I kill Giants (Kelly & Niimura)

Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Barbara n’est plus tout à fait une enfant, pas encore une adolescente.

A l’école, Barbara n’y va pas par quatre chemins. Pourvue d’un bon sens de la répartie, la jeune fille dit ce qu’elle pense et cela ne plaît pas à l’équipe enseignante. Avec ses attitudes bizarres, ses lubies étranges et le fait qu’elle soit toujours le nez dans ses livres, les autres enfants préfèrent l’ignorer. Il n’y a que Taylor – la caïd de l’école qui rackette et tabasse tous ceux qui passent à sa portée – qui s’intéresse à Barbara, mais ses tentatives d’intimidation ne marchent pas sur Barbara, ce qui rend Taylor encore plus hargneuse.

A la maison, le rythme est assez soutenu ; entre sa grande sœur qui partage sans cesse les anecdotes de son travail, son frère qui est le parfait cliché de l’adolescent à l’humour douteux et qui se laisse vivre… et tout le reste… Barbara a vite pris l’habitude de s’échapper dans son monde imaginaire. Elle est convaincue qu’une attaque de géants est imminente. Elle cherche à alerter les adultes mais rien n’y fait, les autres restent sourds à ses propos.

Il n’y a bien que Sophia, son amie, et la nouvelle psychologue de l’école, Mme Mollé, qui semblent s’intéresser à ce que pense Barbara…

La présentation de l’éditeur m’avait totalement emballée. Tout à fait le genre de résumé capable de vous donner envie de plonger dans la lecture en un temps record et de vous convaincre que vous allez vous régaler de bout en bout dès que la lecture sera commencée.

Dès que j’ai eu l’album, je me suis donc lancée… et j’ai douté, me demandant si cet album était pour moi. L’album se découpe en plusieurs parties et les deux premiers chapitres m’ont vite fait changer mon fusil d’épaule. Le scénario y est saccadé et j’ai eu du mal à cerner le personnage principal. Il nous manque des éléments pour pouvoir faire des liens entre les différentes scènes, on passe parfois du coq à l’âne. La lecture du premier chapitre fut pour moi douloureuse et j’en suis sortie perplexe.

Butée comme je suis, j’ai tout de même poursuivi, grinçant des dents et soufflant, d’autant que le second chapitre confirme amplement mes premières impressions.

J’ai poursuivi encore… troisième chapitre… même tonalité et même ambiance influencées par la présence de cette enfant – Barbara – qui n’a pas toute sa tête. Elle dégage une forme d’étrangeté mêlée à une forme d’hypermaturité. Elle est obnubilée par un unique sujet : les géants. Elle sait tout d’eux : leurs points faibles, leurs motivations, pourquoi apparaissent-ils et comment les combattre. Rien ni personne ne semble être en mesure de la faire revenir à la réalité et de l’intéresser pour des sujets beaucoup plus terre-à-terre comme sa scolarité. Perchée. Son monde imaginaire chevauche la réalité. Barbara semble glisser lentement vers la psychose.

Et puis soudain, un élément est lâché dans le récit et intrigue. Au beau milieu du troisième chapitre arrive peu à peu ce qui va donner du liant à l’ensemble. Certes, on trouve vite l’enfant très touchante, un peu drôle sous ses airs hallucinés et ses oreilles d’animaux qu’elle se met en permanence sur la tête. Mais il y a soudain, un fil que l’on attrape.

Un fil qui intrigue.
Un fil prometteur qui nous convainc de poursuivre.

Les dessins de J.M Ken Niimura nous avaient préparés mais je n’avais pas correctement saisi jusqu’à ce moment où j’ai compris la métaphore des géants… et le scénario de Joe Kelly prend sens. Ensuite, vous connaissez cela aussi bien que moi : on est totalement pris par l’histoire et on tourne les pages avec la curiosité de celui qui veut connaître la suite. On s’appuie sur les émotions de la fillette et c’est vraiment là, dans cette boule d’énergie incontrôlée, que tout ce joue. Et c’est rudement bien mené.

Cette série avait été éditée une première fois en français sous le titre Je tue des géants ; le premier tome était passé inaperçu et je pense que c’est pour cette raison que le projet . L’éditeur n’avait pas poursuivi… ici cette fois, le label Hi Comics s’est saisi de l’œuvre et le propose d’entrée de jeu dans un volume intégrale. Il me semble que ça vaut le coup de découvrir.

Une « BD de la semaine » parmi la sélection d’albums que les bulleurs ont partagés aujourd’hui. Pour retrouver toutes les participations du jour, rendez-vous chez Moka !

I kill Giants

One shot
Editeur : Bragelonne
Collection : Hi Comics
Dessinateur : JM Ken NIIMURA
Scénariste : Joe KELLY
Dépôt légal : mai 2018
177 pages, 19.90 euros, ISBN : 978-2-8112-2398-4

Bulles bulles bulles

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I kill Giants – Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Quelques jours à vivre (Bétaucourt & Perret)

Bétaucourt – Perret © Guy Delcourt Productions – 2017

Unité de soins palliatifs de Roubaix.

En 2016, 295 patients ont été accueillis dans le service. La durée moyenne d’hospitalisation est de 11 jours.

C’est avec l’arrivée de Juliette – élève infirmière – que l’on fait connaissance avec l’équipe du Docteur Heuclin. Une équipe dynamique composée d’infirmiers, d’aides-soignants, d’une psychologue et de bénévoles (visiteurs médicaux).

Très vite, nous découvrons les rituels quotidiens de l’unité. La journée commence par une réunion matinale durant laquelle les équipes débriefent : l’équipe de nuit fait le relai à l’équipe de jour en parlant de l’état de santé de chaque patient. Une réunion conviviale avec café et croissants, boutades et complicités. Vient ensuite le moment de visiter les malades ; le Docteur Heuclin prend le temps de faire le point avec chacun d’entre eux. Le reste de la journée, l’équipe se relaye autant que possible, bienveillante et organisée, pour assurer la qualité de l’accompagnement des malades et de leurs familles.

Accompagner un individu et ses proches dans leurs derniers instants, aider les uns et les autres à libérer leur parole. Un quotidien de travail souvent douloureux, chaque décès est un « micro-deuil » pour ses soignants.

On est là pour soigner, pas pour guérir.

Je commence à bien apprécier le travail de Xavier Bétaucourt ; j’ai lu deux des trois albums qu’il a publiés sur les deux dernières années et je n’ai pas eu le soupçon d’une déception (avec une préférence marquée pour « Le Grand A » publié aux éditions Futuropolis). J’avais donc très envie de découvrir son dernier-né : « Quelques jours à vivre » .

Londres, 1948. L’infirmière Cicely Saunders accompagne David Tasma, un immigré juif polonais de 40 ans, dans ses derniers jours. Il meurt, seul, d’un cancer. Il a certes besoin d’une prise en charge de la douleur mais surtout, il a besoin de se raconter. Alors ils parlent. Ensemble, ils imaginent un havre où les mourants pourraient trouver la paix dans leurs derniers jours. A sa mort, il lègue 500 livres sterling pour créer ce lieu où les soins seraient plus personnalisés. Où l’on s’occuperait de la douleur et où l’on écouterait les malades.

Le scénario est assez riche car il prend le temps de montrer l’évolution de la prise en charge du malade au travers des siècles, la lente prise de conscience (en France) de la nécessité de mettre en place des unités de soins palliatifs. Loin d’apporter de la lourdeur au propos, ces temps de récit plus didactiques offrent au contraire une respiration dans « l’histoire » de l’unité roubaisienne. Car au cœur de cette unité, des vies sont sur un fil et l’équipe œuvre pour accompagner au mieux chaque personne jusqu’au dernier souffle.

Massages, hypnose, parole, présence, médication, caresse, baiser, rire… chaque soignant veille à sa manière, avec douceur, bienveillance, empathie et toute la technicité de sa profession. Au dessin, Olivier Perret ( « Il fera beau demain » , « Journées rouges et boulettes bleues » ) caresse à son tour les personnages et donne à l’ambiance un côté apaisant. Sans pathos et respectant l’intimité de chaque patient, il illustre avec beaucoup de délicatesse les scènes de vies qui s’offrent à nous. Il parvient à accompagner la voix de chaque personne amenée à témoigner dans cet album (en l’occurrence, il s’agit de l’équipe de soignants) et donne beaucoup de profondeur à ce récit choral. Le dessinateur s’attarde également sur de nombreux détails graphiques qui montrent la volonté des professionnels à porter jusqu’au dernier instant les corps fatigués qui sont alités dans les chambres de l’unité.

Pour avoir passé quelques jours dans une unité de soins palliatifs cet été, j’ai retrouvé dans l’album cette ambiance calfeutrée, chaude et lumineuse. Un instant de lecture suspendu entre ici et ailleurs pour mettre des mots sur la fin de vie et saluer le travail d’accompagnement réalisé par ces équipes de soignants.

Sur le même thème, j’avais aussi fort apprécié « Journal d’un adieu » de Pietro Scarnera.

La chronique d’Alice.

Quelques jours à vivre

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
Dessinateur : Olivier PERRET
Scénariste : Xavier BETAUCOURT
Dépôt légal : septembre 2017
128 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-7560-8226-4

Bulles bulles bulles…

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Quelques jours à vivre – Bétaucourt – Perret © Guy Delcourt Productions – 2017

Les petites gens (Zabus & Campi)

Zabus – Campi © Le Lombard – 2012

Dans cette rue anonyme et silencieuse, il y a des amoureux des livres. Des amoureux de Gary, Shakespeare, Simenon et les autres. Il y a des amoureux de la vie mais ça, ils ne le savent pas encore.

Dans cette rue il y a un homme qui est secrètement amoureux de sa voisine, un autre qui est aigri du bonheur des autres. Il y a le papa de Louis qui pleure au grenier et Louis qui pleure dans son cœur. Il y a Irina qui ravive la flamme de sa passion de toujours, celle qui a fait sa vie, son identité, sa raison d’être. Et puis il y a Lucie, une vieille dame courageuse, seule et malheureuse…

Oui… Le jour où ils cherchent quelqu’un pour jouer la femme invisible, je crois que j’aurai mes chances.

Les petites gens – Zabus – Campi © Le Lombard – 2012

J’avais envie de chaleur. Celle d’un feu de cheminée lorsqu’il dévore une grosse buche. A défaut d’avoir une cheminée, j’ai un instant imaginé prendre une grosse bûche sous mon bras et aller toquer aux portes des maisons qui sont dans ma rue… « vous avez une cheminée ? » avant de pouvoir enfin m’installer devant l’âtre… et j’ai repensé au dessin si chaleureux de Thomas Campi illustrant le récit si émouvant de Vincent Zabus dans « Macaroni ! » … J’avais trouvé la chaleur dont j’avais besoin. N’ayant pas lu « Les petites gens » mais possédant l’album, je l’ai sorti de la pile.

Ce qui saute immédiatement aux yeux, ce sont ces couleurs franches, lumineuses, chatoyantes. Thomas Campi nous prend la main. On se fait très vite une place parmi les habitants de cet album, des habitants qui logent tous dans la même rue. Et on se met à partager simplement leur quotidien, leurs doutes, leurs hésitations… La vie de ces petites gens est simple, banale, modeste. En cela, nous ne sommes pas bousculés. Pas de nouveaux repères à acquérir… juste la nécessité de bien délimiter leurs mondes respectifs, comprendre leurs histoires personnelles. Les choses viennent naturellement. La solitude est leur fardeau. Ils soliloquent et c’est dans ces instants où ils livrent le plus de parts d’eux-mêmes.

Ils sont touchants.

Ils sont reclus dans leur routine. Ils se sont ratatinés sur eux-même pour moins souffrir. Ils attendent un signe, lequel ?, qui leur donnera le top départ pour donner un nouvel élan à leurs vies. Et puis Vincent Zabus fait souffler un vent fort mais printanier sur ces petites vies et la métamorphose commence. Et nous, nous partons guillerets et confiants à l’assaut de ces pages qui nous surprennent de petits riens saugrenus et délicieux.

J’avais besoin d’un peu de chaleur et de petits riens dans lesquels m’enfoncer tranquillement. Voilà un album qui a su répondre à ces envies. Doux et beau.

Les chroniques de Moka, Jérôme, Yvan, Nathalie, LaSardine et Caro.

Une lecture-doudou pour ce premier mercredi de l’année… Le rendez-vous des bulleurs est aujourd’hui posé chez Moka !

Les petites Gens

One shot
Editeur : Le Lombard
Dessinateur : Thomas CAMPI
Scénariste : Vincent ZABUS
Dépôt légal : octobre 2012
70 pages, 14.99 euros, ISBN : 978-2-8036-3102-5

Bulles bulles bulles…

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Les petites gens – Zabus – Campi © Le Lombard – 2012

L’Esprit de Lewis, tome 1 (Santini & Richerand)

Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

Lewis est inconsolable depuis que sa mère est morte. Il hérite de tout : des demeures, des terres, de l’argent. Charge à lui de veiller aux besoins de ses trois sœurs.

Lewis ne souhaite qu’une seule des riches propriétés de sa mère, celle de Childwickbury. Il cède donc le reste du patrimoine à ses sœurs et part rejoindre son cher manoir.

Avec pour seule compagnie sa fidèle Tania, petite cairn terrier adorable, et la bonne Martha, gouvernante du manoir, Lewis est bien décidé à mettre à profit ce lieu et cette solitude inespérés pour écrire son premier roman. Pour lui qui a vocation de devenir écrivain, voilà enfin l’opportunité de se consacrer à l’écriture ! Mais ce deuil impossible l’étreint tant et tant que Lewis peine à trouver l’inspiration.

L’Esprit de Lewis, Acte 1 – Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

Mais au bout de quelques jours, le calme du manoir est troublé par d’étranges événements. Ceux-ci précèdent l’apparition de Sarah, un fantôme dont Lewis va s’éprendre.

Récit en deux actes dont voici la première partie qui nous accueille dans une Angleterre de la fin du XIXème siècle. On pénètre directement dans un intérieur bourgeois richement décoré, très agréable à l’œil. Sur ce point, je trouve que Lionel Richerand nous a gâté avec ces dessins. L’œil n’arrête pas de reluquer chaque coin de case, à l’affût permanent du petit détail qui vient orner tantôt un buffet, tantôt une boiserie, tantôt l’étoffe d’une robe… Les couleurs d’Hubert sont un régal et donnent du relief aux décors et à cette ambiance si particulière.

Je me suis délectée avec ce scénario si délicat qui fait évoluer un homme-enfant sensible et rêveur. La vie semble l’avoir épargnée et le décès de sa mère est l’événement qui visiblement va lui permettre d’entrer définitivement dans l’âge adulte. Ce n’est pas la première fois que je savoure un récit de Bertrand Santini (comme tout le monde j’ai dévoré les journaux de Gurty et « Hugo de la nuit » accepte de m’attendre sagement sur mes étagères… et je ne pense pas en rester là). On pénètre ici délicatement dans un univers et les émotions qui le peuplent. Tristesse, émoi, peur, effroi, passion, colère… ! La fin du premier tome m’a cueillie en plein élan. Vivement la suite !

D’autres chroniques sur ce titre : Noukette, Blondin, Jean-Laurent Truc.

Un petit tour des lectures partagées ce mercredi pour « La BD de la semaine » .

C’est au tour de Noukette de nous accueillir !

L’Esprit de Lewis

Acte 1
Diptyque en cours
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Lionel RICHERAND
Scénariste : Bertrand SANTINI
Dépôt légal : octobre 2017
72 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-302-06394-5

Bulles bulles bulles…

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L’Esprit de Lewis, Acte 1 – Santini – Richerand © Soleil Productions – 2017

La Grande Ourse (Bordier & Sanoe)

Bordier – Sanoe © Soleil Productions – 2017

Louise vit au milieu de ses fantômes. Il ne se passe pas un jour sans que les personnes qu’elle a aimé – et qui sont mortes aujourd’hui – ne lui rendent visite. Louise est triste, inlassable nostalgique du passé.

Peut-être les autres parviennent-ils mieux que moi à faire leur deuil ? … Ils sont aujourd’hui si nombreux que je n’arrive plus à donner aux vivants la place qu’ils méritent par peur de les perdre aussi.

Jusqu’au jour où Phekda – une des étoiles de la Grande Ourse – se présente à elle. Sous les traits d’une fillette, Phekda se fait une place dans la vie de Louise et est bien décidée à aider Louise à retrouver le goût de vivre.

Pour son premier album (je passe volontairement la nouvelle qu’elle avait écrite avec le Collectif de « Doggybag »), Elsa Bordier joue à l’équilibriste sur ce fin fil qui sépare le monde réel du surnaturel. Fantômes et ange gardien sont convoqués pour permettre à l’histoire de Louise de se déplier. Un personnage attachant, fragile et mélancolique qui tient le bonheur à bonne distance afin de ne pas avoir à souffrir (elle se protège ainsi d’une éventuelle séparation, d’un nouveau deuil). De fait, l’héroïne traverse sa vie sur la pointe des pieds, en chuchotant presque pour ne pas qu’on la remarque. Fantôme vivant parmi les fantômes de son passé, cette jeune femme regarde les jours passer sans avoir aucun plaisir et sans ressentir aucune émotion. Elle s’est construit une carapace épaisse qui la protège des autres et la prive de nouvelles rencontres. Jusqu’à ce que surgisse cette fillette ou plutôt cette étoile de la Grande Ourse.

Le postulat de départ m’a plu et le scénario a su me surprendre agréablement, du moins au début. C’est vrai qu’il y a cette fraicheur pour aborder la mélancolie d’une personne qui permet de ne pas alourdir le sujet plus que nécessaire. Et je pense que ce n’est pas évident de trouver le bon équilibre entre ces deux registres. Le scénario m’a surprise aussi en assumant totalement la présence de cette étoile espiègle dans l’histoire. Je me suis posée un instant la question de savoir si l’héroïne n’était pas sujette à quelques hallucinations… mais il ne semble pas. L’entrain et l’optimisme de l’étoile – personnage fantastique – sont communicatives. Elle invite l’héroïne à passer des épreuves initiatiques qui doivent lui permettre de faire le deuil de ses proches (et ça nous le comprenons dès le début puisque l’objectif y est énoncé de façon explicite). J’ai donc vraiment savouré cet aspect onirique qui nous fait hésiter : est-on dans le monde réel ou dans un monde imaginaire ?

Mais cet engouement ne dure pas. Passé le premier tiers de l’album, on s’aperçoit finalement qu’on ne sait pas réellement ce que ces épreuves apportent au personnage, ce qu’elle entend et qui vient apaiser sa souffrance. On la voit juste un peu plus radieuse à chaque nouvelle étape. C’est comme si tout était rendu facile, comme si la douleur de toutes ces années s’évaporait grâce à la magie. Et l’absence d’explications, le fait de ne pas pouvoir explorer davantage la personnalité de la jeune femme contrarie. La facilité avec laquelle elle avance d’une épreuve à l’autre gâche le plaisir de lecture et nous ôte tout intérêt à poursuivre la lecture.

On ne s’étonne même plus de la survenue d’un poulpe géant, d’un papillon, d’une fleur… tous dotés de la parole, tous animés de sentiments bienveillants à l’égard du personnage principal, tous amenés à tenir des propos parfois convenus et à enfoncer des portes ouvertes…

« Débarrasse-toi du superficiel… la vie est précieuse »

« Se priver d’émotions c’est vivre à moitié »

« Transforme tes soucis en opportunités »

… mais il faut reconnaître que le scénario ne nous brusque pas et tend plutôt à donner une vision optimiste de la vie.

Le travail de Sanoe au dessin aide au voyage. Son ambiance graphique propose une belle harmonie dans ce monde coincé entre rêve et réalité. Le doute permanent de savoir si l’héroïne rêve éveillée, si elle rêve ou si elle participe pleinement à ce voyage. Les couleurs sont douces, en parfaite adéquation avec la narration. J’ai apprécié la présence de chaque détail graphique.

Un voyage initiatique dont je sors déçue. Mais rappelons qu’il s’agit là d’un album jeunesse et qu’il ne peut donc avoir autant d’aspérités qu’un album pour un public plus mature.

La chronique de Noukette.

Un album que je partage avec « La BD de la semaine ». Aujourd’hui, c’est Stephie qui accueille ce rendez-vous hebdomadaire.

La Grande Ourse

One Shot
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : SANOE
Scénariste : Elsa BORDIER
Dépôt légal : septembre 2017
92 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-302-06392-1

Bulles bulles bulles…

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La Grande Ourse – Bordier – Sanoe © Soleil Productions – 2017

Gold Star Mothers (Grive & Bernard)

Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

7 Mai 1930, New-York.

Un paquebot s’apprête à prendre la mer. A son bord, des dizaines de femmes qui ont accepté l’invitation du gouvernement à traverser l’océan, la première traversée des « Gold Star Mothers ». Elles partent en pèlerinage. Elles vont en France pour se recueillir sur la tombe de leurs fils, de leurs maris ou de leurs frères qui sont morts pendant la Première Guerre Mondiale. Elles vont voir pour la première fois la tombe de leurs soldats et ainsi poursuivre le long processus de deuil qu’elles ont entamé depuis plus d’une décennie.

Pendant le voyage, les amitiés se nouent et les langues se délient. C’est pour elles l’occasion de témoigner du parcours de leur proche, de mettre des mots sur l’absence, sur le deuil, sur cette impossible manque causé par la disparition d’un homme de leur famille.

Un album hommage réalisé dans le cadre du centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Catherine Grive est une habituée des documentaires à destination des jeunes publics et des publics adultes. « Gold Star Mothers » est l’occasion pour elle de revenir sur un sujet qu’elle avait déjà abordé dans les années 1990. A cette période, elle était partie « sur la trace d’une histoire familiale, un aïeul disparu dans les premiers jours de la guerre de 1914-1918, à l’origine d’un Guide des Cimetières militaires en France aux éditions du Cherche-Midi [1999] » (extrait de la présentation de l’auteur sur le site de La Maison des Ecrivains et de la Littérature).

Catherine Grive nous propose de suivre ses femmes via un journal de bord que l’une d’entre elles aurait pu rédiger pendant ce mois de pèlerinage. De l’embarquement à New-York au recueillement sur la tombe d’un cimetière militaire en Meuse, des faits marquants ponctuent chaque journée : une rencontre, un atelier, une cérémonie, une discussion… Quelques personnages secondaires témoignent – en aparté – de la représentation qu’ils ont de ces mères-courage, permettant ainsi au lecteur de mieux appréhender l’émotion palpable qui était ressentie durant ces traversées.

Je m’attendais à une ambiance assez mortifère (compte-tenu de l’aspect symbolique du voyage, de l’huis-clos du paquebot…). Il n’en est rien. Certes, certaines femmes sont d’une grande fragilité mais leur émoi n’est pas pesant. Elles ont saisi l’opportunité de réaliser ce voyage qu’elles vivent pleinement (non sans appréhensions). Elles se soutiennent dans cette démarche et le dessin fragile et sensible de Fred Bernard et ses couleurs fruitées viennent justement donner du relief et de la consistance à cette envie de tourner la page, à ce besoin de faire le deuil de leurs enfants/conjoints.

Un album agréable dans lequel la mélancolie et la tristesse ne parviennent pas à alourdir l’atmosphère.

J’espère que vous avez passé un bel été. La « BD de la semaine » reprend aujourd’hui. Vous pouvez retrouver toutes les participations chez Noukette !

Gold Star Mothers

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur : Fred BERNARD
Scénariste : Catherine GRIVE
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7938-7

Bulles bulles bulles…

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Gold Star Mothers – Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

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Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017