1h25 (Forest)

1h25
Forest © La Cinquième couche – 2009

« N’importe quelle vie peut-elle faire une belle histoire ? J’ignore comment celle-ci sera reçue » dit l’auteur.

Judith Forest publie ses carnets qui ont été ses confidents du quotidien plusieurs années durant. L’occasion pour nous de faire sa connaissance alors qu’elle termine ses études aux Beaux-Arts. Le diplôme en poche, elle quittera Paris pour s’installer à Bruxelles, un pied à terre salvateur à une heure vingt cinq de la capitale française.

Visuellement, l’album de Judith Forest ne me plait pas et innove peu. Un album de 300 pages réalisé dans une bichromie monotone de blanc et de vert fade. Les crayonnés qu’elle présente sont souvent inachevés, présentant des visages où seuls les contours sont visibles… à nous d’imaginer jeux de regards, rides d’expression et autres détails. Cet effet de style ne me convainc pas le moins du monde. Les décors sont plus intéressants, mais ça ne suffit pas ! Quelques variations ponctuelles viennent s’immiscer pour proposer tantôt des petites caricatures maladroites et minimalistes, tantôt quelques esquisses réalisées au crayon gras. Ces dernières servent d’intercalaires aux différents chapitres. Présentées en pleines pages, elles sont en revanche assez prometteuses pour les albums à venir (sous réserve qu’il y en ait). Dans l’ensemble, je trouve le trait trop imprécis pour donner une réelle profondeur à la narration.

De plus, le récit est dépourvu de rythme. La jeune femme se regarde le nombril et en dehors de ce détail de son anatomie, il n’y a rien excepté de la procrastination et du sexe. Mon agacement et mon ennui sont allés grandissant à mesure que j’avançais dans la lecture. Il y a peu d’affects, l’auteur déroule le film de sa vie en spectatrice et joue d’une ambiguïté malsaine. Elle se met en scène et étale sa vie sans aucune pudeur. Un tête-à-tête entre l’auteure et l’auteure (la couverture est très bien trouvée), des confidences sans surprises puisqu’elle reviendra notamment sur son adolescence et son rapport aux drogues (douces et dures). Elle se pose les bonnes questions mais n’y apporte aucune réponse. On subit donc plus ou moins cet épais ouvrage, un long moment passé à la lire, à la regarder s’observer, à se mettre en scène et à s’écouter. Tout cela est bien pathétique ! D’autant qu’elle se dévalorise en permanence, affirmant qu’elle n’a pas de talent, ce qui apporte de la lourdeur à un récit déjà bien englué dans de nombreuses contradictions.

Pourquoi se lancer dans une aventure aussi hasardeuse que la publication de ses carnets ? Qu’a-t-elle a nous apprendre ?? Que retire-t-elle de la publication de son journal excepté de pouvoir dire : « je l’ai fait » !? Concrètement, que retire-t-elle de tout cela  sur le plan professionnel et sur le plan personnel ?? Je ressors de cette lecture avec toutes ces questions… et même plus encore. Son light-motiv – de publier ses carnets – n’est pour moi pas suffisant à donner une légitimité à cet album.

pictobofRécit et dessin, l’auteur laisse tout à l’état de chantier. Pour moi, cet album n’est pas abouti. Certaines réflexions sont formulées avec justesse, on aimerait s’en saisir si toutefois l’auteure nous en laissait le temps. Un récit sans surprise, une confidence stérile, une lecture banale et fade dont les souvenirs ont déjà commencé à s’estomper. 1h25 me laisse de marbre, mais les esquisses au crayon gras m’ont réellement mis l’eau à la bouche quant à la force que le dessin de Judith Forest peut avoir.

Interview de l’auteur sur Arte.

L’avis de Lo, Nicolas Ramirez, Les Inrocks.

Extraits :

« Je repense à mon cher prof d’art et je me demande si l’art me permet d’être davantage ou le contraire. Touriste de l’existence, est-ce que je ne me coupe pas de mes sensations comme une téléphage ou une droguée ? J’ai tendance à la compulsion. C’est un retrait, une fuite. Alors je me dis qu’il faut que j’arrête. Et si c’était bien quand même ? » (1h25).

« Voilà, j’ai été au bout de l’impudeur. J’arrête là l’exhibition de ma souffrance, de mon infamie. Je ne suis plus une victime. Avec ce carnet, je me reconstruis. En fait, je vous utilise. J’étale ma vie en place publique. C’est aussi une façon de me forcer à l’accepter moi-même. Il y a une fracture constante entre un être et son histoire, entre ses désirs et sa vie. Se mettre à nu peut mener aussi sûrement vers le début d’autre chose qu’à une auto-complaisance totale. Mais pourquoi publier ? S’agit-il d’exploiter, de façon mercantile, le voyeurisme des lecteurs ? Ou de me contraindre à assumer en ancrant collectivement et durablement mes propos ? Est-ce qu’on tourne des pages ? (1h25).

1 h 25

One Shot

Éditeur : La 5ème Couche

Dessinateur / Scénariste : Judith FOREST

Dépôt légal : novembre 2009

ISBN : 2-930356-68-5

Bulles bulles bulles…

Pour accéder aux visuels d’albums, je vous propose le lien de la bande annonce (dans lequel je reconnais peu la lecture que je viens de faire).

D’autres visuels sont accessibles sur la fiche album de l’éditeur que vous trouverez dans les références de l’ouvrage.

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13 commentaires sur « 1h25 (Forest) »

    1. j’avais lu un avis intéressant qui m’avait donné envie de me procurer l’album. J’ai hésité à rédiger cet avis à vrai dire : le ressenti que provoque cet album me semble être assez personnel.

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  1. Ouille ! La claque !
    Moi ça m’a plu, mais je comprends néanmois ton ressenti.
    J’ai trouvé, non pas forcément qu’il y ait un rythme, mais au moins une progression, elle se dévoile à elle-même et à nous pa rla même occasion. C’est vraiment l’album bien entamé que l’on s’aperçoit du malaise dans la relation à ses parents, et dans sa condition d’étudiante « en arts », car ils ne sont pas nombreux (ses) les dessinateurs à évoquer ça, or la filière artistique connaît un grand nombre d’étudiants dans le doute, voire dans langoisse, tiraillés entre la nécessité sociale de s’assurer un avenir « viable » et l’envie de tâtonner, de toucher à différnetes disciplines, de façon plus ou moins affirmée, et d’en retenir une, voire plus, par passion….
    L’imperfection du dessin, je l’ai parfois mal acceptée, mais parfois beaucoup aimée, ça rend ces carnets très humains, authentiques, comme ceux qu’une amie amatrice a pu me faire lire….

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    1. Sans ton avis, je n’aurais pas remarqué cet album et je t’avais senti en demi-teinte par rapport à lui. Au niveau graphique, il n’y a vraiment que ces pleines pages à la craie grasse que j’ai appréciées : il y a une âme, une profondeur… il y a quelque chose qui les rend captivantes. Le reste oui, je trouve ça juste moyen. Ça me rappelle trop d’autres ouvrages comme ceux de Maximilen Le Roy où le trait est un peu dans la même veine (peut être est-ce du à la bichromie que je fais le parallèle ?). Ça ne me parle pas.
      Ensuite, elle est trop prévisible cette jeune femme ^^ Je n’ai pas aimé la manière dont elle règle ses comptes avec sa mère en fin d’album. J’en aurais encore beaucoup à dire ^^ Je regrette juste d’être passée à côté de cette lecture

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  2. merci pour ton papier ! c’est une des seules critiques négatives que je lis sur le net. en fait cet album est un canular, l’auteur n’existe pas. ce sont les editeurs qui ont fait le bouquin (et on les vois dans le livre, au milieu des « amants » de Judith). je crois qu’à la base l’idée etait de critiquer ces albums autobiograpiques nombrilistes. mais aussi, on s’en doute, de se faire mousser ! bravo pour la performance, j’y ai cru, tout le monde y a cru !
    mais je suis d’accord avec toi, cette Judith est crédible mais tellement banale, et puis cette façon de plonger dans le pathos…. c’est enervant !

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    1. Bonjour et bienvenu.
      Je ne savais pas que c’était un canular. Mais cela ne change rien à mon ressenti de lecture : canular ou pas, c’est trop lisse. Une supposée parodie ? Mmh… 😆 l’auteure semble quand même bien en phase avec son héroïne ^^

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