Intempérie (Rey)

Rey © Dupuis – 2017

Il part.

Il fuit le tête-à-tête avec son père mais c’est avant tout pour se soustraire de la brutalité et des coups de ce dernier qu’il part. Au début, il se cache dans les terriers creusés par les animaux pour que les hommes qui sont à sa recherche ne le trouvent pas. Puis, la nuit, il poursuit son ascension toujours plus loin vers le Nord jusqu’à s’échouer sur le campement de fortune d’un vieux berger. L’homme le prend sous son aile et va tenter d’apprivoiser l’enfant.
Sur les traces de l’enfant, un chasseur de prime sans pitié est chargé de ramener l’enfant à son bourreau.

Un dessin anguleux qui sert la vision d’un monde agressif et sans pitié. Seul ces paysages espagnols arides, un enfant est aux abois. Ses nuits sont peuplées de cauchemars où, telle une petite Alice, il revit sa fuite à l’infini et tente de se faufiler dans des portes qui freinent sa progression et l’empêchent de se mettre à l’abri des molosses qui veulent le dévorer.

Les échanges sont rares entre les personnages, réduits à l’essentiel comme s’ils avaient le souci d’économiser leur salive. Les propos sont laconiques et donnent l’impression au lecteur qu’il y a comme une urgence à lire ce récit, à tourner les pages comme si, nous aussi, nous étions aspirés par la fugue de l’enfant… un enfant qui court pour sa survie.

Javi Rey a réalisé un album qui nous coupe le souffle, qui nous coupe les jambes… il nous fige face à l’album que l’on dévore avec un mélange de frénésie et d’appréhension. Adapté de l’œuvre éponyme de Jesús Carrasco, « Intempérie » mêle le roman d’apprentissage au thriller qui glace le sang. De fait, il y a une alternance entre des passages très apaisants et tendres et des temps plus anxiogènes.

Les couleurs délavées de l’album font ressentir l’inhospitalité de ces paysages désertiques que le vieil homme et l’enfant traversent. Nul doute qu’on aspire à quitter ce décor le plus rapidement possible. On souhaite s’extraire des morsures de la chaleur assommante des lieux, de cette vie rude imposée par le vagabondage et la fuite. On aspire à ce que les personnages trouvent un havre de paix et y mangent à leur faim. On colle à la peau de l’enfant, on se blottit sous son aisselle dans l’espoir d’y trouver le refuge qui lui fait défaut. Par moment, on a envie de rugir face aux violences qui lui sont faites. On a envie de lui hurler de suivre ce vieil homme bienveillant mais l’enfant est rongé par l’angoisse et les souvenirs des maltraitances qu’il a subies le poussent à se méfier de l’adulte. Pourtant, si l’enfant survit encore, c’est bien grâce à cet inconnu.

Une ambiance à couper au couteau. Un récit addictif et haletant. Une intrigue qui se déroule dans une atmosphère électrique mais on s’engouffre dans cet album comme si on était hypnotisé. Superbe.

Extrait :

« Il s’était enfui de chez lui précipitamment, le jour où il n’avait pu en supporter davantage » (Intempérie).

Intempérie

One Shot
Adapté du roman de Jesús CARRASCO
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Javi REY
Traducteur : Alexandra CARRASCO
Dépôt légal : juin 2017
152 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-7159-3

Bulles bulles bulles…

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Intempérie – Rey © Dupuis – 2017

La « BD de la semaine » est aussi chez :

Blandine :                            Amandine :                                   Mylène :

Jérôme :                                 Antigone :                                  Enna :

Fanny :                              Noukette :                                   Nathalie :

Caro :                                    Jacques :                                        Karine :

Keisha :                                      Sabine :                                  EstelleCalim :

 

Hélène :                                 Itzamna :

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Macaroni ! (Zabus & Campi)

Zabus – Campi © Dupuis – 2016

Sur la couverture, un vieil homme, sa bouteille d’oxygène à portée de main et son fantôme qui le hante. Le petit-fils dans l’encadrement de la porte à l’air perdu dans ses pensées. C’est Roméo. Il a 11 ans. Et Ottavio est son grand-père. Quant au titre, « Macaroni ! », c’est un quolibet dont on affublait les immigrés italiens, du temps où leur installation était encore récente et qu’ils n’étaient pas encore intégrés à la population.
L’histoire se passe en Belgique, dans les cités ouvrières proches des exploitations minières. Payés au lance-pierre, vivant dans la misère, ils gardaient toujours un bout du soleil d’Italie dans leur cœur. Paysage urbain d’une cité ouvrière parmi tant d’autres, des maisons qui s’enfilent en chapelet dans des rues rectilignes, toutes identiques les unes aux autres à quelques détails près. Des façades rouges tomate, rouge sang… rouge brique.

Roméo doit passer une semaine chez son grand-père paternel. Il ne le connaît pas ou très peu, la visite annuelle n’a jamais suffi à ce qu’il se sente proche de son aïeul. Roméo ne comprend pas pourquoi son père tient absolument à le confier à son grand-père le temps de… de quoi !? « C’est un peu le bordel en ce moment » à la maison.

L’accueil est plutôt froid. Le vieux est bourru, très attachés à ses rituels. Roméo se sent triste.

Je ne vais jamais tenir…

Le premier jour, le réveil est un peu rude et… matinal. La journée de Roméo commence au jardin. A 7 heures, il devra nettoyer l’auge de Mussolini. 3pour un gros porc, j’ai pas trouvé meilleur nom » lui dit Ottavio. Puis, il faut s’occuper du jardin, arracher les mauvaises herbes en prenant soin de ne pas abîmer les plants qui poussent dans le potager. Mais Roméo se rebiffe. « Hé ho, ça va aller ?! Je suis en vacances, moi ! ». Les deux générations cohabitent mal, leurs rythmes respectifs ne s’entendent pas, ils ne savent pas encore s’entendre même s’ils s’acceptent… de fait… ils sont de la même famille. A la première anicroche, le vieux doit se poser car l’air vient à lui manquer. Posé là sur la terrasse, il fixe son masque à oxygène sur son visage et s’assoupit. « C’est à cause de la silicose, la maladie des mineurs. (…) C’est parce qu’il a respiré trop de poussière dans les mines de charbon. Il a les poumons tout noirs » explique la voisine à Roméo. C’est Lucie. Elle a le même âge que Roméo et lui apprend au passage qu’Ottavio était mineur. Roméo découvre avec stupeur qu’il ne sait rien de son grand-père.
La semaine s’égrène lentement. Les jours se suivent, se ressemblent. Lentement, timidement, l’enfant et l’adulte s’apprivoise. Ottavio, que Roméo ne nommait pas, devient « nonno ».

Nonno. Le scénario de Vincent Zabus en fait un homme mystérieux. Fort. Ce genre d’homme face auquel on s’efface instinctivement. Il y a quelque chose en lui qui force le respect. Et puis Roméo va oser. Oser lui tenir tête. Oser lui poser des questions, un mélange entre la curiosité enfantine et l’envie de mieux connaître son grand-père. Et le « vieux chiant » se raconte et accepte que la distance se réduise entre son petit-fils et lui. La complicité naît et le scénariste prend le temps d’observer les interactions qui se noue, il ne brusque rien. Les rapports farouches aux tonalités électriques vont laisser la place à l’affection. L’incompréhension mutuelle perd chaque jour du terrain.

Roméo ne voit pas les fantômes qui hantent son grand-père. Parmi eux, il y a Giulia, sa grand-mère qu’il n’a pas connue. Il y a des trains, des mineurs et des soldats. C’est l’histoire de toute une vie. Une vie imposée par des forces contre lesquelles on ne peut lutter.

Moi, je me suis toujours laissé faire. Et j’ai tout laissé filer. (…) à 18 ans, on m’a envoyé à la guerre. Benito Mussolini, il m’a dit de tirer. Je savais pas sur qui mais j’ai dit oui. Puis on m’a dit « Va en Belgique ! » J’ai dit oui ! « Descends à la mine » Oui ! « Crève de misère » Oui ! Oui, oui, oui !

Une éternité que je suis la page Facebook de Thomas Campi. Une éternité que je savoure avec les illustrations qu’il partage. Une éternité que j’ai envie de plonger dans cet univers graphique qui me régale les pupilles. Voilà chose faite. Merveilles ces illustrations qui décrivent si bien toute la fragilité d’un homme, toutes les subtilités de son quotidien, tous les tiraillements qui le taraudent. Les jours succèdent aux nuits, les nuits aux jours. Les couleurs s’agitent, se pose, se parent et changent leur apparat, respectueuses de la luminosité. Le dessin s’installe, prend le temps de raconter cette rencontre entre deux générations, prennent le temps de caresser cette complicité naissante, prennent le temps de soigner la narration qui nous dit les affres de la guerre, celles de la mine et celle des petites gens qui vivent modestement. Les illustrations nous prennent par la main pour nous déposer, délicatement, à l’endroit adéquat, là où l’on peut observer ce qui se dit avec les mots et ce qui se dit avec les mains de ce vieil italien. Des teintes douces qui accompagnent parfaitement les heures de la journées, vives à midi, discrètes dans la chaleur agréable du début de soirée. Des couleurs qui, tout en portant chaque émotion, parviennent à atténuer l’aigreur du vieillard, de faire en sorte qu’elle ne nous envahisse pas, ne nous heurte pas de plein fouet.

Ma vie. Elle a filé comme du sable entre mes mains

De la nostalgie, des regrets et de la mélancolie flottent. Sensations diffuses, sentiments évanescents.
Rencontre, famille, complicité, affection.
On écoute. On apprend. On entend.
Coup de cœur !

Vite, un autre album de Thomas Campi !! « Les petites gens » il me faut trouver !

La chronique de Coco, Moka, Caro, Yvan et Fanny.

J’ai choisi un coup de cœur pour participer à la « BD de la semaine » . Je suis persuadée qu’il y a d’autres pépites qui vous attendent aujourd’hui pour cela, on se retrouve chez Stephie.

Macaroni !

One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Grand public
Dessinateur : Thomas CAMPI
Scénariste : Vincent ZABUS
Dépôt légal : avril 2016
144 pages, 24 euros, ISBN : 978-2-8001-6360-4

Bulles bulles bulles…

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Macaroni ! – Zabus – Campi © Dupuis – 2016

L’Araignée de Mashhad (Neyestani)

Neyestani © Ça et là – 2017

Saïd Hanaï était un maçon, père de famille et mari attentionné. Il vivait à Mashhad (la ville est considérée comme une ville sainte, elle se situe dans l’Est de l’Iran). Saïd Hanaï était musulman, croyant et fervent pratiquant. Musulman, croyant, Saïd Hanaï s’était donné pour mission de nettoyer Mashhad de la débauche. Entre août 2000 et août 2001, il a tué 16 prostituées. En août 2001, il s’en prend à une dix-septième prostituée mais c’est l’acte de trop. Il est arrêté et emprisonné. Surnommé « le tueur araignée », il croupira en prison jusqu’à son exécution en avril 2002.

Durant son incarcération, deux journalistes, Mazia Bahari et Roya Karimi, sont allés l’interviewer. Ils ont filmé cette rencontre. C’est en regardant ce documentaire que Mana Neyestani a eu envie d’adapter ce parcours atypique en bande dessinée et d’y mêler faits réels et fiction. En introduction, l’auteur précise d’ailleurs : « Ce livre résulte de la combinaison entre le documentaire de Mazia Bahari et mon propre imaginaire. Je n’ai pas tenu à être fidèle point par point à la réalité des faits, mais plutôt à m’inspirer de l’esprit des événements décrits ».

Ce qui marque en premier lieu, c’est la vie très ordinaire du tueur en série. Une enfance banale jusqu’à ce qu’il parte à la guerre dans les années 1980 (guerre Iran-Irak). On saisit vite que le conflit l’a traumatisé. Puis, il retourne à la vie civile, trouve du travail et se marie. Le Coran lui montre la voie à suivre, les règles à respecter ; la religion rythme sa vie. En fidèle croyant, il connaît les textes sacrés par cœur mais applique sa propre vision de la charia.

Quelle créature ? Une créature divine ne tomberait pas dans la débauche et la luxure. Si vous vouliez appliquer la loi divine, vous feriez vous-même lapider une femme adultère. Ce n’est pas un meurtre, c’est la stricte justice divine.

Mana Neyestani s’était fait connaître en France avec son excellent témoignage autobiographique « Une métamorphose iranienne ». On retrouve ici son style. Le propos va à l’essentiel et montre sans jugement toutes les contradictions d’une société prise à son propre piège et ballotée entre les traditions, la religion et la démocratisation.

Le journaliste iranien nous permet d’avoir plusieurs points de vue sur cet événement. Les entretiens avec le meurtrier sont le cœur du récit mais l’auteur l’enrichit du point de vue d’une victime, du juge en charge de l’affaire, de l’opinion publique. Des extraits de la rencontre avec la femme et le fils sont également de la partie.

Graphiquement, c’est tout aussi pertinent. Les dessins n’agressent à aucun moment et les jeux de hachures construisent une narration visuelle très fluide. L’ambiance graphique est sereine, presque posée. Elle donne un côté intimiste au reportage. Pas de tensions, pas de suspense mais une observation à la fois objective et empathique.

La personnalité du tueur est à la fois fascinante et terrifiante. Jamais il ne s’excusera pour les meurtres commis, convaincu d’être dans son bon droit et d’appliquer la justice divine.

Mana Neyestani relate, expose et suppose. Il tisse des liens entre le passé du tueur et son présent, il cherche à comprendre ce qui peut conduire un homme à tuer avec un tel sang-froid, sans aucune considération pour les prostituées, les considérant comme des choses insignifiantes. Il se questionne aussi sur le fait que l’opinion publique donne raison à cet homme et l’excuse au point d’en faire un héros.

Extraits :

« C’est comme d’aller à la guerre, j’estime que c’est le devoir de tout bon musulman » (L’Araignée de Mashhad).

« Si Saïd avait tué quelqu’un sans raison, j’aurais été perturbée, effrayée… mais seize femmes dépravées, ça ne s’appelle pas des assassinats. Il y a un projet derrière, un engagement. Saïd a toujours été un homme très responsable. (…) Si Saïd a commis une faute, c’est peut-être d’avoir accompli le devoir du gouvernement à sa place » (L’Araignée de Mashhad).

« J’avais une soif de revanche insatiable. L’autre jour, en isolement, je me suis mis à compter. Il reste encore quatre-vingt femmes dont je voulais m’occuper dans le secteur que je surveillais. Mais le temps m’a manqué » (L’Araignée de Mashhad).

L’Araignée de Mashhad

One Shot
Editeur : Ça et là
Dessinateur / Scénariste : Mana NEYESTANI
Traduction : Massoumeh LAHIDJI
Dépôt légal : mai 2017
164 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36990-238-6

Bulles bulles bulles…

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L’Araignée de Mashhad – Neyestani © Ça et là – 2017

La « BD de la semaine » est aussi chez :

Sabine :                                      Enna :                                    Mylène :

Antigone :                                Saxaoul :                                   Karine :

Amandine :                                     Fanny :                                  Blandine :

Sophie :                                Gambadou :                                 Noukette :

Jérôme :                                   Jacques :                                    Bouma :

Soukee :

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Hibakusha (Barboni & Cinna)

Barboni – Cinna © Dupuis – 2017

Ludwig est un homme taciturne. En matin de l’année 1944, et qu’il conduit son fils à l’école, il a la tête ailleurs. Il repense à sa rencontre avec une jeune autostoppeuse. Il repense aux fantasmes qui l’ont traversé lorsqu’il était à côté d’elle. Il imaginait alors une course effrénée dans la forêt jusqu’à ce qu’elle l’attrape, l’immobilise, lui arrache ses vêtements et lui fasse sauvagement l’amour.

Mes pensées bousculaient mes sens hallucinés dans le désir de cette femme fauve qui aurait dû écorcher mon âme ménagée par des amours fades sans cris et sans passion.

Mais l’instant est passé. La belle inconnue s’est envolée et maintenant, son corps est là, dans cette voiture, aux côtés de sa femme et cette dernière lui reproche son mutisme, sa passivité. De la rancœur.

J’oublierai tout. Ma vie minable… mon boulot… ma femme avec qui je ne partageais plus que notre fils.

Il ne le sait pas encore mais dans quelques mois, les Etats-Unis lâcheront une bombe nucléaire sur Hiroshima. Il ne le sait pas encore mais même s’il l’avait su, il aurait certainement accepté cette mission que l’état-major allemand lui confie. Il part. Dans l’heure. Il embarque pour le Japon où on va lui confier la traduction de documents confidentiels. Peut-être là-bas trouvera-t-il un sens à sa vie. Le hasard lui fait rencontrer une jeune femme dont il va s’éprendre.

Cet album est l’adaptation de « Hiroshima, fin de transmission », une nouvelle de Thilde Barboni qui pour l’occasion s’est replongée dans son récit afin d’épurer son scénario et laisser ainsi champ libre aux illustrations d’Olivier Cinna.

On est face à un personnage principal assez replié sur lui-même. Il en est presque antipathique en début d’album tant il effleure les choses et reste très à distance des autres. Il se concentre sur sa tâche et s’y tient. Il ne s’investit pas outre mesure ; on le sent à fleur de peau, désabusé, voire aigri. Il est comme une coquille vide, taciturne. Plus aucune passion de l’anime, plus rien ne le fait vibrer. Sa famille, c’est une façade qu’il effleure comme il semble effleurer la relation qu’il a avec son fils. Quant à sa femme, elle est devenue une inconnue. Alors il fantasme à l’idée de s’extraire de cette relation qui n’a plus de sens.

Le dessin d’Olivier Cinna accompagne le quotidien morose de cet homme. Des couleurs ternes, des attitudes figées, des mines renfrognées. Et puis ces drapeaux nazis qui flotte dans la ville silencieuse ajoutent un poids, celui de la guerre, celui de la peur. Seule la couleur se détache dans le premier de l’album à l’exception d’un passage qui dénote, d’une rencontre avec une inconnue qui vient bousculer sa solitude et raviver ses pulsions sexuelles.

Un premier soubresaut avant son arrivée au Japon. Le dessinateur accompagne délicatement son personnage et nous guide avec la palette de couleurs qu’il utilise. L’arrivée au Pays du Soleil Levant coïncide avec l’utilisation de doux pastels. On comprend qu’il a de nouveau conscience de ce qui l’entoure et qu’il reprend peu à peu le contrôle de sa vie et de ses émotions.

C’est une très belle histoire d’amour qu’ « Hibakusha » nous raconte. L’éveil d’un homme lorsqu’il est au contact de son âme sœur. Deux individus issus de cultures différentes, deux sensibilités qui se complètent. C’est une romance en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale, à la veille d’une ignominie commise par l’homme en août 1945. Un album pour rendre hommage aux milliers de morts de la bombe atomique. Comme expliqué sur le quatrième de couverture, « depuis cette date, « hibakusha » est le nom donné aux survivants des attaques nucléaires américaines sur les villes de Nagasaki et d’Hiroshima ».

Un album très doux, délicat. Pourtant, je suis restée très en retrait de l’histoire, comme si quelque chose m’avait échappé et comme si je n’avais pas su apprécier la rencontre avec ces personnages. A chaque page, le récit prend pourtant davantage de force et le personnage finit par prendre position contre le système nazi. Mais je reste sur ma faim, regrettant peut-être de ne pas avoir été saisie d’un bout à l’autre du récit par l’ambiance graphique comme j’avais pu l’être pour « Fête des morts » qu’Olivier Cinna avait réalisé avec Stéphane Piatzszek.

Un album que je partage pour la « BD de la semaine ». On se retrouve aujourd’hui chez Stephie.

Hibakusha

One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur : Olivier CINNA
Scénariste : Thilde BARBONI
Dépôt légal : mai 2017
64 pages, 16,50 euros, ISBN : 978-2-8001-7073-2

Bulles bulles bulles…

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Hibakusha – Barboni – Cinna © Dupuis – 2017

Chaussette (Clément & Montel)

Clément – Montel © Guy Delcourt Productions – 2017

Une nouvelle fois, le duo formé par Loïc Clément et Anne Montel se forme. Après « Shä & Salomé », « Les jours sucrés » et « Le Temps des mitaines », leur collaboration artistique est désormais rodée et nous fait découvrir aujourd’hui Chaussette, une vieille dame que son voisin – un petit garçon qui se prénomme Merlin – va se mettre à pister parce qu’il trouve qu’elle a un comportement bizarre.
En effet, ce matin-là, Chaussette sort de chez elle sans Dagobert, son fidèle compagnon. Et si la vieille dame suit son parcours matinal habituel, son attitude dans les différents lieux qu’elle fréquente est assez surprenante. Merlin est bien décidé à percer ce mystère de cet étrange et dérangeant changement. Le scénario nous fait vivre cette journée durant laquelle le gamin au parka jaune mène son enquête. Tous ses sens sont en éveil et les bizarreries de l’excentrique Chaussette le laissent dubitatif. Le narrateur commence par nous présenter Chaussette et le train-train journalier de la dame.

Ce qui m’amuse avec Chaussette, c’est qu’elle est réglée comme le métronome de mes cours de piano

Alors forcément, lorsqu’un grain de sable vient se glisser dans cette organisation très bien huilée, que d’autres grains de sable viennent former un petit tas de « hics » inhabituels et qu’on est en présence d’un enfant à l’imagination débordante… on a tôt fait de comprendre que « l’affaire Chaussette » va nous intéresser.

Loïc Clément se glisse dans la tête d’un enfant d’une dizaine d’années. Que l’on soit petit ou grand lecteur, on s’identifie rapidement au personnage. Dès la première page, le gamin à la parka jaune nous présente Chaussette et ce qu’il sait d’elle. On comprend que Chaussette est quelqu’un d’assez prévisible et donc d’assez rassurant pour un enfant. Il a vite fait de voir le changement et de nous mettre la puce à l’oreille. D’autant que le gamin jette des petits cailloux dans l’intrigue qui titillent notre curiosité. Il questionne et tente de trouver des réponses cohérentes à ses interrogations. Parfois, son raisonnement bute, ne trouvant pas de sens logique à donner à ce qu’il observe et nous, en écho, on tourne la page avec avidité, en se disant qu’on trouvera forcément dans la nouvelle planche un embryon de réponse.

Le personnage principal fait le point sur ce qu’il a compris de la vie et du sens à donner à certaines habitudes. Ce qui est drôle, c’est qu’il peut questionner les agissements de sa vieille voisine sans pour autant se sentir concerné par ses déductions. « Je crois qu’il y a des gens qui se rassurent avec la routine » … oui, les personnes âgées accordent une importance particulière aux gestes quotidiens… et pour les petits garçons qui s’inquiètent du moindre changement dans la vie des autres ? Voilà de quoi donner un peu de grain à moudre à notre jeune lecteur qui n’avait pas forcément vu les choses sous cet angle !

« Chaussette » est un album malin, rusé et qui offre une réelle interaction. Les réflexions du personnage principal font écho aux questions du jeune lecteur qui se pique au jeu de l’enquête. Au-delà de la question des habitudes, le récit nous emmène en douceur sur la notion d’absence et ce qui fait qu’un être qu’on a aimé nous manque. La mort nous rend triste mais la vie ne s’arrête pas là. Heureusement, on a eu le temps d’emmagasiner tout un tas de souvenirs, on pourra faire appel à eux dès que l’envie nous prend.

Les dessins colorés et aérés d’Anne Montel illustrent ce superbe scénario. Les aquarelles de l’artiste sont un vrai régal. On ne rate rien des petits détails qu’elle dispose un peu partout. Ils rendent ce monde très vivant, très ludique et plein d’espièglerie. Les teintes sont gaies et donnent une touche d’optimisme à cette histoire qui pourtant parle d’un sujet bien sérieux. Beaucoup d’humour dans cette histoire, une petite aussi bien dans le fond que dans la forme de l’histoire.

Ce que l’on remarque avant tout dans le scénario, c’est la fraîcheur avec laquelle cette intrigue est menée et la spontanéité des réactions de l’enfant. Un regard tendre et pétillant sur la vie. Rien ne dénote, tout est à sa place, « logiquement bancal » comme une réflexion enfantine peut l’être. Une interrogation pertinente sur le sens et l’importance des habitudes dans notre quotidien. L’ensemble est crédible jusqu’à ces mots d’enfants sucrés-salés et ces petites réflexions naïves qui pointent avec justesse la réalité. Un album touchant et drôle à la fois. Un beau coup de cœur jeunesse que j’ai découvert avec Noukette.

Extraits :

« Maman m’a expliqué qu’on parle d’ « artisan-boulanger » parce que la dame qui tient la boulangerie « met du cœur dans ce qu’elle fait ». Certains font juste du dépôt de pains, elle c’est plutôt du plein-pot de spécialités » (Chaussette).

« Ceux qu’on ne remarque pas, ceux qu’on traite comme de vieilles chaussettes, vivent parfois des joies et des peines sans un bruit » (Chaussette).

Jolie découverte que je partage à l’occasion de la « BD de la semaine ». Les pépites des bulleurs se retrouvent aujourd’hui chez Stephie !

Chaussette

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Delcourt Jeunesse
Dessinateur : Anne MONTEL
Scénariste : Loïc CLEMENT
Dépôt légal : avril 2017
30 euros, 10,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7526-6

Bulles bulles bulles…

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Chaussette – Clément – Montel © Guy Delcourt Productions – 2017

La dernière représentation de Mademoiselle Esther (Jaromir & Cichowska)

Jaromir – Cichowska © Des Ronds dans l’O – 2017

« GHETTO DE VARSOVIE. Près du mur sud où se trouve aujourd’hui le théâtre de marionnettes  » Lalka « , se dressait autrefois un bâtiment gris de quatre étages : le dernier siège de l’orphelinat juif  » Dom Sierot « , dirigé par le Docteur Korczak, et qui dans cette période sombre, fut un refuge pour deux cent enfants. Ce qui se passa alors dans les rues et à l’intérieur de la maison, ce que ces enfants y virent, entendirent et pensèrent vous est conté ici par deux de ses occupants : Genia, une petite fille de douze ans, et le Docteur lui-même » (présentation de l’éditeur en page de garde).

Je ne connaissais pas l’existence du docteur Janusz Korczak jusqu’à ce que je lise cet album. La démarche d’écrire ce qui se passe dans le ghetto de Varsovie, ce dont il est témoin, se rapproche de celle d’Emanuel Ringelblum qui avait invité les habitants du ghetto à témoigner par écrit de la vie dans le ghetto (un album récent lui est consacré : voir ma chronique sur « Varsovie Varsovie »). Dans le présent album, il n’est pas fait référence à l’initiative de Ringelblum.

C’est le 13 mai 1942 que s’ouvre son journal. Très vite, les pages du journal de la jeune fille viennent lui donner la réplique. Autre regard. Autre sensibilité. Autres inquiétudes. Le même quotidien vu d’un autre angle. J’ai de suite été frappée par les dessins de Gabriela Cichowska.

Parfois, les planches sont très dépouillées et proposent un dessin sobre réalisé. Crayon de papier, crayons de couleur. Instants suspendus où l’on observe un personnage (souvent un enfant) perdu dans ses pensées ou totalement absorbé par ce qu’il est en train de faire. On lit la tristesse dans ses yeux, on voit l’ennui dans sa posture corporelle. On voit que la guerre a eu tôt fait de lui voler son enfance, qu’elle a englouti son innocence. L’attente et la peur marquent les expressions des visages de cernes, elles gomment les sourires malgré les efforts répétés des adultes à formuler des phrases réconfortantes, des mots d’espoir. On les sent si fragiles !

– (..) Elles ont de la visite.
– Regarde, Tola, je n’en ai pas, moi, dis-je en les déposant – l’un après l’autre – dans la boîte : Maman, Papa, Aaron… Ma famille de papier.

A d’autres moments, les planches affichent timidement des couleurs. C’est le jour, la vie grouille dans les rues du ghetto et dans les couloirs de l’orphelinat mais l’illustratrice ne fait appel qu’à une palette réduite de couleurs. Marron, gris, noir, beige, quelques rares bleus métalliques délavés par-ci, un vert timide par-là. Gabriela Cichowska colle, coupe, brûle, froisse, déchire et assemble différentes formes de différentes textures dans les illustrations. Elle fait appel à des vieilles photos, des coupures de journaux, des cartes postales, des plans, des lettres manuscrites, des feuillets détachés de blocs d’éphéméride, des silhouettes découpées dans des revues d’époque, des tickets, des morceaux de cuir, de tissus, de papier gaufré, de carton… Objets, symboles, motifs… Les étoiles de David sur les vêtements, les miches de pain gigantesques et insolentes dans la vitrine d’une boulangerie, les carreaux d’une mosaïque, un livre, un pendentif…Les illustrations s’animent grâce à ce contenu éclectique. L’auteure joue avec différentes textures, avec différents papiers, avec différents outils de dessin. Cela crée une ambiance intemporelle dans laquelle la lumière est diffuse, comme tamisée. On attrape toutes les sensations au vol, qu’elles soient neutres, ternes ou vives : la curiosité, l’attente, la tension, l’inquiétude, la tristesse… la complicité, la tendresse, la fierté, l’envie, la jalousie… la colère… l’impuissance… L’impuissance que ressent le Docteur est grande. Il a du mal à se résoudre à ne pas pouvoir venir en aide aux enfants des rues, livrés à eux-mêmes. Mais l’orphelinat n’a plus de place.

Enfants des rues. Jour après jour, mois après mois, la guerre les crache par milliers. Telle une mer en furie larguant sans relâche de tout petits coquillages sur ses rives. Les orphelinats – il y en a trois douzaines ici, dans le ghetto – craquent de partout.

Alors c’est un vrai cadeau du ciel de voir un visage s’illuminer à l’écoute d’une histoire ou à la vue de la photo d’un proche, c’est un instant précieux lorsqu’une mélodie parvient à émouvoir. Alors oui, faire découvrir à ces enfants le conte écrit par un poète indien, leur proposer d’en faire une pièce de théâtre et de donner une représentation publique, oui… voilà un projet capable de les emmener à mille lieues de leur quotidien, loin des affres de la guerre, loin de la famille, de la peur des déportations, de la peur du soldat qui monte la garde dans la rue de l’orphelinat. Alors les planches se parent d’ocres orangés chaleureux pendant que les enfants imaginent des paysages inconnus. La vie a de nouveau un but jusqu’à la représentation finale ; cela rompt la monotonie de l’orphelinat, il y a des rôles à apprendre et des costumes à faire.

Adam Jaromir. Le propos percute. Triste et désespéré. Pourtant personne n’est prêt à capituler. Sa manière d’imbriquer le journal du docteur et celui de l’enfant donne une profondeur incroyable au scénario. On entend le timbre de chaque voix-off. La narration suit son fil, brute, sincère, elle nous touche. La voix de cette enfant qui décrit le quotidien morose de l’institution, les rituels. On entend les inquiétudes de Janusz Korczak, son envie d’accueillir de nouveaux enfants, de les soigner, de les aimer, de les aider à supporter cette cruauté… jusqu’à ce qu’un jour meilleur arrive… qui sait.

Un garçon m’a dit en adieu : « Sans ce foyer, je ne saurais pas qu’il y a des gens honnêtes dans le monde et que l’on peut dire la vérité. Je ne saurais pas qu’il y a des lois justes dans le mondes ». Combien d’épaules courbées cette maison aurait pu redresser s’il n’était pas arrivé. Ce mois de septembre 1939. Et avec lui… barbelés, tessons de verre, menaces et fusils.

Consigner les souvenirs. Aider la mémoire à se rappeler. Ne pas oublier. Ne rien oublier. Un album qui remue. Une précieuse pépite.

La dernière représentation de mademoiselle Esther

– Une histoire du ghetto de Varsovie –
One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Dessinateur : Gabriela CICHOWSKA
Scénariste : Adam JAROMIR
Dépôt légal : avril 2017
140 pages, 24 euros, ISBN : 978-2-917237-98-4

Bulles bulles bulles…

La vidéo présentant l’album.

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La dernière représentation de Mademoiselle Esther – Jaromir – Cichowska © Des Ronds dans l’O – 2017

NoBody, tome 2 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

En 2007, un homme est interpellé sur les lieux d’un crime. Il s’accuse du meurtre de son coéquipier. Son corps est recouvert de sang mais ce n’est visiblement pas le sien. Placé en détention, le détenu demande à être exécuté mais le juge demande une expertise psychologique pour établir son profil ainsi que les chefs d’inculpation. Pendant un an, les psychologues défilent sans parvenir à entrer en communication avec lui. Ils butent sur cet homme sarcastique, retors et ombrageux. Il impressionne. Sa voix tonne, sa carrure est imposante et son corps est recouvert de tatouages. Son charisme tient en respect les experts jusqu’à ce que Beatriz Brenwan, une jeune psychologue, intervienne à son tour. Entre eux, une relation de confiance va naître et au fil des entretiens, l’homme qui se fait appeler Nobody se confie.
Après l’adolescence et la première mission d’infiltration (voir tome 1), le récit se poursuit. Nous sommes maintenant en 1978, le personnage est maintenant proche de la trentaine. Désormais, le FBI l’a intégré dans ses effectifs. Les missions qu’on lui confie sont plus délicates. Il s’agit maintenant d’infiltrer un gang de bikers un-pourcentistes : les Napalm’s Soldiers. Il raconte sa vérité à la jeune thérapeute. Charge à elle d’objectiver les faits.

« – Bien. ‘Faut pas me mentir. Je vous dis la vérité.
– Votre vérité.
– Ah ! Ah ! Mais ma vérité est-elle la vérité ? »

Les premières pages nous replongent dans ce face à face carcéral où chaque protagoniste oscille entre confiance et méfiance. Entre eux, une distance respectueuse semble les préserver. Rappelez-vous dans « Le Silence des Agneaux », cette étrange et fascinante relation qui liait Hannibal Lecter et Clarice Starling…

Christian De Metter prend un malin plaisir à soigner l’ambiance de ce thriller psychologique et maintient le suspense. Dans ce tome, on oublie l’enquête pour meurtre qui est en cours et on en apprend davantage sur le parcours atypique de cet homme que le FBI a utilisé pour mener à bien des missions délicates et d’une rare violence. Un agent-caméléon contraint de jouer un rôle, habitué à se fondre dans la psyché des personnages qu’il devait incarner… au point d’y laisser son âme. Jeté très tôt dans la gueule du loup, quasiment seul sur le terrain, il s’est construit une carapace derrière laquelle il s’est réfugié. Il fait preuve d’un sang-froid redoutable. De fait, on hésite en permanence durant la lecture. On sait qu’il joue double-jeu mais on se sait jamais sur quel pied il danse, on ne sait jamais quelles informations il détourne ni la part de mensonge qu’elles contiennent.

Le trait parfois charbonneux nous montre des scènes d’une rare violence. Avec autant de finesse et de sournoiserie que le personnage principal, elle est largement suggérée. Torture, viol, amputation… les sueurs froides nous parcourent l’échine durant la lecture. L’image même des gangs de motards proches des Hells Angels suffit à elle seule à nous faire fantasmer toute la violence contenue entre ces cases. On suffoque de plaisir, la tension est électrique mais le lecteur est accroché à ce récit comme une moule à son rocher. On aimerait parfois revenir dans cette cellule où a lieu l’interrogatoire. Face à la violence de certains passages, le confinement carcéral nous semble finalement être un havre protecteur.

La mise en couleur de ces planches est superbe, le rythme est haletant. J’ai totalement plongé dans cet univers où l’on côtoie le trio diabolique des armes, du sexe et de la drogue. Le personnage principal évolue sur un fil ; le moindre faux-pas lui sera fatal. Est-il fou ou ne l’est-il pas ? Est-il dangereux ou la simple victime d’un piège qui s’est refermé sur lui ? Si Christian De Metter maintient son rythme de croisière, le troisième tome devrait débarquer à la rentrée… Je m’en régale d’avance.

Ma chronique du tome 1.

NoBody

Tome 2 : Rouler avec le diable
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2017
76 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

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NoBody, tome 2 – De Metter © Soleil Productions – 2017