Luchadoras (Adam)

Luchadoras
Adam © Atrabile – 2006

A Ciudad Juarez, de nos jours.

Alma travaille en tant que serveuse. Sa journée terminée, elle rentre chez elle retrouver Laura, sa petite fille, et Romel, son mec. Comme beaucoup d’hommes à Ciduad Juarez, Romel n’hésite pas, à la moindre contrariété, à frapper sa femme jusqu’à ce qu’elle se range au même avis que lui. Et vu que les femmes n’osent pas faire valoir leurs droits, rien ne fait obstacle à la toute-puissance de ces mâles en mal d’autorité. D’autant que dehors, la vie est une vraie jungle pour les femmes. Chaque jour, la Police enregistre de nouvelles disparitions de femmes voire d’adolescentes… chaque jour, de nouveaux cadavres ne font que gonfler le chiffre déjà alarmant de toutes celles qui ont subi des violences ; viols, mutilations, séquestration qui dure parfois des semaines,…

Il y a quelques temps, j’avais découvert Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez, un album où Edmond Baudoin et Troub’s nous faisaient découvrir tout en finesse le quotidien de cette ville mexicaine. Suite à cette lecture, j’avais fait des recherches poure mieux me rendre compte de la situation, c’est ainsi que j’ai découvert la dure réalité de cette ville : des disparitions quotidiennes de femmes, des meurtres de femmes qui ont commencé en 2003, des cadavres mutilés qui en disent long sur les sévices qu’elles ont subi dans les jours ou les semaines qui ont précédé leur mort… Tout cela dans un contexte de guerre des gangs, de narcotrafiquants qui s’étripent pour grappiller une part du juteux marché américain de la drogue, une ville qui accueille chaque jour de nouveaux arrivants venue d’Amérique latine et qui rêvent de s’installer aux États-Unis, sans oublier les autres fléaux sociaux : chômage, précarité, squats, alcoolisme, corruption…

Heureux concours de circonstance : au moment même où je sortais de la lecture de l’ouvrage de Baudoin et Troub’s, Joëlle met en ligne une chronique d’album pour présenter Luchadoras. Sensibilisée au sujet, je décide donc de me procurer cet album qui rend hommage aux « lutteuses » de Ciudad Juarez (traduction de « Luchadoras » en référence à ces femmes livrées à elles-mêmes).

Le résultat : une claque !

Disons-le franchement : si j’avais découvert la situation à Ciudad Juarez par le biais de l’album de Peggy Adam, avec certitude : je n’aurais pas souhaité poursuivre sur le sujet (internet, BD ou n’importe quel autre support). La violence contenue dans cet album m’a sonnée. L’auteur aborde de manière frontale les conditions des femmes dans cette enclave mexicaine. La première scène nous permet d’ailleurs de faire la connaissance d’Alma, personnage principal du récit, alors qu’elle est en plein entretien avec Maria, bénévole dans une association qui aide les femmes à faire face aux violences conjugales qu’elles subissent. Lorsque Alma sort des locaux de l’Association, elle se retrouve nez-à-nez avec Romel qui la poignarde en plein jour, en pleine rue… une agression à laquelle personne ne semble réagir. Le reste de l’histoire telle qu’elle nous est présentée par Peggy Adam est dans la même veine, l’auteur ne s’encombre vraiment pas de fioritures inutiles, la violence n’est pas maquillée et agresse le lecteur.

Graphiquement, les illustrations de l’auteure renforcent le malaise. Cet album est réalisé en noir et blanc, les jeux de contrastes ne sont pas utilisés ce qui donne lieu à un graphisme assez « simple ». J’ai trouvé le dessin un peu « tassé » et même s’il y a des jeux de perspectives, les personnages sont pris dans le même bloc visuel que les décors en second plan. On a l’impression que l’auteur n’a pas réellement cherché à travailler ses personnages et ses décors et qu’elle nous les livre brut, ce qui renforce d’autant la dureté de l’album. Ce n’est pas le genre de dessins dont je raffole (inesthétique et grossier), il a tendance à alourdir un propos déjà bien chargé émotionnellement.

Pourtant, je trouve que le personnage d’Alma porte bien cette histoire. Le courage dont elle fait preuve est impressionnant, mais je ne suis pas sure que ce genre de personnalité soit réellement représentative de ce qui se passe à Ciudad. En effet, pour avoir visionner quelques reportages sur ce sujet, on sent que les femmes s’indignent de la manière dont elles sont traitées mais la peur les enferme dans un silence pesant. Elles constatent, elles pleurent la mort de leurs proches mais n’osent pas juger et se refusent à dénoncer… la peur au ventre.

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs des

MangoPictoOKLe résultat : une lecture qui percute, des haut-le-cœur à plusieurs reprises durant la lecture, un malaise. Tout à fait le genre d’album que je conseillerais à quelqu’un qui s’intéresse à la situation de Ciudad Juarez, pas vraiment le genre d’album que je conseillerais aux autres lecteurs. L’album déroute et, contre toute attente, propose cependant une fin ouverte qui donne la touche d’optimisme salutaire.

Les avis de Joëlle, Solenn, du9.

Luchadoras

Challenge Petit Bac
Catégorie Loisir/Sport

Éditeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateur / Scénariste : Peggy ADAM

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 294032929X

Bulles bulles bulles…

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Luchadoras – Adam © Atrabile – 2006

Kiki de Montparnasse (Bocquet & Catel)

Kiki de Montparnasse
Bocquet – Catel © Casterman – 2007

Paris, période de l’Entre-deux-guerres.

Une femme belle et audacieuse. Elle sera la muse et la compagne de Man Ray durant plusieurs années, elle travaille comme modèle auprès de Maurice Utrillo, Foujita, Maurice Mendjisky (voir Wikipedia :))… côtoie Pablo Picasso, André Breton, Jean Cocteau… il s’agit d’Alice Prin alias « Kiki », la Reine de Montparnasse.

Les deux premiers chapitres ont l’espièglerie de l’enfance. De la finesse est présente dans la description de cette jeune fille qui surprend déjà par sa spontanéité et sa perception des choses, des gens.

« On ne peut pas savoir quelle tristesse peut envahir le cœur d’un enfant qui n’a pas de père, dont la mère est au loin et dont la seule tendresse vient d’une grand-mère » (extrait de la chronologie de Kiki insérée en bonus de l’album ; source : les Souvenirs de Kiki qui recueillent ses mémoires). Cette gosse-là m’a fait le même effet que lorsque j’ai vu La Môme interprétée par Marion Cotillard, un personnage rustre mais si touchant qu’on lui passe ses frasques et ses caprices. L’impression reste la même lorsqu’elle vit une nouvelle rupture en 1913, elle a alors 12 ans. De nombreuses ruptures sont parsemées dans sa vie d’artiste et de femme.

Mais si Kiki est la muse d’une génération qui cherche à évacuer la gueule de bois de la Grande Guerre, elle est avant tout une des premières femmes émancipées de ce siècle. Au-delà de la liberté sexuelle et sentimentale qu’elle accorde, Kiki s’impose par une liberté de ton, de parole et de pensée qui ne relève d’aucune école autre que celle de la vie

peut-on lire sur le site de Catel.

De tout cela, je ne connaissais rien du tout, excepté certains artistes connus. Cela faisait même plusieurs années que je ne m’étais pas penchée sur cette période, je me souviens aussi des cours d’Histoire du Collège ou du Lycée où il était question de la vie artistique des Années folles, celle des années 1930… le contexte politico-économique.

En me relisant, je me rends compte qu’on pourrait facilement croire que j’ai savouré ce titre. Mais ce n’est pas le cas. J’ai aimé l’ambiance, j’ai adopté cette femme qui m’a beaucoup fait penser à Edith Piaf : elles sont presque de la même génération, chacune avec son homme, les amis qui passent naturellement de la sphère privée à la sphère professionnelle sans ambiguïté et les drogues : alcool, stupéfiants. Les airs de Piaf m’ont accompagnée durant la lecture, d’autant plus que les dessins de Catel font écho à la manière dont Piaf chantait sa ville : Paris.

Pourtant… pourtant, une fois encore la découpe en courts chapitres. 30 chapitres (!!) pour 368 pages… ce qui fait une moyenne de 12 pages par chapitre !!! C’est beaucoup trop court pour moi, cela donne le rythme adéquat au récit mais en contrepartie, cela saccade la lecture. On repart en douceur au début de chaque chapitre, la mélodie s’emporte et le lecteur est embarqué par l’ambiance Kiki : les bals, les projections, les cafés en terrasse… et de nouveau la même cassure et le même mouvement de musique.

Pourtant… même les 42 pages de bonus -comprenant une chronologie de Kiki, des notices biographiques des artistes croisés dans l’album et une bibliographie des ouvrages consultés par Catel & Bocquet pour réaliser Kiki de Montparnasse– que j’ai lues dans leur intégralité ne me font pas revenir sur ce sentiment d’une lecture en demi-teinte. La présence de chapitres à foison me gêne, même constat récurrent et fait récemment sur Les Faux visages.

Roaarrr ChallengePourtant… une dernière fois, les dessins de Catel servent à merveille cette biographie. Cet album a reçu le Fauve FNAC-SNCF – Prix du public à Angoulême en 2008.

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs du mercredi

MangoJ’ai lu l’album dans sa totalité. Sans rechigner dans la lecture, sans rechigner lorsqu’il s’agissait de poser le livre pour ranger ou dormir. Déjà, la lecture se délite, ma mémoire focalise sur plusieurs moments qui m’ont marqué, mais cette étrange contentement de me dire que je peux le ranger à sa place dans la bibliothèque sans envie de le relire. Quoique… à l’écriture de cet article et toujours en compagnie d’Edith, je me dis que la sensation que m’a laissée cette lecture ne peut que se bonifier…

La chronique de Lunch, de Lorraine et de Gridou.

Un blog consacre une de ses Catégories à Kiki.

Extraits :

« Faut qu’tu saches ma princesse… les princes charmants, ça existe que dans les contes. Dans la vraie vie, ‘y a que des crapauds » (Kiki de Montparnasse).

« – Vous allez poser ici.
– Je me déshabille ?
– Non, ce n’est pas la peine.
– Je peux si vous voulez. Il fait chaud ici.
– C’est votre visage qui m’intéresse. Mettez-vous de profil.
– Avec ma gueule à couper le vent ?
– Elle est à couper le souffle… Comme une déesse Grecque » (Kiki de Montparnasse).

« D’ailleurs s’il me demandait de jurer fidélité et toutes ces fadaises, peut-être bien que je me laisserais faire. Toute à lui, rien qu’à lui. C’est pas forcément contre ma nature. Mais pareil dans l’autre sens. Tout à moi, juste à moi. C’est la moindre des choses qu’on soit dans la même prison » (Kiki de Montparnasse).

Kiki de Montparnasse

Challenge Petit Bac
Catégorie Objet

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur : CATEL

Scénariste : José-Louis BOCQUET

Dépôt légal : mars 2007

ISBN : 2203396210

Bulles bulles bulles…

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Kiki de Montparnasse – Bocquet – Catel © Casterman – 2007

Habibi (Thompson)

Habibi
Thompson © Casterman – 2011

Dodola a 12 ans lorsqu’elle prend Zam sous son aile. Tous deux sont alors de simples esclaves promis à un bien triste avenir. La fillette parvient pourtant à tromper la surveillance de ses matons et s’enfuit, emportant Zam avec elle. Les deux enfants trouveront refuge dans l’épave d’un bateau échoué en plein milieu du désert. Là, ils vivront neuf années durant jusqu’à ce qu’une nouvelle fois, la vie les sépare. Comment vont-ils parvenir à combler le vide créé par cette séparation forcée ?

En 2002, Delcourt avait publié Adieu Chunky Rice (publié aux US en 1999) mais ce récit initiatique n’avait pas ému les foules dans l’Hexagone. Il fallut attendre 2004, année durant laquelle Casterman décide de traduire et de publier Blankets – Manteau de neige. C’est à cette occasion que les lecteurs français découvrent le travail de Craig Thompson, un jeune auteur américain né en 1975. Le lectorat réserve un accueil sans équivoque à ce récit semi-autobiographique primé à plusieurs reprises (trois Harvey Awards et deux Eisner Awards en 2004, Grand Prix de la Critique ACBD en 2005). Comme de nombreux lecteurs, j’avais été touchée par Blankets, comme de nombreux lecteurs, j’attendais avec impatience la publication d’un nouvel album de cet auteur. Autant vous dire que cette longue attente est largement récompensée puisque qu’Habibi propose un récit qui, à l’aide de ses presque 700 pages, permet au lecteur de s’immerger totalement dans cet univers à la croisée entre présent et passé, monde réel et monde imaginaire.

Couverture Édition US

Pourtant, j’ai rencontré quelques difficultés en début d’album en raison des nombreuses allées et venues entre Dodola, Zam, leur passé, leur présent, le Passé… Passées une petite centaine de pages, j’étais totalement prise par cette histoire.

La rencontre avec Dodola, l’héroïne, se fait facilement. Par à-coups, on découvre son parcours fait de séparations affectives plus douloureuses les unes que les autres. Ainsi, on la rencontre très jeune alors qu’elle vit encore chez ses parents mais ceux-ci, faute de moyens financiers, se voient dans l‘obligation de négocier son mariage avec un homme d’une trentaine d’années. Par chance, cet individu est cultivé et le fait qu’il soit scribe lui offre un statut social relativement privilégié. Lorsqu’il se rend compte du traumatisme que son mariage représente pour la fillette, il s’évertue à lui offrir un environnement plus en adéquation avec son âge : qu’elle puisse jouer et grandir en toute tranquillité. De plus, il décide de l’éduquer et lui apprend à lire et à écrire, un savoir accessible à quelques riches privilégiés (un savoir auquel Dodola n’aurait pu prétendre si elle était restée avec ses parents). Ainsi, la vie de la fillette prend un véritable tournant grâce à son mari. A l’aide de nombreuses légendes, l’homme se révèle être un grand conteur. Sa passion pour les mythes et les croyances va aider Dodola à mieux appréhender le monde qui l’entoure, la fillette va se passionner à son tour pour les légendaires Contes des mille et une nuits. Elle va totalement s’approprier cet univers, en retient les moindres détails et saura plus tard transmettre cette culture (sous  forme d’anecdotes, sous forme de récits d’épopées ou en restant fidèle aux versets du Coran) à Zam, le garçon qu’elle recueille à l’âge de 12 ans.

Au travers de ses deux personnages centraux, Craig Thompson nous plonge dans une histoire d’amour d’une grande richesse. Car au-delà de la manière dont il traite l’évolution de la relation entre Zam (l’enfant noir) et Dodola (la fillette arabe), il fouille de plus en plus loin la question de leurs sentiments et la manière dont ceux-ci vont évoluer au fil des années. C’est autour d’une tendresse toute particulière que ces deux amants vont construire leurs personnalités respectives et s’armer pour survivre dans une société très codifiée et réglementée (système de castes, esclavage, grande précarité des classes sociales paysannes ou ouvrières, statut de la femme inexistant dans cette société patriarcale…). On retrouve ici les principaux maux des sociétés contemporaines : chômage, corruption, viols, effets néfastes d’une industrialisation massive sur l’environnement, difficulté d’accès aux soins, religion…. J’aurais tendance à dire SURTOUT la religion puisque l’essentiel du récit se construit autour des sourates du Coran.

C’est d’ailleurs cette spécificité du récit qui offre l’occasion à l’auteur d’explorer le monde imaginaire des Contes des mille et une nuits qu’il complète des versets du Coran viennent compléter. Ainsi, on retrouvera à plusieurs reprises les personnalités coraniques de Salomon, Mahomet, Noé, Ismaël… pourtant, si la religion avait un caractère oppressant et privatif de liberté pour Craig (dans Blankets), ce n’est pas le cas ici pour Dodola et Zam. Bien au contraire ! L’héritage culturel et religieux laissé par le Coran aide les deux personnages centraux à construire leur personnalité et à se forger leurs propres opinions. De plus, en évoquant l’Islam de cette manière, Craig Thompson met en lumière tout le coté poétique contenu dans ces paroles sacrées sans jamais recourir au jugement de valeur (ce n’est pas sa religion, ce ne sont pas ses préceptes). Ses recherches sur la calligraphie, sur l’art islamique, les mosaïques… sont mises en valeur par son trait. On ne peut que remarquer la maturité présente dans dessin réalisé au pinceau et à l’encre de Chine, une expression graphique qui a acquis en finesse et qui véhicule parfaitement toutes les émotions et sensations humaines, plus encore que dans son précédent album. De même, ce « nouveau » graphisme a une force évocatrice vraiment impressionnante. Enfin, le lecteur est face à une mise en page si riche et si variée qu’il me semble difficile pour quelqu’un de rester de marbre face à cet album qui offre un voyage assuré au cœur des symboles, des fantasmes, de la féérie.

Habibi aura nécessité 7 années de travail à Craig Thompson. Sa propre lecture du Coran, son propre émerveillement à l’égard des enluminures… sont ici transmises au lecteur sans commune mesure. Ainsi, une nouvelle fois, l’auteur place dans son histoire beaucoup plus que de simples éléments de fiction. Si effectivement ses héros de papier sont le fruit de son imagination, on retrouve en eux des traumatismes propres à l’auteur (la maltraitance dont il a été victime durant son enfance par exemple) et ses opinions personnelles (rapport au monde, à l’environnement notamment). Un récit qui s’inspire donc de plusieurs références, comme l’explique Craig Thompson dans une interview mise en ligne sur Bodoï. En voici un extrait, il s’agit de sa réponse quand on lui a demandé D’où est venue votre inspiration ?

En grande partie des 1001 Nuits. J’ai aimé la sensualité, la violence, l’aventure et même l’humour scatologique qui s’en dégageaient. Dodola est une sorte de Shéhérazade, qui raconte des histoires à Zam pour l’aider à survivre. Au début, je recyclais carrément des récits des 1001 Nuits, que j’ai par la suite ôtés. J’avais envie d’un cadre comme celui de StarWars, d’un univers évoquant des temps très reculés, et en même temps modernes. Cela m’a permis de faire une allégorie, de tracer un parallèle avec notre monde actuel. Habibi se passe dans un endroit qui évoque à la fois l’Inde, le Maroc, le Vietnam, les Etats-Unis… Cet environnement est tellement fort, qu’il en vient à « avaler » les personnages.

Lecture du mois de janvier pour kbd

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs des

Mango

Alors que la Collection Écritures fête ses 10 ans en 2012, Habibi vient compléter depuis peu la liste des œuvres que je trouve incontournables dans l’univers de la bande dessinée.

Maintenant que j’ai « livré » ma chronique, je vous laisse seul juge et libre de surfer de-ci de-là sur la toile pour découvrir d’autres avis de lecteurs. Je ne voudrais pas influencer votre jugement mais si j’étais vous… je passerais à la lecture ^^

Je vous invite à visiter le site dédié à Habibi et à visionner cette émission diffusée sur Arte.

Les avis d’Yvan, Zaelle, Jean-Marc Lernould, Sans Connivence et Nico.

Habibi

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Craig THOMPSON

Dépôt légal : octobre 2011

ISBN : 2203003278

Bulles bulles bulles…

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Habibi – Thompson © Casterman – 2011

… à la folie (Ricard & James)

... à la folie
Ricard – James © Futuropolis – 2009

Tout a commencé sur les bancs de la Fac. Une fille repère un gars et cherche à attirer maladroitement son attention. Puis, surprise, lors d’une soirée étudiante : l’un comme l’autre sont invités. L’alcool aidant, les affinités se créent.

Quelques années plus tard, on les découvre mariés et toujours aussi amoureux. L’homme a obtenu une bonne promotion professionnelle qui les met à l’abri du besoin et juge que sa femme n’a pas besoin de travailler. La routine s’installe, elle se cantonne dans ses tâches domestiques et lui se laisse déborder par le stress professionnel. Il ne trouve aucun exutoire. A la suite d’un désaccord conjugal assez anodin, son seul moyen d’obtenir gain de cause sera physique. Il la gifle. Elle lui pardonne… La violence va progressivement s’installer dans leurs relations.

« Convenu ». C’est un peu ce que je me suis dit en sortant de cet album. Je m’attendais effectivement à un traitement plus original des violences conjugales. Mais si la manière de faire est différente, j’ai déjà entendu ce discours-là. Une fois encore, encore, mon regard critique est influencé par le fait que je travaille dans le Social. Étant sensibilisée à ce sujet, j’attendais certainement que les auteurs frappent les esprits à l’aide d’un traitement narratif plus mordant mais surtout, j’en attendais une réflexion constructive. Rien de tout cela ici. La violence s’étale tout au long de l’album. Si les scènes de violences sont suggérées, leurs conséquences physiques le sont moins mais c’est à la partie graphique qu’on doit leur présence (James ne cache pas les stigmates sur le corps de la jeune femme). Sans surprise, Sylvain Ricard s’attarde donc sur l’aspect psychologique de ce mécanisme. Mais l’utilisation de personnages stéréotypés conduit à un dénouement prévisible. La présence de quelques soubresauts narratifs m’a longtemps laissé croire qu’enfin, le récit pouvait conclure de manière innovante. Mais les représentations sur ce sujet ont la peau dure. Si cet ouvrage est une fenêtre ouverte sur le quotidien de milliers de femmes battues en France, il n’apporte rien de nouveau quant à la manière de traiter le sujet en bande dessinée. Le seul ouvrage qui a retenu mon attention sur cette question est En chemin elle rencontre. Les autres titres nous font tourner en rond.

Mais c’est bon, c’est réglé. Il s’est excusé. Il a juré qu’il ne recommencerait pas.

Pour servir les propos du scénariste, James a opté pour un monde anthropomorphique dans des teintes sépia. Un choix pertinent puisqu’il permet de décaler le regard, donne de la force aux textes. Il montre à quel point cette femme vit dans le passé, retenue par ses souvenirs heureux en compagnie de son homme. Le trait est tout en retenue, à l’instar de la victime qui mesure ses propos, anticipe les événements pour éviter tant que possible le courroux du mâle dominant. Pour moi, l’originalité de cet album tient à la partie graphique qui nous force à décaler le regard pour mieux observer le drame qui se déroule.

PictomouiUn album que je trouve trop conventionnel et trop délicat comparé à la réalité. Certes, il montre à quel point cette violence est imprévisible. Certes, il montre qu’aucun couple n’est à l’abri et ce, quelque soit le milieu social. Sans forcément m’attendre à ce que les auteurs livrent en pâture leurs personnages à une violence surajoutée, je venais chercher dans cet album une réflexion constructive, chose qu’Inès et Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur n’avaient su proposer.

Mais une nouvelle fois, on nous montre la même facette du combat, comme si les femmes étaient d’éternelles victimes et n’avaient pas d’autres alternatives à la soumission… Comme si le silence était le meilleur remède à ses maux… Comme s’il n’y avait pas de combat contre cette fatalité…

L’avis de Choco, de Joëlle, Enna, Catherine, Ys, Yvan, Hop blog, Ginie, Antigone.

Un article de Phylacterium consacré à James.

Extraits :

« Je sais que si je continue à me comporter de la sorte, je vais perdre ma meilleure amie. Mais j’ai l’impression qu’elle vient me voir comme si on va voir un vieux à l’hospice. Par habitude, par devoir, pour soulager une conscience un peu chiffonnée. Et ça me dérange. Je l’imagine assez bien parlant de moi à ses amies, ses collègues… Vous savez, mon amie qui se fait battre par son mari. Et eux, unanimes pour dire que ça ne devrait pas être permis, à y aller de leur fait divers, de leur anecdote. De leur analyse profonde et pleine de bon sens arborant leur costume de justicier ou de professeur de morale » (… à la folie).

« J’aime ma femme et elle le sait. Et je sais qu’elle le sait. D’ailleurs je suis sûr qu’elle aussi a toujours des sentiments pour moi. C’est vrai que je n’ai pas été toujours délicat avec elle. C’est vrai. Mais quand même, je subis énormément de tension au travail et ce n’est pas toujours simple de rester maître de soi. Alors oui, il m’est arrivé de sortir de mes gonds, pas toujours de la bonne manière, mais toujours pour une bonne raison » (… à la folie).

… à la folie

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : JAMES

Scénariste : Sylvain RICARD

Dépôt légal : septembre 2009

ISBN : 9782754803021

Bulles bulles bulles…

Les  11 premières pages sur Digibidi.

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… à la folie – Ricard – James © Futuropolis – 2009

Lea ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur (Corbeyran & Gwangjo)

Lea ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur
Corbeyran – Gwangjo © Dargaud – 2010

Dans son antre de célibataire, un écrivain cherche l’inspiration. Il vit seul, est profondément aigri et taciturne. Il s’est évertué à se pourrir la vie jusque dans les moindres recoins. « Deux divorces (…). Des enfants lointains qui m’adorent en tant que copain et me détestent en tant que père », sa vie privée n’est que rancœur et amertume.

Au niveau professionnel, il se confronte aux mêmes désillusions. Si par le passé il rêvait de gloire et de reconnaissance, il s’est depuis longtemps résigné à l’idée que les projecteurs ne se tourneront jamais vers lui. Endetté, il rumine ses idées stériles. Ignoré des lecteurs, oublié par son éditeur las d’attendre des travaux qui jamais ne viendront, Louis (l’écrivain) n’a plus qu’une seule alternative : se plaindre de cette poisse qui lui colle au corps et épier la vie des autres par la fenêtre.

Lors d’une ses promenades, il découvre au bas de son immeuble, une poubelle éventrée. Les papiers qu’elle contient sont épars sur le sol. Il se met à fouiller ces détritus et découvre un carnet de notes qu’il enfourne dans sa poche avant de partir. Une fois chez lui, il découvre ce qu’il contient : c’est le journal intime de sa voisine, Léa. Elle y raconte son quotidien, entre mélancolie, amour de son mari et cet étrange maladie qui l’affecte : elle ne se rappelle plus comment utiliser ses appareils électro-ménagers. La première réaction de Louis est de mettre de côté ce flot de stupidités mais son imagination se met en branle à tel point que lui revient l’envie d’écrire.

Eric Corbeyran m’avait marqué avec deux récits engagé : Elle ne pleure pas elle chante (réalisé en collaboration avec Thierry Murat ; une adaptation du roman d’Amélie Sarn traitant de la pédophilie) et sa prestation dans En chemin elle rencontre (collectif sur les violences faites aux femmes dans lequel il adaptait un témoignage de Marie Moinard). Cet album me semblait de la même trempe.

Dans cet ouvrage, la violence ne sera que suggérée, d’autant qu’on en prend la mesure dans la seconde partie de l’ouvrage. On passera donc un temps conséquent de lecture à accompagner le personnage principal dans son besoin de voyeurisme. Plus il lit le journal intime de Léa, plus il nourrit une fascination grandissante pour elle. Interpellé par son amnésie ménagère, il va de supposition en supposition et débute même une enquête auprès du voisinage pour récolter autant d’indices qui viendront entretenir l’image de sa « muse ».

Si la manière dont les violences conjugales sont traitées ici est intéressante, c’est peut-être qu’une nouvelle fois l’auteur évite l’écueil du pathos et du jugement de valeur. Son personnage illustre parfaitement la manière dont la société se positionne à l’égard de ce genre d’actes. Croire dans les bobards que les femmes battues déversent pour excuser un hématome ou une rougeur est bien plus facile que de tenter de comprendre la situation. Il me semble également que l’état d’esprit de la victime est juste (honte, sentiment de culpabilité…)/ Ce genre d’ouvrages m’intéresse pour le sujet engagé qu’il traite et celui-ci tout particulièrement a soigné la psychologie des personnages mais ce n’est pas cet aspect de l’album qui me marque le plus…

… mais la partie graphique. Les illustrations de Gwangjo sont à couper le souffle. Cet auteur sud-coréen a travaillé au crayon de papier. Le rendu est époustouflant. Le dessin est fin, certains portraits sont impressionnants de réalisme, tout est là, précis et minutieux. Les visuels insérés en bas d’articles parlent d’eux-mêmes.

PictoOKUn bon album à découvrir.

L’avis de Joëlle, Manuel F Picaud, Soukee et Cécile.

Extrait :

« Je dois triompher de ce blocage ridicule qui m’empoisonne l’existence et met notre couple en péril  » (Léa ne se souvient pas…).

Lea ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur

One Shot

Éditeur : Dargaud

Dessinateur : GWANGJO

Scénariste : Éric CORBEYRAN

Dépôt légal : juillet 2010

ISBN : 9782505008613

Bulles bulles bulles…

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Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur – Corbeyran – Gwangjo © Dargaud – 2010

Le fils de son père (Mariotti)

Le Fils de son père
Mariotti © Les Enfants Rouges – 2010

Olivier est un jeune père de famille. Côté professionnel, rien d’extraordinaire ; il partage son temps entre les cours d’Arts plastiques qu’il donne dans une école et ses expositions d’œuvres. D’ailleurs, c’est au cours d’un vernissage que l’on fait sa connaissance. Sa famille, ses amis… tout le monde est venu pour le soutenir. Il y a bien sur les critiques artistiques qu’il ne faut pas oublier de bichonner. Tout le monde est présent pour ce moment convivial. Tout le monde ? Non, son père, Louis, est le grand absent de cet évènement.

Cela fait trois années qu’Olivier a coupé les ponts avec lui, trois années qu’il impose cette rupture à sa femme et ses fils. Si ces derniers se sont difficilement fait une raison, cette décision semble être plus difficile à gérer pour Olivier.

J’ai trouvé cet album fade. Le récit se dilue sur les 80 pages qu’il contient et si Olivier Mariotti intéresse son lecteur via le préambule de l’album, on y apprendra peu de choses par la suite. Rapidement, on comprend qu’il y a un nœud dans la relation à son père et on attend logiquement que ce nœud s’éclaircisse. Je n’ai eu aucune attente particulière quant au dénouement : que le fils et le père se réconcilient ou conservent leurs positions respectives leur appartient cependant, ce que je reproche à cette histoire, c’est que l’intrigue se mette en mouvement dans le dernier tiers de l’album. Une fin ouverte qui laisse libre court au lecteur d’imaginer ce que bon lui semble. Ce rythme tardif qui apparait ne suffit pas à me laisser une bonne impression sur cet ouvrage.

Graphiquement, le recours à une découpe de planche redondante accentue le sentiment de lassitude durant la lecture. On alterne entre des périodes ancrées dans le présent. C’est, pour le lecteur, l’occasion de connaitre la vie quotidienne d’Olivier, partagée entre son activité professionnelle et sa famille. C’est aussi accepter de parler de foot, une passion du personnage qu’il a su transmettre àa ses fils. C’est enfin l’occasion de le voir dans sa vie de couple, une relation harmonieuse même s’il lui est reproché son laxisme à l’égard de ses enfants… des questions assez récurrentes pour n’importe quel parent. Une vie banale avec ses tracas et ses plaisirs (l’amitié essentiellement). Pourtant, certains passages ont retenu mon attention. Ce sont ceux qui illustrent les souvenirs d’Olivier quand il était enfant. Le trait est charbonneux, ces passages contiennent beaucoup de tendresse. On y voit la complicité entre un père et son fils, on assiste à l’incapacité d’un enfant à comprendre certaines situations auxquelles il est confronté. Olivier Mariotti y a également matérialisé ses rêves d’enfant qui sont, pour le lecteur, l’occasion de découvrir des passages oniriques qui donnent lieu à de superbes illustrations.

Enfin, si l’auteur prend le temps de nous expliquer quelle image (parfaite) il avait de son père pendant l’enfance, il ne prend pas le temps de détailler les étapes qui l’on progressivement conduit à l’ignorer. Il y a un fort décalage entre les deux états, j’aurais aimé que ce cheminement soit plus fouillé plutôt que d’être contrainte à faire un grand écart entre la période de l’enfance et celle de la vie adulte. Le récit dispose d’un embryon d’explication, mais cela arrive bien trop tard dans l’album.

En somme, un récit autobiographique qui ne m’a pas capté. Beaucoup de choses convenues ou trop effleurées. On voit un personnage qui reproduit les mêmes erreurs que son père (dans le rapport qu’il a avec ses enfants), un adulte obstiné nourrit de remords.

Lecture d’octobre pour kbd

pictobofHabituellement, je ne « touche » pas trop aux récits autobiographiques, partant du principe que l’auteur se livre bien plus qu’il ne le fait dans une fiction. Mais ici, l’album n’offre aucune surprise dans le traitement d’un sujet déjà maintes fois abordé. Olivier reproduit l’image paternelle sans se poser plus de questions que ça excepté en toute fin d’album mais cela arrive vraiment trop tard pour donner de la consistance à l’album. Le dessin est trop lisse, excepté pour la période des souvenirs où les émotions passent et les personnages ont de la profondeur.

Une interview des auteurs sur Sceneario.

Les avis de PlaneteBD et PulpClub.

Extrait :

« Dès l’instant où j’ai été ce témoin embarrassé, nos rapports ont changé. C’est quand même dommage de ne plus parler à son père. Il t’a appris des tas de choses. En plus, il vit pas très loin de chez nous. Justement, c’est le manque de distance qui a tué très tôt notre relation. De l’idole il est passé à l’ami… pour devenir un inconnu familier » (Le fils de son père).

Le fils de son père

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Collection : Mimosa

Dessinateur / Scénariste : Olivier MARIOTTI

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 978-2-35419-040-8

Bulles bulles bulles…

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Le fils de son père – Mariotti © Les Enfants rouges – 2010