Joker (Adam)

« Joker » était épuisé depuis un moment jusqu’à ce que les éditions de La Pastèque le réimprime, profitant au passage pour apporter quelques modifications (format et finition). L’album fait partie de la sélection officielle du FIBD 2016 (cette année-là, c’est « Ici » de Richard McGuire qui a été récompensé du Fauve d’Or). Une bien bonne chose puisque cette fois, j’ai sauté sur l’occasion pour lire cet album.

Adam © Editions de La Pastèque – 2020

Joker Battie est un enfant de 7 ans qui se retrouve bien malgré lui au centre de cette histoire pour diverses raisons. L’une d’elles est dévoilée dans le dénouement, raison pour laquelle il vous faudra à votre tour lire l’album si vous voulez savoir de quoi il en retourne. La seconde est qu’il a tenté de fuguer ; il a appris par hasard que sa mère, Darlène, avait tué son père, Jed. Il a appris en même temps qu’il apprenait que sa tante, Charlène, avait tué son oncle, Herb. Les deux sœurs, Charlène et Darlène, ont tué leurs maris parce ceux-ci avaient tués leur cousin, Hawk. Hawk n’était autre que l’unique héritier de l’immense empire financier de leur famille. Mais ce n’est pas parce que Hawk a hérité de la prospère entreprise familiale que ses cousins l’ont tué… ou du moins, pas consciemment… Et puis il y a Sally, la mère d’Hawk, qui est décédée mais bien avant que les trois cousins ne passent de vie à trépas.

Joker est issu d’une fratrie de sept enfants. Sa tante, Charlène, a eu huit enfants avec son oncle Herb. Son oncle Hawk quant à lui n’avait pas d’enfants… du moins, il n’a pas eu d’enfants légitimement déclarés…

Prenant peur, les deux sœurs s’élancent dans une cavale désorganisée avec toute leur marmaille.

Tout cela, on le sait dès les premières pages de l’album…

Les détails de cet imbroglio, Benjamin Adam nous l’apprend au fil de son récit choral qui convoque une trentaine de personnages que l’on se surprend à identifier et reconnaître très vite. A tour de rôle, Joker, Charlène, Darlène, Jed, Herb, Hawk – ainsi que d’autres protagonistes importants – se relayent pour prendre la parole et nous donnent les pièces permettant de reconstruire le puzzle de l’intrigue. On saura tout des pourquoi et des comment, avec quelques redites puisque la majeure partie des personnages ne communiquent pas entre eux. Tous ont une vision parcellaire de la situation excepté… nous, lecteurs qui sommes aux premières loges pour les écouter. Arsène (l’oculiste) est le premier à nous inviter à recouper cela et c’est un peu grâce à son intervention que l’histoire prendre des allures d’enquête (quant aux flics, il en sera très peu question !!).

C’est par le prisme de ces drames funestes survenus dans une même famille que l’on découvre également le contexte dans lequel ils se sont produits. La famille Battie, du temps de l’arrière-grand-père de Joker, est passée en quelques années d’une petite entreprise d’artisanat local à une entreprise très prospère. Batimax a continué de s’étendre et de se diversifier avec les fils Battie (Walter, le grand-père de Joker, et son frère John) jusqu’à devenir l’empire industriel qu’elle est aujourd’hui. Non content d’être le principal employeur de toute une région, le groupe industriel injecte des fonds dans les petites entreprises locales pour leur éviter la faillite… et les tient ensuite sous sa botte.

Les principaux médias sont au service de l’empire Batimax (les autres ont fait faillite) ce qui permet à la société de contrôler l’information régionale ; les journalistes sont désormais des employés de l’empire Bati, ils alignent leur travail d’investigation sur les attentes de leur employeur et contribuent « de leur plein gré » à la diffusion de la culture Batimax ! Jusqu’à ce qu’Arsène (l’oculiste oui, encore lui) se questionne sur les enjeux de ces morts Battie successives et soit à l’initiative de la création du Diagno, un journal indépendant. Sur le fond, c’est l’occasion de parler du travail de la presse, de l’importance de préserver la liberté d’expression. Puis plus largement, avec un contexte socio-économique tel que celui que j’ai décrit supra… comment ne pas parler de corruption, de culture de masse…

… et j’en passe parce que c’est rudement succulent et qu’il m’est avis que vous devriez le lire, cet album ! Récit chorale et maxi bordel, assaisonné par un trait épais et noir qui donne l’impression qu’on est plongé dans ouvrage de la veine des comics underground. Succulent donc !

Joker (one shot)

Editeur : La Pastèque

Dessinateur & Scénariste : Benjamin ADAM

Dépôt légal : mai 2020 (réédition) / 128 pages / 18 euros

ISBN : 978-2-89777-081-5

Peau d'Homme (Hubert & Zanzim)

Hubert – Zanzim © Glénat – 2020

A 18 ans, Bianca est encore pucelle et ne sait absolument rien des garçons. Elle n’a jamais eu l’occasion de s’y intéresser ni pris le temps de le faire… Cela dit, au Moyen-Age, il est aussi des coutumes et des traditions à respecter si l’on veut avoir la réputation d’une jeune fille bien comme il faut ; de cela, Bianca en est très consciente.

Fort heureusement, les confidences avec ses amies lui permettent de s’exprimer un peu sur ses appréhensions avant sa nuit de noce qui a lieu dans quinze jours. Bianca aurait tant aimé avoir l’occasion de faire la connaissance de son futur mari avant de se retrouver dans le même lit que lui ! La voyant si morose, sa tante l’invite à passer quelques jours chez elle. A cette occasion, elle met Bianca dans la confidence…

… dans la famille, les femmes ont un secret. Précieusement rangée dans une vieille malle, une peau d’homme se transmet de mère en fille. Ainsi, chacune a l’occasion de se glisser dans la peau de Lorenzo pour une nuit ou plusieurs jours. La décision de Bianca est déjà prise. Enfiler cette peau est pour elle l’occasion d’aller à la rencontre de son futur mari.

Parfait, ce discours féministe au cœur d’un contexte moyenâgeux ! Franchement, je trouve cela fort bien pensé. Le décalage est bien pensé et il fait mouche. Voilà qui donne une profondeur tout à fait succulente au scénario d’Hubert, sans compter que les dessins de Zanzim illustrent parfaitement le propos et appuient là où ça fait mal.

Un coup de gueule. Un coup de poing pacifique et féministe… mais pas que.

Sans fausse note aucune, Hubert a dompté de main de maître ce scénario retord. Il a évité tous les pièges, toutes les idées convenues, tous les raccourcis qui auraient pu lui faciliter la tâche. Non content de parvenir à aborder de front les questions de sexualité, d’homosexualité, de religion, de fanatisme et d’émancipation, le scénariste est parvenu à y glisser un humour plein de fraicheur et quelques passages déraisonnables sur lesquels soufflent un vent de folie. Après l’excellent « La Nuit mange le Jour » , Hubert a montré une fois encore qu’il n’est pas impossible de parler crûment de la question du désir sans effaroucher son lecteur… voire le perdre en cours de route. Hétérosexuel ou LGBT, cet ouvrage dit la nécessité de rappeler encore et encore que la question des choix sexuels opérés par un individu n’appartient qu’à lui seul. Le récit explore aussi la question du désir : s’exprime-il de la même manière chez un homme que chez une femme ?

Le scénario ne nous ménage pas. Pire, il nous douche rapidement. Et là, c’est aux lectrices que je m’adresse puisque sitôt la lecture engagée, nous sommes invitées à prendre la mesure du chemin sinueux et boueux que la condition féminine a parcouru durant les siècles passés. Le ton monte, la colère gronde… avec le personnage principal, on a envie de crier, de prendre les soi-disant « bien pensant » à bras le corps et de les secouer bien fort.

« Et alors ? J’ai un corps et je n’en ai pas honte. En soi, il n’est ni bon ni mauvais. Ce n’est pas lui le problème : c’est ton regard qui est sale ! »

De marchandises que l’on négociait pour obtenir moult bénéfices de nos épousailles, nous avons maintenant voix au chapitre. Nous ne faisons plus l’objet de stratégiques pourparlers mais avons la possibilité de décider par nous-mêmes qui fera ou non partie de notre vie affective. Quoi que… nous ne sommes malheureusement pas encore toutes logées à la même enseigne aux différents endroits du globe…

« Les hommes sont de pauvres petites choses à la merci de nos appétits pervers, qu’il faudrait protéger en nous voilant de la tête aux pieds. »

Coup de cœur ! Le ton humoristique donne une pointe de fraicheur aux propos acidulés des personnages. On ne lit pas, on dévore l’ouvrage.

Je suis triste à l’idée de savoir que nous ne pourrons plus nous régaler de ses albums… restent ceux qu’il avait réalisés avant son décès.

Peau d’Homme (récit complet)

Editeur : Glénat / Collection : 1000Feuilles

Dessinateur : ZANZIM / Scénariste : HUBERT

Dépôt légal : juin 2020 / 160 pages / 27 euros

ISBN : 978-2-344-01064-8

Farmhand, tome 1 (Guillory)

 

Aux Etats-Unis, une nouvelle forme d’agriculture a vu le jour depuis un peu plus de deux décennies. Révolutionnant le secteur de l’agriculture et de la science, l’exploitation de Jedidiah Jenkins a pris le risque de prendre un virage radical quant aux procédés agricoles habituels. Cette ferme avant-gardiste est une vraie manne financière pour l’exploitant et la région dans laquelle elle est implantée. Elle fait pourtant grincer des dents.

« Jedidiah Jenkins est agriculteur, mais il ne cultive que des organes humains « plug-and-play » à croissance rapide capable de réparer les corps. Perdre un doigt ? Besoin d’un nouveau foie ? Il a ce qu’il faut. Malheureusement, les étranges substances qu’il utilise ont quelques effets secondaires. Dans les profondeurs du sol de la ferme familiale Jenkins, quelque chose d’effrayant a pris racine et commence à grandir. » (synopsis éditeur).

Pour ceux à qui le nom de Rob Guillory ne dit absolument rien, je vous renvoie à l’excellentissime « Tony Chu » , série totalement foutraque récompensée en 2010 d’un Eisner Awards.

Si Tony Chu était capable « de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire et même les émotions de tout ce qu’il ingurgite » (extrait de ma chronique des cinq premiers tomes), Rob Guillory imagine cette fois une nouvelle forme d’aberrations puisque l’homme serait parvenu à greffer de l’ADN à différentes espèces végétales… Bras, nez, cœur sortent donc naturellement de terre au rythme des floraisons. Ce cheptel inespéré de membres et d’organes permet ainsi de réparer à volonté les corps meurtris. Un postulat de départ génialement terrifiant. Mais quel est donc l’étrange rapport que Rob Guillory peut avoir avec la bouffe ?? Schizophrénie médiatique ? Angoisse de la malbouffe ? Symptôme post-traumatique du scandale de la vache folle ? … Je suis hyper généreuse côté suppositions…

L’auteur est cette fois seul aux commandes et livre une série totalement déjantée. Retour aux sources et retrouvailles. Milieu rural et défiance. Secret de famille et héritage maudit. Le thriller se met en place sur fond de critique sociale. La « fermaceutique » est la parfaite métaphore pour se lancer dans une critique acerbe de nos sociétés capitalistes aveuglées par l’appât du gain. On se pose évidemment la question de savoir quel est le revers de la médaille à cette thérapeutique hors-norme.

« Tu sais ce que dit papa. Les prétextes sont comme les trous du cul. Tout le monde en a un »

Le dessin est hyper expressif et l’humour délicieusement grinçant. Il emprunte aux mangas le côté excessif des expressions et gestuelles des personnages pour en exagérer les mimiques qui servent le comique de situation. Les couleurs acidulées font monter l’adrénaline des scènes d’action. Des détails graphiques sont à attraper dans chaque case : messages de panneaux signalétiques, étiquettes diverses, autocollants et annotations variées renforcent le côté loufoque et cynique de cet univers vitriolé.

Rob Guillory surfe sur les sujets d’actualité et les tord pour montrer les dérives cauchemardesques les plus farfelues auxquelles on pourrait arriver. En espérant que cette dinguerie reste pure fiction !

Quoi qu’il en soit, ce tome de lancement de « Farmhand » promet une suite très prometteuse.

Farmhand
Tome 1 (série en cours)
Editeur : Delcourt / Collection : Comics
Dessinateur / Scénariste : Rob GUILLORY
Dépôt légal : septembre 2019 / 160 pages / 15,95 euros
ISBN : 978-2-413-01658-8

L’Homme gribouillé (Lehman & Peeters)

Lehman – Peeters © Guy Delcourt Productions – 2018

Paris. Il pleut. Il n’arrête pas de pleuvoir. La ville est inondée. On entre dans la grisaille de la ville. L’album sera en noir et blanc comme pour mieux coller à la réalité.

Vous le sentez pas ? Moi, je le sens. C’est dans l’air. Dans la lumière aussi. Cette espèce de gris plombé. Le mon est lourd et plein.

Betty est revenue vivre chez sa mère, Maud, le temps que les travaux dans son appartement soient terminés. Betty est revenue vivre chez son excentrique mère avec sa fille, Clara, une adolescente sympathique, franche, mature et mesquine. Comme à chaque fois qu’une échéance professionnelle importante approche – le genre de dossier où il ne faut pas se louper – les angoisses de Betty se manifestent par le fait qu’elle est incapable de prononcer un seul mot. Réduite au silence… pour quelqu’un qui travaille dans le monde de l’édition, ce n’est pas aberrant de repasser par l’écrit pour communiquer. Mais pour ce rendez-vous important qui arrive dans deux jours, il faudra qu’elle ait retrouvé la voix !
En attendant la fin des travaux, les trois femmes cohabitent, à la grande joie de Maud. Jusqu’à ce que Max sonne à la porte en pleine nuit. Max, mystérieux sous son masque inquiétant, étrange dans son manteau de plume, vient réclamer le paquet que Maud devait lui remettre. Il menace, ordonne, intimide pour obtenir son dû… et comme Maud ne se réveille pas, il semble transmettre une lourde malédiction à Clara. Des images jaillissent du passé et l’ombre de cet oiseau de mauvais augure va s’étendre sur cette petite famille qui menait jusque-là une vie plutôt paisible.

Je suis entrée dans l’album avec précipitation. Le seul fait de voir les noms de Serge Lehman – « La Brigade Chimérique » ou « Thomas Lestrange » – et de Frederik Peeters – difficile de tout nommer, je n’ai pas tout lu mais je n’en suis pas loin, je cite en vrac l’excellent « Lupus » , le poignant « Pilules bleues » ou bien encore la série « Koma » ! – a suffit pour que mon cœur ne fasse qu’un tour. J’ai donc ouvert cette bande dessinée en salivant d’avance…

C’est avec un Paris essoré par les pluies incessantes que le scénario s’installe. On entre dans le quotidien englué de Betty, l’une des héroïnes de cette histoire. Car Fred Peeters et Serge Lehman, les deux scénaristes, n’ont pas choisi un personnage central mais un trio de femmes.

La première des trois que l’on rencontre, c’est Betty. Pour cela, on pousse la porte d’un bar de quartier et on s’accoude au comptoir à côté d’elle. On cale vite notre respiration sur la sienne puis on ajuste nos enjambées sur les siennes pour aller affronter cette humidité poisseuse qui nous fait frissonner. On se colle contre Betty, excusant même son caractère maussade. J’ai accroché de suite avec elle, si charismatique, si pleine de charme et d’humour. Si masculine dans sa démarche quand elle est irritée et son visage est d’une expressivité folle ; toutes les émotions donnent des intonations à ses traits, on pourrait presque lire en elle comme dans un livre ouvert. Presque. Car c’est la tempête sous un crâne et seule la voix-off est capable de témoigner à quel point ses pensées bouillonnent. En moins de dix pages, on est entré dans sa vie comme par effraction. On apprend qu’elle est maquettiste, parisienne et mère célibataire. En apparence, rien d’exceptionnel. On devine aussi qu’elle a grandi un peu tordu et cache son talon d’Achille derrière une attitude fière.

Le tableau est complet lorsque les scénaristes nous présentent à sa mère (Maud) et à sa fille (Clara). Cela se fait en une scène pleine de sous-entendus où les héroïnes montrent les caractéristiques principales de leurs personnalités respectives. Les principaux éléments sont alors posés. Les cartes semblent jetées, la couleur annoncée… Puis de-ci de-là on glane des informations supplémentaires, on laisse une, puis deux, puis plusieurs questions en suspens. On sait que les réponses nous serons données très certainement au compte-goutte, il suffit juste d’attendre un peu. Un dernier personnage entre dans la danse ; c’est Max, l’homme-corbeau ou plutôt Maître Corbeau, l’homme masqué. Mystérieux, inquiétant, obsédant. Derrière son masque se cache un lourd secret.

L’aphasie de Betty, le masque de Max, la rébellion adolescente de Clara, les sous-entendus de Maud… autant de facettes d’une vérité que l’on veut connaître, autant d’éléments qui nous aspirent vers le dénouement, nous poussant à tourner les pages avec avidité. La tension grandit peu à peu et l’ambiance se charge d’électricité.

Au dessin, je vois avec plaisir Frederik Peeters revenir au noir et blanc. Cette fois pourtant, il laisse moins de place au vide, moins de place au blanc. Il remplit du brume et d’ombres ses planches, il enrobe, borde et caresse ses personnage… il les tient dans ses griffes et dans cette ambiance graphique tantôt apaisante tantôt anxiogène.

Entrer dans cet univers fantastique c’est faire abstraction du reste. Epier le moindre signe, la moindre piste, le moindre espoir pour imaginer l’issue de secours. Les intrigues se mêlent et s’emmêlent, les rencontres se font et se défont.
Un conte qui, comme les contes des frères Grimm, contient une part d’horreur et de violence. Pour autant, impossible de le limiter au simple affrontement entre le bien et le mal. Un récit fascinant. Un conte fantastique sublime qu’on lit avec voracité. A dévorer goulûment ! Magistral !

Délice de lire cet album avec Jérôme et Noukette. On a eu envie de partager ça pour cette session de « La BD de la semaine » ; les liens des participants sont à retrouver chez Noukette !

L’homme gribouillé

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Frederik PEETERS
Scénaristes : Serge LEHMAN & Frederik PEETERS
Dépôt légal : janvier 2018
320 pages, 30 euros, ISBN : 978-2-7560-9625-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Homme gribouillé – Lehman – Peeters © Guy Delcourt Productions – 2018

NoBody, Saison 1 – tome 3 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

La vie de cet homme est trouble, tourmentée. Elle semble s’achever là, dans la cellule d’un centre pénitentiaire. On est en 2007. Il a été arrêté sur le lieu d’un crime et dit en être l’auteur. Le juge ordonne une expertise psychiatrique mais les thérapeutes se heurtent à son mutisme et essuient échec sur échec. Jusqu’à l’arrivée d’une jeune psychologue. Là, le lien se noue et il accepte qu’elle remonte avec lui les différentes étapes de son parcours pour cerner sa personnalité si mystérieuse, si sauvage.
Cela fait donc un moment que nous l’observons et que nous découvrons son parcours sinueux et les risques qu’il prend comme si les bouffées d’adrénaline étaient pour lui aussi vitales que le simple fait de respirer le l’air.
Le tome 1 nous a amené dans les années 1960. Il sort d’une adolescence plutôt chaotique, flirte avec la délinquance jusqu’à sa rencontre avec le F.B.I. Pour lui, c’est le début d’une carrière de flic-caméléon qui l’endurcira un peu plus à chaque mission. Au tome suivant, on s’était retrouve parachuté à la fin des années 1970, au moment où il infiltre un gang de bikers.

Nous voilà cette fois dans les années 80. Il a quitté le F.B.I. et est désormais lieutenant de Police. Il enquête sur deux meurtres qui, au regard du modus operandi, semblent être l’œuvre d’un tueur en série.
Dénouer les nœuds de la pelote qu’il semble faire et défaire en permanence et savoir enfin si, oui ou non, à force de côtoyer malfrats, psychopathes et autres criminels en tous genres, il fait maintenant partie de la lie de la société.

Pourquoi l’homme accepte-t-il de se livrer à cette jeune thérapeute alors qu’il avait refusé de le faire avec les autres ? Quelle est la part d’affabulation, la part de mensonge et la part de vérité dans son récit ? Est-il la victime d’un système ou est-il un dangereux prédateur ?

Autant de questions sous-jacentes qui rendent cette histoire intrigante.

Sueurs froides. Frissons.

On entre dans la série aussi facilement qu’on mettrait les pieds dans des chaussons. Et pourtant à l’intérieur, c’est glaçant. Flippant. On en oublie totalement le premier meurtre – celui pour lequel l’homme est incarcéré – et on focalise sur son passé. On se dit qu’il est tombé au mauvais endroit au mauvais moment… tout le temps. Tous les 10 ans, il est au mauvais endroit. Christian De Metter signe ici un thriller palpitant et la seule chose que je peux regretter, c’est finalement ce découpage en quatre temps… une histoire prenante morcelée en quatre albums. Entre chaque parution, l’attente du prochain tome.

Empathie totale pour le personnage principal avec cette même fascination que j’ai pu avoir, par exemple, pour Dexter. On connaît totalement la dangerosité du bonhomme et pourtant, on baisse la garde.

L’atmosphère est à couper au couteau. Légèrement brumeuse, l’ambiance ici donne l’impression que le danger est tapi dans le moindre recoin. On ne sait trop d’où il va surgir et pourtant, on tourne la page avec avidité, avec cette gourmandise malsaine à l’idée de tomber enfin sur le pire.

C’est simple : je suis totalement conquise et j’espère bien que la sortie du quatrième et dernier tome de cette saison sera pour vous l’occasion de la découvrir à votre tour.

NoBody

Saison 1 – Tome 3 :  Entre le ciel et l’enfer
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : octobre 2017
76 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

NoBody, saison 1 – tome 3 – De Metter © Soleil Productions – 2017

Hugo de la nuit – Bertrand SANTINI

9782246860259-001-XAujourd’hui, pour une pépite jeunesse partagée avec Noukette et Jérôme, mon lardon s’est emparé du Bar à BD pour vous conter le dernier roman de Bertrand Santini…

Attention, ça dépote !

Hugo aurait dû ressentir la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d’un fantôme. L’enfant n’éprouvait pourtant qu’un sentiment d’abandon, tout au plus teinté d’une vague appréhension.

 

……….

Je m’appelle Pierre et j’ai 12 ans. J’ai lu tous les livres de Bertrand Santini et celui-là est sans doute le meilleur….

L’histoire parle d’un petit garçon de 12 ans qui vivait avec ses parents (Romain et Hélène) dans une grande maison à Monliard. Son père, Romain était botaniste et sa mère, Hélène écrivaine pour enfant. Ils vivaient tranquilles jusqu’au jour où ils découvrirent du pétrole dans leur grand jardin. Des sacripants venaient attaquer la résidence de notre héros pour les persuader de partir. Vont-ils réussir ? Vous le saurez en lisant le livre ! Bonne lecture !

Pour ma part, j’ai aimé ce livre car il y a pas mal de suspense et l’histoire est passionnante.

……….

 

12717739_926475294096460_7734634433620482878_n« Une nuit d’été, un enfant, des fantômes, un secret… » Brrrrrrrrrrr

Je m’appelle Framboise et suis bien trop vieille pour cette histoire passionnante mais qui fait sacrément frissonner ! Parce que, ce que mon nain oublie de vous dire, c’est que le dernier-né de notre auteur-chouchou fait PEUR ! Très PEUR ! A la mère de famille recroquevillée dans son lit et qui se demande comment ahhhhh mais comment Hugo va-t-il finir ???

D’abord, parce qu’il y a pléthore de fantômes :

« Ils étaient cinq. Une grand-mère joufflue valsait sous le regard bienveillant d’un aristocrate aux moustaches blanches. Une fillette à l’air candide se balançait sur les genoux d’une jeune femme au nez trop grand pour son visage. Un bellâtre à la crinière blonde et bouclée jouait sur un piano orné de bougeoirs débordant de cire fondue. Il s’appelait Cornille… »

Mais aussi et surtout, moult zombies et sacrés méchants-sans-cœur peuplent ce roman ! Et ça, ça glace le cœur des mères et ça les empêche de dormir …

Et mon nain, est ce qu’il a eu les chocottes ? « Ouaiiiiiiis, mais pas vraiment ! Juste 2 fois, maman…« 

Extrait qui fait frissonner (et d’une belle poésie !)

« Cornille plongea sur Hugo pour l’arracher du sol en un éclair. L’enfant eu beau hurler, battre la nuit des poings et des pieds, le fantôme l’emporta haut dans le ciel. En une fraction de seconde, il se retrouva suspendu au-dessus du monde. La voix de Cornille chuchota alors à son oreille :

Maintenant, écoute la nuit tomber… » 

Et que dire de cette fin de roman (dont je ne dévoilerai point le mystère !) qui nous a espantés ! Toutafé ! Bravo M. Santini, on en est resté baba ! On avait RIEN vu venir et pourtant, on nous la fait pas à nous hein !

 

Heureusement, pour nous et pour vous, Bertrand Santini ne s’est point départi de son sens de l’humour (extraordinaire, le sens de l’humour ! A ce sujet, nous recommandons chaudement « Le journal de Gurty » !) Et use de formules formidablement délicieuses pour détendre les mères et faire rigoler les minots ! Lisez-moi un peu ce concours d’hostilités entre Hugo et Oscar, son oncle :

« Oncle furoncle,
neveu baveux,
clapotis visqueux,
visage sinistré,
ver solitaire en couple,
vomi en solde,
atrophié de l’extrême,
fiente à la cannelle,
pustule de cul de vieille… »

Bref, vous l’aurez compris, ce livre est un régal, pour petits (enfin petits, plus complètement !) et grands :-p à découvrir ABSOLUMENT !

Pierre et Framboise

 

Et pour se régaler avec les billets des copains, c’est par-là : chez Noukette et chez Jérôme !

A partir de 12 ans

Hugo de la nuit, Bertrand Santini, Grasset Jeunesse, 2016, 13,50€ et 214 pages !