Manolis (Glykos & Antonin)

En 1922, Manolis a 7 ans lorsque les troupes turques entrent dans le village de sa grand-mère. Armés de sabres et de fusils, ils n’épargnent rien sur leur passage. En quelques heures, le village est laissé à l’état de ruine… les corps des habitants gisent par terre, certains sont à l’agonie tandis que d’autres sont passés de vie à trépas. Les hommes, pour la plupart, ont été égorgés. Les femmes ont été violées. Les survivants quant à eux sont rassemblés en troupeau tremblant sur la place central du village, la tête courbée en signe de soumission.

« A cause de la guerre et des hommes qui la font (…), un coin de rêve peut devenir en quelques instants un lieu de cauchemar. »

Jusque-là, Manolis ne connaissait les affres de la guerre que par le qu’en-dira-t-on, les messes basses des adultes et les jeux des enfants de son âge.

« S’il y avait la guerre, je la laisserais pousser… »

En l’espace d’à peine une demi-journée, l’enfance heureuse de Manolis n’est plus qu’un lointain souvenir.

Jusque-là, il s’épanouissait entre amour familial et traditions culturelles. Son cœur faisait de drôles de pirouettes à la vue de Nevra, son ventre se régalait des loukoums achetés au marché et les jours passaient à relever des défis d’enfants ou à aider à la maison.

Puis la guerre s’installa dans le quotidien sans avoir pris la peine de s’annoncer…

… laissant derrière elle son cortège de familles meurtries, endeuillées, éparpillées aux quatre vents.

Vint alors la nécessité de fuir pour se mettre en sécurité, échapper au conflit, au génocide. Migrer loin des troubles. S’exiler. Immigrer. Etre contraint de vivre dans un lieu impropre à la vie quotidienne. Vivre en communauté, par grappe… entassés dans des salles de classes qui ont été réquisitionnées pour contenir le flot d’étrangers. Se heurter à une nouvelle culture, une nouvelle langue. Devoir s’intégrer pour survivre. Mendier. Pleurer aussi pour décharger un peu de cette souffrance qui dévore le corps et l’esprit.

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l’armée turque de Mustafa Kémal écrase l’armée grecque, bien décidée à reconquérir son pays démantelé. « Manolis » est le récit poignant d’une guerre fratricide entre deux communautés (turque et grecque) qui cohabitaient jusque-là au quotidien. L’histoire de Manolis, c’est la conséquence de ces guerres balkaniques qui a aboutit à la « Grande Catastrophe » … ce chambardement fou qu’a subit l’Asie Mineure dans les années 1920.

Cet album est l’adaptation du roman d’Allain Glykos, « Manolis de Vourla » publié en 2005 aux éditions Quiquandquoi. Il met en lumière, à hauteur d’un enfant de 7 ans (le père d’Allain Gylkos), toute l’incompréhension que la population grecque a pu avoir à l’égard de la situation. Au cœur des terres, la population n’a pas su/n’a pas pu anticiper/imaginer la guerre avec le peuple turque. Et pour l’enfant narrateur, c’est l’incompréhension qui domine face à ces rancunes tenaces entre deux peuples qui vivaient jusqu’alors côte-à-côte.

Le propos est simple et sincère. La petite voix de l’enfant se met vite à nous raconter les faits. On l’entendrait presque se confier à notre oreille, dire sa peine, sa peur, sa naïveté. Raconter comment il a été balloté le long des routes de son pays… des routes qu’il se plaisait à prendre à dos d’âne et qui sont, en un battement de cil, devenues des prisons à ciel ouvert. Des mouroirs où les hommes tombent d’épuisement à force de marcher et de subir de mauvais traitements. Des routes jalonnées de corps que personne n’a pris le soin d’enterrer – faute de temps – et dont les mouches se délectent.

Le propos est parfois simpliste mais il suffit de se rappeler qu’il s’agit-là du témoignage d’un petit enfant de 7 ans pour chasser les désagréments des ellipses narratives. Le récit fait la part belle, malgré le contexte historique, à la poésie et à l’imaginaire puisque l’enfant n’hésite pas à s’échapper dans son monde pour apaiser sa peine. Il se réchauffe en faisant remonter quelques souvenirs à sa mémoire comme ces pentes dévalées dans une carriole de fortune en riant à gorge déployée, ces après-midis passés aux côtés de sa grand-mère ou l’histoire d’Ulysse qu’il n’avait de cesse de lire et de relire… Un récit fragile, à fleur de peau. La sensibilité est présente à chaque page, tout comme ce refus obstiné de plier sous le poids de la fatalité.

Le travail d’Antonin au dessin est d’une douceur incroyable. Le trait est fluide. Il campe à la fois les décors de cette Grèce de l’époque et les trognes expressives des personnages, nous permettant de ressentir beaucoup d’empathie pour chaque protagoniste… et cette envie folle de serrer le personnage principal dans nos bras pour le réconforter et le mettre à l’abri. Les illustrations sont tantôt sombres, tantôt elles dorent à la lumière du soleil, collant ainsi à l’état d’esprit du narrateur qui oscille constamment entre cette peur sourde qui l’oppresse et l’envahit… et l’insouciance de l’enfance qui le remplit après avoir entendu les paroles rassurantes de sa grand-mère avec qui il fait l’expérience de l’exode.

« Manolis » est l’histoire du père de l’auteur (scénariste). Elle raconte le courage d’un enfant désireux de retrouver ses parents, un enfant qui a besoin de l’amour des siens pour grandir, un enfant désireux d’apprendre à lire et à écrire, de faire des études…

« Je veux apprendre. Peut-être cela m’aidera-t-il à mieux comprendre ce qui nous est arrivé. »

Cette histoire de guerre et d’exode a un siècle. Elle est malheureusement toujours d’actualité… Hier les Juifs, les Grecs, les Arméniens… des drames qui se rejouent aujourd’hui inlassablement.

Manolis 
One shot
Editions Cambourakis
Scénariste : Allain GYLKOS
Dessinateur : ANTONIN
Dépôt légal : mai 2013, 192 pages, 20 euros
ISBN : 978-2-36624-040-5

La Croisade des Innocents (Cruchaudet)

Entrer dans un livre.
Reprendre doucement le goût de la lecture. Espérer retrouver également celui du partage.
Ne rien attendre d’autre que le plaisir d’écrire. Caresser l’espoir de donner l’envie à d’autres de se lancer dans ce moment sucré-salé écrit et dessiné par Chloé Cruchaudet (Groenland Manhattan, Mauvais Genre, La Poudre d’Escampette, Ida…).

Je m’appelle Colas et je ne suis pas bien grand. Mes guenilles sont bien ajustées et la faim a fait depuis longtemps son nid dans le creux de mon ventre. J’ai grandi dans une cahute qui nous protégeait à peine du froid. Je croupissais dans une enfance qui n’en était pas une, entre un père qui cherchait à me dresser et une mère qui ne savait pas me prendre dans ses bras. De temps en temps, une étincelle d’enfance venait me sortir de ce monde brut et miséreux… j’étais très vite rappelé à l’ordre. J’ai fugué. Mais après plusieurs jours, ne tenant plus, j’ai frappé à la première porte qui se présentait à moi. On m’a donné du travail. En échange, j’avais de quoi manger chaque jour. Et puis un jour, le Christ est apparu devant moi. Je l’ai vu comme je vous vois.
J’ai raconté mon histoire aux autres enfants. Mon ami Camille y a ajouté quelques menus détails. Cela nous a permis de trouver l’élan de partir. Nous étions désormais les élus de Dieu, des innocents choisis pour délivrer le tombeau de Jésus. Peu de temps après, on a pris la route en direction de Jérusalem.

« Notre seule arme sera la parole. Seulement des discours et des prières. »

Chloé Cruchaudet s’est inspirée des rares écrits qui existent sur ce fait historique du XIIIème siècle (il a eu lieu en 1212, entre la quatrième et la cinquième croisade). Ce récit peu connu relate la croisade improvisée d’une troupe d’enfants partis vers Jérusalem pour libérer le tombeau du Christ des Arabes. Au début de cette expédition, le groupe était famélique mais en chemin d’autres enfants s’y sont greffés. L’autrice s’en est nourrit pour écrire cette fiction.

Malgré leur morve au nez et leurs cheveux ébouriffés et malgré la crasse qui les recouvre de haut en bas, on emboîte très vite le pas de ces petits héros en culottes courtes. On sait bien que la tâche est démesurée, on sait bien qu’il y a peu de chances qu’ils en ressortent vivants mais pourquoi ne pas croire à leur rêve ? Pourquoi ne pas se laisser porter par l’espoir qui les anime ?

Et ça marche. La ferveur qui les porte nous fait croire en la réussite de leur quête. Qu’ont-ils à perdre dans ce combat ? Certainement pas la chaleur d’un foyer car ils n’y étaient pas dorlotés. Peut-être la promesse d’un avenir meilleur car ne s’offrait à eux qu’une vie miséreuse. C’est sans doute-là leur unique chance de vivre libres et de croire, quelque temps du moins, que la vie pourrait enfin leur sourire. Et tout cela donne à ce voyage en Terre sainte un aspect poétique.

Ce récit d’apprentissage est superbement illustré par Chloé Cruchaudet. Son ambiance graphique aux tons délavés nous plonge dans un univers moyenâgeux, pauvre et austère mais l’optimisme de ces enfants fait un superbe pied de nez à la violence de ce monde. Les personnages aux traits doux pour les uns, farouches pour les autres, sont expressifs à souhait. Les visages sont mangés par de grands yeux ronds comme des billes, de francs sourires ou des moues boudeuses… on ressent vite de l’empathie pour les jeunes personnages de l’histoire.

Au cœur de cet album bat une belle histoire d’amitié. Il est aussi questions de croyance, de convictions et d’espoir. Le voyage m’a beaucoup plu.

La Croisade des Innocents
Récit complet publié chez Soleil, Collection Noctambule.
Scénariste / Dessinatrice : Chloé CRUCHAUDET
Dépôt légal : octobre 2018, 176 pages, 19.99 euros
ISBN : 978-2-302-07127-8

Tomsk-7 (Zezelj)

Zezelj © Mosquito – 2014

Tomks-7, la ville-prison absente de toutes les cartes. Vladimir y a été conduit après avoir détruit toutes les horloges d’un port et tabassé le policier venu l’arrêté. Vladimir est à Tomks-7 pour une durée indéterminée. Chaque jour, il fait le pain pour les habitants de la ville… et chaque jour il rêve de s’envoler pour rejoindre la femme qu’il aime.

M., la ville esseulée au cœur des terres. Seul un fleuve la relie à la met mais en été, il est presque à sec. A M., des gens rêvent de grands espaces, de voyages. Et Simon, le vieux matelot, n’a pas perdu l’habitude de lire ses cartes maritimes. Il s’accroche à un fragile espoir de pouvoir de nouveau prendre le large et initie son petit-fils à ce savoir.

Dealer, marin, catcheur, prisonnier… tous ont ce point commun d’être planté là, dans la ville qui les voit vieillir et qui les use. La ville qui bouffe leurs illusions et leurs rêves d’enfants.

… des rêveurs…

Que l’on soit à Brooklyn ou ailleurs, on remarque en premier lieu l’austérité qui entoure chaque chose, chaque individu. Des bâtiments qui mordent le ciel, la nuit qui englouti tout et fait naître la peur, le brouillard qui camoufle les bruits et invite le marcheur à presser le pas.

Danijel Zezelj est un auteur que j’ai eu l’occasion de lire à plusieurs reprises. Son coup de pinceau nerveux, la matière  qui fait le sel de ses illustrations, le côté vivant des univers qu’il crée… je m’en régale. Les jeux d’ombre et de lumière créent une ambiance qui n’a nul autre pareil. Il a l’art d’installer une ambiance dès la première case et de nous faire sentir le danger, la peur. Il a l’art de dresser des villes sur le papier où crépitent le bois qu’on brule, où craquelle la feuille que l’on déplie, où bruisse le feuillage et grincent les portes.

Tomsk-7 est un recueil de huit nouvelles. A chaque fois, on change de lieu, de personnages. A priori, ils ne se connaissent pas. Au lecteur d’attraper le fil. Ici pourtant, on est moins à l’instinct que dans ses albums muets (Chaperon rouge, Industriel ou Babylone). Ici des héros ordinaires parlent, échangent, pensent. La voix-off et les phylactères nous guident mais on ne peut s’empêcher d’être à l’affût et surtout, surtout !, on scrute/on mate/on contemple ces planches magnifiques toutes de noir et blanc bruts.

Pour les yeux et l’ambiance !

Tomsk-7

One shot
Editeur : Mosquito
Dessinateur / Scénariste : Danijel ZEZELJ
Dépôt légal : novembre 2014
80 pages, 13 euros, ISBN : 978-2-35283-282-9

Bulles bulles bulles…

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Tomsk-7 – Zezelj © Mosquito – 2014

D’autres pépites à découvrir chez les bulleurs de la « BD de la semaine » :

Blandine :                                         Fanny :                                                     Caro :

Mylène :                                               Iluze :                                                   Karine :

Nathalie :                                       Gambadou :                                          Moka :

Blondin :                                             Noukette :                                       Stephie :

Saxaoul :                                              Jérôme :                                              Jacques :

Madame :                                         Sylvie :                                                  Alice :

Soukee :                                              Bouma :                                            Aurore :

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Florida (Dytar)

Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

Londres.
Dix ans après le massacre de la Saint-Barthélemy, Walter Raleigh sollicite Jacques Le Moyne, un ancien cartographe, pour qu’il témoigne de son expérience en Floride. Lorsqu’il était plus jeune, Jacques a fait partie d’une expédition française conduite par les commandants Jean Ribault et René Goulaine de Laudonnière. Le but était de fonder une nouvelle colonie en Amérique.
Jacques refuse et fuira longtemps les sollicitations qui lui sont faites de transmettre son témoignage. Sa femme, Eléonore, ne comprend pas l’attitude de son mari jusqu’au soir où, vingt ans après les faits, Jacques Le Moyne de Morgues s’ouvre enfin et lui fait le récit dans les moindres détails de ces deux années éprouvantes.

Un important travail de recherche a été mené par Jean Dytar pour parvenir à réaliser cet album ; plusieurs articles de son site en témoignent (comme ici par exemple).

Avant de se pencher sur l’épisode de l’expédition huguenote au « Nouveau Monde » la traversée de l’Atlantique et Jean Dytar s’intéresse en premier lieu au couple de Jacques Le Moyne. A sa femme tout d’abord ; elle se heurte à l’incompréhension, elle tente d’identifier la raison qui explique le silence de son homme. Pourquoi a-t-il toujours refusé de parler de son expérience en Floride ? Pourquoi, depuis son retour, refuse-t-il de réaliser des cartes topographiques ? Pourquoi passe-t-il son temps à dessiner minutieusement des fleurs (que les dames de la cour utiliseront pour faire leurs broderies) et refuse-t-il obstinément toutes autres formes de sollicitations professionnelles ?

Car c’est elle, Eléonore Le Moyne qui est notre guide dans cette histoire. C’est elle qui prend la parole le plus souvent. C’est elle qui tente de maintenir son homme à flots et qui se bat chaque jour pour qu’il retrouve la force de vivre, de se battre, de ne plus être un fantôme au sein de sa propre famille. Elle ne sait rien de ce qui s’est passé en Floride ; son époux a toujours refusé d’en parler. Elle sait juste qu’elle a réussi à la convaincre d’accepter de partir, arguant qu’une telle opportunité ne se présente qu’une fois dans une vie et qu’elle, en tant que femme, n’aura jamais une telle occasion.

Ecoute Jacques. Si tu n’y vas pas pour toi, vas-y pour moi ! Sois mes yeux et mes sens. (…) C’est peut-être dur à comprendre, mais… je veux rêver à travers toi. Pars ! Et à ton retour, épouse-moi ! Je promets de t’attendre et tu me raconteras ce qu’il y a de l’autre côté.

Elle ne sait que penser de l’expérience qu’a vécue son époux excepté, elle ne peut qu’imaginer le pire… elle ne peut que rêver à ces terres lointaines. Elle l’a vu partir inquiet à l’idée de cette expédition à laquelle il avait accepté de participer. Elle l’a vu revenir changé, amaigri et plus taciturne que jamais.

Jean Dytar nous explique, à l’aide des souvenirs d’Eléonore, les événements qui ont précédés ce grand voyage. Durant tout l’album, deux ambiances graphiques se relaient : des tons sépia pour le « présent » des personnages et de magnifiques aquarelles généreusement pourvues de bleus pastels et de verts d’eau pour le passé. Grâce à Eléonore, on commence à comprendre. L’auteur nous montre comment pendant des années, elle a tenté de faire parler son mari ; pour assouvir sa propre curiosité d’abord mais très vite, pour pouvoir lui venir en aide. Jean Dytar nous cuisine un peu car il faudra attendre avant que son personnage de Jacques Le Moyne de Morgues se mette à table. De la difficile traversée de l’Atlantique, des premiers pas balbutiants de l’expédition en Amérique et de la tournure prise ensuite par les événements, le lecteur finira par tout savoir. Je pourrais vous expliquer les temps forts du récit par le menu que je ne spoilerais rien, l’histoire de cette expédition (dont je ne connaissais rien avant de lire cet album) est écrite partout (dans les livres, sur la toile…).

Un album qui, assez logiquement je crois, m’a fait penser à Terra Australis. Que ce soit sur la forme ou sur le fond, la qualité est au rendez-vous.

Le rendez-vous hebdomadaire des bulleurs est à retrouver aujourd’hui chez Stephie.

Florida

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Jean DYTAR
Dépôt légal : mai 2018
264 pages, 29.95 euros, ISBN : 978-2-413-00978-8

Bulles bulles bulles…

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Florida – Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

Emma G. Wildford (Zidrou & Edith)

Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

Emma est une jeune artiste anglaise qui attend que son fiancé revienne. Cela fait maintenant plusieurs mois qu’il est parti pour une expédition en Finlande et qu’il ne donne plus de nouvelles. Emma se languit de son explorateur et n’ose avouer son inquiétude qui grandit.

Elle se rend régulièrement au Royal Geographical Society – un club d’anciens explorateurs qui traditionnellement n’accepte aucune femme en ses murs – et questionne les membres sur ce qu’il a pu advenir à la mission de son futur époux. Emma refuse même d’ouvrir la lettre que son fiancé lui a remise avant de partir.

Si j’ouvrais cette lettre, ce serait comme admettre qu’il lui est arrivé malheur.

Au bout d’un an, au réveil d’une nuit de cauchemars durant laquelle elle a vu son homme en train de mourir, Emma décide de mettre ses pas dans ceux de son fiancé et de partir à sa recherche. Elle est amoureuse et déterminée, rien ni personne ne semble être en mesure de la faire changer d’avis.

Pris dans son écrin aimanté, l’histoire d’Emma n’attend que son lecteur. Elle nous attend tapie à l’ombre d’un arbre centenaire, en banlieue londonienne, dans un jardin écrasé par la chaleur estivale. La personnalité de l’héroïne devient vite palpable. Zidrou place au cœur de son récit une femme-enfant à la fois imprévisible, lunaire, capricieuse, romantique et très pragmatique. Un mélange détonnant pour ce personnage qui n’a pas la langue dans sa poche et auquel on s’attache assez vite.

Le dessin d’Edith nous immerge instantanément dans l’Angleterre victorienne qui sert de décor à l’intrigue. Les robes et costumes d’époque, les pièces richement décorées, l’ambiance graphique sert le récit. Il n’y a rien de pesant dans ce quotidien, pas même l’attente du fiancé parti explorer des contrées lointaines. Emma semble incroyablement sage et patiente malgré son jeune âge. Emma est née dans une famille bourgeoise et a ce côté « enfant gâté » qui obtient tout ce qu’il souhaite. Elle est culotée, un peu effrontée, parfois cynique et comme une adolescente, elle tient assez peu compte de ce que pense son entourage. Ce voyage tombe donc à point nommé pour Emma qui a visiblement beaucoup à découvrir sur elle-même… et sur le monde qui l’entoure.

Une lecture qui se lit d’une traite. J’étais curieuse de connaître les événements qu’Emma allait traverser et j’ai eu beaucoup de plaisir à trouver à plusieurs moments de l’album les petites attentions des auteurs pour leurs lecteurs : une photo, un billet d’embarquement, une lettre…
« Emma G. Wildford » est un album très agréable, à lire pour avoir un instant de détente.

Emma G. Wildford

One shot
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur : EDITH
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2017
100 pages, 22.95 euros, ISBN : 978-2-302-06397-6

Bulles bulles bulles…

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Emma G. Wildford – Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

D’autres pépites à découvrir chez les bulleurs de la « BD de la semaine » :

Enna :                                                  Enna :                                                Madame :

Soukee :                                             Jérôme :                                             Stephie :

Blandine :                                          Jacques :                                          Nathalie :

Karine :                                                    Moka :                                                Amandine :

Brize :                                                  Sabine :                                            Noukette :

Antigone :                                           Iluze :                                                   Saxaoul :

Fanny :                                           Gambadou :                                           PatiVore :

Caro :                                              LaSardine :                                       Blondin :

Bouma :

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Le Tour de Belgique de Monsieur Iou

Monsieur Iou © Rue de l’Echiquier – 2018

Nom : Monsieur Iou
Nationalité : Belge
Habite à Bruxelles
Métier : Dessinateur
Hobby : le vélo

Partant du constat qu’il connait finalement assez mal son pays, Monsieur Iou décide d’enfourcher son vélo pour découvrir la Belgique.

Il ne s’agit pas d’un voyage en itinérance. Après chaque voyage, je rentre tranquillou à la maison et je repars quand j’en ai envie… ou pas.

Il part à la rencontre d’une quinzaine de destinations. Autant de visites qui vont lui permettre de dépasser l’image d’Epinal qu’il a de ces grandes villes belges.

– Mais mon petit, c’est pas très grand la Belgique. Ça va vite être réglé ton histoire.
– Mais Phil, le but n’est pas d’aller vite. Le but c’est les paysages, les rencontres, l’humain… pas la performance. Je veux participer au folklore, me mélanger aux gens.
– Tu veux te bourrer la gueule en gros…
Complètement. Mais pas du tout ! Y’a plein de choses à voir ! La jungle ardennaise, les cocotiers flamands, le Manhattan de Bruxelles, les Woodstocks de Wallonie, le folklore du carnaval. Tu l’auras compris, il ne s’agit pas vraiment d’un parcours sportif mais plutôt d’un plan biture d’un agenda culturel…

Enfourchant son vélo dès que l’occasion s’en présente, Monsieur Iou nous invite à sillonner les routes de Belgique. Se perdre, retrouver son chemin, suivre les sentiers au bord de l’eau, dévorer les pistes cyclables ou suivre le trajet d’une étape du Tour des Flandres, oublier l’appareil photo et avancer le nez en l’air en profitant de l’instant présent… faire une grande balade, seul ou avec un ami… Avec beaucoup d’humour, Monsieur Iou est parti à l’assaut de sa curiosité et de son envie de mieux connaître son pays. Il s’est armé d’un carnet et de quelques crayons pour croquer ses périples et il a choisi d’utiliser les couleurs du drapeau belge pour colorer son récit.

Intarissable sur tout ce qui a trait au vélo, Monsieur Iou propose ce qui pourrait s’apparenter à des petites « fiches techniques » sur l’univers du cyclisme comme celle pour bien choisir un vélo ou celle dédiée à l’équipement adéquat pour partir en vadrouille. De temps à autre, Eddy Merckx est de la partie ; l’auteur l’admire et adore imaginer qu’il discute avec son idole.

Ce voyage graphique n’est pas un guide touristique mais un carnet de balades. Il nous sensibilise à l’histoire de certains lieux, au folklore local ou à certaines spécialités gastronomiques locales et donne fichtrement envie de partir (re)découvrir le plat pays. Entre anecdotes et témoignage illustré, Monsieur Iou partage son engouement pour le cyclisme et nul besoin d’être un amateur pour trouver du plaisir à lire cet album.

Une lecture que je partage avec les bulleurs du mercredi. Aujourd’hui, « La BD de la semaine » s’est posée chez Stephie.

Le Tour de Belgique de Monsieur Iou

One shot
Editeur : Rue de l’Echiquier & Grand Braquet
Collection : Domaine Bande dessinée
Dessinateur / Scénariste : Monsieur IOU
Dépôt légal : mars 2018
128 pages, 16.90 euros, ISBN : 978-2-37425-099-1
L’ouvrage sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Le Tour de Belgique de Monsieur Iou – Monsieur Iou © Rue de l’Echiquier – 2018