Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée (Liew)

Liew © Urban comics – 2017

Il m’est difficile de résumer cet album de façon à être compréhensible. Alors vu que cela faisait longtemps que je ne l’avais pas fait… je m’autorise un petit copier-coller. Fraichement sorti du site de l’éditeur, voici donc le pitch de « Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée » :

« Charlie Chan Hock Chye, né en 1938 à Singapour où il vit toujours, est auteur de bande dessinée depuis l’âge de 16 ans. À 70 ans passés, il revient sur ses 50 ans de carrière. Ses récits se déroulent sous nos yeux en un éblouissant éventail de genres et de styles graphiques dont l’évolution reflète à la fois celle de la bande dessinée mais aussi celle du paysage politique et social de son pays natal. Composée des extraits de publications, illustrations, croquis et peintures originales de l’artiste fictionnel, cette fausse autobiographie a permis à son véritable auteur, Sonny Liew, de questionner l’Histoire de son pays et de créer avec Charlie Chan Hock Chye l’artiste de bande dessinée dont Singapour aurait pu rêver. En imaginant cette histoire alternative de la bande dessinée singapourienne, l’auteur offre en parallèle une exemplaire leçon de bande dessinée à travers l’évolution de ses codes et de ses genres. »

Ingénieux cet album. Il nous embarque dans la vie d’un auteur de manga. On sait tout de son enfance à Singapour et de sa passion précoce pour le dessin, de son adolescence où il fait une rencontre heureuse avec Wong, qui deviendra son scénariste pour quelques années. Les compères cherchent à inventer « quelque chose de nouveau » et inventent de nouvelles histoires qui vont leur permettre de s’entraîner, de s’améliorer. Bien sûr, ils veulent percer, trouver leur lectorat, se faire remarquer. Dans un premier temps, c’est grâce à l’oncle (imprimeur) de Wong qu’ils sont édités mais le succès n’est pas au rendez-vous. Pire encore… les ventes ne décollent pas. Ils ne se découragent pas et persévèrent tout en continuant de grandir. A côté de leurs jobs alimentaires, ils se retrouvent pour faire avancer leur projet.

Le plan était de créer assez de matériel pour une maquette de magazine… un échantillon de travail éblouissant qui intéresserait les éditeurs.

Les années passent, la passion de faire de la BD demeure.

Ces personnages fictifs injectent dans leurs histoires le contexte social dans lequel ils sont nés et ont grandi. Ainsi, des réelles figures historiques côtoient les personnages fictifs. Les événements historiques nourrissent les histoires qu’ils mettent en images : la grogne des chauffeurs de bus et le mouvement étudiant de 1955, les actions syndicales et Lim Chin Siong ou bien encore les travaux qui influencent les premières histoires que le duo de personnage réalisent (Osamu Tezuka, Wally Wood…).

C’est un album absolument passionnant. En tournant les pages, on découvre des perles. A feuilleter, on pourrait croire à un recueil de travaux mais le fil narratif nous fait très vite oublier l’éclectisme des dessins. En effet, tout se fond dans un récit cohérent, des premiers crobards naïfs de Charlie Chan à des illustrations maîtrisées et réalisées à la peinture, des planches de ses « premières séries » dessinées au feutre bleu sur du papier de mauvaise qualité aux planches mettant en scène le personnage principal dans son quotidien d’aujourd’hui, de vieilles photos, quelques coupures de journaux… voilà un patchwork graphique impressionnant pour réaliser cette biographie fictive la plus documentée qu’il m’ait été donné de lire. Et c’est une sacrée aventure !

Sonny Liew a mis les petits plats dans les grands. Il crée son propre avatar que l’on voit de-ci de-là et on sent souvent sa présence – à défaut de le voir – dans l’interview fictive qu’il fait mener à son personnage de papier. Il ne juge pas mais utilise Charlie Chan pour retracer l’histoire de son pays, la colonisation anglaise puis l’arrivée des Japonais, l’utilisation des communistes puis la chasse aux sorcières, de la guerre d’indépendance… sans compter que c’est aussi l’histoire du lent développement de la bande dessinée des années 1950 on lit plusieurs histoires en unes ; à la fois chronique sociale, science-fiction, récit intimiste. Par le biais de son héros de papier, Sonny Liew scrute à la loupe l’histoire de Singapour et de la Malaisie des années 40 à aujourd’hui.

Captivant, fascinant… N’hésitez pas à le découvrir si l’occasion se présente à vous !

Et un immense merci à Jérôme pour ce somptueux présent 😉

Le rendez-vous de « La BD de la semaine » est à retrouver chez Noukette aujourd’hui !

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée

One shot
Editeur : Urban Comics
Collection : Urban Graphic
Dessinateur / Scénariste : Sonny LIEW
Dépôt légal : janvier 2017
328 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2-3657-7975-3
L’ouvrage sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée – Liew © Urban comics – 2017

Chroniks Express 36

Bandes dessinées : La Valise (D. Ranville & G. Amalric & M. Schmitt Giordano ; Ed. Akiléos, 2018).

Jeunesse / Ados : La Passe-Miroir, livre 1 : Les fiancés de l’hiver (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2013), La Passe-Miroir, livre 2 : Les disparus du Clairedelune (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2015), La Passe-Miroir, livre 3 : La Mémoire de Babel (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2017), Rendez-vous n’importe où (T. Scotto & I. Mondy ; Ed. Ulule, 2017), Mickey et l’océan perdu (D-P. Filippi & S. CAMBONI ; Ed. Glénat, 2018).

Romans : Les Loyautés (D. De Vigan ; Ed. Lattès, 2018).

 

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Bandes dessinées

 

Ranville – Amalric – Schmitt Giordano © Akiléos – 2018

Une femme aux yeux de chat quitte son manoir isolé. Elle délaisse le calme de sa retraite pour descendre en ville. Elle tient fermement la poignée de sa valise. Sa chouette la précède, comme pour lui ouvrir le chemin et s’assurer de l’absence de danger.

En bas, la silhouette austère s’étire à perte de vue. Un immense mure entoure la ville empêchant quiconque d’entrer… ou de sortir. Pour pénétrer dans la cité, il faut se présenter devant une immense porte gardée, décliner son identité et tendre les autorisations de circuler. A l’intérieur, les gratte-ciels succèdent aux gratte-ciels et en son cœur, un bâtiment énorme au milieu duquel trône l’immense statue de l’homme qui dirige tout, un sauveur… un bourreau. Les cheminées des usines crachent leur fumée, les lumières des projecteurs balayent le ciel,les soldats font leurs patrouilles. Ceux qu’ils arrêtent vivent leurs dernières heures. A l’extérieur de la ville, le no man’s land, la forêt à perte de vue.

Un couple tente d’échapper à cet état policier. Parents d’un nourrisson, ils cherchant à offrir un meilleur avenir à cet enfant que les seuls murs de cette ville-prison. Ils ont rendez-vous avec la femme aux yeux de chat. Elle a la possibilité de les faire sortir clandestinement de la ville. Mais son aide a un coût et tous ceux qui recourent à ses services en payent le prix fort.

Récit fantastique dans une société qui ne ressemble en rien à ce que l’on connaît. L’architecture des lieux est telle que l’histoire pourrait se passer dans le passé (métaphore du fascisme ?) ou dans le futur.

C’est un récit qui dénonce les régimes despotiques. On retrouve les éléments habituels de ces univers : un régime répressif, un despote fanatique assoiffé de pouvoir [les auteurs soignent notamment tout ce qui a trait au culte de la personnalité : affiches, statues, cérémonie…) sans oublier le combat des opposants rebelles…

C’est l’éternel récit du bien contre le mal. Le résultat n’est pas inintéressant mais si vous êtes friands de ce genre d’histoires, préférez-lui « Le Désespoir du singe » qui est bien plus abouti tant sur le fond que sur la forme.

 

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Jeunesse / Ado

Dabos © Gallimard – 2013

Bienvenue sur Anima, une des Arches du Nouveau Monde. Les Arches sont des bouts de Terre éparpillés çà et là dans l’atmosphère, chacune est gouvernée par un Esprit. L’esprit d’Anima est Artémis qui est l’Ancêtre de tous les habitants d’Anima. Grâce à elle, les habitants de l’Arche ont hérité d’un don qui se manifeste de manière différente chez chacun d’entre eux.

Ophélie a hérité du don de pouvoir passer les miroirs. Ces derniers lui servent de portes pour se déplacer à sa guise dans les lieux qu’elle a déjà visité. En outre, elle possède le don de liseuse ; lorsqu’elle tient un objet entre ses mains, elle peut ainsi lire son histoire au travers des émotions de tous ses anciens propriétaires.

Sa vie est organisée autour de son petit monde, entre la vie de famille et son travail au musée. Mais son équilibre vole en éclats le jour où elle apprend que les Doyennes d’Anima ont organisé son mariage avec Thorn. Les conséquences de ce mariage arrangé sont importantes : Thorn vient d’une Arche lointaine appelée « Le Pôle » et le mariage implique qu’Ophélie quitte son Arche natale pour aller vivre sur celle de son futur époux, un homme froid et austère. Ce mariage permet également de consolider les relations diplomatiques entre les deux Arches.

Dès qu’elle arrive au Pôle, Ophélie prend la mesure de la rudesse de sa nouvelle vie. Gouvernés par Farouk (un des frères d’Artémis), les dons des habitants du Pôle sont bien différents de ceux qu’elle connaissait sur Anima. Ophélie va devoir apprendre à vivre dans ce monde hostile et corrompu où tous – à quelques rares exceptions près – voient son mariage avec Thorn d’un mauvais œil. Ophélie comprend vite que sa vie est en danger. La seule personne sur laquelle elle semble pouvoir se reposer est Bérénilde, la tante de son fiancé… mais peut-elle réellement compter sur la protection de cette femme qui consacre tout son temps aux frivolités de la Cour de Farouk ?

Pourquoi cette lecture ? Mon fils aîné fait désormais preuve d’un gout prononcé pour la lecture de romans, de préférence dans le registre de la fantasy. Je voulais lui faire découvrir un nouvel univers mais j’ai voulu savoir si cette lecture pouvait convenir à un lecteur de son âge. Résultat : j’ai engouffré le livre en deux jours tant il m’était impossible de le lâcher.

L’intrigue est riche, les sujets traités (rapports diplomatiques et politiques, peur de l’étranger, mensonge, corruption, sentiments, mariage arrangé, pouvoir surnaturel, respect des lois…) sont variés et Christelle Dabos prend ses lecteurs au sérieux. Son écriture est très agréable, très accessible. Son univers imaginaire fascine, ce mystère qui plane sur ce monde nouveau, la promesse de savoir que la lecture nous permettra de comprendre pourquoi notre monde actuel a volé en éclats et de comprendre peut-être comment sont nés les Esprits qui gouvernent chaque Arche.

Une lecture jeunesse que j’ai dévoré. Sitôt le premier volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Le site de cet univers ainsi que les chroniques d’Yvan et de Bidib.

 

Dabos © Gallimard – 2015

Où l’on retrouve Ophélie qui cherche toujours à comprendre les codes qui régissent les rapports humains sur cette Arche austère, celle de Farouk. Le Pôle et ses habitants. Les nobles et les sans-pouvoirs. Alors que ces derniers sont les petites mains qui doivent effectuer toutes les tâches ingrates (travail à l’usine, valet, mécanicien…), les nobles quant à eux ne se préoccupent que d’une seule chose : se faire bien voir de leur Esprit de famille. Les nobles sont répartis en différents clans, chaque clan maîtrise un pouvoir qui lui est propre. Les clans dominants sont les Dragons (le mari d’Ophélie fait partie de ce clan), les Mirages (capables de créer n’importe quelle illusion, qu’elle soit temporaire ou durable) et la Toile (chaque membre de la Toile est relié mentalement à son clan et chaque individu est capable d’entrer dans les pensées de n’importe lequel de leur interlocuteur) … et puis il y a les clans déchus (bannis suite à une erreur d’un de leur membre).

Dans cet univers hostile, Ophélie doit lutter pour survivre. Elle se déguise et évolue en toute discrétion, dans l’ombre de Bérénilde. C’est ainsi que sous les traits d’un valet, elle entre à la cour de Farouk et a ainsi tout loisir de découvrir enfin toute la laideur de cette société.

En parallèle, différentes occasions lui sont offertes de faire peu à peu la connaissance de son futur époux.

Rhoooo… deuxième volume de « La Passe-miroir » dévoré aussi vite que le premier tome. Cet univers m’a totalement fasciné. Christelle Dabos a cette capacité de vous projeter dans un lieu comme si vous y étiez. Un bureau et son fauteuil, un jardin et ses couleurs, une salle de jeu et son brouhaha… Christelle Dabos vous installe où elle veut, quand elle veut et parvient à vous faire percevoir une géographie des lieux comme vous n’en avez jamais vu. Tout est nouveau, des babioles de certains personnages à leurs somptueuses robes de bal et pourtant, tout vous est si familier.

En sus, une enquête policière, des sentiments amoureux, des pièges évités, des amitiés qui naissent sous nos yeux, un état de tension que l’on ne quitte pas (du fait de cet univers hostile) … Sitôt le deuxième volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Dabos © Gallimard – 2017

Cela fait près de trois ans qu’Ophélie a été séparée de Thorn et contrainte de revenir sur Anima. Depuis trois ans, Ophélie a l’impression d’avoir été amputée d’une part d’elle-même. En secret, et avec l’aide de son Oncle, Ophélie fait des recherches sur les autres Arches. Compte-tenu des informations qu’elle est déjà parvenue à recueillir, elle est persuadée que Thorn se cache sur l’Arche de Babel.

Mais comment rejoindre Thorn alors que les Doyennes d’Anima ne cessent de la surveiller ? C’est alors que surgit de nulle part Archibald (l’ex-ambassadeur du Pôle) qui explique à Ophélie qu’il a trouvé une Rose des Vents qui lui permet de voyager d’une Arche à l’autre. Ophélie saisit alors l’occasion au vol et demande à son ami de lui montrer le chemin de l’Arche de Babel. Ophélie s’y rendra seule, Archibald et ses amis ont d’autres projets et la tante Roseline préfère rejoindre Bérénilde (la tante de Thorn) sur l’Arche de Farouk.

Ophélie découvre une nouvelle Arche, celle de deux Esprits de Famille : les jumeaux Hélène et Pollux. Elle doit apprendre de nouvelles règles de vie en société, elle découvre les pouvoirs de nouveaux nobles et la dure réalité des sans-pouvoirs de Babel. Ophélie ne peut se fier qu’à son instinct pour retrouver Thorn et plus elle se rapproche du but qu’elle s’est fixé, moins elle est sûre de retrouver un jour son mari.

Une fois encore, l’accroche est au rendez-vous-même si, pour le moment, ma préférence va au second tome de la série. Mais une fois encore, on navigue en plusieurs intrigues que l’auteur fait avancer sans jamais nous perdre et en continuant de donner de nouvelles perspectives à la série. La quête d’Ophélie (que je ne révèlerai pas ici) prend de plus en plus de consistance même s’il reste encore de nombreuses zones d’ombre.

Franchement, si vous ne l’avez pas lu, tester au moins le premier volume. Certes, les tomes sont épais mais ils se dévorent étonnamment vite ! Christelle Dabos travaille sur le tome 4 et il me tarde VRAIMENT de pouvoir le lire !

Quant à mon fils, il a souhaité terminer la série dans laquelle il était avant de commencer le premier volume de « La Passe-Miroir » . J’appréhendais que le livre ne lui tombe des mains ; en effet, il aime la fantasy mais il aime plus encore quand il y a de l’action et des scènes de combat. Avec « La Passe-Miroir » , il faut laisser à l’auteure le temps de placer les bases (riches et nombreuses) de son univers, comprendre qui sont les Esprits et se repérer un peu dans les Dons (pouvoirs) des différentes familles (Donc qui diffèrent d’une Arche à l’autre). Pourtant, il a passé ce cap et s’enfonce avec plaisir dans cette série.

 

Scotto – Monchy © Ulule – 2017

Où Madam’zelle et Monsieur décide de se rencontrer dans une semaine.

Où Madam’zelle et Monsieur se languissent à l’idée de se voir.

Où Madam’zelle et Monsieur s’écrivent chaque jour et dévoile peu à peu leurs sentiments.

Thomas Scotto met en mot cette correspondance amoureuse et invite, dans ce joli bal de mots, Mesdames Poésie et Métaphore pour parler des sentiments, de l’amour, du désir et… de l’attente.

Ingrid Monchy illustre ces amoureux éperdus, fous d’amour et ne désirant qu’une seule chose : prendre l’autre dans ses bras.

Où l’enfant s’amuse de les voir si gauches. Où l’enfant comprend très vite de quoi il en retourne mais qui s’amuse de voir deux adultes si empotés pour dire leurs sentiments.

Où l’enfant se réjouit et attend lui aussi le jour de la rencontre entre Madam’zelle et Monsieur.

Où cette jolie pépite a été déposée sous notre sapin par Noukette et où on se dit que décidément, les copines, il n’y a rien de meilleur sur Terre.

Filippi – Camboni © Glénat – 2018

« Le monde est enfin en paix après des années de conflit. Mickey, Minnie et Dingo sont récupérateurs. Leur mission : explorer les épaves de l’ancienne guerre en quête de ressources technologiques. Activité dans laquelle ils peuvent compter sur Pat Hibulaire pour leur mener la vie dure ! Un jour, répondant à une annonce, nos trois comparses mettent la main sur un cube étrange situé dans les profondeurs de l’océan. Ils n’imaginent pas les véritables motivations de leur commanditaire ni l’étendue des pouvoirs de cet artefact, à première vue inoffensif… » (synopsis éditeur).

Je ne suis pas du tout du genre à me ruer sur le dernier Mickey sorti. Pire encore, je ne suis pas-du-tout-Mickey… même si, plus jeune, j’ai passé des heures et des heures de lecture sur « Le Journal de Mickey », les « Mickey Parade » et j’en passe.

Je pensais que la fan de Mickey qui sommeille en moi était endormie pour toujours. Pour toujours ? Je n’en suis plus si sûre quand j’ai appris la sortie de cet album dans le catalogue de Glénat. J’ai acheté ans me soucier de l’histoire.

Ce qui m’a fait craquer ? Les illustrations de Silvio Camboni !

Et effectivement, graphiquement, on en prend plein les mirettes ! Tout est soigné, jusqu’au moindre détail. Les couleurs sont très agréables, les personnages identifiables au premier coup d’œil, les planches de toutes beauté. C’est l’aspect graphique qui m’a décidé à me procurer cet album et de ce point de vue-là, je ne suis totalement satisfaite.

Le scénario de Denis-Pierre Filippi met la barre un peu haute côté album jeunesse. Quelques mots de vocabulaire à expliquer, quelques transitions supplémentaires auraient été les bienvenues… bref, c’est un Mickey pour adultes qui est doté d’un scénario un peu confus.

Un bel album au demeurant mais on aurait aimé que l’histoire soit aussi succulente que les illustrations.

 

Romans

De Vigan © J-C. Lattès – 2018

Hélène enseigne au collège. Dans sa classe, un élève attire son attention. Il est discret, inhibé, silencieux… Hélène fait très vite le parallèle entre l’image que Théo renvoie aux autres et sa propre enfance. Elle est persuadée que Théo est victime de maltraitances. Entre doutes, hésitations et certitudes, Hélène s’agite.

Il me tardait finalement de retrouver la plume de Delphine De Vigan et je n’ai pas résisté à l’opportunité de découvrir son dernier roman sorti ce mois-ci. « Les Loyautés » est un roman très court comparé aux deux autres récits que j’ai pu lire (« Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie » ). Ici, en tout juste 200 pages, elle dresse un portrait saisissant d’un quotidien dans lequel on pressent très vite le drame. Pourtant, on ne sait par quel biais va surgir l’instant fatal qui va conduire à déstabiliser ce fragile équilibre.

Dans ce récit, on côtoie deux adolescents sur le fil, une mère de famille en pleine remise en question et une enseignante en proie à ses démons. Le scénario se découpe en plusieurs chapitres et donne la voix tour-à-tour à chacun d’entre eux. Leur point commun : tous ces personnages courent à toutes ces générations est la quête d’identité à laquelle ils se consacrent ; certains cherchent leurs limites, d’autres cherchent des repères, tous souhaitent donner du sens à leurs actes… à leur parcours de vie.

Delphine De Vigan distille une ambiance inquiétante dès les premiers mots de son roman. Une peur sourde nous envahit et nous ne nous lâchera plus jusqu’à ce que l’on atteigne le dénouement se son récit. Et lorsqu’on referme l’ouvrage… le destin de ses personnages continue de nous hanter pendant quelques jours.

La chronique d’Au fil des Livres, Pierre Darracq, Cuné, …

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (Zidrou & Park)

Zidrou – Park © Jungle – 2017

Ajatashatru Lavash, un fakir, débarque à Paris pour acheter un lit à clou. Malheureusement, le magasin Ikea où il se rend n’a pas le produit en stock et Ajatashatru Lavash doit prolonger son séjour d’une nuit. Il décide de dormir dans le magasin. Quand il entend des bruits de voix, il comprend que la place qu’il a trouvée (sous un lit) n’est pas un repaire idéal. Il se glisse alors dans une armoire afin de se dérober aux regards des employés.
Malheureusement, l’armoire fait partie des meubles qui doivent être déstockés et expédiés en Angleterre. Malgré lui, Ajatashatru Lavash se retrouve donc dans une armoire protégée à l’aide d’un élastique et chargée dans la remorque d’un camion qui s’apprête à traverser la Manche. Il serait mort asphyxié si trois migrants africains ne l’en avaient délivré. La suite des événements n’est qu’une succession d’incidents qui vont amener Ajatashatru Lavash aux quatre coins de l’Europe.

Adaptation du roman de Romain Puértolas (Editions Le Dilettante, sorti en 2013), je m’attendais à ce que le talent de Zidrou fasse rebiquer les moustaches du personnage principal mais il n’en est rien. Au grain de folie présent dans le roman de Puértolas, point d’ajout, point d’excentricité supplémentaire, bien au contraire. Si l’on excepte le contenu très condensé de l’album (48 pages) comparé au roman (256 pages), on constate vite que l’on tient en main un résumé assez décevant du périple de ce fakir roublard. Certes, on retrouve les grands thèmes du récit (la rencontre de cultures différentes, la fascination du personnage face à la présence de nouvelles technologies, les migrants, les sentiments, la célébrité…) mais rien n’est sublimé, fouillé ou agencé pour permettre au lecteur d’être pris dans le tourbillon des événements. Tout au plus, je dirais que l’avantage direct de cette adaptation peut intéresser ceux qui n’auraient pas lu le roman puisque l’album offre un résumé assez propre de l’œuvre de départ.

Le constat est identique du côté graphique. Le travail de Kyung-eun Park tasse cet univers et le rend plus grinçant qu’il n’est nécessaire. Les planches sont surchargées et à part quelques trop rares exceptions de-ci de-là, on a un gaufrier redondant de 4 bandes de 2 ou 3 cases. L’ambiance graphique n’est ni avenante ni complètement repoussante mais voilà, on ne s’y immisce pas, il n’y fait ni chaud ni froid. C’est trop neutre pour provoquer quoi que ce soit chez le lecteur.

Dommage. Je m’attendais à sourire comme j’ai souri en lisant le roman. Je m’attendais à tout sauf à ne rien ressentir. Le genre d’adaptation qui me fait fuir.

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

One shot
Editeur : Jungle
Dessinateur : Kyung Eun PARK
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2017
48 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-822-21584-8

Bulles bulles bulles…

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L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Zidrou – Park © Jungle – 2017

Je ne suis pas d’ici (Yunbo) & Je suis encore là-bas (Dahmani)

Yunbo © Warum – 2017

Je ne suis pas d’ici

One shot
Editeur : Warum
Dessinateur / Scénariste : YUNBO
Dépôt légal : septembre 2017
146 pages, 16 euros, ISBN : 9782-3-6535-2987

Bulles bulles bulles…

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Je ne suis pas d’ici – Yunbo © Warum – 2017

Ma vie aujourd’hui ne me convient plus. Ce qui me manque ici, je le trouverai là-bas. C’est effrayant ce saut dans l’inconnu mais j’ai hâte d’y être.

Eun-mee a l’impression d’être en cage. Elle s’ennuie à Séoul, elle tourne en rond et a obtenu l’autorisation de ses parents pour aller faire ses études supérieures en France. Le départ est imminent et Eun-mee est euphorique à cette idée. Une nouvelle vie commence pour elle.

Elle quitte toutes ses petites habitudes familières, une dernière après-midi dans un café pour réviser son français, une dernière soirée avec ses amies, un dernier repas cuisiné par sa mère, un dernier au-revoir à ses parents et à son frère…

C’est au début de l’automne que j’ai quitté toutes ces choses familières. Et pour la première fois de ma vie, je suis partie loin. Très loin.

Très vite, elle est frappée par le décalage qui existe entre les deux cultures. Déstabilisée, elle parvient malgré tout à s’accrocher à ses études. Elle obtient la reconnaissance de son diplôme en France et cette équivalence lui permet de déposer un dossier à l’EESI (Ecole Européenne Supérieure de l’image) d’Angoulême. Au bout de quatre années d’études, elle constate qu’elle a toujours autant de mal à s’acclimater à la vie en France. La Corée lui manque mais après un séjour de deux mois en famille pendant la période des vacances universitaires d’été, elle constate aussi qu’elle a du mal à trouver sa place en Corée. Qui est-elle ?

Le déracinement soulève des questions qu’elle n’avait pas anticipé. Le fait de ne se sentir à sa place nulle part lui fait perdre pied.

Ce matin, la curiosité, l’excitation et la confusion sont au rendez-vous. Tout m’intéresse : le paysage, les immeubles, les arbres, les odeurs. En Corée, j’étais la fille, la sœur, l’amie, l’étudiante qui aimait travailler toute la journée dans les cafés, manger dans les pojangmacha, discuter peinture ou cinéma et se promener dans la nuit des néons. C’était moi avant. Mais ici, qui suis-je ?

Je ne suis pas d’ici – Yunbo © Warum – 2017

Sans misérabilisme, Yunbo raconte son parcours indirectement en se glissant sous les traits de Eun-mee. Elle retrace chronologiquement les étapes qui se sont succédées après son arrivée en France. De la difficulté de communiquer dans une autre langue à celle de comprendre les codes sociaux. Du changement d’habitude en passant par l’envie de connaître une autre culture. Tout y passe plus ou moins facilement. Les petites victoires sur soi sont à l’égal des déceptions qu’il faut encaisser.

L’auteure propose une réflexion sur la construction de soi et, plus largement, sur les notions d’identité et d’appartenance (à une culture, à des valeurs…). On peut difficilement anticiper l’impact d’un déracinement géographique sur notre conception des choses. Très vite, le témoignage de Yunbo/Eun-mee nous montre que le fait d’être seule, livrée à elle-même, modifie en premier lieu la perception que l’on a de soi. Yunbo le montre très adroitement en changeant radicalement l’apparence de son double de papier. Du jour au lendemain, le visage de la jeune femme est remplacé par une tête de chien. Ce décalage entre la vision qu’elle a d’elle-même et ce que lui renvoient les autres, qui la rassure autant que ça la questionne.

Cette métamorphose provoquée par un changement radical de sa vie et de ses habitudes vient exacerber les peurs. Et les questions lancinantes qu’elle se repasse en boucle : qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Ai-je fait les bons choix ? Où est ma place ?

J’ai bien aimé ce témoignage qui vient comme une catharsis. Comme la promesse d’une rencontre possible avec l’autre et qui sait… avec soi-même ?

Cet album de Yunbo fait écho à celui de Samir Dahmani qu’elle a rencontré pendant ses études et qui est devenu son compagnon. En préface de « Je ne suis pas d’ici », Thierry Groensteen aborde les ponts qui relient ces deux albums :

Très vite, dans les couloirs de l’école comme sur les pelouses, on ne voyait plus Yunbo sans Samir, on ne rencontrait plus Samir sans Yunbo. Samir Dahmani, déjà l’héritier d’une double culture, allait alors en découvrir une troisième et se passionner pour elle, jusqu’à s’initier à la langue et la culture du pays à l’occasion de trois séjours en Corée, à l’Université nationale de Chungnam. (…) Ces quatre dernières années, la vie de Samir et de Yunbo a été rythmée par des aller-retours entre la Corée et la France dont ils tirent aujourd’hui deux albums : « Je ne suis encore là-bas pour Samir et Je ne suis pas d’ici pour Yunbo. Les titres se font écho, explorant l’un l’autre le thème de l’expatriation. Ils traitent de la Corée, mais il pourrait aussi bien s’agir de n’importe quel autre pays.

Thierry Groensteen a réalisé avec Yunbo et Samir une interview en mai 2016.

Dahmani © Steinkis – 2017

Les couleurs des couvertures s’accordent. Le trait léché et délicat de Yunbo laisse place à une ambiance graphique plus maladroite. On est à Séoul aux côtés de Sujin, une jeune employée. Elle s’apprête à aller chercher un client français qui arrive à l’aéroport. Elle sera son guide le temps de son séjour. Au programme : découverte de Séoul et être sa traductrice lors des différentes rencontres professionnelles qu’il doit avoir. Tous deux sympathisent. Sujin s’étonne de sa facilité à se confier à cet inconnu. De fil en aiguille, elle lui parle de ses années d’études en France et de sa difficulté à retrouver sa place dans la société coréenne.

C’est aussi pour elle l’occasion de parler de la culture coréenne, des traditions, des règles de vie en société…

Parfait pendant de l’album de Yunbo, « Je suis encore là-bas » parle du retour chez soi après une longue absence, du deuil impossible à faire de la vie d’avant et de cette place si difficile à retrouver.

Pour le personnage de Sujin, Samir Dahmani s’est beaucoup inspiré du quotidien de sa compagne mais d’autres témoignages de femmes coréennes convergent aussi vers ce personnage fictif. On perçoit vite son malaise et son impression de n’avoir de place nulle part. On se pose aussi rapidement cette question : les tensions auraient-elles été aussi importantes si elle avait choisi de faire ses études en Corée ?

J’ai préféré l’album de Yunbo qui se sert davantage des interactions entre les personnages et qui est très agréable à regarder. Le récit est également moins figé, il est plus spontané.  Je n’ai pas eu de difficultés pour lire l’ouvrage de Samir Dahmani, mais le propos est vraiment massif. Cela doit tenir au fait que l’auteur a concentré plusieurs expériences dans un même personnage. Mais pour le coup, ce personnage a beaucoup de choses à dire sur la société coréenne et le résultat est un long monologue (un peu plombant). L’idée était bonne de se servir d’un étranger (l’auteur) pour permettre à la parole de se délier mais cet étranger est finalement secondaire dans le récit. Une BD-reportage aurait peut-être été de bon aloi.

Je suis encore là-bas

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Samir DAHMANI
Dépôt légal : septembre 2017
146 pages, 16 euros, ISBN : 9782-3-6846-0719

Bulles bulles bulles…

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Je suis encore là-bas – Dahmani © Steinkis – 2017

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.

Macaroni ! (Zabus & Campi)

Zabus – Campi © Dupuis – 2016

Sur la couverture, un vieil homme, sa bouteille d’oxygène à portée de main et son fantôme qui le hante. Le petit-fils dans l’encadrement de la porte à l’air perdu dans ses pensées. C’est Roméo. Il a 11 ans. Et Ottavio est son grand-père. Quant au titre, « Macaroni ! », c’est un quolibet dont on affublait les immigrés italiens, du temps où leur installation était encore récente et qu’ils n’étaient pas encore intégrés à la population.
L’histoire se passe en Belgique, dans les cités ouvrières proches des exploitations minières. Payés au lance-pierre, vivant dans la misère, ils gardaient toujours un bout du soleil d’Italie dans leur cœur. Paysage urbain d’une cité ouvrière parmi tant d’autres, des maisons qui s’enfilent en chapelet dans des rues rectilignes, toutes identiques les unes aux autres à quelques détails près. Des façades rouges tomate, rouge sang… rouge brique.

Roméo doit passer une semaine chez son grand-père paternel. Il ne le connaît pas ou très peu, la visite annuelle n’a jamais suffi à ce qu’il se sente proche de son aïeul. Roméo ne comprend pas pourquoi son père tient absolument à le confier à son grand-père le temps de… de quoi !? « C’est un peu le bordel en ce moment » à la maison.

L’accueil est plutôt froid. Le vieux est bourru, très attachés à ses rituels. Roméo se sent triste.

Je ne vais jamais tenir…

Le premier jour, le réveil est un peu rude et… matinal. La journée de Roméo commence au jardin. A 7 heures, il devra nettoyer l’auge de Mussolini. 3pour un gros porc, j’ai pas trouvé meilleur nom » lui dit Ottavio. Puis, il faut s’occuper du jardin, arracher les mauvaises herbes en prenant soin de ne pas abîmer les plants qui poussent dans le potager. Mais Roméo se rebiffe. « Hé ho, ça va aller ?! Je suis en vacances, moi ! ». Les deux générations cohabitent mal, leurs rythmes respectifs ne s’entendent pas, ils ne savent pas encore s’entendre même s’ils s’acceptent… de fait… ils sont de la même famille. A la première anicroche, le vieux doit se poser car l’air vient à lui manquer. Posé là sur la terrasse, il fixe son masque à oxygène sur son visage et s’assoupit. « C’est à cause de la silicose, la maladie des mineurs. (…) C’est parce qu’il a respiré trop de poussière dans les mines de charbon. Il a les poumons tout noirs » explique la voisine à Roméo. C’est Lucie. Elle a le même âge que Roméo et lui apprend au passage qu’Ottavio était mineur. Roméo découvre avec stupeur qu’il ne sait rien de son grand-père.
La semaine s’égrène lentement. Les jours se suivent, se ressemblent. Lentement, timidement, l’enfant et l’adulte s’apprivoise. Ottavio, que Roméo ne nommait pas, devient « nonno ».

Nonno. Le scénario de Vincent Zabus en fait un homme mystérieux. Fort. Ce genre d’homme face auquel on s’efface instinctivement. Il y a quelque chose en lui qui force le respect. Et puis Roméo va oser. Oser lui tenir tête. Oser lui poser des questions, un mélange entre la curiosité enfantine et l’envie de mieux connaître son grand-père. Et le « vieux chiant » se raconte et accepte que la distance se réduise entre son petit-fils et lui. La complicité naît et le scénariste prend le temps d’observer les interactions qui se noue, il ne brusque rien. Les rapports farouches aux tonalités électriques vont laisser la place à l’affection. L’incompréhension mutuelle perd chaque jour du terrain.

Roméo ne voit pas les fantômes qui hantent son grand-père. Parmi eux, il y a Giulia, sa grand-mère qu’il n’a pas connue. Il y a des trains, des mineurs et des soldats. C’est l’histoire de toute une vie. Une vie imposée par des forces contre lesquelles on ne peut lutter.

Moi, je me suis toujours laissé faire. Et j’ai tout laissé filer. (…) à 18 ans, on m’a envoyé à la guerre. Benito Mussolini, il m’a dit de tirer. Je savais pas sur qui mais j’ai dit oui. Puis on m’a dit « Va en Belgique ! » J’ai dit oui ! « Descends à la mine » Oui ! « Crève de misère » Oui ! Oui, oui, oui !

Une éternité que je suis la page Facebook de Thomas Campi. Une éternité que je savoure avec les illustrations qu’il partage. Une éternité que j’ai envie de plonger dans cet univers graphique qui me régale les pupilles. Voilà chose faite. Merveilles ces illustrations qui décrivent si bien toute la fragilité d’un homme, toutes les subtilités de son quotidien, tous les tiraillements qui le taraudent. Les jours succèdent aux nuits, les nuits aux jours. Les couleurs s’agitent, se pose, se parent et changent leur apparat, respectueuses de la luminosité. Le dessin s’installe, prend le temps de raconter cette rencontre entre deux générations, prennent le temps de caresser cette complicité naissante, prennent le temps de soigner la narration qui nous dit les affres de la guerre, celles de la mine et celle des petites gens qui vivent modestement. Les illustrations nous prennent par la main pour nous déposer, délicatement, à l’endroit adéquat, là où l’on peut observer ce qui se dit avec les mots et ce qui se dit avec les mains de ce vieil italien. Des teintes douces qui accompagnent parfaitement les heures de la journées, vives à midi, discrètes dans la chaleur agréable du début de soirée. Des couleurs qui, tout en portant chaque émotion, parviennent à atténuer l’aigreur du vieillard, de faire en sorte qu’elle ne nous envahisse pas, ne nous heurte pas de plein fouet.

Ma vie. Elle a filé comme du sable entre mes mains

De la nostalgie, des regrets et de la mélancolie flottent. Sensations diffuses, sentiments évanescents.
Rencontre, famille, complicité, affection.
On écoute. On apprend. On entend.
Coup de cœur !

Vite, un autre album de Thomas Campi !! « Les petites gens » il me faut trouver !

La chronique de Coco, Moka, Caro, Yvan et Fanny.

J’ai choisi un coup de cœur pour participer à la « BD de la semaine » . Je suis persuadée qu’il y a d’autres pépites qui vous attendent aujourd’hui pour cela, on se retrouve chez Stephie.

Macaroni !

One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Grand public
Dessinateur : Thomas CAMPI
Scénariste : Vincent ZABUS
Dépôt légal : avril 2016
144 pages, 24 euros, ISBN : 978-2-8001-6360-4

Bulles bulles bulles…

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Macaroni ! – Zabus – Campi © Dupuis – 2016

J’aime le Natto (Blanchin Fujita)

Blanchin Fujita © Hikari Editions – 2017

Qu’est-ce donc que le Natto ?? Un plat traditionnel du Japon. Et le onsen ?

En 2008, Julie Blanchin Fujita fait un voyage de deux semaines à Tokyo. Le séjour est motivé par une rencontre avec des scientifiques japonais, première étape d’un projet qu’elle souhaite mener à terme et qui l’emmènera en Antarctique. Elle est rapidement fascinée par la ville et y revient en octobre 2009 dans l’idée d’y rester une année. Alors qu’elle a déjà embarqué pour le Japon, elle apprend que les subventions qu’elle attendait ne lui sont finalement pas accordées. Malgré tout, elle s’installe à Tokyo… elle restera 6 ans.

L’auteure consacre le premier chapitre de ce carnet de voyage à une courte biographie qui relate son parcours de sa prime enfance à son entrée dans la vie active. Débutée en 2004, cette dernière met du temps à se mettre en place. Alors plutôt que de rester les bras croisés à ne rien faire, Julie Blanchin Fujita prend son sac à dos. Bolivie, Guyane, Amazonie… chaque destination est l’occasion de suivre une équipe d’experts (biologistes, ingénieurs écologues, ONG…) dans leurs missions et de témoigner de leur travail dans un album. Elle est donc habituée aux décalages horaires et curieuse de découvrir les us et coutumes d’autres pays. Résultat…

… Une découverte de Tokyo entrainante ! Julie Blanchin Fujita partage avec générosité sa connaissance de la capitale japonaise. De la gastronomie aux moyens de transports, des activités de loisirs à l’attention des tokyoïtes pour leur environnement… on a l’impression de partager ces pages avec un guide passionné par son sujet. L’auteure est visiblement quelqu’un de très avenant qui n’a aucun souci pour lier rapidement connaissance. Du coup, elle saisit les bons plans et les opportunités au vol, se crée rapidement un réseau (amical et professionnel) et partage un quotidien visiblement sans temps morts. On est loin des circuits touristiques, on se balade à ses côtés en toute confiance et on savoure chaque page, chaque instant. Petits commerces de quartiers, onsen (thermes), bars de karaoké, vernissages, architecture intérieure des appartements, habitudes culinaires… Julie Blanchin passe tout au crible non sans une certaine nostalgie des années où elle vivait à Tokyo.

Elle parvient même à nous faire nous extasier devant l’ingéniosité des WC japonais ou face à ces festivaliers qui se rendent aux emplacements indiqués pour fumer leur cigarette. La scénariste fait naître l’envie irrésistible de se détendre avec un ofuro, de manger des sushis, bref… de sauter dans un avion en partance pour le Japon et voir de nos propres yeux cette capitale aussi fascinante.

La vie au quotidien et la culture populaire japonaise avec ses rituels. Un art de vivre en société à la fois raffiné, délicat et plein de bon sens. Des wagons réservés aux femmes aux heures de pointe en vue de limiter les attouchements, des trottoirs très bien aménagés pour que les non-voyants circulent en toute sécurité, des individus qui font preuve de solidarité et affichent un calme olympien même en cas de très forte secousse sismique.

L’ouvrage est entièrement bilingue (français et japonais). L’ambiance graphique m’a pourtant fait hésiter avant d’accepter de me lancer dans la lecture. Un trait sec et nerveux faisant évoluer des personnages souvent filiformes et à l’allure souvent dégingandée, le fouillis apparent des planches, une manière de faire cohabiter différentes couleurs entre elles… autant d’éléments qui ne m’attiraient pas particulièrement. Pour d’autres raisons (trop de rondeurs dans le trait et toujours cette impression de fouillis ambiant), j’avais mis beaucoup de temps à ouvrir un album de Florent Chavouet…. Chavouet, le nom est lâché. J’ai associé le travail de Julie Blanchin Fujita à celui de Florent Chavouet. Tout d’abord parce que le fond et la forme de leurs ouvrages sont proches [pour Chavouet, je pense essentiellement à « Tokyo Sanpo » et « Manabé Shima »] : des anecdotes du quotidien, des illustrations qui se glissent de ci de là avec naturel et une démarche artistique qui consiste à partager sa propre expérience. Sans compter la bonne humeur, quelques jeux de mots, une complicité forte avec le lecteur. Pourtant, je trouve qu’il n’y a aucune redite. Julie Blanchin Fujita témoigne avec spontanéité de son expérience personnelle. Des récits aussi différents que complémentaires.

Tentez donc ! Je mets ma main à couper que vous aussi, vous apprécierez cette ambiance entrainante et la bonne humeur continue dans chaque page.

La chronique de Jérôme.

J’aime le Natto

One shot
Editeur : Hikari
Dessinateur / Scénariste : Julie BLANCHIN FUJITA
Dépôt légal : mai 2017
232 pages, 18,90 euros, ISBN : 978-2-36774-112-3

Bulles bulles bulles…

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J’aime le Natto – Blanchin Fujita © Hikari Editions – 2017