Philippine Lomar, tome 5 (Zay & Blondin)

Zay – Blondin © Editions de La Gouttière – 2020

Le harcèlement, le racket, la manipulation, la pollution industrielle, les violences conjugales… autant de thèmes d’actualité qui ont fait monter l’adrénaline dans les quatre tomes précédents. En ciblant le lectorat des pré-adolescents, « Philippine Lomar » n’omet pas non plus de parler du quotidien, de son lot de bonnes choses et de soucis : l’amitié, la famille, le handicap, les sentiments, les complexes, le sport, la peur…

Pour ce cinquième tome, la série s’intéresse cette fois aux migrants en situation irrégulière. Tout commence dans le train qui ramène Philippine chez elle. Elle y fait la connaissance de Tobi, une gamine qui se cache au moment du contrôle des billets. Tobi est arrivée du Cameroun le mois dernier avec son frère mais depuis quelques jours, ce derniers a disparu. Alors Tobi le cherche ; elle sait seulement qu’il est allé à Amiens pour retrouver leur oncle. Très vite, Philippine identifie un réseau de rabatteurs. De fil en aiguille, l’enquête va mener Philippine dans un atelier de travail clandestin.

Je n’ai plus besoin de vous présenter Philippine vu que j’y ai déjà consacré trois articles. L’adolescente rouquine s’est fait sa place dans le paysage de la bande-dessinée jeunesse et elle surfe sur un créneau peu exploité auprès des jeunes : le polar. Un peu à la manière de « Blacksad », l’univers de Philippine s’enrichit de tome en tome, les liens et la complicité se renforcent avec son entourage amical pour autant, un lecteur peut tout à fait débarquer dans ce tome sans avoir lu les précédents : il ne sera pas perdu. Dominique Zay veille à construire des intrigues qui s’ouvrent et se concluent en un tome. Chaque parution est donc l’occasion d’avoir un récit complet… et pour ceux qui suivent la série, c’est la certitude que des petites pierres supplémentaires vont venir consolider l’édifice narratif et nous apporter des détails sur les personnages (de Philippine qui n’est jamais la dernière pour se remettre en question malgré son caractère bien trempé mais aussi des personnages secondaires qui, à chaque tome, prennent davantage de consistance).

Au dessin, Greg Blondin injecte une grosse louche de bonne humeur et de peps dans son trait… bien aidé en cela par la mise en couleurs de Dawid. Le dessin est fluide, dynamique. Il sait offrir le meilleur point de vue [d’une scène] au regard du lecteur. Je me régale de suivre ces personnages au look plutôt décontracté, naturel. Quelques effets « manga » viennent accentuer les expressions et la gestuelle et cela permet de jouer avec l’effet comique pour dédramatiser la tension, le suspense et surtout, la gravité des sujets abordés.

Je continue à bien apprécier cette série qui ne s’essouffle pas le moins du monde. En fin d’album, un petit cahier graphique vient jouer le rôle de cliffhanger pour annoncer que les auteurs planchent déjà sur le prochain tome. Cette fois, il était question de travailleurs immigrés que l’on exploite dans des ateliers clandestins. Il n’y a rien qui soit cousu de fil blanc dans ce scénario. Pour autant, le sujet n’est pas banalisé. « Philippine Lomar » c’est réellement une bonne recette : une héroïne futée et attachante, un petit réseau d’amis atypiques, des questions épineuses qui font l’actualité et une manière frontale de les aborder mais l’écueil du pathos et de la dramatisation est évité. Du coup, le jeune lecteur n’est pas tenté de mettre trop rapidement une étiquette sur une situation (une problématique)… La série peut-être un très bon support intermédiaire : elle donne à l’enfant des cartes en main pour se sensibiliser au sujet et pouvoir (éventuellement) en parler avec un adulte.

De l’humour, de l’action, du suspense… un concept accrocheur. Encore une fois, un album de la série qui fait mouche !

Philippine Lomar

Tome 5 : Un vilain, des faux

Editeur : Editions de La Gouttière

Dessinateur : Greg BLONDIN / Scénariste : Dominique ZAY

Dépôt légal : août 2020 / 56 pages / 12,70 euros

ISBN : 972-2-35796-017-6