Love Addict (Shadmi)

Shadmi © Ici Même – 2015

Telles que je vois les choses, je vais rester seul pendant au moins un an. Et une fois que j’aurai passé assez de temps en réclusion, une malheureuse aura pitié de moi et me prendra sous son aile. C’est mon rythme : une histoire, ensuite au moins un an de solitude, et puis une autre histoire.

K. vient de se faire plaquer et n’a pas vraiment envie d’aller batifoler. Pourtant, il se laisse un peu faire par son meilleur ami qui n’entend pas les choses de la même oreille. Ni une ni deux, il crée le profil de K. sur Lovebug – un site de rencontres – et lui explique les ficelles qui lui permettront de faire mouche sur le site.

K se lance donc à l’assaut de ce site de rencontres. Il envoie des messages à tour de bras et décroche un premier rendez-vous… puis un second… Totalement subjugué par les résultats qu’il obtient et la facilité avec laquelle il parvient à séduire les filles et à les mettre dans son lit, K. devient sans s’en rendre compte un frénétique de la rencontre virtuelle. La drague en ligne va devenir sa drogue.

Love Addict – Shadmi © Ici Même – 2015

Cela fait moins d’un an que j’ai découvert Koren Shadmi et je peux maintenant affirmer que l’univers de cet auteur me plait. Ce touche-à-tout sait captiver le lecteur dans des registres très différents, comme l’huis clos d’Abaddon duquel on ne s’échappe pas, où l’on assiste à des phénomènes étranges et inquiétants. A l’inverse, avec Le Voyageur, Shadmi nous met au grand air et nous fait sillonner les routes américaines ; on passe d’état en état et on traverse les siècles pour apercevoir une vision assez sombre du futur.

« Love Addict » se déroule en revanche dans une société réaliste, une société en tout point semblable à la nôtre. L’intrigue se déroule à New York et nous accompagnons un trentenaire en mal d’amour qui tente de se reconstruire. La première solution qu’on lui apporte est celle des sites de rencontres en ligne ; il n’a pas d’expérience en la matière et aucun préconçu alors il se lance. Après une rupture dont il peine à se remettre, voilà une manière d’entrer en contact avec des femmes qui ne l’oblige pas à s’exposer. Il est à l’abri derrière son écran et sans mentir sur sa personnalité et ses goûts, il prend goût aux premiers échanges desquels découlent une, puis deux, puis… quantité de rencontres. On le voit prendre petit à petit goût aux plaisirs des rencontres virtuelles et bien plus encore. Il vante les avantages de ces rencontres « faciles » et est le premier à s’étonner de son propre pouvoir de séduction.

Koren Shadmi montre le lent processus de l’addiction et plus particulièrement, de l’addiction au sexe. En utilisant un personnage passe-partout, il offre une réflexion sur la pratique des rencontres virtuelles qui n’est pas dénuée d’intérêt. Après lecture, je me suis aussi posé la question de savoir quelle était la part d’autofiction qui pouvait y avoir dans cette histoire. Car en mettant côte-à-côte la photo de l’auteur et le visage du personnage de « Love Addict » , on ne peut que remarquer la ressemblance entre les deux.

Un scénario parfaitement maîtrisé où l’on suit le personnage dans ses tâtonnements. On le voit ensuite prendre confiance en lui, doucement puis de façon démesurée. Il se connecte avec frénésie, contacte de plus en plus de jeune femme, butine de rencontre en rencontre ; il séduit le temps d’un soir puis se lasse. Il se surprend et la facilité avec laquelle il tombe les filles l’excite. Ses priorités changent et développe une réelle obsession à rencontrer toujours plus de filles, à les mettre dans son lit et à les jeter ensuite comme un mouchoir, la queue tendue vers la prochaine rencontre. Il est déchargé de toute appréhension, délesté de toute perspective d’être en couple. Il est dans l’instant présent et n’a même pas conscience de son attitude. Ce qui est intéressant, c’est ce recul apporté par la voix-off qui commente les événements a posteriori et donc avec un certain esprit critique. On profite pourtant de cette excitation qu’il ressent au moment où il a vécu les choses.

Un livre… prenant ! On pourrait parfaitement transposer cette expérience (fictive ?) à d’autres personnages, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. Quand l’addiction s’en mêle, tout un chacun peut perdre le contrôle de la situation.

Une lecture partagée avec les bulleurs de « La BD de la semaine » ; tous les liens sont aujourd’hui à retrouver chez Moka.

Love Addict

– Confessions d’un tombeur en série –
One shot
Editeur : Ici Même
Dessinateur / Scénariste : Koren SHADMI
Traduction : Bérangère ORIEUX
Dépôt légal : octobre 2015
222 pages, 25 euros, ISBN : 978-2-36912-012-4

Bulles bulles bulles…

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Love Addict – Shadmi © Ici Même – 2015

Tu pourrais me remercier (Stoian)

Stoian © Steinkis – 2017

Vingt nouvelles pour illustrer vingt expériences vécues de violences sexuelles. Hommes et femmes unissent leurs voix. Jeunes et moins jeunes, toutes origines sociales et ethniques confondues. Vingt témoignages édifiants de harcèlements ou d’agressions caractérisées.

Transports en commun, soirées privées, lieux publics… Un(e) partenaire, un(e) ami(e), un(e) collègue, un(e) inconnu(e)… tous peuvent potentiellement être des agresseurs. La conséquence est souvent la même : passé le traumatisme, la victime se mure dans le silence, étouffée par la honte et la douleur.

Il n’y a pas de mots pour décrire ce sentiment de trahison, de culpabilité et de dégoût de soi

A chaque témoignage, le dessin change, se mue, se colle à la voix qui raconte. Hésitant, maladroit, sec, délicat, tordu, fragile… le style s’adapte au récit et au trouble ressenti par la victime. Certaines de ces victimes sont capables de faire preuve de sang-froid et de réagir au moment même où l’agression se produit. D’autres n’ont pas cette présence d’esprit et se laisse envahir par une peur primale. Dans un cas comme dans l’autre, c’est l’effroi et son lot de questions qui déferle après coup.

Tu pourrais me remercier – Stoian © Steinkis – 2017

Le dessin est âpre sans être dépourvu de chaleur. Difficile pour moi de vanter l’esthétique du travail d’illustration car visuellement, je suis loin d’avoir apprécié cette mise en image du moins pas sur la totalité des anecdotes relatées ici car pour certains témoignages, le travail d’illustration réalisé m’a vraiment déplu. On saute d’une ambiance graphique à l’autre, toutes aussi différentes les unes que les autres, à l’instar des propos rapportés. L’album est enrichi d’un complément de notes dans lequel Maria Stoian explique sa démarche : « les témoignages rassemblés dans cet ouvrage ont pour la plupart été recueillis en ligne et de manière anonyme, certains sous forme d’entretiens » ; s’ouvrent ensuite différents items identifiant la nécessité d’une écoute, d’un soutien, de l’observation de ce qui nous entoure et de la nécessité d’intervenir lorsqu’on est témoin d’une agression, quelle qu’en soit sa nature.

On ne reviendra pas sur la nécessité de lever les tabous et de soulager les victimes de ce sentiment de honte qu’elles ressentent après un traumatisme. Lever les tabous. Parler. Dire. S’aider.
Si le sujet du harcèlement est désormais largement repris par les différents médias et si le problème de la violence conjugale est désormais reconnu, il reste encore un long chemin à faire pour que les mentalités changent. Alors oui, depuis quelques temps, on nous rabat les oreilles en permanence avec les notions de harcèlement et d’agression. On en revient même à devoir faire des tableaux rappelant ce qui est évident, on en revient à devoir réexpliquer les bases du savoir-vivre en société… les bases du respect. Espérons que ceux qui sont durs de la feuille vont que non, le port d’une jupe n’autorise en rien une main baladeuse, un sifflement, voire pire…

Sur le même thème : « Les Crocodiles », « Silencieuse(s) »

Extrait :

« Il n’y a rien de plus terrifiant que d’être maintenue de force par une personne en qui l’on a confiance, alors qu’on a dit non et que l’on pleure. Ce sentiment de trahison et d’impuissance totales, absolues » (Tu pourrais me remercier).

Tu pourrais me remercier

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Maria STOIAN
Traducteur : Claire MARTINET
Dépôt légal : octobre 2017
104 pages, 15 euros, ISBN : 978-23-68461-65-5

Bulles bulles bulles…

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Tu pourrais me remercier – Stoian © Steinkis – 2017

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.

Strangers in Paradise, intégrale 1 (Moore)

Moore © Guy Delcourt Productions – 2017

Katchoo et Francine sont amies depuis le collège. Aujourd’hui, elles ont 25 ans et elles partagent un appartement en colocation. A deux elles arrivent à s’en sortir, entre les périodes de chômage et les petits boulots. Francine file l’amour presque parfait avec Freddie. Quant à Katchoo, éternelle solitaire, elle traîne dans les musées et consacre son temps libre à peindre ses propres tableaux. C’est au détour d’une galerie d’art qu’elle fait la connaissance de David avec qui elle va se lier d’amitié.

Au début en tout cas, tout semble assez simple. Mais c’est au début et on sait toujours qu’il ne faut pas se fier aux apparences. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et Terry Moore se charge de nous le démontrer. Alors que Francine s’apprête à fêter son premier anniversaire avec Freddie, ce dernier rompt brutalement, excédé que sa compagne refuse tout rapport sexuel. Et tandis que Francine sombre dans une grosse dépression, Katchoo se retrouve nez-à-nez avec des individus qu’elle avait fuis. Dix ans après les faits, Katchoo se retrouve donc à devoir expliquer ses erreurs passées.

« Strangers in paradise » est une série de Terry Moore assez connue outre-Atlantique. Il a commencé à l’écrire en 1993 et terminée 14 ans plus tard. C’est un soap-opera avec des épisodes à rebondissements multiples. Le ton du récit est assez entraînant, parfois verbeux sur certains passages que j’aurais aimé un peu aérés au niveau graphique. Le trait de Terry Moore est agréable, expressif mais j’ai à plusieurs reprises eu des difficultés pour reconnaître au premier coup d’œil certains personnages. L’illustrateur renouvelle peu son style, utilise en permanence les mêmes détails pour les visages, les mêmes silhouettes parfois… les blondes se ressemblent toutes et les brunes… je les ai confondues entre elles.

Si « Strangers in paradise » avait déjà été publié en France par différentes maisons d’éditions, c’est Delcourt qui offre à la série un second souffle en proposant une parution de la totalité de la série en trois intégrales. Ce tome est donc le premier d’une trilogie. Il est conséquent et volumineux (600 pages).

Pour tout dire, j’ai eu du mal à accrocher sans toutefois avoir envie de le passer par la fenêtre. Je trouve que l’auteur a cherché à injecter trop de sujets dans sa saga. On a de la romance, de l’amitié, une gentille critique de société, des questions d’identité sexuelle, une enquête policière, du suspense, des rebondissements à gogo, des histoires de corruption et de manipulations diverses, de la violence, du sexe, de l’alcool… J’ai suivi avec intérêt l’histoire centrale qui raconte cette amitié forte entre les deux héroïnes mais les histoires secondaires m’ont souvent agacées. En préface, Terry Moore revient rapidement sur la genèse de ce récit : « J’ai commencé à écrire Strangers in Paradise parce que je ne trouvais rien de comparable en librairies. Je mourais d’envie de lire une histoire d’amour, d’amitié, de bravoure… et du courage de se lever chaque matin et de tout recommencer. »

Alors je reconnais que Terry Moore a l’art d’épicer le quotidien de ses personnages de façon assez surprenante. Disons que ce n’est pas difficile de s’identifier à elles, leur quotidien est réaliste… mais compte-tenu tout ce qui se passe, on est plutôt face à une fiction bon enfant peuplée de personnages un peu soupe-au-lait. Et puis on a aussi des explosions de colère à certains moments, des caprices excessifs, des dérapages, des pétages de plombs, des égos de certains qui sont surdimensionnés…

Disons que j’ai lu mais les passages qui ont retenu mon attention ne font pas le poids par rapport au reste.

La preview de l’album.

Une lecture commune que je partage avec Jérôme.

Strangers in Paradise

Intégrale 1
Trilogie en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Contrebande
Dessinateur / Scénariste : Terry MOORE
608 pages, 45 euros, ISBN : 978-2-7560-9327-7

Bulles bulles bulles…

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Strangers in Paradise, intégrale 1 – Moore © Guy Delcourt Productions – 2017

Les albums partagés aujourd’hui à l’occasion de la BD du mercredi :

Jérôme :                                    Cristie :                                 Pati Vore :

 Nathalie :                                  Nathalie :                                       Maël :

Stephie :                                 Amandine :                               Bouma :

Sabariscon :                                Sabine :                               Noukette :

Caro :                                  Soukee :                                    Sandrine :

Khadie :

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La Nuit mange le jour (Hubert & Burckel)

Hubert – Burckel © Glénat – 2017

Après plusieurs échecs amoureux, Thomas rencontre un jour l’homme de sa vie. Fred, « grand, fort, barbu… la quarantaine ». Une rencontre comme on n’en fait peu dans une vie. Le couple prend l’habitude de se retrouver chez Fred. Son appartement est spacieux, confortable, agréable. Thomas s’étonne lui-même en s’entendant dire à sa meilleure amie qu’il croit bien tomber amoureux.
Leur relation s’installe tranquillement jusqu’au jour où Thomas commence à questionner Fred sur les photographies qui décorent son appartement. Dans toutes les pièces prônes des clichés d’un mystérieux jeune homme, dénudé, attaché la plupart du temps, des ecchymoses apparaissent sur certaines photos, des coupures, des marques de liens aux poignets. Fred lui explique qu’il s’agit d’Alex, son ex, avec qui il a eu une relation forte mais destructrice. Fred étant photographe, Alex lui a servi de modèle à plusieurs reprises.
Sur les photographies, Alex est beau, mystérieux, séduisant, troublant… Face à ce charisme, Thomas complexe rapidement. Pourquoi Fred s’intéresse à lui ? Que lui trouve-t-il ? Comparé à l’ex de son mec, Thomas est frêle, d’une beauté commune, insipide. Inconsciemment, Thomas va chercher à repousser ses limites et découvrir avec effroi que la brutalité est pour lui source d’excitation et de plaisir.

« La nuit mange le jour » est un album aussi fascinant que terrifiant. Hubert décrit le mécanisme de la dépendance affective et les ravages qu’une passion dévorante peut produire dans un couple.

C’est la rencontre entre David et Goliath, où David s’éreinte à provoquer celui qui lui fait face au risque de sa vie.

C’est l’attirance immodérée pour le corps de l’autre, c’est l’incapacité d’équilibrer le désir et la raison, c’est l’impossibilité de faire taire les fantasmes, l’envie fulgurante du coït et de la jouissance qu’il procure. Les personnages sont comme aimantés l’un à l’autre, fascinés par le désir destructeur de l’autre.

La nuit mange le jour – Hubert – Burckel © Glénat – 2017

C’est cet état dans lequel on peut être lorsqu’on découvre une part de soi que l’on ne connaissait pas, un double obscur qui nous fait perdre pied.

C’est l’incapacité de vivre sans l’autre, d’être sans l’autre, de trouver une consistance en dehors du désir de l’autre.

C’est le goût du risque, l’envie d’avoir la tête qui tourne, de se sentir vivant.

C’est ce jeu cruel que l’on peut mener parfois, celui qui nous fait perdre tout repère et qui conduit loin de sa zone de confort, un voyage dont on ne sait pas si on pourra en revenir indemne.

C’est l’incapacité de pouvoir identifier ses limites, de vouloir connaître le point de rupture.

C’est lorsqu’on ne se reconnaît plus et que l’on est incapable de retrouver le chemin de notre vie « d’avant » .

C’est quand on s’isole, quand on s’enferme dans une pratique, que l’on coupe tous les liens avec l’extérieur et que plus rien n’est en mesure ne nous raccrocher à la réalité.

C’est l’incapacité de distinguer ce qui est réel ou fantasmer, ce qui s’est produit et ce qui a été affabulé.

Une perte de contrôle de soi.

Paul Burckel utilise une bichromie de noir et de gris pour illustrer ce récit. Loin d’affadir l’atmosphère, elle donne force et profondeur aux propos et rend l’ambiance électrique. La beauté imposante et bestiale de l’un fait face à la fragilité chétive de l’autre. Un rapport de forces sensuel où chacun a l’ascendant psychologique sur son partenaire, une lutte entre le corps et l’esprit. Les dessins explicites décrivent des scènes de sexe où les deux corps fusionnent.

Wow !

La Nuit mange le jour

One shot
Editeur : Glénat
Dessinateur : Paul BURCKEL
Scénariste : HUBERT
Dépôt légal : juin 2017
226 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2-344-01220-8

Bulles bulles bulles…

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La nuit mange le jour – Hubert – Burckel © Glénat – 2017

Addiction (Busquet & Colombo)

Busquet – Colombo © Akileos – 2017

Il y a plusieurs sortes d’addictions. Celles que tu caches aux autres, celles que tu regrettes, celles que tu ignores avoir, celles que tu nies, celles qui affectent ton entourage, celles qui passent inaperçues… Certaines dépendances sont plus mal vues que d’autres, certaines sont socialement acceptées et ne sont même pas considérées comme des addictions. Mais une addiction, aussi minime soit-elle, peut changer ta vie pour toujours. En particulier quand tu en perds le contrôle.

Paquita, Brigitte, Sophie, Alain… ils ont tous des vies très différentes. Ils ont 20, 30, 40 ans… Certains se connaissent d’autres pas. Ils sont laborantins, employés de bureaux, vendeurs en prêts à porter… Ils vivent seuls ou sont mariés. Certains ont des enfants. Ils ont peu de points commun si ce n’est le fait de vivre dans la même ville et de souffrir d’une addiction. Un talon d’Achille. Addictions aux jeux d’argent (machines à sous, jeux de grattage, poker…), cleptomanie, addiction au travail, au sexe, à l’alcool, aux écrans, aux cigarettes, aux stupéfiants…

J’ai honte c’est horrible

Une pulsion qu’ils sont incapables de réfréner et qui les entraîne dans une spirale infernale. Avant de parvenir à réagir, certains touchent le fond. Et même arrivés là, l’envie d’avoir recours à l’objet de tous les désirs est plus forte que tout. L’envie de « s’en sortir » est réelle mais trouver la force de changer ses habitudes est au-delà de leurs forces. Comment s’en sortir alors ? Peut-être en optant par le déni, forme de fuite qui permet de rendre la réalité plus supportable. Ils répètent une sorte de litanie qui varie d’une personne à l’autre.

… « Je contrôle ». « Ce n’est pas un problème… ». « Je ne pense pas tomber aussi bas… ». « Je suis dans la merde ». « Je peux tout effacer ». « J’arrive pas à m’empêcher de… ». « C’est plus fort que moi ». « Je ne vois pas le temps qui passe… ». « C’est ma faute ». « J’ai tout gâché ». « J’ai essayé mais je ne peux pas »…

Famille, conjoint, amis… Certains font appel à des centres spécialisés, d’autres préfèrent les groupes de parole d’usagers… beaucoup préfèrent aussi le silence. L’addiction les isole ou du moins, change les rapports qu’ils ont avec leur entourage. Ce qu’ils consomment en excès (de l’écran au produit) leur apporte de la satisfaction, de l’adrénaline, une bulle par rapport à la vie… et rares sont ceux qui n’arrivent pas au constat que la situation n’est pas viable. Ils se consolent autant qu’ils ne se fourvoient. La sensation qu’ils trouvent dans la pratique les rend vivants… le temps d’un instant. Puis, ils se prennent la réalité en pleine gueule. Dettes, isolement, licenciement, perte de la notion du temps, … culpabilité, précarité, honte… les excès sont aussi différents que les conséquences qu’ils provoquent.

Décaler un peu le regard sur nos habitudes, ce que l’on « consomme » et pourquoi. Quelques pistes de réflexion et un récit choral qui noue la gorge.

Addiction

One shot
Editeur : Akileos
Dessinateur : Pedro J. COLOMBO
Scénariste : Josep BUSQUET
Dépôt légal : avril 2017
92 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-35574-134-0

Bulles bulles bulles…

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Addiction – Busquet – Colombo © Akileos – 2017

Time Raider (LeMay)

Lemay © Dynamite – 2017

Bianca Barros est une archéologue émérite. C’est donc avec beaucoup d’assurance qu’elle pénètre dans un temple maya sur lequel plane la légende du serpent temporel…

Selon une vieille légende maya, le Jour de l’éclipse, une flamme sacrée jaillira des deux orbes du crâne de singe sacré. Cela déclenchera une série d’événements fantastiques… chacun d’entre eux sera plus incroyable que le prochain !

Pourtant, sous ses yeux ébahis, la vérité énoncée par les hiéroglyphes s’avère réelle. Elle accède ainsi à une pièce secrète. Au sol, une dalle circulaire attire son attention. En son centre, un trou par lequel sort une imposante bite sur laquelle elle n’a qu’une envie : s’empaler. Elle atteint l’orgasme, un orgasme qui l’a projeté dans une autre réalité spatio-temporelle. Elle se rendra vite compte que seul un nouvel orgasme lui permet d’effectuer un nouveau saut temporel. Il lui faudra donc être suffisamment explicite pour convaincre les mâles qui croiseront sa route de lui donner ce dont elle a besoin…

Time raider – Lemay © Dynamite – 2017

Une aventure durant laquelle notre héroïne va de surprise en étonnements. A la recherche de l’orgasme qui lui permettra de rentrer chez elle, elle excite les partenaires qui sont sur son chemin. Au programme, cunnilingus, fellation, sodomie, levrette, fist-fucking… j’en passe et des meilleures. Comble de son bonheur, tous les mâles qu’elle croise sont membrés de façon spectaculaire et sont soucieux de la prendre par tous ses trous [toujours parfaitement lubrifiés d’ailleurs] ; partageurs, ils n’hésitent d’ailleurs pas à s’y mettre à plusieurs. Mais non contente de se faire violer, notre bougresse y prend beaucoup de plaisir… constat qu’elle met parfois un peu de temps à faire.

Que ce soit pour ma sécurité ou pour celle de mon compagnon alien, il est préférable de montrer aux hommes des cavernes que je suis prête à me soumettre à leurs désirs primitifs… Je n’ai pas d’autre choix. J’écarte bien les jambes, révélant mes lèvres humides. Le froid de la grotte fait gonfler mes tétons… Je suis en partie excitée par tout ça.

Les dessins de James LeMay offrent toujours le meilleur point de vue possible sur les parties génitales… point central et unique intérêt de cet album car il faut bien reconnaître que ce n’est pas pour le scénario que l’on se tourne vers ce genre d’album (cela dit, un scénario qui fait preuve d’un minimum de consistante aurait pu être une belle surprise). Les dialogues font largement profiter d’un vocabulaire salace. L’héroïne aux formes généreuses, double pornographique d’une Lara Croft parfaitement épilée et qui aurait opté pour les implants mammaires taille XXL, ne se fait jamais prier pour écarter les cuisses et regrette parfois d’être en présence d’un partenaire qui sache si bien titiller son point G, la contraignant à effectuer un voyage temporel à l’insu de son plein gré.

Pauvre femme frappée d’une terrible malédiction et contrainte d’atteindre l’orgasme pour parvenir à ses fins ! Entre douleur et excitation elle trouve toujours son parti et je serais bien en peine de vous dire si j’ai de la peine pour elle ou si je me réjouis de son malheur.

La chronique de Mylène.

Time Raider

-Son destin est entre ses mains-
One shot
Editeur : Dynamite
Dessinateur / Scénariste : James LEMAY
Dépôt légal : avril 2017
64 pages, 9,99 euros, ISBN de l’ePub : 978-2-36234-633-0

Bulles bulles bulles…

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Time raider – Lemay © Dynamite – 2017