cherche à alerter les adultes mais rien n’y fait, les autres restent sourds à ses propos.

Il n’y a bien que Sophia, son amie, et la nouvelle psychologue de l’école, Mme Mollé, qui semblent s’intéresser à ce que pense Barbara…

La présentation de l’éditeur m’avait totalement emballée. Tout à fait le genre de résumé capable de vous donner envie de plonger dans la lecture en un temps record et de vous convaincre que vous allez vous régaler de bout en bout dès que la lecture sera commencée.

Dès que j’ai eu l’album, je me suis donc lancée… et j’ai douté, me demandant si cet album était pour moi. L’album se découpe en plusieurs parties et les deux premiers chapitres m’ont vite fait changer mon fusil d’épaule. Le scénario y est saccadé et j’ai eu du mal à cerner le personnage principal. Il nous manque des éléments pour pouvoir faire des liens entre les différentes scènes, on passe parfois du coq à l’âne. La lecture du premier chapitre fut pour moi douloureuse et j’en suis sortie perplexe.

Butée comme je suis, j’ai tout de même poursuivi, grinçant des dents et soufflant, d’autant que le second chapitre confirme amplement mes premières impressions.

J’ai poursuivi encore… troisième chapitre… même tonalité et même ambiance influencées par la présence de cette enfant – Barbara – qui n’a pas toute sa tête. Elle dégage une forme d’étrangeté mêlée à une forme d’hypermaturité. Elle est obnubilée par un unique sujet : les géants. Elle sait tout d’eux : leurs points faibles, leurs motivations, pourquoi apparaissent-ils et comment les combattre. Rien ni personne ne semble être en mesure de la faire revenir à la réalité et de l’intéresser pour des sujets beaucoup plus terre-à-terre comme sa scolarité. Perchée. Son monde imaginaire chevauche la réalité. Barbara semble glisser lentement vers la psychose.

Et puis soudain, un élément est lâché dans le récit et intrigue. Au beau milieu du troisième chapitre arrive peu à peu ce qui va donner du liant à l’ensemble. Certes, on trouve vite l’enfant très touchante, un peu drôle sous ses airs hallucinés et ses oreilles d’animaux qu’elle se met en permanence sur la tête. Mais il y a soudain, un fil que l’on attrape.

Un fil qui intrigue.
Un fil prometteur qui nous convainc de poursuivre.

Les dessins de J.M Ken Niimura nous avaient préparés mais je n’avais pas correctement saisi jusqu’à ce moment où j’ai compris la métaphore des géants… et le scénario de Joe Kelly prend sens. Ensuite, vous connaissez cela aussi bien que moi : on est totalement pris par l’histoire et on tourne les pages avec la curiosité de celui qui veut connaître la suite. On s’appuie sur les émotions de la fillette et c’est vraiment là, dans cette boule d’énergie incontrôlée, que tout ce joue. Et c’est rudement bien mené.

Cette série avait été éditée une première fois en français sous le titre Je tue des géants ; le premier tome était passé inaperçu et je pense que c’est pour cette raison que l’éditeur n’avait pas poursuivi le projet. Ici cette fois, le label Hi Comics s’est saisi de l’œuvre et le propose d’entrée de jeu dans un volume intégrale. Il me semble que ça vaut le coup de découvrir.

Une « BD de la semaine » parmi la sélection d’albums que les bulleurs ont partagés aujourd’hui. Pour retrouver toutes les participations du jour, rendez-vous chez Moka !

I kill Giants

One shot
Editeur : Bragelonne
Collection : Hi Comics
Dessinateur : JM Ken NIIMURA
Scénariste : Joe KELLY
Dépôt légal : mai 2018
177 pages, 19.90 euros, ISBN : 978-2-8112-2398-4

Bulles bulles bulles

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I kill Giants – Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée (Liew)

Liew © Urban comics – 2017

Il m’est difficile de résumer cet album de façon à être compréhensible. Alors vu que cela faisait longtemps que je ne l’avais pas fait… je m’autorise un petit copier-coller. Fraichement sorti du site de l’éditeur, voici donc le pitch de « Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée » :

« Charlie Chan Hock Chye, né en 1938 à Singapour où il vit toujours, est auteur de bande dessinée depuis l’âge de 16 ans. À 70 ans passés, il revient sur ses 50 ans de carrière. Ses récits se déroulent sous nos yeux en un éblouissant éventail de genres et de styles graphiques dont l’évolution reflète à la fois celle de la bande dessinée mais aussi celle du paysage politique et social de son pays natal. Composée des extraits de publications, illustrations, croquis et peintures originales de l’artiste fictionnel, cette fausse autobiographie a permis à son véritable auteur, Sonny Liew, de questionner l’Histoire de son pays et de créer avec Charlie Chan Hock Chye l’artiste de bande dessinée dont Singapour aurait pu rêver. En imaginant cette histoire alternative de la bande dessinée singapourienne, l’auteur offre en parallèle une exemplaire leçon de bande dessinée à travers l’évolution de ses codes et de ses genres. »

Ingénieux cet album. Il nous embarque dans la vie d’un auteur de manga. On sait tout de son enfance à Singapour et de sa passion précoce pour le dessin, de son adolescence où il fait une rencontre heureuse avec Wong, qui deviendra son scénariste pour quelques années. Les compères cherchent à inventer « quelque chose de nouveau » et inventent de nouvelles histoires qui vont leur permettre de s’entraîner, de s’améliorer. Bien sûr, ils veulent percer, trouver leur lectorat, se faire remarquer. Dans un premier temps, c’est grâce à l’oncle (imprimeur) de Wong qu’ils sont édités mais le succès n’est pas au rendez-vous. Pire encore… les ventes ne décollent pas. Ils ne se découragent pas et persévèrent tout en continuant de grandir. A côté de leurs jobs alimentaires, ils se retrouvent pour faire avancer leur projet.

Le plan était de créer assez de matériel pour une maquette de magazine… un échantillon de travail éblouissant qui intéresserait les éditeurs.

Les années passent, la passion de faire de la BD demeure.

Ces personnages fictifs injectent dans leurs histoires le contexte social dans lequel ils sont nés et ont grandi. Ainsi, des réelles figures historiques côtoient les personnages fictifs. Les événements historiques nourrissent les histoires qu’ils mettent en images : la grogne des chauffeurs de bus et le mouvement étudiant de 1955, les actions syndicales et Lim Chin Siong ou bien encore les travaux qui influencent les premières histoires que le duo de personnage réalisent (Osamu Tezuka, Wally Wood…).

C’est un album absolument passionnant. En tournant les pages, on découvre des perles. A feuilleter, on pourrait croire à un recueil de travaux mais le fil narratif nous fait très vite oublier l’éclectisme des dessins. En effet, tout se fond dans un récit cohérent, des premiers crobards naïfs de Charlie Chan à des illustrations maîtrisées et réalisées à la peinture, des planches de ses « premières séries » dessinées au feutre bleu sur du papier de mauvaise qualité aux planches mettant en scène le personnage principal dans son quotidien d’aujourd’hui, de vieilles photos, quelques coupures de journaux… voilà un patchwork graphique impressionnant pour réaliser cette biographie fictive la plus documentée qu’il m’ait été donné de lire. Et c’est une sacrée aventure !

Sonny Liew a mis les petits plats dans les grands. Il crée son propre avatar que l’on voit de-ci de-là et on sent souvent sa présence – à défaut de le voir – dans l’interview fictive qu’il fait mener à son personnage de papier. Il ne juge pas mais utilise Charlie Chan pour retracer l’histoire de son pays, la colonisation anglaise puis l’arrivée des Japonais, l’utilisation des communistes puis la chasse aux sorcières, de la guerre d’indépendance… sans compter que c’est aussi l’histoire du lent développement de la bande dessinée des années 1950 on lit plusieurs histoires en unes ; à la fois chronique sociale, science-fiction, récit intimiste. Par le biais de son héros de papier, Sonny Liew scrute à la loupe l’histoire de Singapour et de la Malaisie des années 40 à aujourd’hui.

Captivant, fascinant… N’hésitez pas à le découvrir si l’occasion se présente à vous !

Et un immense merci à Jérôme pour ce somptueux présent 😉

Le rendez-vous de « La BD de la semaine » est à retrouver chez Noukette aujourd’hui !

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée

One shot
Editeur : Urban Comics
Collection : Urban Graphic
Dessinateur / Scénariste : Sonny LIEW
Dépôt légal : janvier 2017
328 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2-3657-7975-3
L’ouvrage sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée – Liew © Urban comics – 2017

Royal city, tome 1 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2018

La famille Pike habite à Royal City depuis plusieurs générations.

Dans la famille Pike, il y a Peter, le père. Il a passé sa vie à travailler à l’usine de Royal City. Aujourd’hui à la retraite, il coule des jours tranquilles entre son petit atelier qu’il a au fond du jardin et les prises de bec haineuses avec Patti, sa femme. Dans la famille Pike, il y a Pat, l’aîné des enfants. Il a fui Royal City dès qu’il a été en âge de le faire. Ce célèbre romancier d’une quarantaine d’années est marié à une actrice tout aussi célèbre. Vient ensuite Tara, femme d’affaires investie dans la politique ; elle ambitionne de redonner à Royal City ses lettres de noblesse. Richie quant à lui est un junkie qui travaille en tant qu’ouvrier à l’usine de Royal City.

La famille Pike a traversé une épreuve. En 1993, Tommy est mort, il s’est noyé. Il avait 14 ans. Depuis le drame, les membres de la famille Pike ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. Tiraillés par leur culpabilité, hésitant entre vivre ou survivre, les voilà incapables de voir plus loin que le bout de leurs nez… La famille s’est peu à peu émiettée, les enfants ont quitté le nid. Jusqu’à la crise cardiaque de Peter. La fait que la vie du patriarche soit sur un fil a conduit la tribu à se reformer ; Pat rentre à Royal City, Tara s’organise pour être davantage présente auprès de sa mère et Richie… Richie tente difficilement de s’extraire de ses problèmes de drogues et d’alcool.

Avec « Royal city » , Jeff Lemire revient à un univers fantastico-réaliste. Après Jack Joseph, Winter Road ou bien encore Essex county [que j’avais tant apprécié], j’ai retrouvé cette ambiance particulière que l’auteur sait broder. On est hors du temps, on a l’impression que les personnages osent à peine bouger de peur de casser le décor. Nous, on retient notre souffle comme si notre présence pouvait les conduite à se replier, à se murer dans leur silence. On retrouve aussi des personnages un peu paumés qui s’obstinent à donner un sens à leurs existences.

L’auteur tisse un fil invisible entre les personnages de ses albums ; ils ont ce point commun qu’ils semblent tous avoir raté leur vie, il se cachent derrière une carapace d’amertume mais ils sont fragiles, peureux. Ils doutent, se cherchent sans se comprendre, laissent le temps leur filer entre les doigts et constatent inlassablement que leurs vies sont dénuées d’intérêt.

Pour la première fois dans une œuvre de Lemire, je remarque la présence aussi marquée de personnages féminins. Habituellement, les femmes sont assez rares dans ses récits et c’est avant tout sur les personnages masculins que Jeff Lemire s’appuie. Mais ici, il y a trois personnages féminins qui ne se contentent pas de passer, qui ne se contentent pas de décorer l’intrigue. Elles ont une présence forte et chacune peut à tout moment devenir l’épicentre du récit (c’est du moins ce que je pense). Je trouve ce changement intéressant. C’est nouveau. Jeff Lemire a cette capacité à surprendre, à se renouveler.

L’album n’a provoqué aucun tremblement de terre chez moi. Ce premier tome sert avant tout à installer les personnages, la ville de Royal City a l’un des premiers rôles. Ce qui est frappant, c’est que cette ville est en devenir mais elle est plus vivante que le reste des protagonistes que nous rencontrons. La ville semble être la seule à avoir une alternative, un choix à faire… un projet. On hésite pour elle mais on désire pour elle. Elle est pleine de promesses et cela crée une dynamique… les membres de la famille Pike en sont dépourvus. Chaque membre de cette famille semble s’être arrêté en 1993, à la mort de Tommy. Tous avancent en regardant dans le rétroviseur. Il y a comme un non-sens dans la cartographie de « Royal City » et dans la manière dont Jeff Lemire place chaque chose. C’est intriguant.

Le choix des couleurs aussi m’a séduite. Elles sont plus lumineuses et plus douces que les couleurs que l’artiste utilise habituellement. Elles sont printanières… apaisantes. Cela aussi intrigue. Et puis il y a le fait que Royal City semble communiquer avec ses habitants. Bref, il y a déjà des questions que l’on se pose et une curiosité qui s’est installée pour ce récit.

Une série prometteuse qui mélange réalité et fantastique, chronique sociale et récit intimiste. Il est certain que Royal City est bien plus qu’une simple ville industrielle et que j’ai très envie d’en percer le mystère. La réflexion sur le deuil et la représentation du défunt m’ont piquée au vif. Un tome de lancement qui n’est pas un coup de cœur mais me voilà très motivée pour découvrir la suite !

Cadeau de Jérôme pour mes 24 printemps (c’est donc assez récent). Une belle occasion de faire une lecture commune !! Hop, je vous renvoie vers la chronique de Jérôme

Un tour sur la fiche Bookwitty si vous voulez commander l’album.

Comme tout mercredi qui se respecte, on se retrouve avec les bulleurs de « La BD de la semaine » … les liens des lecteurs dans l’article de Moka !

Royal City

Tome 1 : Famille décomposée
Série en cours
Editeur : Urban Comics
Collection : Urban Indies
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : janvier 2018
156 pages, 10 euros, ISBN : 979-1-0268-1393-4

Bulles bulles bulles…

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Royal city, tome 1 – Lemire © Urban Comics – 2018

Jones et autres rêves (Matticchio)

Matticchio © Ici Même – 2017

Il était une fois un chat qui avait un bandeau noir sur l’œil.

Jones est né en 1985 dans les pages de la revue italienne Linus. Dès les premières histoires se dégage une sorte de nostalgie d’une époque passée, une ambiance où le temps qui file n’a aucune importante et surtout, aucune prise sur le personnage. L’auteur trouve son inspiration dans les années 50-60 ; les clins d’œil à Bob Dylan, aux Beatles, à Mickey, Alice aux pays des merveilles ou d’autres figures populaires sont fréquentes dans les scénettes.

Jones est un chat nonchalant, perdu quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Jones vit à son rythme. Comme tous les chats, il dort beaucoup mais surtout, il rêve. C’est d’ailleurs à se demander si les histoires que l’on découvre sont le fruit de son imagination où s’il les vit vraiment. La vérité est quelque part entre ces deux mondes, quelque part entre l’état d’éveil et l’état de somnolence.

Jones est dégingandé et pourtant, il a de la classe. Jones est désordonné et brouillon, il philosophe à sa manière. Jones est un gros sensible. Jones n’est pas très bavard et a peu d’amis. Jones est flemmard et pourtant, il a un art de vivre qui n’appartient qu’à lui. Il partage son temps entre la lecture et des balades en forêt. Avec ses gants blancs et son bandeau noir sur l’œil, Jones est reconnaissable au premier coup d’œil. Il a une dégaine agréable et une démarche que j’imagine chaloupée, un peu maladroite. Il est vêtu d’un pantalon ample, d’une paire de bretelles, d’une chemise blanche et d’une paire de grosses chaussures en cuir dont l’une des deux est trouée à la semelle.

« Jones et autres rêves » est un recueil des strips publiés entre 1985 et 1992. Cette succession de petites histoires offre un ensemble très cohérent. Les jeux de hachures utilisés par Franco Matticchio pour construire ses dessins, les scènes saugrenues dans lesquelles il fait évoluer Jones, la personnalité même de ce héros félin… tout cela contribue à nous immerger dans un univers absurde et poétique dans lequel on se sent bien.

Au milieu de ces histoires courtes en noir et blanc surgissent régulièrement des strips en une page, muets et en couleurs. Ces planches ont un petit côté rétro absolument bien trouvé. La plupart des histoires sont muettes et il n’est pas rare de s’arrêter longuement sur un strip ou un dessin en pleine page pour en attraper tous les détails. L’humour est parfois tendre, parfois cruel. C’est un univers onirique reposant et j’ai régulièrement été surprise par l’originalité de certaine illustration.

Un très bel album qui devrait plaire aux curieux !

La chronique de Jérôme.

Jones et autres rêves

One shot
Editeur : Ici Même
Collection : Mordicus
Dessinateur / Scénariste : Franco MATTICCHIO
Traduction : Laurent LOMBARD
Dépôt légal : novembre 2017
256 pages, 29 euros, ISBN : 978-2-36912-038-4

Bulles bulles bulles…

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Jones et autres rêves – Matticchio © Ici Même Editions – 2017

Ça bulle ailleurs en ce mercredi BD. A l’occasion de « La BD de la semaine » , des lecteurs ont partagé leurs trouvailles.

Cliquez sur les prénoms/pseudos pour être redirigés vers leurs articles :

Jérôme :                                                   Sandrine :                                        Blandine :

Enna :                                                       Brize :                                                 Moka :

Iluze :                                                  Karine :                                            Sabine :

Aurore :                                                Saxaoul :                                              Nathalie :

Jacques :                                         Hélène :                                            Amandine :

Hilde :                                                     Cristie :                                                   Alice :

La Sardine :                                         Mylène :                                                    Soukee :

Sabine :                                                    Blondin :                                              Caro :

Madame :                                           Stephie :                                               Noukette :

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La Loterie (Hyman)

Hyman © Casterman – 2016

Un village paisible des Etats-Unis.
Chaque année à la même date, Harry et Joe se retrouvent pour organiser les derniers préparatifs de la loterie nationale qui doit se dérouler le lendemain.
Le 27 juin, à 10 heures, les villageois se regroupent sur la place principale pour participer au tirage. Ils quittent pour quelques heures leurs tâches domestiques pour les unes, les travaux aux champs pour les autres. A midi, en principe, la loterie est terminée et tout le monde peut rentrer pour s’attabler autour du repas. La famille Hutchinson n’échappe pas à la coutume.

La loterie était organisée par Mr. Summers (…). Le matériel d’origine de la loterie avait été perdu il y a bien longtemps, tout comme la plupart des rituels qui l’accompagnaient d’ailleurs. Certains villageois se souviennent encore d’une sorte de déclamation. Une incantation mécanique atonale débitée chaque année avec diligence et l’organisateur de la loterie se chargeait de la réciter…

Seuls les hommes de plus de 16 ans ont le droit de plonger la main dans l’urne, à moins d’un cas de figure qui justifie qu’une mère de famille puisse temporairement prendre la place de son époux. Tous les villageois sont sur la place du village. La loterie peut commencer. Et le gagnant gagne un lot très singulier.

Cet album est l’adaptation d’une nouvelle de Shirley Jackson (grand-mère de l’auteur). La couleur des crayons de Miles Hyman est la seule source de chaleur de cette histoire. Grâce à elles, on se déplace dans un petit village de Nouvelle-Angleterre où tout est calme, où les rues sont propres, les pelouses parfaitement tondues, les champs parfaitement entretenus, les maisons parfaitement rangées. Tout est net.

Mais il y a une lourdeur qui plane dans l’air et le trait figé des personnages nous donne l’intime conviction que cet événement annuel a une place à part dans la vie du village. La cérémonie est rodée, sans aucune fioriture… tout le monde respecte à la lettre le protocole. Les villageois ont des mines sérieuses et les quelques apartés qui peuvent être prononcés dans l’assemblée sont laconiques.

On s’aide donc des couleurs printanières pour avancer dans la lecture. Rien ne permet de nous permet d’envisager quelle sera l’issue de cette loterie ni la nature du lot. Toutes les suppositions nous passent par la tête et je dois dire que j’ai apprécié ce tabou qui nous aspire vers la page suivante. On ressent une curiosité de plus en plus grande à mesure qu’on se rapproche du dénouement.

Un thriller glaçant et excellent.

Les chroniques de Natiora, Antigone, Nahe, Soukee, Caro.

La Loterie

One shot
Editeur : Casterman
Dessinateur / Scénariste : Miles HYMAN
Traduction : Juliette HYMAN
Dépôt légal : septembre 2016
168 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-203-09750-6

Bulles bulles bulles…

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La Loterie – Hyman © Casterman – 2016

Baddawi (Abdelrazaq)

Abdelrazaq © Steinkis – 2018

« Baddawi relate l’histoire d’un jeune Palestinien de 1959 à 1980. Sa fille, l’auteure de cet ouvrage, est née aux Etats-Unis et est très investie dans la lutte en faveur de la cause palestinienne. Son récit et sa manière de présenter certains faits sont forcément subjectifs. » … l’éditeur donne le ton dans un avant-propos éclairant.

La lecture peut enfin commencer…

… mais j’ai pourtant refermé le livre pour observer de nouveau cet objet. Un petit format (19 * 21 cm), presque un carré. Une couverture douce et cartonnée. Des motifs symétriques identiques à ceux que j’ai pu apercevoir dans l’album en le feuilletant. Leila Abdelrazaq nous éclaire à ce sujet : « Il s’agit de dessins typiques de la broderie traditionnelle palestinienne appelée tatreez. » Un enfant qui nous tourne le dos, pieds nus et tee-shirt rayé, mains croisées, stoïque. Il regarde. Quoi ? Peut-être regarde-t-il le chemin qu’il a parcouru jusqu’à aujourd’hui ? … alors ouvrons donc ce livre.

Après l’avant-propos de l’éditeur, la préface de l’auteure. Elle nous dit son père, elle nous dit la rupture, la guerre de 1948, l’exil de milliers de personnes. Elle nous cet enfant que l’on voit de dos sur la couverture, il s’appelle Handala ; c’est un personnage crée en 1975 par Naji al-Ali – caricaturiste palestinien – qui « apparaît toujours le dos tourné au lecteur et les mains croisées derrière lui, au milieu des événements politiques représentés sur les vignettes. Naji al-Ali avait promis qu’Handala grandirait et que le monde découvrirait son visage quand le peuple palestinien serait libre et autorisé à rentrer chez lui » … le dessinateur a été assassiné en 1987… son personnage est devenu l’un des symboles de la résistance palestinienne.

Leila Abdelrazaq nous raconte Ahmed, son père.

Safsaf signifie « saule pleureur » . C’est le nom du village natal de la famille de l’auteure au Nord de la Palestine. Après le massacre des hommes du village par des soldats israéliens, les grands-parents de Leila se réfugient au Liban, au camp de Baddawi. Son père y est né et y a grandi au milieu de sa fratrie. Il raconte la vie à l’école et les codes de la vie du camp. Il nous ouvre aussi à toute la culture palestinienne, des spécialités culinaires aux traditions religieuses. Puis, c’est le départ pour Beyrouth

« Baddawi » nous dit aussi les espoirs d’un peuple de rentrer enfin sur sa terre, de retrouver enfin son foyer. 1967 fut l’année de la défaite de l’armée palestinienne, celle du début de l’occupation de la Bande de Gaza, celle des espoirs envolés, la nécessité de continuer à vivre en tant qu’exilé… un sans terre.

Leila Abdelrazaq offre un visage à l’enfant Handala. C’est celui de son père, un garçon que l’on reconnaît entre tous avec son tee-shirt rayé. Le ton est léger, légèrement insouciant, au début de l’album du moins. En grandissant, sa perception des choses change…

La guerre est omniprésente. Elle marque de son empreinte les façades des maisons, elle oblige les gens à modifier leurs habitudes, à prendre une autre route que celle empruntée d’habitude pour aller d’un endroit à un autre… éviter un quartier le temps que les corps soient enlevés… restés cloîtrés à la maison plutôt que d’aller à l’école. Pourtant, Leila Abdelrazaq ne va jamais jusqu’à la rendre oppressante. Malgré les conflits, la vie continue et reprend ses droits. En s’appuyant sur des anecdotes de l’enfance de son père, l’auteure s’attarde davantage sur le quotidien au camp. Si la violence est là, elle n’est présente quand dans les propos de l’enfant ; peu de chars, de soldats israéliens ou libanais… Ahmed (le personnage principal) en parle surtout pour dire comment cela impacte son quotidien.

Un regard sur le conflit israélo-palestinien.

Baddawi

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Leila ABDELRAZAQ
Traduction : Marie GIUDICELLI
Dépôt légal : janvier 2018
128 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36846-074-0

Bulles bulles bulles…

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Baddawi – Abdelrazaq © Steinkis – 2018