Chroniks Express 37

Bande dessinée : Un Père vertueux (L. Debeurme ; Ed. Cornélius, 2015).

Romans : L’Orangeraie (L. Tremblay ; Ed. Folio, 2016), L’amie prodigieuse, tome 4 : L’enfant perdue (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2018), Trois Saisons d’orage (C. Coulon ; Ed. Viviane Hamy, 2017), Soyez imprudents les enfants (V. Ovaldé ; Ed. Flammarion, 2016), Mon Traître (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2009), Retour à Killybegs (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2016), Quand sort la recluse (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2017).

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Bande dessinée

 

Debeurme © Cornélius – 2015

Trois garçons et leur père s’installent dans un nouveau pays. L’un d’eux, Horn, cache une pilosité excessive sous un ample sweat à capuche. Honteux, il préfère fuir l’école plutôt que d’affronter les moqueries de ses camarades. L’autre, Twombly, réalise d’horrible petites sculptures dans des morceaux de bois. Le dernier est surnommé « Bird » depuis qu’il a recueilli un oiseau blessé.

La vie suit drôlement son cours. Le père, un dangereux criminel, décide un jour d’aller chercher la mère de ses fils. Avant de partir, aucunes embrassades, aucun encouragement. Des injonctions.

Je m’absente quelques temps. Je vais retourner chez nous chercher votre mère. Je vous laisse la maison… S’il arrive le moindre problème, ici ou à l’école… A mon retour, je vous égorge.

Ce père autoritaire, les trois garçons en ont peur. Un père froid, dur. Un père qui impose une discipline militaire, incapable de donner de l’amour. Un père qui punit de façon excessive. Un père à faire peur, surtout quand il a bu… mieux vaut ne pas le contrarier. Un père à faire peur… ça donne des petits soldats qui filent droit.

On se place dans cette famille étrange que Ludovic Debeurme dessine au crayon de couleurs. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont là pour nous raconter les horreurs de cette vie-là. Un album qui vient prolonger « Les Trois Fils » que l’auteur avait réalisé deux ans plus tôt. C’est cruel, c’est injuste mais quelques passages proposent des scènes d’une beauté pure. C’est magique et épouvantable… ça ma gênée et à certains instants je n’ai pas su quoi faire de ce qui était dit ou ce qui était fait par les personnages (le père surtout).

Vraiment bizarre. Il y a comme une curiosité malsaine qui m’a poussée à continuer ma lecture, comme pour voir jusqu’où l’auteur était capable d’aller dans la cruauté absurde qu’il décrit. Je préfère, et de loin, ce qu’il avait réalisé sur « Lucille » et « Renée » …

 

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Romans

 

Tremblay © Folio – 2016

Des jumeaux âgés de 9 ans. Aziz et Amed sont inséparables. Ils vivent dans un pays en guerre. Le fragile équilibre de leurs vies étaient préservés jusqu’à ce qu’une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Dès lors c’est à Zahed, leur père, qu’il revient de s’occuper de l’orangeraie exploitée jusque-là par le grand-père. Zahed s’affaire plus que de coutume puisque c’est à lui de nettoyer les décombres et de donner une dépouille décente aux deux corps et Tamara, leur mère, continue à veiller comme une louve sur ses fils.

Mais un beau jour, Soulayed fait son apparition dans l’orangeraie. Peu de temps après, Zahed explique aux jumeaux qu’il doit faire un choix : celui des deux qu’il désignera ira avec Soulayed et partira en martyr.

Un texte court, un texte fort, un texte plein d’émotion.
En son cœur, un amour fraternel plus fort que tout, un respect des traditions et un sens du devoir hors normes.
Et le regard de deux enfants sur les événements, deux enfants à qui l’on demande de grandir vite, bien trop vite.

Pour nous occidentaux, c’est aussi le récit de l’inconcevable, de l’incompréhensible. Le tiraillement d’un père qui doit choisir entre ses deux garçons. La souffrance d’une mère qui, docile, ne cherche même pas à convaincre son époux qu’il n’a pas à faire ce choix absurde. Un texte qu’on lit d’une traite, presque en apnée.

 

Coulon © Viviane Hamy – 2017

André, Benedict, Bérangère.

Trois générations, trois existences liées les unes dans les autres. Trois membres d’une même famille. Le grand-père, le père et la fille. Une famille pas comme les autres aux Fontaines, ce petit village qui s’est étalé, reliant presque le cœur du village, son clocher, son Café… aux carrières qui se situent en périphéries. Les décennies ont appris aux paysans natifs de ce coin de terre isolé, appelé Les Trois Gueules, à accepter ces « fourmis blanches » venues travailler dans les carrières où l’on extrait la roche du ventre de la terre pour la vendre aux entreprises. La roche et les produits agricoles sont désormais le fonds de commerce des Fontaines, à parts égales. André est venu de la ville il y a 50 ans pour s’installer aux Fontaines. Il fut le premier médecin à accepter de vivre là. Benedict, son fils, a pris sa relève. Bérangère quant à elle est encore trop jeune pour oser affirmer ce qu’elle fera de sa vie.

Je suis un peu entrée sur la pointe des pieds dans ce roman, encore troublée par mes précédentes plongées dans les romans de Cécile Coulon (Le Roi n’a pas sommeil, Le Rire du grand blessé, Le Cœur du Pélican). Et puis, il me semble que ce récit prend davantage le temps de nous décrire l’environnement (les paysages autour du village et de ses alentours) et l’ambiance des lieux grandement influencée par les superstitions véhiculées de générations en générations… C’est dans un deuxième temps que l’on va à la rencontre des personnages. Très vite, on apprend à vivre avec eux, on découvre leurs habitudes et leurs ambitions. André, le patriarche, gardera une part de mystère ; l’auteure ne prend effectivement pas le temps de remonter dans son enfance, nous n’aurons donc que les grandes lignes de ce qu’il a vécu avant. En revanche, nous verrons naître Benedict puis Bérangère. Si jamais on ne s’attarde sur un personnage – Cécile Coulon ayant préférer donner la parole à tour de rôle aux cinq personnages principaux, on n’en connaît pourtant suffisamment sur chacun d’entre eux pour naviguer de façon fluide entre chacun d’entre eux. Très vite, j’ai appréhendé un drame ; la douceur et la quiétude du récit est presque parvenu à me faire oublier cette éventualité… du moins pendant un temps.

Une fois à la moitié de l’ouvrage, Cécile Coulon serre davantage l’étau narratif. On sait que cette éventualité va devenir effective. J’ai tendu le dos et continué à profiter de ma lecture. J’ai cherché à anticiper, j’ai même dessiné les contours de cette fatalité mais je me suis évidemment laissée cueillir par les mots.

 

Ferrante © Gallimard – 2018

Dernier volet de la saga « L’Amie prodigieuse » . Après l’enfance (tome 1), la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie active (tome 2), l’âge adulte et la vie de famille (tome 3)… place désormais à la fin du récit : celui de la maturité, de l’épanouissement professionnel.

Pendant plusieurs années, Elena avait attaché une attention particulière au fait de garder de la distance entre elle et Naples, sa ville natale. Elle avait aussi veillé à extraite Lina de sa vie, consciente de l’influence que son amie d’enfance avait sur elle, une influence qui lui avait été nocive à plusieurs reprises. Désormais, Elena est une femme épanouie. La réussite professionnelle lui sourit et elle s’épanouit enfin dans son couple. Mais tout cela ne doit-il durer qu’un temps ?

J’étais impatiente de lire ce dernier tome de cette saga qui avait pris une tournure (et un rythme) inespérée dans la dernière ligne droite du tome 3.

On repart ici avec pas mal d’entrain, on repart de plus belle dans cette amitié ambiguë entre les deux amies d’enfance et on essuie un peu plus facilement les contradictions de l’héroïne.

Ravie de connaître le dénouement de cette saga, j’ai pourtant ressenti de la lassitude à la moitié de l’ouvrage car le rythme est mou, trop mou. Sur la fin en revanche, je me suis ennuyée – mais réellement ! , j’ai sauté certains passages (notamment ceux qui sont consacrés à Naples… j’avais envie d’une fin qui se tient et non de passages pour noircir les pages avec un exposé historique des différents bâtiments napolitains).
Dans les tomes précédents, j’avais relevé quelques longueurs. Dans ce tome, les cinquante dernières pages sont… inutiles.

La fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Ovaldé © Flammarion – 2016

Espagne. Anastasia est née en 1970. Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 13 ans. La narratrice nous fait la grâce de nous épargner les détails de ses premières années de vie ; elle les résume en quelques anecdotes.

Anastasia est née en Espagne d’une famille espagnole. La guerre civile est passée par là et comme dans toutes les familles espagnoles, on en voit encore les stigmates. Les jeunes générations portent le poids de cette guerre fratricide sans avoir vécu cette déchirure. A 13 ans, lors d’une sortie scolaire, Anastasia découvre les œuvres du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle va se passionner pour son art. Cela va même devenir une obsession.

Jusqu’à 18 ans, Anastasia s’ennuie. Comme pour tous les adolescents, le temps s’étire de façon déprimante. Puis à 18 ans, elle quitte le foyer familial et part faire ses études à Paris.

Je ne compte plus le nombres d’avis positifs que j’ai lu et entendu sur ce roman. Je ne compte plus. A chaque avis, mon envie d’engouffrer ce roman grandissait. Puis je l’ai reçu en cadeau et j’ai laissé décanter un peu… Pendant les cent premières pages, la lecture fut des plus ennuyeuses. Tellement ennuyeuse que l’ouvrage a bien failli me tomber des mains. A peine plus d’une demi-douzaine de pages par jour… cette lecture a eu, au début, un effet hautement soporifique sur ma petite personne. Puis Anastasia a grandi et Véronique Ovaldé a lentement élargi les centres d’intérêt de sa narratrice, la rendant plus consistante, plus pertinente… plus intéressante. Quand bien même, ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2009

Antoine, luthier à Paris, rencontre un client qui lui parle de James Connolly, activiste irlandais. Les paroles de cet inconnu de passage dans son atelier lui redonnent peu à peu l’envie de retourner en Irlande, pays qu’il connait peu.

En mai 1975, Antoine décide de se faire un court séjour en Irlande à l’occasion de ses 30 ans. C’est à ce moment qu’il rencontre Jim O’Leary et Cathy, son épouse. La rencontre entre le français et le couple est immédiate. Ils s’échangent leurs coordonnées. Antoine reviendra les voir, c’est certain. Au fil des années, Antoine s’organise pour leur rendre visite. A chacune de ses venues, il est accueilli comme un frère, un ami de toujours. Il a sa chambre qui l’attend, ses repères.

En 1997, lors d’une soirée arrosée dans un pub, il croise pour la première fois Tyrone Meehan, celui qu’il nomme son traitre. Entre eux, une forte amitié va se construite au fil des années. Antoine a déjà compris que Jim était un militant actif de l’IRA mais Tyrone est un de ses combattants les plus actifs. Tyrone est respecté, admiré. Les séjours d’Antoine sur le sol irlandais sont de plus en plus fréquents, il aimerait lui aussi aider la cause, participer au combat mené en vue de l’indépendance. Les années filent, Jim meure, emporté par une bombe qu’il avait mal réglée. Les allers-retours de Tyrone en prison, les coups durs que l’IRA doit encaisser, tout cela Antoine le vit, il accuse les coups en témoin discret. 2006 sera l’année des désillusions… tous apprennent que Tyrone est un traître, qu’il a vendu des informations aux Anglais.

Avant de devenir écrivain, Sorj Chalandon était journaliste. A ce titre, il a notamment effectué des reportages en Irlande du Nord et y a rencontré Denis Donaldson. De cette rencontre naît une amitié ; l’auteur s’en est inspirée pour écrire « Mon traitre » . Sorj-journaliste y devient Antoine-luthier et Denis Donaldson se glisse sous les traits de Tyrone Meehan.

« Mon traître » est le récit d’une lutte, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, libre. C’est aussi le récit d’une amitié et d’une trahison, d’une incompréhension. C’est enfin la recherche la quête identitaire d’Antoine qui apprend à se connaître au travers du regard que Tyrone pose sur lui.

C’est l’adaptation de ce roman par Pierre Alary qui m’a invitée à découvrir le texte originel. Premier roman que je lis (enfin !) de cet auteur. Une claque !

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2016

Retour sur les événements abordés dans « Mon Traître » mais cette fois, ils sont abordés du point de vue de Tyrone Meehan. Ecrit trois ans après « Mon Traître » , « Retour à Killybegs » narre le parcours de Tyrone, de sa plus tendre enfance à sa mort, aborde son recrutement par l’IRA et les événements qui ont conduit à ce qu’il devienne, dans les années 70, l’un des commandants de la branche armée de l’IRA.

L’occasion de découvrir les raisons qui ont motivé Tyrone à accepter de collaborer avec les anglais, la manière dont il a tenté de sortir ses épingles du jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous avez lu « Mon Traître » , voici une nouvelle fois un roman que je vous recommande vivement.

 

Vargas © Flammarion – 2017

Appelé en urgence pour boucler une enquête, le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit quitter l’Islande, pays qu’il a découvert lors de sa précédente enquête. En quelques jours, il parvient à mettre en avant les éléments clés qui conduisent à faire passer aux aveux l’un des principaux suspects. Sitôt l’affaire bouclée, son instinct attire son attention sur la mort soudaine de deux « vieux » à la suite de piqûres de recluses (des araignées habituellement très discrètes et qui ne s’attaquent que rarement à l’homme). Il se met à enquêter en solo avant de s’en ouvrir à une poignée de ses lieutenants. Voisenet, Froissy, Veyrenc puis Retancourt seront les premiers à lui prêter main forte sur cette enquête non officielle qui sème le trouble dans la Brigade et fait peser sur l’ensemble du groupe les désaccords de plus en plus tendus entre le Commissaire et Danglard, son bras droit.

J’ai toujours autant de plaisir à retrouver le personnage d’Adamsberg. Sa personnalité, son état d’esprit… tout jusqu’à sa manière lente et nonchalante de se déplacer, ses « bulles de pensées » et sa nécessité d’aller marcher pour « brasser des nuages » . L’écriture de Fred Vargas coule quand je la lis, elle coule comme quelque chose de très naturel. Habituellement, les enquêtes d’Adamsberg me surprennent car je ne vois jamais venir qui est l’assassin. « Quand sort la recluse » est l’exception à la règle, à ma grande surprise. Très tôt dans la lecture, mes suspicions se sont portées sur un personnage qui s’est effectivement avéré être l’auteur des crimes. C’est un peu déstabilisant, cela m’a donné l’impression de quelques longueurs dans le texte pour autant, ce roman policier n’est pas à une exception près car c’est aussi la première fois où l’émotion m’a saisie dans les dernières pages, lorsque Adamsberg confond l’assassin dans un tête à tête. Le Commissaire s’était attaché… moi aussi.

Pas le meilleur ouvrage dans la série « Adamsberg » mais un de ceux dont je me rappellerais certainement avec beaucoup de précision

Ça va faire des histoires (Desplechin)

Desplechin – Chapron © L’Ecole des Loisirs – 2018

Depuis le temps que je vois les lecteurs craquer pour les histoires de Marie Desplechin, en vanter les qualités, faire saliver tout le monde… depuis le temps ! Alors j’ai saisi l’occasion au vol. Une parution : hop… c’est l’occasion de découvrir cette plume que l’on m’a présentée comme si délicieuse.

Les vacances sont arrivées et avec elles, l’éternelle question de savoir comment s’occuper pendant cette période. Du haut de ses 7 ans, Fanta est perplexe. Sa mère ne veut pas qu’elle fasse de l’écran mais elle ne veut pas non plus qu’elle aille jouer dehors. Alors comment faire ? D’autant qu’entre elle, sa sœur et son frère, les rapports ne sont pas toujours… cordiaux. Heureusement, la bonne nouvelle ne tarde pas à venir : Fanta est invitée à passer quelques jours chez sa marraine. Son papa lui dit que c’est pour que sa maman se repose mais Fanta sait bien que c’est parce qu’elle est la « préférée » qu’elle a le droit de partir. Et puis ces « petites vacances » vont être pour Fanta l’occasion de se faire une nouvelle copine.

Diable que cette fillette est turbulente ! Je ne sais pas si c’était déjà le cas dans L’Ecole de ma vie que Marie Desplechin avait précédemment écrit mais c’est un vrai tourbillon de vie. Entre les bêtises qu’elle fait en permanence et les mensonges qu’elle trouve pour se couvrir, on comprend vite que partager le quotidien avec elle n’est pas de tout repos ! Sa marraine et son mari ne sont pas trop de deux adultes pour s’occuper de l’enfant.

Ça va faire des histoires – Desplechin – Chapron © L’Ecole des Loisirs – 2018

Marie Desplechin décrit une petite fille espiègle qui a recours à de nombreux subterfuges pour tenter de détourner les choses à son avantage. Incapable de voir plus loin que le bout de son nez quand elle est prise par ses jeux, Fanta est une petite peste qui ment à tout bout de champ ! Une peste très attachante en fait.

Marie Desplechin se glisse dans la tête de la fillette et partage avec le lecteur les moindres pensées de l’enfant. Elle est sans cesse en mouvement. Elle butine à droite et à gauche, délaisse un jeu pour un autre et donne libre court à son imagination. Généralement, les jouets qui passent entre ses mains ne sortent pas indemnes de ses épopées imaginaires… Et quand l’adulte gronde, la fillette invente des excuses farfelues. Ce petit bout de femme est peut-être naïve mais elle n’en est pas moins intelligente ; elle comprend vite que les adultes ne sont pas dupes.

Petit à petit, on voit que les choses vont bouger. La fillette veut comprendre ses erreurs et cherche un moyen de ne pas toujours décevoir « les grands » et/ou de ne pas les mettre tout le temps en colère. Elle comprend que ses mensonges lui servent de façon très éphémère voire lui compliquent l’existence… et qu’il lui faut agir autrement. C’est ce cheminement à hauteur d’enfant que Marie Desplechin nous invite à suivre.

Un sympathique roman jeunesse qui permet de parler des bêtises, des mensonges et de la confiance. Il y a beaucoup de fraicheur dans cet ouvrage !

Pour les 6-8 ans.

Ça va faire des histoires

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des Loisirs
Collection : Mouche
Auteur : Marie DESPLECHIN
Illustrateur : Glen CHAPRON
Dépôt légal : avril 2018
76 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-211-23677-5

Amour, passion & CX diesel

Fabcaro © Fluide Glacial – 2017

Quoi de mieux qu’une bonne saga familiale pour dénoncer de vrais sujets de société, sans tabous ni fioritures. Nous voici plongés dans l’intimité d’une famille qui pourrait être la nôtre, la vôtre.

Quand Cynthia a annoncé que Harold, son mari, était souffrant, le sujet de la succession a aussitôt agité leurs quatre enfants et conjoints, Brandon et son épouse Jessifer, Bill, Pamela et son mari Tony, et Jean-Mortens.
Et notamment la question qui brûle toutes les lèvres : qui va hériter de la CX diesel que tous convoitent ?

La famille Gonzalès n’est pas épargnée par la cruauté de la vie. Elle rencontre des problématiques susceptibles de toucher tous les foyers. Chômage. Stérilité. Jalousie. Adultère. Homosexualité. Rivalités fraternelles. Maladie. Adoption. Non-dits. Racisme. Coupe nuque longue. Parentalité. Dépression. Secrets de famille. Vieillissement. Deshéritage. Manipulation psychologique. Alcoolisme….

Oui, mais voilà….. dans l’univers de Fabcaro, l’enfant adopté doit être assorti à la tapisserie de la cuisine, la chirurgie esthétique est presque, presque réussie, le coming-out, lui, est totalement foiré, le corbeau signe ses lettres de menace, le nouveau-né met tout le monde mal à l’aise… et une rutilante CX diesel, fleuron du luxe et de la technologie, dort dans le garage.

Tous les coups sont permis pour hériter de la CX paternelle, surtout les plus bas !

La saga se déroule en 3 saisons, le rythme est effréné et l’effet huit-clos fait monter la pression à merveille. C’est burlesque, barré à souhait comme j’aime ! Le passage de personnages secondaires hauts en couleur empêche l’essoufflement et renforce la (dé)cohésion entre héritiers.

L’ambiance est fidèle à l’univers complètement décalé de Zai Zai Zai Zai, Et si l’amour c’était aimer etc. Le foulage d’abdos est garanti, si si promis !

La force de cet album, c’est que ce n’est pas une simple caricature, ça va au-delà ; c’est une caricature de l’absurde, porté au 18e degré. Le choix du dessin anthropomorphique y fait beaucoup comme explique James dans le making-of, il apporte en effet une plus-value et met en valeur le scénario. C’est peut-être le petit + qui manquait à Talk Show de Fabcaro.

Des personnages loufoques, des problématiques contemporaines, le trait grossi à l’extrême font que le résultat tourne au génie !

Alors foncez, laissez-vous embarquer par cette saga, délectez-vous des malheurs des Gonzales et… ne manquez pas cette formidable occasion de vous sculpter des abdos de rêve pour cet été!

Pour ma part, j’y retourne !

Scénario: Fabcaro
Dessin: James
Couleurs: Bengrrr
Édition intégrale Fluide Glacial 2017

(1ère saison éditée en 2011, 2e en 2012, 3e en 2014)

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Amour, Passion & CX Diesel – Fabcaro © Fluide Glacial – 2017

 

Quatre sœurs, tome 4 (Ferdjoukh & Baur)

Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

Voici enfin (déjà !!?) le dernier opus de l’adaptation des romans éponymes de Malika Ferdjoukh.

Cette fois, c’est au tour de Geneviève – la seconde de la fratrie – de nous accueillir. Comme à l’accoutumée, elle s’occupe des tâches ménagères.

L’été pointe le bout de son nez et c’est l’agitation dans la maison des sœurs Verdelaine. Charlie continue à travailler d’arrache-pied pour assurer le quotidien et le paiement des factures mais elle se morfond, sa rupture avec Tancrède l’attriste et elle regrette aussi le couple qu’elle formait avec Basile. Geneviève a décroché un travail d’été à la plage, elle commence dans quelques jours. Bettina part camper trois semaines avec ses copines. Hortense part chez des cousins à Paris et Enid a réussi à faire partie du voyage.

La maison Vill’Hervé se dépeuple donc pour trois semaines, le temps pour Charlie et Geneviève de s’occuper un peu d’elles…

Un dernier tome tant attendu…

Cati Baur le souligne en postface, cela faisait neuf ans qu’elle travaillait sur cette adaptation des romans de Malika Ferdjoukh. On imagine aisément à quel point les cinq sœurs Verdelaine sont entrées dans sa vie et comme il peut être difficile de refermer cette aventure.

Cette tendresse folle pour ses personnages, on la ressent pleinement dans cet album. Peut-être cela tient-il au fait que nous savons que nous tenons en mains le dernier tome de la série ? En tout cas, l’envie est réelle de profiter de cet album sans retenue, à chaque page. Ne rien rater, savourer chaque réplique, chaque respiration de ces cinq jeunes filles dont deux sont déjà presque des femmes.

Le scénario est entraînant, gai et aucun impondérable ne saurait ternir ce plaisir à partager une petite heure en leur compagnie. Les bouilles radieuses des sœurs Verdelaine, leur sens de l’humour et de la répartie, leur capacité à retomber sur leurs pieds… tout cela crée le charme de la série. Et puis même quand elles se chamaillent, on entend déjà les rires à chaque étage de la Vill’Hervé.

Les couleurs de l’été accompagnent ce tome gouleyant où l’on suit avec une attention toute particulière la douce Geneviève. On rit, on espère que leurs envies se concrétiseront, on s’étonne de leur ingéniosité.

Je crois que j’aurais été capable de suivre cette série jeunesse pendant quelques tomes encore. Car s’il est question ici du quotidien de cinq jeunes filles, il n’y a rien de superficiel, rien de suranné. Le lecteur s’intéresse à ce qu’elles vivent, il s’immisce dans cette petite famille, s’amuse parfois de les voir tour à tour si prévisibles pourtant, depuis le premier tome, on les voit changer, mûrir et s’affirmer.

Très belle série jeunesse que je recommande. Une « série-doudou » qui diffuse de la bonne humeur. Dès le premier tome, l’adaptation de Cati Baur m’a donné envie de découvrir les quatre romans de Malika Ferdjoukh et cette impression n’a fait que se confirmer de tome en tome.

Les autres tomes de la série sont également sur le blog. Je vous invite également à lire l’avis de Madame sur ce tome 4.

Quatre sœurs

Tome 4 : Geneviève
Tétralogie terminée
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Cati BAUR
Adaptation : Cati BAUR
d’après le roman de Malika FERDJOUKH
Dépôt légal : janvier 2018
154 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-36981-132-9

Bulles bulles bulles…

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Quatre sœurs, tome 4 – Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

La Terre des Fils (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2017

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin,
on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire.
Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit

Le livre s’ouvre sur ces mots. Puis plus rien, si ce n’est ce paysage déserté de toute vie et au beau milieu duquel, un garçon, torse nu, un pantalon qui part en lambeau, tenant un bâton à la main. Il est comme désœuvré, comprend-il ce qui se passe. Il appelle mais personne ne lui répond. Des champs à perte de vue. Rien, pas âme qui vive, pas même d’écho pour répondre à son appel. Puis, à l’horizon, des oiseaux qui volent en cercle. Il s’approche, observe une scène de combat entre un homme et un chien errant. L’homme l’emportera. Cet homme, c’est son frère. Il vient de gagner leur prochain repas.

Dessin fragile, comme esquissé. Comme un brouillon épuré de toute fantaisie, ne s’arrêtant que sur les détails essentiels. Les touffes d’herbe racontent le vent. Le paysage narre le dépouillement. Les têtes de ces garçons disent tout de leur simplicité de leurs besoins vitaux réduits au minimum vital.

Ils se mettent en marche. Ils rentrent. Ils retrouvent « Lui ». « Lui » qui dicte, organise, dit ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ce qu’il aime et ce qu’il ne veut pas. Les garçons suivent. Le respect est de mise.

Lui c’est ce père. Cet homme abrupt. Froid. Incapable de féliciter. De sa bouche ne sorte que des reproches. Des injonctions.

Des émotions bouillonnent dans les veines des deux frères. Mais ils ne savent pas que faire de cet amalgame de ressentis, ils n’ont pas les mots. Colère, frustration, cri, faim, froid. Tout cela ils l’abordent de façon assez primaire, primale, brutale. Les mots sont limités. Ils ne sont pas faits pour philosopher mais pour s’organiser et survivre.

Le dessin est croqué, comme un premier jet que l’auteur n’aurait pas retouché. Un dessin en jachère pour montrer finalement l’âpreté de ce monde. Pour montrer sa crasse. Pour dire aussi le peu de sentiments que ces individus sont capables d’avoir. Tout ce qui est fait doit permettre de répondre à deux besoins vitaux : manger et dormir.

Gipi nous ancre dans ce monde silencieux. Le paysage n’est que désolation. Le lecteur cherche quelle catastrophe a bien pu donner naissance à ce monde cruel. Les réponses arrivent au compte-goutte, nous laissant tout le temps de savourer l’étrange ambiance de ce récit.

Un récit glaçant qu’on lit avec beaucoup d’appétit.

La chronique de Fanny et celle d’Yvan.

 

La Terre des fils

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Traduction : Hélène DAUNIOL-REMAUD
Dépôt légal : mars 2017
288 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2252-7

Bulles bulles bulles…

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La Terre des fils – Gipi © Futuropolis – 2017

Imago – CYRIL DION

Repartir dans l’aventure des 68 premières fois, retrouver les copains, s’élancer dans ces premiers romans promesse de bonheur, de délice et de ravissement …. Evidemment le temps manque mais l’émotion est intacte et le plaisir, infini…

C’est avec Imago que débute cette nouvelle aventure et dès les premiers mots, me voilà embarquée sur un  petit territoire. Déchiré. Laminé. Un petit bout d’enfer sur notre terre … Qui représente un enjeu politique et stratégique immense. Un territoire explosif (sans mauvais jeu de mots). Un lieu qui se meurt, entrainant la douleur infinie de ses habitants. La violence aussi …. La bande de Gaza.

Ici habite Nadr. « […] au nord de Rafah, quelque part au milieu du champ d’ordures qui faisait face à la mer. Chacune de ses journées commençait au lever du soleil, à l’heure où les premières chaleurs le tiraient du lit. Il se lavait au-dessus du seau, puis se plantait devant l’entrée du petit bâtiment. Devant lui, il posait ses deux seuls livres, qu’il lisait et relisait. L’un de Darwich, l’autre de Rûmî. Vers huit heures commençait le défilé : jeunes, vieux, femmes, enfants. Il les regardait s’agiter dans la poussière et les détritus, le dos bien calé sur son vieux siège de toile. Ce qu’ils appelaient encore « le camp » (mais qui, d’un camp de réfugiés avait progressivement été transformé en quartier sale et délabré) était au portes de la ville et, dès les premières heures du jour, de petites grappes d’hommes s’en échappaient, quittaient les amas de ferraille et de pierres, les ruelles aux édifices morcelés, les dédales de fils électriques et de canalisations sauvages, pour rejoindre les rues animées du centre. Pas un ne pouvait déloger Nadr de son trône en lambeaux. »

Quatre histoires, quatre trajectoires, quatre voies se mêlent. S’entrechoquent. Nadr, Khalil, Fernando et Amandine. Entre Gaza et la France. Quatre personnages en quête d’un ailleurs. En quête d’eux-mêmes. En quête de liberté.

Et ça raconte l’histoire de Nadr parti à la recherche de son frère Khalil. Nadr, le doux, le rêveur, le lettré. Khalil, le révolté, le désespéré. Le kamikaze peut-être. Ou qui veut l’être. Alors Nadr, le grand, quitte tout. S’enfuit. Pour empêcher son frère. Ou du moins tenter de raisonner khalil. Et ce, malgré la peur et la violence.

Le sujet est grave, complexe. Douloureux. Et bien réel.

Et ça dit la souffrance des hommes, les peurs immenses, les croyances et les vengeances, les trajectoires ici et ailleurs, le terrorisme, l’injustice terrible, le sentiment d’enfermement, les rêves encore, l’espoir chevillé au corps, la solitude des êtres, l’entraide parfois, les liens tissés qui se font et qui défont, les destins croisés, les chemins contraires…

Mais ça dit aussi les livres, la poésie, la littérature et les mots qui sauvent (ou du moins qui aident). Qui adoucissent. Malgré tout…

 « Un autre jour viendra […]
adamantin, nuptial, ensoleillé, fluide, sympathique,
personne n’aura envie de suicide ou de migration
et tout, hors du passé,
sera naturel, vrai,
conforme à ses attributs premiers » Mahmoud Darwich

 

C’est un livre beau et triste, sobre et efficace. Rempli de poésie. Rempli de douleur.

J’ai hésité. J’ai aimé. J’ai eu du mal à en parler d’ailleurs. Je crois qu’il faut le lire. Vraiment. Parce que, quand la fiction s’invite dans une si triste réalité, elle permet notre regard, un autre regard sur notre monde. Un regard nécessaire. Un regard poétique. A travers les mots. Qui permet de creuser, d’imaginer, de comprendre. L’autre. Soi. Et le monde.

 

Extraits

« Jamais il n’avait considéré qu’un homme pût être empêché dans son ascension par autre chose que le manque d’effort et de rigueur. Sur ce point, les hommes surpassaient la nature, y réintroduisaient l’équité. »

 

« Il me faut t’écrire, je ne peux que t’écrire.
Toi qui vis à l’intérieur de mon crâne.
Toi qui n’as plus de visage dans mes rêves, mais une ouverture béante.
Mon histoire est la tienne. Du moins en partie.
Aujourd’hui, je dois la déposer.
Qu’elle cesse de me dévorer. »

 

« Le monde dont il venait ne connaissait pas la solitude. Quand il était petit, sa mère, son père, son frère, ses cousines vivaient avec lui, dormaient avec lui. Jamais il n’avait envisagé la solitude comme un mode de vie. Jusqu’à aujourd’hui ; jusqu’à ce que l’envie lui prenne de crier pour l’extrémité du ciel. Même endeuillé, même obscurci, le goût de la délivrance n’avait pas de mots pour être décrit. Il supposa que la liberté devait être l’état naturel d’un homme, mais qu’aucun des hommes ni aucune des femmes qu’il connaissait n’avaient jamais éprouvé quelque chose de semblable. Il supposa encore qu’un chien privé de liberté, soudain rendu à la férocité et à la nuit, japperait comme il jappait à présent, mais que son extase ne durerait que le temps que son ventre se vide. Alors il serait tenté de regagner les grillages familiers, de retrouver la main gantée qui le battait et le caressait, le bras qui le nourrissait et le retenait captif. Dieu sait quand viendrait l’heure où la faim lui tenaillerait le ventre. Pour le moment, la paix était encore en lui. »

 

Imago fait parti de la sélection des 68 premières fois, édition 2017. Pour retrouver toute cette si belle sélection, les  chroniques de cette année et des éditions passées  ainsi que les diverses opérations menées (t’as vu Sabine, j’ai repris un peu tes mots !), allez faire un tour sur ce blog formidable qui donne sacrément envie de dévorer des premiers romans !

Et c’est une LC avec ma copine Noukette ❤ et pour lire son avis, c’est par ici (et pour lui coller des bises aussi, elle mérite, elle est toutafé formidable !)

 

Imago, Cyril Dion, Actes Sud, 2017.

SuperS, tome 3 (Maupomé & Dawid)

Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Les policiers continuent de piétiner dans leur enquête. Mais qui sont donc ces trois supers-héros qui viennent au secours de la veuve et de l’orphelin. D’autant que ces mystérieux alliés leurs ont livré, sur un plateau, un pyromane qui sévissait depuis quelques temps dans la ville. Sauf que lors de son interrogatoire, le pyromane a donné de précieux renseignements sur le profil de des trois super-héros qui l’ont pris la main dans le sac : il s’agit d’enfants.
Autour de Benji, Lili et Mat, l’étau se resserre. Vont-ils parvenir à garder l’anonymat ? Et l’enquête de l’assistante sociale ne va-t-elle pas conduire au fait qu’ils vont être placés ? Y a-t-il une autre solution qu la fuite ?
Dans leur cavale, ils vont pourtant trouver des alliés inattendus.

L’année 2015 était pour nous l’occasion de découvrir le premier tome de la série Supers. L’intrigue principale s’intéresse à trois enfants orphelins puis, en tournant les pages, on apprend qu’ils sont nés sur une autre planète. Un peu comme Superman, leurs parents les ont mis à l’abri sur notre planète et ils ont des super-pouvoirs ; ils peuvent voler, hypnotiser, porter des charges très lourdes… C’est leur secret et il est parfois lourd à porter. La journée, ils vont à l’école comme les autres enfants. Une fois chez eux, c’est Mat, le grand frère âgé de 13 ans, qui s’assure que les devoirs sont faits et que personne ne se couche trop tard. Mat veille au grain et est secondé par Al. Ce dernier est une nounou un peu particulière puisque c’est un robot qui les aide à grandir, à s’organiser, à entretenir la maison…

Le scénario imaginé par Frédéric Maupomé se construit donc autour de ces trois orphelins. Chaque tome nous permet de rentrer un peu plus dans le vif du sujet et de prendre conscience, en douceur, du fait que ce n’est pas toujours simple de vivre sans adulte. Bien sûr, pour l’enfant qui lit la série, il y a quelque chose de fascinant dans le postulat de départ. Il voit des enfants complètement autonomes. Leur situation a quelque chose de fantaisiste, de bricolé, un peu comme ces raviolis qui composent l’essentiel de leur alimentation.

Ces enfants imaginaires ont aussi beaucoup de point commun avec leurs lecteurs. Pour bien grandir et s’intégrer, ils font exactement la même chose : ils vont à l’école et font leurs devoirs, ils se couchent tôt, ils doivent respecter des règles, ils ont des amis. Petite touche de réalité supplémentaire : les relations entre les trois enfants sont plutôt bonnes malgré quelques désaccords ponctuels… des rivalités et des petites tensions qu’on retrouve dans toutes les fratries. Bien sûr, ce qui nous en met plein les yeux est à n’en pas douter le fait que les trois héros aient des pouvoirs surnaturels. De fait, on baigne entre un quotidien qui nous est familier et le monde des supers-héros où des gens seraient capables de voler ! Et c’est encore plus fascinant quand les super-pouvoirs sont utilisés pour faire le bien !

Tout est sans cesse sur un fil dans le scénario et cela donne l’impression que cette histoire est une aventure permanente, où chaque jour passé est une petite victoire en soi. Le jour, Mat (l’aîné) s’assure que le secret est bien gardé et la nuit, il prend la tête des opérations quand les enfants partent détrousser les délinquants, voleurs et autres tordus qui peuvent circuler en liberté.

Depuis le début, la série nous emmène dans son rythme d’autant que les illustrations de Dawid sont un petit voyage à elles seules. Des couleurs chaudes qu’il utilise pour certaines scènes aux teintes plus sombres qui nous font ressentir le froid mordant des nuits d’hiver, on est aux premières loges à chaque instant. Le dessin vit, les personnages s’animent sous nos yeux. Dans cet univers hyper réaliste, on se met à croire à quelque chose d’incroyable.

Un régal. A ce stade de la série, ce tome est plus posé et plus sombre que les autres. C’est aussi mon préféré. On est entré au cœur de cette famille atypique et passé le côté fascinant que peut avoir leur vie, on rentre dans le vif du sujet et on se rend compte que tout n’est pas si simple qu’il n’y paraît. J’aime beaucoup les questions soulevées par cette histoire.

Ma chronique du tome 1 et celle du tome 2.

SuperS

Tome 3 : Home Sweet Home
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 18 euros, ISBN : 979-10-92111-53-8

Bulles bulles bulles…

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SuperS, tome 3 – Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017