Pas à pas, à l’écoute du silence (Dollohau)

Dohollau © Des Ronds dans l’O – 2017

Oppressé par le poids de son succès, les multiples sollicitations culturelles et l’omniprésence de ses fans sitôt qu’il fait un pas dehors, Pierre Ubik – célèbre auteur de BD – décide de s’installer loin de l’effervescence de la capitale. Il s’installe en Bretagne et fait rapidement la connaissance de Lucie.

Lucie est aveugle depuis qu’elle a été victime d’un grave accident il y a de cela cinq ans.

Le dessin est dépouillé de chaleur (en tout cas, c’est ainsi que je l’ai accueilli). Pour moi, il manque d’ombres, de lumière… et de rides. Les visages des personnages dégagent une expressivité factice, leur faciès sont figés, leurs postures sont raides. L’impression s’estompe au fur-et-à-mesure que l’on tourne les pages… s’y habitue-t-on où l’auteur gagne-t-il en confiance ? La réponse tiendrait plutôt, pour moi, dans la seconde supposition ; les lavis sont plus travaillés, les jeux de hachures et les reliefs sont plus détaillés. Outre la rencontre de deux individus, Tanguy Dohollau nous sensibilise également à l’œuvre de Chu Ta, peintre chinois du XVIIè. Un univers et une culture qui sont très éloignées des centres d’intérêt du personnage principal qui a davantage nourri son imaginaire avec tout ce qui a trait à la science-fiction. C’est toujours plaisant de voir comment chacun peut être invité à sortir de sa zone de confort lorsqu’il trouve la personne capable d’aiguiser ses sens, sa curiosité, et apte à le guider dans un nouveau registre.

Le scénario nous fait vivre une amitié naissante entre un homme et une femme. On sent très vite la confiance s’installer entre eux puis vient le plaisir de se retrouver régulièrement. Leurs échanges semblent intarissables et leur curiosité pour leurs centres d’intérêt respectifs est palpable. Une amitié sensuelle même si elle reste platonique, deux individus qui prennent le temps de s’apprivoiser et goûtent au plaisir de ces instants partagés. On sent l’émanation d’un désir entre eux mais il sera mis sous silence. Par pudeur ?

Un récit hors du temps qui raconte un nouveau départ. Pas à pas, les personnages prennent la direction de leurs nouvelles vies. Un récit doux peut-être un peu trop pour moi. J’ai passé un bon moment de lecture mais je me suis contentée de rester spectatrice de cette parenthèse dans la vie d’un homme.

La chronique de Bidib.

Pas à pas, à l’écoute du silence

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Un roman graphique
Dessinateur / Scénariste : Tanguy DOHOLLAU
Dépôt légal : janvier 2017
100 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-37418-025-0

Bulles bulles bulles…

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Pas à pas, à l’écoute du silence – Dohollau © Des Ronds dans l’O – 2017

Pause (Fabcaro)

Fabcaro © La Cafetière – 2017

Comment rebondir après le succès de « Zaï Zaï Zaï Zaï » ? Comment parvenir à réaliser un album qui soit aussi bien accueilli par le public, qui soit aussi percutant en termes de contenu… ? Comment faire quand la page blanche vous renvoie chaque jour son vide intersidéral ?

Fabcaro est livré à lui-même et n’a plus aucun garde-fou. Le public est conquis, les éditeurs lui donnent carte blanche et que le sujet qu’il propose soit totalement loufoque ou on ne peut plus sérieux, il est désormais en roue libre. Un excès de confiance dont il devrait se réjouir et pourtant, cela a sur lui l’effet inverse… Il cherche et tente de forcer les idées de scénario à sortir mais il ne peut constater que rien ne vient. A croire que le succès de son dernier album l’a pris de court et que la consécration artistique ne fait que renforcer ses angoisses.

Habitué de l’autobio (« Steak it easy », « Carnet du Pérou »…), il donne pourtant l’impression d’arriver au bout de ce qu’il acceptait de raconter de lui-même et s’est entiché de l’effet de surprise provoqué par « Zaï Zaï Zaï Zaï ». Quoi de plus normal que de vouloir retrouver ce plaisir d’inventer une intrigue de toutes pièces ? Quoi de plus grisant de se laisser porter par les rebondissements – versant par ailleurs dans une critique piquante de la société de consommation et de ses travers – qu’il était parvenu à inventer.

Rebondir … mmhh… pas évident.

– Et si l’inspiration revenait pas ? T’y as pensé ?
– Ah Ah, t’es fou ça revient toujours ça…

Pause – Fabcaro © La Cafetière – 2017

Page blanche. Trouver un sujet à attraper, pas de thème, pas de trame, foutraque et foutoir, il cherche, creuse, cherche un os à ronger, n’en trouve pas, en trouve un et le laisse, tente, cherche… hésite. Ce qui au final donne lieu à un album hybride proposant une succession d’anecdotes du quotidien entrecoupées d’idées plus ou moins fructueuses, plus ou moins subtiles… d’idées fantaisistes qui ne l’intéresse parfois pas.

C’est plutôt une sorte de carnet de route de cette période un peu flottante…

Un album très agréable à lire et malgré les difficultés rencontrées par Fabcaro, il y a ici une bonne humeur dont on profite à chaque instant. L’autodérision est le meilleur moyen de contourner le problème et bien que l’auteur semble conclure qu’il n’a plus rien à dire… ce n’est pas l’impression qui domine en sortant de cette lecture.

Noukette a bien aimé également ; je vous laisse lire sa chronique.

Pause

One shot
Editeur : La Cafetière
Collection : Corazon
Dessinateur / Scénariste : FABCARO
Dépôt légal : avril 2017
64 pages, 13 euros, ISBN : 978-2-84774-025-7

Bulles bulles bulles…

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Pause – Fabcaro © La Cafetière – 2017

La « BD de la semaine » est aussi chez :

Noukette :                                 Enna :                                        Enna :

Mylène :                                  Jérôme :                                   Blandine :

Sabine :                                Amandine :                                 Antigone :

Natiora :                                Gambadou :                                   Hélène :

Ludo :                                        Laeti :                                         Sophie :

Jacques :                                   Caro :                                      Karine :

Fanny :                                    Faelys :                                       Bouma :

EstelleCalim :                              Soukee :

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Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art (Supiot)

Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016
Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

Un mardi matin, au Louvre.

Dans la salle 61 du Musée, le Cheval blanc de Géricault se rebelle. Il en a assez d’être encadré et décide d’aller se dégourdir les jambes. Dans cette « Tête de Cheval blanc », il y a une quête de liberté étourdissante. Un bond suffit à l’équidé pour sortir la tête du tableau qui l’enferme et galoper au beau milieu des collections du Louvre, espérant rallier d’autres compagnons à sa cause. De rencontre en rencontre, le cheval blanc perçoit mieux le monde et surtout, sa propre identité.

Vous connaissiez certainement la collection Musée du Louvre, œuvre commune aux éditions du Louvre et aux éditions Futuropolis (« L’Ile Louvre », « La Traversée du Louvre », « Période glaciaire »…). La voici maintenant à destination des enfants !

Je connais peu le travail d’Olivier Supiot si ce n’est un album que j’avais découvert par hasard lorsque mon grand avait 3 ans ½ ; en 2009, j’avais écrit une chronique toute bancale sur l’un de ses albums : « Tatoo ». Malgré le plaisir que nous avions eu avec ce livre jeunesse, j’ai peu fouillé sa bibliographie passée et récente. On peut toutefois difficilement passez à côté du très remarqué « Pieter et le Lokken ».

L’auteur laisse échapper son imagination. La « Tête de cheval blanc » de Théodore Géricault prend vie et s’indigne de sa simple condition d’œuvre d’art qu’elle perçoit comme avilissante. La créature, emportée par son élan, cherche même à convaincre ses pairs que la vie est dehors… dans un ailleurs qu’il ne connaît pas et compte bien découvrir.

Je n’en pouvais plus d’être enfermé !! Je suis un cheval après tout !!

Tête de cheval blanc de T. Géricault
Tête de cheval blanc de T. Géricault

Olivier Supiot l’imagine en train de galoper dans les galeries du musée où il fera d’étonnantes rencontres. La visite commence par la salle 61 où sont exposées les œuvres de Géricault. Puis, l’escapade commence. En chemin, il passe par la collection égyptienne où il fera la connaissance de la féline Bastet. Chaque rencontre est pour lui un étonnement, chaque conversation l’invite à la remise en question. Il s’obstine, « tête de mule », à reprendre sa course aveugle, cherchant la sortie. Il file comme le vent, au hasard et interpelle essentiellement des représentations picturales d’équidés… mettant ainsi en lumière le lien particulier qui existe entre le Musée du Louvre et le cheval. Un dossier pédagogique [présent en fin d’album] invite d’ailleurs le jeune lecteur à prendre conscience de ce point et lui rappelle qu’avant d’être un musée, le Louvre était un palais royal ; l’un de ses bâtiments abritait les écuries qui logeaient les chevaux du roi et de sa cour.

La profusion d’œuvres représentant des chevaux met aussi en exergue ce lien privilégié entre l’homme et le cheval et n’est pas sans rappeler un album de la collection-adulte du Louvre : « L’Art du chevalement » (Loo Hui Phang & Philippe Dupuy, éditions Futuropolis & Le Louvre).

Bel album dont je salue la démarche. D’ailleurs, il est intéressant de voir comment il pique la curiosité du jeune lecteur et l’invite à laisser libre cours à son imagination. Et que nous dirait la Joconde si elle aussi sortait de son tableau ? Où se rend l’éléphant de Jean-Baptiste-Amédée Couder ? Le cavalier en armure d’Auguste Raffet est-il mort de sa belle mort ou sur un champ de bataille ?… de quoi stimuler l’imagination des plus jeune et les inviter à réfléchir à ce qu’est une œuvre, ce qu’elle représente, ce qu’elle symbolise et éveille chez la personne qui la contemple. Ce qu’est le processus de création également ; ce peut-être une recherche de soi, un entraînement visant à perfectionner son art ou bien encore un témoignage : « quelqu’un t’a créé pour laisser une empreinte pour toujours ».

PictoOKUne visite ludique et interactive du Musée du Louvre. Le cahier pédagogique inséré en fin d’ouvrage permet également à l’enfant de se sensibiliser au parcours de Théodore Géricault, à son œuvre et à son rapport si particulier avec le monde équestre. Un support didactique et ludique intéressant.

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art

One Shot
Editeur : Delcourt et Le Louvre Editions
Collection : Delcourt – Le Louvre
Dessinateur / Scénariste : Olivier SUPIOT
Dépôt légal : novembre 2016
46 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7932-5

Bulles bulles bulles…

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Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art – Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

Fin de la parenthèse (Sfar)

Sfar © Rue de Sèvres – 2016
Sfar © Rue de Sèvres – 2016

Nous avions laissé Seabearstein sur une île lointaine et paradisiaque, soucieux de bien s’enivrer afin d’oublier Mireilledarc, sa muse et amante. Depuis, il a rencontré celle qui est devenue sa compagne. Epanoui et animé par la conviction d’avoir enfin trouvé sa place, Seabearstein s’étonne d’avoir répondu à une invitation qui l’oblige à rentrer à Paris.

Sur place, il fait la connaissance d’une jeune femme qui lui donne les derniers détails de sa mission. Il est chargé de participer à une expérience particulière. Il apprend notamment que Salvador Dali est cryogénisé et que ses employeurs ont décidé de le réveiller. Son rôle consiste dans un premier temps à recruter quatre top models qui accepteraient de poser nues puis de leur demander de s’enfermer quatre jours durant avec lui. Pendant que les filles déambuleront, nues, dans une maison remplies d’œuvres de Salvador Dali, Seabearstein les dessinera. Durant quatre jours, ils seront totalement isolés du monde extérieur, sans téléphone, télévision, radio ou ordinateur.

Cette mise en scène n’a d’autre fonction que celle de favoriser le « processus magique » qui doit opérer et conduire au réveil du maître du surréalisme. L’huis-clos atypique permet aux quatre femmes de se sensibiliser progressivement à l’œuvre de Dali. La prise de stupéfiants sera un vecteur favorisant leur éveil. A force d’être entourées par les toiles et sculptures de Dali, elles se mettent inconsciemment à incarner les postures représentées dans les œuvres dalinienne.

Joann Sfar est partout, tout le temps. Difficile de lui échapper tant il est présent dans les médias, tant il est actif, prolifique, « touche à tout ». Auteur de bande dessinée, réalisateur, romancier… et rien ne nous dit qu’il n’a pas d’autres cordes à son arc. Pourtant, son œuvre très personnelle, très identifiable (son trait est reconnaissable au premier coup d’œil) ne fait pas l’unanimité. Et quand bien même on apprécie une de ses œuvres, on n’est pas certain d’adhérer à la suivante. Cela ne marche pas tout le temps. Il n’est pas simple d’adhérer à son univers, de trouver le rythme, de s’accorder avec le ton. En revanche, lorsqu’on est synchrone, la lecture est un réel plaisir. On profite de chaque respiration, on est partie prenante dans les échanges, on participe en étant posé sur l’épaule d’un personnage ou accoudé à la même table que lui. On se laisse porter sans aucune certitude sur le plaisir ou le déplaisir que l’on ressentira une fois la lecture terminée.

Sur le bandeau de « Fin de la parenthèse », une accroche : « Quand Joann Sfar réveille Salvador Dali », suivie d’une invitation à venir découvrir l’exposition « Une seconde avant l’éveil » à l’Espace Dali (Paris) qui s’est ouverte le 9 septembre 2016… soit une petite semaine avant la sortie de « Fin de parenthèse » en librairie. Programme ambitieux, le timing en impose et – pour ne pas en rajouter – je me réserverais de parler de l’arrivée de son dernier roman autobiographique « Comment tu parles de ton père » (sorti le 1er septembre dernier) …

Joann Sfar est partout… son cerveau bouillonne…

Il y a 5 mois [à peine], les lecteurs découvraient « Tu n’as rien à craindre de moi » (Editions Rue de Sèvres) et faisaient la connaissance de Seabearstein. Un artiste qui vit par et pour son art. Ce nouvel album nous permet de savoir ce qu’il est devenu.

Dès la deuxième de couverture, la lecture commence. Habituellement cet endroit est vierge mais ici, des figures de tarots de Marseille surgissent et nous interpellent tandis que deux personnages conversent. Place à la lecture avant même d’avoir tourné la page de garde !! …  Le lecteur, compliant et amusé, est invité à abandonner les préliminaires habituels ; cette fois, il ne tournera pas mécaniquement la page de garde, puis l’austère page de titre avant de s’imprégner timidement des premières impressions produites par l’histoire. Sans tarder, le scénario nous plonge au cœur du sujet.

 « – Et je suis là pour quoi ?
– Vous êtes là pour s’il ne se réveille pas. »

Faire revivre un artiste. N’est-ce pas ce qu’un artiste contemporain fait lorsqu’il revisite l’œuvre d’un de ses pairs ? Explorer des œuvres, les visiter, observer.

Notre civilisation se terminera sans qu’on ait compris pourquoi nos semblables ont pu encore une fois se laisser empapaouter par l’idée absurde qu’un prêtre saurait mieux qu’un peintre. Dalí parlait de cryogénie. On lui disait « Maître, pourquoi répétez-vous sans cesse que vous allez être cryogénisé ». Et Dalí répondait, je le cite de mémoire, que le jour où l’on annoncerait son décès, il se trouverait toujours un con, au fond d’un bistro, quelque part dans le monde, pour balbutier « Non, il n’est pas mort, il est cry-o-gé-ni-sé ». Le con, c’est moi. Je le crois réincarné dans ses œuvres, je suis persuadé que rien n’est plus vivant que l’émotion qui vous retourne au moment où vous comprenez enfin une peinture que vous avez sous les yeux depuis toujours.

[Joann Sfar dans le préambule de l’album]

J’ai été troublée par les similitudes entre Joann Sfar et Seabearstein. Tous deux sont fascinés par Dali. Quand l’un rendre compte de ses explorations par le biais d’une exposition, l’autre s’isole quatre jours pour faire revivre l’esprit du Maître. Et Sfar lui-même n’a-t-il pas décoré un espace de telle manière à ce qu’il semble familier à Dali s’il venait à se réveiller réellement ? Et que dire de ce mouvement dans lequel on perçoit Sfar qui se fond dans Dali pour mieux en appréhender la démarche… et qui se fond ensuite dans Seabearstein pour rendre compte du fruit de son expérience ? Seabearstein est une projection fictive de son auteur mais les deux semblent se nourrir de leurs expérimentations respectives ; les défis que se lance l’auteur influencent les choix osés par son personnage… à moins que ce ne soit le contraire…

dalimannequins-001L’idée de départ de l’album est une photo de Dali. Sur le cliché, on y voit le peintre nous fixer du regard tandis qu’en arrière-plan, quatre femmes nues prennent la pose. Joann Sfar a rejoué cette photographie.

On y retrouve les thèmes de la religion et de la croyance, chers à Sfar. Ce dernier inclut également d’autres sujets d’actualité comme le consumérisme, le conformisme, le racisme et le terrorisme. On sent d’ailleurs l’impact qu’ont eu, sur Sfar, les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. La narration est rythmée et alerte malgré le contexte de la claustration et les sujets abordés. Les temps morts nous permettent de nous approprier ce qui a été dit voire de prolonger certains propos et ainsi suivre notre propre réflexion. Puis, au détour d’une page, au beau milieu des illustrations de Sfar et de son trait claudiquant, les œuvres de Dali surgissent. On les regarde d’un autre œil, on les déchiffre grâce à l’aide bienveillante de Seabearstein.

PictoOKUne expérience de lecture originale, décalée qui pourtant va au cœur des sujets qui font l’actualité aujourd’hui. Très bel album qui, je pense, ne fera pourtant pas l’unanimité auprès des lecteurs.

Une interview de Joann Sfar (www.20minutes.fr) et la chronique de Leiloona.

la-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture que je partage à l’occasion des BD du mercredi. Tous les liens sont aujourd’hui chez Stephie.

Extraits :

« Toi, tu dis tricher, moi, je dis changer de système de pensée » (Fin de la parenthèse).

« Vous avez des gens qui s’inscrivent dans des mouvements religieux et politiques dont le but est de détruire notre pays. Notre pays, c’est ni une race ni une religion, c’est un territoire. » (Fin de la parenthèse).

« (…) stopper d’un coup la fascination idiote pour la religion sur toute la planète. Et dans le même mouvement, donner à l’expression « Art contemporain » un poids qu’elle n’a jamais eu » (Fin de la parenthèse).

Fin de la parenthèse

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : Joann SFAR

Dépôt légal : septembre 2016

112 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-36981-316-3

Bulles bulles bulles…

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Fin de la parenthèse – Sfar © Rue de Sèvres – 2016

Souvenir de la peur (Pavlov)

Pavlov © Presses Sorbonne nouvelle – 2016
Pavlov © Presses Sorbonne nouvelle – 2016

En 1965, Konstantin Pavlov se voit interdit de publier pendant vingt ans en Bulgarie (le pouvoir trouvant ses textes trop pessimistes, trop subversifs… « mettant en doute sa bonne morale politique » nous explique-t-on). Pour ce poète bulgare né en 1933, ces années de mutisme forcé sont une souffrance…

« C’était horrible l’interdiction totalitaire de publier ; le sentiment de prison à perpétuité de l’esprit ; le doute : est-ce qu’on vit parmi les gens et est-ce qu’on est soi-même un être humain ; la sensation de ne remplir qu’avec sa chair une sorte de pause pathologique du développement humain » (K. Pavlov, 2006).

… d’autant que cette censure est assortie – pendant 10 ans [soit jusqu’en 1975] -, d’une interdiction de percevoir aucun salaire. Figé, il vivra difficilement cette quarantaine forcée mais, par la suite, il s’approprie le fait de vivre en marge. Lorsqu’il sera réhabilité dans les années 1980, il lui arrivera régulièrement de ne pas prendre part au débat public auquel on le convie, préférant ne pas se positionner, comme s’il n’était pas concerné… marquant ainsi une distance respectueuse avec ses contemporains. Ces années de silence l’ont marqué et l’ont rendu plus cynique. Une amertume que l’on ressent dans ses œuvres et dans les propos qu’il a énoncé lors de différentes apparitions en public.

« – Tant de choses, et si belles, ont été dites pour votre jubilé, y a-t-il quelque chose que vous n’ayez pas réussi à crier dans le brouhaha festif ?
– Gardez un peu de sentiments pour mon enterrement »

La sélection des poèmes présentés dans cet ouvrage a été réalisée par Marie Vrinat-Nikolov qui, comme à son habitude, nous fait également profiter d’une magnifique préface qui introduit l’œuvre de Pavlov et nous sensibilise à la signification de ses textes. Adepte de la métaphore, Konstantin Pavlov n’a jamais manqué d’en agrémenter ses œuvres. Farouche défenseur des libertés, farouche opposant au totalitarisme, Pavlov est un personnage singulier. Il publie ses premiers textes dans les années 1950 ; ceux-ci sont très bien accueillis tant par la critique que par le public. Très vite, Pavlov cherche une nouvelle forme d’écriture, capable de retranscrire exactement sa pensée, une écriture sans artifices et qui refuse les codes, les compromis… les interdits imposés par le pouvoir. Une langue contenant toute la souffrance et toute la rage du poète, les critiques parlant d’ « ensauvagement » du langage. La préface propose d’ailleurs une citation assez longue de Konstantin Pavlov ; on comprend que, dans cette recherche d’une nouvelle forme d’écriture, le poète aspirait à trouver l’authenticité.

PictoOKCe recueil contient 19 poèmes de Konstantin Pavlov. Sur chaque page, le poème original en bulgare et leur traduction en français. Une occasion de se sensibiliser à l’œuvre d’une figure de la littérature bulgare.

Extraits :

« Je peux passer avec indifférence
devant la beauté humaine la plus pure.
ans une goutte d’émerveillement j’écouterais
les paroles ensorcelantes de la sagesse.
Car les lâches que je croise en chemin
boivent avidement toute mon ardeur.
Et c’est pourquoi mon regard est trouble,
et c’est pourquoi ma voix est éraillée.
Mais toute abjection peut bien me tuer.
Je suis content d’être hâve et blême,
car il n’est rien de plus répugnant
qu’un poète empâté » (Mais toute abjection peut bien me tuer).

« Elle me dégoûte la conscience des autres
qui veulent être ma conscience,
me transformer en leur medium.
Je ne désire pas être singulier,
parce que de fait je suis singulier.
Mais parfois j’en fais trop… et…
Je suis un fragment rudimentaire
d’un avenir très lointain,
parce qu’inadapté rejeté en arrière – parmi vous » (extrait de Monologues)

Souvenir de la peur

– Cahiers de poésie Bilingue 4 –

Editeur : Presses Sorbonne Nouvelle

Auteur : Konstantin PAVLOV

Traduit du bulgare par Marie VRINAT-NIKOLOV

Dépôt légal : avril 2016

70 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-87854-681-1

La Légèreté (Meurisse)

Meurisse © Dargaud – 2016
Meurisse © Dargaud – 2016

7 janvier 2015.

En fin de matinée, les radios commencent à bourdonner, à informer des terribles événements qui viennent de se produire à Charlie Hebdo. L’auditeur est rivé à son poste et/ou à son écran. Les informations se préciseront dans la journée, au compte-goutte. Ce souvenir, nous sommes des milliers à le partager.

Ce qui est bien différent de l’expérience vécue par Catherine Meurisse, membre de l’équipe de Charlie Hebdo au moment des faits. En ce qui la concerne, ce sont des amis proches qu’elle vient de perdre. Elle aurait pu y être, elle aurait pu payer le prix fort. Mais elle fait partie des survivants. Elle était en retard à la conférence de rédaction de l’équipe et est arrivée, comme Luz, après les frères Kouachi.

Les semaines et les mois qui suivent, elles les consacrent à se reconstruire. Si tant est que l’on puisse affirmer qu’il soit possible de se reconstruire après…

 » Pour elle comme pour moi, le rapport à ce que nous aimons le plus intimement avec le plaisir et l’amour, ce que nous aimons physiquement et je crois naturellement, dans une solitude partagée, autrement dit la littérature et l’art, a été sauvagement déstabilisé. Une nouvelle forme d’arithmétique, ironisait Henry James. Dans notre cas, c’est à l’envers : une nouvelle forme d’arithmétique funèbre inspire un vague doute non pas exactement sur nous-mêmes, pas tout à fait, mais sur ce que sont nos élans, notre insouciance, nos regards sur la beauté, nos vies  » (extrait de la préface de Philippe Lançon).

La légèreté, c’est tout ce que j’ai perdu le 7 janvier et que j’essaie de retrouver. […] La légèreté, c’est aussi le dessin.

(extrait de l’interview de Catherine Meurisse sur le site de Dargaud).

Un témoignage qui s’ouvre sur une fenêtre éphémère, quelques jours après les attentats. La vie reprend difficilement, timidement, les yeux croient se poser sur le monde pour la première fois. Pourtant, quelques jours plus tôt, lorsqu’elle se réveille ce mercredi 7 janvier 2015, c’est comme s’il s’agissait de réminiscences d’une autre vie. La veille, une rupture affective la bouscule et la coince au lit plus que de raison. Elle finit par se lever, elle est en retard. Puis, arrivée devant les bureaux de Charlie, c’est le choc.

La vie continue…

Comment on fait déjà ?

Catherine Meurisse se rappelle les pertes de mémoire dont elle a souffert sitôt le numéro des survivants de Charlie Hebdo bouclé. Une longue période s’ouvre remplit de doutes, de troubles et de solitude. La garde rapprochée dont elle fait l’objet la prive d’une liberté de mouvements à laquelle elle était accoutumée. « Je suis en prison », elle constate rapidement que la garde rapprochée l’oppresse ; Luz employait les mêmes termes dans « Catharsis ». Sur les pages de l’album, cette mémoire en miettes, cette confusion générale, son aboulie de tout se matérialise par l’absence de couleurs des planches. La vie est fade, d’une tristesse incroyable. Les angoisses sont permanentes. Ecrire, dessiner est devenu douloureux. Le suivi thérapeutique lui permet de mettre des mots sur sa souffrance. Elle tente de comprendre ce qui s’est passé à Charlie et ce qui se passe en elle.

Le témoignage d’une année durant laquelle elle a perdu pied. Incapable de se raccrocher à quoi que ce soit pour donner du sens à sa vie, le sentiment d’être fragile, d’être à la merci du moindre coup de vent et cette redécouverte perpétuelle du monde qui l’entoure. Passée la sidération la vie reprendra très doucement. A mesure qu’elle s’éveille de nouveau au monde, la couleur revient progressivement sur les planches. Malgré la mobilisation de ses amis pour ne pas la laisser seule, c’est lors d’un voyage en Italie – elle profite d’être accueillie en résidence d’auteur à la Villa Médicis de Rome qu’elle « renaît » à la vie grâce à l’Art. Un récit chronologique qui est assailli, par moments, des souvenirs heureux passés avec les défunts. A d’autres, leur présence la rassure encore lorsque, face à une difficulté, elle se surprend à imaginer comment Charb, Cabu, Wolinski, Tignous ou Honoré auraient pu réagir face à un fait divers, un désaccord ou encore quel conseil ils auraient pu lui donner pour dépasser une difficulté. Un récit plein de vie.

PictoOK« La Légèreté » perdue puis retrouvée, Catherine Meurisse livre un témoignage touchant de son expérience. Choquée, traumatisée par l’attaque de Charlie Hebdo, elle nous explique avec sincérité et humour comment elle est parvenue à faire face aux difficultés et comment, aujourd’hui encore, elle fait face à ses démons. Elle montre son impuissance à faire face à l’incompréhension. Aujourd’hui encore, un mot reste sur toutes les bouches : pourquoi ?

Une lecture que je partage avec Noukette !

Extraits :

« Elle conjugue Charb et Wolinski et les autres au futur antérieur, en imaginant les blagues qu’ils auraient pu dire. Elle les fait circuler dans son imagination et la nôtre comme les artistes et les écrivains qu’elle aime, puisque ce sont des artistes et des écrivains qu’elle aime – puisque ce sont ses amis » (extrait de la préface de Philippe Lançon).

« Pourquoi tout le monde parle d’attentat alors qu’il s’agit d’un massacre ? » (La Légèreté).

« Déplumée et les semelles en plomb, je me sens incapable de m’élever. Qu’est-ce qui peut m’aider à sentir, aimer, vivre, dessiner de nouveau ? Qui peut me sauver ? » (La Légèreté).

« Les massacres me hantent. (…) Les statues mutilées, démembrées, m’obsèdent. Je ne vois qu’elles. Elles ne sont que meurtries par le temps. Pourtant, il me semble reconnaître en elles les coups de toutes les victimes des attaques. Nobles. Taillés dans le marbre, figés pour l’éternité, ils sont d’une beauté à couper le souffle » (La Légèreté).

« Une fois le chaos éloigné, la raison se ranime et l’équilibre avec la perception est retrouvé. On voit moins intensément, mais on se souvient d’avoir vu » (La Légèreté).

La Légèreté

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Catherine MEURISSE

Dépôt légal : avril 2016

136 pages, 19,99 euros : ISBN : 978-2205-07566-3

Bulles bulles bulles…

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La Légèreté – Meurisse © Dargaud – 2016

Tu n’as rien à craindre de moi (Sfar)

Sfar © Rue de Sèvres – 2016
Sfar © Rue de Sèvres – 2016

Chaque couple réinvente en permanence sa manière de vivre les sentiments amoureux. Pour Seabeastein et Mireilledarc, c’est par l’angle de la création artistique que l’émotion et le désir affleurent. Lui est peintre et vient de recevoir une commande d’un musée de réaliser un nu. Sa muse quant à elle réalise une thèse d’épigraphie.

Tous deux sont follement épris l’un de l’autre et le désir qu’ils ressentent semble intarissable. Aussi, c’est tout naturellement que Seabearstein demande à Mireille Darc de devenir son modèle. Peindre sa vulve, ses fesses, ses seins sont autant de défis qui renforcent l’excitation du peintre… et de son modèle qui exulte lorsque que son compagnon la contemple. Entretenir le désir, se saisir du moindre prétexte pour parler du sexe sous tous ses aspects, s’adonner aux ébats sexuels et jouir de chaque instant passé sont là les principaux points de ce à quoi ils aspirent. Ils s’aiment et l’Art leur permet de s’épanouir et de jeter les bases de leur relation naissante.

Cet appétit gargantuesque du corps de l’autre supportera-t-il les affres de la vie en couple ? Aidera-t-il ces amants à renouveler perpétuellement la curiosité réciproque dont ils font preuve ?

« Tu n’as rien à craindre de moi », voilà toujours ce que deux jeunes amants se promettent. Enveloppés par la nappe cotonneuse des sentiments, les premiers temps d’une relation amoureuse donnent l’illusion que le couple est invincible. Et à ce moment-là, rien ne semble être en mesure de ternir le plaisir d’être à deux. Chaque couple trouve son crédo, celui créé par Joann Sfar a ceci de curieux qu’il se consolide grâce et avec la « chose » artistique.

L’Art [dans son ensemble, à la fois symbole, processus de création, fonction sociale…] et les sentiments sont enchevêtrés dans le récit de cet album. Dépendants totalement l’un de l’autre, la création nourrit les émotions et leur permet d’être exprimées. En faisant sans cesse appel à des références artistiques, le couple Seabearstein – Mireille Darc donne un sens à l’excitation et au désir ressentis pour le partenaire. Ainsi, ces deux amants font appel à leur connaissance des créations réalisées à différentes époques de l’Histoire, ils se comparent parfois à des œuvres d’art et notamment aux canons de beauté d’époques révolues. Quelque soit le sujet abordé (la religion – et le judaïsme en particulier -, l’amour, la guerre ou l’amitié), l’expression artistique vient étayer leur propos.

A première vue, le scénario semble décousu. Dans les premières pages de l’album, il met en scène deux amants qui évoluent sur des plans parallèles ;ils semblent incapables d’avoir une conversation sensée, ils passent de la Grèce antique au poker, de Mireille Darc à une envie de glace, d’une envie de baiser à celle d’avoir un chien… A ce stade, on se demande où Sfar veut emmener son lecteur ? Est-ce là sa vision des sentiments amoureux ? Conçoit-il le fait que dans un couple, chacun aspire à connaître l’autre de façon grossière ? Que la recherche d’un consensus permettant d’intégrer l’autre dans son quotidien est un point d’achoppement ?

Quoi qu’il en soit, le couple décrit par Joann Sfar a – au début du moins – peu de prises pour se construire. Les amants butinent tandis que l’auteur sélectionne des morceaux choisis de leurs activités, tantôt faisant du shopping tantôt sirotant un verre en bord de mer, tantôt le jour tantôt la nuit, le seul point de rencontre étant ces nombreux moments où ils délaissent l’échange pour laisser parler leurs corps.

Puis, la frivolité s’estompe doucement. A l’instar de la relation amoureuse, le scénario se construit par strates et trouve rapidement son rythme. Les échanges gagnent en cohérence à partir du moment où les personnages s’installent en concubinage. Ils acceptent de se dévoiler davantage et se montrent sous leurs véritables visages. Tantôt taquins, tantôt témoignant d’une profonde sincérité, le lecteur ressent ce désir croissant et constant qu’ils ont l’un de l’autre. Sfar décrit bien cet état de gourmandise à l’égard d’un partenaire, cette envie d’aimer et d’être aimé très forte en débit de relation… et qui se délite trop souvent par la suite. L’auteur montre cette quête de séduction de chaque instant, on sait que les personnages ont conscience qu’ils vivent une période de félicité où la complicité s’installe, les sentiments se consolident et le sexe est une respiration. Joann Sfar suit le mouvement de construction d’un couple, invite le lecteur à les regarder évoluer ensemble, à caler son regard sur l’observation de leur corps car l’essentiel se joue là… dans le regard et le jeu de l’observation. Seabearstein se met à peindre, son amante devient son modèle. Dans cette fiction, le tout est de savoir si ces deux-là jettent finalement des bases solides qui leur permettra de perdurer. Un jeu d’amour et de hasard…

Je peux imposer mes mains sur ta fessitude ? (…) si on fait pas l’amour immédiatement, j’arrive pas à peindre

Dans le cas présent, Joann Sfar scrute la manière retenue par ses deux personnages pour entretenir leur passion. En toile de fond, l’auteur propose une réflexion sur le processus de création artistique et la fonction de l’Art dans notre société. Dans l’intimité de cette relation conjugale, la création artistique se greffe aux sentiments. Avec la survenue de cette commande d’un nu, ils vont exposer leurs corps (et surtout celui de la femme) lors de longues séances de poses. Un coup les fesses, un coup les seins, un coup les reins ou le sexe. Lui va y trouver une source d’excitation incroyable. Quant à elle, loin d’être en reste, elle est pourtant bien plus consciente de l’utilisation qu’elle en fait et des bénéfices qu’elle en tire : elle sait qu’elle l’excite et que cela met son amant sur les charbons ardents. Elle le fait languir, elle se sait désirable… elle en use et en abuse. Ce ménage à trois est-il cependant suffisamment solide pour perdurer ? Sauront-ils rebondir une fois qu’ils seront rassasiés de cette phase de contemplation des corps ?

Pour compléter le duo principal de personnages et permettre de sortir de cet huis-clos, Joann Sfar fait intervenir une poignée de personnages secondaires dont Protéïne (la meilleure amie de Mireille Darc) et Nosolo (un surnom donné au meilleur ami de Seabearstein car il est incapable de vivre seul). Ces deux protagonistes donnent si bien le change qu’ils permettent au lecteur de se situer dans cette intrigue originale.

PictoOKSurprenant et drôle. Nous sommes en présence d’une femme forte qui mène à la baguette (et sans avoir l’air d’y toucher) son petit monde tandis que face à elle, un homme pantin tente de donner le change. Dense sur certains passages mais rafraichissant dans l’ensemble.

la-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture que je partage avec Stephie à l’occasion de la BD de la semaine.

Extrait :

« Même le diable ne peut m’enlever ce que j’ai dansé » (Tu n’as rien à craindre de moi).

 

Tu n’as rien à craindre de moi

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : Joann SFAR

Dépôt légal : avril 2016

104 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-369-81231-9

Bulles bulles bulles…

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Tu n’as rien à craindre de moi – Sfar © Rue de Sèvres – 2016