Leda Rafanelli, la gitane anarchiste (Satta & De Santis & Colaone)

Satta – De Santis – Colaone © Steinkis – 2018

Leda Rafanelli est originaire d’une famille très modeste. Adolescente, elle décroche un travail dans une imprimerie locale. Leda va s’accroche et fait le nécessaire pour se faire remarquer de son employeur. Ses efforts s’avèrent payant car si l’imprimeur la remarque et la félicite régulièrement pour son sérieux, il lui confie aussi progressivement la préparation des caractères en métal en vue de l’impression de textes politiques. Ce métier lui permet également d’avoir accès à une culture que sa condition sociale ne lui aurait pas ouverte.

Par la suite, Leda Rafanelli affirme ses convictions politiques et assume ouvertement ses orientations anarchistes.

En 1901, elle part vivre à Florence avec ses parents. Elle y fait de nouvelles rencontres et notamment Luigi Polli, son premier mari. Elle rencontre ensuite Giuseppe Monanni qu’elle épouse et avec qui elle crée une maison d’édition ; ils ouvrent une librairie pour diffuser notamment les œuvres qu’ils éditent. Et ce n’est là que le début de son parcours atypique où, entre autres, elle devient musulmane, romancière (l’écriture l’accompagnera toute sa vie), mère ou encore chiromancienne.

Francesco Satta et Luca de Santis réalisent un portrait décapant et ébouriffant de cette italienne de caractère. Aussi douce que tranchante, ses interventions sont tout simplement fascinantes. En elle beaucoup de contradictions, à commencer par une curiosité insatiable du monde qui l’entoure mais d’une sorte d’entêtement à défendre ses propres opinions qu’elle protège comme une louve. Une femme entière qui lorsqu’elle épouse une cause, s’y consacre dans retenue. Une femme imprévisible qui traite ses interlocuteurs tantôt avec intérêt, tantôt avec des attitudes de gamine capricieuse.

… tu sais que je vis dans l’absolu. J’aime et je déteste avec la même passion

On est là finalement à traverser les décennies, de l’euphorie de l’installation à Florence à la fierté d’éditer des textes et de soutenir un idéal politique en marge… en passant par les rencontres d’anarchistes ayant joué un rôle majeur dans le mouvement anarchiste en Italie, d’intellectuels en vogue, la Première Guerre Mondiale qui redistribue les cartes, le départ de son époux pour les Etats-Unis, la rencontre avec Benito Mussolini alors qu’il n’est encore qu’un novice en matière de politique, la Seconde Guerre Mondiale qui ébranle les rangs des anarchistes…

De scènes en scènes, on a finalement assez peu de temps morts pour digérer les informations. Sur certains passages, j’ai trouvé les phylactères trop verbeux, peut-être trop instruits (?), me donnant l’impression qu’en voulant trop bien faire, les scénaristes ne sont finalement pas parvenus à aller à l’essentiel. On comprend cependant l’aura qui entourait cette femme mystérieuse et pourquoi son charisme a fait chavirer le cœur de plus d’un homme.

Coté dessin, j’ai également tangué dans les illustrations de Sara Colaone. Alternant des planches très aérées où l’on respire et profite où l’on profite, comme l’héroïne, de l’instant présent sans avoir à se soucier du lendemain… et des planches plus chargées où l’image et la parole se volent parfois la vedette… où la parole étouffe parfois les illustrations. Leda Rafanelli donne l’impression d’avoir eu mille vies en une, une vie d’engagements et de rencontres… j’aurais certainement davantage savouré ces dernières si j’avais moins peiné à reconnaître les visages des protagonistes.

J’ai refermé cet album en étant un peu hébétée. Le scénario est intéressant et je ne cacherai pas que je ne connaissais pas du tout Leda Rafanelli pour autant, si parfois certaines biographies me donnent envie d’aller plus loin dans ce qu’un album a pu m’apprendre ici… je vais m’en tenir aux informations fournies par cet ouvrage.

Extrait :

« Ne donnez pas aux camarades ce qu’ils veulent mais plutôt ce qu’ils n’ont pas encore conscience de vouloir » (Leda Rafanelli – La gitane anarchiste)

Leda Rafanelli – La gitane anarchiste

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Sara COLAONE
Scénaristes : Francesco SATTA & Luca DE SANTIS
Traduction : Marie GIUDICELLI
Dépôt légal : janvier 2018
216 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-36846-173-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Leda Rafanelli, la gitane anarchiste – Satta – De Santis – Colaone © Steinkis – 2018

Baddawi (Abdelrazaq)

Abdelrazaq © Steinkis – 2018

« Baddawi relate l’histoire d’un jeune Palestinien de 1959 à 1980. Sa fille, l’auteure de cet ouvrage, est née aux Etats-Unis et est très investie dans la lutte en faveur de la cause palestinienne. Son récit et sa manière de présenter certains faits sont forcément subjectifs. » … l’éditeur donne le ton dans un avant-propos éclairant.

La lecture peut enfin commencer…

… mais j’ai pourtant refermé le livre pour observer de nouveau cet objet. Un petit format (19 * 21 cm), presque un carré. Une couverture douce et cartonnée. Des motifs symétriques identiques à ceux que j’ai pu apercevoir dans l’album en le feuilletant. Leila Abdelrazaq nous éclaire à ce sujet : « Il s’agit de dessins typiques de la broderie traditionnelle palestinienne appelée tatreez. » Un enfant qui nous tourne le dos, pieds nus et tee-shirt rayé, mains croisées, stoïque. Il regarde. Quoi ? Peut-être regarde-t-il le chemin qu’il a parcouru jusqu’à aujourd’hui ? … alors ouvrons donc ce livre.

Après l’avant-propos de l’éditeur, la préface de l’auteure. Elle nous dit son père, elle nous dit la rupture, la guerre de 1948, l’exil de milliers de personnes. Elle nous cet enfant que l’on voit de dos sur la couverture, il s’appelle Handala ; c’est un personnage crée en 1975 par Naji al-Ali – caricaturiste palestinien – qui « apparaît toujours le dos tourné au lecteur et les mains croisées derrière lui, au milieu des événements politiques représentés sur les vignettes. Naji al-Ali avait promis qu’Handala grandirait et que le monde découvrirait son visage quand le peuple palestinien serait libre et autorisé à rentrer chez lui » … le dessinateur a été assassiné en 1987… son personnage est devenu l’un des symboles de la résistance palestinienne.

Leila Abdelrazaq nous raconte Ahmed, son père.

Safsaf signifie « saule pleureur » . C’est le nom du village natal de la famille de l’auteure au Nord de la Palestine. Après le massacre des hommes du village par des soldats israéliens, les grands-parents de Leila se réfugient au Liban, au camp de Baddawi. Son père y est né et y a grandi au milieu de sa fratrie. Il raconte la vie à l’école et les codes de la vie du camp. Il nous ouvre aussi à toute la culture palestinienne, des spécialités culinaires aux traditions religieuses. Puis, c’est le départ pour Beyrouth

« Baddawi » nous dit aussi les espoirs d’un peuple de rentrer enfin sur sa terre, de retrouver enfin son foyer. 1967 fut l’année de la défaite de l’armée palestinienne, celle du début de l’occupation de la Bande de Gaza, celle des espoirs envolés, la nécessité de continuer à vivre en tant qu’exilé… un sans terre.

Leila Abdelrazaq offre un visage à l’enfant Handala. C’est celui de son père, un garçon que l’on reconnaît entre tous avec son tee-shirt rayé. Le ton est léger, légèrement insouciant, au début de l’album du moins. En grandissant, sa perception des choses change…

La guerre est omniprésente. Elle marque de son empreinte les façades des maisons, elle oblige les gens à modifier leurs habitudes, à prendre une autre route que celle empruntée d’habitude pour aller d’un endroit à un autre… éviter un quartier le temps que les corps soient enlevés… restés cloîtrés à la maison plutôt que d’aller à l’école. Pourtant, Leila Abdelrazaq ne va jamais jusqu’à la rendre oppressante. Malgré les conflits, la vie continue et reprend ses droits. En s’appuyant sur des anecdotes de l’enfance de son père, l’auteure s’attarde davantage sur le quotidien au camp. Si la violence est là, elle n’est présente quand dans les propos de l’enfant ; peu de chars, de soldats israéliens ou libanais… Ahmed (le personnage principal) en parle surtout pour dire comment cela impacte son quotidien.

Un regard sur le conflit israélo-palestinien.

Baddawi

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Leila ABDELRAZAQ
Traduction : Marie GIUDICELLI
Dépôt légal : janvier 2018
128 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36846-074-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Baddawi – Abdelrazaq © Steinkis – 2018

Mon Traître (Chalandon & Alary)

Chalandon – Alary © Rue de Sèvres – 2018

Un album qui s’ouvre sur les mots de Sorj Chalandon. De la démarche initiale qui l’a conduite à écrire le roman à cette adaptation BD, en passant par son interprétation au théâtre, Chalandon chemine, prend davantage de recul sur cette période de sa vie, se l’approprie et s’en détache mais toujours, ce récit restera une part de lui-même.

Antoine, luthier parisien se prend d’amour pour l’Irlande. Fasciné par sa culture, ses paysages et par la chaleur des gens, le jeune français rencontre Jim et Cathy qui deviendront des amis précieux. Tous font partie du mouvement républicain irlandais, et mènent des actions pour le compte de l’IRA. Un soir à Belfast, il fait la connaissance du charismatique Tyrone Meehan, responsable de l’IRA, vétéran de tous les combats contre la puissance britannique. Antoine ne tarde pas à embrasser la cause de ce peuple. Captivé, le jeune Français trouve en Tyrone un mentor, un ami très cher, presque un père. Puis un traître… « Mon traître » , comme l’appelle Antoine, pour désigner cet homme qui fut en réalité, vingt-cinq ans durant, un agent agissant pour le compte des Anglais. Il les avait tous trahis, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis et lui, chaque matin, chaque soir…

(synopsis éditeur).

Un récit autobiographique. Là, sur le papier, Sorj Chalandon devient Antoine. Là, sur le papier, les mots de Sorj Chalandon, son émotion, ses souvenirs, sa colère… tout y est, tout est repris de façon à répondre aux codes de la bande dessinée. Les visages en revanche, ils proviennent de l’imagination de Pierre Alary. Les visages des protagonistes, ce sont ceux que Pierre Alary a imaginé pendant sa lecture du roman de Chalandon.

L’album se découpe en plusieurs chapitres, nous obligeant à faire des coupures, à faire des pauses. Intercalés entre chaque chapitre, des extraits de l’interrogatoire de Tyrone Meehan / Denis Donaldson réalisé en décembre 2006 par les membres de l’IRA. A cette période, l’Irlande venait d’apprendre que Meehan/Donaldson avait vendu ses informations aux Anglais.

On rentre dans l’album sans aucun préalable. Une courte fenêtre nous aspire en décembre 2006, le jour où Antoine/Sorj apprend que son ami a trahit. Puis, on referme vite cette fenêtre comme pour se protéger d’une bourrasque et on atterrit en Irlande au milieu des années 1970, lors du premier voyage en Irlande d’Antoine/Sorj, de sa première rencontre avec son traître. A chaque voyage, les amitiés se renforcent. Très vite, écourte le laps de temps entre ses voyages en Irlande. Une fois par an, puis tous les six mois… de plus en plus souvent. On évolue dans des tons vert olive, ocre, marron, gris. C’est la guerre dehors, la tension, le danger… la chaleur est dans les foyers, dans les cœurs.

La force des convictions, le combat, les joies et les peines, tout y est, à l’état brut.

Un album coup de poing. C’est à lire !

Mon Traître

– d’après le roman de Sorj Chalandon –
One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Pierre ALARY
Scénaristes : Sorj CHALANDON & Pierre ALARY
Dépôt légal : janvier 2018
146 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-369-81474-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mon Traître – Chalandon – Alary © Rue de Sèvres – 2018

 

Bilan BD

Mes collègues de « La BD du mercredi » ont toujours des mots merveilleux pour introduire ce partage de liens quand c’est à leur tour de l’accueillir. Moi pas. Je sèche, je trouve mes formules fades… Une chose est sûre pourtant : cliquez sur les liens qui suivent et vous allez découvrir des pépites !

Enna :                                                Enna :                                             Nathalie :

La Sardine :                                    Moka :                                          Blandine :

Karine :                                            Sabine :                                                 Sabine :

Blondin :                                            Antigone :                                              Gambadou :

Saxaoul :                                                Jérôme :                                               Jacques :

Hélène :                                             Hilde :                                                  Laeti :

PatiVore :                                         Cristie :                                                  Mylène :

AziLis :                                           Noukette :                                              Natiora :

Stephie :                                          Bouma :                                                Caro :

Alice :                                             Khadie :                                              Soukee :

.

 

Vies volées – Buenos Aires, Place de Mai (Matz & Goust)

Matz – Goust © Rue de Sèvres – 2018

Ils ont 20 ans. Ils se connaissent depuis des années et ont fait le choix de vivre ensemble en colocation le temps de leurs études universitaires. Leur amitié semble inébranlable pourtant, à les regarder, on se demande quel peut-être le point commun qui les a rapprochés.

Santiago a la démarche assurée du séducteur. Dame Nature a été particulièrement généreuse en se penchant sur le berceau de ce grand blond aux yeux bleus qui dévorent les filles. Il fait preuve d’un sens de l’humour certain, d’un optimisme qui lui permet de relativiser le moindre souci et, comme si cela ne suffisait pas, ses relations avec ses parents sont au beau fixe et Santiago sait qu’il peut compter sur leur soutien indéfectible.

Pour Mario en revanche, la vie est plus indocile. Réservé, portant davantage d’intérêt à la littérature qu’aux soirées entre amis, il se laisse souvent porter par l’élan de Santiago pour sortir. Sans cela, des soirées en tête-à-tête avec un bon roman, de préférence un texte d’Adolfo Bioy Casares.

Souvent, leur chemin les fait passer par la Place de Mai de Buenos Aires. Là, Mario rêve d’oser enfin aller à la rencontre des grands-mères de la place de Mai dont le combat incessant vise à retrouver leurs petits-enfants enlevés lors de la dictature militaire qui a duré en 1976 à 1983 en Argentine. Durant ces années de répression, nombre d’opposants au régime ont été assassinés et leurs bébés ont été placés dans des familles.

C’était pour ton bien. Pour ne pas que tu grandisses avec des gens comme eux. Il te fallait une vraie famille, des gens responsables, avec des principes, une morale, et qui t’aiment vraiment.

Mario est persuadé qu’il fait partie de ces enfants arrachés à leurs familles biologiques et voudrait faire les tests ADN qui lui en apporteront la confirmation. Face à la difficulté d’entreprendre la démarche, Santiago propose à son meilleur ami de l’accompagner. Et comme l’infirmière est belle, Santiago va même jusqu’à faire les tests, prétexte pour approcher la jeune femme de plus près. Lorsque les résultats tombent, les certitudes des deux amis s’effondrent : Mario est bel et bien le fils biologique de ses parents en revanche, Santiago apprend la dure réalité.

Je connais le talent de Matz pour réaliser des scénarios bien ciselés. Pour autant, je ne me rue pas forcément sur ses publications… pas systématiquement du moins. J’accroche moins avec ces récits bourrés de testostérone (l’excellent « Balles perdues » m’a un peu laissée de marbre) mais l’auteur a su me passionner l’année dernière en réalisant le portrait d’Alexandre Jacob (voir ma chronique sur « Le Travailleur de la nuit » aux éditions Rue de Sèvres). Je suis donc partie confiante sur ce nouvel album qui revient sur les conséquences actuelles de la dictature argentine de la fin des années 1970. On remarque vite que toutes les classes sociales ont été touchées, blessées… que toutes les générations  sont concernées par cette guerre fratricide et sournoise.

Le scénariste montre des familles déchirées et endeuillées… d’autres rongées par les regrets et le poids du silence. Nul n’est épargné sauf peut-être certains membres de cette jeunesse qui arrivent à l’âge adulte et qui ne se sentent pas concernés par cette réalité d’une époque qui n’est pas la leur. Matz nous montre le cheminement de ses deux personnages principaux. Ils sont tous deux dans des dynamiques différentes, dans deux logiques différentes et pourtant, ils vont avoir à intégrer une réalité qui est très différente de celle qu’ils avaient imaginées. On les accompagne dans cette période particulière de leurs vies et on ressent parfaitement ce que ces deux jeunes hommes éprouvent.

Au dessin, je découvre le talent de Mayalen Goust qui n’en est pourtant pas à son premier coup d’essai ; elle réalise ici son troisième album. J’ai aimé la délicatesse de ses dessins emprunts d’une forme de nostalgie qui sert le propos. Beaucoup de douceur dans ses illustrations ainsi que dans le choix de ses couleurs. Son trait enlace Mario et Santiago comme s’il voulait les préserver autant que possible de cette réalité crue. Son trait caresse les personnages secondaires, à commencer par les parents de Mario et Santiago mais également ces grands-mères de la place de Mai, couverte de leurs châles blancs, de leur combat pacifique pour retrouver les 500 bébés qui ont été subtilisés à leurs familles.

Un livre pour témoigner de cette cicatrice encore ouverte qui fait souffrir tout un peuple. La petite histoire de Mario et de Santiago pour raconter ce pan de l’histoire argentine. Un bel album.

Vies volées

– Buenos Aires – Place de mai –
One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Mayalen GOUST
Scénariste : MATZ
Dépôt légal : janvier 2018
80 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-369-81395-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vies volées – Matz – Goust © Rue de Sèvres – 2018

Seule (Lapière & Efa)

Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Espagne, fin de l’été. Dans ce village de Catalogne, le calme n’est qu’apparent. Ailleurs, aux portes de ce village, la guerre gronde.

Lola a sept ans et ne se rappelle plus de ses parents. Séparée d’eux depuis trois ans pour une raison qui lui échappe, elle baguenaude à la manière des enfants.

Tous les soirs, allongée sur sa paillasse faite de feuilles de maïs séchées, l’enfant faisait des exercices de mémoire. Elle cherchait à ne pas oublier les visages de sa mère et de son père. Ce n’est pas facile de lutter contre le temps, ce n’est pas ce qui est demandé à une enfant de cet âge-là.

Les jours se suivent et Lola regarde les cochons et s’amuse avec des riens. Son grand-père lui a expliqué que le pays était en guerre mais Lola, du haut de ses sept ans, n’y comprend pas grand-chose. Et puis de guerre ici, elle ne voit rien. La vie se poursuit comme avant.

Jusqu’au jour-où la guerre devient une réalité. Où le bruit des bombes lâchées par les avions franquistes fait trembler les murs des maisons en pleine nuit, détruisant tout et obligeant les villageois à prendre la fuite. S’ouvre alors une période de sa vie où Lola va devoir apprendre à vivre dans les bois avec ses grands-parents pour tenter de survivre.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on apprend que « L’histoire de Seule est basée sur les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa, qui lui a raconté son incroyable périple à travers un pays en guerre » .

Ricard Efa dessine. Il nous montre ces paysages d’une autre époque, d’un temps où notre partie du continent ne trouvait pas encore le repos pacifique comme aujourd’hui. Vivre dans un pays occupé, dans un pays déchiré, nous ne connaissons plus. C’est délicatement que l’illustrateur nous montre l’envers du décor, qu’il accompagne un scénario qui contient bien plus de violence que ces tableaux qui s’exposent à notre regard. Nous ne sommes pas heurtés par les affres de la guerre. Le dessin est délicat, les couleurs sont printanières, Lola est rayonnante et échappe aux griffes du conflit et cela est en grande partie dû à son jeune âge. On évolue comme dans un tableau de Monet (peintre sur lequel il avait travaillé à l’occasion d’un précédent album réalisé avec Salva Rubio). Des touches de lumière se posent naturellement sur la végétation et adoucissent la chaleur étouffante de l’été.

La guerre découpe les familles.

Denis Lapière quant à lui couche si bien sur papier le témoignage de Lola qu’on a l’impression qu’il la connaît personnellement. Son meilleur récit reste pour moi « Le Bar du vieux français » mais j’ai retrouvé ici cette étroite relation avec le personnage permettant une forme d’attachement. Est-ce le fait que l’héroïne est une enfant qui provoque ainsi autant d’empathie chez le lecteur ? Quoi qu’il en soit, voilà une belle plongée teinte de nostalgie dans les méandres de la guerre civile espagnole.

Un témoignage tout en douceur qui ouvre une fenêtre sur un épisode douloureux de l’histoire espagnole. J’ai bien aimé.

La chronique de Mylène.

Seule – D’après les souvenirs de Lola

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Ricard EFA
Scénariste : Denis LAPIERE
Dépôt légal : janvier 2018
72 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-7548-2099-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

*

* *

Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

*

* *

 

Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

*

* *

Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.

Les Damnés de la Commune, tome 1 (Meyssan)

Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017

Paris, de nos jours. En flânant dans la ville, Raphaël Meyssan laisse aller ses pensées. Ses pas le conduisent à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Il pousse la lourde porte en bois, entre, s’imprègne des lieux. En déambulant dans les salles, il les rayonnages. Ses doigts s’arrêtent sur un livre qu’il retire de l’étagère. En le feuilletant, il tombe nez-à-nez sur le nom de Lavalette non pas parce que ce nom lui était familier mais parce que l’adresse à laquelle cet homme habitait est celle de son propre immeuble.

Raphaël Meyssan décide alors de partir sur les traces de ce vieux voisin. De bibliothèques en bibliothèques, de la Bibliothèque historique de la ville de Paris aux archives de la Préfecture de Police ou celles de l’Armée, Rapahël Meyssan retrouve quantité d’archives d’époque : courriers, comptes-rendus, gravures, textes, rapports de Police, articles de presse… En allant à la rencontre de Lavalette, un Communard pur et dur, Raphaël Mayssan découvre toute une époque. L’Empire, la commande de Napoléon III à Haussmann, la guerre contre la Prusse… Sans compter le journal intime de Victorine, une parisienne ordinaire habitant un quartier populaire, qu’il découvre par hasard va l’accompagner dans ses recherches et l’aider à partir à la rencontre de ce Paris historique et être au cœur des événements de la Commune de Paris.

Les Damnés de la Commune, tome 1 – Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017

 

Un album atypique. Pour le construire, Raphaël Meyssan a mené des recherches dans les archives pendant près de 6 ans. Pendant 6 ans, il consulte, découvre, résume, lit des documents d’époque. Coupure de presse, rapports de Police, témoignages… il croise les informations trouvées, reconstruit la chronologie des événements et livre un récit mêlant un peu de fiction. Face aux données inconnues que les textes historiques passent sous silence, l’auteur crée le liant narratif nécessaire pour que le lecteur se place dans ce décor historique assez électrique. On vit les événements comme si on y était.

La percée des artères parisiennes dirigée par Haussmann. La publication des « Misérables » . La guerre contre la Prusse, Paris assiégée dont la vie est rythmée par les obus qui perfore ses quartiers. Paris réduite à la famine, le terrible hiver 1870 et ses interminables files de parisiens qui cherchent à se réapprovisionner ; c’est la famine et le peuple en vient à tuer les animaux captifs des zoos pour se nourrir. Puis il y a cette effervescence politique, l’hypocrisie et la frilosité des uns contre l’opposition militante des autres… ces Communards. Des noms comme Lavalette bien sûr mais aussi Gustave Flourens, Louise Michel, Jules Ferry, Léon Gambetta… pour ne citer qu’eux.

Graphiquement, cet album est une compilation des quelques 15000 gravures qu’il a scanné auxquelles s’ajoutent des coupures de presse et des comptes-rendus de diverses natures [comme je le précisais plus haut, nous avons des rapports de Police, des extraits de lettres, journal de bord, témoignages…]. En fin d’album, une carte de Paris de cette époque et les références de toutes les gravures exploitées ici. Graphiquement donc il y a un réel « cachet d’époque » qui nous permet d’apprécier quantités de détails que ce soit au niveau de l’architecture ou de la mode vestimentaire de cette période.

Un ouvrage didactique plutôt entraînant même si je ne suis pas totalement parvenue à entrer dans l’album. C’est un peu long sur certains passages (et une petite précision Monsieur Meyssan : ce n’est pas toute la Lorraine qui a été concédée aux Allemands en 1871… du coup, malgré votre volonté e précision, je me demande tout de même si d’autres « étourderies » se nichent dans votre récit ?).

Une petite lecture commune avec Sieur Jérôme que nous partageons pour ce mercredi « BD de la semaine » qui se réunit chez Stephie !

Les Damnés de la Commune

Tome 1 : A la recherche de Lavalette
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Histoire & Histoires
Scénariste : Raphaël MEYSSAN
Dépôt légal : novembre 2017
144 pages, 23.95 euros, ISBN : 978-2-4130-0233-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Damnés de la Commune, tome 1 – Meyssan © Guy Delcourt Productions – 2017