L’Emouvantail (Dillies)

Excédé par la présence d’oiseaux qui n’avaient de cesse de piller ses semailles, un fermier décide d’installer un épouvantail dans son champ.

Et voilà le mannequin planté en rase campagne, grossièrement vêtu de vieilles loques trouées et dont la seule coquetterie consiste en la présence d’un gros bouton rouge placé au niveau du torse. Sous son chapeau de paille aux larges bords, l’épouvantail a donc la lourde responsabilité de faire peur aux gourmands volatiles.

 

« Certains disent que le fermier avait tellement mis de cœur à l’ouvrage dans sa confection qu’il lui avait donné vie… »

Le hic – et il est de taille – c’est que notre épouvantail n’est pas un mannequin banal. Pour une raison inconnue, il vit, respire, ressent et… est très émotif. Comble de tout : s’il désire par-dessus tout mener à bien la mission qui lui est confiée, il déteste devoir faire peur. Alors il demande à Maître Chat qui passait par là de lui apprendre. Très vite, le matou lui enjoint de changer.

« – Mais, changer quoi !?

– Te changer, toi !

– Me changer, moi ? … mais en quoi ? »

Notre émouvant épouvantail va donc devoir entreprendre un important travail de remise en question. Y parviendra-t-il ?

Si j’aime énormément le travail de Renaud Dillies et la musicalité de son monde anthropomorphe (que l’on retrouve dans « L’Emouvantail » mais pas de manière aussi marquée qu’habituellement), je n’ai pas été conquise par ses derniers albums. « Loup » m’a laissée sur ma faim. « Alvin » m’a touchée mais timidement et si « Saveur Coco » m’a surprise grâce à sa tendre absurdité, je n’ai pas retrouvé l’intensité des sensations procurées par la lecture d’albums aussi sublimes que « Abélard » ou « Betty Blues » pour ne citer qu’eux.

Et voilà ce troublant et fragile émouvantail qui pointe son nez dans un petit format à l’italienne. Un album qui annonce la couleur jeunesse dès le début en s’affichant dans le catalogue des Editions de La Gouttière.

Oh ! ❤

Pépite magique !

L’alchimie opère immédiatement entre le personnage et son lecteur. Avant même que notre épouvantail ait eu le temps de prononcer son premier mot, l’accroche est déjà réelle avec cet univers imaginaire. Contenues entre les lignes de la voix-off qui s’exprime dans la première planche, des petites bulles de plaisir se mettent à virevolter, à pépier leur douce mélodie à nos oreilles. On les attrape, on les savoure et on réfrène notre envie de dévorer l’album pour profiter des moindres détails narratifs et graphiques qui nous sont offerts.

C’est donc dès le premier coup d’œil que l’on tombe en amour pour ce sympathique émouvantail. Son généreux sourire, son regard bienveillant, sa silhouette longiligne un peu pataude, sa fragilité et ses moues de tristesse ne laissent pas indifférent. Son rapport au monde également n’est pas sans nous séduire. Altruiste, il va chercher un moyen d’agir qui permettrait de satisfaire tout le monde. Pour le jeune lectorat, il délivre un message optimiste et fait preuve de courage.

Passant d’une émotion à l’autre comme les enfants, l’émouvantail nous entraîne en quelques cases à se dévêtir de son naturel joyeux pour expérimenter tour à tour le désarroi, la colère, l’intimidation, le doute… Mais chasser le naturel et il revient au galop !

Un joli coup de cœur pour commencer cette année de lecture. Un album jeunesse qui, à n’en pas douter, va émouvoir plus d’un lecteur !

L'Emouvantail
One shot
Editions de La Gouttière
Dessinateur & Scénariste : Renaud DILLIES
Dépôt légal : janvier 2019, 32 pages, 10.70 euros
ISBN : 979-10-92111-90-3

Hänsel & Gretel (Le Hir)

Il fait nuit noire dans cette froide forêt où les loups rôdent. Tapie à l’orée des bois, une petite masure s’apprête à repousser les frimas de l’hiver. A l’intérieur, une famille s’apprête à passer à table. Autour de ce modeste repas qu’ils vont partager, un père, ses enfants et leur odieuse marâtre. Cette dernière n’envisageait qu’une seule solution pour faire face à la misère : abandonner les enfants dans la forêt. Le père ne s’y opposait fermement mais la femme était obstinée. Elle finit par parvenir à ses fins.

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Hänsel & Gretel – Le Hir © Mosquito – 2013

C’est ainsi qu’Hänsel et Gretel se retrouvèrent seuls dans le grand bois. Le frère et la sœur errèrent plusieurs heures avant de tomber nez-à-nez sur un drôle de papillon bleu qu’ils décidèrent de suivre. Le papillon les guida jusqu’à une magnifique maison faite en pain d’épices

Une sombre histoire d’abandon d’enfant, de belle-mère haineuse, de petits cailloux, d’un père aimant et d’une diabolique maison en pain d’épice… (synopsis éditeur).

Alors que la première moitié de l’album nous fait évoluer dans un décor neigeux et froid, où les ombres terrifiantes de la nuit invitent les deux petits héros à se blottir l’un contre l’autre pour se rassurer, se protéger… la seconde moitié nous invite à poser les yeux sur des décors chatoyants. Le contraste entre la rigueur hivernale et la joie printanière.

Louis Le Hir adapte avec brio ce conte des frères Grimm. Bien que nous connaissions déjà l’histoire, l’auteur nous emmène sans difficultés revisiter cet univers fantastique. Le travail de Jean-Louis Le Hir à la couleur atténue la rugosité de l’univers tout en donnant moult détails quant aux sons, aux humeurs, aux températures, aux souffrances… qui entourent Hänsel et Gretel.

On dévore cet album comme si on découvrait l’histoire pour la première fois.

Hänsel & Gretel
One shot
Editions Mosquito dans la collection Lily Mosquito
Auteur (scénario & dessin) : Louis LE HIR
Planches mises en couleurs par Jean-Louis LE HIR
Dépôt légal : février 2013, 46 pages, 13 euros
ISBN : 978-2-35283-099-0

I kill Giants (Kelly & Niimura)

Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Barbara n’est plus tout à fait une enfant, pas encore une adolescente.

A l’école, Barbara n’y va pas par quatre chemins. Pourvue d’un bon sens de la répartie, la jeune fille dit ce qu’elle pense et cela ne plaît pas à l’équipe enseignante. Avec ses attitudes bizarres, ses lubies étranges et le fait qu’elle soit toujours le nez dans ses livres, les autres enfants préfèrent l’ignorer. Il n’y a que Taylor – la caïd de l’école qui rackette et tabasse tous ceux qui passent à sa portée – qui s’intéresse à Barbara, mais ses tentatives d’intimidation ne marchent pas sur Barbara, ce qui rend Taylor encore plus hargneuse.

A la maison, le rythme est assez soutenu ; entre sa grande sœur qui partage sans cesse les anecdotes de son travail, son frère qui est le parfait cliché de l’adolescent à l’humour douteux et qui se laisse vivre… et tout le reste… Barbara a vite pris l’habitude de s’échapper dans son monde imaginaire. Elle est convaincue qu’une attaque de géants est imminente. Elle cherche à alerter les adultes mais rien n’y fait, les autres restent sourds à ses propos.

Il n’y a bien que Sophia, son amie, et la nouvelle psychologue de l’école, Mme Mollé, qui semblent s’intéresser à ce que pense Barbara…

La présentation de l’éditeur m’avait totalement emballée. Tout à fait le genre de résumé capable de vous donner envie de plonger dans la lecture en un temps record et de vous convaincre que vous allez vous régaler de bout en bout dès que la lecture sera commencée.

Dès que j’ai eu l’album, je me suis donc lancée… et j’ai douté, me demandant si cet album était pour moi. L’album se découpe en plusieurs parties et les deux premiers chapitres m’ont vite fait changer mon fusil d’épaule. Le scénario y est saccadé et j’ai eu du mal à cerner le personnage principal. Il nous manque des éléments pour pouvoir faire des liens entre les différentes scènes, on passe parfois du coq à l’âne. La lecture du premier chapitre fut pour moi douloureuse et j’en suis sortie perplexe.

Butée comme je suis, j’ai tout de même poursuivi, grinçant des dents et soufflant, d’autant que le second chapitre confirme amplement mes premières impressions.

J’ai poursuivi encore… troisième chapitre… même tonalité et même ambiance influencées par la présence de cette enfant – Barbara – qui n’a pas toute sa tête. Elle dégage une forme d’étrangeté mêlée à une forme d’hypermaturité. Elle est obnubilée par un unique sujet : les géants. Elle sait tout d’eux : leurs points faibles, leurs motivations, pourquoi apparaissent-ils et comment les combattre. Rien ni personne ne semble être en mesure de la faire revenir à la réalité et de l’intéresser pour des sujets beaucoup plus terre-à-terre comme sa scolarité. Perchée. Son monde imaginaire chevauche la réalité. Barbara semble glisser lentement vers la psychose.

Et puis soudain, un élément est lâché dans le récit et intrigue. Au beau milieu du troisième chapitre arrive peu à peu ce qui va donner du liant à l’ensemble. Certes, on trouve vite l’enfant très touchante, un peu drôle sous ses airs hallucinés et ses oreilles d’animaux qu’elle se met en permanence sur la tête. Mais il y a soudain, un fil que l’on attrape.

Un fil qui intrigue.
Un fil prometteur qui nous convainc de poursuivre.

Les dessins de J.M Ken Niimura nous avaient préparés mais je n’avais pas correctement saisi jusqu’à ce moment où j’ai compris la métaphore des géants… et le scénario de Joe Kelly prend sens. Ensuite, vous connaissez cela aussi bien que moi : on est totalement pris par l’histoire et on tourne les pages avec la curiosité de celui qui veut connaître la suite. On s’appuie sur les émotions de la fillette et c’est vraiment là, dans cette boule d’énergie incontrôlée, que tout ce joue. Et c’est rudement bien mené.

Cette série avait été éditée une première fois en français sous le titre Je tue des géants ; le premier tome était passé inaperçu et je pense que c’est pour cette raison que l’éditeur n’avait pas poursuivi le projet. Ici cette fois, le label Hi Comics s’est saisi de l’œuvre et le propose d’entrée de jeu dans un volume intégrale. Il me semble que ça vaut le coup de découvrir.

Une « BD de la semaine » parmi la sélection d’albums que les bulleurs ont partagés aujourd’hui. Pour retrouver toutes les participations du jour, rendez-vous chez Moka !

I kill Giants

One shot
Editeur : Bragelonne
Collection : Hi Comics
Dessinateur : JM Ken NIIMURA
Scénariste : Joe KELLY
Dépôt légal : mai 2018
177 pages, 19.90 euros, ISBN : 978-2-8112-2398-4

Bulles bulles bulles

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I kill Giants – Kelly – Niimura © Bragelonne – 2018

Ceux qui restent (Busquet & Xoül)

Busquet – Xoül © Guy Delcourt Productions – 2018

Des centaines d’histoires commencent ainsi. Une nuit tranquille et dégagée, la lune brillant dans une mer d’étoiles, l’enfant de la maison dort paisiblement quand soudain, une étrange créature entre dans sa chambre… Et lui fait une incroyable demande que l’enfant accepte, excité par l’incroyable et passionnante aventure qu’on lui propose !
– Ben, réveille-toi ! Non, non, tu ne rêves pas. Je suis un Wumple et je viens du royaume d’Auxfanthas. Notre royaume est en danger, toi seul peux nous sauver. Nous aideras-tu ?
Un rêve devenu réalité pour l’enfant… mais un véritable cauchemar qui commence pour ses parents. »

Mais cette fois, nous n’allons pas partir dans le récit d’aventure aux côtés de l’enfant, mais rester et partager cette interminable attente de son retour aux côtés de ses parents.

L’histoire de Peter Pan continue d’être revisitée sous un autre angle, d’autres déclinaisons. Ici, c’est donc sous la forme d’une enquête de police que nous allons vivre cet épisode. Les enquêteurs explorent les pistes qui s’offrent à eux : enlèvement, fugue… quelle est l’hypothèse à retenir ?

Josep Busquet campe son intrigue dans les années 30. Loin de l’effervescence médiatique que les journalistes sont aujourd’hui capables de produire, le scénariste fouille et dissèque ce drame familial jusqu’à attraper un fil ténu qu’il ne lâchera pas. Il sème le doute et malaxe lentement notre perception des choses, nous conduisant jusqu’à croire en l’incroyable et prendre pour acquis les solutions qui s’offrent aux parents pour faire face à l’absence de leur enfant.

Le narrateur, observateur anonyme de cette histoire, rappelle d’ailleurs très bien que pléthores d’histoires envoient des enfants sauver des mondes imaginaires et les êtres qui les peuplent. Mais rares sont celles qui restent dans « la réalité » pour parler de ce que vivent les parents à la suite d’une disparition soudaine de leurs bambins.

Le scénariste nous fait observer ces parents. Qui sont ces individus qui parviennent à construire des familles « parfaites » , semblent aimants et sont – forcément – profondément affectés par cette disparition inexpliquée ? Sont-ils des être retords et finalement… malsains ? Comment expliquer les absences répétées ? Jusqu’au retour de l’enfant chéri réapparaisse, la bouche remplie du récit de ses aventures et de personnages qui semblent directement sorties des histoires d’héroïc-fantasy. Lentement, l’auteur instille quelques tumeurs dans son récit : psychose ? maltraitance ?

Josep Busquet réalise donc un conte désenchanté magnifiquement illustré par Xoül. L’illustrateur choisit des couleurs sombres qui maintiennent – de bout en bout du récit – une certaine mélancolie grâce aux teintes bruns-bleus-violines qui sont utilisées. C’est peut-être « à cause » de cette ambiance graphique légèrement austère que je suis restée à observer le déroulement des événements. Mais bien que cette lecture de fut pas un coup de cœur, j’ai pourtant pris du plaisir à tourner les pages, totalement captivée par la tournure que prend l’histoire.

Le sujet est trompeur mais cet album n’est pas à classer dans le registre jeunesse. C’est original et vraiment bien trouvé… et le dénouement fait froid dans le dos.

La chronique d’Anaïs, La petite créature.

Ceux qui restent

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Alex XOÜL
Scénariste : Josep BUSQUET
Dépôt légal : mars 2018
128 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-5262-5
L’album sur Bookwitty

Bulles bulles bulles…

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Ceux qui restent – Busquet – Xoül © Guy Delcourt Productions – 2018

Bleu amer (Denné & Ladame)

Denné – Ladame © La Boîte à Bulles – 2018

« Printemps 1944, archipel de Chausey, au large de la côte normande. Depuis quatre ans, la France est occupée par l’Allemagne nazie. Les îles ne présentent pas d’intérêt stratégique pour l’occupant. Les Chausiais vivent hors la guerre. Seule une patrouille allemande surveille et ravitaille Grande Ile » … c’est sur ces mots que s’ouvre l’album.

Dans ce monde silencieux entouré d’eau, un homme est parti pêcher pendant que sa femme l’attend sur le rivage. Elle observe l’horizon, elle patiente et parvient difficilement à tromper l’ennui.

Un monde où les perspectives de chacun sont limitées, les semaines sont rythmées comme du papier à musique. Un monde en huis-clos et cet isolement-là rend les gens amers. Pêcher, retrouver les autres au bar du village, rentrer chez soi… puis retourner pêcher. Les hommes ont vite fait de s’emmurer dans leurs pensées. Les jours se suivent et se ressemblent et puis un jour, un soldat américain chute sur les rochers, non loin du rivage. Il parvient à s’enrouler dans son parachute avant de perdre connaissance. Nombreux sont ceux qui l’auraient laissé là mais en voyant son corps inerte, et malgré la présence des Allemands, Pierre décide de lui venir en aide. L’arrivée de cet Américain sous son toit va créer des tensions au village. Et son épouse, Suzanne, à qui il avait demandé de soigner l’Américain, n’est-elle pas plus souriante qu’à l’accoutumée ?

On dirait que Sophie Ladame a réalisé ses croquis pris sur le vif sur du papier craft, de vieilles cartes de navigation maritime ou des cartons. La trame du papier, sa couleur tabac qui s’impose est mêlée aux crayonnés qu’un coup de pinceau vient généreusement enrichir de bleus (bleu ciel le plus souvent) et aux légères touches de blanc. La veine graphique donne de suite une ambiance hors du temps dans laquelle on s’engouffre tête baissée. La mer, sa ligne d’horizon souvent cassée par les vagues et les mâts des bateaux font partie intégrante du paysage. Ils sont omniprésents. Çà et là les aspérités et les reliefs du carton (et notamment son cannelage) s’invitent dans la danse graphique … une touche d’originalité supplémentaire.

Tout en retenue, le scénario de Sylvère Denné est discret, presque muet. Il se pose à peine sur les planches, laissant libre court à notre imagination. Il complète avec parcimonie les détails graphiques déjà généreux. De fait, on a là une musicalité narrative et une belle harmonie entre le texte manuscrit et les illustrations tantôt peintes tantôt esquissées. Ces dessins me donnent envie de tenir les originaux en main ! Une qualité naturelle, à l’état brut, sans retouche, sans froufrous…

Un album qui n’est pas bien bavard mais magnifique ! Allez-y sans crainte, cet album-là mérite bien plus qu’un simple coup d’œil.

Hop ! Un petit tour chez Noukette qui accueille aujourd’hui la bande des bulleurs de la Bd de la semaine.

Bleu amer

One shot
Editeur : La Boîte à Bulles
Collection : Hors Champ
Dessinateur : Sophie LADAME
Scénariste : Sylvère DENNE
Dépôt légal : janvier 2018
130 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-84953-295-9

Bulles bulles bulles…

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Bleu amer – Denné – Ladame © La Boîte à Bulles – 2018

Seule (Lapière & Efa)

Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Espagne, fin de l’été. Dans ce village de Catalogne, le calme n’est qu’apparent. Ailleurs, aux portes de ce village, la guerre gronde.

Lola a sept ans et ne se rappelle plus de ses parents. Séparée d’eux depuis trois ans pour une raison qui lui échappe, elle baguenaude à la manière des enfants.

Tous les soirs, allongée sur sa paillasse faite de feuilles de maïs séchées, l’enfant faisait des exercices de mémoire. Elle cherchait à ne pas oublier les visages de sa mère et de son père. Ce n’est pas facile de lutter contre le temps, ce n’est pas ce qui est demandé à une enfant de cet âge-là.

Les jours se suivent et Lola regarde les cochons et s’amuse avec des riens. Son grand-père lui a expliqué que le pays était en guerre mais Lola, du haut de ses sept ans, n’y comprend pas grand-chose. Et puis de guerre ici, elle ne voit rien. La vie se poursuit comme avant.

Jusqu’au jour-où la guerre devient une réalité. Où le bruit des bombes lâchées par les avions franquistes fait trembler les murs des maisons en pleine nuit, détruisant tout et obligeant les villageois à prendre la fuite. S’ouvre alors une période de sa vie où Lola va devoir apprendre à vivre dans les bois avec ses grands-parents pour tenter de survivre.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on apprend que « L’histoire de Seule est basée sur les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa, qui lui a raconté son incroyable périple à travers un pays en guerre » .

Ricard Efa dessine. Il nous montre ces paysages d’une autre époque, d’un temps où notre partie du continent ne trouvait pas encore le repos pacifique comme aujourd’hui. Vivre dans un pays occupé, dans un pays déchiré, nous ne connaissons plus. C’est délicatement que l’illustrateur nous montre l’envers du décor, qu’il accompagne un scénario qui contient bien plus de violence que ces tableaux qui s’exposent à notre regard. Nous ne sommes pas heurtés par les affres de la guerre. Le dessin est délicat, les couleurs sont printanières, Lola est rayonnante et échappe aux griffes du conflit et cela est en grande partie dû à son jeune âge. On évolue comme dans un tableau de Monet (peintre sur lequel il avait travaillé à l’occasion d’un précédent album réalisé avec Salva Rubio). Des touches de lumière se posent naturellement sur la végétation et adoucissent la chaleur étouffante de l’été.

La guerre découpe les familles.

Denis Lapière quant à lui couche si bien sur papier le témoignage de Lola qu’on a l’impression qu’il la connaît personnellement. Son meilleur récit reste pour moi « Le Bar du vieux français » mais j’ai retrouvé ici cette étroite relation avec le personnage permettant une forme d’attachement. Est-ce le fait que l’héroïne est une enfant qui provoque ainsi autant d’empathie chez le lecteur ? Quoi qu’il en soit, voilà une belle plongée teinte de nostalgie dans les méandres de la guerre civile espagnole.

Un témoignage tout en douceur qui ouvre une fenêtre sur un épisode douloureux de l’histoire espagnole. J’ai bien aimé.

La chronique de Mylène.

Seule – D’après les souvenirs de Lola

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Ricard EFA
Scénariste : Denis LAPIERE
Dépôt légal : janvier 2018
72 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-7548-2099-8

Bulles bulles bulles…

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Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018