Le Tour des Géants (Debon)

Le Tour des Géants
Debon © Dargaud – 2009

Tour de France 1910. L’un des plus prestigieux à en croire Serge LAGET (journaliste) qui signe la préface de l’album.

Ils partirent 110… ils arrivèrent 41.

Pour le reste, voici quelques bribes des propos de Serge LAGET :

 » Le Tour, comme le voulait Henri DESGRANGE – le père du Tour avec Léo LEFEVRE, son adjoint -, a ainsi créé une sorte de noblesse du muscle. Les titres n’en sont plus héréditaires, n’en sont plus gagnés au feu, mais presque (…). 1910, c’est l’apparition de la haute montagne, c’est le premier grand duel de l’épopée, entre deux champions hors normes : François FABER, lauréat du Tour 1909, surnommé le Géant de Colombes, et Octave LAPIZE, double vainqueur de Paris-Roubaix, baptisé Tatave ou le Frisé. Le choc sera terrible, même si François et le Frisé appartiennent à la même équipe (…) les champions vont se cabosser, se rendre coup pour coup et tutoyer les anges dans les Pyrénées. Oui, ce Tour 1910, qui se dispute aux points (le premier marque un point à chaque étape, le deuxième, deux, et gagne à Paris celui qui compte le moins de points). Cette course aux points – ou aux poings si vous préférez – se dispute en quinze rounds ou quinze étapes. Le ring est à l’échelle de la France « .

Un One-shot qui se découpe en quinze chapitres, chacun se consacrant à une étape du Tour.

Un dessin assez brut, au crayon gras, qui a l’inconvénient de perdre des détails (entre tous ces moustachus, je suis incapable de reconnaître nos deux héros) et l’énorme avantage de nous transmettre la tension entre les coureurs, les efforts qu’ils produisent (et la souffrance qui s’en dégage), leurs mouvements. Une puissance ce dégage de ce dessin.

Un univers impressionnant que Nicolas DEBON nous décrit-là avec une majorité de coureurs indépendants ne disposant pas d’équipe technique, des départs de course nocturnes, des régimes alimentaires conseillés au ballon de rouge / saucisson, dopage, sabotage… et des avancées significatives en terme de matériel qui sont si importantes qu’elles méritent d’être précisées : apparition de vélos allégés (13 kg !), certains sont équipés de freins (une première dans le Tour !) voire de pignons… Bref, des conditions de course qui n’ont plus rien à voir avec le Tour que nous connaissons maintenant.

Mon ignorance en la matière, doublée du fait que je boycotte systématiquement cet événement médiatique, ne m’a absolument pas empêché de profiter pleinement de cet album.

PictoOKIncapable de prononcer les noms des coureurs actuels du Tour, je suis incollable sur le Tour de 1910. Sympathique lecture… mais je ne ferais pas plus de tapage que ça pour vous la conseiller impérativement. A l’occasion, dites-moi ce que vous en avez pensé.

Quelques extraits :

 » Le public s’imagine les champions comme des surhommes, auxquels tout est aisé… pourtant regardes-moi : je maigris de jour en jour, et mes jambes sont tellement meurtries que je peux à peine me lever… Nous avons vingt, vingt-cinq ans, et nous en paraissons le double tant nos membres sont usés par l’effort et noircis par les intempéries… Des enfants dans des corps de vieillards « .

 » On l’a vu, les « reconstituants » et autres remèdes empiriques – souvent mal maîtrisés et mal dosés – font, hélas, déjà partie intégrante de la pharmacopée du peloton… Leurs effets peuvent être désastreux et, outre le comportement soudainement halluciné de certains, il n’est pas rare de croiser, sur le bas-côté,  un malheureux étendu les bras en croix… Mais qui oserait prétendre couvrir les 4735 kilomètres de cette folle épopée par la seule force de la volonté ? « .

Le Tour des Géants

One Shot

Éditeur : Dargaud

Collection : Long Courrier

Dessinateur / Scénariste : Nicolas DEBON

Dépôt légal : juin 2009

ISBN : 9782205062212

Bulles bulles bulles…

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Le Tour des Géants – Debon © Dargaud – 2009

Le Goût du chlore (Vivès)

Le Goût du Chlore
Vivès © Casterman – 2008

Pour des problèmes de dos, un homme se rend régulièrement chez le kiné… pour s’entendre dire qu’il devrait aller à la piscine se muscler un peu… conseil qu’il n’était jamais parvenu à suivre jusque-là.

Mais cette fois il se motive et y va une fois, puis deux…Cela devient un rendez-vous hebdomadaire. Et puis il y a cette jeune fille…

Je ne suis pas fan du trait, ce qui m’a posé soucis pour entrer dans l’histoire. Je trouve que tout est un peu figé, les visages sont peu expressifs et les décors trop minimalistes. Passées les premières réticences, on se laisse progressivement envahir par toutes ces teintes de bleus aux vertus apaisantes.

J’ai réellement lu cet ouvrage, un peu particulier, en deux temps :
– dans un premier temps, les teintes bleues de l’album font ressortir une forme de mélancolie. Un début d’ouvrage silencieux et terne, des espaces très grands dans lequel on sent ce jeune homme bien seul… comme « à part ». Un début où on se contente d’observer un peu comme un poisson rouge dans son bocal.
– puis, progressivement, on contemple ce bout d’existence avec plus d’intérêt il me semble. Cela fait aussi écho au positionnement du personnage principal qui est plus impliqué peut-être (?). Je l’explique assez mal, c’est plus de l’ordre d’un ressenti induit par une BD composée majoritairement de cases muettes.

Je trouve que VIVES retranscrit très bien la fluidité des mouvements, on palpe même la différence entre l’aisance que cette jeune fille a de se mouvoir et le côté plus pataud du personnage principal. Entrent progressivement en scène les sons qui résonnent de manière si particulière dans une piscine, le goût du chlore nous parvient enfin aux papilles, la sensation de légèreté d’un corps plongé dans l’eau. Les angles de vue déformés par l’effet de l’eau prennent leur sens. On s’attache au personnage qui nous communique parfaitement le plaisir grandissant qu’il peut prendre à nager. Il prend confiance en lui, se découvre, s’émancipe en quelque sorte. On ne sait rien de ce personnage : ce qu’il aime, ce qu’il fait, comment il s’appelle… mais on l’observe évoluer dans l’eau avec plus ou moins de plaisir, on observe sa métamorphose et la manière dont il va s’affranchir de ce rite de passage qui semble être sa première relation amoureuse.

On s’essouffle avec lui… bref, je suis conquise par cet album.

Sur Sceneario, ils présentent l’album ainsi : « Le Goût du chlore est à l’image de cette piscine municipale où est allé nager le héros, car on peut être frileux à se jeter à l’eau, mais une fois dedans, on n’a plus envie d’en sortir… ». Je les rejoints sur cet avis !!

Sinon, un petit service que je demande à ceux qui liraient ces quelques lignes : que lui a-t-elle dit dans l’eau ?? Je suis très mauvaise en lecture labiale ^^

L’album a obtenu l’Essentiel Révélation à Angoulême en 2009.

Petits liens en vrac : la chronique de Bdgest, la fiche éditeur.

Le Goût du Chlore

Roaarrr ChallengeOne Shot

Éditeur : Casterman

Collection : KSTR

Dessinateur / Scénariste : Bastien VIVES

Dépôt légal : mai 2008

Bulles bulles bulles…

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Le Goût du Chlore – Vivès © Casterman – 2008

Les Mauvaises gens (Davodeau)

Les Mauvaises gens
Davodeau © Guy Delcourt Productions – 2005

Étienne DAVODEAU nous plonge cette fois dans les souvenirs d’un couple de militants syndicalistes des Mauges.

Nous parcourons ainsi le passé militant français de l’Après-Guerre jusqu’à l’élection de François Mitterrand en 1981. Une France rurale coincée entre le marteau et l’enclume : l’usine (le  Patronat) et la religion.

Quand la BD est utile et se charge de transmettre un capital culturel…

Etienne DAVODEAU a choisit de se baser sur les dires et l’expérience de ses parents pour bâtir Les Mauvaises Gens.

Pas de colorisation pour cet album, tout en noir et blanc, ce qui accentue la qualité du message qui y est passé (tout comme dans Rural ! d’ailleurs). Même si le trait de DAVODEAU est reconnaissable au premier coup d’œil, je trouve qu’il y a plus de rondeur, plus de chaleur dans ses dessins (inconsciemment ou non, il s’agit là du parcours de vie de ses parents… l’affect joue, on le sent prégnant).

Au niveau graphique, DAVODEAU alterne plusieurs regards.

Tantôt le lecteur est aux cotés de ses parents ou des acteurs de l’époque (on vit les événements en « temps réel »), tantôt la narration nous permet d’avoir du recul sur ce qui s’est passé (temps d’échange avec ses parents pour mener à bien le reportage), tantôt un entre-deux qui nous glisse progressivement dans l’ambiance des réunions associatives ou bien encore des décors (j’ai en tête la scène ou DAVODEAU est allé avec sa mère à son ancienne usine et où il s’évertue à retranscrire en dessins les lieux qu’elle lui décrit).

Le thème principal aborde donc une large page de l’histoire de la France : s’y côtoient un mélange de militantisme et de foi chrétienne si typiquement français. C’est par le biais de la religion que les premiers mouvements se créent : rassemblement de jeunes tout d’abord qui vont organiser progressivement des mouvements associatifs avec le soutien des premiers prêtres ouvriers (rencontres sportives pour les uns, groupes de paroles pour les autres)… Puis, le ciment commence à prendre et petit à petit, cet investissement dans la JOC et la JOCF va permettre à ces jeunes gens de prendre leurs envols, de s’émanciper, de gagner en confiance et en assurance. Progressivement, on assiste aussi à l’émergence des premiers mouvements militants  locaux destinés à défendre les travailleurs et permettre l’amélioration des conditions de travail des ouvriers… et l’essor de la gauche socialiste.

PictoOKA lire, à découvrir et à savourer de toute urgence !

Roaarrr ChallengeJe souhaitais lire cet ouvrage depuis un bon moment déjà, la proposition de lecture de Lo n’a fait que me confirmer qu’il s’agissait-là d’une BD plus qu’indispensable dans toute bonne BDthèque qui se respecte.

Prix du Meilleur scénario et Prix du public à Angoulême en 2006, Grand Prix de la critique ACBD en 2006

Pour en lire un peu plus : du9 et Krinein.

Autres albums de Davodeau sur le blog accessibles rapidement vers la page d’Index par auteurs.

Les Mauvaises Gens
 » Une Histoire de Militants « 

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Etienne DAVODEAU

Dépôt légal : Août 2005

ISBN : 978-2-84789-449-3

Bulles bulles bulles…

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Les Mauvaises Gens – Davodeau © Guy Delcourt Productions – 2005

199 Combats (Dijan & Papazian & Brachet)

199 Combats
2008 © Heupé Sarl / Emmanuel Proust éditions, de Jean Blaise Djian, Michel Papazian et Nicolas Brachet

Né en France de parents arméniens, Michel PAPAZIAN a grandit à Nice. En 1940, son père décède d’un cancer, laissant sa mère seule avec trois enfants. Michel est le cadet. Ils quittent alors Nice et s’installent à Marseille, Michel a 6 ans. Sa mère, Aznif, trouve une place à l’usine de savons.

En 1944, quelques temps après que les Alliés aient libéré Marseille, Michel file au camps américain un jour après l’école et découvre la Boxe.

En septembre 1947, suite à une promesse de Aznif faite à son époux sur son lit de mort, elle saisit les avantages offerts par l’URSS aux exilés pour organiser le retour en Arménie. Michel est le seul de la fratrie à être totalement réfractaire au projet et quitte la France à contre-cœur.

Une histoire racontée avec beaucoup de sincérité, mais je trouve dommage que les ambiances graphiques soient aussi froides. Le choix des couleurs est peu attractif et caricature trop à mon goût les ambiances « pays de l’Est » que l’on peut voir dans certains ouvrages ou certains films : c’est terne et sombre, c’est propagande et sobriété.

Nicolas BRACHET en parle :


Nicolas Brachet, 199 combats

Preview en images :

199 Combats HD envoyé par Emmanuel_Proust_Editions

PictoOKC’est un petit pouce levé tout de même car cette expérience de vie est réellement impressionnante. Cependant, je reprocherais à cet album d’être un peu rapide sur le récit de la destinée de Michel PAPAZIAN. Pourquoi ne pas avoir opté pour un Diptyque ? Car pour le coup, 52 planches c’est un peu juste. Le combat de PAPAZIAN pour revenir en France ne se perçoit réellement que sur la fin de l’album, les freins rencontrés pendant sa carrière (du fait de sa nationalité française) ne sont abordés que par bribes… la souffrance et la frustration qui en découlent sont mal mises en avant.

Bref, un bon potentiel mais qui a manqué d’espace pour s’exprimer totalement.

La Chronique d’ActuaBD pour un autre avis.

199 Combats

One Shot

Éditeur : Emmanuel Proust Editions

Collection : Atmosphères Sport

Dessinateur : Nicolas BRACHET

Scénaristes : DIJAN et Michel PAPAZIAN

Dépôt légal : novembre 2008

ISBN : 9782848101934

Bulles bulles bulles…

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2008 © Heupé Sarl / Emmanuel Proust éditions, de Jean Blaise Djian, Michel Papazian et Nicolas Brachet.

Le Sauveteur (Taniguchi)

Le Sauveteur
Taniguchi © Casterman – 2007

Shiga, un homme assez solitaire, est gardien de refuge. Passionné de montagne, il peut se consacrer entièrement à sa lubie. Pourtant, un jour, cette vie bien organisée va être interrompue par l’appel de Yoriko, une vieille amie de Shiga. Dépassée par la soudaine disparition de sa fille Megumi, elle demande de l’aide à Shiga. Il est pris de court car très lié à la promesse qu’il à fait au père de Megumi, son meilleur ami, décédé en montagne il y a 12 ans.

Shiga prend le train pour Tokyo et se fixe un objectif : retrouver la jeune fille. Il se lance dans une enquête parallèle à celle menée par la Police. Cet appel est pour lui l’occasion de se confronter à la réalité, à l’image qu’il a de lui-même et  à ses vieux démons. Un défi qu’il se lance à lui-même.

C’est en lisant plusieurs chroniques que j’ai eu envie de découvrir cet album très agréable et surtout rythmé.

On y retrouve les paysages de montagne que Taniguchi dessine à merveille (à croire qu’il est né pour ça !!) et un personnage très charismatique. Il émane de lui une puissance et une énergie incroyables. Taniguchi réexplore.

Shiga partage la même passion et fait preuve de la même obstination que le personnage principal du Sommet des Dieux. Il est aussi question du plaisir (le plaisir de la montagne, les sensations suscitées par le fait de repousser ses limites toujours plus loin)… Un plaisir, je le trouve beaucoup plus sain et constructif que celui d’explorer des sensations gustatives (je vous renvoie au Gourmet Solitaire).

C’est l’album le plus « fou » que j’ai lu de cet auteur, tant ici nous sommes confrontés à quelqu’un d’obstiné, aveuglé par une promesse faite à un ami il y a plus de 10 ans. Je suis aussi étonnée de constater la présence d’un personnage pervers  en la personne du jeune milliardaire. Les mauvais traitements que ce derniers inflige à Megumi dénotent dans l’univers de Taniguchi.  Je n’avais jamais vu de personnages aussi pervers dans les albums du mangaka.

Un très bon moment de lecture qui me donne envie de relire Le Sommet des dieux et K pour nous emplir de nouveau de l’esprit de la montagne.

D’autres albums de Taniguchi sur ce blog : Le Gourmet solitaire, Un Zoo en Hiver, Sky Hawk, Mon année, Le Journal de mon père, Icare, Un ciel radieux, L’Homme de la Toundra

Le Sauveteur

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Sakka

Dessinateur / Scénariste : Jiro TANIGUCHI

Dépôt légal : avril 2007

ISBN : 9782203373433

Bulles bulles bulles…

Les planches les plus belles se situent en fin d’album. Je ne vous les proposerais donc pas pour pas spoiler. Les planches proposées sont dans les premières planches, rares sont celles qui se passent en montagne.

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Le Sauveteur – Taniguchi © Casterman – 2007