La Nuit mange le jour (Hubert & Burckel)

Hubert – Burckel © Glénat – 2017

Après plusieurs échecs amoureux, Thomas rencontre un jour l’homme de sa vie. Fred, « grand, fort, barbu… la quarantaine ». Une rencontre comme on n’en fait peu dans une vie. Le couple prend l’habitude de se retrouver chez Fred. Son appartement est spacieux, confortable, agréable. Thomas s’étonne lui-même en s’entendant dire à sa meilleure amie qu’il croit bien tomber amoureux.
Leur relation s’installe tranquillement jusqu’au jour où Thomas commence à questionner Fred sur les photographies qui décorent son appartement. Dans toutes les pièces prônes des clichés d’un mystérieux jeune homme, dénudé, attaché la plupart du temps, des ecchymoses apparaissent sur certaines photos, des coupures, des marques de liens aux poignets. Fred lui explique qu’il s’agit d’Alex, son ex, avec qui il a eu une relation forte mais destructrice. Fred étant photographe, Alex lui a servi de modèle à plusieurs reprises.
Sur les photographies, Alex est beau, mystérieux, séduisant, troublant… Face à ce charisme, Thomas complexe rapidement. Pourquoi Fred s’intéresse à lui ? Que lui trouve-t-il ? Comparé à l’ex de son mec, Thomas est frêle, d’une beauté commune, insipide. Inconsciemment, Thomas va chercher à repousser ses limites et découvrir avec effroi que la brutalité est pour lui source d’excitation et de plaisir.

« La nuit mange le jour » est un album aussi fascinant que terrifiant. Hubert décrit le mécanisme de la dépendance affective et les ravages qu’une passion dévorante peut produire dans un couple.

C’est la rencontre entre David et Goliath, où David s’éreinte à provoquer celui qui lui fait face au risque de sa vie.

C’est l’attirance immodérée pour le corps de l’autre, c’est l’incapacité d’équilibrer le désir et la raison, c’est l’impossibilité de faire taire les fantasmes, l’envie fulgurante du coït et de la jouissance qu’il procure. Les personnages sont comme aimantés l’un à l’autre, fascinés par le désir destructeur de l’autre.

La nuit mange le jour – Hubert – Burckel © Glénat – 2017

C’est cet état dans lequel on peut être lorsqu’on découvre une part de soi que l’on ne connaissait pas, un double obscur qui nous fait perdre pied.

C’est l’incapacité de vivre sans l’autre, d’être sans l’autre, de trouver une consistance en dehors du désir de l’autre.

C’est le goût du risque, l’envie d’avoir la tête qui tourne, de se sentir vivant.

C’est ce jeu cruel que l’on peut mener parfois, celui qui nous fait perdre tout repère et qui conduit loin de sa zone de confort, un voyage dont on ne sait pas si on pourra en revenir indemne.

C’est l’incapacité de pouvoir identifier ses limites, de vouloir connaître le point de rupture.

C’est lorsqu’on ne se reconnaît plus et que l’on est incapable de retrouver le chemin de notre vie « d’avant » .

C’est quand on s’isole, quand on s’enferme dans une pratique, que l’on coupe tous les liens avec l’extérieur et que plus rien n’est en mesure ne nous raccrocher à la réalité.

C’est l’incapacité de distinguer ce qui est réel ou fantasmer, ce qui s’est produit et ce qui a été affabulé.

Une perte de contrôle de soi.

Paul Burckel utilise une bichromie de noir et de gris pour illustrer ce récit. Loin d’affadir l’atmosphère, elle donne force et profondeur aux propos et rend l’ambiance électrique. La beauté imposante et bestiale de l’un fait face à la fragilité chétive de l’autre. Un rapport de forces sensuel où chacun a l’ascendant psychologique sur son partenaire, une lutte entre le corps et l’esprit. Les dessins explicites décrivent des scènes de sexe où les deux corps fusionnent.

Wow !

La Nuit mange le jour

One shot
Editeur : Glénat
Dessinateur : Paul BURCKEL
Scénariste : HUBERT
Dépôt légal : juin 2017
226 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2-344-01220-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La nuit mange le jour – Hubert – Burckel © Glénat – 2017

NoBody, tome 2 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

En 2007, un homme est interpellé sur les lieux d’un crime. Il s’accuse du meurtre de son coéquipier. Son corps est recouvert de sang mais ce n’est visiblement pas le sien. Placé en détention, le détenu demande à être exécuté mais le juge demande une expertise psychologique pour établir son profil ainsi que les chefs d’inculpation. Pendant un an, les psychologues défilent sans parvenir à entrer en communication avec lui. Ils butent sur cet homme sarcastique, retors et ombrageux. Il impressionne. Sa voix tonne, sa carrure est imposante et son corps est recouvert de tatouages. Son charisme tient en respect les experts jusqu’à ce que Beatriz Brenwan, une jeune psychologue, intervienne à son tour. Entre eux, une relation de confiance va naître et au fil des entretiens, l’homme qui se fait appeler Nobody se confie.
Après l’adolescence et la première mission d’infiltration (voir tome 1), le récit se poursuit. Nous sommes maintenant en 1978, le personnage est maintenant proche de la trentaine. Désormais, le FBI l’a intégré dans ses effectifs. Les missions qu’on lui confie sont plus délicates. Il s’agit maintenant d’infiltrer un gang de bikers un-pourcentistes : les Napalm’s Soldiers. Il raconte sa vérité à la jeune thérapeute. Charge à elle d’objectiver les faits.

« – Bien. ‘Faut pas me mentir. Je vous dis la vérité.
– Votre vérité.
– Ah ! Ah ! Mais ma vérité est-elle la vérité ? »

Les premières pages nous replongent dans ce face à face carcéral où chaque protagoniste oscille entre confiance et méfiance. Entre eux, une distance respectueuse semble les préserver. Rappelez-vous dans « Le Silence des Agneaux », cette étrange et fascinante relation qui liait Hannibal Lecter et Clarice Starling…

Christian De Metter prend un malin plaisir à soigner l’ambiance de ce thriller psychologique et maintient le suspense. Dans ce tome, on oublie l’enquête pour meurtre qui est en cours et on en apprend davantage sur le parcours atypique de cet homme que le FBI a utilisé pour mener à bien des missions délicates et d’une rare violence. Un agent-caméléon contraint de jouer un rôle, habitué à se fondre dans la psyché des personnages qu’il devait incarner… au point d’y laisser son âme. Jeté très tôt dans la gueule du loup, quasiment seul sur le terrain, il s’est construit une carapace derrière laquelle il s’est réfugié. Il fait preuve d’un sang-froid redoutable. De fait, on hésite en permanence durant la lecture. On sait qu’il joue double-jeu mais on se sait jamais sur quel pied il danse, on ne sait jamais quelles informations il détourne ni la part de mensonge qu’elles contiennent.

Le trait parfois charbonneux nous montre des scènes d’une rare violence. Avec autant de finesse et de sournoiserie que le personnage principal, elle est largement suggérée. Torture, viol, amputation… les sueurs froides nous parcourent l’échine durant la lecture. L’image même des gangs de motards proches des Hells Angels suffit à elle seule à nous faire fantasmer toute la violence contenue entre ces cases. On suffoque de plaisir, la tension est électrique mais le lecteur est accroché à ce récit comme une moule à son rocher. On aimerait parfois revenir dans cette cellule où a lieu l’interrogatoire. Face à la violence de certains passages, le confinement carcéral nous semble finalement être un havre protecteur.

La mise en couleur de ces planches est superbe, le rythme est haletant. J’ai totalement plongé dans cet univers où l’on côtoie le trio diabolique des armes, du sexe et de la drogue. Le personnage principal évolue sur un fil ; le moindre faux-pas lui sera fatal. Est-il fou ou ne l’est-il pas ? Est-il dangereux ou la simple victime d’un piège qui s’est refermé sur lui ? Si Christian De Metter maintient son rythme de croisière, le troisième tome devrait débarquer à la rentrée… Je m’en régale d’avance.

Ma chronique du tome 1.

NoBody

Tome 2 : Rouler avec le diable
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2017
76 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

NoBody, tome 2 – De Metter © Soleil Productions – 2017

Chroniks Expresss #30

Petit debriefing des livres lus en janvier et non chroniqués.

Bandes dessinées & Albums : Le Mari de mon frère, tome 1 (G. Tagame ; Ed. Akata, 2016), Cruelle (F. Dupré La Tour ; Ed. Dargaud, 2016).

Jeunesse : Le Journal de Gurty, tomes 1 et 2 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2015 et 2016).

Romans : La Patience des Buffles sous la pluie (D. Thomas ; Ed. Le Livre de poche, 2012), Bettý (A. Indridason ; Ed. Points, 2012), A l’origine notre père obscur (K. Harchi ; Ed. Actes sud, 2014), Le Rire du grand Blessé (C. Coulon ; Ed. Point, 2015).

*

* *

Bandes dessinées

 

Tagame © Akata - 2016
Tagame © Akata – 2016

Yaichi élève seul sa petite fille Kana. Père et fille ont pris leurs habitudes jusqu’au jour où Mike, le mari du frère jumeau de Yaichi, sonne à leur porte. Affecté par le décès de son compagnon, Mike souhaite découvrir le Japon. C’est donc tout naturellement que le canadien se présente à la porte de Yaichi. Ce dernier, mal à l’aise face à la question de l’homosexualité, va aller de surprise en surprise.

Gengoroh Tagame s’intéresse au sujet de l’homosexualité de façon à la fois ludique et constructive. Le trio de personnages fonctionne bien : le personnage principal se montre dans un premier temps assez peu enclin à accepter son beau-frère sous son toit ; il reconnaît vite qu’il n’a jamais pris le temps de réfléchir à la question de l’homosexualité et que ses représentations sur le sujet l’incitent à se méfier. La fillette en revanche n’a aucun apriori et la gentillesse du nouveau venu lui suffit. Enfin pour Mike, le conjoint canadien, c’est sans hésitation qu’il se présente chez le frère de son mari, sans même avoir projeté que sa présence puisse être source de gêne. L’ambiance de ce manga est agréable et si l’auteur s’appuie sur les idées préconçues pour déplier son récit, il sait rapidement montrer qu’elles n’ont pas lieu d’être. Il montre quelle a été la lente évolution des mentalités à l’égard des couples homosexuels et si nombreux pays reconnaissent aujourd’hui le mariage gay, rappelons que ce n’est pas encore le cas au Japon.

PictoOKJe suis certaine que si Jérôme ne m’avait pas offert ce tome, je ne m’y serais pas lancée. Merci pour la découverte Monsieur (… il faut effectivement que je me tourne davantage vers les mangas  ^^)

 

Dupré La Tour © Dargaud - 2016
Dupré La Tour © Dargaud – 2016

Elle a 26 ans. Alors qu’elle est à l’hôpital et qu’elle s’occupe en regardant un documentaire animalier, Florence Dupré La Tour reçoit un appel de sa mère. Les propos de cette dernière sur son rapport aux animaux la font réfléchir. Sa dernière journée à l’hôpital va être l’occasion de bien des réflexions.

Elle repense à la manière dont elle a traité ses animaux de compagnie quand elle était petite. Qu’ils soient cochon d’Inde, lapin, poule, oie… elle est fascinée par ces bêtes à poils et à plumes, surtout quand elles souffrent. Ses premiers animaux sont morts de manière brutale, avec ou sans l’aide de leur jeune propriétaire et, jusqu’à la fin de l’adolescence, elle ressent une étrange et excitante sensation lorsqu’elle observe des animaux morts ou en train d’agoniser. Sur son lit d’hôpital, la jeune adulte fait le point, scrute son rapport au monde, son rapport aux autres. Une question de personnalité, d’identité.

Etrange album qui propose un récit saccadé – et focalisé sur le rapport qu’elle entretient avec les animaux – de l’enfance de l’auteure. L’empilement d’éléments donne parfois la nausée d’autant qu’on a parfois l’impression que rien ne fait lien, rien ne fait trace de ce qu’elle a pu apprendre. Heureusement, l’humour pointe dans ce cynisme, soulage quelque peu la lourdeur narrative et donne un peu de profondeur. A mesure que l’on avance dans la lecture, on se demande ce que l’auteur souhaite tirer de ces anecdotes. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner cet album, ce scénario m’a laissé dubitative jusqu’à la dernière minute. Et là, à la dernière page, le dénouement donne du sens à tout ce qu’on vient de lire, à ce questionnement de l’auteur. Mais c’est long pour trouver la satisfaction (pour info, l’ouvrage fait un peu plus de 200 pages).

PictomouiCurieuse d’avoir les retours de ceux qui se seront laissés tenter pour le reste, ce n’est pas un album que je vais avoir envie de faire découvrir.

La chronique de LaSardine.

 

Jeunesse

 

Santini © Sarbacane – 2015
Santini © Sarbacane – 2015
Santini © Sarbacane – 2016
Santini © Sarbacane – 2016

Gurty est une jeune chienne énergique, malicieuse, un brin naïve et débordante d’amouuur. Elle se raconte dans un journal et c’est l’occasion pour le lecteur (petit ou grand) de la suivre pendant ses vacances d’été (tome 1) et d’hiver (tome 2). Direction La Provence !

« En arrivant dans notre cabanon provençal, j’étais si excitée que je faisais des petits bonds, comme quand j’ai des vers. Le vestibule sentait toujours le fenouil, le salon toujours le thym, la cuisine toujours l’andouille et mon panier toujours le chien. »

Elle raconte son humain, Gaspard, maître fidèle, attentionné mais parfois un peu déroutant (surtout quand il refuse de céder à ses caprices). Elle raconte Fleur, sa copine bizarre qui fait « Ui ». Puis Tête-de-Fesse, le chat puant qu’elle adore détester. Il y a aussi l’écureuil qui fait « hi hi » et qu’elle rêve de croquer.

PictoOKC’est loufoque, déjanté. La vie vue par un chien. Des jeux de mots, de bons mots. Fous rires garantis et coup de cœur annoncé.

Je remercie m’dame Framboise pour ce fameux présent !!

 

Romans

 

Thomas © Le Livre de Poche - 2012
Thomas © Le Livre de Poche – 2012

Un petit peu de lui, un petit peu d’elle, « La Patience des buffles sous la pluie » est un recueil de 70 nouvelles qui donnent à la parole aux petits riens qui font le sel du quotidien. Sentiments, infidélité, désir, hésitation… les couples valsent pour nous, les couples se font et se défont, le petit grain de sable qui gripper la machine est sous nos yeux.

PictoOKC’est drôle, triste, pathétique. On passe un très bon moment avec ce roman.

A lire du même auteur : « On va pas se raconter d’histoire »

Les chroniques de Jérôme et de Noukette (merci pour la découverte !)

 

Indridason © Points - 2012
Indridason © Points – 2012

Cela fait déjà plusieurs jours que la détention provisoire se prolonge. La passivité crée de la tension. Une tension qui fait remonter les souvenirs en mémoire et permet de prendre du recul sur ce qui s’est réellement passé, cet enchaînement d’événements qui ont amené à l’inévitable situation. Le point de non-retour a été franchi. Mais quelle est sa part de responsabilité dans ce qui s’est produit ? Etait-il possible d’éviter tout cela ?

Après avoir suivi des études de Droit aux Etats-Unis, après une spécialisation, c’est le retour en Islande. Création d’un cabinet d’avocat indépendant, l’activité balbutie durant plusieurs mois. jusqu’à ce que Bettý fasse irruption dans sa vie et lui propose un contrat de travail alléchant, intéressant… enrichissant à plus d’un titre. Pourquoi ne pas avoir prêté attention aux bizarreries dans le discours de Bettý… et pourquoi ne s’être écarté du danger ? Pourquoi ? Cette question revient de façon lancinante. Quand les choses se sont-elles mises à déraper ? Les dés étaient-ils pipés d’avance ? Bettý avait-elle déjà ces desseins lugubres en tête lors de leur première rencontre ? Dans sa cellule, l’avocat repense à tout cela et tente de reconstituer le puzzle.

Je n’ai jamais aussi bien connu une femme et pourtant, aucune ne m’a été aussi étrangère. Elle a été pour moi comme un livre ouvert et en même temps une énigme absolument indéchiffrable.

Délicieuse introspection que nous livre Arnaldur Indridason. Tout repose sur le fait que le lecteur méconnaît les faits. En revanche, on comprend très vite quelle est l’issue tragique après quelques hésitations vite balayées quant à l’identité de la victime. Puis le récit s’installe, la mayonnaise prend vite (de celle à aiguiser la curiosité du lecteur), jusqu’à ce chapitre central où tout bascule, où il est nécessaire de se resituer par rapport au narrateur, de balayer certaines suppositions et d’en envisager de nouvelles. Et de reprendre quelques passages pour trouver ce que l’on aurait rater… et de sentir une furieuse envie de lire la suite pour savoir ce qui s’est réellement passé. « Pourquoi pourquoi pourquoi ? » se demande le lecteur… qui fait écho aux questionnements du narrateur.

L’intérêt de ce polar tient à la tension psychologique qui y règne et à tout un flot de non-dits. On se concentre davantage sur la relation adultère du narrateur et de cette attirante et mystérieuse Bettý. Les suppositions vont bon train, l’imagination carbure à plein, « ça sent le cadavre » comme dirait Kikine avec qui j’ai fait cette lecture commune. On a décortiqué l’ouvrage à mesure que l’on avançait dans la lecture.

PictoOKJ’ai aussi pensé à « De nos frères blessés » pendant la lecture. Le récit se construit de la même manière, sur deux chronologies différentes : celle d’une relation amoureuse et celle d’une détention.

Succulent !

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Harchi © Actes Sud - 2014
Harchi © Actes Sud – 2014

« Enfermée depuis toujours dans la “maison des femmes” – où maris, frères et pères mettent à l’isolement épouses, sœurs et filles coupables, ou soupçonnées, d’avoir failli à la loi patriarcale –, une enfant a grandi en témoin impuissant de l’aliénation de sa mère et en victime de son désamour. Le jour où elle parvient à s’échapper, la jeune fille aspire à rejoindre enfin son père dont elle a rêvé en secret sa vie durant. Mais dans la pénombre de la demeure paternelle la guette un nouveau cauchemar d’oppression et de folie.

Entre cris et chuchotements, de portes closes en périlleux silences, Kaoutar Harchi écrit à l’encre de la tragédie et de la compassion la fable cruelle de qui tente de s’inventer, loin des clôtures disciplinaires érigées par le groupe, un ailleurs de lumière. » (synopsis éditeur).

Une voix intérieure, celle d’une adolescente blessée qui aspire à recevoir des preuves d’amour de sa mère. Cette dernière erre, le regard hagard, dans les pièces d’une maison où vivent d’autres femmes qui, comme elles, ont été chassées de la maison de leur mari ou de leurs proches. Une punition dont la raison leur échappe. Victime du qu’en-dira-t-on. Kaoutar Harchi trouve son inspiration dans des coutumes d’un autre temps. Des femmes placées dans une maison de femmes. Libres de partir, les portes ne sont pas fermées à clé, elles font pourtant le choix de rester. Elles sont toutes geôlières. Elles sont toutes victimes. Et dans cet huis-clos aliénant, une adolescente tente de se construire, tente de trouver sa place, tente de comprendre les codes de cette société qu’elle ne connait pas et qui, elle le sait, rend les femmes tristes. Un combat qu’elle mène en se raccrochant à des chimères. Une lutte pour sa survie. Et ces hommes, ces pères, ce Père, pourquoi refuse-t-il son amour à sa femme ?

PictoOKOn sombre avec cette jeune narratrice. On peine à reprendre notre souffle. On veille à tourner les pages silencieusement pour ne pas la blesser davantage. Superbe.

Les chroniques : Noukette, Leiloona, Stephie, Jostein, Nadael.

 

Coulon © Points – 2015
Coulon © Points – 2015

Il est jeune et analphabète. Il vient de la campagne et a toujours travaillé à la ferme de ses parents. Il n’a pas d’avenir si ce n’est de reprendre l’exploitation parentale agonisante.

Un jour, il se rend à la ville. Il a un entretien avec un Tuteur chargé de lui faire passer des tests et de s’assurer, surtout, qu’il ne sait pas lire et qu’il ne sait pas écrire. Cet anonyme passe les premières épreuves de sélection haut la main. Il signe le contrat. Pour devenir Agent, il doit renoncer à tout, à commencer par le fait de ne pas revoir sa famille. Il doit aussi promettre de ne jamais apprendre à lire et à écrire.

Il devient 1075. Dès lors, il vit dans le luxe. Dès lors il a une place dans la société. On le respecte, on le craint. Il est brillant, il est déterminé, il est compétent. Il est un des maillons de cette société orchestrée par le Grand.

PictoOKUne dystopie fascinante que nous livre Cécile Coulon, auteure que je découvre par le biais de ce roman. J’ai été fascinée par l’univers, fascinée par cette écriture si fluide, par la facilité avec laquelle les éléments s’emboîtent pour former un tout cohérent, par ce ton détaché qui nous accompagne durant la lecture, ce ton si dur qui nous fait pourtant nous coller au personnage. J’étais avide de savoir la suite, de connaître son parcours, de m’installer toujours plus encore dans cette société régie et dirigée par le livre, par les mots, la manière dont ils sont employés pour diriger la pensée collective, soigner les maux, prévenir les déviances. Et ce dénouement sublime qui rend hommage au roman de Daniel Keyes !

Merci Noukette !! (ben oui encore… je sais 😛 )

Les chroniques : Noukette, Valérie, Noctenbule, Antigone.

NoBody, Saison 1 – Tome 1 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2016
De Metter © Soleil Productions – 2016

2007, état du Montana. Un flic vient de tuer son équipier. Arrivés sur place, les services constatent le meurtre… et le fait que la victime a été découpée en morceaux. Le mobile : son ancien coéquipier aurait tué sa femme.

Incarcéré et condamné à la peine de mort, l’homme a déjà fait l’objet de plusieurs expertises psychologiques lorsque se présente Beatriz Brenwan, missionnée elle aussi pour une expertise. L’homme ne cherche pas à se défendre et reconnait les faits. Depuis le début, il plaide coupable et demande à être exécuté. Cependant, l’expertise semble pouvoir se mettre en place, contrairement aux précédentes qui ont été un échec. Le courant passe entre les deux protagonistes et ce, de façon assez inexpliquée. Les personnages semblent se défier, comme si le meurtrier était curieux de savoir ce que la jeune femme a réellement dans le coffre ; de son côté, la thérapeute fait preuve d’empathie, trouve les mots au moment opportun et laisse croire qu’elle est fascinée par ce personnage mystérieux. L’enquête commence.

« Je ne suis pas fou. Je suis cent pour cent coupable »

On n’est pas sans faire le parallèle avec la série « True Detective ». Mais plus encore, il me semble que l’on tombe dans un univers proche du « Silence des Agneaux ». Un face à face tendu entre un psychopathe et une novice mandatée pour le bien de l’enquête. Christian De Metter semble utiliser les mêmes ficelles du thriller. Ce premier tome retranscrit le contenu d’une seule rencontre qui marque le début d’une relation entre soignant et analysé ou plutôt, l’initiation d’un novice par son maître. Car outre le fait que cet homme a tué un autre homme pour des raisons qui nous sont encore obscures, l’ambiance de cet album incite le lecteur à scruter chaque case, à décortiquer chaque expression de visage. On fantasme, on découvre son parcours peu commun. C’est adolescent banal et ordinaire jusqu’à ce que son frère soit tué pendant la guerre du Vietnam. A partir de là, il s’enfonce dans la délinquance. Mais la petite canaille qu’il est prend peur lorsqu’un de ses braquages tourne au tragique ; l’une de ses victimes décède suite à une crise cardiaque, du moins c’est ce que l’on suppose. Il prend peur et les agents du F.B.I. utilisent cette peur pour le recruter, promettant d’effacer ses délits s’il coopère. Malgré lui, le jeune homme est embarqué dans une enquête qui le dépasse. Elle se conclut tragiquement et si le personnage anonyme avait déjà commencé à changer sa perception des choses, la manière dont il a été impliqué dans cette enquête marque un tournant décisif dans ses prises de décision et dans son comportement. Sa vie bascule à ce moment-là. Il a 18 ans.

No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016
No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016

La fiction se mélange à des faits historiques avérés et accentue la force d’attraction qui se dégage de l’album.  La fascination que le personnage opère sur le lecteur est immédiate. Dès la première page, on marque un temps d’arrêt. On l’observe. On remarque sa superbe, son charisme, son calme. Il a une gueule, on sent l’homme déterminé et instinctivement, on se méfie de sa force. Le couleurs sombres utilisées par l’illustrateur, les gros plans réalisés sur un détail du corps du suspect, la vue de ses tatouages, de l’étincelle qui jaillit de son regard vif (pervers ?), le fait que le dessinateur s’affranchisse régulièrement du cadre habituel de la case… sont autant d’éléments qui nous mettent en alerte, on reste sur le qui-vive sachant que tout ici peut voler en éclat à n’importe quel moment. Pour se construire, le scénario se sert de la personnalité morbide du meurtrier. On sent que l’homme diffuse des gouttes de son venin invisible dans l’air. On le sait imprévisible et dangereux mais en revanche, on se laisse bercer par l’idée d’un repentir… par l’idée que n’ayant plus rien à perdre, il puisse être sincère. Tant qu’il sera « personne », il aura l’ascendant psychologique. Alors on le laisse guider le récit, on quitte le présent et on retourne avec lui dans le passé, pour tenter de comprendre pourquoi cet homme se réfugie sous l’étiquette de l’assassin, niant jusqu’à sa propre identité.

PictoOKSceptique au démarrage, je me suis laissée prendre comme une bleue par le talent de narrateur de Christian De Metter. La première saison de cette série commence magistralement. La question est maintenant de savoir si elle saura garder le rythme et tenir ses promesses.

Extrait :

« – J’aimerais vraiment savoir qui vous êtes.
– C’est simple… un assassin.
– C’est comme ça que vous résumeriez votre vie ?
– Non… mais c’est ce qui restera.
– Et vous trouveriez ça juste ?
– Je mérite d’être jugé coupable. Je mérite la peine de mort » (NoBody, tome 1).

NoBody – Saison 1

Tome 1 : Soldat inconnu

Tétralogie en cours

Editeur : Soleil

Collection : Noctambule

Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER

Dépôt légal : octobre 2016

74 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5388-5

Bulles bulles bulles…

Quelques planches sur le site du Monde.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016

Deux polars de la sélection ELLE

couverture-roman-walker-tout-pas-perdu-1Tout n’est pas perdu – Wendy Walker

 

« Il l’a suivie à travers les bois derrière la maison. Le sol était jonché des débris de l’hiver, des feuilles mortes et des brindilles qui étaient tombées au cours des six dernières mois et s’étaient décomposées sous une couverture de neige. Elle l’a peut être entendu approcher. Elle s’est peut être retournée  et l’a peut être vu portant la cagoule en laine noire dont les fibres ont été retrouvées sous ses ongles. Lorsqu’elle est tombée à genoux, ce qui restait des fragiles brindilles s’est brisé comme de vieux os et a écorché sa peau nue. Son visage et sa poitrine étaient plaquées contre le sol, probablement par l’avant-bras de l’agresseur, et elle a dû sentir la brume des arroseurs automatiques qui aspergeaient la pelouse à peine six mètres plus loin, car ses cheveux étaient mouillés lorsqu’on l’a retrouvée. »

Fairview, petite ville tranquille du Connecticut. Une soirée qui vire au tragique. Un viol sordide. Une victime : Jenny Kramer. 15 ans. Une demoiselle intelligente, « dotée d’un sens de l’humour féroce ». Une adolescente formidable, brisée dans son élan par ce drame abject. « Elle a affirmé qu’elle comprenait désormais qu’après chaque bataille il y avait le conquérant et le conquis, le vainqueur et la victime, et qu’elle en était venue à accepter la vérité – à savoir qu’elle avait été totalement, irrévocablement, vaincue. »

Alan Forrester est psychiatre. Dans son cabinet, il reçoit la jeune fille, mais pas seulement. Se succèdent « tous les acteurs de ce drame ». Récits intimes, révélations, secrets, mensonges, confidences, traumatismes, non-dits, désir de vengeance… Le malaise est là. Et cette jolie ville n’est pas si tranquille que ça. Les personnages ne sont pas ceux que l’on croit. Zone d’ombre. Ligne de faille. Manipulation psychologique. Qui est l’agresseur ? Ou se trouve la vérité ? Alan va mener l’enquête et elle va le mener loin, très loin ….

« J’ai été spectateur jusqu’à présent, un observateur qui émet des jugements et exprime des opinions. Tout a commencé au tout début de ce printemps-là. Mon implication avec la famille Kramer, mes séances avec Jenny, Sean Logan, puis l’arrestation de Cruz Demarco. La collision approchait, et je ne l’ai pas vue arriver. Malgré tous mes formidables pouvoirs de déduction je ne l’ai absolument pas vue arriver. »

 J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce thriller. Pour dire vrai, si ça n’avait pas été dans le cadre du Prix des lectrices de ELLE, je pense que j’aurai laissé tomber. Au bout d’une cinquantaine de pages. Le récit était trop impersonnel. Trop froid. Médical. Clinique. Un récit de psy ! Trop d’analyses, de réflexions et surtout de distance. Peu d’émotion. Un polar, je me disais, mais quel polar ?! Et soudain, allez savoir pourquoi, je me suis faite embarquée, attrapée toutafé. Happée ! Par l’histoire. Par l’intrigue. Par les rebondissements. Par les personnages qui peu à peu, se découvrent, se dévoilent. Osent. Et par cette fin que je présentais dingue ! Et je n’ai pas été déçue ! J’ai avalée les ¾ du livre le temps d’une nuit ! Merci merci c’est encore un sacré bouquin que je suis ravie d’avoir découvert et aimé contre toute attente ! Il m’a fait sortir de ma zone de confort et m’a laissé toute chose !

Extrait :

« Nous sommes de petits êtres sans importance. C’est seulement la place que nous occupons dans le cœur des autres qui nous remplit, qui nous donne notre raison d’être, notre fierté, et notre perception de nous-mêmes. Nous avons besoin que nos parents nous aiment sans conditions ni logique, et au-delà du raisonnable. Nous avons besoin qu’ils nous voient à travers des lentilles déformées par cet amour, et qu’ils nous disent qu’à tout point de vue le simple fait que nous soyons sur cette terre les emplit de joie. […] Voilà ce dont nous avons besoin de la part de nos parents, plutôt que de la vérité sur notre insignifiance. Nous rencontrerons bien assez de gens pour nous la rappeler, pour évaluer froidement notre médiocrité. »

Tout n’est pas perdu, Wendy Walker, Sonatine, 2016.

 

9782258135307Ainsi fleurit le mal – Julia Heaberlin

 

« Trente-deux heures de ma vie ont disparu. Ma meilleure amie, Lydia, me conseille de les imaginer comme de vieux vêtements perdus au fond d’un placard sombre. Je ferme les yeux. Ouvre la porte. Déplace un peu les objets. Fouille. Les choses dont je me souviens, je préférerais les avoir oubliées. Quatre taches de rousseur. Des yeux bleus, grands ouverts, à dix centimètres des miens. Des insectes grignotant une joue lisse. Le crissement de la terre sous mes dents. Ces détails, je m’en souviens. C’est mon dix-septième anniversaire, et les bougies sur le gâteau sont allumées. Les petites flammes me font signe de me dépêcher. Je pense aux Marguerite, allongées dans leur glacial tiroir métallique. A leur odeur, dont je ne parviens pas à me débarrasser, malgré les douches répétées, et pourtant je frotte, je frotte. Sois heureuse. Fais un vœu. Je plaque un sourire sur mon visage, je me concentre. Tout le monde dans cette pièce m’aime et veut me voir rentrer à la maison. Espérant retrouver cette bonne vieille Tessie. Je souhaite ne jamais me souvenir. Je ferme les yeux et je souffle. »

16 ans et des brouettes, Tessie est « celle qui a eu de la chance », la survivante d’une macabre découverte. Elle est la fille Cartwrigh,  la rescapée, retrouvée à peine vivante sur un tas d’ossements humains, tout contre le cadavre d’une étudiante étranglée. Quatre filles en tout, cinq peut-être, « abandonnées lors d’un même voyage ». Dans un champ en friche. Dans une fosse immonde recouverte de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Par un tueur en série. Tessie ne se souvient de rien.

Tessa aujourd’hui. Dix-huit ans ont passé et « tout ce temps [elle] s’est protégée et jusqu’ici tout va bien. [Elle] est heureuse maintenant. [Elle] n’est plus la gamine traumatisée qu’[elle] était à seize ans. »

Un coupable. Terell Darcy Goodwin. Jugé et condamné à la peine de mort grâce au témoignage de Tessie. Il attend son exécution dans le couloir de la mort…

Oui mais voilà, quelqu’un continue de faire pousser des marguerites jaunes aux yeux noirs. A six reprises. Le doute s’installe. Et si le tueur n’était pas Terell ? « Si ce n’est pas lui, alors qui ? »

Une course contre la montre débute. Il faut trouver le coupable coute que coute. Avant l’exécution. Tessa est déterminée. Elle veut savoir. Pour elle, pour sa fille, pour Terell… Pour les Marguerites surtout. Elle leur doit la vérité.

 

C’est un thriller psychologique. Deux voix : Tessie et Tessa prennent en charge le récit, entre hier et aujourd’hui. Reprenant pas à pas, « l’évènement », le traumatisme, l’enquête… Les ombres sont là, tapies, enfouies. La voix des autres Marguerites aussi…

Je suis rentrée dans cette enquête avec moult plaisirs. Très addictif dès les premières pages. Et puis … le drame ! La déception. Totale ! Un dénouement abracadabrant. Mal fichu. Des tonnes d’interrogations qui demeurent… ahhhhh, suis restée complètement sur ma faim ! Enervée même… Aurai tellement voulu … Plus. Mieux. Tellement. Et pourtant, ce policier se lit bien. Les personnages sont toutafé formidables. L’intrigue est rondement menée. Le récit aborde des thématiques fortes, des réflexions notamment autour de la peine de mort et de la justice américaine. Mais ça ne suffit pas, ou du moins, cela ne m’a pas suffit ! Parce que, ce qui fait un polar c’est la chute, le dénouement. Il faut une surprise totale mais une surprise qui tienne la route… Un vertige. Et là… Je ne sais pas, ça ne fonctionne pas, pas chez moi, je suis passée à côté ! Ou je n’ai pas compris !

En espérant que ce polar vous emportera bien plus que moi !

Extrait

« Oh, Marguerite, Marguerite chérie,
Mes vœux sincères jamais je ne pourrai trahir,
Laisse-moi embrasser cette larme je te prie
Je ne veux plus jamais te faire souffrir
Mais si tu parles de moi
Je ferai de Lydia
Une Marguerite aussi. »

Ainsi fleurit le mal, Julia Heaberlin, Presses de la cité, 2016.

 

gplelle

Tungstène (Quintanilha)

Quintanilha © Çà et Là – 2015
Quintanilha © Çà et Là – 2015

« Salvador de Bahia, Brésil, de nos jours. Les chemins de quatre habitants de la ville vont se croiser au pied du Fort de Notre-Dame de Monte Serrat, à l’occasion d’un fait divers. Cajù, un dealer à la petite semaine en galère, Monsieur Ney, militaire à la retraite complètement névrosé et Richard, policier réputé mais mari exécrable en passe de se faire quitter par sa femme, Keira, se retrouvent tous impliqués dans un incident d’apparence anodine, mais qui va vite dégénérer en une situation dramatique » (extrait synopsis éditeur).

« Tungstène, nom masculin, métal lourd dont la couleur varie du gris acier au blanc étain. Le tungstène est le métal ayant le plus haut point de fusion (3422 °C) ». Cette définition du tungstène nous accueille dès le rabat de couverture et laisse à penser que la tension du scénario va lentement monter jusqu’à atteindre son point culminant… le moment où toutes les pièces du puzzle narratif vont s’imbriquer et aboutir au dénouement.

Car il est bien question de puzzle narratif. Marcello Quintanilha, auteur brésilien, propose un polar qui va mettre un certain temps avant de trouver son rythme. Pendant la majeure partie de l’album, le lecteur a l’occasion de suivre les bribes de vie de quatre personnages (trois hommes et une femme) et rien n’indique que leurs parcours respectifs sont amenés à se croiser, excepté en ce qui concerne un jeune rasta (Cajù) et un militaire retraité (Mr Ney). Quant aux deux autres personnages, les passages durant lesquels ils apparaissent ne nous apprennent rien de nouveau sur l’espèce humaine ; la femme marasme dans son envie de rompre son mariage, l’homme saute d’anecdotes en anecdotes pour faire rire la galerie. Pendant une bonne moitié de l’album, je me suis demandé quel était l’intérêt que tout cela soit porté à notre connaissance… si l’on pouvait espérer que ces éléments soient utiles pour l’histoire que l’on suit.

A défaut de trouver un sens à la présence de quatre personnages aussi différents qu’insignifiants, la lectrice que je suis a fait un réel effort pour ne pas abandonner sa lecture. Un choix qui a finalement été payant mais il a fallu attendre la moitié de l’album pour le constater. In fine, on est pris dans le rythme, on apprécie les sauts de puce que l’auteur nous force à faire ce quatuor d’individus. Pour autant, il faudra accepter les lourdeurs de certains passages. L’auteur a tendance à insister sur un désaccord, sur un quiproquo, un doute…

Les dessins de Marcello Quintanilha sont très lisibles. Ils permettent de se repérer facilement, situer chacun des personnages et les différents contextes dans lesquels ils évoluent. Pour autant, le trait n’est pas séduisant. L’utilisation du noir et blanc est classique, aucune illustration ne régale les pupilles. J’ai trouvé l’ambiance graphique d’une fadeur décevante alors que le rythme narratif finit par trouver son équilibre et tenir le lecteur en haleine.

pictobofUn polar que j’ai lu sans conviction. Il faut s’accrocher pour investir les personnages, accepter leurs travers et leurs faiblesses. On peine à entrer dans l’univers et même si l’on finit par investir les personnages, c’est en s’accrochant au livre que l’on y parvient. Au passage, il sera question de corruption, de drogue, de deal, de violences policières et de violences conjugales… trop de sujets effleurés qui éparpillent le lecteur. En France, cet album a été nominé à plusieurs reprises (Sélection Polar Festival d’Angoulême 2016, Sélection Prix de la BD FNAC 2016, Sélection Grand Prix de la critique ACBD 2016) et j’avoue ne pas comprendre l’engouement pour ce travail.

Les chroniques d’OliV, de Lo, d’Alfie’s mec et de Baptiste.

Tungstène

One shot

Editeur : Çà et Là

Dessinateur / Scénariste : Marcello QUINTANILHA

Traduction de Christine ZONZON et Marie ZENI

Dépôt légal : août 2015

ISBN : 978-2-36990-215-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Tungstène – Quintanilha © Çà et Là – 2015