Nils, tomes 1 et 2 (Hamon & Carrion)

Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2016
Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2017

Ça fait plusieurs semaines que je n’ai pas réussi à faire germer la moindre graine. Et pour être honnête, ça fait longtemps que je n’ai plus rien vu pousser nulle part… C’est comme si la nature était en panne.

Un monde se meurt. Plus rien ne pousse, la terre est devenue stérile et depuis des lunes, plus aucun ventre n’est fécondé.
Les hommes s’inquiètent d’autant plus que l’hiver approche et que la famine apparaît de plus en plus comme une menace. C’est dans ce contexte que Nils parvient à convaincre son père de l’emmener chercher un faucon. Cela fait des années que Nils attend ce moment.
Le père et le fils se mettent en route. Ils vont traverser des régions désertes où la nature s’est déjà repliée en prévision de l’hiver qui approche. Mais si la quête de l’un est de trouver enfin son faucon, le paternel lui a en tête d’utiliser ce voyage pour continuer ses recherches et tenter de comprendre pourquoi la nature s’est déréglée.
En chemin, les deux hommes vont rencontrer un clan de femmes guerrières, des êtres élémentaires et les soldats d’un royaume qui est parvenu à créer des machines de guerres indestructibles.

Les légendes nordiques, ça vous tente ? Jérôme Hamon nous invite à explorer une mythologie fascinante sur base d’une quête. Cela a tout d’une épopée d’héroïc-fantasy me direz-vous… et je ne vais pas démentir. Antoine Carrion réalise de généreuses planches sur lesquelles la nature a le premier rôle. Ce décor gigantesque nous fait voyager dans les neufs mondes, aller à la rencontre d’Yggdrasil et côtoyer des dieux, chahuter un peu la magie et manier les armes… le tout rythmé par de belles rencontres que les personnages font en chemin.

Le scénario nous montre toutes les qualités du personnage principal (bravoure, intégrité, conviction…) qui entreprend cette quête ; il est dépourvu de toute ambition personnelle, de toutes arrière-pensées. Il n’a pas d’autre objectif que celui de sauver sa planète. Le premier tome prend le temps d’installer cet univers où les légendes et les superstitions ont la part belle, si l’on peut tranquillement découvrir les personnages qui vont être amenés à jouer un rôle dans les événements à venir. Le premier tome prend le temps de nous montrer les différentes voies qu’il va emprunter et poser un personnage sur chaque piste empruntée par l’intrigue. Le premier tome est prenant, prometteur. On croit partir-là pour une belle série d’aventure (en appréhendant toutefois le fait d’être en présence d’une série assez longue…).

Et puis dans le second tome, patatras ! Passées quelques planches, le récit s’accèlère. Les trajectoires des uns croisent (un peu trop vite) les trajectoires des autres, sans aucune transition ni variations de couleurs. Si encore il y avait eu des teintes de couleurs qui marquaient la différence, nous indiquant que nous revenons vers tel ou tel personnage… mais non. On saute d’une action à l’autre, d’un lieu à l’autre car bien sûr, tous ces événements se passent au même moment à différents points de la planète. L’équilibre du premier tome se casse même si l’intrigue reste cohérente. Les choses s’agitent trop, le récit ne se pose pas assez sur certaines scènes (nous privant ainsi de détails qui auraient été bénéfiques). On recolle les morceaux soi-même, on tisse nous-mêmes les fils narratifs qui sont suggérés (on se trompe rarement heureusement). En fin de tome, je suis égarée. Je croyais partir pour une longue saga et je n’en suis plus si sûre. Le récit pourrait s’arrêter là, sombre dénouement mais plausible. Cela dit, je doute que la série soit terminée mais je pourrais tout à fait me contenter de cette conclusion.

Un tome 1 qui allèche, un tome 2 qui ébouriffe beaucoup trop. Je suis perplexe.

Nils

Tome 1 : Les Elémentaires
Tome 2 : Cyan
Série en cours
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Antoine CARRION
Scénariste : Jérôme HAMON
Tome 1 – dépôt légal : mai 2016 / 52 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-302-04848-5
Tome 2 – dépôt légal : novembre 2017 / 50 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-302-06491-1

Bulles bulles bulles…

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Nils, tomes 1 et 2 – Hamon – Carrion © Soleil Productions – 2016 et 2017

Ma vie dans les bois, tome 1 (Morimura)

Morimura © Akata – 2017

En 2005, saturé par la vie citadine, lassé de cette vie matérielle et consumériste, l’auteur décide de tout planter et d’aller vivre à la montagne avec sa femme.

Ne sommes-nous pas tous épuisés, à force de bosser jusqu’au ras-le-bol ? A-t-on vraiment besoin de toutes ces choses pour être heureux ? (…) Repartons de zéro, en nous installant dans une montagne inexplorée avec nos corps comme seules richesses.

Petit monsieur qui approche la soixantaine et à l’aspect bonhomme et avenant, Shin avant pourtant tout du japonais sédentaire, bedonnant et incapable de faire quoi que ce soi avec ses mains… excepté des mangas. Têtu comme une mule et malgré le scepticisme amusé de sa femme, il finit par trouver l’endroit idéal pour mener à bien son projet. Un endroit loin de tout et qui n’a de valeur aux yeux de personne.

L’aventure commence avec bien peu de chose et bien peu d’outils. En compagnie de Hime, son Terre-Neuve, Shin se met au travail. Il opte alors pour un mode de vie en autarcie, s’en remet aux caprices de la nature et au cycle des saisons. La nature a désormais peu de secrets pour lui. Fruits, légumes, insectes… il apprend peu à peu compléter ses propres connaissances en observant la nature et en faisant tout pour vivre en harmonie avec la faune et la flore.

Shin Morimura a réalisé un témoignage frais, intéressant et tout à fait original. Je me suis un moment posée la question de savoir si c’était une autofiction, une sorte de délire dans lequel l’auteur se projetait. Jusqu’à ce que j’arrête de me la poser en me disant, dans un premier temps, que la réponse n’apportait rien de plus comparée au plaisir de lire ce tome et puis… Peu à peu, les détails, les anecdotes, cet entêtement presque maladif de l’auteur à défricher et à déboiser une grande parcelle du terrain qu’il a acheté, à terrasser, à bâtir sa maison en bois, à aménager l’intérieur et ses alentours, à commencer à penser autrement son alimentation… on se dit que tout cela est vrai. Qu’on a là une matière autobiographique dans les mains et on ne peut qu’admirer – un peu époustouflés – ce que cet homme a entrepris.

C’est le genre de manga qui me réconcilierait presque avec les mangas ; cela fait quelques années déjà que je n’en lis presque plus car j’ai l’impression d’y lire un peu toujours la même chose (surtout pour les mangas de petit format). Côté graphique aussi, j’ai l’impression que les dessins des albums asiatiques pourraient presque être transposés d’un album à l’autre sans que j’y voie de différence.

Ce témoignage m’a plus, parce que l’optimisme et la bonne humeur qu’il contient sont contagieux. Parce que l’auteur repense totalement nos modes de vies qui sont calqués les uns sur les autres. Il bouscule ce métro-boulot-dodo qui n’épanouit finalement plus grand monde. Il jette par la fenêtre tout ce qui est lié à la société de consommation : profit, rentabilité, propriété, consommation, surconsommation…

Sur un coup de tête, il décide donc de donner vie à sa nouvelle vie. Ses mains de mangakas et son corps de citadin vont être mis à rude épreuve. Et la manière dont il réagit face aux imprévus m’a séduite autant que la joie presque enfantine qu’il ressent lors qu’il arrive à la force du poignet à faire sortir sa maison de terre… et tout le reste.

Habituellement, je ne lis pas de mangas (pour des raisons qui seraient bien trop longues à expliquer). Me voilà pourtant invitée par Jérôme à lire… l’idée étant de remuer un peu mes aprioris. Défi lancé, défi relevé, défi réussi. Je vous invite à lire la chronique de Jérôme.

Autre chronique en ligne : celle de Bidib.

Ma vie dans les bois

Tome 1 : Ecoconstruction
Série en cours
Editeur : Akata
Collection : Akata – Seinen
Dessinateur / Scénariste : Shin MORIMURA
Dépôt légal : août 2017
144 pages, 7.50 euros, ISBN : 978-2-36-974230-2

Bulles bulles bulles…

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Ma vie dans les bois, tome 1 – Morimura © Akata – 2017

Les Vieux Fourneaux, tome 4 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Cet été-là, Antoine a accompagné Sophie durant toute la tournée du spectacle de marionnettes « Le Loup en slip » . Bien qu’Antoine ne soit pas parvenu à soutirer à Sophie des informations sur le père de Juliette (son arrière-petite-fille), il est tout de même ravi d’avoir passé du temps en famille… mais ses vieux os ne sont pas mécontents de retrouver un bon lit et les copains du bistrot du village. Par contre, pendant son absence, une espèce protégée a eu la mauvaise idée de venir s’installer dans le champ de Berthe. Et le champ de Berthe, c’est exactement l’endroit où Garan-Servier avait prévu de faire ses travaux pour agrandir son usine.
Alors voilà que les zadistes sont arrivés en renfort sur le site de Garan-Servier ! Et ce n’est pas les gens du coin qui vont s’en plaindre… Sauf peut-être Antoine qui voit d’un mauvais œil ce violent coup de frein à la reprise de l’activité économique de la région. « Moi j’ai fait ma véranda plein sud et… », « Pis c’est mon coin à champignons le bois de chez Berthe » , « sans compter que les nouveaux employés ne viendront pas à La Chope » … Autant de faux arguments qui chauffent suffisamment les oreilles d’Antoine pour que ce dernier décide d’aller s’expliquer avec les « rastaquouères » écolos.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Wilfrid Lupano passe au karcher des sujets d’actualité épineux et dont les médias font leurs choux gras. L’auteur décape, défrise, déride et décale ces questions de société à coup d’humour déjanté et un brin alcoolisé. Protection de l’environnement, migrants, délocalisation, relance économique, désert médical… et puis sans l’amouuuur, le tableau ne serait pas complet ! L’ambiance pourrait être électrique mais jamais ô grand jamais on se crispe ou on se lasse. C’est limpide, cinglant comme on aime et surtout, plein de bonne humeur. Parfaitement dans la continuité des tomes précédents, peut-être un poil plus affirmé, un scénario plus mordant et plus que jamais engagé. La qualité de chaque tome est réelle. Le scénariste est d’une lucidité aussi affutée qu’un couteau, fait fuser les répliques avec beaucoup de naturel. Les personnages sont plus vivants que jamais et on leur envie leur sens de la répartie. Il y a très peu de temps morts dans cet album mais on n’a pas l’impression d’être bombardé de rebondissements alambiqués qui seraient difficiles à répertorier. Bien au contraire, ces cinquante-quatre pages filent à la vitesse de la lumière et la fin de ce tome tombe comme un couperet et annonce un cinquième tome… que j’attends déjà avec impatience.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Paul Cauuet s’applique à dessiner ces silhouettes qui ne répondent à aucun des canons de la mode. Méticuleusement, il s’applique sur les rides et les bedaines, les cheveux hirsutes, les trognes improbables animées par des moues, des rictus, des bouches en cœur ou des grimaces de colère. Les illustrations nous réservent toujours une place de choix pour observer cette bande de sympathiques énergumènes se battre avec les aléas de la vie, se harpouiller et se serrer les coudes.

Ce quatrième tome est vraiment excellent. On retrouve le panache qui m’avait fait tant apprécier la série au premier tome. Une critique sociale loufoque que l’on a plaisir à lire et à relire.

Une belle lecture commune avec Sabine. Je vous laisse d’ailleurs avec les mots de Sabine qui sans nul doute en parlera mieux que moi.

Une lecture que nous partageons pour le rendez-vous de la « BD de la semaine » qui s’est posé [deuxième mercredi du mois oblige] chez Stephie !

Les Vieux Fourneaux

Tome 4 : La Magicienne
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2017
54 pages, 11.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6542-5

Bulles bulles bulles…

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Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Les disparus du phare -Peter May

9782812610646« La première chose dont je suis conscient est le gout du sel. Il emplit ma bouche. Envahissant. Pénétrant. Il domine mon être, étouffe mes autres sens. Jusqu’à ce que le froid me saisisse. Qu’il me soulève et me serre entre ses bras. Il me tient si fermement que je ne peux bouger. A part les tremblements. Intenses et incontrôlables. Et, quelque part dans mon esprit, je sais que c’est une bonne chose. Mon corps essaye de produire de la chaleur. Si je ne tremblais pas, je serais mort. »

Il était une fois : un phare, une île battue les vents, une mystérieuse disparition un siècle plus tôt, un homme amnésique, des abeilles, une adolescente chamboulée, une identité perdue ….

Il était une fois une nature sauvage, balayée par les éléments… Une nature hostile mais d’une beauté à couper le souffle….

Il était une fois un homme qui se réveille sur le sable, un homme meurtri, par quoi, par qui ? Un homme qui ne sait plus qui il y est. Un héros entouré de mystère et dont la vie semble être menacée…

Il était une fois une réalité sordide, terrible, qui peu à peu, se dévoile au fil des pages…

Il était une fois un cri lancé sur les enjeux contemporains. Une alerte. Forte. Qui secoue. Une urgence, celle de la préservation de l’environnement…

Il était une fois une intrigue habile qui entraine le lecteur vers des horizons lointains, un brin effrayants….

Il était une fois ce polar un poil écolo ! Toutafé formidable et incroyablement maitrisé, qui se lit dans un souffle et qui laisse une empreinte forte dans les esprits !

 

« Rien, absolument riens depuis que j’ai fini échoué, à demi conscient, sur Traigh Losgaintir, n’a de sens. Mon amnésie. Mon échec à trouver le moindre indice sur mon identité, à part mon nom, même dans ma propre maison. Mon aventure avec Sally. Le livre sur le mystère des îles Flannan que je n’écris pas. Les ruches de la route du Cercueil. Mon bateau disparu. Et maintenant quelqu’un tente de me tuer. Et quelqu’un d’autre intervient pour me sauver la vie. Le poids de tout cela est tout bonnement écrasant. »

 

J’ai drôlement aimé ! Autant pour cette histoire pleine de rebondissements que pour le cadre superbe où se déroule ce polar impossible à lâcher une fois commencé !

A découvrir indéniablement pour un très joli moment de lecture…

 

gplelle

 

Les disparus du phare, Peter May, Le Rouergue Noir, 2016.

Saison brune (Squarzoni)

Saison brune
Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2012

Réchauffement climatique ? C’est un terme qui nous est familier mais, je le reconnais, qui m’est également très abstrait. Dès qu’un discours (interview, documentaire…) manie plus de trois termes trop techniques ou de considérations trop scientifiques, mon attention se dérobe.

Pourtant, certains mots sont récurrents. Canicule, ouragans, fonte des glaces, pollution… tout cela, nous connaissons. C’est concret du moins, quand on prend le temps d’écouter un minimum les informations. Voilà pour la partie visible de l’iceberg. Sans être trop naïve, je savais que cela ne se limitait pas qu’à cela mais je suis incapable de faire un état des lieux pertinent. Ce qui n’est pas le cas de Philippe Squarzoni. Avec Saison brune, il nous permet d’entre-apercevoir la partie immergée de l’iceberg. Et honnêtement, vous dire que je n’ai pas eu peur serait vous mentir.

Durant tout l’album, on sent la difficulté de l’auteur à traiter son sujet. Cette difficulté est liée à une raison : comment, aux vus des éléments en sa possession, ne pas livrer un ouvrage alarmant ? Comment laisser au lecteur la possibilité de ne pas sortir totalement abattu de cette lecture ? C’est impossible.

Squarzoni : … et je ne vois pas pourquoi je me priverais de ce voyage. Alors que dehors il y a 3000 mecs qui roulent en 4×4 en ville. Eux aussi, ils sont au courant ! Tout le monde a entendu parler du réchauffement. Tout le monde sait !
Sa femme : Non. On ne sait pas.
Squarzoni : Tu ne sais pas que les 4×4 émettent des gaz à effet de serre ?
Sa femme : Je ne savais pas que la situation était si grave.

Dès les premières pages, on sent que le sujet sera grave. L’auteur tâtonne et tente plusieurs entrées en matière. Ainsi, il prend le temps de présenter les motivations et les constats qui l’ont conduit à la réalisation d’un album entièrement dédié à la question du réchauffement climatique. Puis, il rentre dans le vif du sujet, ce qui donnera lieu à un chapitre certes un peu didactique mais ô combien utile pour préparer le lecteur à accueillir la suite. Il y aura ensuite des redondances, des propos récurrents tout au long de l’album, mais cela aide réellement le lecteur à mémoriser les informations importantes. Cela l’aide aussi à prendre du recul et à ne pas être tétanisé par cette quantité d’informations… Cela nous aide enfin à réfléchir à la question objectivement, à nous remettre en question individuellement et à nous positionner.

A l’aide d’interviews de scientifiques, de journalistes, climatologues, économistes, ingénieurs, physiciens… on prend connaissance des savoirs actuels sur le réchauffement climatique. On accède aussi à tout un champ de possibles répercussions que cet impact climatique pourrait produire. Et elles sont nombreuses. Cela nécessite que les solutions soient pensées non pas aux plans nationaux mais à l’échelle internationale. Cela nécessite que l’on repense aussi nos modes de consommation très énergivores. Je ne vais pas vous faire un résumé de l’ouvrage car cela ne rimerait à rien, d’autant que le travail de Squarzoni est déjà un résumé très dense de la situation.

Délité davantage, le message se perdrait.

Quoi qu’il en soit, on accède aux causes et aux effets, on s’interroge sur les limites et les solutions. Mais les freins sont nombreux, hétérogènes et étroitement liés.

Alors oui, en tant que lecteur, on suffoque face au constat. On respire lorsque apparaissent quelques pleines pages disséminées çà et là ouvrant sur un massif montagneux ou une vallée verdoyante. Courbes, graphiques, tableaux cohabitent harmonieusement avec des images issues de l’imagerie collective (Peter Pan, Santa Claus…). Squarzoni n’hésite pas à conserver les slogans publicitaires qui sont associées à ces images d’Epinal, ce qui donne une  dimension parfois ironique, parfois sarcastique… On avait déjà vu les bénéfices narratifs que Alpha… Direction tirait de ce procédé (lu mais une simple chroniquette sur le blog, je vous renvoie vers la synthèse kbd). On mesure tout le décalage entre l’objectif commercial (et l’idéal de vie qu’il sous-tend) et les contraintes écologiques auxquelles les sociétés doivent faire face (et face auxquelles elles se dérobent). Cela en devient parfois pathétique de voir à quel point nos comportements sont irresponsables. La faute à qui ? Aux médias qui servent les intérêts des politiques et des lobbyings industriels. En vulgarisant et en contredisant les conclusions des rapports produits par des scientifiques, les médias créent le doute dans l’opinion publique et aident les climato-sceptiques à construire leurs arguments.

Une pause. La fin d’un chapitre…

… et on repart pour une apnée de lecture et des pages qu’on ne peut que dévorer de manière boulimique. Le constat est alarmant, certes, mais dans cette nouvelle prise de conscience, nous ne sommes pas seuls. En effet, Philippe Squarzoni n’hésite pas à se mettre lui-même en scène pour partager ses doutes, ses inquiétudes, ses dégouts et ses espoirs. Car il ne faut pas oublier que quel que soit le rythme de lecture de chacun, l’album accompagnera le lecteur tout au plus sur 4 ou 5 jours ! L’auteur a consacré six années de travail (recherches documentaires, interview…) pour réaliser ce projet qui tient en « seulement » 500 pages. Les recherches bibliographiques qu’il a effectuées et les informations qu’il a récoltées l’ont mis à mal. Il ne cache pas les répercussions que cela a produit sur son quotidien et la forte remise en question tant personnelle que professionnelle que cela a suscité et que cela doit susciter encore.

Et comme il fallait conclure, l’auteur bute de nouveau sur la manière de clore son ouvrage. On le sent soucieux d’explorer son sujet sans rien omettre, soucieux de rester objectif, soucieux de ne laisser planer aucune ambiguïté sur la question et SURTOUT soucieux de ne pas laisser son lecteur sur un dénouement pessimiste. Mais cela n’est pas possible.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Allez découvrir les lectures des autres lecteurs !

 » Two thumbs up  » !! ^^

Un autre album sur ce sujet : Grumf.

Les chroniques : Yvan, Lorraine, Pierre (sur Sans connivence).

Une interview de Philippe Squarzoni sur ActuaBD, une preview sur Rue 89 et une video (interview) sur Vimeo.

Extraits :

« Quel cap choisir ? Comment maintenir un choix ? Quelle direction se fixer ? Nous sommes pris dans trop de contradictions. Page de gauche, nous savons que nous allons dans le mur. Page de droite, nous continuons à vivre dans ce monde imaginaire où il n’y a pas de contradiction entre nos désirs matériels et la préservation de la planète. Nous savons, mais nous ne changeons pas. L’ignorance initiale a laissé place à la schizophrénie. Pour continuer à vivre dans ce monde de fiction, nous jouons à cache-cache avec ce que nous connaissons. Dans cette schizophrénie qui nous touche, nous percevons l’urgence d’agir…. Sans croire en nos moyens d’action. Nous savons qu’une autre histoire a commencé. Mais nous continuons à faire comme si de rien n’était. Et le pire… c’est que c’est tellement agréable » (Saison brune).

« Évidemment, ailleurs dans le monde, certains sont déjà victimes du réchauffement. 300 000 morts par an selon l’ONU. 300 000 personnes, dans la corne de l’Afrique, au Bangladesh, en Inde ou au Vietnam. Mais ces morts sont dues à l’aggravation de problèmes déjà existants. Sécheresse, malnutrition, inondations… rien de manifestement climatique. Par ailleurs, les victimes du réchauffement meurent lentement, l’une après l’autre, drames diffus, non médiatiques, atomisés toute l’année sur toute la planète. S’il leur prenait la bonne idée de mourir tous le même jour, comme les victimes du tsunami de 2004, notre prise de conscience serait facilitée. Mais les morts de tous les jours ne valent pas les morts d’un jour… De petites vies. Dans de petites cases » (Saison brune).

« Comment des sociétés, organisées politiquement et économiquement pour produire plus et consommer plus, dont le développement repose sur l’exaspération du désir de possession, pourraient-elles s’accorder avec une culture de la sobriété et de la responsabilité collective ? Comment un système dédié à laisser chacun maximiser ses avantages en toute liberté pourrait-il être compatible avec une forme d’autocontrainte et de modération matérielle ? Au bout du compte, la liberté vantée par le modèle libéral est devenue le déguisement d’un individualisme forcené. C’est la liberté de ne pas rendre de comptes. Le refus de toute contrainte. De toute limite. Le refus du collectif. La société, disait Thatcher, une telle chose n’existe pas » (Saison brune).

Saison Brune

Challenge Petit Bac
Catégorie Couleur

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Philippe SQUARZONI

Dépôt légal : mars 2012

ISBN : 978-2-7560-1808-9

Bulles bulles bulles…

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Saison brune – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2012

Fipopus Gropopus (Laurent)

Fipopus Gropopus
Laurent © L’Atelier du Poisson Soluble – 2012

Sur une étrange planète, deux espèces cohabitent sans jamais se côtoyer. La chose est facilitée par le fait que la planète est plate ; ainsi, Fipopus et Gropopus vivent sur les versants respectifs de ce monde. Pourtant, sur le principe des vases communiquant, les deux univers interagissent naturellement : un cratère sans fond causé par l’impact d’une météorite chez les Fipopus donne naissance à une montagne chez les Gropopus ; un puits qui se tarit chez les Gropopus et c’est une source qui jaillit chez les Fipopus… Ces deux mondes sont aussi contraires que complémentaires, à l’instar des deux peuples. De nature pacifique, les Fipopus vivent en harmonie avec la nature, ils n’ont de cesse de jardiner. Les Gropopus quant à eux sont querelleurs et revanchards. Le moindre désaccord est prétexte à chamaillerie.

L’interactivité entre ces deux univers est permise par le support même de l’ouvrage de Frédéric Laurent. Le format est surprenant – 12 / 31 cm – d’autant que pour prendre connaissance de l’histoire, il est nécessaire de déplier ce livre-accordéon. Ainsi, le lecteur est face à une immense frise qu’il retournera à son gré pour changer de monde Fipopus / Gropopus.

Chaque peuple est affublé de quelques traits de caractère humains. Il y a du bon et du mauvais en chacun : susceptibilité et organisation pour les Gropopus, pacifisme et insouciance chez les Fipopus, un choix qui permet au jeune lecteur se se saisir facilement de l’ambiance. Un livre ludique et interactif que Monsieur Lutin a plaisir à lire, à relire et à partager avec ses copains. Ce récit invite le jeune lecteur à parler, à se positionner sans autres contraintes que le respect de ses propres convictions. Tout en s’amusant, il a pu rester très critique quant aux us et coutumes partagées par les Fipopus d’une part, les Gropopus d’autre part. Je n’ai pas eu le temps de prendre en notes ses retours et commentaires, mais Fipopus Gropopus est un ouvrage vers lequel il revient régulièrement, qu’il emporte bien que le format atypique qui ne lui permet pas de « voyager » facilement (il ne rentre pas dans un sac d’enfant du moins une fois inséré, il est impossible de fermer le sac).

PictoOKCe livre est très apprécié par tous les membres de ma famille. Cependant, pour les plus petits (jusqu’à 4 ans), il est difficile de s’en saisir pleinement car les interactions entre Fipopus et Gropopus sont loin d’être une évidence, même guidé par la lecture d’un adulte.

J’ai apprécié la technicité de cette construction narrative sous contrainte. Ce récit humoristique est fluide et permet une réflexion non dénuée d’intérêt entre lecteurs de générations différentes.

Je remercie L’Atelier du Poisson Soluble pour ce partenariat.

Je vous invite à prendre connaissance des avis de Marianne, Croknobookeur (sur le site de La Soupe de l’Espace), une visite dans Le Cabas de Za, dans L’Esperluette d’Agathe (où vous pourrez observer le livre lorsqu’il est complètement déroulé) et de Catherine (sur Kidissimo).

Fipopus Gropopus

Ouvrage illustré

Éditeur : L’Atelier du Poisson Soluble

Dessinateur / Auteur : Frédéric LAURENT

Dépôt légal : mai 2012

ISBN : 9782358710282

Bulles bulles bulles…

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Fipopus Gropopus – Laurent © L’Atelier du Poisson Soluble – 2012

Animal’z (Bilal)

Animal'z
Bilal © Casterman – 2009

Ce peut être demain ou dans 100 ans.

Un dérèglement climatique appelé de « Coup de sang » désorganise toute activité humaine sur Terre. L’eau potable est devenue un enjeu, l’individualisme est à son paroxysme. Hommes et animaux convergent vers le Détroit 17, seul espoir de survie. Rien ne leur assure cependant un lendemain une fois arrivés à destination… encore faut-il y arriver entier. On est témoin de destins qui se croisent et partagent un bout de route ensemble.

Drôle de signe du destin quand je pense que j’ai mis un pied il y a 20 ans dans l’univers de la BD « adulte » avec La Femme Piège de Bilal.

Oui, je sais, c’est le second volet d’une trilogie et blablabla, mais quand on a 16 ans, on fait avec les moyens du bord. En l’occurrence, ce tome avait été offert à mon père. Bref, j’ai dévoré La Femme Piège et non, je n’ai pas couru chercher La Foire aux Immortels et Froid Équateur car… je ne connaissais pas (j’en rougis de l’écrire). En revanche, j’en ais acheté d’autres, au pif.

Au pif donc, je me suis équipée de l’intégrale de l’Incal et du Grand pouvoir du Chninkel. Wow !! Bonne pioche m’dame ! Et c’est là que tout a commencé…

Retour aux sources donc, un Bilal.

Première impression : la BD sera longue à lire.

J’ai suivi avec peine chacun des personnages principaux tour à tour…. jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Le récit des premières pages est saccadé (il faut compter une quarantaine de pages tout de même). Les personnages évoluent dans un décor réellement atypique, ce qui permet de toucher du doigt leurs fragilités. Bilal sait utiliser à souhait leurs côtés mystérieux, mais… on les entend respirer. C’est assez incroyable pour du Bilal je trouve. On a de l’empathie à leur égard. Peut-être que ce qui les rend touchant est cette incertitude, cet espoir auquel ils se raccrochent ?

Un peu de « réchauffé » tout de même puisque Bilal nous ressert le coup de la seconde peau (merci Warehole, merci Nikopol).

Le côté écolo de l’histoire contraste avec ce à quoi je m’étais habituée ces derniers temps chez Bilal : de la SF intello sans fondements, des discours inaccessibles, des théories futiles, des sociétés stériles. Êtes-vous parvenus, vous, à finir sans peine le tome 4 du Sommeil du Monstre ? Que l’on se rassure, dans Animal’z, on n’échappe pas aux « nihilistes néo-nietzchéens ». Mais ils ne sont présents qu’à dose homéopathique.

Cet album a du style. On y prend le temps de s’arrêter sur des cases qui prennent parfois la moitié voire les 3/4 d’une planche.

Le style de dessin est brut et épuré.

Bilal a un peu mis de côté son ordinateur, pour la colorisation, et ce n’est pas plus mal.J’ai eu du mal à rentrer dans ce One-Shot. Trop de scepticisme dans l’abord que j’avais de cet album.

PictoOKA ma grande surprise, ce One-shot me réconcilie avec Bilal. Un style qui me plaît… c’est du Bilal comme j’aime !!

Le coffret de la BD n’est pas très pratique mais il comporte de magnifiques ex-libris.Du plaisir et rien que du plaisir ! Pour le coup, je l’ai relu ! Un bon moment de BD

Animal’z

One shot

Éditeur : Casterman

Collection : Univers d’Auteurs

Dessinateur / Scénariste : Enki BILAL

Dépôt légal : mars 2009

ISBN : 2203019662

Bulles bulles bulles

Un petit coup de cœur à Ana qui aime son homme…

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Animal’z – Bilal © Casterman – 2009

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Voilà, c’est mon premier billet (ouf, il paraît que le plus dur, c’est de commencer). Bon, je ne suis pas super à l’aise avec les blogs… j’espère que le métier rentre vite.
Quoiqu’il en soit, j’espère pouvoir tenir mon petit coin de lecture dans le temps.