Chroniks Expresss #22

Je liquide quelques brouillons d’article qui ne verront jamais le jour. Souvent, j’ai pris trop de temps pour finaliser mon écrit et la lecture s’est déjà échappée… Je n’ai aucun regret si ce n’est pour l’ouvrage de Lola Lafon auquel j’aurai aimé rendre un meilleur hommage car il n’a pas sa place dans cette courte liste d’ouvrages.

Voici donc un petit bilan de quelques lectures faites çà et là :

BD : En descendant le fleuve et autres histoires (Gipi ; Ed. Futuropolis, 2015), Charly 9 (J. Teulé & R. Guérineau ; Ed. Delcourt, 2013), La Crise, quelle crise ? (Collectif ; Ed. de la Gouttière, 2013), Otto (F. de Decker ; Kramiek, 2014), Panthers in the Hole (D. Cénou ; La Boîte à bulles, 2014).

Romans : La petite Communiste qui ne souriait jamais (L. Lafon ; Ed. Actes Sud, 2014), Mama Black Widow (I. Slim ; Editions Points, 2012), Exploration sur le terrain du sexe ukrainien (O. Zaboujko ; Intervalles, 2015).

 

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Bandes dessinées

Gipi © Futuropolis – 2015
Gipi © Futuropolis – 2015

« Confrontés à la beauté sauvage de la nature comme de la ville, les personnages de Gipi, le plus souvent adolescents, sont en quête d’eux-mêmes. Publiés pour la première fois en volume, ces douze récits sont autant de fulgurances de la vie bien dessinée de l’auteur. Gipi accompagne le sillon de nos vies, travaille le motif de la mémoire et du passage d’un âge à l’autre, ses thèmes favoris que, de titres en titres il file, tissant ainsi le motif universel du temps qui passe… Chez Gipi, les hommes ont aussi le défi d’être heureux dans le présent mais le souvenir d’un drame est souvent plus fort. Trait simple et texte à l’os ; on se souvient longtemps de ses histoires de petits héros ordinaires… » (synopsis éditeur).

Un recueil de huit nouvelles.

La première nouvelle donne son nom à l’album. Deux hommes en canot, ils descendent la rivière jusqu’à la mer. Parcours difficile en raison des intempéries. La pénibilité de la tâche est compensée par le plaisir d’être ensemble et la beauté des paysages traversés. Beaucoup de silences et de respirations graphiques. D’une page à l’autre, le temps est laissé au temps, celui d’un voyage fluvial sans heurts et le travail d’illustration réalisé à l’aquarelle donne une impression de quiétude, une sorte d’harmonie entre l’homme et la nature, deux hommes parfaitement en accord d’ailleurs jusqu’à ce qu’ils décident de faire une halte dans une maison abandonnée. Au réveil, la tension accumulée par la nuit passée en ce lieu brise l’osmose entre eux, au point qu’ils ressentent le besoin de se séparer – le temps d’une journée – pour évacuer la tension accumulée durant la nuit. Solitude. Puis, les retrouvailles les conduisent dans un havre de paix que seules des sirènes fréquentent… métaphore. Voix-off, celle du journal intime, celle du témoignage, des mots que l’on couche sur le papier pour ne garder que pour soi. Aucun échange, seulement du narré sous le filtre de celui qui écrit. Un journal vivant, enrichit d’aquarelles réalisées lors du voyage. Un carnet de voyage.

Peu de récits se détachent du « lot » durant la lecture. Aucun fil rouge ne les relie excepté l’inspiration de l’auteur, ses errements silencieux, ses pensées… Des scénarios pas toujours construits, certains semblables à un premier jet qui mériterait d’être développé.

« C’était sûrement une idée pour une histoire. Un de ces trucs qui te rentrent dans la tête, tu sais pas pourquoi, mais qui ne partent plus »

Des notes sorties de carnets de croquis que l’auteur transporte sur lui en permanence. Des idées pour plus tard et puis des projets succèdent aux projets. Des histoires laissées en jachère que Gipi partage dans cet album patchwork. Croquis, aquarelles, pinceaux… tout y passe. Les souvenirs d’adolescence et de beuveries, les fictions à l’état pur, des sujets plus engagés comme celui des migrants, des univers oniriques. Le sexe, l’amitié, l’amour, le deuil… Autant de friches narratives que le lecteur peut ainsi découvrir. Un travail d’une rare sincérité que certains trouveront intéressants. Pour ma part, je n’ai pas accroché.

« Les dessins qui sont sur cette page ont été faits au stylo, ce même stylo avec lequel j’écris cette brève (inutile) note d’introduction. Ils ont été faits ces jours-ci. Mais l’histoire du boxeur, elle, est très vieille, elle date du siècle passé. Je me souviens bien de l’époque où je l’ai dessinée. C’était une sale période. J’étais dans la merde. Mon éditeur d’alors me téléphonait pour savoir comment avançait l’histoire et je répondais : “Bien.” La fin ? Énorme. Forte. Tout roule. »

 

Teulé – Guérineau © Guy Delcourt Productions - 2013
Teulé – Guérineau © Guy Delcourt Productions – 2013

« Charles IX fut de tous les rois de France l’un des plus calamiteux. À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint- Barthélemy qui épouvanta l’Europe entière. Abasourdi par l’énormité de son crime, il sombra dans la folie. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous… Pourtant, il avait un bon fond » (synopsis éditeur).

Adapté du roman éponyme de Jean Teulé, ce récit n’est pas une biographie de Charles IX mais une interprétation libre (dont la chronologie est cadrée par des faits réels) des deux dernières années de la vie du roi. Le récit commence à la veille du 24 août 1572, nuit funeste de la Saint-Barthélemy durant laquelle plus de deux mille protestants furent assassinés… La nouvelle du massacre se répand comme une trainée de poudre en France où d’autres meurtres seront commis (le nombre de protestants tués en Province est impressionnant). Le livre se referme sur les funérailles du roi.

Jean Teulé met en avant la personnalité de cet homme qui n’avait pas la carrure d’un roi. Un souverain plus disposé à promouvoir la culture qu’à parler de politique. Le scénario nous plonge dans les guerres de religions ; d’ailleurs, le ton est donné dès le début de l’album puisqu’il débute à la veille du massacre de la Saint-Barthélemy. On côtoie un monarque manipulé par sa mère (Catherine de Médicis), mis à mal par les prises de position de ses frères qui briguent son trône et insatisfait de son union avec Elisabeth d’Autriche.

Je ne sais pas si cette adaptation de Richard Guérineau est fidèle au roman éponyme de Jean Teulé. En revanche, je peux dire que j’ai trouvé le scénario laconique. Certes, il permet de suivre un fil narratif cohérent où l’on assiste à la lente descente aux enfers du personnage principal. Dès lors qu’il ordonne le massacre de la Saint-Barthélemy, il sera rongé par le remord et envahit par la folie (hallucinations visuelles, attitudes étranges, crises de colère…). Sa fascination pour la mort finit par le dévorer. L’auteur injecte régulièrement des anachronismes dans le récit ; celui qui m’a le plus marqué est certainement le passage dans lequel l’auteur montre que les conflits actuels (état islamique versus le reste du monde) ne sont en rien différents des guerres de religion de l’époque. La haine que se vouent les hommes en raisons de divergences de croyances religieuses est vieille comme le monde.

 

Collectif © La Gouttière – 2013
Collectif © La Gouttière – 2013

« Elle est là, parmi nous, depuis longtemps recyclée par toutes les idéologies, dans les éléments de langage des politiques, à la une des médias, omniprésente au café du coin. Mais c’est quoi cette crise ? La fin d’un système, le début d’un âge nouveau, un mal français, un spasme planétaire ?

Pour tenter de s’approcher d’elle, de la définir ou de s’en moquer, dix-huit auteurs de bande dessinée livrent leur regard, personnel et inévitablement impliqué, sur le monde qui nous entoure…

La Crise, quelle crise ?, ce sont dix histoires tournant autour de cette idée qu’il y aurait mille et une façons de vivre la crise, selon l’endroit où on se trouve, et donc mille et une façons d’en parler…

Dans chacune des histoires, l’un au moins des auteurs vit et travaille en Picardie. » (synopsis éditeur).

Dix nouvelles qui abordent sous différents angles un problème de société majeur et qui touche pêle-mêle à des sujets comme le chômage, la précarité, l’immigration, la spéculation, le capitalisme…

Tandis que les uns tentent difficilement de joindre les deux bouts, les autres jonglent avec les profits et cherchent à capitaliser davantage. Et si les plus précaires se débattent parfois vainement pour garder la tête hors de l’eau, les autres ont parfois conscience de leur chance et veillent à rester du bon côté de la « frontière » (et je ne parle pas là des privilégiés qui brassent l’argent comme on brasserait un tas de billes).

« La crise, quelle crise ? » permet de regarder les conséquences multiples de la crise. Ainsi, on va s’attendrir à la situation d’un père célibataire qui se laisse reconduire à la frontière avec son fils, laissant définitivement derrière lui ses illusions mais protégeant coûte que coûte les rêves d’enfant de son fils. On s’agace à la vue de ces jeunes traders qui ont décidément une vision tronquée du monde dans lequel ils vivent. Le matraquage médiatique continu qui passe sans transition des dégâts causés par un tsunami à la sortie du dernier Mario Bros, les images d’un enfant en train de mourir de faim ou celles du G20.

« Et au final, il ne restera rien d’autre que ma retraite de gérant de PME : plafonnée à 1200 euros net. Pas de stock option ou de parachute doré ici. On ne vit pas tous le même patronat »

L’ouvrage se referme sur un ultime récit, le plus remuant me concernant, qui imagine le déroulement d’un jeu télévisé des plus cyniques. Intitulée « Crisonomics », cette histoire réalisée par Philippe Thirault et Emem nous fait vivre une émission dans sa globalité. « Le jeu était un quiz sur la crise. Comme celles de la crise, les conséquences de Crazy Crisis n’étaient pas anodines. En cas d’échec, il y avait la sanction. Et elle était radicale. Mais même en cas de succès à une étape du jeu, il était impossible pour le candidat de s’arrêter. A chaque niveau réussi, une roue tournait et le hasard seul décidait ». Aussi malsain et aussi prenant que « Running man », des dérives médiatiques que l’on sait possible tant qu’il y aura des gens qui croiront encore à l’Eldorado providentiel… bien vu !

Auteurs : Alex-Imé, Noredine Allam, Emmanuel Baudry, Greg Blondin, Damien Cuvillier, Raoul Douglas, Emem, Fraco, Hardoc, Kris, Denis Lachaussée, Nicolas Lochon, Guillaume Magni, Luc Perdriset, Renard, Sylvain Savoïa, Philippe Thirault, Dominique Zay

De Decker © Kramiek – 2014
De Decker © Kramiek – 2014

J’ai remporté cet album l’année dernière via le Loto BD 2015 consacré aux albums muets (il était animé par Val). J’ai mis un temps certain à le lire et un peu hésité à en parler, ne voulant pas froisser la personne qui me l’a offert.

« Otto » est une série de Frodo De Decker qui a débuté en 2014 aux éditions Kramiek. C’est un recueil d’histoires courtes qui mettent en scène Otto – personnage principal relativement malchanceux. Le pauvre se retrouve dans des situations si incroyables qu’elles en perdent toute crédibilité et le degré d’humour employé est si lourds que les déboires d’Otto finissent par le rendre pathétique.

Quarante-huit pages durant nous assistons donc à une succession de gags. L’épopée ne souffre aucun temps mort de fait, nous manquons rapidement de souffle durant la lecture. Durant un bon tiers de l’album, de nouveaux personnages secondaires apparaissent, ce qui ajoute de la confusion à la confusion ambiante. Par la suite, on parvient à se familiariser avec chacun d’entre eux et l’on sera moins déstabilisé lorsqu’ils réapparaitront. L’état d’esprit de chaque protagoniste se résumerait à « chacun tente de tirer son épingle du jeu » car leur vie est souvent en jeu. En chemin, on rencontrera une baleine, un aigle, un pauvre singe, un capitaine d’arche (Noé ?), des extra-terrestres… et cette joyeuse clique va se croiser/se quitter/se tirer dans les pattes… en permanence. J’ai souffert…

Ça donne le tournis. Je ne comprends pas le but du jeu et je n’adhère pas à cet humour gras. De la découverte certes, mais je ne poursuivrais pas.

Cénou – Cénou © La Boîte à bulles – 2014
Cénou – Cénou © La Boîte à bulles – 2014

« Activistes et membres des Black Panthers, Robert Hillary King, Albert Woodfox et Herman Wallace se sont engagés pour la défense de leurs droits humains au sein même de leur centre de détention dit d’Angola, en Louisiane. Placés à l’isolement en 1972 après avoir été – a priori – injustement accusés du meurtre d’un gardien du pénitencier, le plus « chanceux » des trois, Robert King a été libéré en 2001. Herman Wallace aura, lui, peu profité de sa liberté puisqu’il est décédé le 4 octobre 2013, soit 3 jours à peine après sa remise en liberté. Quant à Albert Woodfox, il reste encore détenu…

Inspiré entre autres par le témoignage direct de Robert King (que les auteurs ont rencontré), Panthers in the hole reprend l’histoire de ces hommes pour en faire un récit poignant sur la ségrégation raciale aux États-Unis et sur l’inhumanité des conditions d’incarcération imposées à nombre de détenus, aux États-Unis… et ailleurs dans le monde » (synopsis éditeur).

Après avoir répondu à un appel à projet d’Amnesty International, David Cénou (Mirador – Tête de mort) se lance dans la réalisation graphique de cet album. Pour se faire, il collabore avec son frère, Bruno Cénou ; ce dernier se penche sur le scénario. Un premier tiers de l’album est dédié à la présentation des « trois d’Angola » : leur parcours jusqu’à leurs arrestations musclées et leur condamnation abusive. Chacun relate des conditions de détention extrême où l’on se demande par quel miracle ils n’ont pas sombré dans la folie. Le dessin charbonneux sert parfaitement le propos.

« Les trois d’Angola » se rencontrent en prison, lieu où ils se sensibiliseront au mouvement des Black Panthers… Les idéaux du mouvement vont être un fil rouge durant leur longue incarcération. Malgré les coups et les passages à tabac, ils n’hésiteront pas à militer pour dénoncer des règles carcérales abusives.

Un ouvrage didactique intéressant.

 

Romans

La petite communiste qui ne souriait jamais – Lafon © Actes Sud – 2014

Lafon © Actes Sud – 2014
Lafon © Actes Sud – 2014

« Retraçant le parcours d’une fée gymnaste qui, dans la Roumanie des années 1980 et sous les yeux émerveillés de la planète entière, mit à mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman dont la lecture politique n’épargne ni le bloc de l’Est ni la version falsifiée qu’en donnait à voir l’Occident délivre une passionnante méditation sur l’invention et l’impitoyable évaluation du corps féminin. » (synopsis éditeur)

Superbe ouvrage qui s’ouvre sur une note de l’auteure dans laquelle elle précise de façon explicite que le récit « ne prétend pas être une reconstitution historique précise de la vie de Nadia Comaneci. Lola Lafon réalise ici une libre interprétation de la vie de l’athlète, « l’échange entre la narratrice du roman et la gymnaste reste une fiction rêvée ». Une mise en garde nécessaire qui avertit donc le lecteur quant au contenu de ce qu’il va découvrir puis, la page se tourne, l’histoire commence et la magie opère. Le style de Lola Lafon est généreux en métaphores. Il emporte le lecteur dans le tourbillon des compétitions et brosse le portrait d’une fillette de 14 ans qui semble ne pas avoir conscience du danger. Il est enfin si proche du lecteur qu’il parvient à instaurer une forme de complicité entre le narrateur et le lecteur.

Elle jette la pesanteur par-dessus son épaule, son corps frêle se fait de la place dans l’atmosphère pour s’y lover

Le style de Lola Lafon transporte les sensations, l’émotion est à fleur de mots. Elle décrit l’évolution de l’héroïne et sa carrière de gymnaste qui a débuté en 1970 alors que l’enfant n’a que 8 ans. Les entrainements intensifs qui visent à repousser sans cesse les limites du corps au-delà de ce qui est entendable/réalisable. L’ouvrage revient régulièrement sur cette obsession à sculpter le corps féminin, nier les lois de la gravité sous prétexte d’atteindre la perfection (du geste, de la beauté…).

D’autres sujets sont traités comme le choc des cultures entre le bloc de l’Est et l’Ouest (les jeunes gymnastes roumaines sont confrontées à l’opulence capitaliste), les stratégies politiques (où Ceausescu utilise Nadia comme un symbole afin de servir sa propagande), le « marketing » psychologique pour impressionner l’adversaire, la modélisation du corps féminin permettant de répondre aux attentes esthétiques inhérentes à la compétition, l’idéologie politique, les méthodes de rationnement…

PictoOKPictoOKCoup de cœur pour ce roman passionnant. A lire si ce n’est pas déjà fait.

 

 

Slim © Editions Points – 2012
Slim © Editions Points – 2012

« Dans ce monde de Blancs haineux, un nègre vaut moins que rien. Otis, débarqué de son Mississippi natal dans un ghetto de Chicago, se débat entre une mère prête à tout pour quelques dollars, un prédicateur pédophile et des macs toxicos. Et Otis n’est pas seulement noir et pauvre, il est tiraillé entre son cœur qui le porte vers les jolies filles et sa chaire qui réclame de beaux mâles. » (synopsis éditeur).

Un roman écrit avec les tripes qui relate le parcours d’un jeune homme dont on ne sait, finalement, par quel miracle il est sorti vivant et entier de certaines situations qu’il a vécues… comme ce soir où, enivré d’alcool, il accepte de monter dans la voiture d’un beau noir viril qui est parvenu à le séduire… le prédateur profite de l’état semi-comateux de sa proie pour l’attirer dans un bouge, le violer et le passer à tabac. Iceberg Slim raconte un parcours de vie de façon chronologique, sans censure et sans tabou. Une découverte à l’état brut, un livre qui se dévore et dont on ressort un peu sonné. Une découverte faite grâce à Jérôme devant qui je m’incline car je suis bien incapable de parler de ce roman comme il le fait. Allez donc lire sa chronique.

 

Zaboujko © Intervalles – 2015
Zaboujko © Intervalles – 2015

« Tout commence par une histoire d’amour vouée à l’échec avant même ses prémices. La relation passionnelle que partagent un peintre ukrainien et la narratrice constitue une métaphore de l’Ukraine du XXIe siècle. L’héroïne d’ « Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » nous raconte la chute de l’URSS et du modèle soviétique qui a donné naissance à l’Ukraine indépendante, mais qui a également laissé dans ce pays une fracture et un traumatisme encore béants. À travers ses tentatives d’émancipation, la narratrice cherche à comprendre la force d’une identité et l’importance de se détacher du passé. Ce travail de deuil ne renvoie pas seulement au fait d’être ukrainien, mais au fait de se retrouver à genoux sous le poids d’une culture allogène. Oksana Zaboujko, dans cette fiction partiellement autobiographique, fait vivre cette langue et cette culture qui flotte dans la « non-existence ». Le corps d’une femme devient ainsi la métaphore d’un pays, de sa culture et de ses racines. « Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » nous donne de précieuses clés pour comprendre ce que signifie être humain, dans toute sa poésie et sa conscience.

« Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » a été publié en 1996 : premier best-seller ukrainien, il a été traduit en onze langues et adapté au théâtre. » (synopsis éditeur).

J’étais pourtant partie enjouée dans la lecture de ce roman ukrainien. Tout d’abord parce que c’est un cadeau que l’on m’a fait et que la personne qui me l’a adressé a mis toute son attention dans la préparation de cet envoi. Ensuite, parce que j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que ça les littératures des anciens pays de l’Est et que, jusqu’à présent, leur lecture fut toujours un régal.

Le titre du roman de Oksana Zaboujko doit son nom à une conférence que la narratrice doit donner aux Etats-Unis. La narratrice parle de son rapport aux hommes et par conséquent au sexe (mais ce n’est qu’un thème secondaire dans cet ouvrage). Le récit débute sur une réflexion quant à une relation affective désormais terminée. Une relation à double visage, la narratrice repense à son ancien amant, au mal qu’ils se sont faits, au bonheur qu’ils ont partagé, à la routine qui étouffe peu à peu les sentiments. Le lecteur se confrontera ponctuellement aux propos cyniques sur les effets corrosifs de l’abstinence sexuelle sur un couple. A plusieurs reprises, j’ai pensé que cette façon d’écrire était très masculine ; l’auteure va droit au but, sans détours, elle est crue… mais la façon de formuler les piques est assez inhabituelle chez une plume masculine.

Le plaisir de lecture fut de courte durée. Je me suis épuisée à force de côtoyer ces phrases à la longueur indécente, si indécente que l’on en arrive à un point où l’on ne sait plus qui est le sujet ni en quoi consiste l’action. Je me suis surprise plusieurs fois à souffler, attendant désespérément la fin d’un paragraphe et son retour à la ligne qui permet de refermer le livre avec la certitude que l’on retrouvera l’endroit exact où l’on a quitté la lecture. Je me suis aussi noyée dans certaines réflexions sur la société, sur la politique, sur l’amitié, sur les peurs intimes de la narratrice… On la sent amère et en colère (en colère après elle, en colère après lui, en colère contre l’humanité entière). Je me suis perdue dans les métaphores, je me suis perdue… et j’ai quitté cette lecture peu après la page 100, incapable de trouver la curiosité et l’envie de poursuivre.

Une déconvenue.

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Ukraine

 

Chroniks Expresss #20

Courant mai, quelques vadrouilles et quelques ouvrages rapidement chroniqués :

BD : En Quarantaine (J. Ollmann ; Ed. Presque Lune, 2015).

Romans : Des Fleurs pour Alergnon (D. Keyes ; Ed. J’ai Lu, 1997), L’Homme qui voulait être heureux (L. Gounelle ; Ed. Pocket, 2010), Millenium #3 (S. Larsson ; Actes Sud, 2013), L’Homme qui ment (M. Lavoine ; Ed. Fayard, 2015).

Bandes dessinées

Ollmann © Presque Lune – 2015
Ollmann © Presque Lune – 2015

« Avec la quarantaine, John, remarié, affronte les affres d’une nouvelle paternité particulièrement épuisante et déstabilisante. Se faire émasculer par un sac à couches en bandoulière et un porte-bébé kangourou est désormais son lot quotidien. Ce nouveau costume d’invisibilité sexuelle le boudine, l’oppresse, le concasse, lui provoque d’inévitables bouffées de chaleur. Jusqu’au jour où il découvre un DVD de Sherri Smalls, une ancienne rockeuse punk hyper sexy reconvertie en chanteuse pour enfants ! » (présentation de l’album sur la quatrième de couverture).

Pourquoi cette lecture ? Pour trois raisons : son titre, une envie de découvrir un auteur et une curiosité à découvrir les questions qui taraudent les quadra…

Côté « questions », ce quadragénaire en a à la pelle, d’autant plus depuis qu’il redécouvre les joies de la paternité avec un enfant en bas âge, chose il avait connu vingt ans auparavant.

« Comment un mec aussi branché peut en arriver à mener une vie aussi chiante ? »

Se frotter au ton impertinent de Joe Ollmann, un vocabulaire grossier et un sérieux penchant à se tourner en ridicule, Joe Ollmann aborde le banal sujet de la vie quotidienne avec humour et dérision. Un sac de litière sale qui se perce et promet de faire perdre un bon quart d’heure à celui qui doit nettoyer… la vie n’a pas que des bons côtés et ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre.

Une BD où on regarde souvent dans le rétroviseur, on essaye de réfléchir un peu à l’avenir mais on est tout de même essentiellement confronté à une lamentation inhérente à un quotidien sans trop de soubresauts. Drôle, cynique mais une lecture qui pique et qui gratte et qui souffre de quelques longueurs.

PictomouiL’ouvrage propose cependant une alternance dans la narration puisqu’il se pose tour à tour sur deux quotidiens différents : celui de John (auteur et père de famille en pleine crise) et celui de Sherri (ex-artiste de la scène punk reconvertie en chanteuse et animatrice d’émissions pour enfants). De fait, si leurs remises en cause respectives sont assez différentes (perspectives professionnelles, famille, couple, alcool…), elles se répondent à certains moments ce qui permet de casser la monotonie latente. Il faudra attendre d’arriver à mi-chemin d’un album qui compte 180 pour sentir que la mayonnaise commence à prendre… un peu long.

La fiche de présentation de l’album sur le site de Presque Lune.

 

Romans

Keyes © J’ai Lu – 1997
Keyes © J’ai Lu – 1997

Charlie Gordon est un jeune homme attardé. Depuis une quinzaine d’années, il travaille à la boulangerie d’un ami de son oncle. En parallèle, il va régulièrement dans un institut spécialisé où il suit les cours d’apprentissage de la lecture et de l’écriture de Miss Kinnian. C’est elle qui propose un jour à Charlie d’intégrer un programme expérimental dirigé par le Professeur Nemur et le Docteur Strauss. Forts des résultats obtenus par la souris Algernon, Nemur et Strauss souhaitent désormais tenter l’expérience sur un homme. Pour se faire, Charlie devra subir une intervention chirurgicale au cerveau. Après cela, ses facultés intellectuelles devraient rapidement décupler.

Quel est le revers de la médaille ?

Daniel Keyes relate l’expérience troublante d’un homme dont l’esprit va s’éveiller à une rapidité fulgurante. Pour se faire, il opte pour un « journal de bord » dans lequel Charlie va consigner régulièrement ses impressions. Ce qui frappe le lecteur lorsqu’il entame l’ouvrage, c’est l’absence de maitrise du langage dont fait preuve le narrateur. Au début, Charlie sait à peine écrire et il pose ses pensées sur papier de façon maladroite. Il écrit comme il parle, s’exprime avec des phrases succinctes et un vocabulaire limité. Progressivement, il acquiert les règles d’orthographe et de grammaire, s’amuse lorsqu’il découvre l’existence de la ponctuation, prend goût à lire et à se cultiver.

Chaque jour, Charlie progresse. Sa conscience s’éveille. Il découvre un monde nouveau dont il n’avait même pas idée des contours. Ses préoccupations changent ainsi que son rapport aux autres. Il découvre la pudeur, la fierté, la liberté, la libido. Puis, avant que son QI n’atteigne 185, il se met inconsciemment à tout intellectualiser. Durant toute cette métamorphose, il découvre son passé ; en effet, ses souvenirs remontent à la surface et il découvre qui il était et comment les personnes qu’il côtoie le considèrent (et le considéraient). Avec cet éveil, le regard des autres change. Alors que certains s’émerveillent des progrès qu’il fait d’autres s’inquiètent de son changement radical de personnalité. Et bien qu’il bénéficie d’un suivi médical poussé durant le temps de l’expérience scientifique à laquelle il accepte de se prêter, Charlie est bien seul pour faire face à la tempête qui gronde en lui.

PictoOKPublié pour la première fois en 1959 sous forme de nouvelle, ce roman de Daniel Keyes aborde avec brio les questions de l’identité [la double identité], du handicap et celle des ambitions scientifiques à vouloir maîtriser chaque parcelle de son environnement. L’intelligence ne suffit pas à fait un homme heureux. Un livre réellement touchant.

Extrait :

« J’apprends à contenir mon ressentiment, à ne pas être impatient, à attendre… Je suppose que je mûris. Chaque jour, j’en apprends de plus en plus sur moi-même, et mes souvenirs qui ont commencé à surgir comme des vaguelettes me submergent maintenant telles d’énormes lames de fond » (Des Fleurs pour Algernon).

 

Gounelle © Pocket – 2010
Gounelle © Pocket – 2010

Profitant d’un long séjour à Bali, un homme suit les conseils qui lui ont été donné de consulter un guérisseur. Julian – le voyageur, est pourtant en excellente santé mais le séjour balinais touchant à son terme, Julian est intrigué et décide de consulter.

C’est ainsi qu’il rencontre un vieil homme, serein, souriant et auquel il est difficile de donner un âge. Ce dernier l’examine de la tête au pied et découvre un point de butée en exerçant des petites pressions sur le petit orteil gauche. Après quelques vérifications, il déclare : « Vous êtes quelqu’un de malheureux ». Cette souffrance intime tient au fait que Julian vit seul et se croit incapable de plaire à une femme. Dès lors, la dernière semaine passée à Bali est ponctuée par des visites quotidiennes au vieux guérisseur. Des temps de rencontre qui donnent lieu à des discussions existentielles : la perception que l’on a de soi influence fortement nos interactions avec les autres et vient, de fait, modeler la manière que l’on a d’évoluer dans la société. De même, notre état d’esprit borne la perception que l’on a de notre environnement ; il suffit de croire que l’on est dans un contexte hostile pour que nos sens réagissent et enregistrent tous les éléments qui pourraient venir corroborer ce ressenti et réciproquement quand on pénètre dans un lieu que l’on pense sécure.

Le récit est rythmé par les rencontres quotidiennes entre le guérisseur et le voyageur. Ce dernier témoigne d’un manque flagrant de confiance en lui qu’il explique par diverses raisons que le vieux sage n’a de cesse de remettre en question. Chaque consultation se conclu sur une petite liste de quelques défis que le soigné devra relever et relater le lendemain au soignant.

Tout d’abord interloquée par le caractère saugrenu de la démarche initiale puis par la manière dont se construisent leurs échanges, j’ai finalement pris mon parti de ne pas remettre en question le contexte peu crédible de leurs entretiens pour ne regarder que le fond du propos. Et réfléchir à quelques « images d’Epinal » que l’on se crée et derrière lesquelles on se cache souvent.

Un ouvrage intéressant mais qui me laisse malgré tout légèrement dubitative. La vie y semble bien sereine… Laurent Gounelle nous invite à réfléchir à une autre façon de penser nos choix de vie et notre lien à l’Autre. Ce n’est que lorsqu’on a fait le deuil des attentes que d’autres nourrissent pour nous que l’on est en mesure de prendre une décision qui nous sera satisfaisante à long terme. Il suffit pour cela de dépoussiérer nos préjugés et de nous alléger de certaines conventions (valeurs, principes, habitudes…) avant de prendre une décision. Mais sa manière d’aborder les choses emprunte quelques raccourcis et sa façon de faire interagir les deux personnages principaux ne me parle pas totalement.

La chronique d’Yvan.

Larsson © Actes Sud – 2013
Larsson © Actes Sud – 2013

Volume 3 : La Reine dans le palais des courants d’air

Dernière partie de la « trilogie Millénium », la plus conséquente également. Ce volume reprend au moment même où nous avions laissés nos « héros ».

« Après avoir échappé de peu à la mort, Lisbeth Salander se remet difficilement de ses blessures dans une chambre d’hôpital. Incapable physiquement d’agir, elle a de surcroît été placée en isolement et sous surveillance policière, car elle est encore sous le coup de plusieurs chefs d’accusation. La voilà coincée, donc, mais pas inactive, d’autant qu’un patient soigné dans une chambre voisine a de très sérieux et très anciens comptes à régler avec elle… De son côté, Mikael Blomkvist se démène pour innocenter et réhabiliter la jeune femme. Ses recherches lèvent le voile sur les plus inavouables activités de certains services secrets, mais les sombres personnages autour desquels se resserre son enquête ne vont pas se laisser menacer sans réagir » (synopsis éditeur).

Long dénouement pour ce thriller qui m’a fascinée, je l’avoue. L’univers qu’à construit Stieg Larsson est très proche de ses préoccupations et des combats qu’il a mené. Journaliste, l’auteur a ensuite poursuivit sa carrière vers le métier de critique littéraire puis écrivain. Il a longtemps milité contre les courants d’extrême-droite, un élément important qui représente l’une des facettes de « Millénium ». Il faut ajouter à cela le fait que par le biais de son homologue imaginaire – Mikael Blomkvist – il dénonce également les violences faites aux femmes ainsi que toute forme de corruption.

Une nouvelle fois, le lecteur est en présence d’un récit complet même si celui-ci s’inscrit dans la continuité immédiate de son prédécesseur. Nombreuses sont les pièces du puzzle qui viendront compléter l’intrigue principale qui nous conduit sans détour vers le procès de Lisbeth. Stieg Larsson fait intervenir une palette impressionnante de personnages secondaires ; chacun étant doté d’un trait de caractère qui le définit, d’une histoire de vie plus ou moins détaillée. Tout s’imbrique. Je reconnais que la présence de ces nombreux personnages, je me suis parfois égarée… n’associant pas immédiatement le nom et la fonction lorsqu’ils réapparaissaient. Cela a nécessité pour quelques « retours en arrière », généralement pour revenir au début du paragraphe en cours voire du paragraphe précédent afin de replacer les éléments à la bonne place et poursuivre la lecture en disposant des bonnes informations.

PictoOKLa scène du procès en lui-même est assez succincte compte-tenu de toutes les dispositions préalables dont l’auteur s’était entouré pour y amener son lecteur, mais l’affrontement verbal qui y a lieu dans une tension palpable m’a malgré tout convaincue. Quelques surprises, encore, au détour de plusieurs rebondissements. Maintenant que j’en ai terminé, je ne peux que regretter la disparition prématurée de Stieg Larsson et le contenu des sept tomes qu’il envisageait de réaliser pour parfaire sa saga restera à jamais un mystère. Quoi qu’il en soit, je suis sortie repue par la lecture de ce troisième volume assez dense autant sur le fond que sur la forme.

Quant au reste, l’éditeur vient de dévoiler sa volonté de publier le tome 4 très prochainement… créant ainsi une petite polémique.

Lavoine © Fayard – 2015
Lavoine © Fayard – 2015

« L’homme qui ment ou le roman d’un enjoliveur – récit basé sur une histoire fausse »

Marc Lavoine se livre. Récit autobiographique et touchant d’un homme qui, malgré la célébrité, semble avoir gardé le sens des valeurs et la notion de famille. Il parle avec franchise de sa vie. De son premier souffle à aujourd’hui. Il fait rapidement référence à sa vie d’artiste car là n’est pas le propos, même si elle lui a permis – dans un premier temps – de s’échapper de la cellule familiale avant de lui offrir une reconnaissance qu’il regarde avec méfiance.

Le fait d’être né garçon lui valut, pendant quelques jours, le rejet de sa mère, Michou. Cette dernière, déjà mère d’un petit Francis (surnommé Titi), souhaitait une fille. Abandonnant son fils aux soins des équipes médicales et à l’affection attendrie de Lulu, son époux, elle s’immergea une courte période dans le déni avant de reprendre ses esprits et de trouver un prénom à cet enfant qui venait agrandir son foyer : Marc.

J’étais donc en stand-bye, en couveuse, avec un panaris, en attente d’une famille, d’un toit, d’un lit et d’un prénom, entre la vie et l’oubli. Tout ça sentait très très bon.

Marc Lavoine décrit une famille modeste domiciliée dans un pavillon en banlieue parisienne. Son père, militant communiste qui travaillait aux PTT. Un homme chaleureux que son fils a toujours admiré voire idéalisé. Un homme altruiste qui n’aurait aucun défaut si ce n’est son fort penchant pour l’alcool et son amour inconditionnel pour les femmes. Un coureur de jupons. Un séducteur invétéré. La mère de Marc Lavoine l’apprendra sur le tard mais pendant longtemps, seuls les fils de Lulu étaient dans la confidence, s’amusant des frasques de leur père tout en se morfondant pour le mal qu’il ne manquerait pas de faire à leur mère lorsqu’elle apprendrait ses adultères… cela semblait inévitable qu’elle l’apprenne un jour.

Lorsque ce jour fut venu, elle demanda le divorce séance tenante. Mais ce couple, malgré les discordes, s’aimait d’un amour profond. La séparation n’a jamais été remise en question, mais la souffrance liée à leur éloignement était perceptible.

Peu importe, il aura une médaille posthume, celle du parfait salaud

PictoOKMarc Lavoine parle de l’amour qu’il portait à son père décédé. La narration emprunte un ton sensible, la tendresse et la nostalgie nous accompagnent tout au long de la lecture. Le seul grief que je porterais est cette hésitation permanente entre la seconde et la troisième personne. L’auteur s’adresse ouvertement à son père, mais il semble ne pas être parvenu à choisir entre le dialogue direct avec son paternel (« tu ») et l’observation plus neutre à la troisième personne (« il »). Cela crée quelques lourdeurs dont on s’accommode parfaitement mais cette indécision peut ponctuellement créer de l’agacement. De même, des passages rappellent régulièrement les mêmes thèmes qui définissent : les femmes, l’alcool, les femmes, le militantisme, les femmes… Ponctuellement, j’ai perçu ma lassitude mais je suis bien vite parvenue à l’écarter. Le récit est fluide, agréable, amusé. En quelque sorte, cet ouvrage permet à l’auteur de dire à son père qu’il lui pardonne ses faux pas, une occasion d’exprimer l’amour inconditionnel qu’il porte à ses proches.

Extraits :

« En fait, tu noyais tous ces regrets dans le sexe des femmes, comme pour apaiser les douleurs de ta mémoire, pour soigner l’homme blessé de l’intérieur. Les filles, c’était du sirop, une médecine d’urgence pour apaiser les maux de l’âme et du cœur. Ça pesait dans mon cartable, et je partageais ça avec mon frère, qui essayait de temporiser, évoquant les blessures de Lulu. Ça me calmait de façon passagère mais ça ne changeait rien » (L’Homme qui ment).

« Je voyais mes copains : avec eux, rien n’avait changé. Ils étaient tristes comme moi, pour moi, ils voyaient bien que j’avais pris de la distance. Il fallait que je me protège, car cette histoire, avant d’être la mienne, était surtout la leur, celle de mes parents. Titi et moi nous en étions les fruits, il nous fallait mûrir, désormais coupés en deux. Nous devions nous construire sans protection, sans garde-fous, sans rien » (L’Homme qui ment).

« Je suis resté seul avec toi avant que Francis me rejoigne, et durant ce tête-à-tête, dans la folie immobile de ce moment-là, j’ai cru que tu allais ouvrir un œil, que c’était une farce, encore une, que tu allais me dire : « Je t’ai bien eu, l’môme. Viens, on va voir les gonzesses. » Des larmes ont coulé sur mes joues, je les ai essuyées et j’ai posé un baiser sur ton front de glace. Sur les lèvres, j’ai gardé cette sensation depuis » (L’Homme qui ment).

« Je voulais te dire que quand tu es mort, Michou a perdu son mari. Elle était en deuil pour de vrai, elle était libre et profondément elle-même, nue de toute rancune. Toute sa vie était là, présente. Car même après le divorce, après t’avoir aimé autant que détesté, tu étais resté le seul homme de sa vie, sa seule histoire d’amour, et j’ai la faiblesse de croire qu’il en était de même pour toi » (L’Homme qui ment).

Jeanine (Picard)

Jeanine © Matthias Picard & L’Association – 2011
Jeanine © Matthias Picard & L’Association – 2011

« Matthias Picard, alors étudiant, fait la connaissance de sa voisine prostituée, la soixantaine, qui entreprend de lui raconter sa vie. Entre autres exploits de son étrange destinée, elle sauve un militaire de la noyade, puis deux petits Algériens des balles de la police française qui tire sur la foule d’Alger en mars 1962. Après diverses tribulations et une déception amoureuse, Jeanine devient la “plus grande prostituée de Strasbourg”, et participe activement au mouvement politique de reconnaissance du “plus vieux métier du Monde” » (synopsis éditeur).

Jeanine est le fruit d’une rencontre entre deux voisins ; en l’occurrence il s’agit de Matthias Picard – auteur de bande dessinée – et de Jeanine – prostituée. C’est aussi la rencontre entre deux générations, celle d’une femme de 64 ans qui répond à la proposition que lui fait un jeune trentenaire (il a également réalisé Jim Curious) de raconter sa vie en bande dessinée. Atypique !

Les six premiers chapitres de cet album ont été prépubliés dans la Revue Lapin.

De fil en aiguille – et à l’occasion des visites régulières que Matthias Picard rend à sa voisine, le lecteur voit également naître une relation d’amitié entre les deux protagonistes. Matthias Picard n’hésite pas à se mettre en scène et à décrire le déroulement des rencontres. Equipé de son carnet de notes et d’un dictaphone, l’auteur écoute le témoignage de Jeanine. Ce sont des moments conviviaux et spontanés durant lesquels Jeanine va parler de son enfance et expliquer la raison pour laquelle, petit à petit, elle s’est tournée vers la prostitution.

Jeanine est fille d’immigrés italiens, elle est née et a grandi en Algérie. A la fin de l’année 1962, ils s’installent en Normandie. Cet exode contraint Jeanine à quitter un emploi très bien rémunéré dans le secteur de l’Aéronautique. Par la suite, elle ne parviendra jamais à retrouver le même train de vie (et la reconnaissance sociale qui en découlait). C’est vers l’âge de 22 ans qu’elle commence à se prostituer (à cette époque, elle est placeuse dans un cinéma de Lausanne). Initialement, la prostitution lui permettait de soutenir financièrement ses parents, les passes étaient très ponctuelles. Puis, au hasard des rencontres, elle fait la connaissance de Manfred. Leurs sentiments sont réciproques et cette relation affective lui fera prendre la route de Nice, de l’Allemagne et de Strasbourg où elle s’installera définitivement vers 22-23 ans. Les relations professionnelles de Manfred lui permettent de décrocher un boulot de strip-teaseuse et de se créer progressivement son propre réseau professionnel.

A plusieurs reprises, l’auteur sollicite Jeanine afin qu’elle respecte une certaine chronologie dans les faits qu’elle rapporte, mais cette femme se livre avec générosité et raisonne par associations d’idées. Son témoignage est généreux et englobe l’ensemble de sa vie, de l’enfance à sa situation actuelle. De fait, le scénario effectue régulièrement des bonds dans le passé, le présent ou un ailleurs dont Jeanine parle au conditionnel… « Avec des si » Jeanine s’amuse à refaire sa vie et à refaire le monde. On est embarqué dans les souvenirs et les petits riens du quotidien. On navigue dans les réminiscences de l’enfance, découvre ses centres d’intérêts et notamment de son attrait pour les courses hippiques, son parcours professionnel quand elle faisait de la natation en compétition (elle arrêtera les compétitions à l’âge de 36 ans) ou qu’elle était comptable. On ressent également la confiance qui unit l’héroïne à l’homme qui s’investit de plus en plus dans son rôle de biographe.

La lecture est entraînante malgré ce dessin un peu crade et cagneux. Les illustrations semblent jetées sur chaque planche malgré une composition assez structurée de la page. Le texte des voix-off est écrit en majuscules tandis que l’écriture cursive des dialogues donne un côté enfantin assez surprenant en début de lecture. Cette écriture m’a finalement permis d’imaginer (et de matérialiser) des timbres de voix propres à chaque interlocuteur… ce qui est bon signe lorsqu’on parvient, en tant que lecteur, à matérialiser et investir à ce point le récit. Le trait est épais et rond, il donne un petit côté amusé au récit qui n’est pas pour déplaire et qui colle très bien à la personnalité de Jeanine.

Aujourd’hui, Jeanine a aux alentours de 70 ans. Sa vie l’a contrainte à refaire sa vie plusieurs fois mais son témoignage ne se remplit jamais d’amertume. Sa fierté reste le combat qu’elle a mené dans les années 1970 lorsqu’elle est montée au créneau pour défendre la cause et les droits des prostituées lors des premières Assises de la Prostitution. Elle est enfin l’une des fondatrices de MACADAM aux côtés de Griselidis Real et Merry de Paris.

PictoOKLe coup de crayon est plein de vie, à l’instar de Jeanine qui semble prendre la vie du bon côté. J’ai lu cet album il y a quelques semaines déjà mais j’en garde un souvenir assez net et la satisfaction d’avoir découvert la vie et le quotidien d’une femme de caractère, qui a le courage de ses opinions et dont la vie a croisé plusieurs fois des temps forts de l’Histoire.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Logo BD Mango Noir

Les chroniques d’OliV, Yvan et Enna.

La chronique vidéo de Pénélope Bagieu.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Prénom : Jeanine

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Jeanine

One shot

Editeur : L’Association

Dessinateur / Scénariste : Matthias PICARD

Dépôt légal : janvier 2011

ISBN : 978-2-84414-423-2

Bulles bulles bulles…

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Jeanine © Matthias Picard & L’Association – 2011

Vingt-trois prostituées (Brown)

Brown © Cornélius – 2012
Brown © Cornélius – 2012

« Au terme de sa rupture avec Sook Yin Lee, Chester Brown décide qu’il ne veut plus de petite amie. Trois ans d’abstinence plus tard, il décide de sauter le pas et de fréquenter les prostituées » (extrait synopsis éditeur).

Ainsi, nous suivons l’auteur de mars 1999 à la fin de l’année 2003 dans ses rencontres avec 24 prostituées. Découpé en une trentaine de chapitres de longueur variable, l’auteur revient sur ses différentes expériences sexuelles en compagnie de ces femmes. Certaines filles n’apparaitront qu’une seule fois tandis que d’autres feront l’objet de plusieurs rendez-vous. Le dernier chapitre quant à lui s’intéresse à une période plus conséquente puisqu’elle couvre les années 2004 à 2010.

Durant toute cette période, il confrontera ses opinions et partagera ses doutes, ses constats et ses questions avec ses deux amis (et confrères) Seth et Joe Matt, avec une autre de ses ex petite amie et avec son frère Gordon.

Enfin, Vingt-trois prostituées propose une part importante de bonus puis 23 « Appendices » viennent alimenter un débat de société au Canada (pays de Chester Brown). L’auteur donne se positionne ouvertement sur un débat polémique au Canada : décriminalisation ou réglementation de la prostitution ? Sa démarche semble être motivée par la volonté de dédiaboliser les représentations que les citoyens lambda se font du commerce sexuel. Il revient également sur des sujets de société comme l’esclavagisme sexuel, la violence, le proxénétisme, les droits sexuels, l’estime de soi…

Ce qui est intéressant, c’est que rien dans cet album n’est abordé de manière honteuse. Assumant ses actes et ses opinions, Chester Brown témoigne sans tabous et sans réserve si ce n’est qu’il est resté très attentif au fait de respecter l’anonymat des prostituées qu’il a rencontré. Ainsi, il a changé leurs noms d’emprunt et a choisi de ne pas dessiner leurs visages (et autres signes distinctifs comme les tatouages par exemple) qui permettraient de les reconnaitre.

Brown © Cornélius – 2012
Brown © Cornélius – 2012

Graphiquement, Brown a opté pour la sobriété. En allant ainsi à l’essentiel, il incite le lecteur à s’intéresser davantage aux propos qu’aux corps dénudés qui apparaissent régulièrement dans l’ouvrage. Je suis finalement assez étonnée d’avoir autant adhéré à cet ouvrage et pour cause : la démarche n’est pas malsaine, le témoignage est exempt de tout voyeurisme et l’auteur reste neutre quant à ce qu’il lui a été donné d’observer.

« J’ai lu dans un article qu’une prostituée qui reçoit des clients à domicile travaille Incall. Si elle se déplace chez eux, on dit qu’elle travaille Outcall ».

Totalement inexpérimenté lorsqu’il décide de faire la démarche d’aller voir une prostituée la première fois, on va découvrir peu à peu comment il a pris de l’assurance au fil des mois et des expériences. Il apprend à décrypter les petites annonces passées par les prostituées ou les call-girls, à se repérer dans les tarifs en vigueur, à apaiser ses angoisses quant à la possibilité de tomber dans un traquenard ou à se faire arrêter par les services de l’ordre… On l’accompagne dans ses curieuses découvertes comme celle inhérente à l’existence de sites internet spécialisés sur lesquels les clients déposent des commentaires sur les filles (beauté, particularités, ce qu’elle autorise ou n’autorise pas, propreté des lieux…).

Mais ce témoignage aborde avant tout une réflexion plus large sur le couple, la notion de romantisme, les enjeux sociaux, les débats juridiques, la tolérance. Le trait de Chester Brown est sec, précis, assuré. Il s’appuie sur de forts contrastes entre noir et blanc et n’accepte que ponctuellement quelques dégradés de gris (construits à l’aide de jeux de hachures) qui permettent de faire ressortir quelques éléments du décor sans pour autant que ceux-ci n’étouffent le visuel ou les propos qu’il contient.

PictoOKCertes, le sujet est atypique mais l’album n’est pas glauque. Je dirais même que j’ai rapidement été intéressée par les propos et les convictions de Chester Brown. C’était pourtant risqué de partir sur un tel projet éditorial mais ce que l’auteur est parvenu à écrire semble sincère. Il est honnête et intègre et rend compte du cheminement et des étapes par lesquels il est passé pendant ces quatre années.

Les chroniques de Mademoiselle, Yvan, OliV.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Nombre : vingt-trois

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Un livre reçu dans le cadre de l’opération « La BD fait son Festival » organisée par Price Minister.

la bd fait son festival

Extraits :

« Avoir une copine ne garantit pas un libre accès au sexe à toute heure » (Vingt-trois prostituées).

« Les gens qui croient aux histoires d’amour auraient-ils raison ? Une relation purement sexuelle nécessiterait-elle un certain engagement pour rester satisfaisante ? » (Vingt-trois prostituées).

« [Joe Matt] – L’idéal romantique que tu avais plus jeune n’était pas un simple caprice.
[Chester Brown] – Bien sûr, j’étais un fervent adepte de l’amour romantique étant enfant. Mais je n’avais pas de vraie expérience sexuelle ou sentimentale. Je croyais en l’amour romantique que parce que mon éducation me disait d’y croire. Et parce que tous autour de moi y croyaient. Maintenant que je suis plus vieux et que j’ai fait plusieurs fois le tour du manège amoureux, je suis mieux placé pour en parler que quand j’étais ado. Maintenant, je sais que l’idéal romantique est réellement néfaste. L’amour apporte plus de souffrances que de joies » (Vingt-trois prostituées).

Vingt-trois prostituées

One shot

Editeur : Cornélius

Collection : Pierre

Dessinateur / Scénariste : Chester BROWN

Dépôt légal : septembre 2012

ISBN : 978-2-36081-042-0

Bulles bulles bulles…

Pour que vous puissiez apprécier quelques planches, je vous renvoie sur le blog de l’éditeur.

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Vingt-trois prostituées – Brown © Cornélius – 2012

Adieu Midori (Q-Ta)

Adieu Midori
Q-ta © Casterman – 2006

Yuko est une jeune japonaise de 20 ans. Elle travaille dans une fabrique de jouets et ses maigres revenus lui permettent tout juste de se payer un logement. De temps en temps, Yutaka se glisse dans son lit le temps d’une nuit ou de deux jours. Deux amants qui n’osent rien se promettre, Yuko ne sait d’ailleurs pas se positionner face à leur relation. Elle aimerait pourtant trouver un compagnon stable.

« Ce que t’es pauvre ! (…) Tu pourrais être hôtesse ou entraineuse pour gagner du fric. C’est plus facile pour vous, les femmes, de se faire du fric »

Les paroles de Yutaka ne la ménagent pas. Il parvient cependant à lui faire accepter l’idée de prendre un poste d’hôtesse de bar, un travail de nuit qui complèterait ainsi son salaire. Yuko se braque puis accepte. C’est le début d’une double vie, entre son travail diurne et son activité nocturne. Un rythme épuisant sur lequel s’ajoute l’ambiguïté de ses sentiments à l’égard du jeune homme.

En un an, j’ai découvert Kiriko Nananan (j’ai essayé de parler ici de Blue et d’Everyday, je ne suis pas parvenue à le faire pour Amours blessantes que je n’avais pas aimé) et Kyôko Okasaki (Pink). Dans cette lignée de femmes mangakas, quelques noms d’auteurs ne me sont pas encore familiers. Jusqu’à présent, c’était le cas pour Minami Q-Ta.

La petite culture manga dont je dispose me fait naïvement faire le parallèle entre Pink, Everyday et Adieu Midori pour des raisons simples : les récits sont centrés sur des héroïnes qui font commerce de leurs corps pour augmenter leur train de vie. Quand Yuko (Adieu Modori) y trouve peu de plaisir et de bénéfices directs, trop chahutée par sa grande timidité et son manque de confiance en elle, Yumi (Pink) est totalement aux antipodes : plaisir non dissimulé vis-à-vis de ce choix de vie (cette activité lui permet de satisfaire sa coquetterie et ses caprices vestimentaires, culinaires…), absence de tabous (se dévetir et assouvir les fantasmes de ses clients n’est pas une chose honteuse en soi). Entre les deux, il y a Tsuchida (Everyday) qui partage une sorte de culpabilité à recourir à ce type de gagne-pain tout en y trouvant plaisir (qu’elle n’avouera pas) à mettre son corps en valeur. Ce qui est intéressant, au final, c’est d’avoir eu accès à ces trois récits, trois regards croisés sur une même réalité sociale japonaise. Ces regards se complètent et permettent de voir comment ces femmes « gèrent » le recours à la prostitution chic (car aucune ne fait le trottoir, ce n’est pas un travail alimentaire mais un travail « de confort », les hôtels qu’elles fréquentent sont généralement luxueux et leurs clients ont des portefeuilles bien garnis) ainsi que les bénéfices qu’elles en tirent (vestimentaires etc).

Trois récits qui donnent également au compagnon une place différente, partagés entre l’envie de se faire entretenir et la culpabilité de profiter de cette situation. Tous n’ont pas la même difficulté/facilité de « partager » sa compagne.

Le trait de Q-ta sera peut être moins précis, moins léché que ne l’est celui de Kiriko Nananan, moins expressif que celui de Kyôko Okasaki pourtant, il accentue la fragilité de ses personnages, les rend plus accessibles même si j’ai eu du mal me sentir concernée et ressentir de l’empathie.

La manière dont ce récit nous accueille nous intrigue. On chasse vite du revers de la main le côté imbu du jeune homme, on observe l’héroïne blessée dans son amour propre, elle nous touche. Tous deux se sont mis à l’abri des sentiments, pas par peur d’aimer mais par peur de souffrir si la relation doit s’achever. Ils s’aiment à leur manière, ce qui ne satisfait pas le vide affectif qu’ils tentent combler l’un et l’autre.

Le scénario est, je trouve, habilement mené. Bien qu’il soit lent, il ne m’a pas déplu. L’ambiance est un peu cotonneuse, on oscille autant que les personnages entre le confort et l’inconfort. Avec finesse et pudeur, l’auteure campe ici une atmosphère qui sera en permanence sur le fil, entre la mélancolie de Kiriko Nananan et la fougue de Kyôko Okasaki.

PictoOKJ’ai aimé. Ce n’est pas non plus la grande allégresse quant à cette lecture mais je garderais un souvenir agréable de ce joseï. Sa lecture est tombée à une période propice pour le découvrir.

Les avis : Manga news, JB, BDGest.

Adieu Midori

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Sakka

Dessinateur / Scénariste : Minami Q-TA

Dépôt légal : avril 2006

ISBN : 2-203-37344-X

Bulles bulles bulles…

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Adieu Midori – Q-Ta © Casterman – 2006

Pink (Okazaki)

Pink
Okazaki © Casterman – 2007

Pourquoi rose ? Parce que c’est la couleur préférée de Yumi, une jeune fille libérée. Employée de bureau le jour, pute la nuit, qui vit seule en parfaite harmonie avec son crocodile. Un jour, elle rencontre l’amant de sa belle-mère, une jeune gigolo-étudiant qui rêve de devenir écrivain… et sympathise avec lui.

Keiko, la petite demi-sœur de Yumi, apporte un regard pétillant sur cette situation familiale abracadabrante et ses mots d’enfants sont un vrai régal.

Une auteure que je n’avais jamais lu et un album que je voulais découvrir depuis un moment (lorsque j’ai découvert Kiriko Nananan pour être plus précise). Publié pour la première fois en 1989, Pink a innové et ouvert la porte d’un nouveau style de mangas (destinés à un public de femmes adultes). Il s’avère que Kyôko Okazaki est une référence pour de nombreuses mangakas (dont Kiriko Nananan), je m’attendais donc à en prendre plein les yeux… et malheureusement j’ai eu une désagréable impression de déjà vu. L’héroïne de Pink, Yumi, ressemble beaucoup à Miho (héroïne de Everyday) sur le côté de la double vie professionnelle (vie « bien rangée » le jour et prostituée de luxe la nuit). De même, je constate effectivement la forte influence de Okazaki sur Nananan : rythme du récit, découpes de planches, choix des angles de vue… Un grand nombre de similitudes, d’où l’impression d’avoir déjà parcouru ce récit.

Pour le reste, Pink est moins mélancolique qu’Everyday. Yumi croque la vie à pleine dent et assume pleinement son statut ce qui n’était pas le cas de Miho. Il y a dans Pink un petit côté acidulé qui n’est pas déplaisant. Le ton humoristique frise parfois le dérisoire et permet d’aborder le thème de la prostitution, des familles recomposées, de la valeur travail au Japon, du capitalisme de façon très légère. Exit les habituelles mélancolies qui planent d’un bout à l’autre de l’album.

PictomouiÇa n’en reste pas moins un style de manga dont je ne raffole pas. Je n’avais pas été convaincue par Everyday mais je pensais naïvement qu’en remontant à la source des inspirations de Kiriko Nananan… j’aurais le déclic et surtout les clés pour adhérer à ces récits écrits par des femmes… pour des femmes (me semble). Déçue car j’avais en tête de bonnes critiques sur l’album. J’ai toutefois été agréablement surprise par les trois derniers chapitres plus osés, plus provocants et la fin m’a prise au dépourvu. Rien que pour ça, je ne regrette cependant pas cette lecture malgré la contrariété qu’a suscité chez moi la lecture des quinze (longs) premiers chapitres.

Lien vers un article sur la prostitution des jeunes au Japon et la chronique convaincue de David.

Pink

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Kyôko OKASAKI

Dépôt légal : février 2007

ISBN : 9782203001923

Bulles bulles bulles…

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Pink – Okasaki © Casterman – 2007