Mes premiers 68 – Deux romans à découvrir !

Aujourd’hui, avec mon lardon de 16 ans, on vous propose en partage deux romans découverts grâce aux 68 premières fois et qui nous ont bien plu. On espère qu’il en sera de même pour vous !

Mes 68 premières (jeunesse)

Le blog des 68 (avec toute la sélection des premiers romans à destination de la jeunesse comme des adultes d’ailleurs) est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Martins © Gallimard – 2019

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS (Billet de Pierre)

La bête de Porte-vent est le premier volet de la série Ceux qui ne peuvent pas mourir. Dans ce premier tome, on retrouve Gabriel, un immortel lié à une organisation qui a pour but de traquer les Egarés qui sont des « monstres » comme des vampires ou bien des loups-garous. Cette organisation se nomme la Sainte-Vehme. Dans ce tome, il est avec Rose, une fille qu’il a récupéré au cours d’une mission et qu’il ne veut plus laisser. Ils vont devoir élucider une série de meurtres étranges dans un petit village du Finistère et on peut dire que cette aventure sera autant surprenante que prenante !

J’ai bien aimé le roman. L’univers est nouveau et très bien imaginé, ce qui rend la lecture intéressante et pas répétitive contrairement à certains romans. Il n’est pas très long et se lit plutôt facilement. Une fois qu’on commence, on ne peut plus s’arrêter car on ne veut surtout pas perdre le fil de l’histoire. Et j’avais envie de savoir ce qui allait arriver à Gabriel et Rose !

Extraits

« Depuis qu’elle était au service de Gabriel Voltz, Rose avait appris une leçon essentielle : sortir seule la nuit dans Paris était la plus mauvaise idée qui soit. »

« Gabriel eut peur. Il avait beau être un vétéran de la chasse aux Egarés, c’était différent cette fois. Lors de ses précédentes chasses, il était mieux armé et avait toujours une faille à exploiter chez son ennemi. Mais là, rien. Il ne savait pas comment vaincre la bête. Et il n’était pas complètement présent : son esprit était obnubilé par la jeune femme retranchée dans le caveau, par la gamine qui resterait seule s’il venait à disparaître, par Grégoire à qui il laisserait un fardeau peut-être trop lourd à porter. »

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS, Gallimard Jeunesse, 2019

Bulle © L’Ecole des Loisirs – 2020

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle (billet de la vieille mère)

« Les cauchemars sont encore revenus. Ça fait quatre ans maintenant que j’en ai presque toutes les nuits. Peut-être que ce journal va me soulager. Peut-être qu’écrire la grosse bêtise que j’ai faite la fera diminuer un peu dans ma tête. Maintenant que j’ai douze ans, je pense que je peux revenir en arrière, et tout écrire, je suis assez bonne en français. Mais c’est difficile de commencer. Par où débuter : au moment où j’ai commis cette erreur fatale, quand j’avais à peine huit ans ? Avant ? Avant, c’est mieux. Comme ça, ce sera clair. En écrivant, ce qui est arrivé deviendra juste une histoire, avec un sens et, je l’espère, une fin. »

Je ne sais pas bien pourquoi mais j’ai lu cette histoire le cœur un peu serré. J’ai eu peur, peur oui, du secret d’Issa, de ses fantômes, de son « erreur fatale ». J’ai été émue par Issa et sa lutte silencieuse.

Ce premier roman raconte donc l’histoire d’une jeune fille prénommée Issa. Elle est alors âgée de douze ans quand elle prend en charge le récit et qu’elle décide de revenir sur les évènements qui la hantent. Il faut vivre et pour cela il est temps pour elle de se libérer de ses secrets.

Ce roman dit la nécessité de la parole en partage pour grandir, pour dépasser sa culpabilité et affronter ses peurs. Il dit aussi la puissance de l’amitié comme de la lecture (ici des mangas) qui peut permettre des grandes choses ! C’est un beau roman, lumineux malgré mon cœur serré, à l’écriture légère et simple, alerte et très agréable. Un roman dévoré !

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture bien émouvante…

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle, L’école des loisirs, 2020

Mon Eden (Duvar)

Duvar © Le Muscadier – 2019

« Le ciel était bleu. Le ciel était bleu, comme il l’est toujours lors de ces chauds matins d’été, et je me souviens d’Eden qui m’avait pris sur ses genoux sur la balançoire, et on était montés très haut, si haut que j’avais cru qu’on allait passer par-dessus le toit de notre maison.

Le ciel était bleu. Le ciel était bleu, et j’avais six ans, et les oiseaux chantaient, et je tendais mes mains pour attraper la vie, la vraie, et la garder nichée au creux de mes paumes, petite sphère brûlante de lumière.

Aujourd’hui tout est sombre et triste et fade. Je n’aime pas ma chambre. Je n’aime pas mon père, je n’aime pas ma mère, et des envies sinistres de noyer mon chien me prennent parfois. »

Le billet du lardon (16 ans tout neuf !)

Mon Eden est un roman d’Hélène Duvar, dans lequel on retrouve Erwan, un adolescent de 16 ans qui a perdu sa sœur jumelle qu’il aimait tant, Eden. Après cette tragédie, Erwan va essayer de démêler le vrai du faux dans cette histoire tout en essayant de ne pas sombrer dans la douleur et la dépression.

J’ai bien beaucoup aimé ce livre car il se lit rapidement et le format change des romans habituels qui peuvent lasser. On y retrouve des articles de différents sites qui appuient le récit et nous apprennent certaines choses quant à ce sujet grave qui est le suicide. Je trouve l’histoire assez intéressante et elle sonne vraie. On peut tous se retrouver dans les personnages principaux (Eden et Erwan) comme dans les personnages secondaires (les parents, les amis…) ce qui nous permet de réfléchir à cette histoire.

Le billet de la vieille mère

Le moins qu’on puisse dire c’est que le sujet est difficile : le suicide d’une ado est un séisme dans la vie des autres, un chagrin incommensurable, une colère brute et une entière dévastation. Comment se remettre à vivre quand sa sœur jumelle, sa sœur chérie, la moitié de soi se tue par une nuit glacée de novembre ? Peut-on se relever de cette tragédie ?

Vraiment, ce récit (bien étayé par des « fiches » de prévention) sur un sujet tabou est important. Il est facile à lire (malgré la difficulté du sujet). On suit Erwan, presque pas à pas, dans sa colère, son immense culpabilité et dans sa lente reconstruction après cette mort inacceptable. Je crois qu’il permet un éclairage sur le suicide et sur son impact multiple sur l’entourage. Il pose de nécessaires questions et propose différents points de vue.

Encore une belle découverte par les 68 premières que je suis bien contente d’avoir partagée avec mon lardon car évidemment nous avons pu aborder ce sujet (et, il faut le dire, jamais discuté auparavant).

Le blog des 68 est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Mes 68 premières (jeunesse)

Mon Eden d’Hélène Duvar, Le Muscadier, 2019.

Riad Sattouf : Les Cahiers d’Esther #5

Sattouf © Allary – 2020

Billet de Pierre (16 ans)

Les cahiers d’Esther, Histoire de mes 14 ans, est le cinquième opus de la saga des Cahiers d’Esther. Dans ce tome, Esther est en 4ème et nous raconte les nombreux évènements de son année scolaire comme les gilets jaunes ou la mort d’Aznavour mais aussi des évènements qui se sont déroulés dans un cercle plus privé notamment sa vie au collège ou en famille.

J’ai beaucoup aimé ce tome, en effet il ne donne pas l’impression d’être trop court ni trop long. On y retrouve de nouveaux personnages ce qui apporte un peu de fraîcheur ! Et je trouve ça incroyable de poursuivre les aventures de cette héroïne tout en essayant de ne pas s’écarter de la réalité. Cet équilibre est plutôt bien respecté ce qui fait que cette série de BD est peut-être la meilleure que j’ai jamais lu car elle est toujours intéressante à lire et drôle surtout ! Ce tome est aussi, pour moi le meilleur de la série ! La page 46 « Le délire » est ma préférée car je déteste les trottinettes !!! « Bref ceux qui font de la trottinette sur les trottoirs à fond : faites-vous écraser par un camion SVP ». J’ai beaucoup ri !

Avis de Victoria (12 ans)

J’ai beaucoup aimé retrouver Esther et ses histoires. Elle ressemble assez aux élèves de mon collège et elle me fait rire ! Et ça fait drôle que toute sa vie privée (oui je sais que c’est quand même un personnage de BD) soit exposée. Esther dit tout ce qu’elle pense et ça me plait ! Ma page préférée c’est « Pas de pitié », malgré les gros mots ! Je m’y suis trop reconnue avec mes amies ! « Alerte j’adore mes copines MDR »

Avis de la vieille mère

J’aime Riad et Esther. Ils sont très frais tous les deux, très forts également ! Le tome 5 des « Cahiers d’Esther » dépote toutafé. En effet Esther a grandi. Elle a maintenant 14 ans, elle a « décidé de lâcher prise et de confier son sort au destin » ! Esther a changé, elle s’intéresse un peu plus au monde, elle s’affirme, revendique (ahhhh la géniale scène du débat et de l’affrontement avec le père et le frère !) et en même temps elle « s’en bat trop trop les couilles de tout de ouf » ! Elle a du style et du caractère. Elle dit de façon très frontale et légère à la fois ce qu’elle pense et ce qu’elle vit. C’est sans doute le tome qui m’a fait le plus « goleri ». C’est peut-être une histoire de contexte mais c’est surtout parce que la vérité dite par la bouche d’Esther est absolument réjouissante. J’adore « trop mais trop » Esther ! Et puis le voyage en Espagne m’a comme qui dirait rappelé des souvenirs ! Franchement (« sur la vie de ma mère ») :Meilleur tome ! « C’est tout ce que je voulais dire » !

Extrait : Les manteaux

« C’est l’hiver, on se les gèle grave, et je suis sûre que vous vous êtes déjà demandé « Mais pourquoi donc est-ce que les jeunes mettent pas de manteau quand il fait froid ? Avouez ! Alors déjà, une chose : c’est pas tous les jeunes, juste certains. Et c’est pas parce que les manteaux sont sont lourds, gros, moches ou autre. Je suis pas spécialiste mais pour moi la réponse est juste simple et évidente, et on la comprend tout de suite en regardant l’image ci-dessous qui montre la cour de mon collège de gros bourgs… »

Les Cahiers d’Esther, tome 5 – Sattouf © Allary – 2020

Le billet des mioches est aussi à retrouver sur le site de France info « Les enfants des livres » (par ici : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/les-enfants-des-livres/les-enfants-des-livres-hippocampus-la-nouvelle-serie-palpitante-de-bertrand-puard-et-le-chapitre-12_3989129.html)

Au rendez-vous de « La BD de la semaine » qui est posé chez Noukette.

Soleil brulant en Algérie (Tikhomiroff & Nocq)

Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016
Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016

« C’est un cor chromatique patiné qui m’a relié à Alexandre Tikhomiroff. Cet instrument de musique appartenait à son père, un Russe blanc qui, parmi des milliers d’autres, avait fui la révolution bolchévique et trouvé refuge en France. Il s’était alors « enrôlé » dans l’orchestre du Barnum Circus qui parcourait le pays dans les années vingt. Ce cor fait partie de la galerie des dons du Musée de l’histoire de l’immigration de la Porte dorée. Je l’avais choisi dans le cadre d’une commande du musée [avec le collectif des Carnettistes tribulants]. C’est donc par la vie du père que j’ai tout naturellement trouvé celle du fils, Alexandre. Nous nous sommes rencontrés à mon atelier. (…) Alexandre a posé modestement sur la table un petit livre jaune. Une photo centrée en couverture représentait un paysage de montagne de cailloux. « Voilà une petite chose que j’ai écrite. J’ai fait la guerre d’Algérie. » Je n’avais jamais lu d’ouvrage sur cette guerre encore taboue en France. Son récit m’a touché par sa sincérité et sa sensibilité. Rapidement, j’eus envie de le mettre en image et de le scénariser. »

Une Caserne au Soleil-SP 88469 – Tikhomiroff © L’Harmattan – 2009
Une Caserne au Soleil-SP 88469 – Tikhomiroff © L’Harmattan – 2009

Le passage que vous venez de lire est extrait de la postface de l’album. Gaétan Nocq explique les raisons qui l’ont amené à réaliser cet ouvrage et à adapter le témoignage d’Alexandre Tikhomiroff (« Une caserne au soleil – SP 88469 » édité chez L’Harmattan) en bande dessinée.

Sitôt ouvert, on est frappé par la précision des dessins. Tout est réalisé au crayon de papier mais l’œil et la main de l’auteur n’omettent rien. Chaque détail est là, nous faisant presque toucher les couleurs qui pourtant n’apparaissent pas sur ces pages. Le souffle du sirocco place son voile devant le paysage, atténuant les couleurs, le soleil peut presque nous éblouir, le jaune délavé du désert et le vert écrasant de la forêt s’étalent sous nos yeux. Le travail de l’auteur – en carnettiste aguerri – impressionne. A cela, s’ajoutent les observations du personnage principal qui finissent de planter le décor.

Soleil brûlant en Algérie – Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016
Soleil brûlant en Algérie – Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016

Ce dernier fut mobilisé en 1956 et affecté à la caserne de Cherchell en Algérie. Le témoignage débute par ses premières impressions de l’Algérie tandis qu’il observe le paysage qui s’étale sous ses yeux durant les derniers kilomètres qu’il lui reste à faire avant de poser son barda à la caserne. Il quittera celle-ci vingt-sept mois plus tard, à la fin de son service. Pour le lecteur, le voyage commence comme s’il s’agissait d’un séjour touristique. On contemple les champs d’orangers qui jalonnent la route de Cherchell, on profite du calme. Alexandre Tikhomiroff dit Tiko ou Alex, a vingt et un ans lorsqu’il est mobilisé.

Alors, nous avons Alexandre Tikhomiroff. Né en 1935 à Paris… Trois jours avant, j’étais incorporé à Vincennes. C’était le 11 novembre 1956. On fête la fin d’une guerre le 11 novembre. Là, c’était le jour du début de la mienne. J’ai attendu dans une salle immense avec plein de types, trois cents, cinq cents, peut-être plus. Quelques-uns étaient ivres, quelques autres pleuraient, tous avaient le cafard. Il pleuvait ce jour-là, il ne pouvait pas ne pas pleuvoir.

Rapidement, le narrateur prend ses marques. Le témoignage relate la vie à la caserne, l’attente des consignes, les nuits de garde qui s’éternisent dans le froid mordant de l’hiver. Durant ces heures de solitude, les mots de mise en garde des soldats déjà habitués à l’exercice lui reviennent à l’esprit. La tension gronde, on sent son corps tendu comme un arc, l’oreille attentive au moindre bruit, la peur qui est largement nourrie par le fait qu’on ne sait pas réellement à quoi s’attendre. Les nerfs sont à vif. Peu à peu, on prend l’habitude de ce rythme narratif qui injecte tantôt l’angoisse tantôt l’ennui. Les heures passées au dortoir à côtoyer ses pairs, les gardes, les entraînements…

Parfois, une lettre venait égayer la torpeur du noir ou rafraîchir le soleil

Gaétan Nocq nous dépose sur l’épaule de ce soldat que l’on entend réfléchir grâce à la voix-off. On découvre comment il a pu compléter sa modeste soldes grâce à la débrouille ; il prend des garde supplémentaire ou fait le service au mess des officiers. L’amitié timide entre les soldats s’installe lentement. A chaque page, on savoure l’extrême sensibilité de celui qui nous guide en ces lieux hostiles. Son sens de l’observation vient apaiser la tension et apporter quelque chose de familier à l’ambiance, se raccroche à des petits riens de sa vie d’avant comme pour relativiser l’horreur de la situation.

Soleil brûlant en Algérie – Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016
Soleil brûlant en Algérie – Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016

Quelques notes d’humour parsèment le récit et le rendent encore plus vivant, plus humain. Certes, ces deux qualités imprègnent déjà fortement le récit et cela ne l’en rend que plus fort. Gaétan Nocq sublime l’expérience d’Alexandre Tikhomiroff ; ses illustrations matérialisent parfaitement l’écriture descriptive employée pour construire ce témoignage. Il y a là une réelle capacité à faire ressentir l’ambiance des lieux et les émotions des différents protagonistes rencontrés. Les dialogues quant à eux sont laconiques mais leur concision contribue à mettre en valeur leur incroyable justesse. La concision sert ici l’efficacité du propos. On navigue de façon fluide entre la narration et l’illustration. Le lecteur a l’occasion de se retrouver très régulièrement face à des passages et/ou des pleines pages totalement silencieux et… c’est magique de pouvoir ainsi savourer ces paysages splendides, ces portraits hyper réalistes, les détails d’un mur de pierres ou encore la parure foisonnante d’un ciel de feuillages. Tout est observé, des colonnes de fourmis, le détail d’un uniforme et, une fois encore, cela contribue à mettre de la normalité dans une situation qui ne l’est pas. La guerre s’expose ici à nous dans ce qu’elle a de plus horrible et de plus beau. Les contrastes brutes et marqués, imposant un noir massif sur des dégradés de gris, sont déposés sur la page avec toute la douceur possible.

Puis, nous assistons au retour à Paris après vingt sept mois d’absence. Plaisir de retrouver la vie civile et troublante impression de sentir ce décalage, la frivolité d’un lieu malgré la gravité de la situation, la tension maintenue du fait des attentats de l’O.A.S. et, une fois encore, la nécessité de s’adapter à ce nouvel environnement en accordant une attention toute particulière au fait de ne pas se laisser dominer par le traumatisme occasionné par ces deux années de guerre.

PictoOKPictoOKSuperbe adaptation qui donne envie de découvrir l’œuvre originelle.

Les chroniques de Walid Mebarek (sur El Watan), de Jean-Laurent Truc (Ligne claire) et de Daniel Muraz (Bulles picardes).

Les interview : de Gaétan Nocq sur BdGest, de Gaétan Nocq et Alexandre Tikhomiroff sur Cases d’Histoire.

la-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture que je partage avec Noukette dans le cadre des BD de la semaine.

Extraits :

« Des collines arides, des mechtas isolées, des chemins secs parsemés de touffes de végétation brûlées par le soleil. Des couleurs vives partout qui changent dès que le soleil décline. Et ces montagnes d’un bleu effarant. Des montagnes comme une foule de géants silencieux. Elles se pressaient pour mieux me voir et m’appeler. Présence terrible car, en elles, se cachait la mort » (Soleil brûlant d’Algérie).

« Au « pourquoi je suis ici ? », chacun finissait par avoir une réponse presque collective, avec toutes les nuances possibles » (Soleil brûlant d’Algérie).

« Et moi, j’approchais de la veille de la quille. Je comptais surtout vers la fin. Certains comptaient en dimanches, d’autres en gardes, en tasses de café, en lettres à recevoir, en n’importe quoi. Dans ce monde cafardeux, on comptait tout. Et ces chiffres, dont on n’était jamais certain qu’un événement ne vienne pas les bouleverser, tendaient tous vers une seule et même échéance : la libération de ceux qui avaient survécu » (Soleil brûlant d’Algérie).

Soleil brûlant en Algérie

– d’après le récit d’Alexandre Tikhomiroff –

One shot

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre-Cœur

Dessinateur / Scénariste : Gaétan NOCQ

Auteur : Alexandre TIKHOMIROFF

Dépôt légal : mars 2016

240 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-84953-260-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Soleil brûlant en Algérie – Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2016

Chroniks Expresss #12

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment – 2003

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment - 2003
Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment – 2003

« Icare dit « Courgette », petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie. Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent: « Le ciel, ma courgette, c’est grand pour nous rappeler que dans la vie on n’est pas grand-chose ». Depuis son accident, la mère d’Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s’occupe pas de son fils. Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare « incapable mineur ». Placé en maison d’accueil, Courgette découvre enfin l’amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l’amour… » (présentation de l’éditeur).

Ouvrage sympathique que j’ai découvert cet été. Le lecteur partage ici le quotidien du narrateur et le fait que ce dernier soit un enfant a tendance à rendre les descriptions plus douces que ce qu’elles ne sont dans la réalité. Quelques tournures de phrases sont un peu gauches, ceci tient au fait que les descriptions sont formulées avec des mots d’enfant et que l’enfant en question est totalement ignare à l’égard de la plupart des sujets (violences, sexe, sentiment, abandon…). Pourtant, le jeune narrateur ne se démonte pas et « ose » poser les questions à ses pairs. Les réponses formulées sont souvent abruptes dans leurs descriptions et même si le langage est assez imagé, il n’en reste pas moins crédible pour la majeure partie des explications (ce pourrait effectivement être la vision que partagent des enfants de cet âge). Ensuite, il faut bien reconnaître que Gilles Paris a tenté un exercice périlleux. S’il explique rapidement qu’il s’est inspiré de faits réels pour construire l’histoire de Courgette, il ne cache pas non plus que sa part d’imaginaire a largement nourri son histoire.

Le premier reproche que je ferais à ce livre est de proposer une vision un peu simpliste de la vie en Institution. Pour connaître « un minimum » le milieu, je trouve que le quotidien décrit ressemble plus à celui d’une colonie de vacances qu’à celui d’une M.E.C.S… Ça gâche un peu la lecture tout de même, les choses y sont trop simples, quelques scènes sont difficilement crédibles. En revanche, la bonhommie du personnage sympathique le rend tout bonnement très sympathique. Je n’ai eu aucune peine à le suivre tout au long de ce roman.

PictoOKLe dénouement en revanche me laisse dubitative ; je n’ai pu m’empêcher de penser au monde merveilleux de Casimir en refermant cet ouvrage. Dommage, mais même vis-à-vis d’un lecteur qui ne travaille pas dans le secteur social, il est tout de même difficile de faire croire que la vie fait d’aussi jolis cadeaux… Un grief important mais le plaisir que j’ai eu durant la lecture reste malgré tout.

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008

Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008
Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008

Après la disparition de ses parents et de son frère dans un accident d’avion, Julie se retrouve seule. Tout juste majeure, la jeune norvégienne va devoir s’assumer et prendre la responsabilité de certaines décisions qu’elle n’avait jamais eu à prendre jusqu’alors. Tout aurait été plus simple si elle n’avait reçu cet ultime texto de son père. Ce dernier, juste avant le crash, a trouvé le moyen de lui transmettre « on va s’écraser. Je t’aime. Fais ce que tu veux ».

Julie tente un temps de garder le cap : aller en cours, fréquenter ses amis, suivre sa thérapie avec le « Docteur Dingo » comme elle se plaît à le surnommer, veiller à ce que les derniers travaux de rénovations de la luxueuse demeure familiale correspondent à ce que sa mère voulait… Mais l’envie d’en finir est plus forte que tout. Julie serait prête à n’importe quoi pour parvenir à ses fins. Après une première tentative de suicide qui la couvre de honte par le seul fait d’avoir échoué, Julie prend la poudre d’escampette et parcourt le monde au gré des opportunités.

Le lecteur côtoie ici une jeune femme qui tente de faire face au raz-de-marée qui tente de la submerger. Avec aisance, elle se lance dans la rédaction d’un journal intime. De jour en jour, le carnet va accueillir ses mots, ses humeurs… et à mesure que nous tournons les pages, nous pouvons constater que le narrateur investit réellement ce dialogue intérieur. A mesure que le temps passe, les propos quotidiens sont de plus en plus abondants. Le style « journal intime » permet à Erlend Loe de faire vivre son personnage avec la force des émotions. Sans crainte du regard des autres, elle livre donc ses pensées les plus intimes sans aucune retenue et sans aucun tabou. Très critique sur elle-même et sur ce qu’elle peut entreprendre, Muléum permet également de suivre une jeune femme qui conserve toute sa lucidité malgré les idées suicidaires qu’elle développe.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le personnage choisit littéralement de fuir la dépression en sautant d’un avion à l’autre. Ses escapades la conduiront en Europe de l’Est, en Asie, en Afrique… Au point qu’il devient nécessaire de se demander, passé la moitié de l’ouvrage, si elle court après la mort ou si elle fuit toute vie qui – en apparence – pourrait être « normale ». Après le drame qui l’a privée de toute sa famille, n’y a-t-il pas une culpabilité de vivre qui peut sembler intolérable ?

Erlend Loe tourne donc autour de ces questions avec beaucoup d’humour. Son personnage, parti en quête d’identité, accueille chaque nouvelle situation avec un sang-froid redoutable, ce qui donne lieu à des scènes assez drôles.

La fascination pour la mort que développent les nordistes m’impressionne. Ils peuvent parler du suicide comme on parlerait de la pluie et du beau temps… je les imagine en train de converser avec la Faucheuse et de terminer une tirade en lui donnant une grande tape sur l’épaule. C’est déjà le ressenti que j’avais eue lorsque j’avais lu Petits suicides entre amis (Arto Paasilinna) il y a quelques années et c’est également l’impression que j’ai eu en visitant le Statens Museum for Kunst à Copenhague en 2010.

PictoOKAgréable. Un roman frais et divertissant malgré son sujet.

A lire ! : L’avis de Cuné qui a attiré mon attention sur cet ouvrage.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Norvège

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Le tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995

Le Tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995
Le Tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995

« Juan Pablo Castel, un peintre, tente d’expliquer la logique insensée qui l’a conduit, presque malgré lui, à assassiner la femme qui était devenue sa seule raison de vivre » (synopsis de l’éditeur).

J’avais beaucoup d’attente à l’endroit de cet ouvrage. Le fait de découvrir la personnalité finement ciselée du narrateur, le fait d’accéder à sa psyché et au travail de mémoire auquel il procède… savourer l’effet de style qui consiste à reprendre la chronologie de façon purement factuelle en tentant à minima de corriger et de juger des faits… je trouvais cela intéressant et prometteur.

Pourtant, à aucun moment, je ne suis parvenue à entrer dans le récit. Le personnage principal m’a de bout en bout été antipathique. Il m’a été difficile de supporter son côté prétentieux et hautain. Cette lecture m’a coûté, l’envie de l’enfouir dans ma bibliothèque m’a brulé les doigts à de trop nombreuses reprises. Lu par petites bribes sur une période anormalement longue, l’ouvrage m’a confronté à l’ennui mortel que seuls certaines lectures sont capables d’apporter. Pourtant, je dois bien reconnaitre qu’Ernesto Sábato sait intriguer. Malgré le peu d’engouement à suivre le parcours de cet homme, j’avais cependant envie de comprendre la raison qui l’a conduit à commettre ce crime, l’arme qu’il a utilisé. Les pages se tournent malgré tout. Mais elles sont trop lourdes et ne m’ont pas permis de trouver dans ce long monologue un gramme de plaisir.

pictobofPas certaine de retenter quelque chose avec cet auteur.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Pour finir sur une note positive, je vous invite à lire la chronique de Marilyne en cliquant sur ce lien.

« Où on va, papa ?  » & « Veuf » (Fournier)

Où on va, papa ? – Fournier © Stock – 2008

Où on va, papa ? – Fournier © Stock – 2008
Où on va, papa ? – Fournier © Stock – 2008

« Trente ans plus tard, j’ai retrouvé au fond d’un tiroir les faire-part de naissance de Thomas et de Mathieu. C’étaient des faire-part classiques, nous aimions la simplicité, ni fleurs ni cigognes. Le papier a jauni, mais on arrive très bien à lire, écrit en anglaises, que nous avions la joie de vous annoncer la naissance de Mathieu, puis de Thomas.
Bien sûr, ce fut une joie, un moment rare, une expérience unique, une émotion intense, un bonheur indicible… La déception fut à la hauteur ».

En 2008, Jean-Louis Fournier publie un roman autobiographique dans lequel il témoigne de son quotidien, de ce qu’est sa vie de père… avec deux enfants handicapés. A la naissance, rien ne laissait présager que Thomas et Mathieu seraient handicapés. Puis le diagnostic est tombé comme un couperet. Depuis, suivis médicaux, prise en charge en Institut Médico-Pédagogique (IMP), week-ends en famille… Jean-Louis Fournier revient sur cette relation atypique avec des enfants « pas comme les autres ».

Avec une bonne louche d’humour, beaucoup de cynisme et d’ironie, l’auteur se confie, un témoignage qui a l’apparence d’un exutoire. Le ton est juste – forcément – c’est un témoignage intime, un regard personnel d’un homme qui n’a pas la prétention de généraliser son ressenti à l’ensemble des parents d’enfants handicapés. Tout y passe : les situations absurdes dans lesquelles il se retrouve, l’exercice du droit de vote par les adultes handicapés, les mesures de protection (tutelle), la culpabilité et l’incompréhension, le regard des gens quand ils apprennent le handicap de ses fils, entre gêne, pitié et condescendance.

Marquée par le côté succinct des chapitres, la forme de ce roman offre une grande liberté au lecteur : lire par bribe – une petite pensée par ci par là, un chapitre dévoré à la volée et goulument – ou d’une traite. En apparence, cette forme d’écrit pourrait être comparée à celle d’un journal de bord. Le recueil rassemble des anecdotes de différentes natures.

« Où on va, papa ? », question lancinante et récurrente de Thomas dès qu’il est en présence de son père. Qu’il ait 5 ans ou 30 ans, la même question enfantine à laquelle l’auteur et narrateur doit se confronter, avec plus ou moins de lassitude, et des réponses formulées avec plus ou moins de tact… en fonction de la morosité ou de l’espièglerie de Jean-Louis Fournier.

Mathieu, l’aîné de ses fils, est décédé avant qu’il n’ait atteint l’âge de 30 ans. Une tristesse pour ses parents… un soulagement aussi. Reconnaître les choses, oser le politiquement incorrect… oser ? Assumer.

PictoOKTrès beau témoignage dans lequel cohabitent amertume et tendresse.

LABEL LectureCommuneUne lecture commune que je partage avec Dame Kikine !!!! Quel plaisir ! Je vous invite à lire sa chronique.

Extraits :

« Un jour, Pierre Desproges est venu avec moi chercher Thomas dans son établissement. Il n’avait pas beaucoup envie, j’ai insisté. Comme tous les nouveaux venus, il a été assailli par des enfants titubant et bavant, pas toujours très ragoûtants, qui l’ont embrassé. Lui qui supportait difficilement ses semblables et était souvent réservé devant les manifestations exubérantes de ses groupies, il s’est laissé faire de bonne grâce. Cette visite l’a beaucoup remué. Il a eu envie d’y retourner. Il était fasciné par ce monde étrange où des enfants de vingt ans couvrent de baisers leur ours en peluche, viennent vous prendre par la main ou menacent de vous couper en deux avec des ciseaux. Lui qui adorait l’absurde, il avait trouvé des maîtres » (Où on va, papa ?).

« Oui, mon actualité à moi, ce sont mes enfants handicapés, mais je n’ai pas toujours envie d’en parler. Ce que le maître de maison attend de moi, c’est de faire rire. Exercice périlleux, mais j’ai fait de mon mieux. Je leur ai raconté le dernier Noël à l’IMP où étaient placés mes enfants. Le sapin que les enfants ont fait tomber, la chorale où chacun chantait une chanson différente, le sapin qui ensuite a pris feu, l’appareil de cinéma qui est tombé pendant la projection, le gâteau à la crème qu’on a renversé et les parents à quatre pattes sous les tables pour éviter les boules de pétanque qu’un père imprudent avait offertes à son fils qui les jetait en l’air, tout ça sur fond de « Il est né le divin enfant »… Au début, ils étaient un peu gênés, ils n’osaient pas rire. Puis, petit à petit, ils ont osé. J’ai fait un beau succès. Le maitre de maison était content. Je crois que je serai réinvité » (Où on va, papa ?).

Le lien vers la fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Veuf – Fournier © Stock – 2011

Veuf – Fournier © Stock – 2011
Veuf – Fournier © Stock – 2011

« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre. C’est bien triste. Cette année, on n’ira pas faire les soldes ensemble.
Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Elle ne voulait pas déranger, elle m’a dérangé au-delà de tout. Cette année, l’hiver a commencé plus tôt, le 12 novembre ».

Trois ans après Où on va, papa ?, Jean-Louis Fournier offre de nouveau à ses lecteurs un récit autobiographique. Il revient cette fois sur le décès de sa femme. Elle était opposée au fait qu’il parle d’elle dans ses romans. Maintenant qu’il est veuf, il peut bien faire ce qu’il veut et laisser échapper ses pensées. Posées à l’écrit, elles prennent la forme d’un hommage touchant à l’attention de cette femme qui a partagé une partie de sa vie. On dirait une héroïne elle qui est partie avec dignité, a supporté les humeurs et la jalousie de cet homme désabusé. Le lecteur n’a aucun effort à faire et c’est avec une facilité déconcertante que l’on s’installe et que l’on profite des confidences qui sont dévoilées. L’émotion affleure à chaque mot. Drôle et nostalgique, on ne vire jamais vers la mélancolie pathétique qui attend pourtant l’auteur au tournant.

PictoOKPictoOKA l’instar de Où on va, papa ?, les chapitres succincts du roman vont à l’essentiel avec une réelle profondeur. Un homme qui va de l’avant comme il peut, un peu de travers d’ailleurs. L’écriture de Jean-Louis Fournier est d’une fluidité incroyable. Quelle claque et quel plaisir de s’abandonner dans les mots d’un autre.

LABEL Lecture AccompagnéeAccompagnée par Kikine pour cette lecture qui, quant à elle, a souhaité découvrir – en sus de « Où on va, papa ? » un roman contenant deux nouvelles de l’auteur : Mon dernier cheveu noir.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Extrait :

« Ça me manque de ne pas pouvoir te parler de moi. Je vais devoir apprendre à me parler tout seul » (Veuf).