Amour, passion & CX diesel

Fabcaro © Fluide Glacial – 2017

Quoi de mieux qu’une bonne saga familiale pour dénoncer de vrais sujets de société, sans tabous ni fioritures. Nous voici plongés dans l’intimité d’une famille qui pourrait être la nôtre, la vôtre.

Quand Cynthia a annoncé que Harold, son mari, était souffrant, le sujet de la succession a aussitôt agité leurs quatre enfants et conjoints, Brandon et son épouse Jessifer, Bill, Pamela et son mari Tony, et Jean-Mortens.
Et notamment la question qui brûle toutes les lèvres : qui va hériter de la CX diesel que tous convoitent ?

La famille Gonzalès n’est pas épargnée par la cruauté de la vie. Elle rencontre des problématiques susceptibles de toucher tous les foyers. Chômage. Stérilité. Jalousie. Adultère. Homosexualité. Rivalités fraternelles. Maladie. Adoption. Non-dits. Racisme. Coupe nuque longue. Parentalité. Dépression. Secrets de famille. Vieillissement. Deshéritage. Manipulation psychologique. Alcoolisme….

Oui, mais voilà….. dans l’univers de Fabcaro, l’enfant adopté doit être assorti à la tapisserie de la cuisine, la chirurgie esthétique est presque, presque réussie, le coming-out, lui, est totalement foiré, le corbeau signe ses lettres de menace, le nouveau-né met tout le monde mal à l’aise… et une rutilante CX diesel, fleuron du luxe et de la technologie, dort dans le garage.

Tous les coups sont permis pour hériter de la CX paternelle, surtout les plus bas !

La saga se déroule en 3 saisons, le rythme est effréné et l’effet huit-clos fait monter la pression à merveille. C’est burlesque, barré à souhait comme j’aime ! Le passage de personnages secondaires hauts en couleur empêche l’essoufflement et renforce la (dé)cohésion entre héritiers.

L’ambiance est fidèle à l’univers complètement décalé de Zai Zai Zai Zai, Et si l’amour c’était aimer etc. Le foulage d’abdos est garanti, si si promis !

La force de cet album, c’est que ce n’est pas une simple caricature, ça va au-delà ; c’est une caricature de l’absurde, porté au 18e degré. Le choix du dessin anthropomorphique y fait beaucoup comme explique James dans le making-of, il apporte en effet une plus-value et met en valeur le scénario. C’est peut-être le petit + qui manquait à Talk Show de Fabcaro.

Des personnages loufoques, des problématiques contemporaines, le trait grossi à l’extrême font que le résultat tourne au génie !

Alors foncez, laissez-vous embarquer par cette saga, délectez-vous des malheurs des Gonzales et… ne manquez pas cette formidable occasion de vous sculpter des abdos de rêve pour cet été!

Pour ma part, j’y retourne !

Scénario: Fabcaro
Dessin: James
Couleurs: Bengrrr
Édition intégrale Fluide Glacial 2017

(1ère saison éditée en 2011, 2e en 2012, 3e en 2014)

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Amour, Passion & CX Diesel – Fabcaro © Fluide Glacial – 2017

 

Le célèbre Catalogue Walker & Dawn (Morosinotto)

Morosinotto © L’Ecole des Loisirs – 2018

P’Tit Trois, Eddie, Julie et Min sont quatre amis inséparables. Ils ne ratent pas une occasion pour se défiler à leurs tâches quotidiennes pour pouvoir se retrouver dans la cabane qu’ils ont construite au beau milieu du bayou.

Un jour, alors qu’ils sont en train de pêcher, une vieille boite de conserve s’accroche à la ligne. En déversant son contenu par terre, ils découvrent trois dollars au milieu de la boue. Les quatre amis décident alors dépenser leur butin dans le célèbre catalogue des bonnes affaires de Mister Walker & Miss Dawn ! Ensemble, ils passent commande d’un revolver de police et s’imaginent déjà promu au rang de shériff de leur petite ville. Sauf qu’en lieu et place d’un revolver, le colis qu’ils reçoivent contient une vieille montre cassée. Ils sont bien décidés à se faire rembourser ! Mais les événements qui vont se produire ensuite vont les amener à prendre une décision qui les changera à jamais et va les conduire à faire un long voyage de la Louisiane jusqu’à Chicago.

Un roman jeunesse qui se lit vite et cela tient au fait que les narrateurs sont des enfants ; le vocabulaires est simple sans être simpliste, le temps narratif consacré à décrire l’environnement a la parfaite longueur, on va à l’essentiel tout en ayant une bonne visibilité de ce qui se passe. Quelques bribes d’insouciance percent en permanence mais leur jeune âge ne les empêchent pas de mener à bien leur projet. Ils sont déterminés et rien ni personne ne semble être capable de leur faire changer d’avis.

Un roman qui se lit avec gourmandise car l’auteur ne laisse jamais le temps à la morosité ou à la peur de s’installer. On accompagne l’épopée de ces quatre gamins avec beaucoup de curiosité et leur bonne humeur nous accompagne de bout en bout. Davide Morosinotto propose le récit d’une aventure en le découpant afin de marquer les grandes étapes de ce projet : une vie dans le bayou, le voyage vers La Nouvelle-Orléans et une fois habitués au goût addictif de l’aventure, le romancier prend le temps d’accompagner ces quatre graines de héros vers le dénouement. A chaque nouvelle partie, il donne la parole à un membre du groupe différent, ce qui a pour effet de relancer le récit en lui donnant un autre rythme, un autre regard… et cela nous permet de bien comprendre la personnalité de chacun.

C’est aussi un voyage dans l’Amérique du siècle dernier : racisme, révolution industrielle, travail des enfants, essor du journalisme, capitalisme… Le fait de remonter le Mississippi nous permet aussi de voir le contraste entre les différents cultures des états traversés. C’est très bien fait.

Un gout de Tom Sawyer ou du moins cette ambiance où tout est possible, où l’on respire à pleins poumons, comme un vent de liberté. Un voyage extraordinaire qui nous amène à remonter le Mississippi. Avec nos yeux d’enfants, on sort de notre petit bayou pour la première fois et l’on pose nos yeux émerveillés sur des technologies dont on n’avait même pas imaginé l’existence : une montre, un bateau aussi haut qu’un immeuble, un pont… un train ! Une voiture !!! Un ouvrage qui me semble capable de captiver petits et grands.

Le Célèbre catalogue Walker & Dawn

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des Loisirs
Auteur : Davide MOROSINOTTO
Dépôt légal : février 2018
428 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-21123368-2

Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

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Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

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Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

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Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.

La vie devant soi (Gary & Fior)

Gary – Fior © Futuropolis – 2017

Momo « n’a pas été daté » mais ce gamin sait qu’il a à vue de nez environ 10-11 ans.

Momo ne connaît pas ses parents. Il sait seulement que sa mère se « défend avec son cul » quelque part dans un quartier de Paris.

Momo a été confié à Madame Rosa, une vieille pute qui, quand elle n’a plus eu l’âge de faire le tapin, s’est reconvertie et a ouvert une pension de famille qui accueille des enfants de prostituées. Madame Rosa vit des mandats mensuels que les putes lui versent pour payer la garde des gamins. Quand un paiement cesse, Madame Rosa continue malgré tout à garder le mouflet, n’ayant pas le cœur de le confier à l’Assistance Publique.

L’univers de Momo, c’est Belleville : son quartier. L’école qu’il quittera tôt après avoir expérimenté le racisme de ses camarades. Le bar du coin où il retrouve le vieux Monsieur Hamil qui a arrêté de vendre ses tapis, le docteur Katz, Madame Lola le travesti sénégalais et les autres gosses de la pension de Madame Rosa.

Momo à la recherche de ses origines. De son identité. Qui est sa mère ? A-t-il un père ? Pourquoi ne viennent-ils jamais le voir le dimanche comme le font les mères des autres gamins ?

Momo c’est tout un univers qu’il habite. Les frontières de son quartier lui offrent toute la liberté possible mais à 10 ans, que peut bien comprendre Momo de ce monde-là ? Un monde dans lequel les adultes offrent des réponses qu’ils laissent en suspens et dont l’enfant comble les brèches comme il peut.

Momo se croit « proxynète » …

Puis elle a demandé sa robe de chambre rose mais on a pas pu la faire entrer dedans parce que c’était sa robe de chambre de pute et elle avait trop engraissé depuis quinze ans. Moi je pense qu’on respecte pas assez les vieilles putes, au lieu de les persécuter quand elles sont jeunes. Moi si j’étais en mesure, je m’occuperais uniquement des vieilles putes parce que les jeunes ont des proxynètes mais les vieilles n’ont personne. Je prendrais seulement celles qui sont vieilles, moches et qui ne servent plus à rien, je serais leur proxynète, je m’occuperais d’elles et je ferais régner la justice. Je serais le plus grand flic et proxynète du monde et avec moi personne ne verrait plus jamais une vieille pute abandonnée pleurer au sixième étage sans ascenseur.

… et Momo croit des tas de choses mais finalement, il a ses définitions bien à lui du racisme, de l’amour, de la contraception, de la maladie, de l’épilepsie, de la sénilité…

Alors Momo se trompe de mots mais il ne sait pas. Une crise d’amnésie est pour lui une « crise d’amnistie » , l’état d’hébétude est un « état d’habitude » et j’en passe.

Un roman troublant sur l’amitié d’un garçon et d’une vieille dame. Un roman d’apprentissage où le personnage principal tente d’acquérir les armes qui lui serviront dans sa vie d’adulte. Mais quelle idée a-t-il de cette société normée et conventionnelle ? Il a sa propre idée, ni très loin de la vérité ni très près de la réalité.

Un roman sauvage où l’enfant se bat avec l’idée qu’il se fait de la vie. Une vie dure, dans la misère mais la tendresse et la complicité de Madame Rosa la lui rend plus douce. A ses côtés, il s’apaise et se construit des réponses. Poète à sa façon, il est pragmatique et tire ce qu’il peut comme leçon de ses expériences.

L’écriture de Romain Gary (sous le pseudonyme d’Emile Ajar) m’a donnée du fil à retordre. Chaque pause dans la lecture impliquait que lorsque je reprenais l’ouvrage, je devais accepter ce laps de temps nécessaire pour s’habituer au rythme et à la construction si singulières des phrases. La pensée d’un presque adolescent dans tout ce qu’elle a d’hésitant, de rugueux, de râpeux et de naïf. Lire « La vie devant soi » c’est faire l’expérience d’une ponctuation capricieuse, c’est se heurter à une structuration parfois illogique de la pensée, c’est côtoyer des métaphores pleines de non-sens et d’absurde… des métaphores qui pourtant nous montrent parfaitement comment ce jeune individu-là se place dans le monde et pense son rapport au monde.

Et puis le pauvre, il doit porter un amour trop grand pour lui. Cet amour qu’il voue à Madame Rosa, SON repère, SON pilier, elle sans qui il n’aurait pas connu la chaleur d’un foyer. Elle qui parle de « son trou juif » , un espace vis-à-vis duquel Momo mettra du temps à comprendre l’utilité et qui n’est autre qu’un lieu rassurant pour Madame Rosa encore très affectée par les traumatismes de la guerre et son expérience des camps de concentration.

Une écriture indocile, intranquille, immature comme peut l’être cet enfant qui n’en est plus vraiment un. Un enfant qui a grandi tordu et qui met tout son cœur à se tenir droit… mais c’est contre sa nature. Un enfant qui construit une image de la société comme un château de cartes et avec beaucoup d’imaginaire. Les illustrations de Manuele Fior mettent délicatement en valeur ce fragile édifice.

Extraits :

Page 11 : « Au début je ne savais pas que je n’avais pas de mère et je ne savais même pas qu’il en fallait une. Madame Rosa évitait d’en parler pour ne pas me donner des idées. Je ne sais pas pourquoi je suis né et qu’est-ce qui s’est passé exactement. Mon copain le Mahoute qui a plusieurs années de plus que moi m’a dit que c’est les conditions d’hygiène qui font ça. Lui était né à la Casbah à Alger et il était venu en France seulement après. Il n’y avait pas encore d’hygiène à la Casbah et il était né parce qu’il n’y avait ni bidet ni eau potable ni rien. Le Mahoute a appris tout cela plus tard, quand son père a cherché à se justifier et lui a juré qu’il n’y avait aucune mauvaise volonté chez personne. Le Mahoute m’a dit que les femmes qui se défendent ont maintenant une pilule pour l’hygiène mais qu’il était né trop tôt. » (La Vie devant soi)

Page 53 : « Madame Rosa se tourmentait beaucoup pour ma santé, elle disait que j’étais atteint de troubles de précocité et j’avais déjà ce qu’elle appelait l’ennemi du genre humain qui se mettait à grandir plusieurs fois par jour. Son plus grand souci après la précocité, c’était les oncles ou les tantes, quand les vrais parents mouraient dans un accident d’automobile et les autres ne voulaient pas vraiment s’en occuper mais ne voulaient pas non plus les donner à l’Assistance, ça aurait fait croire qu’ils n’avaient pas de cœur dans le quartier. C’est alors qu’ils venaient chez nous, surtout si l’enfant était consterné. Madame Rosa appelait un enfant consterné quand il était frappé de consternation, comme ce mot l’indique. Ça veut dire qu’il ne voulait vraiment rien savoir pour vivre et devenait antique. C’est la pire chose qui peut arriver à un môme, en dehors du reste. »

Page 136 : « Je comprenais bien que c’était chez elle l’effet du choc récapitulatif qu’elle avait reçu en voyant les endroits où elle avait été heureuse, mais des fois ça n’arrange rien de comprendre, au contraire. Elle était tellement maquillée qu’elle paraissait encore plus nue ailleurs et faisait avec ses lèvres des petits mouvements en cul de poule absolument dégueulasses. Moïse était dans un coin en train de hurler, mais moi j’ai seulement dit « Madame Rosa, Madame Rosa » et je me suis précipité dehors, j’ai dégringolé l’escalier et je me suis mis à courir. Ce n’était pas pour me sauver, ça n’existe pas, c’était seulement pour ne plus être là. » (La Vie devant soi)

La Vie devant soi

Récit complet
Editeur : Futuropolis
Auteur : Romain GARY (Emile AJAR)
Illustrateur : Manuele FIOR
Dépôt légal : novembre 2017
232 pages, 26 euros, ISBN : 978-2-7548-2153-7

Bulles bulles bulles…

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La vie devant soi – Gary – Fior © Futuropolis – 2017

Chroniks Expresss #32

Bandes dessinées : Strange Fruit (M. Waid & J.G. Jones ; Ed. Delcourt, 2017), Une sœur (B. Vivès; Ed. Casterman, 2017), Le Coup de Prague (J-L. Fromental & M. Hyman ; Ed. Dupuis, 2017).

Jeunesse : Le petit Mozart (Augel ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Le Monde selon Garp (J. Irving ; Ed. Seuil, 1998), Les Rêves en noir et blanc (H. Vernet ; Is Edition, 2016), Le Roi n’a pas sommeil (C. Coulon ; Ed. Points, 2014), Celle qui fuit et celle qui reste (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2017).

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Bandes dessinées


Waid – Jones © Guy Delcourt Productions – 2017

1927, état du Mississippi. Le fleuve est en crue. Il s’agit de prendre les mesures nécessaires rapidement, de renforcer les digues et de mettre la population à l’abri. Alors que les Blancs enrôlent les Noirs de force afin de leur prêter main forte, Washington mandate un ingénieur noir pour alerter la population : rien ne sert de consolider les infrastructures… il faut évacuer.
La ville de Chatterlee est en alerte. Au sol c’est le branle-bas de combat, entre les travaux de terrassement et les recherches menées pour retrouver un jeune garçon qui a disparu. Dans les airs, une météorite se rapproche dangereusement vite de la Terre et se crash non loin de la petite ville… dans un champ de coton. Une météorite ? Non. Un vaisseau duquel sort un homme à la peau noire.
Le climat électrique exacerbe les tensions et les animosités. Les propriétaires terriens blancs, pris de panique, tentent d’impressionner les anciens esclaves. Le Klan envoie ses hommes pour intimider ceux qui osent les critiquer.

Le scénario imaginé par Mark Waid a de quoi intriguer. Le programme est alléchant, reste à voir comment, avec tout ces éléments, la mayonnaise peut prendre. Le personnage principal est fascinant et charismatique et l’idée d’un surhomme noir quasi mutique m’a séduite. Pour enrichir le récit, le scénariste utilise un fait historique réel en la présence de la crue de 1927 qui, outre les dégâts matériels qu’elle a provoqué, a été meurtrière. Pourtant, je me suis rapidement lassée de l’album. Je trouve que Mark Waid a voulu en faire trop et traiter trop de sujet à la fois. Il n’y a rien de réellement spectaculaire dans les événements qui ont lieu, ce sur-homme est une caricature parfaite de l’anti-héros – à l’instar de Hancock – ce qui a ici le mérite de donner de la profondeur à l’intrigue. Mais je le disais, on a là trop de sujets (le racisme, l’héroïsme, une société en mutation, l’horreur, l’individualisme, la foi, le ségrégationnisme…) et face à ce côté prolifique… on survole, on voit notre intérêt faiblir à mesure que les pages se tournent. Le personnage principal n’évolue pas, ne chemine pas. Il reste totalement étanche à ce qui se passe autour de lui, comme une mécanique programmée, comme un robot conditionné. Et l’on s’agace de le voir si prévisible. Une force de la nature sans grand intérêt si ce n’est les passions qu’il est capable de déchaîner autour de lui.

La première publication de ce roman graphique américain date de juillet 2015. La version française (parue en avril 2017 chez Delcourt) est augmentée d’un fascicule et d’un cahier graphique (de toute beauté) ; ces bonus viennent agrémenter la lecture, donner des précisions quant à la démarche des auteurs et prolonger l’univers.

Par contre côté graphique, le travail de Jeffrey G.Jones est impressionnant. Ses aquarelles sont sublimes d’un bout à l’autre de l’album et honorent la plastique tout en muscles du héros… Jeunes filles, vous ne devriez pas être déçues 😛

Un album malheureusement dispensable. Des personnages trop vite balayés, leurs personnalités tout juste esquissées, ils jouent un rôle mais ne l’incarnent pas. Ils s’agitent et s’éparpillent à l’image du scénario.

 

Vivès © Casterman – 2017

C’est l’été, le temps des grandes vacances est revenu. Pour Antoine et Titi, l’heure est revenue de retrouver la maison secondaire, à deux pas de la mer. Des semaines doucereuses à passer avec leurs parents. Mais cet été-là a rapidement un goût différent des précédents. Pas forcément pour Titi qui du haut de ses 10 ans nage encore dans l’insouciance. Mais pour Antoine qui a 13 ans, l’arrivée d’Hélène, la fille d’une amie de sa mère, va être un raz-de-marée dans sa vie. Pour lui, c’est l’été des premières fois. Premier flirt, premiers sentiments amoureux, première clope, premier verre, première pipe, … En peu de temps, Antoine va quitter définitivement l’enfance et entrer à pieds joints dans l’adolescence.

Bastien Vivès est revenu avec un album fort et sensible. Le personnage de l’adolescente m’a agréablement surprise. Dévergondée mais sans être vulgaire, forte et fragile à la fois, audacieuse et farouche, le rythme de l’album colle à ses caprices et à ses désirs. On retrouve aussi la même veine graphique que dans « Polina » : un dessin subtil qui caresse les personnages. Noir, blanc et gris suffisent pour poser avec délicatesse les mots et les maux, les pensées et les émotions qui ne trouvent pas le chemin de la parole. Les fonds de cases sont parfois nus, nous laissant ainsi savourer l’intimité d’une scène, nous laissant ainsi mesurer l’ampleur d’une peur ou la force d’un désir.

J’ai été cueillie par cet album, surprise par cette parenthèse. Je suis retournée en arrière et j’ai laissé certains souvenirs de ma propre adolescence remonter à la surface. Beau.

La bande-annonce de l’album (chez Casterman) et le site de Bastien VIVES.

 

Fromental – Hyman © Dupuis – 2017

« Hiver 1948, dans le blizzard de la capitale autrichienne sous occupation des quatre puissances. Dépêché par le studio London Films, G. travaille à l’écriture de son prochain long métrage, assisté par l’énigmatique Elizabeth Montagu. Cette dernière, dont le passé militaire et les relations l’attachent aux services secrets britanniques, découvrira bien vite que le prétexte artistique dissimule de véritables tensions politiques et que les lendemains de guerre ne sont pas toujours chantants. Cette mission en apparence paisible basculera dès lors dans l’atmosphère sournoise d’une révolution fulgurante que l’Histoire retiendra sous le nom de « coup de Prague » » (synopsis éditeur).

Je passerai vite sur cet album qui m’est tombé des mains et donc je ne connaîtrai jamais la fin. Entre romance, intrigue politique, espionnage, courses poursuites, référence littéraire… je me suis égarée dans les rue de Prague pour fuir volontairement ces héros qui m’ont tous été antipathiques.

Bonne nouvelle pour l’album : il fait partie des « 20 indispensables de l’été » de l’ACBD (au même titre que le roman graphique de Bastien Vivès dont je vous parlais plus haut) … et ça dépasse mon entendement !

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Jeunesse

 

Augel © La Boîte à bulles – 2017

Enfant déjà, Mozart n’était intéressé que par la musique. La musique l’accaparait entièrement, à chaque instant. Il composait sans cesse et en tous lieux. Il compose à n’importe quel moment de la journée, écrit ses partitions en tous lieux et sur n’importe quel support ; une barrière, un mur, le sol, des feuilles, du linge… Il joue, virtuose, il fait corps avec sa musique, en totale harmonie avec son instrument. Il fusionne avec la mélodie.

Augel imagine l’enfant que Mozart pouvait être. Un savant fou en herbe, le cheveu ébouriffé, la tête dans les étoiles et dans les portées de musique. Rien d’autre ne copte pour lui. La musique est son oxygène.

Petites scénettes plus ou moins longues (du strip à quelques pages). Petites anecdotes humoristiques au ton malicieux. On sourit souvent sans jamais parvenir au rire franc. Le ton est gentillet, il n’est jamais niais. Un brin de philosophie, un peu de poésie, tous les ingrédients sont là mais il manque un je-ne-sais-quoi pour que l’album soit abouti.

Une lecture qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

Romans

 

Irving © Seuil – 1998

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… » (synopsis éditeur).

Un livre qui m’a été offert. Un romancier que je n’avais jamais lu. Des chroniques sur ses œuvres, je n’en ai gardé aucun souvenir. J’ai donc démarré cette lecture sans aucun apriori, sans attente démesurée… seul le plaisir de découvrir une nouvelle plume, un nouveau regard… un monde, celui de Garp.

Très vite, j’ai été prise au jeu. Très vite, j’ai apprécié Jenny. John Irving ne fait aucun détour superflu pour nous permettre d’appréhender la vision que cette femme a du monde. Elle ne s’encombre pas de sentiments inutiles, elle accorde très rarement son amitié. Elle se fond dans sa fonction d’infirmière, sa blouse blanche sera sa seconde peau et se consacre entièrement à son rôle de mère. Une femme entière.

Au bout de quelques chapitres, son fils – Garp, lui volera peu à peu la vedette. Car c’est bien lui le « héros » du roman d’Irving. Le lecteur est présent lors de sa naissance, le seconde lorsqu’il fait ses premiers pas puis le suivra durant toute sa jeunesse, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte. Un personnage qui, très jeune, décide qu’il deviendra écrivain. Autour de lui, un clan se forme au fil des années, au gré des rencontres. Sa personnalité s’affirme, ses choix sont les nôtres, ses passions nous emballent au même titre que les combats qu’il mène.

Le roman s’ouvre sur une préface rédigée par l’auteur lui-même. Vingt ans séparent ces deux écrits (roman et préface). Il met un point d’honneur à expliquer que « Le Monde selon Garp » n’est pas un roman autobiographique mais que, bien évidemment, certains éléments narratifs s’inspirent logiquement d’anecdotes et/ou de rencontres réelles.

Un ouvrage dense mais jamais pompeux. Un récit généreux que l’on dévore. Des personnages haut en couleurs, des situations originales, les œuvres du personnage fictif intégralement (ou presque) reproduite dans le roman d’Irving. Le processus de création, le rapport à l’écriture, à la lecture. La transmission d’une génération à l’autre. Les prises de position. L’altruisme. La jalousie. L’infidélité. L’amitié. La tolérance. La concupiscence… Autant de thèmes traités dans ce riche roman. Prenant, drôle, revêche. Je sors repue et satisfaite de ma découverte d’Irving.

 

Vernet © Is Edition – 2016

Philea a la vie devant elle mais elle vit comme si elle allait s’arrêter demain. Elle a 25 ans, l’amour des livres. Elle en a fait son métier. Elle est libraire. Elle a une peur farouche des hommes du moins, elle a vécu une histoire avec un homme. Mais c’était avant, il y a longtemps. Elle y a laissé des plumes. Désabusée désormais, elle sait que l’amour n’existe pas. Que ce qui est beau n’est qu’éphémère. Elle n’attend plus rien des hommes. Depuis, elle a cumulé les aventures. Elle a séduit et s’est laissé séduire. Mais elle n’a plus ressenti ce qu’elle avait ressenti la première fois. Puis un jour, elle croise Theo dans une soirée. C’est à peine si elle l’a remarqué. Le lendemain, elle reçoit son premier mail. Il contient une vidéo en noir et blanc. Une chanson de Nougaro. D’autres mails viendront jusqu’à ce qu’elle accepte un rendez-vous. Elle appréhende, n’en attend rien juste de pouvoir lui dire qu’ils n’ont rien à faire ensemble. Les rendez-vous se succèdent, il lui dit ses sentiments. Elle a plus de réticences, elle résiste, elle sait que chaque relation est vouée à l’échec. Elle est séduite, amusée, surprise. Il est intelligent, « charmant. Ensorcelant. Atemporel ». Il lui plaît, il est à la fois tendre et indécent. Le désir monte en eux. En sa présence elle est bien. Une osmose. Deux âmes sœurs jusqu’à ce que les premiers doutes surgissent.

Elle étouffe sous le poids d’un bonheur dont elle pressent l’abîme.

Un roman sur le couple et sur chaque individu qui le compose. Homme, femme. Un duo à la recherche d’une harmonie. Une entité composée de deux êtres, une prolongation de chacun d’eux. S’épanouir dans le couple, s’y abandonner pour mieux s’y retrouver. Une quête de sens. Quand les sentiments s’expriment avec autant de naturel, autant de spontanéité, on cherche parfois à en comprendre la raison. Une unité fragile faite des désirs de deux personnes, un équilibre dans lequel on s’épanouit. Lorsque le couple est une telle évidence, on cherche à le préserver puis peut-être qu’on s’y habitue. Alors on n’y fait plus attention, on sent les bases vaciller et, mû par un instinct malsain, on cherche à s’en protéger. Convaincre l’autre que nos doutes sont fondés pour qu’il les démente afin de nous rassurer. Mais lorsque le poison commence à se répandre, l’autre facette du couple se répand comme une trainée de poudre.

Extrait du prologue : « L’histoire en elle-même est tout aussi banale que la fille qui l’a écrite. Pourtant, elle mérite d’être racontée ici pour rendre hommage au courage de cet homme et de cette femme qui ont essayé de s’aimer, sans attache, tout en sachant que c’était perdu d’avance, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas se sauver l’un l’autre, ni se soulager, et qu’ils mouraient un jour sans laisser aucune trace de cet amour. Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont fait l’expérience de la solitude à deux, sans jamais fléchir sous le poids de l’espoir, pour sauver la seule idée en laquelle ils croyaient : tout est perdu d’avance. Rien ne dure jamais. »

Noir – blanc. Yin – Yang. Homme – Femme. Passion – désamour. Une très belle réflexion induite par cette parenthèse conjugale. Quelle belle plume ! Hanna Vernet signe son premier roman. Je l’ai savouré, je l’ai aimée cette femme. Sa fragilité m’a touchée, ses peurs m’ont émue, ses doutes ont trouvé un écho. Superbe ! Framboise en parle magnifiquement bien dans sa chronique.

Quelques liens pour aller plus loin : la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur, la page Facebook de l’auteure.

 

Coulon © Editions Points – 2014

Thomas est l’enfant unique de William et Mary Hogan. Une enfance passée dans un cocon, dans le calme de la maison familiale, entre un père aimant mais absent et mystérieux, et une mère prévenante, protectrice et bienveillante.

Thomas est un solitaire. Comme son père, il économise ses mots, ne parle que quand c’est nécessaire. Il n’a pas d’amis excepté Paul… mais en grandissant, leurs routes vont se séparer. Thomas est un enfant sans histoires… mais en grandissant, l’alcool et les déceptions amoureuses vont l’écarter du droit chemin.

Je découvre doucement l’œuvre de Cécile Coulon. Après la claque que j’avais eue à la lecture du « Rire du grand blessé » [découvert grâce à Noukette], j’ai jeté mon dévolu sur cet autre roman. Je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles entre ces deux hommes blessés, torturés, incapables d’éprouver – par on ne sait quelle force – leurs sentiments, incapables de se laisser aller au plaisir, incapables de s’épanouir. Comme s’ils étaient coincés dans des corps trop grands pour eux, trop forts pour eux et que le seul moyen de vivre était de se protéger derrière une carapace. Ils sont cantonnés dans le rôle d’observateur impuissant, spectateur de leurs vies. L’étincelle de vie est incapable de s’allumer dans leurs yeux. Un monde brut, trop rapide et trop agressif pour eux.

Beau. Superbe. J’aime décidément cette écriture puissante de Cécile Coulon. Une écriture qui n’épargne rien aux personnages qui habitent les univers de la romancière.

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Sylire.

 

Ferrante © Gallimard – 2017

Retrouver Elena qui termine son parcours universitaire, déterminée à l’idée de s’émanciper pour ne jamais revenir dans les jupons de sa mère et refusant obstinément de revenir dans son quartier natal. Sa première relation amoureuse est désormais loin derrière elle. Elle est aujourd’hui engagée avec Pietro ; ce dernier incarne pour elle ses rêves d’ascension sociale et de réussite. Elle va se marier. Son roman est désormais publié et la jeune femme, docile, se déplace au travers de l’Italie pour en faire la promotion. C’est à l’occasion d’une séance de dédicace qu’elle retrouve Nino, un amour de jeunesse.

Retrouver Lila qui, après avoir l’opulence, est retournée à la misère. Après le luxe, retrouve l’incurie. Après les belles tenues se vêtit de nouveau de fripes. Son travail à l’usine la nourrit à peine. Elle élève tant bien que mal l’enfant qu’elle a eu de Nino.

Elles ont 25 ans et leurs vies sont aux antipodes. Elena s’installe en couple, enfante à son tour. Leurs vies semblent toutes tracées mais les deux femmes sont encore fortement dépendantes l’une de l’autre et malgré le fossé qui les sépare, leurs destins sont liés. Yin & yang à jamais enchevêtrés malgré leurs différentes. Elena est prévisible, complexée, effacée. Elle range facilement ses idéaux lorsqu’il s’agit d’assumer le rôle de mère au foyer. Lila est affaiblie mais elle reste électrique, vive, douée. Abattue par ses conditions de vie, elle accepte la misère comme si c’était le prix à payer pour ses erreurs de jeunesse.

J’ai découvert cette sage d’Elena Ferrante grâce à un billet de Framboise qui présentait les deux premiers tomes de la tétralogie « L’Amie prodigieuse » . Tentée, j’ai engouffré « L’Amie prodigieuse » puis « Le nouveau nom » … et attendu avec impatience ce troisième tome. Dans un premier temps, il y a une parfaite continuité dans le comportement du personnage principal (Elena) au point qu’on se lasse de la voir s’effacer derrière des compromis et des faux-semblants. De même, on ne s’étonne pas de voir Lila relever ses manches et saisir au vol une opportunité inespérée de sortir de l’incurie dans laquelle elle vivait.

Contre toute attente, Elena Ferrante met le feu aux poudres et nous surprend. La romancière nous montre que rien n’est joué d’avance. Un vent de folie emporte le récit vers de nouvelles perspectives et c’est une énorme claque que l’on prend en refermant cet opus. Ce troisième tome est de loin mon préféré. Il me tarde le suivant !!

Le petit Rêve de Georges Frog (Phicil)

Phicil © Soleil Productions – 2017

New-York, fin des années 30.
Georges Rainette est une grenouille. Venu de France pour suivre les cours du Conservatoire, il rêve de devenir un grand jazzman, de trouver l’harmonie parfaite entre la mélodie et l’instrument, l’alchimie poétique qui fera vibrer son public.

Cette musique, c’est toute ma vie… Je l’écoute, je la joue… J’en rêve même la nuit !

Il rêve aussi de se hisser aux côtés des plus grands jazzmen de son temps et pour cela, il a décidé de se consacrer entièrement à son art : le jazz. Il abandonne alors les cours et perd le bénéfice de sa bourse d’études. L’aventure est risquée en cette période de crise économique. Rien ne semble en mesure de résorber le chômage qui va croissant ; la pauvreté touche chaque jour de nouvelles familles. Georges est conscient des risques qu’il prend d’autant que les places sous les projecteurs de la gloire sont rares. Georges sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Il se met à travailler comme un forcené, le jour empiétant largement sur la nuit. Il compose, jette, recommence avec acharnement afin de composer la mélodie qui estomaquera, qui marquera, qui emportera l’engouement. Durant cette période, il est en tête-à-tête avec son vieux piano ; l’unique compagnon avec qui il partage toutes ces heures, l’unique compagnon qui pose un regard à la fois critique et encourageant sur les œuvres qu’il crée, son confident, son ami, son conseiller.

Tu sais Georges, je trouve que tu n’entends pas assez ce que tu joues. Tu devrais entendre intérieurement ce que tu joues. Ce ne sont pas que les doigts qui doivent jouer… Mais avant tout, la tête et le cœur.

C’est à cette période que deux événements majeurs vont influencer son devenir. Georges trouve enfin le nom de scène qu’il portera avec fierté : Georges Frog. Bien décidé à jouer des coudes pour se faire connaître, il ose envoyer ses maquettes à des producteurs et ressent un mélange d’excitation et d’appréhension. Ses projets artistiques de Georges sont cependant chamboulés le jour où il fait connaissance avec Cora, sa nouvelle voisine. Ils filent l’amour parfait mais Mister Cat, le père de Cora, ne voit pas leur idylle d’un très bon œil.

Georges Frog est né en 2006 sous la plume de Phicil. La série compte au final quatre tomes qui seront édités chez Carabas. La belle collection Métamorphose de Soleil les réunit aujourd’hui dans cette intégrale.La série compte au total quatre tomes réunis aujourd’hui dans cette belle intégrale.

Le petit rêve de Georges Frog – Phicil © Soleil Productions – 2017

Très vite, on perçoit que derrière l’auteur de bande dessinée, se cache un passionné de jazz. Phicil fait évoluer un personnage sensible aux sonorités du jazz, une musique capable de faire passer n’importe quelle émotion de la plus profonde des peines à la plus vibrante joie. Son héros, Georges Frog, ne se contente pas de jouer du jazz, il ressent le jazz.

Pour bien jouer, il faut avant tout faire ressortir la petite faille interne qui sommeille en nous, jusqu’à faire pleurer son instrument !

Dans ce récit la musique sert de support pour aborder d’autres sujets. Certains sont graves et sérieux (la misère, le chômage, la condition sociale des afro-américains), d’autres sont communs à tous les êtres humains (les sentiments, le dépassement de soi, l’envie d’atteindre ses idéaux…), d’autres sont plus personnels (les complexes, les peurs…).

Entre musique et sentiments, Georges Frog est un récit généreux, le cheminement et la réflexion d’un individu qui met tout en œuvre pour dépasser ses aprioris, acquérir une meilleure estime de soi, s’épanouir le mieux possible sans pour autant laisser les amis sur le bord de la route. Ce monde anthropomorphe de Phicil est à la fois assez réaliste mais l’apparence de ses personnages [et les couleurs de Drac] arrondit les angles et rend l’univers un peu plus doux, un peu moins sombre et laisse la place à la poésie et aux rêves alors que le contexte social s’y prête mal à première vue. Pour ceux qui auraient déjà lu les albums de Renaud Dillies (Betty Blues, Loup, Bulles & Nacelle…), il est difficile de ne pas faire le parallèle entre les deux univers [anthropomorphes de surcroît] pourtant Georges Frog me semble bien plus abouti.

Un petit bijou de série, un personnage auquel on s’attache, un scénario bien ficelé, un univers ludique et pertinent, un voyage musical que je vous conseille.

Extrait :

« Avant de jouer le blues, il faut savoir qu’il prend racine dans la culture des animaux sombres. A travers cette musique, c’est toute la douleur de l’esclavage qui transpire des centaines années d’oppression. Mais le blues traditionnel parle le plus souvent de choses bien plus banales. Comme par exemple de musiciens qui refusent d’en aider un autre, ou d’une fille qui laisse tomber son ami sans aucune explication. (…) Mais bon, on peut aussi traiter le blues de manière plus joyeuse, comme un pied de nez aux coups durs de la vie ! » (Le petit rêve de Georges Frog).

Une lecture que je partage avec les bulleurs de « La BD de la semaine ». Stephie accueille notre rendez-vous aujourd’hui.

Le Petit rêve de Georges Frog

Intégrale
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur / Scénariste : PHICIL
Dépôt légal : juin 2017
208 pages, 27 euros, ISBN : 978-2-302-06323-5

Bulles bulles bulles…

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Le petit rêve de Georges Frog – Phicil © Soleil Productions – 2017

Les Harlem Hellfighters (Brooks & White)

Brooks – White © Editions Pierre de Taillac – 2017

Première Guerre Mondiale.

Le président Wilson décide d’engager les Etats-Unis dans la « Der des der ».

« Harlem Hellfighters, tel est le nom qui fut donné aux soldats afro-américains du 369ème Régiment d’Infanterie. C’est en raison de leur courage que les Allemands les surnommèrent les « Combattants de l’Enfer ». Décorés par la France pour leur bravoure, ces new-yorkais furent ignorés par leur pays, et leur héroïsme fut bientôt oublié… » (quatrième de couverture).

Journal de bord d’une lecture contrariante…

16 avril 2017.

Parfois, j’ai de grands moments de solitude lorsque j’ouvre ma boîte aux lettres. Des livres que je n’attendais pas et que je n’aurais pas même eu envie de feuilleter si je les avais vu sur le rayon d’une librairie… Pourtant, j’ai déjà eu de belles surprises avec des ouvrages qui m’ont été envoyé « par surprise ». Généralement, je fais l’amer constat que lorsque des livres me sont imposés comme cela… ça ne colle pas entre lui et moi. Mais revenons quelques semaines en arrière.

Mars 2017.

J’ouvre ma boîte aux lettres et je trouve un paquet. Dedans, cet album. Je grimace. Pour deux raisons : la couverture tout d’abord. Elle agresse. Elle jure. Des blocs de couleurs compacts, un bouquet de fusils, des tiges d’uniformes militaires, des visages crispés… tout ce qu’il faut pour me faire fuir. Les récits de guerre et moi… ceux-là même où la testostérone abonde, je n’aime pas. J’aime la BD-reportage, j’aime le témoignage… pas la démonstration de force. Et ici, il y a déjà trop de testostérone dans la couverture. Je pose l’album, réfrène mon envie de contacter un éditeur que je ne connais même pas pour lui dire… non…

… je vais laisser décanter.

Ces mauvaises impressions doivent partir si je veux pouvoir lire car faire un procès d’intention à un livre sans même l’avoir ouvert, très peu pour moi. Classer à la verticale juste sur un apriori, je ne peux pas. La moindre des choses, c’est de lire… et d’en parler. Et puis, ce n’est pas donné à tout le monde de recevoir des livres gratuitement… c’est un luxe.

Le livre est resté sur mon bureau pendant plusieurs jours. Je voyais sa tranche et son titre racoleur : « Les Harlem Hellfighters – Max Brooks ». Franchement… ça ne donne vraiment pas faim… Entre temps, j’avais un peu feuilleté. A l’intérieur, des planches en noir et blanc. Le contenu semble verbeux. Le dessin est minutieux mais dans ce format (15,5 x 23 cm), tout est tassé, comme compacté. On se sent oppressé. A la volée, mon œil se pose sur une répétition de visages grimaçants, des explosions, des armes, des… rats. L’album me donne l’impression d’être à mi-chemin entre le comic book des années 1950 et le comic underground, un dessin qui n’a pas totalement terminé sa mutation.

On va laisser décanter ces impressions…

26 mars 2017.

Quelques jours après la réception et papotage sur Messenger. J’envoie la photo de la couverture à un ami. Réponse : « Ah ouais, c’est du lourd !!! ». Je crois qu’il rigole sous cape… C’est vrai que si l’éditeur avait pris un minimum le temps de regarder ce que j’aime lire, il aurait vite vu que mettre cet exemplaire entre les mains était une idée bien saugrenue !

Le fait d’avoir ressorti l’album m’avait presque décidé à me lancer. Mais bon…

… laissons décanter.

16 avril 2017.

Toujours là, sur le bureau. Aller. Je me lance. Parce qu’à chaque fois que j’ouvre un autre livre, j’ai des scrupules. Celui-là commence à me regarder en biais. Je manque de faire marche arrière en revoyant la couverture. J’ouvre.

Au bout de quatre pages, je suis surprise. Ça colle plutôt bien avec le scénario de Max Brooks. Le dessin de Caanan White n’est pas désagréable, ciselé, détaillé mais le constat initial n’est pas prêt à vaciller : vu la richesse du contenu des illustrations, le format choisit pour l’album n’est pas approprié. Tout est tassé, c’est trop petit, on ne voit que les contrastes de noirs. On étouffe.

Page 88. Je repose. Il est temps de faire une pause au premier tiers de l’album. L’unité des Harlem Hellfighters est à bord d’un bateau militaire qui navigue vers la France. Un premier tiers d’album qui se découpe en trois grands temps :

  • le temps de l’enrôlement : dans une pièce d’un bâtiment de Harlem, des hommes noirs s’engagent. Venus des quatre coins des Etats-Unis, ils sont remontés à bloc. Premiers contacts, premières affinités et premiers heurts. Dans le corps de certains, la testostérone est en ébullition. « C’est moi qui a la plus grosse ! » (non, je rigole… mais ça résume un peu l’état d’esprit).

  • le temps de l’entraînement : dans un camp du nord des Etats-Unis puis dans un second au Texas. Outre les affrontements verbaux entre soldats et gradés (des gradés très antipathiques), le scénario s’attarde sur des événements qui ont eu en dehors des murs de la caserne. Dans cet état ségrégationniste, il est question de l’antipathique attitude des civils du quoi à l’égard des Noirs (humiliations, violence). Le récit s’attarde sur un autre point : « Les uniformes étaient d’abord distribués aux Blancs. Et la plupart des troupes noires devaient s’entraîner avec leurs propres sapes. On donnait aux troupes blanches des armes à feu. Des Springfield flambant neufs, tout juste sortis de l’usine. Et nous on avait… des manches à balais. Il y avait une pénurie parce que le Ministère de la Guerre en donnait aux clubs privés de tir ! Le but étant d’aider les civils à améliorer leur habileté au tir, juste au cas où ils auraient à partir au combat. (…) On a inventé des clubs de tir bidons… »

  • le temps de la traversée : après l’amertume des membres de l’unité quant au fait qu’aucune cérémonie n’a été organisée à l’occasion de leur départ (ce qui n’est pas le cas pour les troupes de Blancs qui défilent dans leur plus beaux uniformes, fusils en main, cotillons, musique et foule pour les acclamer) et que le bateau affrété est un vieux navire tout de guingois qui ne semble pas capable d’autre chose que de donner le mal de mer.

Au premier tiers, je ne retiens que de la plainte. A ce stade de la lecture des « Harlem Hellfighters », je cherche encore quel message le scénariste souhaite faire passer. Je ne doute pas qu’il soit bourré de bonnes intentions et qu’il souhaite rendre hommage au courage de ces hommes. Pourtant, le portrait qu’il brosse d’eux est loin d’être reluisant. Les personnages sont amers, revanchards, aigris. En 1917, cela faisait 52 ans que la Guerre de Sécession avait eu lieu. Et on sait tous que la question de la reconnaissance des droits des Noirs américains était loin d’être intégrée, même dans les états du nord. Aujourd’hui encore, les discriminations continuent. Mais je m’éloigne de mon sujet…

J’imaginais ce récit comme étant celui d’un hommage à la bravoure de ces hommes. Luttant pour la reconnaissance de leur droits dans leur pays, réclamant le respect de leur dignité, de leur liberté, de leur statut de citoyens américains… on se doute que vues leurs conditions de vie, répondre à l’appel du Président était un moyen, pour eux, de bénéficier d’une solde et ainsi pouvoir subvenir à leurs besoins. Mais compte tenu de la manière dont le président Wilson a formulé l’engagement des Etats-Unis dans ce conflit mondial, il n’est pas difficile de comprendre que ce combat-là fait sens pour ces afro-américains.

Faire du monde un endroit sûr pour la démocratie.

Au tiers de la lecture… j’entends malheureusement autre chose…

Pourquoi j’suis là ?! Pourquoi je n’serais pas là ?!? Des Blancs qui me payent pour tuer d’autres Blancs ? Merci, mon Dieu ! Alléluia !

… et je trouve le ton décidément trop grinçant… On va laisser décanter… la nuit porte conseil…

17 avril 2017.

Le second tiers du récit s’ouvre sur le mois de janvier 1918. La traversée de l’océan Atlantique est terminée. En mars 1918, les Harlem Hellfighters sont rattachés à l’armée française. Première descente dans les tranchées, premiers contacts avec « les poilus ». En situation, les vieilles rancœurs deviennent secondaires. Ils sont considérés et respectés des troupes françaises. Les pages suivantes nous plongent dans le quotidien des tranchées. Le propos change de ton, l’état d’esprit de ces hommes aussi.

Des Blancs qui me payent pour tuer d’autres Blancs ? Gloire, Alléluia ! La vengeance est comme le feu. Il peut éclairer le chemin le plus sombre. Et qu’est-ce que qui se passe quand le feu s’éteint ? Quand ce que tu as attendu toute ta vie devient tout à coup le passé ? Il n’y a pas d’ironie plus cruelle que d’accomplir la mission de sa vie et d’avoir encore toute sa vie devant soi.

J’attaque le dernier tiers.
Si les rancœurs relatives aux traitements racistes dont sont victimes les noirs américains aux Etats-Unis s’étaient tues depuis le débarquement sur le sol français… elles reprennent de plus belles. Il faut dire que les actes de bravoure et la manière dont les faits d’armes de cette « unité de couleur » ont été salués ne plait pas aux soldats américains blancs. Et les coups bas pleuvent sur eux, réactivant les haines et l’amertume.

Et foutre le camp loin de cette guerre de Blancs.

Dernier tiers et retour sur les champs de bataille. Des corps à corps, des explosions, des attaques de gaz. Une détermination de fer anime ces combattants.

J’ai terminé l’album. J’ai vraiment soufflé sur certains passages. J’en retiens que c’est une unité d’hommes courageux. Ils ont fait ce que bien peu d’autres hommes auraient fait. L’ouvrage m’a appris quelque chose car je ne connaissais pas l’histoire de cette unité. Mais la forme de ce récit ne m’a pas parlé. Max Brooks ne m’a pas intéressée et Caanan White m’a laissée de marbre.

Je vais laisser décanter avant d’écrire…

23 avril 2017.

Une semaine que j’ai lu ce titre. Et toujours un peu d’agacement à l’égard des pratiques de certains éditeurs qui, sous prétexte qu’ils récupèrent votre adresse (par quel biais d’ailleurs ??) se croient en droit de glisser un titre quelconque dans une enveloppe et « roule ma poule ». Sans un mot, rien. Pas un bonjour. Pas une explication de pourquoi ce livre-là vous a été adressé. Un cadeau gratuit qui met tout de même le blogolecteur en difficulté. Si la chronique est positive c’est le holà ! Si elle est négative… ils vont se plaindre quand les « méchants blogueurs disent du mal de leurs livres ». Franchement…

Dommage que ce soit ce livre-là qui fasse les frais de mon énervement. Tout de même, un livre à la mémoire d’hommes de cette trempe, c’est bien dommage. J’aurais pu passer mes nerfs sur un livre insipide, un « truc mainstream » laid comme un pou qui parle des peines de cœur d’une riche héritière d’un domaine viticole, du tome 2 d’une énième saison d’une série parlant d’une saga sur les rois de France (alors qu’on n’a pas lu le reste des albums de l’univers… ça a du sens tiens !), d’un bouquin qui arrive dans un carton avec une peluche à moitié brûlée pour accompagner un album réalisé par des auteurs dont on ne connait même pas le nom et publié par une maison d’édition dont on apprend l’existence… et accompagné d’un feuillet sur lequel on peut lire « Communiqués, extraits, couvertures, matériel… Tout ce dont vous avez besoin pour votre bel article se trouve sur : http://www.NomDeLediteurCensure.com/presse » … Et quand tu ouvres… et bien ça pique les yeux tellement c’est peu engageant !

Messieurs et Mesdames qui travaillez dans l’édition. Si vous parvenez à vous procurer nos adresses postales, c’est donc que vous avez nos adresses électroniques ! Alors que tant d’entre vous se plaignent des coûts des envois postaux… qu’est-ce que cela vous coute de prendre contact par mail et de DEMANDER avant l’envoi d’un album si ce dernier nous… tente ??!! Et si ce n’est pas le cas pour l’album A, ça marchera peut-être pour l’album B !!

Pour ma part, je blogue sur mon temps libre et ne touche aucune rémunération pour cette activité « ludique ». Je m’y consacre parce que ça me plait : lire, écrire, échanger. C’est une activité agréable. A condition que cela ne devienne pas de la contrainte.

Aujourd’hui… 13 mai 2017

J’ai laissé décanté la lecture. Gardé des passages en mémoire. Mais rien, non vraiment rien, ne me donne envie de vous recommander cette lecture.
Et puis je suis toujours remontée comme un coucou à l’égard de ces partenariats forcés.

Les Harlem Hellfighters

One Shot
Editeur : Pierre de Taillac
Dessinateur : Caanan WHITE
Scénariste : Max BROOKS
Traduction : Agathe La Roque et Sophie Roser
Dépôt légal : avril 2017
264 pages, 14,90 euros, ISBN : 978-2-36445-081-3

Bulles bulles bulles…

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Les Harlem HellFighters – Brooks – White © Editions Pierre de Taillac – 2017