L’Epouvantable Peur d’Epiphanie Frayeur (Gauthier & Lefèvre)

Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016
Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016

Épiphanie a 8 ans ½ et elle a peur de son ombre. Par je ne sais quel miracle, cette fillette se retrouve toute seule dans une forêt surprenante, peuplée d’êtres aussi mystérieux que bienveillants. Epiphanie se lance dans une quête : celle de parvenir à trouver le moyen de se débarrasser de sa peur qui la hante depuis toujours.

– Aaahhh !!! Vous m’avez fait peur ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Ma peur justement.
– On dirait votre ombre.
– Oui, j’ai peur de mon ombre.

« Garance », « Cœur de pierre », « Aliénor Mandragore »… les scénarios de Séverine Gauthier m’ont déjà emportés plusieurs fois. Mes enfants aussi ont succombé à ses histoires. Ces dernières les captivent, les font rire, les émeuvent. Des livres qui ne laissent pas indifférents, qui apportent cette satisfaction rare d’avoir vécu un moment de lecture qui laissera une trace. Des livres vers lesquels on revient, que l’on relit et à chaque nouvelle découverte, on savoure… encore et encore.

Séverine Gauthier propose une réflexion sur un sujet qui touche de nombreuses personnages, adultes et enfants confondus : la peur viscérale que l’on nourrît vis-à-vis de quelque chose et dont, souvent, on en ignore la cause réelle. Ce genre de peur qui nous grignote, insidieusement, et finit par envahir totalement l’esprit. La peur qui grandit et devient phobie. La phobie qui fige, qui empêche de vivre les choses, qui frustre, qui paralyse…

La scénariste installe facilement la fillette au cœur de cette fable contemporaine. Les illustrations de Clément Lefèvre campent pourtant l’histoire au beau milieu d’une forêt généreuse, où les hautes cimes se substituent à l’architecture austère des villes. L’ambiance graphique donne vie à ce décor apaisant… en apparence, car Epiphanie est terrorisée. Tout est contraste mais on se sent bien dans ce dédale de sentiers forestiers. On mesure à chaque page toute l’ambiguïté de la phobie d’Epiphanie. Les auteurs jouent avec l’électricité créée par cette rencontre entre la tension intérieure de l’enfant et les vertus apaisantes de la nature. En parallèle, l’héroïne joue elle aussi de ses ambivalences ; elle cherche à la fois à se débarrasser de ce qui la gêne mais elle y est si habituée… qu’elle s’est finalement attachée à cette ombre encombrante. Sa peur fait partie d’elle, de sa personnalité. On perçoit une autre peur sournoise qui la fait hésiter, un doute immense : qui sera-t-elle lorsqu’elle sera « guérie » ?

Par ailleurs, chaque étape de cette épopée nous permet de rencontrer de nouveaux personnages ; certains ont dépassé leurs peurs, d’autres les ont laissé prendre de l’ampleur. L’héroïne, en toute innocence, va leur permettre de témoigner voire de se confier quant à ces peurs inavouées… honteuses. Difficile de ne pas rire en découvrant des phobies totalement loufoques. Difficile de ne pas s’attendrir en observant cette entraide tacite qui se met en place. Les plus forts viennent en aide à ceux qui sont en difficulté et leur montrent les différents choix qui sont à leur portée. Séverine Gauthier ne formule aucun jugement, elle construit son récit à l’aide de métaphores qui laissent au lecteur toute la liberté de s’approprier les choses à sa guise. Avec la présente du docteur Psyché (psychiatre), Séverine Gauthier montre que la parole est libératrice. Au final, l’auteur est parvenu à créer un récit initiatique drôle, magique et surprenant.

Initialement, je n’avais pas envisagé de proposer cet album à mon fils. A 10 ans, je le trouve encore un peu jeune pour ce genre de sujet. Pourtant, j’ai cédé face à ses demandes insistantes. Et si je n’ai pas accompagné sa première lecture, nous en avons parlé dès qu’il a fermé l’album… puis nous l’avons relu ensemble. Cet album peut-être un bon support pour parler des peurs (enfantines) à son enfant ou – car c’est valable dans l’autre sens – pour permettre à son enfant de parler de la peur quelle que soit sa raison. Que ce dernier le lise seul ou en compagnie du parent, il fait rapidement des liens avec son environnement direct ; il fait le parallèle avec des peurs concrètes (la peur d’aller à l’école, la peur du noir…) ou plus cocasses (en cela, la lecture du petit lexique – donnant la définition de phobies loufoques croisées dans l’album – inséré en fin d’album invite à imaginer des peurs imaginaires et, au final, à dédramatiser les choses… au point de rire de ses propres peurs ! Un must !).

PictoOK

Superbe conte moderne, « L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur » raconte le combat d’une fillette pour surmonter ses angoisses. Dans son périple, elle sera amenée à rencontrer des personnages éclectiques (du psychiatre au « preux chevalier sans peur »). Des influences de toutes parts enrichissent l’histoire ; créatures légendaires, voyante et gentils monstres peuplent cet univers surprenant et Ôh combien fascinant.

Pour plusieurs raisons (le thème de la peur, le dessin), cet album m’a fait penser au superbe « Cœur de l’ombre » (de Laura Iorio, Marco D’Amico et Roberto Ricci paru chez Dargaud en début d’année). Les deux albums se répondent à merveille.

Tentée par Moka et je vous invite bien évidemment à lire sa chronique.

Extrait :

« Pourquoi tu fais ça ? Tu prends toujours tellement de place. Je n’arrive plus à respirer. Tu ne me laisses jamais respirer. Tu dois t’en aller. Tu dois me laisser. Tu me fais mal » (L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur).

L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur

One shot

Editeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Dessinateur : Clément LEFEVRE

Scénariste : Séverine GAUTHIER

Dépôt légal : octobre 2016

90 pages, 18,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5385-4

Bulles bulles bulles…

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L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur – Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016

Là où vont les fourmis – Plessix / Le Gall

9782203098213

Une BD à partager avec mon lardon et le chouchou de la toile, c’est rien que du bonheur ! D’autant que cette merveille, elle dépote sévère 😉

« Où vont-elles, ces processions de fourmis qui sillonnent inlassablement le sable du désert ? Vers quelle mystérieuse destination ? C’est à cela que songe le jeune Saïd, en négligeant de garder le troupeau de son terrible grand-père. En les suivant un jour, accompagné de la prodigieuse chèvre parlante Zakia, Saïd va triompher des djinns, des sortilèges et des enchantements, découvrir l’amour et finalement trouver un grand-père, un vrai. »

Pierre, mon lardon de 12 ans :

L’histoire se passe dans le désert. Un jeune garçon nommé Saïd ne passe pas ses journées à l’école comme les autres enfants. Non lui il préfère suivre les fourmis qui le mènent à chaque fois à la fontaine, sa mère lui avait défendu de la dépasser. Un jour qu’il, comme à son habitude, suivait les fourmis, un monsieur lui demanda de le suivre, monsieur, qui, en fait était son grand-père. Il lui demanda de garder son troupeau de chèvres car il faisait son pèlerinage à la Mecque. Que va t il se passer ??? Vous le saurez en lisant Là ou vont les fourmis 😉

Cette BD m’a plu car les dessins sont bien fait et que l’histoire est passionnante !!!! Je sais pas vous mais ma BD sent la chèvre ! Est ce un signe ? AHAH vous le saurez en la lisant….

Framboise, vieille mère de 41 ans :

« Dans le désert, il y avait sans nul doute, un village oublié de tout le monde et un garçon nommé Saïd »

Et ce qu’aimait Saïd, c’était de passer ses journées à vagabonder, au lieu d’aller à l’école…. Suivre les fourmis en rêvant de leur mystérieuse destination…. C’est bien vrai, où vont-elles, ces petites bêtes, et ce d’un pas décidé  ?

Et puis un jour … Un mystérieux grand-père-pas-vraiment-commode l’entraîne au milieu de nulle part garder son troupeau de chèvres et avec elles, Zakia, la vieille bique un brin acariâtre….

C’est un conte SUPERBE pour petits et grands avec du dépaysement, de l’amour, de la franche rigolade, de l’odeur bestiale, des méchants, des rêves, de la divine répartie, des fourmis, des chèvres, de la magie, de la douceur, des cailloux, du désert, de l’enfance, de l’innocence, de la roublardise, de la sagesse, des mauvaises pensées, du pèlerinage, du trésor, de la quête, du breuvage, un vieux phare, de la mobylette, une lampe mal élevée, de la stupide obstination, du pirate, du sage, du géant et une étoile, une fille de toute beauté, des étranges visions et une chèvre-à-la-langue-bien-pendue !

Un régal, toutafé ! Les dialogues,  savoureux et incroyablement ciselés font mouche … Tenez, un extrait :

– Où est donc passée ta chèvre ensorcelée ? Je ne la vois nulle part …
-Bah ! Elle se promène sûrement quelque part entre ses cornes et sa queue.

Les dessins, dont on reconnait au 1er coup d’œil la patte de Plexis, et son merveilleux « Du vent dans les saules », sont tendres, ronds, sublimes et empreints d’un parfum d’Orient….

Ça fleure bon la BD pour minots, et pourtant, nous, les grands, les vieux, nous prenons un plaisir fou, le temps de quelques 62 planches, à suivre, pas à pas, Saïd, petit garçon drôlement dégourdi, attachant, rêveur, naïf, curieux et sacrément courageux ….

Et sans rien dévoiler, sachez que ce qui comptera finalement (comme dans la vie, en y réfléchissant bien !) ce sera le chemin qui mènera Saïd au bout de sa quête… Ce qui primera, ce seront les rencontres, les rires, les amis et les rêves !

Lisez-le, mes amis, cette BD est une vraie merveille ❤ Coup de cœur et fous rires partagés avec mon grand ❤

Le billet de Jérôme c’est par ici !

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Là où vont les fourmis de Plessix et Le gall, Casterman, 2016, 18€.