Paul à la campagne (Rabagliati)

Rabagliati © La Pastèque – 2013
Rabagliati © La Pastèque – 2013

Quoi de mieux qu’une réédition pour fêter le 15è anniversaire de la naissance d’une série ?

C’est à cette occasion que La Pastèque a décidé de mettre les petits plats dans les grands et de (re)proposer la découverte de cet album paru pour la première fois en décembre 1999. C’est une aubaine. Alors que l’ouvrage comportait initialement 48 pages, le lecteur profite désormais d’une édition agrémentée d’une préface de l’auteur ; ce dernier y explique la genèse de Paul et la complète de quelques croquis préparatoires de… 1998.

L’histoire est simple : le narrateur part en vacances chez son père. Il est accompagné de sa femme et de sa fille. Dès le début du voyage, les souvenirs affluent. On oscille en permanence entre passé et présent. On le voit tour à tour enfant, adolescent ou adulte, au gré de l’anecdote qu’il souhaite aborder.

Michel Rabagliati puise dans sa propre histoire pour nourrir et construire les récits de cette série. On est là dans un quotidien simple, profitant de moments passés en famille, de souvenirs qui remontent à la période de l’enfance et de l’adolescence. La nostalgie parsème l’ouvrage d’une tendresse agréable et chaleureuse.

Les mots d’enfants de l’attendrissante Rose, fille de Paul, sont autant de vecteurs qui incitent auteur, narrateur et lecteur à laisser affluer leurs souvenirs, à piocher goulument dans sa mémoire pour en extraire quelques morceaux de choix.

L’ouvrage contient un second récit : Paul apprenti typographe. Cette fois, on prend la mesure de la relation privilégiée qui existe entre Paul et son père. En effet, ce dernier sensibilise son fils à sa passion dont il a fait son métier. Initialement, cette seconde histoire était destinée à compléter « Paul à la campagne » (qui ne fait que 28 pages) et ainsi augmenter la pagination du premier album. Il a également permit à Michel Rabagliati de tester et de vérifier le plaisir qu’il pouvait avoir à faire de la bande dessinée.

Le propos est spontané, il glisse au gré de la pensée avec fluidité. Le récit se construit d’entrelacs, enchevêtrant passé et présent, avançant par association d’idées ; un geste, la vision d’un oiseau ou d’un arbre, un ruisseau… des petits riens dont se saisit l’auteur pour laisser filer ses pensées. Les scènes s’imbriquent les unes aux autres, se donnent la réplique. Enfin, l’emploi d’expressions typiquement québécoises donne aux dialogues un côté dépaysant pour le lecteur de métropole.

Nouveautés : le format de l’album (assez grand : 29,2 x 39,3 cm) et le fait de découvrir cette fois un univers coloré alors que jusque-là, Paul était en noir et blanc. Des couleurs toniques renforcent la convivialité de cet univers d’auteur. Elles portent à merveille ce quotidien sucré-salé présenté avec beaucoup de simplicité. Le tout est servi par un dessin rond qui accroît la douceur de l’univers et porte parfaitement la nostalgie induite par l’évocation de souvenirs de l’enfance.

PictoOKMa première rencontre avec Paul (Paul en appartement) m’avait laissée sur ma faim, ne répondant pas aux attentes que je pouvais avoir et m’offrant seulement le côté divertissant et frais d’une lecture.

Cette fois pourtant, je me suis laissée convaincre. Les propos que David ont pris tout leur sens (je suis allée relire ses chroniques de Paul au parc et du duel d’anthologie de Paul vs Atar Gull). Je ne suis pas loin du coup de cœur et j’ai la certitude que je reviendrais à l’avenir vers cet univers personnel avec beaucoup de plaisir et sans aucune appréhension.

Un bel objet-livre qui contient un récit vivant, drôle et généreux.

Une lecture que je partage avec avec Mango !

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Paul à la campagne

[Edition 15è Anniversaire]

Tome 1

Série en cours

Editeur : La Pastèque

Dessinateur / Scénariste : Michel RABAGLIATI

Dépôt légal : novembre 2013 (août 2014 pour son arrivée en France)

ISBN : 978-2-923841-47-2

Bulles bulles bulles…

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Paul à la campagne – Rabagliati © La Pastèque – 2013

Histoire Couleur Terre, tome 2 (Kim)

Histoire Couleur Terre tome 2
Kim © Casterman – 2006
Dans ce second tome, Ihwa entre de plein pied dans l’adolescence. Les traits de la petite fille ont changé, elle est devenue une belle jeune fille.
Jeune veuve, la mère d’Ihwa assure les revenus du foyer. Elle est gérante d’une modeste taverne de campagne très investie par les paysans du village. Ces hommes ont des vues sur la mère… et depuis peu sur la fille qui fait l’expérience de ses premières déceptions amoureuses. Toutes sortes de questionnements en découlent, et quand l’amour sonne enfin à sa porte, c’est de manière tout à fait ingénue.

Dans le premier tome, « Monsieur l’écrivain public », amant de la mère, s’était immiscé dans ce couple de femmes. C’est maintenant au tour de Déok-Sam. Il va faire chavirer le cœur d’Ihwa.

La place des femmes dans la société, le poids des traditions et du paraître, les sentiments, voilà ici les thèmes principaux qui constituent cette œuvre.

Dans ce contexte, on accède aussi au questionnement de la jeune fille. Il garde une certaine candeur mais sa naïveté d’enfant disparaît au fur et à mesure qu’Ihwa grandit. Les échanges avec sa mère évoluent également, leur complicité s’accroît et l’humour permet d’aborder certains sujets de manière anodine, sans pour autant que le récit en devienne stupide. La sexualité est parlée sans trop de retenue, bien que très imagée (voire trop parfois). Sans ces métaphores, la gêne d’Ihwa est très perceptible et ses réactions pas toujours crédibles. Un récit au rythme lent, contemplatif.

On admire les dessins de  KIM, pleins de douceur. Un étrange contraste cependant entre les ambiances graphiques de qualité inégale. D’un côté, on remarque  l’attention minutieuse dont l’auteur fait preuve pour moduler progressivement et avec finesse les traits de la jeune fille, ses traits perdant doucement leurs rondeurs enfantines. D’un autre côté, je trouve désagréable le décalage entre certaines cases minimalistes (mettant souvent en avant les expressions visages et corps) et d’autres très fouillées (il y a réellement matière à se perdre tant les détails de la faune et de la flore sont magnifiques. On s’arrête sur une  fleur, une feuille, un papillon… De même, pour les visages qui sont très beaux à certains moments et complètement grimaçants à d’autres… certes c’est l’influence manga mais ici, je n’aime pas. C’est une question de goûts ^^ Je reconnais que dans l’ensemble, je retiens plus les images des paysages dans lesquels mon regard s’est perdu mais, pendant la lecture, tous ces faciès difformes m’ont agacée. Je me consolais avec des visuels comme celui-ci :

Je trouve que cette œuvre (la série dans son ensemble) est ambigüe. Tout est en permanence en contradiction avec une position ou une attitude inverse. Un récit à la fois puritain et dévergondé, mélodieux et dysharmonieux à la fois. Une douce mélancolie mêlée à une joie de vivre. Idem au niveau du graphisme, tantôt figé tantôt aérien. Le Yin et le Yang en permanence. Rien de mal à cela me direz-vous, « ce sont les choses de la vie ma brave Dame ! ». D’accord, mais chaque tome d’Histoire Couleur Terre faisant environ 300 pages… c’est assez difficile pour moi de soutenir ce rythme.

pictobofOn revient donc sur la thématique des premiers amours, de la découverte de son corps qui change, on explore tout le panel des sentiments. Une œuvre que je trouve moralisatrice, parfois monotone et souvent mielleuse. Trop romantique et fleur-bleue pour moi.

J’avais lu cette série il y a un an et j’avais moyennement accroché. Je pensais qu’avec le temps et en reprenant cette série en connaissance de cause, mon approche serait différente… C’est pire ! Le troisième album du triptyque ne sera pas sur ce blog.

Mon avis sur le tome 1.

Extraits :
 » Le destin tient un compte très précis de la part de bonheur qu’il réserve à tout un chacun. Et cela vaut aussi en amour  » (Histoire Couleur Terre, tome 2).
 » Il ne sert à rien d’être trop entouré. Ce qui compte, c’est d’avoir auprès de soi des êtres aimés  » (Histoire Couleur Terre, tome 2).

Histoire Couleur Terre

Tome 2

Triptyque terminé

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Dong-Hwa KIM

Dépôt légal : novembre 2006

ISBN : 2203396393

Bulles bulles bulles…

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Histoire Couleur Terre, tome 2 – Kim © Casterman – 2006

Histoire Couleur Terre, tome 1 (Kim)

Histoire Couleur Terre tome 1
Kim © Casterman – 2006

Un premier tome de 10 chapitres dans lequel on partage la vie d’Ihwa, une petite fille de 7 ans qui vit avec sa mère.

Ihwa n’a plus de père et sa mère tient un petit estaminet de campagne où se retrouvent quotidiennement les fermiers des environs après leurs journées de travail. Veuve depuis plusieurs années, la mère d’Ihwa fait l’objet de convoitises et des fantasmes des hommes. Lorsqu’un jour un écrivain public ambulant va solliciter leur hospitalité le temps d’une nuit, le coeur de la mère d’Ihwa va battre à un rythme nouveau.

Au fil des printemps, nous observons Ihwa s’épanouir. A la fin du premier tome, elle a atteint la puberté.

La première fois que j’ai lu cette série, la première question qui m’est venue en tête était de savoir comment un homme a pu concevoir un tel récit sur les femmes. Le style est très sucré, très poétique, très lent aussi. KIM aborde l’intimité féminine avec beaucoup de respect et de délicatesse. Cependant, le rythme lent de la narration et le recours incessant aux métaphores et symboliques ne me font pas sauter de joie.

Les thèmes de l’ouvrage sont l’éducation, la sexualité (sans grand tabou), la relation mère-fille (et leurs confidences). Les dessins sont parfois minimalistes, certaines cases ne présentent qu’un visage sur un fond blanc. A l’inverse, quand il s’agit de dessiner la flore, l’auteur a le soucis du détail sur une feuille, une écorce, une fleur…

pictobofUn récit doux et langoureux, une mélodie que je n’ai parfois écouté que d’une oreille… Une relecture qui m’a ennuyée. J’ai un meilleur souvenir sur second tome.

Le second tome est également sur le blog. Besoin d’autres info ?

Voici une interview de l’auteur sur le site de Casterman, la chronique de La Boîte à lecture et une chronique qui propose des visuels supplémentaires.

Extraits :

« Il suffit parfois d’un regard pour s’attacher un cœur » (Histoire Couleur Terre, tome 1).

« Une veuve n’arrive jamais à cacher tout à fait sa solitude. On a beau se couvrir l’épaule, la sensation de froid ne nous quitte jamais » (Histoire Couleur Terre, tome 1).

Histoire Couleur Terre

Tome 1

Triptyque terminé

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Dong-Hwa KIM

Dépôt légal : août 2006

ISBN : 2203396377

Bulles bulles bulles…

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Histoire Couleur Terre, tome 1 – Kim © Casterman – 2006

La Mémoire dans les poches, Deuxième Partie (Brunschwig & Le Roux)

La Mémoire dans les poches, deuxième partie
Brunschwig – Le Roux © Futuropolis – 2009

Nous retrouvons les personnages du tome 1 trois ans plus tard.

En pleine promotion télévisée pour la sortie de son dernier roman, Laurent Létignal (le fils de Sidoine) lance un appel aux téléspectateurs afin qu’ils l’aident à retrouver son père…

La Première Partie de La Mémoire dans les poches est parue en juin 2006. Tout juste 3 ans après la sortie du premier tome, BRUNSCHWIG et LE ROUX sortent le second volet de ce triptyque qui devait initialement être publié dans la collection AIRE LIBRE (Dupuis). Dans le second tome, on vire un peu plus vers le POLAR. Laurent mène l’enquête et recherche son père disparu depuis 3 ans.

Le dessin est toujours aussi agréable et emboîte le pas du scénario à la perfection. Comme dans le premier volet de La Mémoire dans les poches, le ton est juste et les émotions sont parfaitement retranscrites. Le fait d’être aux côtés de Laurent et de parcourir le temps d’un tome, la démarche qu’il engage n’est en rien difficile. Dans la Première Partie, le style de Brunschwig nous avait permis à merveille de nous glisser dans la peau de chaque personnage. Du coup, il n’est pas du tout difficile d’avancer dans le second tome aux côtés de Laurent, le fils de Sidoine, que nous suivrons dans ses recherches.

Les thèmes du premier tomes restent présents mais ne sont plus les mêmes à occuper le devant de la scène. Cette fois, la place est faite en premier lieu à la famille et aux faux-semblants. Alors, qui est ce père ? Le combat qu’il mène l’aide-t-il à panser ses propres blessures ? Quel sens donne-t-il à sa quête ?

L’image que Laurent s’était faite de Sidoine et de Rosalie vacille et laisse place à une multitude de questions. Les repères de Laurent explosent en mille morceaux.

Dans cet album, on sort de la Cité des Tommettes pour partir à la découverte de Laurent et de sa famille. On y découvre un Sidoine mystérieux puisqu’il a caché une partie de son passé à sa femme et à son fils. On découvre Rosalie, pleine de rancœur à l’encontre de son époux. Et on découvre Laurent totalement pris au dépourvu par ce qui lui arrive et le tourbillon dans lequel il est entraîné. Le voile se lève sur le véritable visage de ses parents.

On devine une troisième partie où tous les tabous vont se lever et les choses se dire.

Que restera-t-il de chacun d’eux ensuite ? Comment Rosalie et Laurent accueilleront-ils ce que Sidoine a à leur dire ? Comment Sidoine acceptera d’entendre la déception de Rosalie à son égard ? Laurent pourra-t-il enfin prendre son indépendance et partir de chez ses parents ?

PictoOK

Trois ans se sont donc écoulés entre la parution des tomes 1 et 2, trois ans se sont également écoulés dans cette fiction. Laurent mettra-t-il trois looongues années à retrouver Sidoine ?? On ne l’imagine pas ainsi !!

Une série BD de qualité que je vous conseille vivement. Si vous souhaitez « feuilleter » les 13 premières pages de ce tome.

La Mémoire dans les poches

Deuxième Partie

Série en cours

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Etienne Le ROUX

Scénariste : Luc BRUNSCHWIG

Dépôt légal : juin 2009

ISBN : 9782754800990

Bulles bulles bulles…

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La Mémoire dans les poches, Deuxième Partie – Brunschwig – Le Roux © Futuropolis – 2009

La Mémoire dans les poches, Première partie (Brunschwig & Le Roux)

La Mémoire dans les Poches, tome 1
Brunschwig – Le Roux © Futuropolis – 2006

Sidoine LETIGNAL a peur d’oublier. Il note tout sur des petits bouts de papiers qu’il met… dans ses poches. Du coup, il est imbattable sur les dates et les faits qui les ont marqués lui et sa famille.

Sidoine est une encyclopédie des souvenirs.

C’est en allant à la pharmacie acheter du lait et un biberon pour son nourrisson que sa quête commence.

Je n’avais pas fait attention à cette série avant de voir que c’était Luc BRUNSCHWIG au scénario (Le pouvoir des Innocents). Pourtant, les premiers plats ne m’étaient pas inconnus, d’autant que la « Deuxième Partie » est en vente depuis juin dernier… et donc assez visible dans les bacs.

Je m’attendais à avoir quelque chose de sympa… Je confirme !

Le personnage principal ne nous est pas livré « clé en main », il faut l’écouter un peu et apprendre à le connaître. Au début grand-père qui promène son nourrisson. Puis on pense que c’est un homme qui kidnappe un bébé… et enfin il est ce vieillard démuni et sympathique.

Étienne LE ROUX et Luc BRUNSCHWIG nous embarquent dans un récit qui ne ressemble à aucun  autre. Le personnage principal s’ouvre à ses compagnons de confidences comme un livre de bibliothèque. Les souvenirs se bousculent, l’histoire se tisse sous nos yeux. Des inconnus servent de témoins et de relais dans cette vie lourde à porter. Dans La Mémoire dans les poches, il est question de racisme, de migrants, de personnes stigmatisées, mais aussi d’amour, d’entraide et de cultures. C’est aussi l’histoire d’une famille très altruiste.

Le ton est juste. Voici une très belle série qui commence. Nous naviguons entre présent et passé de façon fluide, aidés par de magnifiques ambiances graphiques.

PictoOKPictoOKTrès bel opus que ce premier volet de la série paru en 2006.

La Mémoire dans les poches

Première partie

Série en Cours

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Etienne LE ROUX

Scénariste : Luc BRUNSCHWIG

Dépôt légal : juin 2006

ISBN : 9782754800037

Bulles bulles bulles…

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La Mémoire dans les poches, Première Partie – Brunschwig – Le Roux © Futuropolis – 2006

Le combat ordinaire (Larcenet)

Le Combat ordinaire, tome 1
Larcenet © Dargaud – 2003
Le Combat ordinaire, tome 2
Larcenet © Dargaud – 2004
Le Combat ordinaire, tome 3
Larcenet © Dargaud – 2006
Le Combat ordinaire, tome 4
Larcenet © Dargaud – 2008

Début des années 2000.

Il s’appelle Marco, il est photographe, célibataire et vit dans e trou du cul du monde. On fait sa connaissance en pleine séance de thérapie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est sensible à ce qui l’entoure et assez émotif. En un saut de case, il peut passer du rire aux larmes, de l’ironie au grand moment de solitude (au sens propre comme au sens figuré).

Sur le quatrième de couverture il est écrit : « c’est l’histoire d’un photographe fatigué, d’une fille patiente, d’horreurs banales et d’un chat pénible ».

Je commencerais par dire que c’est une perle. Attention : BD incontournable !!

Qui dit Manu Larcenet dit Bill Baroud, Nic Oumouk pour les plus connus. Le dessin des albums est simple, convivial, il va à l’essentiel. Le Combat ordinaire me faisait de l’œil depuis un moment et j’ai profité de la sortie du dernier tome pour l’acheter. Pourtant, le style de dessin n’est pas forcément celui vers lequel je me tourne spontanément.

A la première lecture, le plaisir de la découverte bien sûr, mais surtout la sensation d’avoir dans les mains une œuvre profondément humaine. J’ai apprécié la désinvolture des personnages. Le style de dessin est sans fioritures aucunes mais les personnages qui évoluent dans le Combat ordinaire sont d’une sincérité et d’un réalisme incroyables. Ce sont des gens banals, qui mènent des vies banales… qui nous touchent. La peur, la mort, l’amour, la colère… le chômage, la pauvreté, la guerre, Le Pen au premier tour des élections de 2002… on vit tout ça tour à tour sans avoir l’impression d’être bernés par le récit.

La série sonne juste, elle se positionne et n’hésite pas à se remettre en question. Mais à la première lecture, je ne m’étais arrêtée que sur la forme (pas la forme physique hein, qu’on ne se trompe pas !). Bref, j’avais rangé cette série dans ma bibliothèque personnelle… et puis j’ai eu envie de la relire.

A la seconde lecture, même impression, sauf que quelque chose de nouveau m’a sauté aux yeux. Il y a bien les personnages qui évoluent, qui mûrissent, et à qui on s’attache. Il y a bien ces petits événements qui font que la vie est ce qu’elle est, il y a bien ce style de dessin minimaliste qui paye pas de mine si on ne prend pas le temps de se poser avec la BD. Les couleurs ne sont pas là seulement pour enjoliver la chose. Elles apportent au scénario et au dessin une foultitude de petits détails, elle situent l’état d’esprit de Marco (personnage principal).

C’est donc sur le fond que je veux m’arrêter ici. Il y a dans cette œuvre une technicité qui me laisse pantoise et qui, comparée à mes autres lectures, n’a jamais été aussi maîtrisée. Prenez le temps de la lire, ou de la relire. J’imagine cependant fort aisément ne pas être la seule à avoir remarqué cela, mais je me berce d’illusions, en état d’extase (attention : lecteur heureux !).

Je vais prendre le temps de vous dépeindre cela. On repère rapidement dans le développement de l’histoire que Marco a des crises d’angoisses. Dans ce cas, les fonds de cases deviennent rouge. Il est mal. L’ambiance des cases : noir-blanc-rouge. On verra aussi rapidement qu’il fait des introversions et que pour ces périodes-là les fonds de cases sont en noir et blanc. Maintenant, je vais essayer de me rendre compréhensible pour la suite des choses.

Dans le Combat ordinaire, on manie les extrêmes en permanence : d’un Marco euphorique à l’idée de retrouver ses amis de l’usine, le temps d’un reportage photos, à la situation de précarité dans lesquels ces derniers se trouvent. De la tristesse de perdre un être cher au soulagement de ne pas à avoir à revivre cet événement. On est face à un subtile dosage :

Le Combat ordinaire – Larcenet © Dargaud – 2003 à 2008

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est le travail de fourmis que les frères Larcenet (Patrice à la couleur) ont fait afin de permettre une écriture à double vitesse. Concrètement, j’ai remarqué que la couleur des fonds de cases coïncide avec l’état d’esprit du personnage principal. Du coup, les couleurs utilisées font venir à l’esprit des expressions toutes faites. On voit Marco « rigoler jaune » et passer une « nuit blanche ». On le voit « voir la vie en rose » et deux cases plus loin être « vert de peur ». On le voit montrer « pattes blanches » et j’en passe et des meilleures.

Cela permet aussi de soulager le scénario, d’avoir des dessins qui vont à l’essentiel et d’être embarqué dans l’histoire très rapidement.

Les couleurs, c’est le petit bonus. C’est la bande-sons de la BD ou la 3D, comme vous voulez. On a le sens propre et le sens figuré au sein d’une même case, le tout agrémenté de dialogues intelligents et qui ne sont pas piqués des vers. Le ton est direct et juste. C’est fendard.

Le tome 1 fut Lauréat du Fauve d’Or d’Angoulême en 2004.

Le tome 2 a obtenu, en 2005, le Prix Tournesol et le Prix du Jury Œcuménique de la Bande Dessinée.

PictoOKPictoOKA lire, à lire et à lire. Et pour mieux vous rendre compte de tout ce que je vous ais dit, je vous invite à aller vous en rendre compte de vous même ! Les teintes de couleurs nous signifient donc tour-à-tour la tension, la peur, la tristesse, la joie… C’est un gros boulot qui a été fait. Jamais je n’avais autant prêté autant attention à l’utilisation des couleurs.

Le Combat Ordinaire, c’est une délicieuse recette : un soupçon d’autobiographie, une once de fiction, une pointe d’humour. Vous remuez le tout en l’agrémentant d’un regard critique sur une société en mal de vivre. On y retrouvera forcément des stéréotypes (les chasseurs sont des cons, les mères sont inquiètes…), mais le style est agréable. Il y a d’autres représentations auxquelles Larcenet fait référence. Celles avec les animaux. L’exemple le plus flagrant concerne son ami de chantier, Pablo, qui est présenté comme quelqu’un de réfléchit, de posé. Mais je ne m’attaquerais pas aux symboliques animales.

J’ai fait une page sur le blog où j’ai mis de côté ce que j’ai trouvé sur la symbolique des couleurs.

« La fuite fait partie du combat »

Le Combat ordinaire

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

4 tomes

Série finie

Éditeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Manu LARCENET

Dépôt légal : de mars 2003 à mars 2008

ISBN : voir fiche série sur le site de l’éditeur

Bulles bulles bulles…

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Le Combat ordinaire – Larcenet © Dargaud – 2003 à 2008