Chroniks Expresss #20

Courant mai, quelques vadrouilles et quelques ouvrages rapidement chroniqués :

BD : En Quarantaine (J. Ollmann ; Ed. Presque Lune, 2015).

Romans : Des Fleurs pour Alergnon (D. Keyes ; Ed. J’ai Lu, 1997), L’Homme qui voulait être heureux (L. Gounelle ; Ed. Pocket, 2010), Millenium #3 (S. Larsson ; Actes Sud, 2013), L’Homme qui ment (M. Lavoine ; Ed. Fayard, 2015).

Bandes dessinées

Ollmann © Presque Lune – 2015
Ollmann © Presque Lune – 2015

« Avec la quarantaine, John, remarié, affronte les affres d’une nouvelle paternité particulièrement épuisante et déstabilisante. Se faire émasculer par un sac à couches en bandoulière et un porte-bébé kangourou est désormais son lot quotidien. Ce nouveau costume d’invisibilité sexuelle le boudine, l’oppresse, le concasse, lui provoque d’inévitables bouffées de chaleur. Jusqu’au jour où il découvre un DVD de Sherri Smalls, une ancienne rockeuse punk hyper sexy reconvertie en chanteuse pour enfants ! » (présentation de l’album sur la quatrième de couverture).

Pourquoi cette lecture ? Pour trois raisons : son titre, une envie de découvrir un auteur et une curiosité à découvrir les questions qui taraudent les quadra…

Côté « questions », ce quadragénaire en a à la pelle, d’autant plus depuis qu’il redécouvre les joies de la paternité avec un enfant en bas âge, chose il avait connu vingt ans auparavant.

« Comment un mec aussi branché peut en arriver à mener une vie aussi chiante ? »

Se frotter au ton impertinent de Joe Ollmann, un vocabulaire grossier et un sérieux penchant à se tourner en ridicule, Joe Ollmann aborde le banal sujet de la vie quotidienne avec humour et dérision. Un sac de litière sale qui se perce et promet de faire perdre un bon quart d’heure à celui qui doit nettoyer… la vie n’a pas que des bons côtés et ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre.

Une BD où on regarde souvent dans le rétroviseur, on essaye de réfléchir un peu à l’avenir mais on est tout de même essentiellement confronté à une lamentation inhérente à un quotidien sans trop de soubresauts. Drôle, cynique mais une lecture qui pique et qui gratte et qui souffre de quelques longueurs.

PictomouiL’ouvrage propose cependant une alternance dans la narration puisqu’il se pose tour à tour sur deux quotidiens différents : celui de John (auteur et père de famille en pleine crise) et celui de Sherri (ex-artiste de la scène punk reconvertie en chanteuse et animatrice d’émissions pour enfants). De fait, si leurs remises en cause respectives sont assez différentes (perspectives professionnelles, famille, couple, alcool…), elles se répondent à certains moments ce qui permet de casser la monotonie latente. Il faudra attendre d’arriver à mi-chemin d’un album qui compte 180 pour sentir que la mayonnaise commence à prendre… un peu long.

La fiche de présentation de l’album sur le site de Presque Lune.

 

Romans

Keyes © J’ai Lu – 1997
Keyes © J’ai Lu – 1997

Charlie Gordon est un jeune homme attardé. Depuis une quinzaine d’années, il travaille à la boulangerie d’un ami de son oncle. En parallèle, il va régulièrement dans un institut spécialisé où il suit les cours d’apprentissage de la lecture et de l’écriture de Miss Kinnian. C’est elle qui propose un jour à Charlie d’intégrer un programme expérimental dirigé par le Professeur Nemur et le Docteur Strauss. Forts des résultats obtenus par la souris Algernon, Nemur et Strauss souhaitent désormais tenter l’expérience sur un homme. Pour se faire, Charlie devra subir une intervention chirurgicale au cerveau. Après cela, ses facultés intellectuelles devraient rapidement décupler.

Quel est le revers de la médaille ?

Daniel Keyes relate l’expérience troublante d’un homme dont l’esprit va s’éveiller à une rapidité fulgurante. Pour se faire, il opte pour un « journal de bord » dans lequel Charlie va consigner régulièrement ses impressions. Ce qui frappe le lecteur lorsqu’il entame l’ouvrage, c’est l’absence de maitrise du langage dont fait preuve le narrateur. Au début, Charlie sait à peine écrire et il pose ses pensées sur papier de façon maladroite. Il écrit comme il parle, s’exprime avec des phrases succinctes et un vocabulaire limité. Progressivement, il acquiert les règles d’orthographe et de grammaire, s’amuse lorsqu’il découvre l’existence de la ponctuation, prend goût à lire et à se cultiver.

Chaque jour, Charlie progresse. Sa conscience s’éveille. Il découvre un monde nouveau dont il n’avait même pas idée des contours. Ses préoccupations changent ainsi que son rapport aux autres. Il découvre la pudeur, la fierté, la liberté, la libido. Puis, avant que son QI n’atteigne 185, il se met inconsciemment à tout intellectualiser. Durant toute cette métamorphose, il découvre son passé ; en effet, ses souvenirs remontent à la surface et il découvre qui il était et comment les personnes qu’il côtoie le considèrent (et le considéraient). Avec cet éveil, le regard des autres change. Alors que certains s’émerveillent des progrès qu’il fait d’autres s’inquiètent de son changement radical de personnalité. Et bien qu’il bénéficie d’un suivi médical poussé durant le temps de l’expérience scientifique à laquelle il accepte de se prêter, Charlie est bien seul pour faire face à la tempête qui gronde en lui.

PictoOKPublié pour la première fois en 1959 sous forme de nouvelle, ce roman de Daniel Keyes aborde avec brio les questions de l’identité [la double identité], du handicap et celle des ambitions scientifiques à vouloir maîtriser chaque parcelle de son environnement. L’intelligence ne suffit pas à fait un homme heureux. Un livre réellement touchant.

Extrait :

« J’apprends à contenir mon ressentiment, à ne pas être impatient, à attendre… Je suppose que je mûris. Chaque jour, j’en apprends de plus en plus sur moi-même, et mes souvenirs qui ont commencé à surgir comme des vaguelettes me submergent maintenant telles d’énormes lames de fond » (Des Fleurs pour Algernon).

 

Gounelle © Pocket – 2010
Gounelle © Pocket – 2010

Profitant d’un long séjour à Bali, un homme suit les conseils qui lui ont été donné de consulter un guérisseur. Julian – le voyageur, est pourtant en excellente santé mais le séjour balinais touchant à son terme, Julian est intrigué et décide de consulter.

C’est ainsi qu’il rencontre un vieil homme, serein, souriant et auquel il est difficile de donner un âge. Ce dernier l’examine de la tête au pied et découvre un point de butée en exerçant des petites pressions sur le petit orteil gauche. Après quelques vérifications, il déclare : « Vous êtes quelqu’un de malheureux ». Cette souffrance intime tient au fait que Julian vit seul et se croit incapable de plaire à une femme. Dès lors, la dernière semaine passée à Bali est ponctuée par des visites quotidiennes au vieux guérisseur. Des temps de rencontre qui donnent lieu à des discussions existentielles : la perception que l’on a de soi influence fortement nos interactions avec les autres et vient, de fait, modeler la manière que l’on a d’évoluer dans la société. De même, notre état d’esprit borne la perception que l’on a de notre environnement ; il suffit de croire que l’on est dans un contexte hostile pour que nos sens réagissent et enregistrent tous les éléments qui pourraient venir corroborer ce ressenti et réciproquement quand on pénètre dans un lieu que l’on pense sécure.

Le récit est rythmé par les rencontres quotidiennes entre le guérisseur et le voyageur. Ce dernier témoigne d’un manque flagrant de confiance en lui qu’il explique par diverses raisons que le vieux sage n’a de cesse de remettre en question. Chaque consultation se conclu sur une petite liste de quelques défis que le soigné devra relever et relater le lendemain au soignant.

Tout d’abord interloquée par le caractère saugrenu de la démarche initiale puis par la manière dont se construisent leurs échanges, j’ai finalement pris mon parti de ne pas remettre en question le contexte peu crédible de leurs entretiens pour ne regarder que le fond du propos. Et réfléchir à quelques « images d’Epinal » que l’on se crée et derrière lesquelles on se cache souvent.

Un ouvrage intéressant mais qui me laisse malgré tout légèrement dubitative. La vie y semble bien sereine… Laurent Gounelle nous invite à réfléchir à une autre façon de penser nos choix de vie et notre lien à l’Autre. Ce n’est que lorsqu’on a fait le deuil des attentes que d’autres nourrissent pour nous que l’on est en mesure de prendre une décision qui nous sera satisfaisante à long terme. Il suffit pour cela de dépoussiérer nos préjugés et de nous alléger de certaines conventions (valeurs, principes, habitudes…) avant de prendre une décision. Mais sa manière d’aborder les choses emprunte quelques raccourcis et sa façon de faire interagir les deux personnages principaux ne me parle pas totalement.

La chronique d’Yvan.

Larsson © Actes Sud – 2013
Larsson © Actes Sud – 2013

Volume 3 : La Reine dans le palais des courants d’air

Dernière partie de la « trilogie Millénium », la plus conséquente également. Ce volume reprend au moment même où nous avions laissés nos « héros ».

« Après avoir échappé de peu à la mort, Lisbeth Salander se remet difficilement de ses blessures dans une chambre d’hôpital. Incapable physiquement d’agir, elle a de surcroît été placée en isolement et sous surveillance policière, car elle est encore sous le coup de plusieurs chefs d’accusation. La voilà coincée, donc, mais pas inactive, d’autant qu’un patient soigné dans une chambre voisine a de très sérieux et très anciens comptes à régler avec elle… De son côté, Mikael Blomkvist se démène pour innocenter et réhabiliter la jeune femme. Ses recherches lèvent le voile sur les plus inavouables activités de certains services secrets, mais les sombres personnages autour desquels se resserre son enquête ne vont pas se laisser menacer sans réagir » (synopsis éditeur).

Long dénouement pour ce thriller qui m’a fascinée, je l’avoue. L’univers qu’à construit Stieg Larsson est très proche de ses préoccupations et des combats qu’il a mené. Journaliste, l’auteur a ensuite poursuivit sa carrière vers le métier de critique littéraire puis écrivain. Il a longtemps milité contre les courants d’extrême-droite, un élément important qui représente l’une des facettes de « Millénium ». Il faut ajouter à cela le fait que par le biais de son homologue imaginaire – Mikael Blomkvist – il dénonce également les violences faites aux femmes ainsi que toute forme de corruption.

Une nouvelle fois, le lecteur est en présence d’un récit complet même si celui-ci s’inscrit dans la continuité immédiate de son prédécesseur. Nombreuses sont les pièces du puzzle qui viendront compléter l’intrigue principale qui nous conduit sans détour vers le procès de Lisbeth. Stieg Larsson fait intervenir une palette impressionnante de personnages secondaires ; chacun étant doté d’un trait de caractère qui le définit, d’une histoire de vie plus ou moins détaillée. Tout s’imbrique. Je reconnais que la présence de ces nombreux personnages, je me suis parfois égarée… n’associant pas immédiatement le nom et la fonction lorsqu’ils réapparaissaient. Cela a nécessité pour quelques « retours en arrière », généralement pour revenir au début du paragraphe en cours voire du paragraphe précédent afin de replacer les éléments à la bonne place et poursuivre la lecture en disposant des bonnes informations.

PictoOKLa scène du procès en lui-même est assez succincte compte-tenu de toutes les dispositions préalables dont l’auteur s’était entouré pour y amener son lecteur, mais l’affrontement verbal qui y a lieu dans une tension palpable m’a malgré tout convaincue. Quelques surprises, encore, au détour de plusieurs rebondissements. Maintenant que j’en ai terminé, je ne peux que regretter la disparition prématurée de Stieg Larsson et le contenu des sept tomes qu’il envisageait de réaliser pour parfaire sa saga restera à jamais un mystère. Quoi qu’il en soit, je suis sortie repue par la lecture de ce troisième volume assez dense autant sur le fond que sur la forme.

Quant au reste, l’éditeur vient de dévoiler sa volonté de publier le tome 4 très prochainement… créant ainsi une petite polémique.

Lavoine © Fayard – 2015
Lavoine © Fayard – 2015

« L’homme qui ment ou le roman d’un enjoliveur – récit basé sur une histoire fausse »

Marc Lavoine se livre. Récit autobiographique et touchant d’un homme qui, malgré la célébrité, semble avoir gardé le sens des valeurs et la notion de famille. Il parle avec franchise de sa vie. De son premier souffle à aujourd’hui. Il fait rapidement référence à sa vie d’artiste car là n’est pas le propos, même si elle lui a permis – dans un premier temps – de s’échapper de la cellule familiale avant de lui offrir une reconnaissance qu’il regarde avec méfiance.

Le fait d’être né garçon lui valut, pendant quelques jours, le rejet de sa mère, Michou. Cette dernière, déjà mère d’un petit Francis (surnommé Titi), souhaitait une fille. Abandonnant son fils aux soins des équipes médicales et à l’affection attendrie de Lulu, son époux, elle s’immergea une courte période dans le déni avant de reprendre ses esprits et de trouver un prénom à cet enfant qui venait agrandir son foyer : Marc.

J’étais donc en stand-bye, en couveuse, avec un panaris, en attente d’une famille, d’un toit, d’un lit et d’un prénom, entre la vie et l’oubli. Tout ça sentait très très bon.

Marc Lavoine décrit une famille modeste domiciliée dans un pavillon en banlieue parisienne. Son père, militant communiste qui travaillait aux PTT. Un homme chaleureux que son fils a toujours admiré voire idéalisé. Un homme altruiste qui n’aurait aucun défaut si ce n’est son fort penchant pour l’alcool et son amour inconditionnel pour les femmes. Un coureur de jupons. Un séducteur invétéré. La mère de Marc Lavoine l’apprendra sur le tard mais pendant longtemps, seuls les fils de Lulu étaient dans la confidence, s’amusant des frasques de leur père tout en se morfondant pour le mal qu’il ne manquerait pas de faire à leur mère lorsqu’elle apprendrait ses adultères… cela semblait inévitable qu’elle l’apprenne un jour.

Lorsque ce jour fut venu, elle demanda le divorce séance tenante. Mais ce couple, malgré les discordes, s’aimait d’un amour profond. La séparation n’a jamais été remise en question, mais la souffrance liée à leur éloignement était perceptible.

Peu importe, il aura une médaille posthume, celle du parfait salaud

PictoOKMarc Lavoine parle de l’amour qu’il portait à son père décédé. La narration emprunte un ton sensible, la tendresse et la nostalgie nous accompagnent tout au long de la lecture. Le seul grief que je porterais est cette hésitation permanente entre la seconde et la troisième personne. L’auteur s’adresse ouvertement à son père, mais il semble ne pas être parvenu à choisir entre le dialogue direct avec son paternel (« tu ») et l’observation plus neutre à la troisième personne (« il »). Cela crée quelques lourdeurs dont on s’accommode parfaitement mais cette indécision peut ponctuellement créer de l’agacement. De même, des passages rappellent régulièrement les mêmes thèmes qui définissent : les femmes, l’alcool, les femmes, le militantisme, les femmes… Ponctuellement, j’ai perçu ma lassitude mais je suis bien vite parvenue à l’écarter. Le récit est fluide, agréable, amusé. En quelque sorte, cet ouvrage permet à l’auteur de dire à son père qu’il lui pardonne ses faux pas, une occasion d’exprimer l’amour inconditionnel qu’il porte à ses proches.

Extraits :

« En fait, tu noyais tous ces regrets dans le sexe des femmes, comme pour apaiser les douleurs de ta mémoire, pour soigner l’homme blessé de l’intérieur. Les filles, c’était du sirop, une médecine d’urgence pour apaiser les maux de l’âme et du cœur. Ça pesait dans mon cartable, et je partageais ça avec mon frère, qui essayait de temporiser, évoquant les blessures de Lulu. Ça me calmait de façon passagère mais ça ne changeait rien » (L’Homme qui ment).

« Je voyais mes copains : avec eux, rien n’avait changé. Ils étaient tristes comme moi, pour moi, ils voyaient bien que j’avais pris de la distance. Il fallait que je me protège, car cette histoire, avant d’être la mienne, était surtout la leur, celle de mes parents. Titi et moi nous en étions les fruits, il nous fallait mûrir, désormais coupés en deux. Nous devions nous construire sans protection, sans garde-fous, sans rien » (L’Homme qui ment).

« Je suis resté seul avec toi avant que Francis me rejoigne, et durant ce tête-à-tête, dans la folie immobile de ce moment-là, j’ai cru que tu allais ouvrir un œil, que c’était une farce, encore une, que tu allais me dire : « Je t’ai bien eu, l’môme. Viens, on va voir les gonzesses. » Des larmes ont coulé sur mes joues, je les ai essuyées et j’ai posé un baiser sur ton front de glace. Sur les lèvres, j’ai gardé cette sensation depuis » (L’Homme qui ment).

« Je voulais te dire que quand tu es mort, Michou a perdu son mari. Elle était en deuil pour de vrai, elle était libre et profondément elle-même, nue de toute rancune. Toute sa vie était là, présente. Car même après le divorce, après t’avoir aimé autant que détesté, tu étais resté le seul homme de sa vie, sa seule histoire d’amour, et j’ai la faiblesse de croire qu’il en était de même pour toi » (L’Homme qui ment).

Le Noël de Marguerite (Desjardins & Blanchet)

Desjardins – Blanchet © La Pastèque – 2013
Desjardins – Blanchet © La Pastèque – 2013

C’est l’hiver. La neige recouvre le paysage de son manteau neigeux. Les gens se sont retranchés chez eux pour se protéger du froid. Mais malgré l’apparente austérité de ces paysages désertiques, l’heure est à la fête et aux retrouvailles. Le réveillon de Noël approche. Les familles se retrouvent pour partager ce moment chaleureux.

De la fenêtre de son salon, Marguerite Godin regarde les rares allées-venues que font les voitures devant chez elle. Un parent qui arrive chez le voisin d’à-côté, des enfants qui font un bonhomme de neige. Marguerite est une vieille dame paisible. Bien au chaud chez elle, elle est heureuse de savoir qu’elle n’a pas à sortir. « Ce n’est pas qu’elle n’aime pas Noël. Non, non, au contraire (…). Mais les fêtes de famille l’épuisent ».

Graphisme années 50 de Pascal Blanchet. Silhouettes longilignes et incurvées, donnant un faux-air de légèreté à l’ensemble. Une ambiance dont on se saisit très vite.

Les thèmes associés de la vieillesse et de la solitude sont ici traités. A l’aide d’angles de vue atypiques, Pascal Blanchet transforme la perspective que l’on a des pièces, donnant ainsi l’impression que l’on se trouve dans une énorme bâtisse aux couloirs interminables et parfaitement entretenus… Marguerite y est minuscule. Six chaises autour d’une table de salle-à-manger qui ne servent qu’à décorer la pièce et trouvent leur utilité que dans de rares occasions. La vieille dame est parvenue à se satisfaire du bonheur de ses proches, au détriment de son propre bonheur… plaisir par procuration.

Les maux de la vieillesse que l’on tente de camoufler derrière des diagnostics. Aux mains tremblantes on répond Parkinson… mais Marguerite n’en est pas affectée, ce qui ne la rassure guère. Progressivement, on perçoit comment elle a perdu le gout de vivre, se détachant de ce qu’elle faisait avant pour ne pas faire face aux nouveaux handicaps de son corps vieillissant. Son entourage quotidien également s’est réduit comme une peau de chagrin ; l’âge se faisant, elle a perdu les uns après les autres des êtres qui lui étaient chers ; la difficulté d’être une des dernières de sa génération. Le temps passe, les aiguilles de l’horloge tournent, la rapprochant lentement de l’heure de sa propre mort. De ça, Marguerite ne peut s’empêcher d’y penser. La vie est cruelle. Chaque chose, chaque projet, ne font que la confronter à son statut de senior.

India Desjardins traite son sujet avec la douceur nécessaire. Sans être pathétique, elle fait état d’une situation de solitude qui fait le quotidien de la majeure partie des seniors désormais. Elle décrit Marguerite, belle octogénaire, qui est parvenue à pallier aux mieux à sa situation de dépendance et à trouver des palliatifs qui lui permettent de rester vivre chez elle, au milieu de ses souvenirs, de ses meubles… de ses rituels. Entre les passages réguliers du médecin, de l’aide à domicile, du livreur de repas, sa relative indépendance tient aussi à la présence de voisins bienveillants… une solidarité de voisinage devenue rare. Cet ouvrage n’est pas une bande-dessinée mais un livre illustré. Le récit discret de cette silencieuse fin de vie apparaît sur chaque planche avec parcimonie, venant compléter et donner encore plus de profondeur aux illustrations de Pascal Blanchet. La mélodie sur laquelle repose le scénario est emprunte de nostalgie, une légère mélancolie venant piquer ponctuellement le tableau qui nous est dépeint et quelques touches de petits bonheurs simples suffisent à donner à l’ensemble le rythme et la légèreté nécessaires, deux éléments narratifs qui sont ici vecteur de l’empathie que l’on ressent à l’égard du personnage.

PictoOKPictoOKTrès bel album qui nous prend dans une chaleur particulière et impose un rapport au temps auquel je ne suis pas habituée. Je vous conseille vivement cette lecture.

LABEL LectureCommuneLecture commune que je partage avec Marilyne.

Extraits :

« Swoush, swoush, swoush. » Le son de ses pantoufles qui traînent sur le plancher l’incommode. Mais elle doit porter des pantoufles antidérapantes, sinon elle pourrait glisser et se blesser, comme c’est arrivé à Rita Veilleux. Si elle tombait, elle serait peut-être incapable de se relever toute seule. Elle se demande pendant combien de jours elle resterait étendue sur le plancher avant que quelqu’un la trouve. Et qui la trouverait ? » (Le Noël de Marguerite).

« Alors qu’elle avait peur de la mort, c’est la vie qui a fini par l’effrayer » (Le Noël de Marguerite).

Le Noël de Marguerite

One shot
Editeur : La Pastèque
Dessinateur : Pascal BLANCHET
Scénariste : India DESJARDINS
Dépôt légal : octobre 2014
ISBN : 978-2-923841-44-1

Bulles bulles bulles…

 

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Le Noël de Marguerite – Desjardins – Blanchet © Editions La Pastèque – 2014

Les vieux Fourneaux, tome 2 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Et c’est reparti pour un tour avec le trio des vieux emmerdeurs que sont Mimile, Pierrot et Antoine. Ils ont quitté l’Italie de Ceux qui restent (voir chronique du tome 1) pour rentrer en France. Chacun a repris le fil de sa vie. Sophie a accouché d’une petite Juliette. Mimile est rentré à sa maison de retraite, Pierrot a repris ses activités militantes à « Ni Yeux ni maître » et Antoine a fait son deuil.

Ce nouvel opus démarre de façon fracassante puisque Pierrot reçoit un colis rempli de billets de banque. On imagine la déflagration que cela peut produire chez ce vieil anar’. Et comme le battement d’ailes d’un papillon a toujours des répercussions insoupçonnées, les deux autres s’agitent aussi dans leur coin. Antoine monte à Paris pour participer à une manifestation orchestrées par les vieux militants de « Ni Yeux ni Maître ». Il doit d’ailleurs retrouver Pierrot dans un rade parisien où il va contribuer, malgré lui, à un « attentat gériatrique »… (pour comprendre, vaut mieux lire l’album). Mais l’entrain de Pierrot a été stoppé net par l’arrivée du colis providentiel qui contenait une lettre signée « Ann Bonny »… le passé remonte de nouveau à la surface…

Complètement déjanté !

Voilà en deux mots ce que je pense de ce nouveau scénario concocté par Wilfrid Lupano. Loufoque et désopilant, le scénariste ne se refuse aucun délire et donne un grand coup de pied dans les clichés habituels. Les personnages se démènent pour soutenir des causes parfois absurdes pourtant, il y a un subtil fond de vérité qui permet au lecteur de ne jamais perdre le fil et d’investir des combats complètements insensés. Défrisante épopée menée tambours battants ; elle se nourrit de références surprenantes comme Skylanders® et de pirouettes narratives dont découlent d’improbables retournements de situations. On ne peut que se laisser surprendre et s’amuser de la tournure que prennent les choses. Cet enchaînement permanent d’événements fait le sel de cette série et le charme de ses personnages.

Ce second tome s’arrête un peu plus sur le personnage de Pierrot et nous permet de mieux comprendre l’état d’esprit du collectif des vieux anarchistes – « Ni Yeux Ni Maître » – qui ne se limite pas à une simple envie de semer la zizanie sur n’importe quel prétexte fallacieux.

Au programme de cette lecture, des rires, un peu d’émotions et beaucoup d’empathie. Comme dans le premier tome, le dessin sec et nerveux de Paul Cauuet porte parfaitement cet univers et son humour décapant. Surprise par le côté un peu rance des couleurs de la couverture, j’ai retrouvé le piquant qui m’avait fait accrocher au tome 1. Le fait que des sujets de sociétés soient présents « juste ce qu’il faut » permet de ne pas alourdir le propos ; le lecteur peut ainsi tricoter sa réflexion à sa guise. Sans papiers, société de consommation, environnement / écologie… autant de thèmes qui s’invitent pêle-mêle à la table des Vieux fourneaux.

PictoOKPictoOKCe que j’aime par-dessus tout dans ce récit, c’est l’impression que tout est possible, il suffit juste d’un peu de bonne volonté. Lupano ne s’encombre d’aucun tabou, il n’a aucun complexe et le résultat donne quelque chose de très optimiste. Même la cécité et l’incontinence peuvent être perçues comme des avantages… avouez qu’il fallait tout de même oser !

Sans compter les jeux de mots en tous genres du viager au « viajeune », de la colocation entre des individus appartenant à des générations très différentes et de cette solide amitié entre notre trio principal qui semble leur donner la force de repousser n’importe quelle montagne… Bref, si vous avez du mal à être de bonne humeur en ce moment, lisez Les Vieux Fourneaux… votre état devrait s’arranger !

LABEL LectureCommuneLecture commune faite en compagnie d’un duo de choc ! Je vous invite à lire les chroniques de Jérôme et de Noukette sur ce titre.

Une lecture que je partage également avec Mango :

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Les Vieux Fourneaux

Tome 2 : Bonny and Pierrot

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-5050-6163-2

Bulles bulles bulles…

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Les Vieux Fourneaux, tome 2 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Les vieux fourneaux, tome 1 : Ceux qui restent (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Fourneau : « (Populaire) (Désuet) Vagabond, mendiant (par métonymie : habitué au fourneau de charité) ; d’où misérable, bon à rien, naïf, imbécile. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux, ils ne sont pas, je pense, habitués des asiles de nuit. — (Charles Virmaître, Dictionnaire d’argot fin-de-siècle, 1894) » (source : Wiktionary).

Trois amis d’enfance se retrouvent pour un enterrement. Cela faisait des années que Pierrot, Mimile et Antoine ne s’étaient pas vus. Pourtant, ils se connaissent tellement bien que c’est comme s’ils s’étaient quittés la veille. Et puis, quand on est septuagénaire, on relativise un peu les choses. Ce sont donc eux « les vieux fourneaux ». Un trio de choc que Sophie – la petite-fille d’Antoine qui est enceinte de 7 mois – va rejoindre. Ensemble, ils vont vivre une escapade dépaysante. En chemin, on croisera entre autres le « Théâtre du Loup en slip », une vieille bagnole truffée de fientes d’oiseaux, un mouroir qui répond au doux nom de « Meuricy » et des « privette joque ».

Tout commence donc avec la mort de Lucette, la femme d’Antoine. Après plus d’un demi siècle de vie commune, elle quitte la scène en laissant une lettre à son Antoine… lettre qu’il va devoir aller chercher chez le notaire. Lui, le vieux syndicaliste, plus enclin à monter au créneau qu’à se pencher sur la paperasse ! Il va pourtant respecter les dernières volontés de sa femme. Les révélations qu’elle lui fait dans cette lettre posthume vont mettre le feu aux poudres et marquer le début d’une escapade complètement déjantée qui nous conduira en Toscane.

L’histoire nous propose un mélange passé-présent très sympathique, où une douce nostalgie vient narguer de façon espiègle l’esprit bravache affiché par ce trio de vieilles canailles. L’arthrite, la cécité, l’incontinence… rien ne les arrête. Ces flibustiers décrépits balayent leurs maux d’un rapide revers de la main et affichent un sens de la répartie certain.

A l’instar de Ma révérence, Wilfrid Lupano reprend les ingrédients narratifs qui tordent les clichés habituels qu’on peut avoir ; en l’occurrence ici, on retrouve le même plaisir qu’on avait eu en découvrant les retraités présents dans Les petits ruisseaux ou Fais péter les basses Bruno [trop peu d’albums proposent ce genre de personnages, autant y faire référence].

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Le scénario ne manque pas de nous surprendre. On se retrouve à bord d’un vieux combi rouge en route vers la Toscane afin d’empêcher un acte improbable. De scènes cocasses en situations extravagantes, le récit nous installe aux côtés de personnages au caractère bien trempé. Difficile de retenir quelques éclats de rire tant on est pris au dépourvu par certaines réactions. Pour ne rien gâcher, le rythme du récit est enlevé et les quelques respirations qui nous sont accordées sont dues à des souvenirs que ces vieux ressassent et dont ils parlent avec un plaisir non dissimulé. On en vient à naviguer entre plusieurs ambiances graphiques ;  le noir et blanc est retenu pour l’enfance, la couleur marque le présent tandis que des tons sépia viendront plutôt compléter la période intermédiaire. Et je trouve qu’il est de bon ton d’avoir ainsi fait référence à cette habitude qu’ont les seniors de regarder sans cesse dans le rétroviseur ; d’autant qu’ici, avec sept décennies d’amitié, il y a réellement matière ! Les dialogues sont très imagés et donnent davantage de relief aux différentes personnalités. Le scénariste puise pour beaucoup dans le vocabulaire argotique ; il n’est pas une page qui passe sans que l’on profite d’une expression fleurie et d’une métaphore explicite. Cela accroît le charme de ces vieux.

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Le dessin de Paul Cauuet ne cherche pas à épargner les protagonistes. Nerveux, fluide, il illustre de façon amusée les ventres bedonnants qu’un pantalon recouvre jusqu’au-dessus du nombril. Avec générosité, il s’arrête sur de larges sourires édentés, griffe avec humour les trognes parfois renfrognées de ces papis à qui on ne la raconte plus depuis longtemps. Et cette jeune femme – embarquée un peu malgré elle dans cette escapade – vient apporter un supplément de fraicheur à cette troupe atypique ; la rondeur de son ventre fécond ne sera en aucun cas un frein au projet déjanté des anciens. Quoiqu’il en soit, ces rides, ces nez poilus, tous ces petits défauts inesthétiques sont ici travaillés avec beaucoup de tendresse par l’auteur. Habitué au registre fantastique et totalement fictif, Paul Cauuet illustre pour la première fois un univers réaliste… et c’est une réussite.

PictoOKPictoOK Une comédie sociale déjantée.

Le premier tome des Vieux fourneaux nous apporte une histoire complète (présentation des personnages, intrigue et dénouement). On embarque facilement dans ce road-trip prenant dont le second tome est déjà annoncé pour la rentrée (octobre 2014) ! Cette série originale s’annonce prometteuse.

Les chroniques de Jérôme, Noukette, Pierre Darracq, Moka et la pétillante dame du Petit Carré Jaune ! Sans compter la très belle synthèse de kbd (regroupant les avis de Lunch, Yvan, Badelel et Legof).

Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Prix des libraires 2014 et Prix du Public Cultura (Angoulême 2015)

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Les vieux fourneaux

Tome 1 : Ceux qui restent

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : avril 2014

ISBN : 978-2-5050-1993-0

Bulles bulles bulles…

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Les vieux fourneaux, tome 1 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Mamé (Dauvillier & Pinto)

Dauvillier – Pinto © 6 Pieds sous Terre – 2008
Dauvillier – Pinto © 6 Pieds sous Terre – 2008

Madame Cahen habite dans une maison de retraite. La journée, elle s’installe devant la porte d’entrée de l’établissement, espérant une visite qui ne vient pas. Et puis, les infirmières sont contrariantes à penser que Madame Cahen ferait mieux de s’installer près de la fenêtre plutôt que près de la porte d’entrée. Les courants d’air ne la dérangent pas !!

Et ces fichues visites qui ne viennent pas !! C’est décidé, elle sort !!! Quelques impulsions et son fauteuil roulant prend de la vitesse. Elle se retrouve devant la grille de la crèche (école maternelle ?) de son petit-fils. Un peu de chaleur humaine n’a jamais tué personne !

Cet ouvrage presque muet nous fait faire la connaissance d’une vieille dame au tempérament bien trempé. La retenue dans les dialogues sert étonnement bien l’histoire. Celle-ci profite, pour le coup, d’une spontanéité qui rend la lecture entrainante et rythmée. Un souffle d’air frais s’engouffre dans le récit et nous donne presque l’envie de partie avec cette vieille dame très touchante.

Dauvillier – Pinto © 6 Pieds sous Terre – 2008
Dauvillier – Pinto © 6 Pieds sous Terre – 2008

Puis, la rencontre avec le petit-fils imaginée par Loïc Dauvillier nous prend au dépourvu. Alors qu’on imaginait l’héroïne bien loin des siens, on s’étonne de les savoir si proches géographiquement ! Nouvel étonnement et nouvel appel à la sensibilité du lecteur, la découverte d’une grande complicité entre aïeule et l’enfant… le scénariste se met en retrait, confiant à sa collaboratrice (Déborah Pinto) le soin de démontrer par l’image que les mots sont inutiles pour décrire l’amour, la complicité et le bonheur d’être en famille.

Déborah Pinto signe ici sa première bande-dessinée. Le dessin est spontané, presque instinctif. Il esquisse les expressions de visages sans les figer, laissant ainsi au lecteur la part d’interprétation qui lui permettra de s’approprier cette courte histoire. Le lecteur happe les quelques dialogues qui passent à sa portée, de précieux indices déposés de-ci de-là qui viendront l’aiguiller dans sa compréhension de l’histoire. Car il y a quelques maladresses dans ce dessin qui effleure plus qu’il n’installe réellement les personnages, qui tronque les jeux de perspective. On le sent qui tâtonne…

PictoOKAu demeurant, Mamé est un très bel album. Il ne compte pas plus d’une trentaine de pages mais cela suffit largement à amorcer une réflexion sur le temps qui passe, les liens qui se nouent entre les générations et le présent tout étriqué des pensionnaires des maisons de retraite.

Les chroniques de Jérôme, de Jean-François et Du9.

Une interview à laquelle a répondu Loïc Dauvillier (en 2009 / pour Sceneario) dans laquelle il revient sur sa démarche de création.

Mamé

One shot

Editeur : 6 Pieds sous Terre

Collection : Lépidoptère

Dessinateur : Deborah PINTO

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : avril 2008

ISBN : 978-2-35212-036-0

Bulles bulles bulles…

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Mamé – Dauvillier – Pinto © 6 Pieds sous Terre – 2008

Rides (Roca)

Rides
Roca © Guy Delcourt Productions – 2007

Quand son fils et sa belle-fille décident de le placer en Maison de Retraite, Ernest refuse de se rendre à l’évidence : il a besoin d’être aidé. Ancien Directeur de Banque, il pense encore disposer de tous ses moyens… et de toute sa tête. Il va rapidement rencontrer Émile, dont la petite manie est d’extorquer habillement quelques pièces ça et là à d’autres pensionnaires. Une amitié complice va naître entre eux.
Émile sera un précieux soutien pour Ernest lorsque ce dernier apprendra qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Rides s’aventure sur le terrain glissant du placement, des soins palliatifs, de la dépendance… Le programme des réjouissance peut en rebuter plus d’un…. à tort. Avec finesse, Paco ROCA nous invite à parler du Troisième Âge : Maison de Retraite, obsessions des uns et petites manies des autres… Le dessin de ROCA est tendre, il caresse les personnages et les anime avec respect. On s’attachera à la quotidienneté, à ses rituels rassurant, la difficile acceptation de sa perte d’autonomie. On abordera aussi le côté aliénant des placements : perte des repères spatio-temporels, le monde extérieur n’a plus de prises. Les souvenirs côtoient l’instant présent.

Avec beaucoup d’émotions, on va parcourir cette petite plage de temps qui je pense se déroule sur 6 mois, un an peut-être ? Les absences et les difficultés des uns renvoient irrémédiablement au diagnostic des autres. Ernest va y être confronté et la « petite bulle » protectrice de la Maison de Retraite va lui offrir réellement un contenant.

Vieillesse et dépendance.

Un sujet un peu tabou auquel nous nous confrontons quand nous n’avons plus réellement le choix. Je trouve que la force de cet ouvrage est dans le fait que ROCA ne s’encombre pas de certaines considérations. Il ne s’attarde pas à lister les raisons de placer nos aïeuls et n’accorde aux proches des pensionnaires qu’une place secondaire. Ainsi, les familles ne seront présentes que le temps des visites dominicales et dans quelques discussions entre pensionnaires. Exit donc tout jugement sur le bien fondé de telle ou telle prise en charge.

De même, ROCA évite habillement les polémiques soulevées par la nature des accompagnements des équipes soignantes. Médecins, infirmiers, aides-soignantes, ergothérapeutes… font logiquement leurs apparitions dans Rides, mais ROCA ne s’aventure pas sur le terrain glissant des questions éthiques liées aux prises en charge de nos aînés souvent fragiles et vulnérables…. Exit donc les questions de maltraitance, ou de non-bien traitance comme certains préfèrent dire… (subtiles jeux de mots en vogue dans les métiers d’aide à la personne et dont je me passerais de tous commentaires !).

Pour tout dire, j’ai refermé ce livre avec la gorge nouée. Tic tac tic tac… l’horloge du temps fait son office. Une manière d’aborder la question du Troisième Âge totalement différente des Petits Ruisseaux de RABATE mais un message tout autant optimiste sur la fin de vie.

Rides

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal : mars 2007

ISBN : 978-2-7560-0417-4

Bulles bulles bulles…

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Rides – Roca © Guy Delcourt Productions – 2007