Jones et autres rêves (Matticchio)

Matticchio © Ici Même – 2017

Il était une fois un chat qui avait un bandeau noir sur l’œil.

Jones est né en 1985 dans les pages de la revue italienne Linus. Dès les premières histoires se dégage une sorte de nostalgie d’une époque passée, une ambiance où le temps qui file n’a aucune importante et surtout, aucune prise sur le personnage. L’auteur trouve son inspiration dans les années 50-60 ; les clins d’œil à Bob Dylan, aux Beatles, à Mickey, Alice aux pays des merveilles ou d’autres figures populaires sont fréquentes dans les scénettes.

Jones est un chat nonchalant, perdu quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Jones vit à son rythme. Comme tous les chats, il dort beaucoup mais surtout, il rêve. C’est d’ailleurs à se demander si les histoires que l’on découvre sont le fruit de son imagination où s’il les vit vraiment. La vérité est quelque part entre ces deux mondes, quelque part entre l’état d’éveil et l’état de somnolence.

Jones est dégingandé et pourtant, il a de la classe. Jones est désordonné et brouillon, il philosophe à sa manière. Jones est un gros sensible. Jones n’est pas très bavard et a peu d’amis. Jones est flemmard et pourtant, il a un art de vivre qui n’appartient qu’à lui. Il partage son temps entre la lecture et des balades en forêt. Avec ses gants blancs et son bandeau noir sur l’œil, Jones est reconnaissable au premier coup d’œil. Il a une dégaine agréable et une démarche que j’imagine chaloupée, un peu maladroite. Il est vêtu d’un pantalon ample, d’une paire de bretelles, d’une chemise blanche et d’une paire de grosses chaussures en cuir dont l’une des deux est trouée à la semelle.

« Jones et autres rêves » est un recueil des strips publiés entre 1985 et 1992. Cette succession de petites histoires offre un ensemble très cohérent. Les jeux de hachures utilisés par Franco Matticchio pour construire ses dessins, les scènes saugrenues dans lesquelles il fait évoluer Jones, la personnalité même de ce héros félin… tout cela contribue à nous immerger dans un univers absurde et poétique dans lequel on se sent bien.

Au milieu de ces histoires courtes en noir et blanc surgissent régulièrement des strips en une page, muets et en couleurs. Ces planches ont un petit côté rétro absolument bien trouvé. La plupart des histoires sont muettes et il n’est pas rare de s’arrêter longuement sur un strip ou un dessin en pleine page pour en attraper tous les détails. L’humour est parfois tendre, parfois cruel. C’est un univers onirique reposant et j’ai régulièrement été surprise par l’originalité de certaine illustration.

Un très bel album qui devrait plaire aux curieux !

La chronique de Jérôme.

Jones et autres rêves

One shot
Editeur : Ici Même
Collection : Mordicus
Dessinateur / Scénariste : Franco MATTICCHIO
Traduction : Laurent LOMBARD
Dépôt légal : novembre 2017
256 pages, 29 euros, ISBN : 978-2-36912-038-4

Bulles bulles bulles…

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Jones et autres rêves – Matticchio © Ici Même Editions – 2017

Ça bulle ailleurs en ce mercredi BD. A l’occasion de « La BD de la semaine » , des lecteurs ont partagé leurs trouvailles.

Cliquez sur les prénoms/pseudos pour être redirigés vers leurs articles :

Jérôme :                                                   Sandrine :                                        Blandine :

Enna :                                                       Brize :                                                 Moka :

Iluze :                                                  Karine :                                            Sabine :

Aurore :                                                Saxaoul :                                              Nathalie :

Jacques :                                         Hélène :                                            Amandine :

Hilde :                                                     Cristie :                                                   Alice :

La Sardine :                                         Mylène :                                                    Soukee :

Sabine :                                                    Blondin :                                              Caro :

Madame :                                           Stephie :                                               Noukette :

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La mille et unième Nuit (Le Roux & Froissard)

Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Regardez ces visuels dans le diaporama à la fin de l’article. Je vous invite à pénétrer dans cette ambiance feutrée et douillette des histoires de Shéhérazade. Magie des légendes, des contes de fées, des voyages et des épopées qu’elle a inventés pour divertir le sultan Shahriar.
Est-il encore besoin de présenter cet univers mythique et le postulat de départ qui dit que ce sultan, affecté par l’adultère de son épouse, fut blessé dans son orgueil autant que dans ses sentiments ?

Dans le palais qui domine la ville réside celui qui garantit cette vie paisible, le Sultan Shahriar. Roi sage et prudent, il n’a qu’un seul défaut : depuis la trahison de sa première femme, il s’est juré d’épouser, chaque soir, une jeune fille différente et de la faire étrangler au matin.

Jusqu’au jour où Shéhérazade, fille aînée du grand vizir, devient la nouvelle épousée. La première nuit de ses noces, Shéhérazade a proposé au Sultan de lui raconter une histoire mais elle a pris soin de ne pas la terminer, s’engageant à lui raconter la suite la nuit suivante.

Le Sultan a succombé à ses charmes autant qu’à l’exotisme de ses histoires.

Les nuits se sont succédé et nous voilà à la six cent trente-sixième nuit. Dinarzade, la cadette de Shéhérazade, s’inquiète. Toutes ces nuits à veiller risquent d’épuiser sa sœur. Elle craint aussi que Shéhérazade ne soit à court d’inspiration et se met en quête d’aller trouver de nouvelles histoires que sa sœur pourrait raconter. Dinarzade se rend au marché de Rum, là où se trouvent des vendeurs de tous horizons. Lors cette sortie, elle fait la connaissance de Nasrudin Elberakah, un jeune marchand d’étoffes devenu mendiant à la suite d’une malédiction que Lilith, l’épouse du roi Salomon, a jeté sur sa femme et sur son fils.

La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Magique cet album qui nous emporte dans un autre espace-temps. Dans un lieu où il n’est pas rare de voir surgir des dieux, des monstres fantastiques, des animaux dotés de la parole, des tapis volants. Et dans les contes de Shéhérazade. Revisiter cet univers de légendes et attraper, au détour des pages, au creux du scénario d’Etienne Le Roux, des clins d’œil aux contes racontés par Shéhérazade. Nous croiserons ainsi un marchand d’huile, un djinn, un âne, un singe, des chevaux, des chameaux… et même quelques paons qui déambulent dans la suite nuptiale.

Au dessin, Vincent Froissard nous enchante tout autant. Il utilise des couleurs bleutées sur lesquelles la nuit semble être suspendue, des couleurs ocrées qui ressortent du désert et du climat aride et sec. La ville de Rum apparaît alors comme une oasis au milieu de nulle part, un havre de paix solide ancré dans cette étendue de sable. Les contours légèrement charbonneux de tout ce qui peuple ses illustrations donne l’impression que l’ambiance est ouatée, c’est un temps où l’on prend le temps. Certains passages sont magnifiés par des dessins ornementaux qui viennent encadrer certaines illustrations, faisant ainsi profiter le lecteur de toute l’intensité contenue dans une scène.

La magie des univers oniriques diffuse ici des odeurs d’épices et des sons de musiques orientales. Superbe album qui nous accompagne vers la mille et unième nuit de Shéhérazade. La seule ombre au tableau est une fin un peu abrupte.

La Mille et Unième nuit

One Shot
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Vincent FROISSARD
Scénariste : Etienne LE ROUX
Dépôt légal : octobre 2017
80 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-302-06393-8

Bulles bulles bulles…

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La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Soyez imprudents les enfants – Véronique Ovaldé

9782081389441Se perdre dans les mots de Véronique Olvadé, dans sa langue, dans ses histoires est toujours une expérience incroyable, un peu loufoque, un brin extravagante, joyeuse, magique, folle, savoureuse… Belle ! Et la partager avec les copains, mhuuuuuuum, c’est encore mieux !

L’histoire commence sur une exposition de peinture à Bilbao en 1983 et un chavirement. Total. Atanasia Bartolome, 13 ans, se trouve « figée en plein élan, saisie » devant le tableau de Diaz Uribe. Une femme nue, alanguie, assise sur du carrelage bleu. Un choc. Sa première extase. Qui change cette petite fille mélancolique, qui ne connaissait rien à rien, « seulement le temps long de la dictature, sa queue de comète, et la mémoire tronquée. »

Et depuis, Atanasia ne cesse d’être subjuguée, comme envoutée. « D’où me venait cette fascination ? Cette impression d’un lieu commun. D’un lieu familier que j’aurais quitté un jour, un lieu comme une vieille mémoire, une mémoire fantomatique, que la contemplation des toiles de Diaz Uribe ravivait et renforçait. »

Atanasia a 18 ans, « elle est à l’orée de quelque chose » et elle s’en va.  Elle s’échappe de sa petite vie tout-contre-sa-mère.  Décide d’être imprudente. Et de vivre.  A Paris.

« J’avais dix-huit ans, j’avais couché avec un seul garçon qui était maintenant mort (vade retro pensée sinistre) et je n’étais même pas sûre de ce que ça m’avait fait (coucher avec lui et aussi apprendre sa mort). J’avais dix-huit ans et je portais une robe de volubilis. J’étais féministe parce que j’avais dix-huit ans et que c’était facile d’être féministe à dix-huit ans. J’étais féministe parce que toute mon enfance j’avais vu ma mère nettoyer ses stores en fumant des cigarettes et en aspergeant le salon de pschitt pschitt aux agrumes. J’étais féministe mais je portais quand même une robe de couleur de volubilis – je savais un peu y faire même si je n’étais pas ce qu’on peut appeler une fille sûre d’elle (comment l’être avec ma mère pschitt pschitt et mon père pathologiquement pudique). J’ai pris ma respiration. J’avais dix-huit ans, j’étais seule à Paris…. »

Ce qui l’intéresse, c’est de comprendre. Comprendre ce qui fait courir les hommes de sa famille. Déchiffrer « la malédiction des Bartolome, cette insatisfaction cuisante et ce vague à l’âme taraudant qui allaient de pair avec le désir d’explorer le monde. »

 

C’est une histoire à tiroirs, une histoire avec tout un  tas d’autres histoires à l’intérieur…. Et il est bien difficile de raconter ce roman… On y trouve une jeune fille en quête d’un ailleurs ; des hommes « généreux, tristes et sentimentaux » ; des femmes insoumises ; une grand-mère délicieuse ; des lieux incongrus, imaginaires ou bien toutafé  réels ; des légendes familiales ; des catastrophes annoncées ; des palabres qui priment ; des actions héroïques et des vies minuscules ; des fantômes et des absents ; des choses funestes ; des éclats de voix ; de la tendresse trouble ; de la rage et de la fureur ; des détails sordides ; du tumulte et du chahut ; un soupçon de passion ; de la transparence qui s’accentue ; des « chiens enragés » ;  des thons et de la poiscaille en tout genre ; de la langueur ; des sonorités basques ; « de l’incessant soliloque intérieur » ; de l’Art contemporain ; un brin de littérature ; de la folle imprudence ; de l’inattendu et de l’inexorable ; de l’étrange fatalité ; de la poésie… Et du rêve… Comme dans toutes les histoires de Véronique Olvadé !

C’est un roman, dit ‘on, d’apprentissage, un livre qui cause de la fin d’une enfance, du désir d’émancipation. Qui dit « la démangeaison de l’ailleurs » dans « le désordre du monde ».

C’est un roman qui raconte un monde trouble, extravagant, joyeux et épouvantable, un monde éclatant d’odeurs et de saveurs, rempli de fantaisie et d’un brin de magie, dans lequel il faut résister pour être libre. Dans lequel il faut une sacré dose d’imprudence pour s’affranchir…

C’est un roman qui se lit doucement, langoureusement, j’ai presqu’envie de dire ! Qui se savoure comme un bonbon dont on voudrait garder toujours la saveur à l’intérieur !

C’est un roman à découvrir absolument 😉

 

Les billets de Noukette et de Jérôme (merci merci merci ❤ )

Soyez imprudents les enfants, Véronique Olvadé, Flammarion, 2016, 20€.

Myrmidon sur l’île des pirates (Dauvillier & Martin)

Dauvillier – Martin © Editions de la Gouttière – 2015
Dauvillier – Martin © Editions de la Gouttière – 2015

Myrmidon pêche tranquillement sur un ponton en bois. Tout est calme et l’on profite d’une belle luminosité. La bouille souriante de Myrmidon nous fait bel accueil.

Myrmidon attend patiemment qu’un poisson vienne mordre à son hameçon. Le bouchon flotte sur la mer d’huile quand soudain, le fil de pêche se tend, la canne à pêche se courbe. Myrmidon tire et remonte à la surface un costume de pirate.

C’est ainsi que l’action se met en place. Sitôt que l’enfant a enfilé son nouvel habit, les événements s’enchaînent. Un squelette de pirate apparaît, puis deux, puis plein !

Myrmidon, tome 4 – Dauvillier – Martin © Editions de la Gouttière – 2015
Myrmidon, tome 4 – Dauvillier – Martin © Editions de la Gouttière – 2015

Les fuir. Se cacher. Tomber et rouler dans la pente d’une petite colline. Myrmidon est encore un petit enfant, parfois pataud dans ses gestes. Lorsque tant de choses se passent, cela le tourneboule et il lui est encore difficile de ne pas s’emmêler les pieds lors d’une course effrénée.

« Myrmidon » dispose d’une veine graphique à laquelle le jeune lecteur [qui suit Myrmidon depuis ses débuts en 2013] est bien familiarisé. Mais cet univers imaginaire est à la portée de tous. Tout ce qui est rond, plein et colorié appartient au monde réel et tout ce qui est rond mais dont seuls les contours des formes sont colorés (silhouettes, objets, accessoires…) appartient au registre de l’imaginaire, celui de l’enfant-Myrmidon dont les épopées inventives foisonnent de rebondissements, de peurs enfantines et de rêves assez fous.

Un imaginaire que le jeune lecteur investit à merveille, portant tous ses espoirs dans le fait que Myrmidon parviendra à se dépêtrer des situations délicates dans lesquelles il se retrouve. Un monde fictif qui prend vie. A mesure que l’enfant tourne les pages, il s’approprie cette aventure qu’il a vécue dans un autre contexte (celui de sa chambre, de son jardin…) et compare son épopée à celle du petit héros.

PictoOKMon petit lecteur est réellement attaché à cette série. Invariablement, il réserve le même accueil à chaque nouvel album et attend le prochain avec autant d’impatience que les précédents. Pourtant, du haut de ses 6 ans, il s’interroge maintenant réellement face à l’absence de textes et sait que cette lecture est pour de plus jeunes lecteurs. Mais rien n’y fait. Myrmidon l’accompagne maintenant depuis plusieurs années ; c’est un compagnon de lecture fiable et fidèle qui l’emporte à coup sûr vers des univers proches de ses centres d’intérêt.

Myrmidon

Tome 4 : Myrmidon sur l’île des pirates

Série en cours

Editeur : Editions de la Gouttière

Dessinateur : Thierry MARTIN

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : mai 2025

ISBN : 979-10-92111-16-3

Bulles bulles bulles…

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Myrmidon, tome 4 – Dauvillier – Martin © Editions de la Gouttière – 2015