Le Temps des Sauvages (Goethals)

– Le chef de caisse lui a demandé d’accélérer, elle a dit qu’elle pouvait pas à cause de ses rhumatismes. Quand il l’a menacée, elle a lâché qu’elle était syndiquée.
– … syndiquée ?
– Dix ans de maison, pas un jour de maladie, pas un retard, pas chiante pour un rond, mais elle est syndiquée.
– Autant lui avouer direct qu’elle fait partie d’une secte satanique. Et qu’elle sacrifie des bébés les soirs de pleine lune.

Goethals © Futuropolis – 2016
Goethals © Futuropolis – 2016

Jean est chef de la sécurité dans un grand supermarché. Cette fois, il est chargé de coincer deux salariés en apportant la preuve à son employeur qu’ils ont une relation amoureuse. Avoir des rapports extra-professionnels est interdit par le règlement de l’entreprise et passible d’une rupture de contrat. Les « coupables » sont convoqués dans le bureau du directeur. Jacques, assistant-chef du rayon primeur, et Martine, caissière, doivent se justifier. Mais l’entretien tourne mal et Martine meurt suite à une mauvaise chute. Jacques parvient à fuir. Il va directement trouver les fils de Martine : quatre jeunes loups délinquants qui viennent de braquer un fourgon. Gris, Blanc, Brun et Noir vont vouloir venger leur mère.

Dans une société légèrement futuriste, société qui conduit les individus à réfléchir en prédateur. La crise a profondément modifié les rapports sociaux et a donné lieu à une société qui s’appuient sur de nouveaux codes : les jeux vidéo, le profit, le consumérisme… Génomes humains modifiés, procréation hautement réglementée, recherche de la rentabilité, de l’efficacité, l’homme se compare désormais à la valeur ajoutée qu’il est capable d’apporter à son entreprise. A la valeur ajoutée qu’il peut mettre sur le marché du travail, valeur qui le rend attractif pour une société, qui lui permet de se vendre au plus offrant. L’homme-animal est devenu carriériste au pire… il défend bec et ongles le peu qu’il est parvenu à obtenir, protégeant son poste.

Je n’ai pas lu le « Manuel de survie à l’usage des incapables », roman de Thomas Gunzig dont s’est inspiré Sébastien Goethals pour réaliser « Le Temps des sauvages ». Et c’est tant mieux… du moins je crois. La qualité d’une œuvre adaptant une autre œuvre s’évalue-t-elle uniquement à la fidélité qu’elle témoigne au récit originel ? Quoi qu’il en soit, cet album-là offre un dépaysement réel. On pourrait être sur Terre ou ailleurs, dans le passé, le présent, le futur ou dans une dimension parallèle… on part. On mord à l’hameçon, on nage dans ce monde aussi absurde que familier, on réfléchit, on se marre.

PictoOKPourquoi y aller par quatre chemins ? Et si vous le lisiez ?

Extrait :

« On a beau tourner les choses dans tous les sens. La seule réponse à l’existence de l’homme sur Terre, c’est qu’il est là pour contrôler le système. C’est ce qu’il sait faire de mieux. C’est son plus grand talent » (Le temps des sauvages).

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine.
Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Temps des sauvages

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : Sébastien GOETHALS
Adaptation du roman de Thomas GUNZIG : « Manuel de survie à l’usage des incapables »
Dépôt légal : octobre 2016
266 pages, 26 euros, ISBN : 9782754815529

Bulles bulles bulles…

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Le temps des sauvages – Goethals © Futuropolis – 2016

Chroniks Expresss #29

Pour atteindre le bout de ce mois hyper-speed, je me suis octroyée une pause. J’ai levé le pied sur les lectures… et mis le point mort sur les chroniques. Reprise en douceur avec une présentation rapide des ouvrages qui m’ont accompagnée en décembre.

Bandes dessinées & Albums : Cœur glacé (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2014), La Vie à deux (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2016), -20% sur l’esprit de la forêt (Fabcaro ; Ed. 6 Pieds sous terre, 2016), Hélios (E. Chaize ; Ed. 2024, 2016), Tête de Mule (O. Torseter : La Joie de Lire, 2016).

Jeunesse : La Vie des mini-héros (O. Tallec ; Ed. Actes Sud junior, 2016).

Romans : Les Grands (S. Prudhomme ; Ed. Gallimard, 2016), Pas assez pour faire une femme (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Le Garçon (M. Malte ; Ed. Zulma, 2016).

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Bandes dessinées

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2014
Dal – De Moor © Le Lombard – 2014

Il a la trentaine et une vie de couple qui connaît des hauts et des bas mais dans l’ensemble, ils ont trouvé leur équilibre. Il a un travail prenant au service Relations Presse d’un grand groupe.

Pourtant, son inconscient ressent tout autre chose. Il se sent seul bien qu’entouré d’amis et est taciturne. Ses pensées morbides l’envahissent, la mort est devenue une pensée quasi permanente. Il ne trouve pas de sens à la vie et pour apaiser ses angoisses, il est suivi pas un psychiatre en thérapie.

Les deux facettes de sa personnalité prennent le relais. Un passage pour le côté lumineux, un passage pour son côté sombre. Il vit sur un fil tel un équilibriste, il tente de trouver du sens à sa vie et un sens à l’humanité. Finalement, cet homme a tout pour être heureux… en apparence. A l’intérieur de lui gronde un mal-être important et rien de ce qui se présente à lui n’est en mesure de l’aider à trouver les réponses à ses questions.

Le pitch m’a tentée. J’imaginais un scénario bien monté pourtant, cet album se lit de façon linéaire. Il reprend de nombreux constats maintes et maintes fois formulés. Une lecture qui passe et qui assomme. Un narrateur qui a finalement peu de choses à dire, à penser. On doute qu’il parvienne un jour à assumer ses opinions.

pictobofLa fin tombe comme un couperet… c’est finalement le seul passage qui interpelle réellement le lecteur.

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2016
Dal – De Moor © Le Lombard – 2016

« Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on vivre en couple aujourd’hui ? Qui croit encore à la vie à deux ? Johan De Moor et Gilles Dal nous livrent leur vision brillante, déstabilisante et loufoque sur ce sujet universel. » (synopsis éditeur)

C’est cet article du Monde qui m’a permis de repérer ce titre (au passage, vu les similitudes entre la couverture de cet ouvrage et « Cœur glacé », je me suis dit qu’il y avait peut-être un lien entre les deux). On retrouve le même postulat de départ que dans l’album précédent : le narrateur trouve la vie absurde. Il retourne ses opinions dans tous les sens pour tenter d’entrapercevoir une vérité à laquelle il pourrait adhérer pour aller mieux.  Quoi que, s’il est un concept qui met tout le monde d’accord, c’est bien celui de l’Amour. A n’importe quel moment de sa vie, un homme peut être englué dans la pire des situations ou transcendé par une joie intense, l’Amour viendra dans un cas comme dans l’autre transcender celui qui ressent ce sentiment et lui permettre de donner du sens à ce qu’il vit.

Graphiquement, le travail de Johan De Moor est beaucoup plus abouti. On retrouve le même angle d’attaque : des pages où fourmillent des illustrations contenant un double degré de lecture. Dans cette narration à deux vitesses, on saisit vite le cynisme des propos de Gilles Dal. Il décortique le sentiment amoureux et le passe au scanner des représentations sociales. La culture, les valeurs qu’on nous inculque en grandissant…

La question, au fond, est la suivante : d’où vient cette culture dans laquelle nous baignons ? On l’attribue souvent au cynisme mercantile, à ce capitalisme qui serait prêt à tout pour vendre. L’idée est la suivante : le système créerait l’instabilité amoureuse et tous les rituels qui vont avec pour faire tourner la machine économique. Mais ce raisonnement est un brin paranoïaque, car pour un peu, il reviendrait à prétendre que le système a créé le froid pour vendre des radiateurs ou a créé la nuit pour vendre des matelas.

Décortiquer, examiner à la loupe les penchants de chacun pour au final en arriver à une conclusion assez logique sur le couple : l’échange est la condition sine-qua-none de la relation. Cet ouvrage m’a fait penser à une sorte de documentaire dans lequel convergeraient différents points de vue : économique, philosophique, psychanalytique… Les auteurs semblent faire un procès d’intention amusé à l’encontre du sentiment amoureux. Au final… malgré le ton décalé, c’est un peu plombant.

pictobofUn livre auquel je n’ai pas accroché. L’ambiance graphique – plutôt expérimentale – fini par écœurer. Un album qui poursuit logiquement la réflexion de « Cœur glacé ».

 

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

« Un cowboy recherché dans tout le Far-West pour avoir imité Jean-Pierre Bacri. Des playmobils. Un auteur de bande dessinée qui va manger chez une tante qu’il n’a pas vue depuis quinze ans. Un débat littéraire. Quelqu’un qui est gravement malade. Des indiens. Des poursuites à cheval sans cheval. Une histoire d’amour entre Huguette et l’étron. Des cartes de catch. La sagesse d’un grand chef. Un supermarché » (synopsis éditeur).

Réédition d’un ouvrage paru en 2011 et qui était épuisé chez l’éditeur. Fabcaro se joue, se moque, critique cynique et qui fait mouche de la société. On se perd entre présent et imaginaire. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est imaginaire ? Est-ce ce cowboy déjanté qui rêve d’une société absurde telle que nous la connaissons, perdue entre consumérisme et débats politiques stériles ? Est-ce cet auteur happé par son inspiration et qui s’identifie à ce cowboy décalé qui « se tape sur la fesse plus fort que nous » ? Qui parodie qui dans ces scénettes qui s’enchaînent au point de nous faire perdre la tête ?

-20% sur l’esprit de la forêt - Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

Un album drôle mais décousu. Une succession de gags qui ont du potentiel mais qui s’arrêtent vite, trop vite… la plupart font irruption de façon saugrenue. Un album drôle mais que je n’ai pas été en mesure de lire d’une traite. Quarante-six petites pages qui font réfléchir mais que l’on prend, que l’on repose, que l’on reprend… difficile d’en voir le bout. Un ouvrage où imaginaire et réel se mélangent. Des allers-retours incessants entre un western loufoque et un univers réaliste ubuesque. Un truc où la fiction s’emmêle les pinceaux avec la vie de l’auteur. Qui raconte quoi ? Impossible d’en avoir la certitude mais comme à son habitude, Fabcaro se moque, critique et tire à vue sur les idées préconçues et les grandes aberrations de notre société.

PictomouiÇa pique et ça gratte à souhait, ça jette de l’huile sur le feu et pourtant, je sors déçue de cette lecture.

 

Chaize © Editions 2024 - 2016
Chaize © Editions 2024 – 2016

« Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l’horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.

Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d’aller jusqu’au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d’une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d’entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios… » (synopsis éditeur).

Je ne connaissais pas le travail de cet artiste jusqu’à ce que le festival BD de Colomiers ne lui consacre (cette année) une exposition.

Bijou. Voyage silencieux dans cet album où tout se devine, tout se comprend grâce à l’observation. Monde merveilleux, nouveau, magique, triste, captivant, inquiétant. La première lecture est semblable à une exploration. On scrute davantage les personnages avant de remarquer les détails des paysages qu’ils traversent. Faune et flore sont gigantesques comparés à eux. Puis, en fin d’album, l’auteur fait les présentations. Chacun de ses petits personnages a un nom voire une fonction. Alors fort de cette connaissance, on reprend la lecture… on repart une nouvelle fois.

Hélios - Chaize © Editions 2024 - 2016
Hélios – Chaize © Editions 2024 – 2016

En double page, les illustrations d’Etienne Chaize qu’on ne se lasse pas de regarder, de scruter. On y revient sans cesse. On cherche le personnage que l’on avait aperçu précédemment : où est-il ? que fait-il ? qu’est-il devenu ? L’album est court mais le dépaysement est grand.

PictoOKJe vous recommande cet ouvrage.

 

Torseter © La Joie de Lire - 2016
Torseter © La Joie de Lire – 2016

Tête de mule est le septième et dernier fils d’un roi. Ce roi refuse de vivre seul, il est incapable de se séparer de tous ses fils en même temps, « l’un d’entre eux devait toujours rester avec lui ». Mais un jour, les six frères de Tête de mule sont partis ensemble ; ils espéraient chacun trouver une épouse. Tête de mule quant à lui devait rester au château pour tenir compagnie à son père. Ce dernier demanda également à ses aînés de trouver une femme à leur plus jeune frère.

Les frères finirent par trouver un château où vivaient six princesses. Ils les demandèrent en mariage. Sur le chemin du retour, les six couples croisèrent un troll qui les changea en pierre. Apprenant cela, Tête de mule supplia son père de le laisser partir. A contrecœur, le roi accepta et Tête de mule partit secourir ses frères.

« Tête de mule » est un conte. Il en reprend les rouages, les codes, la poésie, la magie. Tête de mule est un héros… mais il a ceci de particulier qu’il est le parfait portrait de l’anti-héros : il n’a pas la force pour déplacer une montagne, sa monture est un vieux canasson qui fait la moue quand on lui parle d’aventure, il ne part pas combattre de dragon mais le hasard placera pourtant sur sa route une princesse à délivrer.

Øyvind Torseter, auteur norvégien, s’amuse et fait de drôles de farces à son personnage. Il le malmène et l’oblige à faire appel à la ruse pour déjouer les pièges.

Ouvrage original face auquel je suis pourtant restée spectatrice. Lu d’une traite sans pour autant ressentir la moindre inquiétude pour le personnage. Conte moderne qui m’a dérangée par son rythme et ses rebondissements. Graphisme qui m’a gênée : pourquoi les femmes sont-elles représentées avec tous les attributs de la féminité (sans aucune vulgarité) et les hommes sont-ils des personnages anthropomorphes ? Le trait enfantin nous trompe, nous dupe. Je crois qu’il me faudra prendre un peu de recul avant d’en comprendre les finesses…

J’avais repéré ce titre chez Noukette et puis… Noukette s’est transformée en mère Nawel et m’a offert cet OVNI. Lisez sa chronique !

Pour les curieux, la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Jeunesse

 

Tallec © Actes Sud Junior - 2016
Tallec © Actes Sud Junior – 2016

Grandir. Apprendre. Qu’est-ce que la vie au final et qu’est-ce qui fait son sel ? Qu’est-ce qui fait que l’on est unique ? Pourquoi les autres sont fiers de nous alors que l’on a l’impression de faire des choses si banales ?

Olivier Tallec pose un regard tendre et amusé sur l’enfant et son environnement. L’enfant, ce petit-être innocent et souvent naïf qui perçoit la réalité à sa façon… Petit humain qui apprend chaque jour et nous montre avec franchise que le monde des adultes est trop souvent alambiqué. Petit bout d’homme que l’on tire généralement de son monde imaginaire pour lui demander de ranger, d’écouter, de partager…

PictoOKL’enfant est ce petit-héros. Ce qui nous apparaît être un petit progrès est généralement une grande étape pour lui. Un livre pour faire rire les petits et titiller les grands qui ont malheureusement oubliés leur part d’enfance. Un album jeunesse découvert grâce à Noukette.

La fiche de l’album sur le site d’Actes Sud Junior.

 

Romans

 

Prudhomme © Gallimard - 2016
Prudhomme © Gallimard – 2016

« Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó. » (synopsis éditeur).

Couto est un personnage inventé. C’est avec lui que le lecteur va découvrir le parcours d’un groupe de musiciens qui a bel et bien existé (Le Mama Djombo) et les événements qu’a traversés la Guinée-Bissau depuis les années 1970 (dictature, coup d’état, nouvelle dictature, soulèvement de la jeunesse bissau-guinéenne…). Toute une histoire, tout un récit. Enrichissant.

Mais la découverte tient avant tout de ce premier contact avec une plume, celle de Sylvain Prudhomme. Atypique. Une écriture qui claque, qui vibre, qui ne lâche rien puis, dans une même phrase, une écriture qui s’adoucit, caresse, réconforte. Une écriture tonique que l’on entendrait presque respirer. Une écriture qui colle à la semelle de son personnage, Couto, un homme d’âge mûr qui a déjà bien roulé sa bosse. Avec lui, on observe le cœur des événements : le passé d’une nation qui a conduit nombre d’hommes à fuir le pays, le bouillonnement qu’elle vit dans les années 2010. Il est aussi question de musique, de passion, d’un groupe qui rencontre son public, d’un groupe qui se laisse porter par le succès, éternelle surprise d’entendre une salle pleine à craquer scander le nom de chaque musicien. Et puis la gloire s’en est allée comme elle est venue ; elle n’a laissé aucune amertume. Ce qui a été vécu l’a été pleinement, sans regrets… ils ont engrangés les souvenirs pour des décennies. « Les Grands », c’est ainsi que la nouvelle vague de musiciens locaux appellent respectueusement cette génération d’artistes qui a prouvé que tout était possible, que la musique de Guinée-Bissau n’a pas de frontières.

PictoOKTrès belle découverte que je dois à Framboise !! ❤

 

Benameur © Actes Sud - 2015
Benameur © Actes Sud – 2015

« Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ? » (synopsis éditeur).

Jeanne Benameur peint une nouvelle fois le portrait d’un personnage égaré, en proie au doute. Au centre du récit, une jeune femme raconte la période qui marqua un tournant dans sa vie, celle où des décisions importantes doivent être prises. La romancière nous la présente comme un personnage solitaire qui progressivement, va s’ouvrir aux autres et apprendre à leur faire confiance. Elle se découvre, elle lâche doucement la main de l’enfant et devient une femme capable d’accepter ses forces comme ses points faibles.

PictoOKLa plume de Jeanne Benameur nous emporte dans un tourbillon de vie. Le combat entreprit par son héroïne, les doutes qui l’assaillent et la force qu’elle tire de sa propre expérience donnent du rythme à ce récit. L’ouvrage se lit vite (96 pages) pourtant, on a le temps d’investir cette héroïne des temps modernes. En toile de fond, le mouvement étudiant post-68 sert de décor à ce récit.

La chronique de Noukette.

 

Malte © Editions Zulma - 2016
Malte © Editions Zulma – 2016

Il vient de nulle part, d’une cabane dans la forêt où il a vécu durant son enfance avec sa mère. Enfant presque sauvage, enfant qui a grandi dans le silence, enfant à qui sa mère n’a rien appris si ce n’est à survivre dans la nature. Lorsqu’elle meurt, le garçon quitte le nid et part découvrir le monde.

Son chemin est fait de haltes. La première, il la passera dans un hameau de quelques âmes. Garçon de ferme, c’est l’étranger que l’on a fini par accepter. Il sortait à peine de l’enfance. Lorsqu’il quittera ce lieu, il aura appris à travailler la terre, il se sera familiariser avec le langage, avec la pensée, avec la religion et les traditions. Pourtant, toute sa vie il restera quasi mutique. Lorsqu’il quitte le hameau, il est adolescent. Puis il rencontrera Brabeck « l’ogre des Carpates ». Cet homme le prendra à son tour sous son aile et se chargera d’une autre partie de son éducation. Puis, nouvelle séparation, nouvelle perte… nouveau deuil et le Garçon reprend sa route, au hasard des croisements de sentiers, au hasard des caprices de la vie. Au détour d’un virage, c’est la vie d’Emma qu’il heurte. Celle-ci le recueillera inconscient, le soignera puis en fera son frère, son confident… son amant. La Première Guerre Mondiale obligera ces deux âmes sœurs à se séparer, du moins physiquement. Autre ambiance, autres rapports, autres enjeux. Le Garçon est jeté malgré lui dans l’horreur, retour à la vie sauvage. Son allié est son instinct.

Un récit bouleversant, prenant, fascinant. Le Garçon, être fictif et mutique qui se nourrit d’air, d’amour, de musique. Enfant parmi les adultes, il semble être à la merci du moindre souffle de vent qui passe, tributaire des autres pour survivre, il passe sa vie à s’adapter. Il s’adapte à la vie sauvage, à la vie des tranchées, à la vie de bohème, à la vie des salons parisiens… Caméléon parmi les hommes, il scrute et observe. Son silence est une énigme, à la fois carapace et prison, c’est à la fois son identité, sa force et ce qui le conduit à sa propre perte.

Le Garçon, c’est un concentré d’émotions à l’état brut. Le Garçon c’est celui qui, sans le demander, invite ceux qui le côtoient à se montrer tels qu’ils sont, sans artifices, sans mensonges. Le Garçon, c’est cet être nu qui demande à ce qu’on l’aide à grandir, c’est celui qui reçoit, qui progresse mais qui a besoin du regard de l’autre pour utiliser à bon escient son expérience. Le Garçon, c’est l’enfant permanent, l’innocence, la beauté, la force.

PictoOKPictoOKCe roman de Marcus Malte, c’est une expérience à faire. C’est un récit intemporel. C’est l’histoire de l’homme, de la Guerre, de l’Amour, de la Littérature, de l’Amitié… C’est un livre que l’on a envie d’engouffrer pour en connaître le dénouement… c’est un livre que l’on ne veut pas terminer parce qu’on s’y sent bien. C’est un livre que l’on referme à des heures tardives… C’est un roman incroyable. C’est un coup de cœur.

Le petit Cirque (Fred)

Fred © Dargaud – 2012
Fred © Dargaud – 2012

Un couple parcourt les chemins avec leur petit cirque ambulant. Elle tire la roulotte pendant qu’il fume son cigare. Elle s’appelle Carmen. Lui c’est Léopold. Leur fils les suit partout.

Ce trio familial est le fil conducteur de cet album. En se déplaçant de lieu en lieu, ce petit cirque ambulant nous permet de découvrir un monde original et surprenant, aussi familier que saugrenu. Ils ne ratent jamais une opportunité de venir gonfler leur petite troupe mais les aléas en décident toujours autrement. Bon gré mal gré, ils poursuivent leur route sans s’attarder.

Vagabonds ! Saltimbanques ! Romanichels ! Artistes ! Tsiganes ! Bohémiens ! Métèques !

Des chevaux-clown ambulants aliénés dans leur accoutrement, des funambules migrateurs, trapézistes voyageurs bagués pour qu’on puisse les identifier, un clown cloué sur la porte d’une grange pour conjurer le malheur… Des numéros extravagants d’une femme en train de faire la vaisselle ou bien encore un numéro exceptionnel de fessée sur un pied. Les occasions de dresser le chapiteau se font rares dans cette société vacillante. Les temps sont durs, l’Etat veille au grain et la moindre entorse aux règles est sanctionnée.

Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012
Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012

Monde absurde qui singe les travers du nôtre. Peur de l’étranger. Caricature de liberté. L’univers est aussi féérique qu’impitoyable. Le ton est cynique, cruel, misogyne, poétique… drôle ! Fred – le papa de Philémon – nous embarque une nouvelle fois dans son imaginaire.

PictoOKDes histoires courtes prépubliées dans Hara-Kiri, « journal bête et méchant », puis éditées dans un album en 1973. A lire.

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Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Noukette.

Le petit Cirque

One Shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : FRED

Dépôt légal : janvier 2012

60 pages, 13,99 euros, ISBN : 9782205007046

Bulles bulles bulles…

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Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012

La Bredoute (Fabcaro)

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2007
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2007

Vous rêvez d’être la reine de la merguez ? De faire plaisir à votre enfant en lui offrant un beau poupon en porcelaine qui lui permettra de bien dormir sans avoir de Lexomil à prendre ? D’avoir le look de Michèle Torr ?? Du mascara qui donne tellement de volume à vos cils que vous en raterez toutes les sorties d’autoroute ? Sans compter des cassettes audio qui s’achètent au poids, des disquettes de 3,5 pouces vendues par stère, un pantalon à 24,90 euros par mois… et des promotions à foison !

Ne bougez pas, « La Bredoute » est le catalogue qu’il-vous-faut !

Neuf ans après la première sortie de l’album, 6 Pieds sous terre relance « La Bredoute » (Fabcaro, 2007), catalogue satirique des enseignes de vente par correspondance. On balaye ainsi des nouvelles collections vestimentaires (homme, femme et enfant s’il vous plaît !), d’équipements multimédia, de chaussures, d’outillage, de promotions en tout genre… Le ton est décalé, il coince parfois aux entournures.

Fabcaro s’est amusé à reprendre tout le florilège du langage commercial, ses formules racoleuses sont une critique cinglante et ironique de la société de consommation (un avant-goût de « Zaï Zaï Zaï Zaï »). Avec cynisme, des accroches caracolent sur les vignettes des articles : un « prix chouchoune » aguiche le client qui serait tenté par une peluche parlant l’ukrainien, l’acquéreur d’un kitchissime magnétoscope est rassuré par la pastille lui précisant que son produit est garanti 12 jours ou que l’ensemble jean / sweet que vous allez commander pour votre enfant est « fabriqué par des petits taïwanais atteints de graves maladies dues aux carences alimentaires », « 82 % de satisfaction » pour cet escabeau malin, ou un sac de voyage « deux fois plus efficace »…

PictoOKUn album drôle et décapant.

La Bredoute

One Shot

Editeur : 6 Pieds sous Terre

Collection : Monotrème

Dessinateur / Scénariste : FABCARO

Dépôt légal : février 2006

40 pages, 9 euros, ISBN : 978-2-35212-120-6

Bulles bulles bulles…

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La Bredoute – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2007

La Gigantesque barbe du mal (Collins)

Il envahit la première de couverture ou plutôt, sa gigantesque barbe sur laquelle trône une tête à la taille ridiculement petite. A quel voyage nous convie cet album ?

Collins © Cambourakis – 2014
Collins © Cambourakis – 2014

Un homme élague un arbre tandis que les badauds disciplinés poursuivent leur chemin en l’ignorant. Non loin, un modeste travailleur solitaire rentre chez lui, dans sa discrète maison située dans un quartier pavillonnaire. Ce soir-là, il mange seul comme à chaque fois. Il avale machinalement ses légumes tout en griffonnant quelques croquis sur son carnet à spirales. Griffonne ? Pas vraiment, car si l’on se penche sur ses dessins, on constate qu’il a pris le temps d’observer l’élagueur ainsi que chaque détail croisé sur son chemin.

Dave est le nom de cet homme. Un homme légèrement dodu et totalement imberbe – à un poil près. Un homme ordonné, méticuleux, ritualisé. Un homme qui est vigilent au fait que toute chose soit exactement à sa place, que tout soit constamment ordonné. Et Dave n’est pas un cas isolé parmi les habitants de l’Ile d’Ici. La maniaquerie excessive est collective.

« Ici, chaque arbre était parfait. Chaque rue était parfaite. La forme même de Ici était parfaite ».

Le problème des gens d’Ici, c’est la mer. Aucun d’entre eux ne l’apprécie. Pire, elle leur fait peur. Car seule la mer les sépare de . Là étant l’exact contraire d’Ici : chaos, désordre et mal.

La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014
La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014

Sur le ton du conte et avec pour seul accompagnement une voix-off assez monocorde (les passages dialogués étant rares dans cet ouvrage), le lecteur suit cette lecture presque dépourvue de soubresauts narratifs. A l’instar de ce monde automatique, j’ai eu l’impression d’être moi aussi bien rangée, trop calme face à cette lecture qui glisse et – fait étrange car assez rare – bien assise sur mon siège… agacée par le caractère simpliste du propos. On nous sert un cloisonnement presque enfantin des choses, opposant l’organisé à l’insoumis, le propre au chaos, l’esthétique au mal… Heureusement, le lecteur aguerri et persévérant est d’avance convaincu quant au fait que Dave, malgré son côté « mouton de Panurge » parfaitement assumé, va mettre son grain de sel dans cet agencement policé où rien ne bouge ou plutôt, va laisser un poil au fond de la baignoire parfaitement astiquée. C’est une évidence… charge à l’auteur de nous surprendre vis-à-vis d’une intrigue qui semble cousue de fil blanc.

C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’ai guetté le remue-ménage escompté. Car bien évidemment, l’homme de la couverture ne peut-être que Dave, et cela doit signifier qu’un bout de Là est arrivé Ici, et comme Là est associé au Mal, cette barbe devrait faire grand bruit. CQFD. [C’est plat ce que je vous raconte mais je me mets au credo du scenario]. Rassurez-vous, je n’ai pas spoilé, juste supposé. A elle seule, la couverture en a montré plus que ce que je n’en ai dit !

Ainsi, en l’espace d’à peine deux mois, le trajet d’un employé jusqu’à son bureau qui, par exemple, se retrouvait dévié, ne passait plus par le monde connu soigné et maîtrisé d’Ici, mais par un monde méconnaissable.

Progressivement, la simpliste dissociation des choses s’adoucit, tout comme cette désagréable impression que l’intrigue – aussi excentrique soit-elle – n’est pas en mesure de me surprendre. Pour autant, la lecture reste morne et propose une chronique sociale où tout le monde passe au crible. Scientifiques, pseudo-experts, médias, presse people, politiciens, armée… l’auteur montre leur incapacité à raisonner, leur habileté dans l’art de tergiverser et tout simplement, leur incapacité à agir de façon constructive et à réfléchir de manière intelligente. Un peu comme nos sociétés actuelles qui sont chapeautées par des hommes issus du monde de la politique, de la finance (et je vous laisserais compléter la liste). Malheureusement, le scénario de Stephen Collins manque de petites excroissances auxquelles le lecteur pourrait se raccrocher. La narration reste monocorde, son rythme est ennuyeux.

La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014
La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014

Stephen Collins déroule avec soin les événements qui ont lentement conduit une société à se désorganiser. Une perte de repères progressive mais totale. Ou comment la survenue d’une barbe peut amener au chaos !  Des illustrations ravageuses apparaissent ponctuellement, promettant au lecteur une suite susceptible de l’accaparer. Il suffit juste d’attendre que « tout change »… pour pouvoir enfin s’immiscer dans cet univers trop bien huilé, trop bien rangé, trop virtuel.

Et si Là était Ici depuis le début ? Et si Là n’était pas un lieu mais une force du chaos et du désordre présente partout, tapie derrière les choses, maintenue à distance par l’ordre et le rangement, une sorte de lave qui chercherait une brèche pour sortir. Et si elle avait trouvé cette brèche, Dave ? Et si cette brèche c’était vous ?

A la moitié de l’album, la transformation est entamée mais bien que l’intérêt pour la lecture se consolide timidement, il ne se concrétise pas entièrement. Il me semble que Stephen Collins effleure son sujet. « La gigantesque Barbe du Mal » est une fable « passe-partout » que tout un chacun pourrait lire. Le récit manque de mordant et s’il dispose d’une quelconque profondeur, cela tient essentiellement à la capacité du lecteur à prolonger une réflexion qui est presque chuchotée.

Ce qu’il y a de frustrant, c’est d’être convaincu du potentiel de cette histoire mais de constater que l’auteur n’a pas pris la peine de lui donner la force qu’elle requérait. Les sourires amusés que l’on compte sur les doigts d’une main et quelques illustrations remarquables [elles nous font immanquablement penser à des planches de Shaun Tan ou de Charles Burns] ne m’ont pas permis d’atténuer la déception provoquée par ce livre.

PictomouiUn ouvrage qui manque de mordant. Une prise de position plus acerbe de la part de l’auteur aurait été la bienvenue.Une lecture qui passe, qui m’a laissée insatisfaite. Pourtant, cela part de sujets sensibles : la peur de l’Autre, la peur de la différence, la peur de ce qui est étranger. Presque 250 pages pour finalement bien peu de plaisir.

La chronique de David Fournol et celle de Caroline.

Lecture mensuelle retenue avec l’équipe k.bd

kbd

Extraits :

« Sous la surface des choses, en-dessous de leur peau, se cache quelque chose que nul ne connaît. Le rôle de la peau, c’est de tout envelopper et de ne rien laisser passer » (La Gigantesque Barbe du mal).

« Car finalement, Ici bas, tout au bout du bout, à la lisière des choses, tout le monde a besoin d’un truc. D’une habitude. Un moyen de faire taire le tumulte. Quelque chose de prévisible et de familier qui empêche de penser à Là. Quelque chose qui, grâce à dieu, fasse barrière au désordre des rêves » (La Gigantesque Barbe du mal).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : gigantesque

La Gigantesque barbe du mal

One shot

Editeur : Cambourakis

Dessinateur / Scénariste : Stephen COLLINS

Dépôt légal : novembre 2014

ISBN : 9782366241136

Bulles bulles bulles…

 

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La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014