Salon Dolorès & Gérard (Cabot)

A 19 ans, Michel est toujours puceau et ce « statut » commence à devenir légèrement encombrant. Avec ses amis, il n’est plus question que de ça et le fait de l’avoir fait ou pas vous place dans le camp des mecs cools ou dans celui des losers… Michel a beau scruter l’horizon, il ne voit pas le soupçon d’une chance d’avoir l’occasion de rouler un patin à une fille dans avenir proche. Alors en ce qui concerne la possibilité d’avoir un rapport sexuel, ça relève du registre de la science-fiction. Son meilleur ami est dans la même situation que lui ; ils tentent de s’échanger « les bons plans » et des tuyaux sans trop y croire.

Après plusieurs redoublements, Michel s’oriente enfin dans une formation qualifiante qui semble lui plaire. Pour son apprentissage, il a trouvé un contrat avec le salon de coiffure « Dolorès & Gérard » où il va apprendre son futur métier. C’est là qu’il tombe sur Carole.

Carole est le maître de stage de Michel mais c’est aussi une séduisante blonde de 27 ans qui a une vie en perpétuel renouvellement. Elle parle sans complexe et sans retenue de ses rencontres affectives. Michel est impressionné par cette jeune femme solaire au caractère bien trempé. Il tombe vite amoureux de son maître de stage, ce qui le perturbe un peu dans ses apprentissages…

… Pourtant, c’est en présence de Carole qu’il ose poser à voix haute les questions qu’il ne pensait pas énoncer un jour à voix haute. Avec Carole, il découvre tout un tas de choses sur les femmes et la psychologie féminine. Michel gagne un peu en confiance mais ses complexes sur son physique ont la peau dure. Sans compter que l’idée de devoir faire le premier pas le tétanise encore énormément.

Dans quel sens doit-on tourner la langue quand on embrasse ?

En compagnie de son touchant personnage, Sylvain Cabot se risque sur le sentier hasardeux des premières expériences amoureuses et il parvient à le visiter avec brio. L’auteur s’amuse avec un personnage principal dont on apprend la virginité avant même de connaître son prénom ou son âge ! Etape après étape, Sylvain Cabot déflore lentement les autres facettes de la personnalité du narrateur… chacune de ces strates sera l’occasion de s’attacher davantage à ce tout jeune adulte introverti, inhibé et complexé.

Avec humour et naturel, le scénariste aborde cette période délicate où les premières expériences affectives sont un mélange de pur hasard et de haute voltige,

où la libido fait ses premiers balbutiements,

où chaque rencontre balaye autant de questions qu’elle n’en soulève.

On sourit, amusé par la naïveté et l’inexpérience de Michel qui n’a de cesse de nous rappeler qu’on a été un jour dans la même situation que lui… et que l’on a été tout aussi encombré que lui avec des questions pratico-pratiques pourtant totalement inutiles (mais ça, on le comprend que beaucoup plus tard).

J’ai aimé ce jeune homme pataud qui hésite, doute et se construit à partir de ses erreurs. J’ai aimé la manière dont il aborde de front le sujet de l’affect. Il tâtonne, questionne, n’hésite pas à se jeter à l’eau. Il se prend un, deux, trois vents. Se relève et essaie autrement. Il est franc. Intègre. Il n’y a rien de malsain dans la manière dont l’intrigue est menée. Dans les dessins – cerise sur le gâteau – il y a même ce petit côté intemporel qui montre que cette histoire n’est qu’un éternel recommencement ; elle touche tous les jeunes et les questions qui se posaient il y a des décennies se posent encore aujourd’hui, à l’identique.

 

« Carole me dit toujours « aie confiance en toi » , comme si c’était aussi mécanique que se tenir droit. Mais en fait, avoir confiance en soi, je sais même pas ce que ça vaut dire. Ça ressemble à quoi, un gars qui a confiance en lui ? »

La maladresse du narrateur fait son charme. Il est drôle malgré lui car sa timidité n’est pas de taille à lutter contre son intarissable curiosité. Il ose, tente et se risque en terrain hasardeux. Et bien que les premiers essais soient un peu désastreux, il gagne doucement en assurance.

Cette découverte des codes amoureux est accompagnée de beaucoup d’humour. L’ensemble est frais et la bonne humeur de cet univers est agréable. Un moment de lecture relaxant et plaisant que je voulais partager avec vous.

Salon Dolorès & Gérard
One shot

Dessinateur / Scénariste : Sylvain CABOT
Editeur : Michel Lafon
Dépôt légal : avril 2019 / 128 pages / 20 euros
ISBN : 978-2-7499-3606-2

Pour la peau (Saint-Marc & Deloupy)

Mathilde et Gabriel ont cette insatiable curiosité l’un pour l’autre qui caractérise les amours passionnels. Ils sont reliés par une envie réciproque du corps de l’autre, de son odeur, ses courbes et recoins. Se prendre, s’aimer, se baiser… Être à l’écoute du moindre tressaillement, percevoir le moindre halètement, être à l’affût du moindre râle de plaisir. Mordre, lécher, caresser… Leur relation n’a pas besoin de mots, leurs corps parlent pour eux.  Ils ressentent ce besoin vital du rapport charnel, cette envie de se perdre dans le plaisir de l’enlacement, de la pénétration, jusqu’au point de rupture, jusqu’à l’orgasme. Et jouir de plaisir.

Une fois par semaine, Mathilde et Gabriel s’aiment et goûtent au plaisir. Ils pensent l’un et l’autre à leurs retrouvailles hebdomadaires qu’ils ne rateraient pour rien au monde.

« Tout ce que je sais de lui tient sur un Post-it. Mais je pourrais reconnaître le goût, l’odeur et la forme de son sexe les yeux fermés… son corps qui se tend, ses râles lorsqu’il éjacule dans mon ventre, ou tout au fond de mon cul… »

Ils ne connaissent rien l’un de l’autre en dehors de cette heure qu’ils passent ensemble une fois par semaine dans le bureau de Gabriel. Leurs alliances respectives disent juste qu’en dehors de cet espace, ils sont mariés. Des enfants, des centres d’intérêt, de leurs conjoints respectifs… ils ne savent rien et ne veulent rien en savoir. Ils préfèrent taire ce qui existe en dehors de ce moment où ils se retrouvent. Ils pensaient se satisfaire de leur relations adultère mais le cœur a ses raisons que la raison ignore. Au fil des semaines, l’envie de l’autre va les dévorer.

Ils nous racontent. Ils se racontent. Tour à tour ils prennent la parole pour mettre des mots sur le lien qui les unit. Une oscillation indocile entre épanouissement et frustration. Une envie de profiter du moment, de prendre ce qu’il y a à prendre… et une gourmandise, une faim de l’autre que rien ne vient apaiser et que le moindre détail va attiser.

« La voir au travers du pare-brise inondé de pluie, cela a été comme voir notre histoire, rythmée par les essuie-glaces… de floue à précise, ou bien l’inverse. »

Une fascination. Une attirance. Comme hypnotisés par l’harmonie parfaite parfait de leurs deux corps, leurs va-et-vient naturels, tantôt bestiaux, tantôt tendres.

Une histoire de couple comme tant d’autres.

Une histoire à la fois si unique et si banale. Un cri, un souffle. L’envie de se sentir vivant. Il y a là comme un délicieux étourdissement à vivre ce qui est interdit. Comme s’il s’agissait de donner du sens à une vie qui en manquait.

Sandrine Saint-Marc et Deloupy offrent un sublime scénario écrit à quatre mains. Brûlant et sensuel. Troublant. Le récit réussit à nous placer dans la tête de chacun des deux amants. Les auteurs décrivent aussi bien la passion dévorante que le manque de l’autre et la difficulté à supporter cette absence. Pour combler le vide, il y a les souvenirs et les fantasmes.

Ce ne sont pas des aveux mais des confidences crues. Parfois, la culpabilité de tromper leurs conjoints les surprend mais ils assument entièrement cette relation trouble, discontinue, sur le fil.

Au dessin, Deloupy lui aussi a choisi de ne rien cacher. Ça sent le stupre, la sueur et le désir. Si le dessinateur omet, s’il suggère graphiquement, s’il choisit un angle de vue plutôt qu’un autre, c’est pour faire ressentir davantage cette excitation qui les réchauffe et les remplit. Par le biais de ses illustrations, on sent cette emprise non voulue qu’ils ont finalement l’un sur l’autre. Comme deux moitiés qui n’aspirent qu’à être recollées l’une à l’autre en permanence.

Des ambiances graphiques propres à chaque personnage guident leurs prises de parole. On vit donc avec chacun d’eux ces instants magiques d’osmose totale où la bulle de l’un se mélange à la bulle de l’autre, créant un tout contenant, coloré, harmonieux. On entre pleinement et avec eux dans dans ces bribes de temps qu’ils s’octroient.

Un album émoustillant dans lequel on croise deux personnages réellement très touchants.

Pour la Peau 
One Shot
Editions Delcourt – Collection : Erotix
Dessinateur : DELOUPY
Scénaristes : Sandrine SAINT-MARC & DELOUPY
Dépôt légal : aout 2018, 110 pages, 71.50 euros
ISBN : 978-2-4131-0164-5

L’Homme semence (Mandragore & Rouxel)

En 2006, une femme donne aux Editions Paroles un manuscrit dont elle a hérité. Le texte a été écrit en 1919 par l’une de ses ancêtres, Violette Ailhaud. Cette dernière avait laissé des consignes :

« Dans sa succession, il y avait une enveloppe qui ne pouvait pas être ouverte par le notaire avant l’été de 1952. Après ouverture, la consigne indiquait que son contenu, un manuscrit, devait être confié à l’aîné des descendants de Violette, de sexe féminin exclusivement, ayant entre 15 et 30 ans. Yveline, 24 ans alors, s’est retrouvée en possession du texte (…). »

En ouvrant l’enveloppe, l’héritière a découvert que la lettre de Violette contenait un lourd secret jusque-là enfoui au cœur d’un village provençal depuis 1852. A cette époque, la France est en ébullition. Louis-Napoléon Bonaparte a réussi son coup d’état début décembre 1851 et attend des Français qu’ils lui montrent son soutien. Un référendum est organisé fin décembre afin que ses citoyens se prononcent favorablement à la mise en place d’une nouvelle constitution. Dans les faits, les seuls bulletins mis à la disposition des électeurs étaient ceux qui se prononçaient en faveur du oui. Au village de Violette, les hommes décident de boycotter cette mascarade électorale. Cet acte de résistance est très mal accueilli par le pouvoir. La sanction ne se fait pas attendre. Début février 1852, les gendarmes du Nouvel Empire entrent dans ce village reculé et arrêtent tous les hommes en âge de voter.

« Je pleure ces bras perdus faits pour nous serrer et renverser les brebis lors de la tonte. Je pleure ces mains fauchées faites pour nous caresser et tenir la faux pendant des heures. »

Amputée de « la moitié de son humanité » , les femmes attendant le retour de leurs hommes. Jamais ils ne reviendront. A mesure que le temps passe, les femmes s’organisent et apprennent à s’occuper des travaux de la ferme. Une année passe. Deux années passent.

« Nos corps vides de femmes sans maris se sont mis à résonner d’une façon qui ne trompe pas. »

Les femmes se désolent de cette vie qui ne grandit plus dans leur hameau. Un soir, la souffrance est si forte qu’elles se font une promesse. Si un jour un homme venait à monter au village…

« Celle que l’homme touchera en premier aura la priorité. Elle s’occupera de lui. Les autres se tiendront à l’écart jusqu’à ce que la première en ait fait son homme. Alors celle-ci devra lui faire comprendre… » qu’en devenant l’homme de l’une d’entre elle, « tu as le devoir d’être également l’homme des autres, la semence du village. »

« L’Homme semence » est un témoignage troublant et fort. Dérangeant aussi. Il en sort un cri, celui de femmes qui ont décidé de regarder la vie, de tourner le dos à leurs fantômes et de croire en un lendemain meilleur.

Deux autrices ont choisi de le revisiter… et de l’adapter. L’objet est original car il propose deux portes d’entrées pour la lecture. Le lecteur peut choisir de commencer par l’adaptation du texte original réalisée Laëtitia Rouxel. On prend ainsi connaissance du témoignage brut de Violette Ailhaud, on mesure le traumatisme de ces femmes à qui on a arraché leurs compagnons. Sans aucune nouvelle de ces derniers, comment penser à l’avenir… comment panser la douleur ?

En retournant l’album, Mandragore quant à elle injecte par bribes des extraits du texte de Violette Ailhaud. L’autrice s’intéresse davantage au contexte historique dans lequel se joue ce drame humain. L’insurrection de 1851, le coup d’état de « Napoléon le petit » (pour reprendre le sobriquet dont l’a affublé Victor Hugo), le référendum truqué que l’Empereur a organisé pour légitimer sa violente prise de pouvoir, l’organisation de la résistance dans le Sud-est de la France… Mandragore relate également tous le travail de recherches engagé par les autrices et le séjour qu’elles ont consacré pour aller à la rencontre des lieux et des personnes qui les ont accompagnés dans ce projet artistique. Ce pan de l’album peut s’apparenter à un carnet de voyage, mêlant passé et présent, éléments historiques et propos plus personnels.

Les deux facettes se complètent et se répondent à merveille. La difficulté tient plus, pour le lecteur, de se positionner quant au récit avec lequel il va débuter sa lecture. Pour ma part, j’ai commencé par le travail de Laëtitia Rouxel.

J’ai appris que le texte de Violette Ailhaud avait également commencer à bien circuler parmi les lecteurs de France et d’ailleurs. Outre le texte du manuscrit publié en 2006, il existe plusieurs adaptations de ce témoignage que ce soit à l’écran, au théâtre, ou comme ici en bande-dessinée. Je vous invite aussi à consulter la page Wikipédia dédiée à « L’Homme semence » et qui semble bien documentée.

Le témoignage est touchant, un vrai coup de poing. A découvrir.

L’Homme semence
Récit complet
Editions de l’Œuf et les Editions Parole
Autrices : MANDRAGORE et Laëtitia ROUXEL
Dépôt légal : décembre 2017 (3ème édition), 152 pages, 26 euros
ISBN : 978-2-917141-57-1

Bonjour Tristesse (Rébéna)

Rébéna © Rue de Sèvres – 2018

C’est l’été. Cécile est en vacances avec son père sur la Côte d’Azur.
Cécile est une adolescence désabusée, un peu garçonne avec sa silhouette filiforme et sa coupe de cheveux sage et sauvage. Du haut de ses 17 ans, elle a déjà une bien piètre vision de l’amour et du couple. Son père, en pleine crise de la cinquantaine, est un coureur de jupons invétéré. L’élue du moment est Elsa, sulfureuse rousse qui doit avoir à peine 6 ou 7 ans de plus que Cécile.

L’été est torride, entre farniente au bord de la piscine, gueules de bois et baignade dans la mer. L’été est torpeur, lascivité, ennui… Jusqu’à l’arrivée d’Anne, ancienne amie de la mère défunte de Cécile. Anne est une belle femme. Charismatique, élégante et qui sait manipuler habillement ses pions dans l’échiquier de la séduction. Au point que Cécile en est presque jalouse et qu’elle voit sa présence d’un mauvais œil.

Françoise Sagan a écrit Bonjour Tristesse à l’âge de 18 ans. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir lu ce qui m’a permis, entre autres, d’entrer dans cet album sans appréhension.

Arrêt sur image avant toute chose. La couverture m’interpelle. L’héroïne se tient droite, perdue dans ses pensées. Songeuse. On retrouve, dans les traits de Cécile, cet air rebelle que Sagan affichait au moment de la sortie de Bonjour Tristesse. Aussi maigre, aussi garçonne, comme si elle hésitait encore à assumer sa féminité.

A 17 ans, cette adolescente – qui n’est plus une enfant mais pas tout à fait une jeune femme – boit, fume et se moque royalement de la vie. Elle a peu d’empathie pour les autres excepté pour son père. On ne sait d’ailleurs pas trop si elle le respecte ou si elle le plaint. La voix-off contient les pensées et réflexion du personnage et quand elle parle de son père, ce qui frappe, c’est qu’elle le présente uniquement par le biais de ses défauts. On a l’impression d’être en présence d’un homme égoïste, volage, inconsistant. Il fume et boit immodérément et sa seule passion semble être celle qu’il voue aux femmes et aux plaisirs de la chair.

Huis clos électrique dans lequel l’adolescente se faufile comme une anguille. A pas de velours, comme un félin, elle manœuvre habillement et manipule les sentiments des uns et les autres selon son gré… contre son gré parfois, elle est comme poussée par un besoin de faire mal aux autres, de les rabaisser, de les avoir sous contrôle.

Récit sulfureux face auquel je me suis régulièrement demandé si la relation entre ce père et sa fille n’était pas incestueuse.

Drame familial où la mélancolie propre à l’adolescence colle au corps du scénario et crée une légère gêne.

Frédéric Rébéna s’approprie totalement le personnage de Cécile et la laisse glisser dans une langueur ; pour la sortir de l’indolence, ses petits stratagèmes l’aident à se divertir.

Eté de la première fois puisque Cécile a son premier rapport sexuel, intéressée à l’idée de tenir ce garçon sous sa coupe, sans raison.

Parenthèse estivale durant laquelle les corps sont dénudés, renforçant d’autant le caractère luxurieux de tout ce qui se passe et que nous ne verrons pas, que nous « entendons » tout au plus mais qui est bel et bien présent de façon permanente.

Etrange contact avec la sexualité qui est offert à cette femme en devenir. Lu d’une traite… une invitation à (re)découvrir le roman de Sagan.

Les chroniques de Madame, Au Fil des livres, Mylène, Nadège,

Bonjour Tristesse

– Adapté du roman de Françoise Sagan –
One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Frédéric REBENA
Dépôt légal : avril 2018
112 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36981-382-8

Bulles bulles bulles…

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Bonjour Tristesse – Rébéna – Sagan © Rue de Sèvres – 2018

Claudine à l’école (Durbiano)

Durbiano © Gallimard – 2018

C’est la rentrée des classes.
Claudine retrouve avec plaisir ses amies Marie et Anaïs. Avec les épreuves du Brevet en fin d’année, les professeurs attendent que leurs élèves soient studieux. Mais Claudine s’ennuie à l’école. Passées les quelques facéties qu’elle peut faire aux uns et aux autres (surtout aux enseignants), Claudine s’intéresse vite à Mademoiselle Lanthenay, une jeune institutrice dont elle s’entiche… mais Claudine n’est pas la seule à succomber au charme de la jeune femme. Sans compter que la beauté de Claudine commence à faire tourner la tête de certains hommes d’âge mûr.

… Retrouver la fraîcheur et l’espièglerie du personnage de Colette.

Lorsqu’on ouvre l’album, on ressent immédiatement la bonne humeur et l’espièglerie de Claudine. Derrière son air insouciant et sa bouille d’ange, le personnage est délicieusement malicieux et déluré ; Lucie Durbiano ne cherche pas à dissimuler le plaisir qu’elle a eu à visiter cet univers et nous fait profiter du ton moqueur du récit. A lire cette adaptation, on a du mal à imaginer que le texte originel a plus d’un siècle. La franchise de Claudine fait mouche et j’aime cette façon de ne pas aller par quatre chemins pour rentrer dans le vif du sujet. Il est question d’adolescence bien sûr mais aussi de la découverte du sentiment amoureux que Claudine va expérimenter. Il est aussi question d’homosexualité, de jalousie, de séduction, de puberté, de désir, de pédophilie… et ça, à l’époque de Colette, on imagine à quel point cela a dû en décoiffer certain au moment de la publication du roman. Lorsque le roman de Colette est sorti en 1900, il venait tellement chambouler les idées préconçues, montrer au grand jour ce qu’on préférait taire qu’il a fait un véritable scandale. La plume libertine de Colette venait rudoyer les idées préconçues et la société puritaine du début du XXème siècle ; tout cela a fait jaser.

Tout en laissant Claudine sur le devant de la scène, Lucie Durbiano prend soin de laisser suffisamment de place aux personnages secondaires. Les personnalités (hautes en couleurs) de chacun s’expriment librement et on se régale des propos de ces adolescentes aux caractères bien trempés. Les adultes semblent savoir moins se maîtriser que les collégiennes ; ces dernières font de l’esprit et de bons jeux de mots… ce qui a tendance à émoustiller la libido de certains adultes, à commencer par le médecin du village qui lorgne d’un peu trop près ses jeunes patientes.

Le personnage principal est délicieusement déluré et c’est avec un réel plaisir que l’on enfreint les règles avec elle. Lucie Durbiano s’est parfaitement approprié l’univers. Son trait léger, parfois coquin, nous permet de ressentir toute la malice du personnage principal. Lucie Durbiano va-t-elle poursuivre les adaptations de Claudine ? Prochain rendez-vous sur « Claudine à Paris » ?

Claudine à l’école

– d’après l’œuvre de Colette –
One shot
Editeur : Gallimard
Collection : Fétiche
Dessinateur / Scénariste : Lucie DURBIANO
Dépôt légal : mars 2018
116 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-07-059976-9
L’album sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Claudine à l’école – Durbiano © Gallimard – 2018

Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

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Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

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Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

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Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.