Come prima (Alfred)

Alfred © Guy Delcourt Production – 2013
Alfred © Guy Delcourt Production – 2013

France, 1958.

Fabio vient d’encaisser sa énième défaite. Ce boxeur n’est jamais parvenu à percer, peut-être en raison de la vie qu’il mène : sans cesse sur les route, sans cesse dans les embrouilles. Râleur, baratineur, magouilleur, il fuit en permanence.

L’esprit morose, il a rangé ses affaires dans son sac et s’apprête à rentrer à l’hôtel où il vit avec sa compagne. Mais ce soir-là, Giovanni est là pour l’attendre. Giovanni, c’est son frère cadet qui a enfin retrouvé la trace de son frère après 10 ans de silence. Giovanni vient avec une requête : il demande à Fabio de faire le voyage avec lui jusqu’en Italie pour ramener au pays les cendres de leur père défunt.

Bien sûr, Fabio s’oppose. Quel sens cela aurait pour lui de rentrer au pays après tant d’années ? Malgré tout, il sait que le vent a tourné pour lui. Criblé de dettes, il sait que l’heure du règlement de comptes approche dangereusement. Prendre la route et fuir de nouveau semble la meilleure solution. Alors pourquoi ne pas saisir cette opportunité, revoir le pays une dernière fois avant de prendre son envol pour une destination inconnue.

Giovanni et Fabio vont traverser la France et l’Italie à bord de la petite Fiat 500 de leur père. Un voyage qui sera long d’autant que Fabio le fait à contrecœur et que Giovanni semble ne pas avoir tout dit à son frère sur ce qui l’attend à destination. Quant au voyage en lui-même, bien des surprises les attendent…

Alfred ! Un nom associé à des ouvrages qui m’ont marquée : Je mourrai pas gibier (l’adaptation du roman de Guillaume Guéraud) et Pourquoi j’ai tué Pierre sur lequel il avait collaboré avec Olivier Ka. Cette fois, il est seul maître à bord, à moins qu’il ne se soit entièrement laissé porté par l’imprévisibilité de ses personnages.

Lorsqu’on ouvre l’album, on se confronte en premier lieu avec des atmosphères. La première nous permet d’entrapercevoir une ville en bord de mer. Ses façades sont caressées par le soleil, ses rues désertes sont étrangement apaisantes, ses maisons sont délicatement agglutinées au pied d’une colline… La mémoire a effacé la cohue des badauds et autres détails pour ne conserver que l’essentiel, à commencer par un soupçon de nostalgie qui d’ailleurs contaminera progressivement l’album.

On encaisse ensuite la tension qui se dégage d’un combat de boxe. Les bruits mats des coups sont largement suggérés, le trait sec et nerveux d’Alfred s’habille d’un rouge carmin saisissant pour illustrer la rage des combattants à remporter le duel. Et lorsque les personnages apparaissent enfin, les dialogues font leur entrée. Fabio et Giovanni s’affrontent verbalement, Fabio a la même hargne à rétorquer aux dires de son frère que lorsqu’il combat sur le ring. Les fond de cases sont toujours revêtues de rouges, la tension est palpable, le rouge se renforce jusqu’à l’annonce de la mort de leur père. C’est alors un bleu électrique qui balaye d’un coup l’atmosphère, un bleu qui viendra marquer la décharge reçue par Fabio à l’annonce du décès.

Parfaite maîtrise du code couleur sur lequel s’appuie Alfred pour soulager les propos. Puis, après quelques soubresauts de colère inhérents à l’humeur morose de Fabio, l’histoire commence et les couleurs s’installent. En une poignée de pages, Alfred nous a déjà permis de nous confronter à deux ambiances graphiques très distinctes et tout le panel de ressenti que chacune d’entre elles peut susciter. Peu à peu, le lecteur s’immisce dans cet univers, s’attache à ses protagonistes. On attrape de-ci de-là des éléments de compréhension quant aux liens qui unit cette fratrie, on perçoit peu à peu ce qui s’est joué dans cette cellule familiale. On perçoit la rancœur et l’amour qu’ils se portent. Ils se côtoient, s’apprivoisent. Ils sont sans cesse sur le fil ; s’aimer ou se détester définitivement ? Pardonner ? Oublier ? Je n’ai pu m’empêcher de chantonner la chanson de Dalida Come prima lorsque je voyais les paysages défiler tout au long de leur périple. Étonnement, cet accompagnement musical inconscient s’est parfaitement prêté à la lecture, un mélange de nostalgie et de bonheur simple.

Alfred © Guy Delcourt Production – 2013
Alfred © Guy Delcourt Production – 2013

PictoOKPictoOKUn ouvrage conséquent, dense où l’auteur prend le temps de développer la psychologie de ses personnages et quelques sujets plus graves comme le fascisme (rappelez-vous, l’intrigue se passe en 1958, l’Italie panse encore les plaies que lui a infligé le Duce), les mouvements de résistants, la famille, les sentiments. Ces deux frères vont également parler, de façon plus ou moins explicite, de l’absence, du mensonge, du pardon, de la lâcheté et de l’espoir. Alfred va également recourir à l’emploi de métaphores avec l’adoption d’un chien abandonné et il n’est pas étonnant  de voir que ce sera Fabio qui s’attachera le plus au personnage canin.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet album. Un récit intimiste qui, je pense, ravira bon nombre d’entre vous.

La chronique de Cathia (A chacun sa lettre) et le dossier spécial Come prima sur le site de Delcourt.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Chiffre/Nombre : prima

Roaarrr Challenge : Fauve d’Or 2014

Roaarrr Petit Bac

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

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Extraits :

« On a tous voulu croire à ça, que ça nous protégerait du pire. Mais le pire était déjà arrivé et il n’y avait plus rien à sauver, Giovanni. Fabio n’est jamais revenu, et toi tu ne pouvais prendre la place de personne. Tu n’étais qu’un gosse terrifié, comme nous tous. Rien d’autre. Mais qui aurait voulu s’avouer ça ? » (Come prima).

« Je m’appelle Fabio Foscarini, et je n’ai pas revu mon pays depuis tellement longtemps que je ne sais même plus si c’est moi qui l’ai quitté ou si on m’en a chassé » (Come prima)

Come prima

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : ALFRED

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-7560-3152-1

Bulles bulles bulles…

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Come prima – Alfred © Guy Delcourt Production – 2013

Chroniks Expresss #7

Ces derniers temps, je me retrouve confrontée à :

  • un manque d’envie de parler de certains titres,
  • un manque de temps…

… reprise de la rubrique Chroniks Expresss pour partager trois déceptions.

Bride stories, tome 1 – Mori © Ki-oon – 2011

Mori © Ki-oon – 2011
Mori © Ki-oon – 2011

« La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçon de huit ans son cadet ! Autre village, autres mœurs… La jeune fille, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, une ribambelle d’enfants et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions. Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune femme coûte que coûte… » (synopsis éditeur).

Vous avez été nombreux à encenser cette série dont j’appréhendais la lecture. Pourtant, le tome 1 ne s’étale pas réellement sur les émois amoureux d’une héroïne qui a tout pour plaire : jeune et jolie, sportive et intelligente, courageuse et émotive… elle a VRAIMENT tout pour plaire cette gentille jeune fille… un peu trop [gentille] peut-être.

Ce tome est l’occasion de découvrir les traditions et le mode de vie d’une famille installée quelque part en Asie Centrale. Si le trait de Kaoru Mori est raffiné et n’omet aucun détail (je me suis souvent perdue dans la contemplation d’un visuel), j’avoue que cette épopée – annoncée comme un seinen – ne m’a apporté aucune satisfaction. Malheureusement pour moi, j’ai déjà lu quelques chroniques sur les tomes suivants et je suis au courant que la romance amoureuse va prendre de plus en plus de place dans le scénario…

Je vais m’arrêter là puisqu’il m’a déjà fallu cinq semaines pour venir à bout de ce petit manga de 192 pages. L’histoire, loin d’être palpitante, n’a pas grand intérêt… mais j’ai essayé les copains ! 😉 (ah, vous vous disiez que je ne le lirais jamais !!?)

La synthèse de kbd et les chroniques de Jérôme et de Marilyne.

In vino veritas, tome 1 – Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013
Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Une nouvelle saga débute avec ce premier opus de série. Il nous annonce la lutte fratricide entre Lionello et Tessa. Orphelins de père et de mère, ils ont été élevés par leurs grands-parents. Une enfance idyllique passée au milieu des vignes du patriarche qui leur a transmis son amour profond de la terre. Une grand-mère aimante et deux enfants unis pour les meilleurs et pour le pire. Malheureusement, la promesse qu’ils se sont faits enfants n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Devenus adultes, ils se vouent une haine de tout instant, une animosité que leurs proches ne parviennent pas à apaiser. Jusqu’au jour où la grand-mère décède. Cette dernière a pris soin de préciser dans son testament que s’ils souhaitent hériter de ses terres, ils devront unir leurs compétences et travailler ensemble…

Il y a à mon goût beaucoup trop de stéréotypes dans la présentation de cette série. Le travail de Luca Malisan parvient, malgré l’aspect assez lisse de son dessin, à créer deux ambiances assez distinctes. C’est propre mais ce type de dessin ne me fait ni chaud ni froid. La superficialité de Lionello nous saute immédiatement aux yeux tandis que Tessa apparait plus franche et spontanée. Bref, tout cela semble cousu de fil blanc ! Je ne m’arrêterais pas sur les couleurs criardes de l’album qui ont été posée à la palette, évitant ainsi toute trace de crayon, de hachure… il n’y a pas de profondeur, l’atmosphère est aseptisée, on ne ressent rien. Quant au scénario, il me semble bien trop classique et très convenu. L’ouvrage m’est tombé des mains avant que je ne parvienne à la fin de l’album.

La chronique de Planete BD.

Ils ont retrouvé la voiture – Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006
Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Cet album est le second tome de la série Baci dalla provincia. Je vous avais présenté le tome 1 (Les Innocents) il y a trois ans. Mon sentiment était mitigé sur ce premier tome mais je souhaitais découvrir la suite du récit. Malheureusement, le voyage n’a pas été à la hauteur de mes attentes bien que l’on plonge très rapidement dans ce thriller.

On découvre deux hommes, deux anciennes racailles dont l’un semble avoir refait sa vie. Suite à la découverte d’une carcasse de voiture, les services de police sont sur le qui-vive, ce qui semble inquiéter l’un des deux hommes. Ils s’engagent dans une expédition punitive visant à effacer les dernières traces de leur délit et ainsi empêcher les forces de l’ordre de remonter jusqu’à eux.

Le lecteur ne tarde pas à donner du sens au titre de l’album. Gipi propose ici un huis-clos assez pesant. On est face à un rapport de force assez primal entre dominant et dominé, le second semblant appréhender les réactions du premier. La tension monte crescendo, elle suggère au lecteur que le dominant peut-être imprévisible, dangereux… On ne saura rien du passé de ces hommes, on devinera seulement qu’ils ont fait équipe à l’occasion d’un braquage ou quelque chose du genre. On devine aussi que le groupe s’est cassé suite à ce délit et que chacun a fait sa vie de son côté.

L’intrigue en elle-même s’étale sur une période très restreinte, une poignée d’heures tout au plus. L’action se déroule principalement dans une voiture. Plusieurs scènes présentent ainsi les deux hommes côte-à-côte, une disposition qui facilite les confidences et limite certaines effusions. J’ai vraiment apprécié la manière dont Gipi utilisait cette configuration pour travailler l’atmosphère.

En début de lecture, je pensais que nous étions face à deux amis qui se retrouvaient après une longue séparation mais les événements nous forcent à revoir constamment notre analyse et l’idée que nous nous faisions des liens qui les unissent.

Malgré tout, ça n’a pas pris. Je suis restée assez extérieure à cette histoire. A ce jour, la série Baci dalla provincia ne comporte que deux tomes.

La chronique de Frédéric Prilleux (Bedepolar).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment-Boisson : vino !

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

La petite famille (Dauvillier & Lizano)

Dauvillier – Lizano © La Gouttière – 2013
Dauvillier – Lizano © La Gouttière – 2013

La vie est calme et la maison est tranquille chez Pépé et Mémé. Les jours s’étirent au rythme des habitudes quotidiennes : s’occuper du jardin, nourrir les poules, ramasser les œufs… Lorsque les vacances approchent ou qu’un repas dominical est prévu, un vent d’excitation parcourt l’atmosphère de la maisonnée jusqu’à l’arrivée des petits enfants. C’est alors que le rythme s’envole.

Mémé est toute attentive au bien-être de sa petite tribu quant à Pépé, c’est plus difficile de savoir ce qu’il pense. Ce vieux ronchon est presque mutique, un peu frustre. Présent sans l’être.

Avec Pépé, c’est pas facile de savoir s’il est en colère ou content. Maman dit que Pépé, c’est comme un ours. Il râle… il ronchonne… mais il est pas méchant. Il est tout doux. Même que moi, je trouve qu’il a la peau râpeuse

Un petit garçon âgé de 7 ou 8 ans est le narrateur narrateur de cette histoire familiale. Avec ses mots d’enfant, il nous invite à le suivre et c’est sans aucune difficulté qu’on lui emboîte le pas pour prendre place dans sa famille. Cette lecture a tôt fait de venir titiller les souvenirs de jeunesse des plus grands… les jeunes lecteurs, quant à eux, sont dans la même situation que lorsqu’un copain leur raconte ses vacances ou la journée de pêche qu’il a passée avec son grand-père. L’univers est familier pour tout le monde, on s’y sent bien.

Pépé avait été jeune. En plus, il jouait au foot. Il courait tellement vite que les supporters l’appelaient Bicquet. Mon Pépé, c’était un champion de foot !.

Le scénario de Loïc Dauvillier fait mouche. Il s’appuie sur des scènes banales de la vie quotidienne et les sublime. Son écriture nous permet de matérialiser toute la chaleur et la tendresse de cet univers. On entend le ronronnement de la télévision qui sert de bruit de fond à une partie de carte, la petite brise qui fait bruisser les feuilles… L’auteur nous installe confortablement dans son monde imaginaire et c’est un plaisir que de suivre ce petit garçon dans la  découverte de son Pépé. Ce Pépé d’ailleurs est peut-être bien le personnage principal de de cette série puisque tout gravite autour de lui, à l’image des titres choisis pour les trois albums de cette série : Pépé (tome 1 paru en 2004), Bicquet (second tome publié en 2005) et Le grand ours (tome 3 qui clôt la série en 2006).

Marc Lizano l’accompagne si bien au dessin qu’on ne peut qu’être sensible à l’harmonie et à l’équilibre présent dans ce récit. D’ailleurs, on sent vraiment que les deux auteurs sont sur la même longueur d’ondes. Ce n’est peut-être pas pour rien que ce duo s’est régulièrement reformé au cours des années. Ainsi, leur collaboration a donné lieu à une demi-douzaine d’ouvrages puisqu’aux côtés du triptyque de La Petite famille, s’ajoutent deux albums parus en 2012 : L’enfant cachée et Hugo et Cagoule.

Dauvillier – Lizano © La Gouttière – 2013
Dauvillier – Lizano © La Gouttière – 2013

Marc Lizano et Loïc Dauvillier ont ce point commun qu’ils savent passer sans difficulté d’un ouvrage jeunesse à un ouvrage intimiste (les bibliographies présentes sur leurs sites respectifs en sont témoins). C’est certainement cette volonté d’alterner les sujets traités (et le lectorat à qui l’ouvrage est destiné) doublée d’une cette facilité à installer naturellement les bases d’une histoire qui permettent un tel résultat. Pour ma part, des cinq albums issus de leur collaboration… aucune déception de lecture !

Pour finir, le scénario de La Petite famille s’adresse à un large lectorat. Les personnages sont rarement nommés par leurs prénoms ce qui permet une identification rapide et facile à l’un ou l’autre des protagonistes, que l’on soit petit ou grand lecteur. La présence de moult petit détails graphiques est une richesse. Du petit cadre photo d’un membre de la famille aux petits carreaux de carrelage sur le sol de la cuisine, en passant par les rides d’expression des grands-parents… tout est là pour que le lecteur s’approprie pleinement cet univers.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

PictoOKTrès belle série, touchante et réaliste. Il y a un air de nostalgie qui plane par ici et ce n’est pas désagréable de s’y frotter. Je n’aurais rien eu contre un tome supplémentaire… 🙂

Les chroniques de Jérôme et de Noukette. Un immense merci à Flavie qui est d’une patience infinie 😉 et ce très beau texte de Loïc sur le passé, le présent… et le futur de cette Petite Famille.

La petite famille

Intégrale regroupant les trois tomes

Triptyque terminé

Editeur : La Gouttière

Dessinateur : Marc LIZANO

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : avril 2013

ISBN : 979-10-92111-00-2

Bulles bulles bulles…

Les premières planches sur DiGiBiDi.

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La petite famille, intégrale – Dauvillier – Lizano © La Gouttière – 2013

Le fils de son père (Mariotti)

Le Fils de son père
Mariotti © Les Enfants Rouges – 2010

Olivier est un jeune père de famille. Côté professionnel, rien d’extraordinaire ; il partage son temps entre les cours d’Arts plastiques qu’il donne dans une école et ses expositions d’œuvres. D’ailleurs, c’est au cours d’un vernissage que l’on fait sa connaissance. Sa famille, ses amis… tout le monde est venu pour le soutenir. Il y a bien sur les critiques artistiques qu’il ne faut pas oublier de bichonner. Tout le monde est présent pour ce moment convivial. Tout le monde ? Non, son père, Louis, est le grand absent de cet évènement.

Cela fait trois années qu’Olivier a coupé les ponts avec lui, trois années qu’il impose cette rupture à sa femme et ses fils. Si ces derniers se sont difficilement fait une raison, cette décision semble être plus difficile à gérer pour Olivier.

J’ai trouvé cet album fade. Le récit se dilue sur les 80 pages qu’il contient et si Olivier Mariotti intéresse son lecteur via le préambule de l’album, on y apprendra peu de choses par la suite. Rapidement, on comprend qu’il y a un nœud dans la relation à son père et on attend logiquement que ce nœud s’éclaircisse. Je n’ai eu aucune attente particulière quant au dénouement : que le fils et le père se réconcilient ou conservent leurs positions respectives leur appartient cependant, ce que je reproche à cette histoire, c’est que l’intrigue se mette en mouvement dans le dernier tiers de l’album. Une fin ouverte qui laisse libre court au lecteur d’imaginer ce que bon lui semble. Ce rythme tardif qui apparait ne suffit pas à me laisser une bonne impression sur cet ouvrage.

Graphiquement, le recours à une découpe de planche redondante accentue le sentiment de lassitude durant la lecture. On alterne entre des périodes ancrées dans le présent. C’est, pour le lecteur, l’occasion de connaitre la vie quotidienne d’Olivier, partagée entre son activité professionnelle et sa famille. C’est aussi accepter de parler de foot, une passion du personnage qu’il a su transmettre àa ses fils. C’est enfin l’occasion de le voir dans sa vie de couple, une relation harmonieuse même s’il lui est reproché son laxisme à l’égard de ses enfants… des questions assez récurrentes pour n’importe quel parent. Une vie banale avec ses tracas et ses plaisirs (l’amitié essentiellement). Pourtant, certains passages ont retenu mon attention. Ce sont ceux qui illustrent les souvenirs d’Olivier quand il était enfant. Le trait est charbonneux, ces passages contiennent beaucoup de tendresse. On y voit la complicité entre un père et son fils, on assiste à l’incapacité d’un enfant à comprendre certaines situations auxquelles il est confronté. Olivier Mariotti y a également matérialisé ses rêves d’enfant qui sont, pour le lecteur, l’occasion de découvrir des passages oniriques qui donnent lieu à de superbes illustrations.

Enfin, si l’auteur prend le temps de nous expliquer quelle image (parfaite) il avait de son père pendant l’enfance, il ne prend pas le temps de détailler les étapes qui l’on progressivement conduit à l’ignorer. Il y a un fort décalage entre les deux états, j’aurais aimé que ce cheminement soit plus fouillé plutôt que d’être contrainte à faire un grand écart entre la période de l’enfance et celle de la vie adulte. Le récit dispose d’un embryon d’explication, mais cela arrive bien trop tard dans l’album.

En somme, un récit autobiographique qui ne m’a pas capté. Beaucoup de choses convenues ou trop effleurées. On voit un personnage qui reproduit les mêmes erreurs que son père (dans le rapport qu’il a avec ses enfants), un adulte obstiné nourrit de remords.

Lecture d’octobre pour kbd

pictobofHabituellement, je ne « touche » pas trop aux récits autobiographiques, partant du principe que l’auteur se livre bien plus qu’il ne le fait dans une fiction. Mais ici, l’album n’offre aucune surprise dans le traitement d’un sujet déjà maintes fois abordé. Olivier reproduit l’image paternelle sans se poser plus de questions que ça excepté en toute fin d’album mais cela arrive vraiment trop tard pour donner de la consistance à l’album. Le dessin est trop lisse, excepté pour la période des souvenirs où les émotions passent et les personnages ont de la profondeur.

Une interview des auteurs sur Sceneario.

Les avis de PlaneteBD et PulpClub.

Extrait :

« Dès l’instant où j’ai été ce témoin embarrassé, nos rapports ont changé. C’est quand même dommage de ne plus parler à son père. Il t’a appris des tas de choses. En plus, il vit pas très loin de chez nous. Justement, c’est le manque de distance qui a tué très tôt notre relation. De l’idole il est passé à l’ami… pour devenir un inconnu familier » (Le fils de son père).

Le fils de son père

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Collection : Mimosa

Dessinateur / Scénariste : Olivier MARIOTTI

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 978-2-35419-040-8

Bulles bulles bulles…

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Le fils de son père – Mariotti © Les Enfants rouges – 2010

Château Chat (Jouannigot)

Château Chat
Jouannigot © Dargaud – 2009

Dans leur Château, le petit prince et la petite princesse s’ennuient. Cloîtrés dans leur chambre, ils envient les enfants qui jouent au ballon sur la pelouse. Leur Nounou leur interdit d’aller dehors et leur demande de rester silencieux. Impossible de sortir de la chambre, un garde est posté devant la porte.

Soudain, une idée ingénieuse vient à l’esprit de la Princesse… une idée qui pourrait leur permettre de déjouer l’attention de tout le monde et sortir retrouver leurs amis pour faire une partie de foot endiablée…

Voilà bien longtemps que je n’avais pas papoté dans mon « coin des bambins ». Cela me manquait. Surtout que ces derniers temps, une petite merveille nous avons dégoté !! ^^

Voici donc Château Chat, une BD sans bulles pour le bonheur de nos charmantes têtes blondes.

Une colorisation douce à l’aquarelle, des animaux en guise de personnages, des rebondissements… on s’amuse bien.

L’univers est assez proche du nôtre, un tantinet médiéval. L’histoire est assez concrète pour un petit bout d’chou (je trouve que dans les Petit Poilu, c’est parfois compliqué de les aider à se projeter dans certaines histoires : celles de La sirène gourmande et de Mémé Bonbon font un peu peur tout de même et elles sont trop irréelles pour que des tous-petits puissent s’en saisir pleinement).

Ici, délires et tendresse.

On s’amuse bien sur cette partie de foot qui a du mal à se dérouler, on passe plus de temps à récupérer le ballon qu’à y jouer. Rigolades et fous-rires au programme… suspens aussi… Un très bon moment.

PictoOKTrès beau, amusant… pour tous les petits lutins à l’imagination galopante.

Une preview est disponible sur BDGest’ (8 planches).

Château Chat

One Shot

Éditeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Loïc JOUANNIGOT

Dépôt légal : juin 2009

ISBN : 9782205063073

Bulles bulles bulles…

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Château Chat – Jouannigot © Dargaud – 2009