Petite maman (Halim)

Halim © Dargaud – 2017

Brenda vient de naître. Sa maman a 15 ans, son père guère plus… il choisit la fuite plutôt que de prendre cette lourde responsabilité d’assumer.

Brenda a 3 ans. Elle n’est pas bien grande quand la douleur la réveille la nuit. Ses dents poussent. Elle pleure. Sa mère lui répond par des cris.

Brenda est un peu plus grande quand elle constate qu’elle est un poids pour cette mère fatiguée. Alors Brenda fait ce qu’elle peut pour prendre soin de sa mère. La vaisselle. Les tartines du petit-déjeuner. S’habiller, mettre en vitesse son sac sur son dos et filer à l’école où elle arrivera en retard, une fois encore.

Petite mère

Brenda continue de grandir. La Directrice la convoque souvent pour comprendre les retards. Et la questionne sur les bleus qu’elle a tantôt sur le front, sur les bras…

Brenda ne connaît pas son père mais elle voit passer les amoureux éphémères de sa mère. Et les pleurs de cette dernière quand elle croit être seule dans la cuisine.

Brenda ne connaît pas son père mais un jour, elle fait la connaissance de Vincent. Elle a du mal à accepter ce nouvel homme qui va désormais partager la vie de sa mère… qui va désormais faire partie de sa vie à elle.

Des bleus sur le corps, des bleus au cœur et à l’âme, Brenda va tenter bon gré mal gré de survivre.

Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

 

Ouch ! Il faut pouvoir la digérer cette lecture que l’on engouffre pourtant d’un trait. Halim Mahmoudi décrit le quotidien d’une enfant que l’on va voir grandir dans un contexte familial des plus malsain. L’auteur campe le décor. Pour commencer, une fille mère dépassée par les événements, fragile nerveusement. Une fille mère qui voit cette enfant comme une menace. Une fille mère qui refuse de grandir du moins… une enfant à qui son propre enfant vole une partie de sa jeunesse. Inconsciemment, la fillette va en faire les frais.

On voit les négligences, les carences éducatives, des gestes d’affection qui vont et viennent. On voit, on ne s’alarme pas, pensant que les choses pourront se résorber même si c’est dur… un peu dur. Puis l’enfant grandit et absorbe naturellement de nouvelles responsabilités. Elle essuie aussi d’un revers de la main les mots blessants de la mère, quelques privations, quelques humiliations. C’est dur. Puis, l’adolescence arrive. Elle pointe le bout de son nez prématurément, en même temps que l’arrivée de son beau-père dans sa maison, son chez-elle… son repaire. La mère ne la pince plus, toute concentrée qu’elle est à vivre sa nouvelle grossesse… toute confiante qu’elle est à laisser son nouveau compagnon à s’occuper de l’éducation de sa fille. Parfois, la mère s’oppose, offrant à Brenda un court répit… les coups continuent de pleuvoir sur un autre corps. C’est dur, très dur.

A l’intérieur, c’est l’horreur. Dehors, quand elle est à l’école, elle a appris à garder la tête haute.

Maltraitance ? Le terme sera à peine employé dans l’album. Parce qu’on est au contact permanent de l’enfant. Parce que personne n’a su lui poser les bonnes questions, parce que certains adultes ont tenté d’intervenir mais Brenda n’a jamais rien lâché de ce qui se passait sitôt qu’elle était rentrée chez elle. On le verra pourtant surgir ça et là, quand on parvient à s’extraire de Brenda. Tantôt le psychologue, tantôt les services sociaux… ils le disent ce mot qui permettrait de changer les choses. Les changer ? Oui mais pour quoi ? Une vie en foyer ? Loin de sa mère, loin de son frère… après la maltraitance la séparation : une autre forme de souffrance ?

Un livre coup de poing.

La chronique de Mes échappées livresques.

Une lecture que je partage avec les lecteur de « La BD de la semaine » dont le rendez-vous se déroule aujourd’hui chez Noukette.

Petite maman

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Halim
Dépôt légal : septembre 2017
192 pages, 19.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6710-8

Bulles bulles bulles…

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Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

De rose et de noir (Lambert)

Lambert © Des Ronds dans l’O – 2017

Ce qui a décidé Manon à aller voir un psychothérapeute, c’est la colère et l’incompréhension. Sa séparation remonte pourtant à plus d’un an mais aujourd’hui encore, elle ne peut s’empêcher de penser à cet homme. Elle doute.

Chaque fois que je fais quelque chose, je me demande comment il aurait réagi, comment ça se serait passé si on l’avait fait ensemble… etc, etc

Ce que Manon ne comprend pas, c’est la raison pour laquelle cet homme est encore si ancré en elle, malgré les insultes, malgré sa violence, malgré l’enfer qu’il lui a fait vivre. La séparation aurait dû être une libération mais Manon fait le constat que l’emprise psychologique de son ex est encore bien réelle.
Entre la thérapie et le soutien que lui apporte sa co-locatrice, Manon va tenter de prendre du recul pour pouvoir enfin tourner la page.

Réapprendre à se faire confiance. Réapprendre à faire confiance aux autres. Passionnant sujet. Une attitude évidente pour certains… beaucoup moins pour d’autres. C’est ce que raconte, en partie, l’histoire de Thibaut Lambert. C’est la première fois que je lis cet auteur et pourtant, ses précédents albums m’ont déjà fait de l’œil. Il s’était penché sur le sujet de la maladie d’Alzheimer ; dans un premier temps, il réalise un album jeunesse puis, en 2014, il publie « Au coin d’une ride » avec un récit qui, cette fois, s’adresse à un public adulte. De plus, depuis quelques années, il s’inspire de sa propre expérience pour réaliser une série de carnets de voyage en Amérique du Sud : « Les Lambert en voyage » (à ce jour, la série compte deux albums).

Avec « De rose et de noir » , Thibaut Lambert parle de la violence conjugale. Les séquelles, une blessure intime, le corps qui se rappelle les coups qu’il a reçu. Les regrets. La peur.

L’auteur montre également l’importance de la parole, ne fait de ne pas prendre la fuite par rapport à ses peurs. Dire les choses, les questionner, cerner ses difficultés… et apprendre à se connaître et à se comprendre pour pouvoir avancer. Un récit plutôt optimiste qui prend pourtant le temps de s’arrêter sur tous les points de butée qui peuvent apparaître. Le récit est fluide, le dessin est assez sobre et n’accepte qu’un rouge Andrinople plus ou moins prononcé.

Une identité qui se reconstruit, un corps qui se détend. Après les violences subies vient le temps de l’apaisement. Le lecteur chemine avec le personnage principal. On la voit panser ses plaies, identifier peu à peu ses fragilités et les accepter. Un dénouement heureux

C’est une expérience de vie comme il en existe des milliers. Une manière de faire face à ses angoisses. Une manière de dire et de montrer son refus de la violence. Un propos trop tendre à mon goût.

Une lecture que je partage avec Jérôme.

De rose et de noir

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Un roman graphique
Dessinateur / Scénariste : Thibaut LAMBERT
Dépôt légal : novembre 2017
72 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-37418-038-0

Bulles bulles bulles…

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De rose et de noir – Lambert © Des Ronds dans l’O – 2017

La Terre des Fils (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2017

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin,
on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire.
Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit

Le livre s’ouvre sur ces mots. Puis plus rien, si ce n’est ce paysage déserté de toute vie et au beau milieu duquel, un garçon, torse nu, un pantalon qui part en lambeau, tenant un bâton à la main. Il est comme désœuvré, comprend-il ce qui se passe. Il appelle mais personne ne lui répond. Des champs à perte de vue. Rien, pas âme qui vive, pas même d’écho pour répondre à son appel. Puis, à l’horizon, des oiseaux qui volent en cercle. Il s’approche, observe une scène de combat entre un homme et un chien errant. L’homme l’emportera. Cet homme, c’est son frère. Il vient de gagner leur prochain repas.

Dessin fragile, comme esquissé. Comme un brouillon épuré de toute fantaisie, ne s’arrêtant que sur les détails essentiels. Les touffes d’herbe racontent le vent. Le paysage narre le dépouillement. Les têtes de ces garçons disent tout de leur simplicité de leurs besoins vitaux réduits au minimum vital.

Ils se mettent en marche. Ils rentrent. Ils retrouvent « Lui ». « Lui » qui dicte, organise, dit ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ce qu’il aime et ce qu’il ne veut pas. Les garçons suivent. Le respect est de mise.

Lui c’est ce père. Cet homme abrupt. Froid. Incapable de féliciter. De sa bouche ne sorte que des reproches. Des injonctions.

Des émotions bouillonnent dans les veines des deux frères. Mais ils ne savent pas que faire de cet amalgame de ressentis, ils n’ont pas les mots. Colère, frustration, cri, faim, froid. Tout cela ils l’abordent de façon assez primaire, primale, brutale. Les mots sont limités. Ils ne sont pas faits pour philosopher mais pour s’organiser et survivre.

Le dessin est croqué, comme un premier jet que l’auteur n’aurait pas retouché. Un dessin en jachère pour montrer finalement l’âpreté de ce monde. Pour montrer sa crasse. Pour dire aussi le peu de sentiments que ces individus sont capables d’avoir. Tout ce qui est fait doit permettre de répondre à deux besoins vitaux : manger et dormir.

Gipi nous ancre dans ce monde silencieux. Le paysage n’est que désolation. Le lecteur cherche quelle catastrophe a bien pu donner naissance à ce monde cruel. Les réponses arrivent au compte-goutte, nous laissant tout le temps de savourer l’étrange ambiance de ce récit.

Un récit glaçant qu’on lit avec beaucoup d’appétit.

La chronique de Fanny et celle d’Yvan.

 

La Terre des fils

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Traduction : Hélène DAUNIOL-REMAUD
Dépôt légal : mars 2017
288 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2252-7

Bulles bulles bulles…

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La Terre des fils – Gipi © Futuropolis – 2017

Tu pourrais me remercier (Stoian)

Stoian © Steinkis – 2017

Vingt nouvelles pour illustrer vingt expériences vécues de violences sexuelles. Hommes et femmes unissent leurs voix. Jeunes et moins jeunes, toutes origines sociales et ethniques confondues. Vingt témoignages édifiants de harcèlements ou d’agressions caractérisées.

Transports en commun, soirées privées, lieux publics… Un(e) partenaire, un(e) ami(e), un(e) collègue, un(e) inconnu(e)… tous peuvent potentiellement être des agresseurs. La conséquence est souvent la même : passé le traumatisme, la victime se mure dans le silence, étouffée par la honte et la douleur.

Il n’y a pas de mots pour décrire ce sentiment de trahison, de culpabilité et de dégoût de soi

A chaque témoignage, le dessin change, se mue, se colle à la voix qui raconte. Hésitant, maladroit, sec, délicat, tordu, fragile… le style s’adapte au récit et au trouble ressenti par la victime. Certaines de ces victimes sont capables de faire preuve de sang-froid et de réagir au moment même où l’agression se produit. D’autres n’ont pas cette présence d’esprit et se laisse envahir par une peur primale. Dans un cas comme dans l’autre, c’est l’effroi et son lot de questions qui déferle après coup.

Tu pourrais me remercier – Stoian © Steinkis – 2017

Le dessin est âpre sans être dépourvu de chaleur. Difficile pour moi de vanter l’esthétique du travail d’illustration car visuellement, je suis loin d’avoir apprécié cette mise en image du moins pas sur la totalité des anecdotes relatées ici car pour certains témoignages, le travail d’illustration réalisé m’a vraiment déplu. On saute d’une ambiance graphique à l’autre, toutes aussi différentes les unes que les autres, à l’instar des propos rapportés. L’album est enrichi d’un complément de notes dans lequel Maria Stoian explique sa démarche : « les témoignages rassemblés dans cet ouvrage ont pour la plupart été recueillis en ligne et de manière anonyme, certains sous forme d’entretiens » ; s’ouvrent ensuite différents items identifiant la nécessité d’une écoute, d’un soutien, de l’observation de ce qui nous entoure et de la nécessité d’intervenir lorsqu’on est témoin d’une agression, quelle qu’en soit sa nature.

On ne reviendra pas sur la nécessité de lever les tabous et de soulager les victimes de ce sentiment de honte qu’elles ressentent après un traumatisme. Lever les tabous. Parler. Dire. S’aider.
Si le sujet du harcèlement est désormais largement repris par les différents médias et si le problème de la violence conjugale est désormais reconnu, il reste encore un long chemin à faire pour que les mentalités changent. Alors oui, depuis quelques temps, on nous rabat les oreilles en permanence avec les notions de harcèlement et d’agression. On en revient même à devoir faire des tableaux rappelant ce qui est évident, on en revient à devoir réexpliquer les bases du savoir-vivre en société… les bases du respect. Espérons que ceux qui sont durs de la feuille vont que non, le port d’une jupe n’autorise en rien une main baladeuse, un sifflement, voire pire…

Sur le même thème : « Les Crocodiles », « Silencieuse(s) »

Extrait :

« Il n’y a rien de plus terrifiant que d’être maintenue de force par une personne en qui l’on a confiance, alors qu’on a dit non et que l’on pleure. Ce sentiment de trahison et d’impuissance totales, absolues » (Tu pourrais me remercier).

Tu pourrais me remercier

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur / Scénariste : Maria STOIAN
Traducteur : Claire MARTINET
Dépôt légal : octobre 2017
104 pages, 15 euros, ISBN : 978-23-68461-65-5

Bulles bulles bulles…

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Tu pourrais me remercier – Stoian © Steinkis – 2017

Danser, encore (De Lestrange)

De Lestrange © Mazarine – 2017

Quelques années ont passé depuis que Sophie et Alexandre ont effectué ce voyage en Thaïlande. Ces deux-là se sont enfin trouvés. Ils sont aujourd’hui mariés et ils ont deux enfants. Juliette est en crèche et Nathan va à l’école maternelle. Le temps de la nonchalance est donc révolu, ce temps-là où l’on pouvait se consacrer entièrement à la personne que l’on aime, celui où l’on pouvait décider d’aller au cinéma ou au théâtre au dernier moment. Le temps des responsabilités est venu. Celui de l’âge adulte, celui de la parentalité. Ils forment une jolie famille maintenant. Alexandre a décroché un poste de journaliste depuis trois ans, il y est bien même s’il « attend son heure », celle-là même où il pourra partir à l’étranger pour couvrir des reportages plus ambitieux. Sophie travaille dans un ministère.

Leur routine est pourtant régulièrement bouleversée par les violentes crises d’asthme de Nathan. Sophie et Alexandre ne comptent plus ces passages aux urgences en catastrophe ou ces nuits passées à l’hôpital, aux côtés de Nathan sédaté, bourré de cortisone, intubé, épuisé par la dernière crise.

En devenant parents, ils ont relevé le défi d’incarner ce qu’ils sont de meilleur. La plus belle part d’eux-mêmes. Celle qu’ils ne soupçonnaient pas, mais qui peut tout donner, tout sacrifier, tout pardonner, qui aime inconditionnellement. Sans fléchir, compter, se fatiguer, encore moins abandonner. En une seconde, ils ont pris perpétuité.

Marco lui, s’est installé avec Pénélope. Il vit à cent à l’heure mais son couple bat de l’aile et Alexandre s’inquiète. Marco n’a jamais su vivre seul. Quant à Anouk, la sœur d’Alex, elle vit à Londres, est plasticienne et lorsqu’elle revient à Paris pour voir sa famille, elle annonce qu’elle va se marier et Claude, son père, s’inquiète quand il apprend que c’est un mariage blanc.

Lorsque j’ai lu « Hier encore, c’était l’été », je ne savais pas que Julie De Lestrange était en train d’écrire la suite de son roman. La suite, la voilà ! Et c’est le même plaisir de passer quelques heures en compagnie de cette écriture si fluide, si simple. De retrouver des personnages que l’on a aimé sans mesure, pour leurs défauts comme pour leurs qualités.

Le regard coule sur les mots, les phrases, l’histoire. On enfile les chapitres sans se poser de question, on bute sur les sentiments douloureux des personnages, les épreuves qu’ils traversent, puis on rit. On connaît leurs vies, la complicité qu’il y a entre eux et les boutades qu’ils se lancent. C’est un vrai feel good book même si les sujets abordés sont tout de même plus durs que dans le premier opus (du moins, c’est ainsi dans mes souvenirs).

Car il y en a de la peine et de la dans ce roman. Des douleurs multiples que traversent chaque personnage. Deuil, rupture, angoisses… mais il y a aussi d’autres formes de violences qui les toucheront plus ou moins directement. Pour y faire face, certaines fuient et d’autres restent en fouillant inlassablement leurs limites et leurs possibilités de se remettre en question, de changer, pour ne pas être emportés par la vague d’inquiétudes et de tristesse qui ne demande qu’à les submerger.

Julie De Lestrange a su de nouveau nous emmener dans ce dédale de combinaisons parfois impossibles que prennent leurs vies. On retrouve tous les personnages, du moins ceux auxquels on était le plus attachés et une fois encore, on a l’impression d’être là, à leurs côtés, confidents intimes de leurs pensées. Beaucoup d’empathie et de sympathie pour ces hommes et ces femmes qui n’ont rien d’exceptionnels en soi si ce n’est le fait d’être dans ces pages, dans cette ambiance qui s’est construite très vite dans le premier tome de cette saga et que l’on a plaisir à retrouver. Mais… a-t-on le droit de parler de saga ? a-t-on le droit d’espérer une suite à cette suite ? En tout cas, moi qui me suis laissée surprendre par Hier encore, c’était l’été, j’attendais Danse, encore avec impatience. J’avais des attentes et la romancière a su y répondre. Un roman qui fait du bien.

La chronique de LaSardine et celle d’Antigone.

Danser, encore

Roman
Editeur : Mazarine
Auteur : Julie DE LESTRANGE
Dépôt légal : octobre 2017
268 pages, 16.50 euros, ISBN : 97882863744642

Kadogo (Chabbert & Alessandra)

Chabbert – Alessandra © Des Ronds dans l’O – 2017

Le jour de ses 11 ans, Gabriel assiste à la grande fête organisée pour lui. Son oncle est venu avec des amis à lui. Son oncle lui dit qu’il est un homme désormais. Gabriel sait qu’il est venu avec un cadeau. Est-ce que ce sera un ballon de foot tout neuf ? Car son oncle doit bien savoir qu’il adore jouer avec ses frères. Non, en guise de cadeau, son oncle lui offre une Kalachinkov rutilante. Gabriel a le temps de l’admirer, il passe une bonne partie de l’après-midi à jouer avec. Mais le soir, alors qu’il est fourbu et qu’il aspire à se glisser dans son lit, son oncle le conduit dehors, le fait monter dans une jeep. Gabriel est un homme maintenant et comme tout homme, il va devoir faire la guerre.

Au Congo, « kadogo » est le terme pour désigner un enfant-soldat. Ingrid Chabbert montre la violence que cela représente, pour ces enfants très jeunes, d’être arrachés de leurs foyers puis d’être jetés sur le front des conflits. Les aquarelles de Joël Alessandra sont toujours aussi sublimes, le même voyage graphique, dépaysement identique que lorsque j’avais lu – il y a de cela 7 ans – « Retour du Tchad » (Éditions La Boîte à bulles).

Ce n’est pas un grand livre, ce n’est pas une épreuve de force ni un récit coup de poing. C’est un album jeunesse assez succinct. Une vingtaine de pages suffisent à dire l’essentiel. A poser le sujet, à interpeller l’enfant qui lit cette histoire, bien conscient de la chance qu’il a de vivre dans un pays en paix, bien conscient qu’il y a deux pieds deux mesures entre ses jeux de guéguerre et la réalité d’enfants qui vivent dans des pays en plein conflit armé.

Un support intéressant et réflexif, qui n’oublie pourtant pas d’être ludique (il n’y a qu’à regarder la luminosité et la beauté de chaque planche).

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Nadège, Blandine.

Kadogo

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Joël ALESSANDRA
Scénariste : Ingrid CHABBERT
Dépôt légal : mars 2017
34 pages, 13.5 euros, ISBN : 978-2-37418-029-8

Bulles bulles bulles…

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Kadogo – Chabbert – Alessandra © Des Ronds dans l’O – 2017

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.