Le Voyage d’Aliosha, tome 1 (Tenzin & Berry)

tome 1 – Tenzin – Berry © Nombre7 – 2021

1951.

En ces temps un peu troubles où la Russie est soumise au bon vouloir du Petit Père des Peuples. Le régime de la peur est en place et emprisonne les russes au cœur des frontières de leur pays.

En ces temps propices à la délation, à la censure… aux déportations dans les camps de travail du Régime…

Aliosha est un moscovite de 26 ans. Il vit dans un appartement communautaire avec sa mère et sa grand-mère. La vie est routine, la vie est précaire mais ils ont un toit et l’amour qui les lie fait leur grande force. Un jour pourtant, un membre du Parti vient chercher Aliosha et lui demande de lui donner des noms. Les noms des Juifs avec lesquels il travaille. Ne pouvant se résoudre à la délation, Aliosha décide de fuir.

C’est peut-être le déclic qu’il attendait. Car depuis longtemps, Aliosha étouffe dans sa Russie natale, celle de Staline. Il rêve d’ailleurs, de voyage. Il rêve du Tibet et de pouvoir se consacrer pleinement au bouddhisme, philosophie qu’il a découvert dans les livres qu’il consulte à la bibliothèque. Face aux pressions du Parti, Aliosha décide de hâter son départ. Il regarde alors droit devant lui, en direction de sa nouvelle vie. C’est le début d’un grand voyage.

Il est parfois des rencontres que l’on fait et dont on ne présage pas, sur le moment, les voyages qu’elles nous permettront de faire par la suite. Telle est la nature de ma rencontre avec Hari G. Berry il y a… longtemps. Et puis me voilà aujourd’hui, à lire ce premier opus de la saga d’Aliosha, transportée à travers l’ex-URSS, à dévorer les kilomètres qui séparent Moscou de la Sibérie orientale. A une encablure de la porte qui me permettra de fouler le sol tibétain.  

« Le Voyage d’Aliosha » est un roman d’apprentissage qui nous plonge dans les espaces démesurément grands de la plus grande nation du monde.

Les trois premiers tomes sont actuellement en prévente… deux autres tomes devraient encore voir le jour. Un audiolivre devrait également voir le jour dans quelques temps. Et un CD complète le tout pour permettre d’écouter l’ambiance musicale de l’univers de cette épopée. Il y a pléthore de formats pour nous régaler.

Sur le site consacré à la série, on peut lire sur la page d’accueil une courte présentation du projet : « Vivez une plongée spectaculaire dans l’URSS de Staline, la Chine de Mao et le Tibet du Dalaï Lama. Un roman illustré musical interactif où se mêle roman et Histoire, le Voyage d’Aliosha vous emporte par-delà les frontières, à la rencontre des peuples soviétiques et d’Asie des années 1950. Trois tomes et 80 pages de bonus interactifs accessibles par QRCodes, pour une nouvelle expérience de la lecture. »

Un voyage donc… la quête identitaire du personnage principal se déroule sur un fond historique riche. La lecture est l’occasion d’en apprendre beaucoup sur les us et coutumes soviétiques, de baigner dans la Russie des années 50. De menus détails donne de la consistance au propos, que ce soit un accessoire vestimentaire, décoratifs, la finition d’un motif, d’une sculpture, d’un élément architectural… Portrait d’une époque, d’un contexte socio-historique… Tsémé Tenzin fait revivre sous sa plume l’ambiance d’une époque d’austérité. La lumière vient du cœur même des personnages. L’optimisme du héros donne l’entrain nécessaire au récit et les personnages secondaires réchauffent les pages grâce à leurs personnalités généreuses, leur altruisme, leur bienveillance.

On note tout de même le côté didactique qui surgit régulièrement à l’aide d’apartés dans le récit principal ou, plus généralement, à l’aide de nombreuses notes de bas de pages. Ces « parenthèses » explicatives saccadent le rythme de lecture ; cela m’a mis en difficulté sur le début puis cette tension a disparu. Les QRCodes insérés tout au long du récit nous conduisent à prendre connaissance de l’ampleur du travail de documentation qui a été réalisé pour enrichir le propos. Ils nous font bondir vers un morceau de musique, un article, une recette, une photo… présents sur le site du roman. Cet aspect didactique a certes tendance à diluer le récit et à casser l’action narrative… mais chaque lecteur saura les utiliser en fonction de ses propres envies : à lire sur le moment ou à découvrir une fois le roman terminé (en complément) … toutes les solutions sont possibles.

Les vignettes graphiques d’Hari G. Berry viennent enrichir le texte. Ces belles illustrations en noir et blanc apportent une description visuelle à supplémentaire aux décors, aux contours d’un visage et/ou d’une silhouette, aux ornements d’une isba, aux motifs d’un châle, à l’intérieur d’un magasin… La trame narrative trouve un écho dans son pendant dans ces vignettes aux lignes rondes, joviales et apaisantes. On pourra également les retrouver sur le site (en suivant les QRCodes) où elles apparaissent toutes en couleurs vives, gaies, chaleureuses.

Un roman qui m’emporte loin loin loin des ouvrages vers lesquels je me tourne habituellement. Un ouvrage qui surprend par la richesse de son univers. Une réflexion sur le bonheur, l’épanouissement de soi, les intimes convictions, les voyances… Un voyage au grand air.

Ce projet éditorial a trouvé un éditeur depuis peu. Mais il ne pourra être finalisé qu’à une seule condition : que les autrices rassemblent une cagnotte pour couvrir les premiers frais d’impression des trois premiers tomes. Pour leur donner ce petit coup de pouce, c’est ici !

Le site dédié à l’univers d’Aliosha.

Le Voyage d’Aliosha – De l’URSS au Tibet

Tome 1 : La Révélation (série en cours)

Roman illustré musical

Editeur : Nombre7

Auteur : Tsémé TENZIN

Illustrateur : Hari G. BERRY

Composition musicale : Jean-Marie de SAINTE-MARIE

Dépôt légal : à définir / 230 pages

Guenon (Brossaud) & Ogresse (Manço)

Aujourd’hui, je vous cause de deux romans ados découverts dans le cadre de Mes premiers 68 (le blog et toute la sélection des romans des 68 est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/ ), deux romans au titre « accrocheur » et qui dépotent toutafé ! Vous m’en direz des nouvelles !

Brossaud © Rouergue – 2019

« Au collège, on la traite de guenon. Parce qu’elle est grosse, Manon, c’est une bonne élève de 3e effacée, qui ne trouve sa place nulle part. Alors elle nous raconte, d’une voix naïve et bouleversante, comment elle fait pour survivre dans la communauté des ados, son admiration pour sa cousine parfaite, le garçon qu’elle finit de rencontrer. Comment vivre dans un corps qu’on n’aime pas ? Un premier roman bouleversant écrit par un enseignant en lycée professionnel, très au fait de la violence des rapports, à l’adolescence. »

Guenon est un premier roman à destination de la jeunesse dont le sujet, la grossophobie et la violence terrible qui en découle, est très très fort. La thématique du harcèlement scolaire est abordée également, ainsi que la haine de soi ou la violence des autres. C’est un livre qui se lit facile, malgré l’histoire de Manon qui bouleverse terriblement. La langue d’écriture est simple, légère (malgré le sujet) et sans détour. Mais la fin ouverte est terrible, du moins je l’ai vécu ainsi. Elle m’a laissée « exsangue ». C’est un livre à mettre, je crois, dans toutes les mains des ados…

Premiers mots 

« J’aime bien regarder le trottoir quand je marche dans la rue. Parce que c’est vide et qu’il n’y a pas de couleurs. Il y a juste des petites écorchures, des petites fissures un peu partout, mais on sent bien que ça va pas craquer comme ça. »

Extraits

« La rédaction sur la cuisine, c’était pas celle-là que je voulais faire au départ.
Au départ, ce que je voulais dire, moi, c’était que la pièce de la maison que je préférais c’était les toilettes. Depuis que je suis toute petite, c’est mon endroit préféré de la maison. D’abord ce que j’aime dans les toilettes c’est qu’on peut s’enfermer à clé. Et puis c’est tout petit. On peut toucher tous les murs rien qu’en tendant les bras. Ça fait comme un abri, comme une armure, rien que pour soi. »

« ‒ Vas-y, dégage de là, Guenon !

Une autre fille a poussé mon sac par terre et je suis allée m’asseoir tout près de l’entrée des douches, là où il y a toujours un peu d’eau sale qui stagne sur les carreaux. Des filles ont fait des cris de singe et de cochon et tout le monde a rigolé. Je suis restée assise pendant qu’elles se changeaient parce que j’avais déjà enfilé mon jogging à la maison. Ça fait longtemps que je ne mets plus de justaucorps ou des collants pour faire du sport, mais, même en survêtement, j’ai l’impression d’être toute nue. »

Guenon de Pierre-Antoine Brossaud, Rouergue, 2019

Manço © Sarbacane – 2019

Ce roman interpelle par son titre et sa couverture verte pomme où trône une fourchette et une tâche de sang ! Et puis, c’est un roman Sarbacane, de la collection adorée Exprim’. Alors je savais avant de débuter (dévorer ?!) qu’il allait sacrément me secouer ! Et je dois dire que je n’ai pas été déçue ! C’est une sorte de conte fantastique un peu amer, dérangeant, absolument réjouissant dont la thématique centrale est le lien mère-fille, un lien hors norme, un lien dévorant, destructeur. La fille c’est Hippolyte. C’est une ado de 16 ans qui vit seule avec sa mère, depuis que son père est parti sans crier gare. La mère, elle va à la dérive depuis la séparation. C’est une drôle de mère qui passe pas mal de temps à la cave, surtout la nuit. Sa fille l’entend mais elle ne sait pas ce qu’elle y fabrique. La mère s’enferme des heures durant. La mère se comporte de plus en plus bizarrement jusqu’au jour où elle mord Hippo … Et puis, il y a cette vielle voisine qui a disparu… Et puis, il y a cette forêt juste à côté de la maison… Qu’y est cette mère ? Et puis que faire quand on a 16 ans et qu’on aime tant sa maman ?

Evidemment c’est un roman qui donne un peu la pétoche ! Le rythme bien soutenu, l’histoire incroyable et le suspense qui en découle nous laissent aucun répit jusqu’à la dernière ligne. Ogresse est un roman toutafé étonnant, à découvrir vraiment ! Je l’ai adoré…

Extrait

Ogresse d’Aylin Manço, Sarbacane, 2019

« Quand j’étais petite, j’imaginais que l’un de mes deux parents allait être changé en monstre et que je devais choisir lequel.

Je préférais Maman – bien sûr que je préférais Maman-, mais je savais aussi que je ne pouvais pas choisir de la sauver elle. Parce que dès que mon père serait changé en monstre, il s’attaquerait à nous, or Maman était moins forte que lui, donc choisir de lui épargner la métamorphose nous condamnerait toutes les deux.

Alors je me retournais dans mon lit, je reniflais à fond contre mon oreiller et je me forçais à choisir de sauver Papa. Papa saurait me défendre contre les assauts de Maman-monstre, il la pousserait dans les escaliers, ou dans un puits, et elle nous laisserait tranquilles. Je serrais les poings sur mes draps, je pleurais, je me détestais de faire ça. Mais je choisissais Papa.

Je ne sais pas pourquoi ça me paraissait si pressant, si obligatoire. Il y a eu cette période où j’y pensais tout le temps, si fort que j’avais peur que mes parents le sachent. Plus que tout, je redoutais que mon père devine que je ne le choisissais qu’à contrecœur. »

Mes 68 premières (jeunesse)

Mes premiers 68 – Deux romans à découvrir !

Aujourd’hui, avec mon lardon de 16 ans, on vous propose en partage deux romans découverts grâce aux 68 premières fois et qui nous ont bien plu. On espère qu’il en sera de même pour vous !

Mes 68 premières (jeunesse)

Le blog des 68 (avec toute la sélection des premiers romans à destination de la jeunesse comme des adultes d’ailleurs) est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Martins © Gallimard – 2019

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS (Billet de Pierre)

La bête de Porte-vent est le premier volet de la série Ceux qui ne peuvent pas mourir. Dans ce premier tome, on retrouve Gabriel, un immortel lié à une organisation qui a pour but de traquer les Egarés qui sont des « monstres » comme des vampires ou bien des loups-garous. Cette organisation se nomme la Sainte-Vehme. Dans ce tome, il est avec Rose, une fille qu’il a récupéré au cours d’une mission et qu’il ne veut plus laisser. Ils vont devoir élucider une série de meurtres étranges dans un petit village du Finistère et on peut dire que cette aventure sera autant surprenante que prenante !

J’ai bien aimé le roman. L’univers est nouveau et très bien imaginé, ce qui rend la lecture intéressante et pas répétitive contrairement à certains romans. Il n’est pas très long et se lit plutôt facilement. Une fois qu’on commence, on ne peut plus s’arrêter car on ne veut surtout pas perdre le fil de l’histoire. Et j’avais envie de savoir ce qui allait arriver à Gabriel et Rose !

Extraits

« Depuis qu’elle était au service de Gabriel Voltz, Rose avait appris une leçon essentielle : sortir seule la nuit dans Paris était la plus mauvaise idée qui soit. »

« Gabriel eut peur. Il avait beau être un vétéran de la chasse aux Egarés, c’était différent cette fois. Lors de ses précédentes chasses, il était mieux armé et avait toujours une faille à exploiter chez son ennemi. Mais là, rien. Il ne savait pas comment vaincre la bête. Et il n’était pas complètement présent : son esprit était obnubilé par la jeune femme retranchée dans le caveau, par la gamine qui resterait seule s’il venait à disparaître, par Grégoire à qui il laisserait un fardeau peut-être trop lourd à porter. »

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS, Gallimard Jeunesse, 2019

Bulle © L’Ecole des Loisirs – 2020

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle (billet de la vieille mère)

« Les cauchemars sont encore revenus. Ça fait quatre ans maintenant que j’en ai presque toutes les nuits. Peut-être que ce journal va me soulager. Peut-être qu’écrire la grosse bêtise que j’ai faite la fera diminuer un peu dans ma tête. Maintenant que j’ai douze ans, je pense que je peux revenir en arrière, et tout écrire, je suis assez bonne en français. Mais c’est difficile de commencer. Par où débuter : au moment où j’ai commis cette erreur fatale, quand j’avais à peine huit ans ? Avant ? Avant, c’est mieux. Comme ça, ce sera clair. En écrivant, ce qui est arrivé deviendra juste une histoire, avec un sens et, je l’espère, une fin. »

Je ne sais pas bien pourquoi mais j’ai lu cette histoire le cœur un peu serré. J’ai eu peur, peur oui, du secret d’Issa, de ses fantômes, de son « erreur fatale ». J’ai été émue par Issa et sa lutte silencieuse.

Ce premier roman raconte donc l’histoire d’une jeune fille prénommée Issa. Elle est alors âgée de douze ans quand elle prend en charge le récit et qu’elle décide de revenir sur les évènements qui la hantent. Il faut vivre et pour cela il est temps pour elle de se libérer de ses secrets.

Ce roman dit la nécessité de la parole en partage pour grandir, pour dépasser sa culpabilité et affronter ses peurs. Il dit aussi la puissance de l’amitié comme de la lecture (ici des mangas) qui peut permettre des grandes choses ! C’est un beau roman, lumineux malgré mon cœur serré, à l’écriture légère et simple, alerte et très agréable. Un roman dévoré !

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture bien émouvante…

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle, L’école des loisirs, 2020

Mon Eden (Duvar)

Duvar © Le Muscadier – 2019

« Le ciel était bleu. Le ciel était bleu, comme il l’est toujours lors de ces chauds matins d’été, et je me souviens d’Eden qui m’avait pris sur ses genoux sur la balançoire, et on était montés très haut, si haut que j’avais cru qu’on allait passer par-dessus le toit de notre maison.

Le ciel était bleu. Le ciel était bleu, et j’avais six ans, et les oiseaux chantaient, et je tendais mes mains pour attraper la vie, la vraie, et la garder nichée au creux de mes paumes, petite sphère brûlante de lumière.

Aujourd’hui tout est sombre et triste et fade. Je n’aime pas ma chambre. Je n’aime pas mon père, je n’aime pas ma mère, et des envies sinistres de noyer mon chien me prennent parfois. »

Le billet du lardon (16 ans tout neuf !)

Mon Eden est un roman d’Hélène Duvar, dans lequel on retrouve Erwan, un adolescent de 16 ans qui a perdu sa sœur jumelle qu’il aimait tant, Eden. Après cette tragédie, Erwan va essayer de démêler le vrai du faux dans cette histoire tout en essayant de ne pas sombrer dans la douleur et la dépression.

J’ai bien beaucoup aimé ce livre car il se lit rapidement et le format change des romans habituels qui peuvent lasser. On y retrouve des articles de différents sites qui appuient le récit et nous apprennent certaines choses quant à ce sujet grave qui est le suicide. Je trouve l’histoire assez intéressante et elle sonne vraie. On peut tous se retrouver dans les personnages principaux (Eden et Erwan) comme dans les personnages secondaires (les parents, les amis…) ce qui nous permet de réfléchir à cette histoire.

Le billet de la vieille mère

Le moins qu’on puisse dire c’est que le sujet est difficile : le suicide d’une ado est un séisme dans la vie des autres, un chagrin incommensurable, une colère brute et une entière dévastation. Comment se remettre à vivre quand sa sœur jumelle, sa sœur chérie, la moitié de soi se tue par une nuit glacée de novembre ? Peut-on se relever de cette tragédie ?

Vraiment, ce récit (bien étayé par des « fiches » de prévention) sur un sujet tabou est important. Il est facile à lire (malgré la difficulté du sujet). On suit Erwan, presque pas à pas, dans sa colère, son immense culpabilité et dans sa lente reconstruction après cette mort inacceptable. Je crois qu’il permet un éclairage sur le suicide et sur son impact multiple sur l’entourage. Il pose de nécessaires questions et propose différents points de vue.

Encore une belle découverte par les 68 premières que je suis bien contente d’avoir partagée avec mon lardon car évidemment nous avons pu aborder ce sujet (et, il faut le dire, jamais discuté auparavant).

Le blog des 68 est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Mes 68 premières (jeunesse)

Mon Eden d’Hélène Duvar, Le Muscadier, 2019.

Surf (Boudet)

Boudet © Memo – 2019

J’aime les livres. J’aime les histoires en général. Pour des tas de raisons évidemment. Je pourrais même dire qu’elles me sauvent la vie. Chaque jour. Chaque nuit. Carrément. Et dans cette drôle de période traversée depuis le mois de mars, les histoires contées dans les livres ont été furieusement salutaires.

Le roman de Frédéric Boudet ne déroge pas à la règle. Parce qu’il m’a entrainée loin. Loin de moi. Loin de la situation complexe vécue. Loin de tout. Et c’était bon ! Inattendu et bon ! Pour autant, ce n’est pas vraiment un roman facile à lire, il faut le dire (d’ailleurs mon lardon a renoncé malgré l’histoire qui lui plaisait, malgré le personnage d’Adam surtout). Mais ce livre à destination de la (grande !) jeunesse est formidable. Fort. Courageux. Beau. Vraiment beau. C’est un livre qui fait chavirer le cœur. Du fait surtout de la langue d’écriture si particulière. Pour l’auteur, « l’idée était de voir comment, adolescent, on essaie de se tenir debout sur ces « foutues vagues » comme dit Jack. Comment on refuse d’être maltraité par le destin. Comment même l‘idée du destin, d’un passé qui conditionne votre existence, d’un présent comme un fruit à moitié pourri dans vos mains, d’un futur qui ricane en vous échappant, sont des idées que vous réfutez à dix-neuf ans, que vous voulez balancer à la mer, à coups de pieds et de poings s’il le faut»

L’histoire est celle d’Adam qui rentre chez sa mère à Brest. Il a dix-neuf et il a renoncé à terminer sa première année dans une école de graphisme à Paris. Il est parti, ou plutôt, il est de retour au « nid », son pavillon familial un peu miteux où vit sa mère, seule, déprimée, abîmée depuis le départ du père. Adam ne sait pas bien pourquoi il est là. Il ne sait pas bien ce qu’il cherche. Il se traîne. Il reprend contact avec son ami-voisin Jack, drôlement amoché par la vie (qui n’est pas vraiment un cadeau). Et alors, à eux deux, ils surfent ces « foutues vagues » et tentent de rester vivants…

« Bientôt, avec Jack ils s’échapperont la nuit, pour couvrir la nuit, pour couvrir les murs de phrases sibyllines. La vie les attend, dehors. Malgré la peine, malgré l’ennui. Parce que la peine, parce que l’ennui. Jack clame qu’ils doivent se jeter la tête la première dans le corps palpitant des choses, que c’est la seule façon d’échapper à l’idée que l’existence est un sac à merde. Pour Adam, c’est la seule issue à la peur qui guette au fond, à la panique du chemin qui n’existe pas, à la route qui ne mène nulle part. ne pas rester figé sur le banc de pierre, seul, pour l’éternité. Avancer, quitte à tomber, il se relèvera – je me relèverai, je serai celui-là, papa, ‒ oui il sera celui-là. »

Et puis, il y a les filles. Et puis, il y a la vie malgré tout. Et le surf.

Il y a aussi la mère que ses copains trouvent « plus bizarre qu’une licorne échappée du zoo ». Il y a surtout le père volatilisé et disparu à nouveau, qu’Adam cherche malgré la douleur de l’abandon…

Ce roman je l’ai lu il y a plus de six mois et il reste vibrant à l’intérieur de moi. Je suis certaine qu’il ne vous laissera pas indifférent malgré l’écriture si particulière que j’ai trouvée si belle, juste et vraie. Vraiment j’ai adoré ce roman et ne saurai que vous conseiller de tenter cette aventure singulière et assurément bouleversante !

Merci aux 68 premières fois et toute la sélection est à découvrir sur le blog des 68 à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Mes 68 premières (jeunesse)

Surf, Frédéric Boudet, éditions Memo, 2019.

Silhouette (Mourlevat)

Deux… deux avis en un, celui de Kikine (que beaucoup d’entre vous connaissent) et le mien. Deux avis pour ce recueil de nouvelles.  

10 nouvelles. 10 fenêtres qui s’ouvrent sur la vie d’un(e) inconnu(e) que nous allons apprendre à connaître… une personne à laquelle nous allons nous attacher.

Mourlevat © Gallimard Jeunesse – 2016
Elle est admirative de son travail d’acteur c’est pourquoi, quand elle apprend que l’équipe de tournage cherche des figurants pour un film dans lequel il joue, elle envoie sa candidature.  

Il veut montrer qu’à 14 ans, on est capable d’être responsable. Aussi, il tient tête à ses parents et obtient la première fois le droit de passer des vacances ailleurs qu’avec eux.  

Petit septuagénaire à la vie bien rangée, il apprend que ses jours sont comptés. Il décide de retrouver les personnes envers lesquelles il a mal agit durant sa vie et leur demander pardon.  

Etudiante engoncée dans sa timidité, elle part effectuer un séjour linguistique d’un an en Angleterre. Outre le fait de perfectionner son anglais, elle espère que cette expérience l’aidera à gagner de l’assurance et de la confiance en elle.  
Il repense à son enfance. Sa famille n’était pas riche. Vers 10 ans, toute sa famille est partie en vacances. Ses parents avaient pu mettre de l’argent de côté. Les premières vacances qu’il passe loin de sa maison !  

Un vieux garçon à la vie monotone et sans histoire a pris le ministre des Finances en grippe. Ce dernier fait de trop nombreuses erreurs de syntaxe. Il trouve un moyen de faire entendre au ministre qu’il ne doit plus faire outrage à la langue française.   

C’est pourtant un comédien expérimenté. Il connaît pourtant son personnage sur le bout des doigts mais lors d’une représentation, une réplique lui échappe. Il butte dessus, incapable de poursuivre. Le premier soir, il ne s’en inquiète pas. Le second soir, il est interloqué. A partir du troisième… il sait que quelque chose d’anormal est en train de se passer et qu’il lui faut prendre le temps de comprendre de quoi il en retourne.  

Il a 12 ans lorsque son oncle rentre après un long séjour à l’étranger. Son oncle… cet éternel voyageur. Mais cette fois-ci, l’oncle adoré lui confie un secret qu’il a décidé de ne dévoiler que six mois plus tard au reste de la famille. Quelle fierté d’être dans la confidence !  

Elle attendait sa retraite d’enseignante de pied ferme. Une seconde vie qu’elle savait douce et désormais consacrée à partager de délicieux moments avec son époux, prendre soin d’elle et à procrastiner.  

Ce doit être la crise de la cinquantaine, quoiqu’un peu tardive, qui l’a conduit à s’essayer un jour à l’écriture. Féru de lecture, le voilà qui a décidé de passer de l’autre côté du miroir. Il goûte à ce plaisir nouveau qui l’amène, plusieurs mois après, à tenir en main son premier manuscrit.  

Les mots de Kikine

Ça faisait longtemps que j’attendais de faire une LC avec Mo’… Nos PAL ne sont pas hyper compatibles mais c’était sans compter la disponibilité de livres numériques à emprunter à la bibliothèque, en ce temps de confinement. 😉

Nous hésitions entre deux lectures et j’ai opté pour un livre de Jean-Claude Mourlevat car « Terrienne » était une lecture somme toute *légère* … Je pense que j’avais envie de quelque chose qui ne soit pas trop pesant… Mo’ qui, elle, lit les quatrièmes de couverture m’a averti que la lecture risquait de ne pas être joyeuse…

J’étais donc un tout mini peu préparée au fait que cela ne soit pas léger-léger mais je n’étais pas du tout préparée à la brutalité psychologique des chutes de chacune de ces dix nouvelles… Aïe !

La première m’a vraiment surprise. La deuxième encore plus, le troisième un peu moins (l’esprit est bien fait et une fois préparé, essaye de se protéger en anticipant…). Au fur et à mesure des lectures, nous continuons d’espérer que l’auteur épargne ses personnages … en fait, à force de me préparer psychologiquement, certaines histoires m’ont semblé presque « douces ». C’est dire… car dans la réalité, l’auteur joue avec nos émotions et ceux de ses personnages. Ce qu’il leur offre, c’est systématiquement, sans pitié, une très forte et cruelle ironie du sort.

De prime abord, je ne suis pas fan de nouvelles. Mais, je me suis complètement laissée emportée, regrettant, à chaque fois, de laisser si vite ce personnage esseulé et blessé pour replonger immédiatement dans l’histoire du prochain drame.

Les mots de Mo’

Joie de lire en si bonne compagnie !

Et puis tout, absolument tout commence absolument parfaitement dans ces courtes histoires. Des vies banales, routinières jusqu’à ce qu’une occasion – plus ou moins fortuite – se présente de prendre un chemin différent. Porteur, vivifiant, entrainant… chaque élan individuel est plein de promesses, de renouveau et d’optimisme… du moins au début…

Dix nouvelles dans lesquelles Jean-Claude Mourlevat nous campe un quotidien et le personnage qui l’habite. Dix fois nous nous surprendrons à espérer que la vie de ces individus prend un virage bénéfique et qu’une vie meilleure s’ouvre à eux. Dix fois, on tombe des nues lorsque la plume espiègle du romancier convoque habillement un événement inattendu qui conduit immanquablement à un retournement radical de la situation. Dix fois on voit nos espoirs s’écraser lamentablement par terre, sans possibilité aucune qu’ils ne se relèvent… et les personnages déconfits s’en retourner à leur petite vie étriquée avant de laisser la place à l’histoire suivante. Et libre à nous d’imaginer s’ils trouveront ou non la force de continuer à avancer malgré la fissure émotionnelle. La blessure narcissique que l’auteur leur inflige est cruelle, terriblement cruelle.

J’ai bien aimé ce roman. L’auteur a trempé sa plume dans une encre de cynisme qui provoque quelque chose de plutôt jubilatoire. Il parvient à faire croire que la vie peut donner sa rien attendre en retour… puis il nous mouche, il nous douche…. comme pour se moquer d’avoir cru en l’impossible… comme pour nous taquiner d’avoir été si naïf.

Mille mercis à Noukette pour cette jolie découverte de Nawel ❤ et sa chronique ici.

Silhouette (recueil)

Editeur : Gallimard Jeunesse / Collection : Pôle Fiction

Auteur : Jean-Claude MOURLEVAT

Dépôt légal : mars 2016 / 240 pages / 5,70 euros

ISBN : 9782070582600