Homicide, tome 5 (Squarzoni)

tome 5 – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2020

Retour à la Brigade des Homicides de Baltimore. Pellegrini n’en finit plus de déplier les recoins de l’affaire Wallace. Le meurtre de Latonya Kim Wallace n’est toujours pas élucidé alors que l’inspecteur en charge de l’enquête travaille d’arrache-pied.

Waltemeyer se démène pour percer à jour un suspect (une vieille dame) soupçonné de trois meurtres avec préméditation et de trois tentatives de meurtres. Et visiblement, ces six affaires-là ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Waltemeyer fouille les archives des meurtres non élucidés, fait des croisements entre les modus-operandi et l’existence d’assurances-vie dont son suspect aurait été bénéficiaire. Un travail d’investigation de grande ampleur… rares sont les inspecteurs qui ont eu l’occasion de se faire remarquer avec de tels dossiers. Il chiade le dossier en vue de son passage devant le juge.

Garvey quant à lui hérite d’une nouvelle scène de crime et sa chance légendaire continue à lui coller aux semelles. Il semblerait qu’une nouvelle fois, les témoins en présence lui apportent le suspect sur un plateau d’argent. Une période bénie pour lui mais… jusque quand durera-t-elle ?

Et les autres… Tous les inspecteurs sont affectés à plusieurs dossiers. Landsman, Edgerton, Worden, McLarney… Tous enquêtent majoritairement sur des affaires de règlements de compte entre dealers ou de malfrats divers qui ont décidé de se faire eux-mêmes justice.

Un scénario d’une froideur méthodique et chirurgicale pour cette adaptation (de l’enquête de David Simon : voir mes précédentes chroniques qui contextualisent cet ancrage). En parallèle, un séquençage dynamique des planches apporte au lecteur l’entrain dont il a besoin pour continuer à avancer dans sa lecture. Les teintes poussiéreuses, mi-grises mi-brunes campent la lourdeur et la dureté de ce quotidien policier… et renforce l’impression que l’action des inspecteurs pour lutter contre la criminalité est vaine. Qu’ils auront beau résoudre un crime, dix nouveaux se produiront… inévitablement.

Philippe Squarzoni consacre également un temps conséquent à dresser le portrait d’une société délétère. Baltimore ville prospère et dynamique n’est plus que l’ombre d’elle-même. Depuis la grande Dépression de 1930, l’activité portuaire qui portait la ville s’est effondrée, laissant derrière elle une ville à l’agonie. Le chômage, la délinquance, l’économie parallèle, le marché de la drogue… toutes les conditions sont désormais réunies pour offrir un terreau fertile aux activités illicites. Les tribunaux engorgés d’affaires de crimes (grippant le système judiciaire), les prisons sont surpeuplées… Surenchère de la violence.

« Mais c’est une présence tacite qui accompagne les jurés dans toutes leurs délibérations. (…) plus encore que la couleur de la peau, ce qui a faussé le système judiciaire à Baltimore dépasse toutes les barrières raciales. Baltimore est une ville ouvrière, frappée par le chômage, ayant le niveau d’éducation parmi les plus faibles des Etats-Unis. Par conséquent, la plupart des jurés entrent dans le tribunal avec une vision du système judiciaire… héritée du petit écran. Et c’est la télévision – pas le Procureur, pas les preuves – qui va influencer le plus leur état d’esprit. Or la télévision a empli les jurys criminels d’attentes ridicules. »

Cinquième et dernier tome de cette série uppercut. Mon intérêt n’a pas molli depuis le premier tome.

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore

Tome 5/5 : 22 juillet – 31 décembre 1988

Editeur : Delcourt / Collection : Encrages

Dessinateur & Scénariste : Philippe SQUARZONI

Dépôt légal : octobre 2020 / 152 pages / 18,95 euros

ISBN : 9782413017530

Américaines, De Pocahontas à Hillary, 50 Wonder Women de l’Histoire des Etats-Unis de Patrick Sabatier.

L’idée de départ de ce formidable livre de Patrick Sabatier est de présenter l’histoire des Etats-Unis à travers 50 portraits de femmes (célèbres ou qui nous sont inconnues) qui ont marqué profondément l’Amérique. De Pocahontas à Hillary Clinton. 50 femmes exceptionnelles, qui toutes, à leur manière, ont «brisé un plafond de verre».

 

« Si on me demandait à quoi je pense qu’il faille principalement attribuer la prospérité singulière et la force croissante de ce peuple, je répondrais que c’est à la supériorité de ses femmes » Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique

Patrick Sabatier (journaliste et essayiste, ancien correspondant du journal Libération aux E.U.) raconte à travers 6 chapitres intitulés : Pionnières, Guerrières, Aventurières, Conquérantes, Militantes, Dirigeantes, des trajectoires de femmes dont le «rôle est trop souvent ignoré, oublié ou minimisé». Elles sont des « Wonder Woman ». Des femmes au destin incroyable. A l’image de la super-héroïne, entrée au panthéon des Super Héros américains en 2016.

« Wonder Woman est une forme de propagande psychologique pour le nouveau type de femme, qui, selon moi, devrait diriger le monde » Marston

Symboles de la révolte des femmes, elles sont dissidentes, combattantes, politiques, utopistes, scientifiques, journalistes, écrivaines. Elles sont féministes, citoyennes,  activistes, scandaleuses parfois, libres toujours. Elles ont joué un rôle essentiel ou « occupé une fonction dirigeante ou réalisé un exploit dans des domaines dont les femmes avaient avant elle été exclues. La politique bien sûr, mais aussi l’économie, l’aventure, la culture, les sciences, le sport».

Le fil conducteur de cet ouvrage est évidemment une Wonder Woman, Hillary Clinton, l’ex- Première dame, ex-sénatrice de New-York et ex-secrétaire d’Etat. Une des femmes les plus connues au monde et qui, lors de l’écriture de cet essai, vient d’officialiser sa candidature à la présidence des E.U.. La suite, malheureusement (si on peut dire, ou du moins si c’est autorisé !), on la connaît. Elle sera battue par le républicain Donald Trump. Il n’en demeure pas moins qu’Hillary Clinton a elle aussi un parcours remarquable qui « restera dans l’histoire des Etats-Unis comme le chapitre le plus spectaculaire de la longue marche des femmes vers l’égalité, dont Wonder Woman a été l’étendard. »

Et punaise que ce livre fait du bien !

L’écriture de Patrick Sabatier est alerte, fluide. Le récit est documenté,  richement illustré (photos, tableaux, portraits, dessins, affiches, etc.). Le livre est très beau. Attrayant. Le propos est clair. Simple. Chronologique.  Il est à la portée de toutes et de tous. Et je crois que c’est sa plus grande valeur !  Vulgarisé sans être simpliste et réducteur, le contenu de cet essai foisonnant dit l’essentiel, en images et en mots, pour tenter de donner enfin une place à « ces femmes bien réelles, qui ont joué un rôle important, et parfois déterminant, dans l’édification et l’évolution d’une nation et d’une culture qui influencent toute la planète. »

A noter la présence de petites présentations d’icônes américaines telles que Betty Boop, Barbie ou encore Maryline Monroe, icônes féminines parfois fictives ou bien réelles, qui ont marqué indéniablement les E.U..

J’ai infiniment aimé ce livre-là, tant par la pertinence des propos, que pour la beauté de l’objet-livre. Depuis plus d’un mois, il traine chez moi, feuilleté et puis lu par tout un chacun, il attire l’œil des petits comme des grands, suscite l’intérêt, des questions, des étonnements, des remarques… Bref, ne laisse pas indifférent ! Vous dire aussi que je l’ai présenté en cours de littérature à l’Université et qu’il a fait un tabac auprès des étudiant(e)s 😉 Il a été un excellent point de départ pour une discussion animée…

 

Extraits et Portraits

Wonder Woman : première méga fortiche héroïne de BD, le versant féminin (féministe !) de Batman ou encore de Superman qui a marqué durablement la culture américaine. « Symbole de la révolte des femmes », perçue aujourd’hui comme modèle d’émancipation, reprise par des militantes du mouvement de libération des femmes dès les années 70, elle est devenue un concept conçu « dans le but de promouvoir, au sein de la jeunesse, un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes. »

 

Pocahontas (la nouvelle Eve) : la légende raconte que cette princesse indienne de la tribu Powhatan a sauvé l’Amérique (rien que ça !). Sorte d’ambassadrice auprès des visages pâles, elle est devenue « l’icône d’un âge d’or de l’Amérique, incarnation de l’innocence perdue, de la beauté massacrée de la Nature sauvage et vierge, comme elle. L’histoire de Pocahontas et de John Smith est devenue la métaphore d’un rêve multiracial et d’un retour aux origines de l’Amérique – l’alliance entre Civilisation et Nature, version moderne du mythe rousseauiste du Bon Sauvage, et manière d’expier le péché originel que fut l’extermination des peuples indigènes. »

 

Harriet Beecher-Stowe (l’abolitionniste) : Premier écrivain « engagé » des E.U. qui « a forcé les Américains à s’interroger sur le type de nation dans laquelle ils voulaient vivre ». Elle écrit en 1952 La case de l’oncle Tom, « le livre le plus populaire du XIXe siècle après la Bible, un classique de la littérature américaine encensé par Tolstoï, Dickens et bien d’autres. » Ce livre raconte l’histoire d’un esclave noir appelé Tom, qui mourra sous les coups de son maitre, l’affreux Simon Legree, et ce, sans jamais céder à la violence ni même renoncer à sa foi. Ce roman demeure encore aujourd’hui un « document central sur les relations interraciales en Amérique, une exploration importante de la nature de ces relations tant dans le domaine moral que politique. »

 

Eleanor Roosevelt (la co-présidente) : “ la Première dame la plus controversée de l’histoire des Etats-Unis”, une femme remarquable, une agitatrice (comme elle le dit !), « symbole du rôle nouveau que les femmes jouent dans le monde », elle a magistralement bouleversé les codes et les rôles politiques en se créant un statut novateur « si important que la presse la surnommera « la co-présidente ». »
Elle dit, lors d’une émission de radio en 34 qu’il n’est « nullement impossible qu’une femme ait la capacité pour devenir présidente […]. Il existe des femmes d’exception tout autant que les hommes […]. Elles sont de plus en plus actives, elles prouvent chaque jour qu’elles sont capables d’assumer des responsabilités pour lesquelles on estimait par le passé qu’elles n’étaient pas faites. » Hillary Clinton en a d’ailleurs fait son modèle.

 

Katniss : l’héroïne de mon lardon, fan absolu de la trilogie culte américaine Hunger Games. Ce personnage de roman est une ado courageuse, bravant tous les dangers de ce post apocalyptique grâce à son intelligence, son adresse et son coup d’archet formidable ! « Depuis 2012, Katniss est l’héroïne préférée des jeunes Américain(e)s, archétype de la jeunesse rebelle, dont le symbole (le geai moquer) est apparu dans nombre de manifestations aux Etats-Unis et dans le monde. »

 

Américaines, De Pocahontas à Hillary, 50 Wonder Women de l’Histoire des Etats-Unis,
Patrick Sabatier, Bibliomane, 2016.