Hier encore, c’était l’été (De Lestrange)

De Lestrange © Le Livre de Poche – 2017

Ils ont entre 16 et 20 ans et la vie devant eux. L’histoire se situe au début des années 2000 ;

Alexandre, Marco, Sophie, Anouk, Guillaume, Céline, Virginie.

Une histoire d’amitié qui dure depuis deux générations déjà.

Les Fresnais d’un côté et les Lefèvre de l’autre.

Tout a commencé dans les années 1950 quand Henri Fresnais achète un chalet dans les Alpes. Avec sa femme, Micheline, ils viendront y passer les vacances en famille. Le chalet voisin est habité par Georges et Madeleine Lefèvre. Les deux couples se rencontrent, sympathisent. Les points communs entre les familles sont nombreux à commencer par le fait que tous vivent à Paris le restant de l’année. Les familles habitent à quelques pâtés de maisons l’une de l’autre. Et puis Claude, Françoise et Jean – les enfants du couple Fresnais – ont le même âge que Anne-Marie, Evelyne et Denis Lefèvre.

Amis à la ville comme en vacances, les liens se renforcent entre eux à mesure que les années passent.

Puis vint la naissance de la troisième génération, celle d’Alexandre (fils de Claude) et de Marco (fils d’Anne-Marie). De nouveau, Micheline et Madeleine rêvent qu’un couple se crée dans cette génération-là pour unir davantage encore leurs familles.

Hier encore, c’était l’été – De Lestrange © Le Livre de Poche – 2017

Ils ont entre 16 et 20 ans et sont unis comme les doigts de la main. Amis de toujours, soutiens, confidents, repères, ils vont avancer dans la vie et découvrir ses joies et peines. Histoire d’amour, d’amitié, de tendresse. Orientation professionnelle, galère de tunes, soirées bien arrosées, période de silence voire d’oubli des autres… d’oubli de soi.

De Lestrange © Mazarine – 2016

Paru en mars 2016 aux Editions Mazarine « Hier encore, c’était l’été » est le premier roman de Julie de Lestrange. Un roman frais, optimiste dans lequel on s’installe très rapidement. La force de ces personnages tient au fait qu’ils ont cet appui-là, celui de l’amitié sincère et entière, de cette confiance sans limite qu’ils peuvent se témoigner. Et si à certaines périodes de la vie, il est des confidences qu’il est délicat de faire, elles finiront tôt ou tard à être dites car la honte n’est que passagère.

Alexandre est le narrateur principal. Il nous permet de faire connaissance avec chaque membre du groupe et on l’accompagne au fil des années. L’histoire principale se déroule sur une période d’environ une décennie. Il va donc être question, pour ces jeunes adultes, de mener à bien leurs études supérieures, de se dépêtrer de leurs histoires de cœur, de faire le grand saut quand pour certains il sera question de s’installer en couple, de ne pas trop se laisser-aller quand ces couples voleront en éclats, d’entrer dans la vie active. Apprendre à devenir responsable, s’assumer, faire des choix. Régulièrement, Alexandre s’efface. Pour le lecteur, c’est l’occasion d’être tantôt aux côtés de Marco ou auprès de Sophie. Un trio solide qui avance dans la vie parfois en hésitant, parfois en s’y jetant la tête la première.

De l’ordinaire, du quotidien. Des choses sommes toutes très banales… oui… mais voilà. On n’a pas très envie de refermer ce livre. Un livre habité par des personnages touchants, il n’y a là rien qui ne soit édulcoré, pas d’artifices. La lecture nous touche, nous fait ressentir quelques pincements de cœur, nous offre des sourires et surtout, une tendresse appréciable. Une histoire simple que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Julie de Lestrange accompagne à merveille ses personnages dans leurs nouvelles vies d’adultes. Une très belle réflexion sur le temps qui passe.

Les chroniques de Mylène, Soukee, Jostein, A vos livres.

Hier encore, c’était l’été

Roman
Editeur : Le Livre de Poche
Auteur : Julie DE LESTRANGE
Dépôt légal : mai 2017
378 pages, 7,90 euros, ISBN : 978-2-253-06986-7

Les deux vies de Baudoin (Toulmé)

Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017
Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Il décore son appartement de posters de ses groupes de musique préféré comme le ferait un adolescent. Mais Baudoin a 30 ans. Ce célibataire est juriste. Il vit à Paris. Sa vie c’est son travail. En dehors de ça, rien. Métro, boulot, dodo. Il a une telle charge de travail qu’il n’a pas le temps de faire autre chose. Et il n’a plus l’envie de faire autre chose. Son frère Luc est à l’opposé. Lui aussi a réussi ses études. Il est médecin et travaille dans une ONG. Les rares fois où il rentre en France, il appelle son frère et lui force un peu la main pour qu’il sorte. Un restaurant, une exposition… il emporte Baudoin malgré lui dans son tourbillon.

Luc tente en vain de faire prendre conscience à son frère qu’il ne s’écoute pas assez. Lui était un passionné de musique. Et si Baudoin le nie, il n’y a qu’à voir les conversations qu’il nourrit avec Morrison, son chat. Chasser le naturel et il revient au galop.

« Aah, si je gagnais 500 000 euros… Qu’est-ce qu’on ferait, Morrison, tiens, avec cet argent ? Je crois que je vendrais l’appart et je m’achèterais une petite bicoque sous les tropiques. Je finirais ma vie à gratter un ukulélé dans un hamac, un mojito à la main ».

Et puis un matin, sous l’aisselle, il sent une grosseur. Les résultats d’examens révéleront qu’il a des métastases dans tout le corps et qu’il lui reste quelques mois à vivre. Suite à cette nouvelle, il décide de tout plaquer et de partir en Afrique avec son frère.

Il y a eu l’émouvant « Ce n’est pas toi que j’attendais » dans lequel Fabien Toulmé racontait son quotidien avec sa petite fille handicapée. C’était il y a un peu plus de deux ans et je me rappelle de cette lecture comme si c’était hier. Alors c’est forcément avec quelque excitation que j’ai appris la sortie de son nouvel album sans pourtant voir pris le temps de lire les deux collectifs auxquels il a participé en 2015 et 2016.

On découvre ici le quotidien routinier et triste d’un trentenaire célibataire. Fabien Toulmé décrit une vie morose, solitaire que rien ne vient animer si ce n’est lorsque le frère du personnage principal fait son apparition. Notre « héros » bougonne un peu mais on voit bien que le propos tenu fait mouche. Un propos qui pourrait trouver écho dans bien des situations et c’est là la force de ce récit.

Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017
Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Oser le changement. Se remettre en question. Faire revivre sa part d’enfance, se rappeler de ses premières ambitions, de ce qui pouvait nous motiver. Et mesure l’écart entre ces rêves et la réalité. Faire le point de ce qu’on a cédé à la raison, à la facilité. Qu’est-ce que vivre ? Est-ce faire des concessions ? Est-ce entrer dans un moule, remuer ciel et terre pour décrocher un contrat à durée indéterminée et s’y tenir coûte que coûte parce qu’il y a des traites à payer, une épargne à constituer pour anticiper les tuiles que la vie ne manquera pas de faire tomber sur notre route ?

Ou est-ce que vivre s’est avant tout s’écouter, abandonner l’idée d’un petit confort rapide au bénéfice d’une passion. Concrétiser ses envies les plus folles. C’est de ça dont il est question dans cet album et Fabien Toulmé parvient à ses fins. Alors certes, il faut une terrible raison pour que le personnage principal ose s’écouter. Et puis il lui faut aussi la main tendue de son frère pour finir de se lancer. Mais la suite du récit n’est que bonne humeur et rares seront les moments de déprime. On passe du rire au silence, on s’étonne et finalement, on se laisse bercer par cette douce mélodie du bonheur.

PictoOKEtonnant comme ce livre peut faire du bien. Etonnant la claque qu’il inflige dans les dernières pages. Etonnante cette tension que le scénario n’oublie pas de nous rappeler, de rappeler cette épée de Damoclès au-dessus de la tête de cet homme ordinaire, épée qu’on se plait à oublier et les occasions de l’oublier sont nombreuses. Entre les rencontres, les soirées bien arrosées, les solos de guitares, les complexes absurdes qui prêtent à sourire. En 9 pages tout est plié, le cœur est chiffonné, le ton devient d’un coup très grave. Mais la note de fin livre sa morale, son optimisme. J’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album.

La chronique de Pierre Darracq, de Jérôme et de Noukette.

Les Deux vies de Baudoin

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Fabien TOULME
Dépôt légal : février 2017
272 pages, 27,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8225-7

Bulles bulles bulles…

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Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Arthur ou la vie de château (Griot & Nsangata)

Griot – Nsangata © Des Ronds dans l’O – 2016
Griot – Nsangata © Des Ronds dans l’O – 2016

Chaque vendredi, Ronan accompagne sa mère à l’I.M.E. (Institut Médico-Educatif). C’est là que vit son grand frère Arthur.

Il est bizarre Arthur. Maman dit que c’est pas sa faute. Il est né comme ça. Papa dit qu’il est né avec un truc en plus. Un peu comme Black Knight, son super-héros préféré… C’est pour ça qu’il est un peu différent.

Arthur est trisomique et, pour cette raison, il bénéficie d’une prise en charge adaptée à son handicap. Arthur aime sa vie à l’I.M.E. Entouré par ses amis, il participe aux activités du centre. Bricolage, dessin, piscine… Et puis il y a aussi les temps de classe ; certains suivent leurs apprentissages au sein de l’établissement tandis que d’autres vont au collège.

Récit à deux voix, celle de Ronan (le frère cadet) et celle d’Arthur. Bastien Griot ramène le quotidien à hauteur d’enfants et aborde des situations qui leurs sont familières : la vie de famille et le quotidien avec des pairs. La jalousie, l’entraide, le plaisir d’être ensemble sont les principaux sujets qui vont être abordés dans ce récit. Il n’est pas question de focaliser sur le handicap, les problèmes de comportement qui sont évoqués ne sont pas spécifiques à des enfants en difficulté. Le scénario est ludique et permet au petit lecteur de découvrir la vie en institution : les professionnels qui y travaillent, l’organisation des journées. En revanche, rien n’est dit sur l’hétérogénéité des pathologies et handicaps pris en charge dans ces lieux cependant, un dossier pédagogique (en fin d’album) explique timidement la trisomie à son lectorat.

Graphiquement, le travail d’un jeune auteur congolais, Henoch Nsangata, permet de s’installer rapidement dans cet univers. Le trait est doux, rond, sensible et accompagné de couleurs proches de celles qu’on obtient en dessinant aux crayons de couleurs. L’univers graphique est très proche de celui que dessine les enfants, à l’exception près qu’il est d’une précision et d’une justesse agréables. C’est reposant de se promener entre ces pages et ceci ajouté au fait que le récit (alternance des voix-off et des répliques) reste discret.

Une belle manière d’aborder la question du handicap avec les enfants. Toutefois, ayez en tête que ce livre est un support et qu’il est loin de répondre à toutes les questions sur le sujet. Personnellement, je trouve que la question du handicap est effleurée… C’est certainement parce que je travaille avec ces publics mais il me semble que le récit aurait gagné à être plus explicite (difficultés à apprendre, à gérer ses émotions…).

Un livre pour les petites mains de 7 ans à 10 ans.

Extrait :

« Toute la semaine, Arthur vit dans ce château… Ce château, c’est un peu comme sa deuxième maison. Ici, il est un peu comme un roi. Y’a plein de personnes qui s’occupent de lui » (Arthur ou la vie de château).

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : République démocratique du Congo

Arthur ou la vie de Château

One Shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Henoch NSANGATA
Scénariste : Bastien GRIOT
Dépôt légal : septembre 2016
32 pages, 12,50 euros, ISBN : 978-2-37418-024-3

Bulles bulles bulles…

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Arthur ou la vie de château – Griot – Nsangata © Des Ronds dans l’O – 2016

Tombé dans l’oreille d’un sourd (Levitre & Mahieux)

Levitre – Mahieux © Steinkis – 2017
Levitre – Mahieux © Steinkis – 2017

En 2005, les jumeaux de Grégory Mahieux et de Nadège viennent au monde avec deux mois d’avance par rapport au terme de la grossesse. Les premières semaines, ils seront donc en couveuses jusqu’à ce que leur état ne se stabilise. Mais passées les premières angoisses des parents, ceux-ci vont devoir en affronter de nouvelle. Charles est atteint d’une maladie génétique rare : la galactosémie congénitale. Le métabolisme des personnes atteintes de cette maladie ne parvient pas à transformer le galactose en glucose. Pour pas que Charles s’empoisonne, il faut donc proscrire de nombreux aliments, à commencer par les produits à base de lait. Grégory et Nadège vont devoir repenser complètement la manière de nourrir leur fils.

Tristan – le second jumeau – a quant à lui un autre handicap… et pas des moindres. Pourtant, ce n’est qu’après de nombreux examens que le diagnostic tombe : il est atteint de surdité.

Pour les parents, c’est le début du parcours du combattant. Entre les démarches administratives, médicales, médico-sociales… Grégory et Nadège sont ballotés et contraints de jongler avec le peu de temps qu’ils ont. D’autant plus que l’employeur de Grégory, un directeur de lycée professionnel mal embouché, est peu disposé à faciliter les choses à son enseignant.

Agaçant cet album, non pas sur la forme ni sur le fond… mais sur le constat qu’il dresse de différents secteurs : le médico-social tout d’abord, le système éducatif ensuite.

Tombé dans l’oreille d’un sourd – Levitre – Mahieux © Steinkis – 2017
Tombé dans l’oreille d’un sourd – Levitre – Mahieux © Steinkis – 2017

Car Grégory Mahieux n’affabule absolument pas quand il montre la lourdeur et la lenteur des dispositifs. Des rencontres avec les spécialistes dans le cadre d’un suivi adapté, des mêmes spécialistes dont le jargon est totalement hermétique. Des professionnels butés, bornés, ritualisés dans leur quotidien de travail et qui ne font même plus l’effort de prendre en considération les familles… et qui traitent le patient comme un symptôme et non comme une personne à part entière. Des négociations avec l’Éducation nationale pour pas que l’enfant ne soit coincé dans une voie de garage dont il n’arrivera pas à s’extirper plus tard. Des accompagnements proposés par un CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce), des dossiers de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) à monter et à remonter régulièrement, des interventions d’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire)… et tout un tas de termes qui surgissent de mon jargon professionnel et que je ne pensais pas utiliser un jour sur ce blog ! 🙂

Et je ne parle même pas du côté administratif. Ne serait-ce que de renouveler éternellement son dossier et prouver qu’il est toujours bien sourd… au cas où on aurait passé les vacances à Lourdes !

Avec l’aide d’Audrey Levitre, le scénario trouve son juste équilibre et le ton juste. Il y a de la plainte, c’est certain, mais elle est justifiée. Il y a de la consternation mais il ne s’agit pas de la subir. Un témoignage intelligent qui sensibilise à ce handicap et montre que lorsqu’il y a une alliance thérapeutique entre la famille et l’équipe pluridisciplinaire qui intervient, les solutions trouvées sont bien plus efficaces et adaptées que lorsque l’équipe se contente d’imposer son protocole. Pour ça, il faut un couple solide, où les partenaires communiquent et sont à même de s’épauler, de se relayer et de s’aider à supporter cette culpabilité que beaucoup de parents d’enfants handicapés ressentent… parfois aidés par des professionnels qui mériteraient un zéro pointé en matière de relations sociales.

‟ C’est le lait maternel qui a empoisonné Charles après sa naissance, ce qui explique tout ce qui s’est produit ensuite ˮ.
Pour Nadège qui culpabilisait déjà énormément, cette petite phrase, probablement anodine pour la pédiatre, a eu un effet dévastateur.

… et la généticienne, pour ne citer qu’eux :
‟ C’est une surdité génétique, de naissance… Chacun de vous est porteur d’un gène. Vous n’étiez pas faits pour être ensemble en fait ! ˮ

Le dessin de Grégory Mahieux est très explicite. Il donne du poids au propos. Il vient appuyer là où ça fait mal mais aide aussi beaucoup à dédramatiser les choses… l’humour aide à quitter la rancœur ; il sert de transition dans la narration.

PictoOKJ’avais très envie de lire ce témoignage qui couvre les dix premières années de la vie de Tristan. De l’inquiétude à la lourdeur des démarches à entreprendre régulièrement, de la loi de 2005 qui peu ou prou appliquée, des institutions qui stigmatisent la personne handicapée… « Tombé dans l’oreille d’un sourd » est un ouvrage très intéressant qui n’oublie pas de parler des petites joies du quotidien en famille.

La chronique de l’album sur Lirado.

Tombé dans l’oreille d’un sourd

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Grégory MAHIEUX
Scénaristes : Audrey LEVITRE & Grégory MAHIEUX
Dépôt légal : février 2017
188 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-36846-023-8

Bulles bulles bulles…

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Tombé dans l’oreille d’un sourd – Levitre – Mahieux © Steinkis – 2017

La Maison (Roca)

Roca © Guy Delcourt Productions – 2016
Roca © Guy Delcourt Productions – 2016

Une maison s’ouvre après plusieurs mois durant lesquels elle a été laissée à l’abandon…

Suite au décès de leur père, une fratrie doit remettre la maison paternelle en l’état afin de pouvoir la mettre en vente. Il faut trier, jeter, laver, ranger, réparer… José, Vincente et Carla s’organisent pour assumer, à parts égales, les différentes travaux et démarches qui doivent être réalisés. L’occasion de se retrouver en famille et qui sait, c’est peut-être l’opportunité d’apaiser certaines rancœurs.

Paco Roca entre sur la pointe des pieds dans cette famille. A l’aide de quelques planches muettes, il nous donne la possibilité de repérer les lieux. L’endroit est désert, les objets laissés dans le jardin ont été malmenés par les intempéries, le potager attend que quelqu’un daigne reprendre les outils pour le débarrasser de ses mauvaises herbes… Un rapide tour du propriétaire nous permet de constater que tout est serein… pour le moment. On devine qu’un moment familial important va se jouer. La scène est prête, le lecteur est tout ouïe. Ils ne manquent que les personnages qui, d’ailleurs, ne tardent pas à faire leur entrée. Et dès lors que la maison est de nouveau habitée, les émotions vont s’emparer des personnages et guider le scénario… Le moindre objet qui passe et c’est un souvenir qui s’impose. On va d’anecdote en confidence, tout a une histoire qui n’est pas la nôtre et pourtant on est là, à partager le quotidien de cette famille comme s’il s’agissait du nôtre.

Paco Roca est un auteur que j’apprécie. Pour avoir eu l’occasion de lire trois de ses albums (« Rides », « Les Rues de sable » et « Le Phare »), je sais qu’il est attentif à chaque détail et qu’il prend le temps d’installer ses personnages. Avec peu de chose et à l’aide de passages silencieux, il parvient à nous faire comprendre que ses héros ordinaires sont en pleine rêverie, en pleine réflexion ou dévastés par le chagrin. Roca dessine chaque chose avec délicatesse et veille à ne pas aller trop loin dans l’intimité des personnages, comme s’ils étaient pudiques. Ses histoires ne nous heurtent pas, elles nous touchent. Il ne juge pas, il tente de comprendre. Il ne caricature jamais, il écoute et retranscrit…

« La Maison » est certainement inspiré de sa propre expérience (c’est du moins ce que je me suis dit en regardant la photo insérée dans l’album). C’est peut-être pour éviter l’afflux d’émotion qu’il n’utilise pas un mais trois narrateurs. Tous trois font partie de la même famille, de la même entité… ils sont frères et sœurs. Leurs allées et venues dans la maison familiale dynamisent le récit et lui donnent du souffle. Culpabilité, fierté, colère, nostalgie, joie… aucune émotion ne manque à l’appel. On sent que les larmes des personnages ne sont jamais loin… Paco Roca ne va pas jusqu’à les faire couler. Malgré la faible différence d’âge qui les sépare et leur histoire commune, ils ont logiquement une perception différente des événements ce qui enrichit la narration. J’ai trouvé que le ton était juste.

PictoOKUn album où l’on oscille entre passé et présent. Une babiole qui prend la poussière sur une étagère, un fruit qui attend d’être cueilli… chaque objet porte en lui la mémoire d’un souvenir. Le deuil se fait lentement, la vie reprend ses droits. Mais même si j’ai bien aimé cet album, force est de constater que je ne parviens pas à en parler. Je peine car je ne parviens pas à cacher ma légère déception. Bien que tout soit cohérent et limpide, que les personnages soient touchants à souhait et que planches et couleurs soient belles… ça glisse. Je m’attendais à un album plus émouvant, bien plus fort, bien plus marquant. Une jolie lecture mais qui n’est pas le coup de cœur attendu.

Les chroniques de Jérôme, Violette, Nathalie, Noukette, Moka, Krol,..

la-bd-de-la-semaine-150x150La BD de la semaine est aujourd’hui hébergée chez Noukette !

Extrait :

« La décoration de cette maison est un voyage dans le temps » (La Maison).

La Maison

One Shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal : mai 2016

124 pages, 16,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8102-1

Bulles bulles bulles…

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La Maison – Roca © Guy Delcourt Productions – 2016

Quatre soeurs, tome 3 : Bettina (Ferdjoukh & Baur)

Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2016
Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2016

« Le printemps, saison du renouveau, des amours et des primeurs, éclate dans toute sa splendeur à tous les étages de la Vill’Hervé.

Renouveau ? Oui. Harry et Désirée, les petits cousins, viennent passer des vacances au grand air. Charlie, à sec, s’est résignée à louer la chambre des parents. Le locataire s’appelle Tancrède, il est jeune, célibataire, drôle, fabricant d’odeurs bizarres. Et beau. Primeurs ? Trop. On retrouve des poireaux nouveaux partout, dans la soupe, coincés dans un cadre de tableau et même dans le pot d’échappement de la voiture de Tancrède. Toujours lui. Amours ? Hélas. Tancrède sème le trouble et récolte la tempête dans le cœur de Charlie. Bettina se languit du très très moche et si splendide Merlin. Enid fait des confidences. Geneviève se tait. Et Mycroft, le rat, tombe amoureux à son tour… » (synopsis éditeur).

C’est agréable de revenir à la Vill’Hervé. Cette fois, c’est le printemps qui nous accueille dans cette demeure où l’on a désormais pris nos marques. Tour à tour, on se glisse dans la tête d’Enid (9 ans), d’Hortense (11 ans), de Bettina (14 ans), de Geneviève (16 ans) ou de Charlie (23 ans). Tour à tour on se retrouve fillette ou jeune femme. Tour à tour, on regarde ce quotidien de débrouille et d’entraide réciproque. Tour à tour, on est l’une de ces filles qui partage sa vie avec ses quatre sœurs. « Quatre sœurs ». Malika Ferdjoukh avait fait le choix, dans les romans originels de la série, de faire glisser la narration de l’une à l’autre des filles de la fratrie, permettant ainsi au lecteur de se lover dans le moindre interstice de cet univers fictif.

L’adaptation de Cati Baur, à son tour, permet cette promiscuité avec les personnages. Le lecteur est omniscient et omniprésent, comme s’il était le cœur de la maison familiale… comme s’il était l’incarnation de ces parents fantomatiques décédés il y a deux ans déjà. Depuis leur disparition, Charlie, l’aînée, tient la barre et donne le cap de cette aventure familiale. Malgré les tempêtes (difficultés financières, maladie des proches, doutes, tumultes de l’adolescence…), la route est pourtant agréable. Au premier tome, Cati Baur avait donné un « La » de fraîcheur et de bonne humeur. Depuis, le scénario est calé sur cet accord mélodieux et n’en sort pas. Le récit suit son fil et, grâce à lui, le lecteur savoure cet univers, respire les embruns iodés de l’océan, la terre humide de la lande qui entoure la maison des filles, les odeurs de gâteaux dans la cuisine de la Vill’Hervé. Les couleurs toniques d’Elodie Balandras renforcent cette impression de vie qui grouillent partout. Parfois, le choix des coloris pique un peu l’œil sur certains passages… au même titre que les prénoms de certains protagonistes. A coup de Lucrèce, de Tancrède, de Bettina, on avance ravi dans cette histoire originale et riche en rebondissements.

PictoOKA ce stade avancé de la série (qui comportera quatre tomes in fine), j’ai toujours autant de plaisir à retrouver les sœurs Verdelaine. A suivre…

Déjà présentés sur le blog : tome 1 (« Enid ») et tome 2 (« Hortense »).

Quatre sœurs

Tome 3 : Bettina

Série en cours

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Cati BAUR

Adaptation : Cati BAUR

d’après le roman de Malika FERDJOUKH

Dépôt légal : janvier 2016

ISBN : 978-2-36981-128-2

Bulles bulles bulles…

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Quatre sœurs, tome 3 – Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2016

Chroniks Expresss #21

Quelques lectures faites çà et là :

BD : Les Rêveurs lunaires (C. Villani & E. Baudoin ; Ed. Gallimard, 2015), Madeleine, une femme libre (R. Ortiz & P. Colin-Thibert & S. Mosdal ; Ed. Sarbacane, 2014).

Romans : Les Enfants de Dimmuvik (J.A. Jonasson ; Ed. Noir sur Blanc), La petite Marchande de prose (D. Pennac ; Ed. Gallimard, 2013), Le Joueur d’échecs (S. Zweig ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Jackie (K. Dowland ; Ed. SW Poche, 2015)

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Bandes dessinées

Villani – Baudoin © Gallimard - 2015
Villani – Baudoin © Gallimard – 2015

« – Pour toi, commencer un livre, c’est comme une aventure.

– Comme un voyage ».

L’ouvrage s’ouvre sur une rencontre : celle de Cédric Villani et d’Edmond Baudoin. Les deux hommes font connaissance, Cédric Villani – mathématicien, directeur d’Institut et professeur d’Université – parle de son enfance et la discussion glisse peu à peu sur leurs activités professionnelles respectives. Villani confie son envie de réaliser une bande dessinée avec Edmond Baudoin, ce dernier est flatté et ils en viennent immanquablement à parler de leur rapport à l’écriture, à la construction d’un ouvrage, de leur collaboration à venir sur le projet des « Rêveurs lunaires » et de construire sous nos yeux la trame de ce que sera ce livre… celui que nous tenons maintenant en mains.

« Dans ce récit, nous allons rencontrer quelques-uns de ces héros dont l’histoire parle si peu. Leur pouvoir individuel, démultiplié par l’action collective, a fait basculer ou aurait pu faire basculer le destin de la guerre. Pourtant, leur rôle n’est pas dit dans les cours d’histoire, leur action est connue seulement des initiés. Le monde peut tourner sans eux. Mais ils ont encore un dernier combat à mener. Le dernier combat d’après la guerre, le Ragnarök des dieux nordiques. Celui d’avec leur conscience ».

Cet album est découpé en quatre grandes parties et aborde tour à tour Werner Heinsenberg (Prix Nobel et créateur de la mécanique quantique), Alan Mathison Turing (père de l’informatique moderne), Léo Szilard (physicien) et Hugh Dowding (militaire).

Tour à tour donc, le temps d’un chapitre, les auteurs (essentiellement Villani qui dirige la narration) donnent la parole à ces quatre grandes figures de l’Histoire. Cédric Villani va même jusqu’à se fondre totalement dans ces hommes puisque ce sont eux qui – sous le contrôle de Cédric Villani – vont prendre la parole et raconter leur parcours.

Le travail au pinceau réalisé par Edmond Baudoin montre les tourments qui ont traversé ces hommes. En même temps, il permet au lecteur de comprendre l’euphorie et l’excitation qui leur a permis de se vouer corps et âme à leurs recherches scientifiques (Heinsenberg, Turing, Szilard) et à leur combat (Dowding). Le dessin est à la fois fluide et imposant.

Werner, Alan, Léo… trois génies à leur manière. (…) Un point commun : de violents conflits intérieurs.

pictobofMalheureusement cela ne suffit pas. On est face à des monologues souvent égocentriques et pompeux. Et même si ces témoignages mettent en lumière certains événements historiques, même si – quelle que soit la tournure du récit – nous mesurons l’impact qu’ont eu leurs interventions respectives… même… le lecteur se frotte à un récit des plus ennuyeux. Et si habituellement les passionnés savent captiver leur auditoire, ce n’est pas le cas de Cédric Villani qui nous fait une démonstration des plus magistrales de ses connaissances. Certains passages sur l’enfance de ces idoles, certaines facettes de leur vie (je pense notamment à l’homosexualité de Turing)… la présence de tous ces longs monologues durant lesquels les principaux intéressés font mine de raconter leur vie en saupoudrant le tout de quelques confidences. Ces passages les rendent souvent pathétiques. Un constat : leur folie les isole.

Une belle déception !!

La chronique d’Yvan.

Extraits :

« Est-ce qu’il y a un modèle scientifique pour le chaos de l’histoire humaine ? » (Les Rêveurs lunaires).

« (Léo Szilard) J’avais lu le compte rendu de la conférence de ce vieux croûton de Rutherford. Il parlait des neutrons et de l’énergie que l’on libère en cassant un noyau. Il expliquait que c’était une énergie minuscule. Que quiconque croyait pouvoir l’exploiter était un rêveur lunaire ! Vraiment ! Un rêveur lunaire ! » (Les Rêveurs lunaires).

 

Ortiz –Colin-Thibert – Mosdal © Sarbacane – 2014
Ortiz –Colin-Thibert – Mosdal © Sarbacane – 2014

« Madeleine aurait pu mener une existence paisible entre Paris et la Bretagne où se trouvait la propriété familiale. Il n’en fut rien. Mariée par dépit amoureux à un jeune notaire dont elle a rapidement une fille, elle s’éprend, en pleine Deuxième Guerre mondiale, de Werner, un officier allemand de dix ans son aîné. La libération approchant, Werner s’enfuit en Espagne, où il est fait prisonnier. Bravant les Pyrénées et la guardia civil de Franco, Madeleine parvient à le faire évader. Madeleine et Werner essaient alors de vivre ensemble leur amour dans un Paris fraîchement libéré ; mission impossible… ils décident de refaire leur vie – avec les deux enfants qu’ils ont eus ensemble – au Pérou. Mais trahie par Werner, Madeleine s’enfuit à Lima où, elle rencontre un jeune et brillant architecte… C’est le destin de cette femme indomptable, originale et insoumise que raconte « Madeleine, femme libre ». Une femme libre et moderne, à la recherche de la fusion idéale, décidée à réinventer l’amour, coûte que coûte. » (synopsis éditeur).

Une bande dessinée inspirée d’une histoire vraie. Le récit se lit sans difficulté, une histoire plutôt agréable qui permet au lecteur de découvrir comment une jeune femme a pu tirer avantage de certaines situations malgré leur complexité. Fruit d’une collaboration entre un auteur péruvien (Rudy Ortiz) et un auteur français (Pierre Colin-Thibert), le scénario se réfère à plusieurs événements qui ont fait date, essentiellement durant la Seconde Guerre Mondiale. Les auteurs s’attardent à décrire la personnalité de l’héroïne mais cela est souvent au détriment des personnages secondaires que l’on cerne mal. Le rythme est assez linéaire malgré les difficultés que Madeleine a rencontrée tout au long de sa vie.

PictomouiCet ouvrage brosse le portrait d’une femme déterminée pour autant, la manière dont son parcours nous est raconté est assez monotone. Sur le papier, elle manque de charisme et ses décisions ne sont pas toujours cohérentes. J’ai lu cet ouvrage sans réellement manifester d’intérêt vis-à-vis de ce témoignage. Je regrette aussi qu’en lisant le synopsis (que ce soit sur le site de l’éditeur ou sur le quatrième de couverture) on ait là l’essentiel de ce qu’il y a à retenir de cette histoire… c’est un peu creux…

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Pérou

 

Romans

 

Jónasson © Notabilia – 2015
Jónasson © Notabilia – 2015

Une vieille femme se rend à l’enterrement de son jeune frère. Durant le trajet, elle plonge dans ses souvenirs d’enfance et revit les tourments d’une époque où elle se contentait de survivre.

« Dans « Les Enfants de Dimmuvik », Jón Atli Jónasson raconte une histoire d’autant plus terrible que la vérité y apparaît comme un os mis à nu : il y a parfois, simplement, trop de bouches à nourrir. C’est aussi en filigrane une méditation angoissée sur la tentation d’abandonner les siens à leur misère pour sauver sa peau » (extrait du Quatrième de couverture).

Troublant. Poignant. Fascinant. Ce roman de Jón Atli Jónasson nous percute de plein fouet. En plaçant au centre de son récit cette fillette qui endosse la lourde responsabilité d’être notre narrateur, il raconte sans détours un quotidien de misère. La pauvreté et la précarité dans ce qu’elles ont de plus fourbe en elles. Pourtant, elle n’a pas conscience du fait que sa vie ne tient qu’à un fil, elle ne sait pas à quel point la vie est cruelle avec elle. Car là où elle vit, dans une petite maison isolée de tout, sa famille est coupée du monde. Chaque jour suffit à sa peine. Cette enfant, l’aînée d’une fratrie de trois, endosse même le rôle de la mère puisque cette dernière est alitée depuis sa dernière fausse couche. Une mère dont on sait bien peu de choses si ce n’est que maintenant, elle passe ses journées repliée au fond de son lit, à regarder le mur, à sombrer – un peu plus – chaque jour dans la folie.

Un troupeau qu’il faut abattre pour ne pas qu’un virus se propage, une fosse à creuser pour enfouir ces cadavres décharnés d’animaux en proie à la famine, de longues heures à lutter contre le froid et le vent pour aller chercher le lait à la ferme la plus proche… ce lait qui nourrira la famille une poignée de jour. Aucune joie, aucune étincelle de vie, aucun espoir à avoir… se nourrir de l’amour que l’on porte aux siens et, s’ils osent le manifester, se réchauffer de leur affection.

PictoOKUn récit dur mais de toute beauté. Un récit sourd et lourd mais on le dévore. Une misère terrifiante et, au beau milieu de cette noirceur, la force d’une enfant décidée à s’en sortir.

Je n’aurais pas eu l’envie de découvrir cet ouvrage sans la chronique de Jérôme et la fiche de présentation de l’éditeur.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Islande

Extraits :

« Prends soin d’avoir toujours de quoi faire. Pour que ton esprit ne se mette pas à vagabonder. A se remémorer une main qui passe le long de profondes rainures d’une table dans la pénombre. Un visage ou même une partie de visage. Un doigt ou le bout d’un nez » (Les Enfants de Dimmuvik).

« Elle s’alita purement et simplement et tourna la tête vers le mur. Elle cessa de parler et cessa de voir. Quand nous, les gosses, entrions dans son champ visuel, son regard se posait sur nous comme si nous lui étions totalement étrangers. Elle nous quitta sans aller nulle part » (Les Enfants de Dimmuvik).

« A présent je suis la seule qui reste. J’ai toujours cru que mon frère me survivrait. En fait, je croyais que je ne sortirais jamais vivante de cette crique. Car mon univers n’en dépassait pas les limites. Il y commençait et il s’y achevait à tous points de vue » (Les Enfants de Dimmuvik).

« Ce dimanche soir-là, il ne restait plus à la maison qu’un petit bout de chandelle que papa alluma avant d’ouvrir la bible usagée à la reliure dorée et de commencer la lecture. Je n’entendais rien de ce qu’il disait. J’étais assise, les yeux rivés sur la flamme de la bougie en train de se consumer. Elle me convainquit que notre vie ici-bas était sur le point d’atteindre son signe ultime. Il y avait quelque chose d’imminent. Quelque chose d’inquiétant et de grandiose » (Les Enfants de Dimmuvik).

 

Pennac © Gallimard – 2013
Pennac © Gallimard – 2013

« La reine Zabo est sortie pour régner sur un royaume de livres. Un petit royaume à l’échelle de son corps chétif dominé par une énorme tête. Un royaume qu’elle domine entièrement. Pourtant, elle peine à dominer Benjamin Malaussène, le bouc émissaire professionnel payé à prix d’or pour compatir avec les écrivains refusés. Alors quand Malaussène, démotivé par le mariage de sa toute jeune sœur Clara avec un directeur quasi-sexagénaire de prison modèle, se saisit d’un prétexte pour démissionner, la reine Zabo se voit contrainte de lui offrir un autre emploi : endosser l’identité de J. L. Babel, le prolifique et invisible auteur de fadaises à succès.

Mais la mort rôde autour de Clara et de Benjamin, victimes de la terrible tendance malaussénienne à attirer les problèmes, et la tonitruante sarabande de l’opération publicitaire croise la route d’un dangereux tueur. C’est d’abord le futur mari de Clara, assassiné le jour de son mariage, qui est découvert. Benjamin, suspecté par défaut, est rapidement mis hors de cause par le commissaire Coudrier. Celui-ci lui recommande de rester loin de cette affaire, mais même en obéissant à son conseil, Malaussène va se retrouver inextricablement mêlé à ce meurtre. » (extrait du résumé proposé sur la page Wikipedia de l’ouvrage).

Hors de question pour moi de m’arrêter en si bon chemin. Après avoir repris « Au bonheur des Ogres » et découvert « La Fée carabine », je suis bien décidée à aller jusqu’au bout. Retrouver les « choses » à l’endroit où on les a laissé et reprendre la lecture comme si aucune pause n’avait été réalisée entre l’ouvrage précédent et celui que l’on tient en main, se placer de nouveau naturellement dans un univers qui est devenu familier au lecteur… cela n’arrive pas si souvent (je vous entends d’ici me dire que si j’étais moins réfractaire à l’idée de suivre des séries en bande dessinée, j’aurais certainement plus d’opportunités de savourer cette sensation… et je vous rétorque que la consistance d’un roman n’a pas d’égale en BD… toc !).

Benjamin et son éternel penchant à se fourrer dans les ennuis. Cela ne choque même plus. Quoi que dans « La petite marchande de prose », nous avons atteint le summum et Daniel Pennac malmène outrageusement son personnage au point que l’on se demande s’il sera toujours en vie à la fin de cet opus.

En parallèle, le lecteur est maintenant bien au fait des différentes personnalités et caractères des membres de la tribu Malaussène. Des individus originaux et hauts en couleurs. Thérèse et son penchant pour les sciences occultes, Julius le chien qui ne manque pas de faire une crise d’épilepsie alors même que son maître – plongé dans un profond coma – se fait voler ses organes vitaux… et la petite dernière, Verdun, surnommée « la der des ders », qui pleure et crie jusqu’à plus soif et que seul le vieux Thian parvient à apaiser.

PictoOKDaniel Pennac s’aventure dans des chemins sinueux et mène deux enquêtes de front sans perdre son lecteur. Collant à des sujets de société qui ne font pas la Une des journaux, il touche à des questions comme le trafic d’organes ou le plagia.

La fiche de présentation du livre sur le site de l’éditeur permet de découvrir quelques passages. Quant à moi, mon regard se tourne déjà vers le quatrième volet de cette saga (« Monsieur Malaussène ») que je compte m’engouffrer dès que je l’aurais acheté 😛

Et je ne rate aucune occasion pour proposer quelques courts extraits :

« Hier soir, pendant le diner, je me suis penché à son oreille et je lui ai demandé : ‟La mort est un processus rectiligne, Thérèse, qu’est-ce que tu penses de cette phrase ?” Elle ne m’a même pas regardé. Elle a répondu : ‟C’est juste, Ben, et la longueur de la vie dépend de la vitesse du projectile.” » (La petite marchande de prose).

« Nous avons mangé le couscous de Yasmina et la tarte de Julie, pendant que le vieux Thian donnait à Verdun ses petits pots du soir. Depuis la naissance de Verdun, le vieux Thian a perdu un bras. Tout ce qu’il accomplit dans la vie, il le fait avec la main qui ne porte pas Verdun. A soixante ans passés, le jour où nous lui avons confié Verdun, le vieux Thian a fait cette découverte de jeune homme : être père, c’est devenir manchot » (La petite marchande de prose).

« Et de nouveau la bibliothèque en diagonale, Chabotte trottinant devant nous comme un enfant au cerceau. Il est délicieux. On jurerait une petite cuiller échappée de sa tasse à café » (La petite marchande de prose).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : petite

 

Zweig © Le Livre de Poche – 2013
Zweig © Le Livre de Poche – 2013

Alors qu’il effectue une croisière, un homme apprend qu’un champion d’échecs se trouve à bord du bateau. Le narrateur met tout en œuvre pour parvenir à jouer une partie avec le Joueur. Contre toute attente, ce dernier accepte de participer à une partie d’échecs mais plutôt que de jouer à un contre un, et vu son niveau de maîtrise du jeu, il propose de jouer seul contre les mateurs intéressés pur relever ce défi.

Durant la partie, un inconnu se joint au groupe et observe le déroulement de la partie. Lorsqu’il intervient soudainement, c’est pour arrêter un déplacement de pion et proposer un autre mouvement, expliquant par la finalité de ce nouvel enjeu stratégique. Quoiqu’il en soit, l’intervention de cet individu attire l’attention du narrateur. Ce dernier va chercher à faire sa connaissance. Lors d’une après-midi ensoleillée, et profitant des transats disposés sur le pont, les deux hommes sympathisent. Et l’inconnu va expliquer comment le jeu d’échecs est entré dans sa vie.

Je doute qu’il soit encore nécessaire de présenter ce roman. Je doute aussi qu’il soit nécessaire de présenter Stefan Zweig. Si je me fie à la connaissance que j’ai des lecteurs qui me suivent par l’intermédiaire du blog, je sais que « j’ai à faire » à de grands lecteurs, de « gros lecteurs »… pour qui le seul fait de prononcer le nom de cet auteur autrichien évoque bien des choses…

Je me contenterais donc humblement de dire que je me suis laissée porter par le récit, fascinée par cette fascination décrite pour le jeu, les stratégies, les déplacements… alors qu’en temps ordinaire, je ne suis pas en mesure de rester concentrée plus d’une demi-heure sur une partie d’échecs. Superbe voyage dans des huis-clos qui s’imbriquent : l’huis-clos du bateau, l’huis-clos de la rencontre entre le narrateur et l’inconnu, huis-clos mental de l’inconnu lorsqu’il partage ses souvenirs, l’huis-clos (la relation privilégiée devrais-je dire) entre le livre et son lecteur.

PictoOKMerci à tous qui, par le biais de vos chroniques respectives, m’avez permis de mémoriser le nom de ce romancier puis, progressivement, à me donner envie de lire cet auteur à mon tour. Un petit break pour découvrir d’autres plumes mais je sais que je reviendrais vers Stefan Zweig.

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Autriche

Jackie – Dowland © SW Poche – 2015

Dowland © SW Poche – 2015
Dowland © SW Poche – 2015

Elle a 36 ans lorsqu’elle apprend que sa grand-mère est en fin de vie. Comment passer ces derniers jours ? Comment se préparer à la mort ?

Grand’ma a cent un an. Elle veut mourir, mais elle y arrive pas. J’ai passé toute la nuit à me demander pourquoi c’était si compliqué de mourir. Pourquoi, quand le moment est venu, on te bourre de médicaments. Alors, j’ai décidé d’écrire jusqu’au bout.

« Elle », c’est Kelly. Musicienne, blonde, mère de famille, new-yorkaise, appréciant de se faire draguer par des collègues de l’orchestre mais en couple depuis quelques années avec un comédien qui habite à Boston. Elle, c’est une femme séduisante, troublante de sincérité et de spontanéité, un peu extravagante sur les bords, totalement dépassée par son rôle de mère mais qui fait de son mieux. Elle qui comme tout le monde, est balayée par des questions tantôt futiles tantôt profondes. Elle qui décide donc d’écrire ses hauts et ses bas, ses réflexions diverses et ses joies… jusqu’à ce que sa grand-mère décède.

Un roman au format réduit (12 cm/16 cm) pour 94 pages, c’est vite lu ? Oui !! D’autant plus quand il diffuse cette fraicheur, cette capacité de jouer avec l’auto-dérision, cette propension à relativiser les choses. Kelly – le personnage principal – n’hésite jamais à se remettre en question où à se moquer de ses propres névroses. Elle est capable de vanter ses qualités comme ses faiblesses. S’accepter soi-même, c’est déjà une étape vers la maturité. Mature, ce personnage ne l’est pas encore complètement et c’est peut-être là où le bât blesse si on l’écoute, d’autant plus qu’elle est mère et – à ce titre – sensée assumer le quotidien d’Elton (son petit garçon). En tout cas, elle est lucide sur sa manière de gérer les choses.

A midi, on était à table avec Elton. Il m’a regardée, les yeux pleins d’amour, et il m’a demandé : « Maman, tu sais pourquoi je t’aime le plus ? – Non, mon amour, dis-moi. – Parce que tu es la meilleur cuisinière ! » Dans son assiette : de la purée de la veille réchauffée et une tranche de jambon. A quel âge on perd notre émerveillement ?

Elle a une manière d’être au monde qui la rend sympathique. Fiction ou récit autobiographique, je n’en sais rien. Le fait que la narratrice porte le même prénom que l’auteure (Kelly Dowland) ne m’a pas tracassé une seule seconde. Je trouve cela plutôt pétillant d’ailleurs. Tout comme cette écriture parfois maladroite, une écriture parlée qui ne tient pas tellement compte des règles grammaticales en vigueur.

PictoOKUn agréable moment de lecture. Lecture-détente parcourue de quelques rires, une jolie découverte que je n’aurais pas faite sans la divine intervention de Framboise ! 😉

Un extrait de ce petit roman est disponible sur le site de l’éditeur.

La chronique de Framboise (merci de me l’avoir fait découvrir !!!), celle de Jérôme et celle de Violette.