L’Homme semence (Mandragore & Rouxel)

En 2006, une femme donne aux Editions Paroles un manuscrit dont elle a hérité. Le texte a été écrit en 1919 par l’une de ses ancêtres, Violette Ailhaud. Cette dernière avait laissé des consignes :

« Dans sa succession, il y avait une enveloppe qui ne pouvait pas être ouverte par le notaire avant l’été de 1952. Après ouverture, la consigne indiquait que son contenu, un manuscrit, devait être confié à l’aîné des descendants de Violette, de sexe féminin exclusivement, ayant entre 15 et 30 ans. Yveline, 24 ans alors, s’est retrouvée en possession du texte (…). »

En ouvrant l’enveloppe, l’héritière a découvert que la lettre de Violette contenait un lourd secret jusque-là enfoui au cœur d’un village provençal depuis 1852. A cette époque, la France est en ébullition. Louis-Napoléon Bonaparte a réussi son coup d’état début décembre 1851 et attend des Français qu’ils lui montrent son soutien. Un référendum est organisé fin décembre afin que ses citoyens se prononcent favorablement à la mise en place d’une nouvelle constitution. Dans les faits, les seuls bulletins mis à la disposition des électeurs étaient ceux qui se prononçaient en faveur du oui. Au village de Violette, les hommes décident de boycotter cette mascarade électorale. Cet acte de résistance est très mal accueilli par le pouvoir. La sanction ne se fait pas attendre. Début février 1852, les gendarmes du Nouvel Empire entrent dans ce village reculé et arrêtent tous les hommes en âge de voter.

« Je pleure ces bras perdus faits pour nous serrer et renverser les brebis lors de la tonte. Je pleure ces mains fauchées faites pour nous caresser et tenir la faux pendant des heures. »

Amputée de « la moitié de son humanité » , les femmes attendant le retour de leurs hommes. Jamais ils ne reviendront. A mesure que le temps passe, les femmes s’organisent et apprennent à s’occuper des travaux de la ferme. Une année passe. Deux années passent.

« Nos corps vides de femmes sans maris se sont mis à résonner d’une façon qui ne trompe pas. »

Les femmes se désolent de cette vie qui ne grandit plus dans leur hameau. Un soir, la souffrance est si forte qu’elles se font une promesse. Si un jour un homme venait à monter au village…

« Celle que l’homme touchera en premier aura la priorité. Elle s’occupera de lui. Les autres se tiendront à l’écart jusqu’à ce que la première en ait fait son homme. Alors celle-ci devra lui faire comprendre… » qu’en devenant l’homme de l’une d’entre elle, « tu as le devoir d’être également l’homme des autres, la semence du village. »

« L’Homme semence » est un témoignage troublant et fort. Dérangeant aussi. Il en sort un cri, celui de femmes qui ont décidé de regarder la vie, de tourner le dos à leurs fantômes et de croire en un lendemain meilleur.

Deux autrices ont choisi de le revisiter… et de l’adapter. L’objet est original car il propose deux portes d’entrées pour la lecture. Le lecteur peut choisir de commencer par l’adaptation du texte original réalisée Laëtitia Rouxel. On prend ainsi connaissance du témoignage brut de Violette Ailhaud, on mesure le traumatisme de ces femmes à qui on a arraché leurs compagnons. Sans aucune nouvelle de ces derniers, comment penser à l’avenir… comment panser la douleur ?

En retournant l’album, Mandragore quant à elle injecte par bribes des extraits du texte de Violette Ailhaud. L’autrice s’intéresse davantage au contexte historique dans lequel se joue ce drame humain. L’insurrection de 1851, le coup d’état de « Napoléon le petit » (pour reprendre le sobriquet dont l’a affublé Victor Hugo), le référendum truqué que l’Empereur a organisé pour légitimer sa violente prise de pouvoir, l’organisation de la résistance dans le Sud-est de la France… Mandragore relate également tous le travail de recherches engagé par les autrices et le séjour qu’elles ont consacré pour aller à la rencontre des lieux et des personnes qui les ont accompagnés dans ce projet artistique. Ce pan de l’album peut s’apparenter à un carnet de voyage, mêlant passé et présent, éléments historiques et propos plus personnels.

Les deux facettes se complètent et se répondent à merveille. La difficulté tient plus, pour le lecteur, de se positionner quant au récit avec lequel il va débuter sa lecture. Pour ma part, j’ai commencé par le travail de Laëtitia Rouxel.

J’ai appris que le texte de Violette Ailhaud avait également commencer à bien circuler parmi les lecteurs de France et d’ailleurs. Outre le texte du manuscrit publié en 2006, il existe plusieurs adaptations de ce témoignage que ce soit à l’écran, au théâtre, ou comme ici en bande-dessinée. Je vous invite aussi à consulter la page Wikipédia dédiée à « L’Homme semence » et qui semble bien documentée.

Le témoignage est touchant, un vrai coup de poing. A découvrir.

L’Homme semence
Récit complet
Editions de l’Œuf et les Editions Parole
Autrices : MANDRAGORE et Laëtitia ROUXEL
Dépôt légal : décembre 2017 (3ème édition), 152 pages, 26 euros
ISBN : 978-2-917141-57-1

Codine (Baujard & Géliot)

Baujard – Géliot © La Boîte à bulles – 2018

Adrien a 8 ans lorsqu’il emménage à la Comorofca – dans la ville de Braïla (Roumanie) – le quartier le plus pauvre de la ville et réputé pour sa dangerosité.

Mon enfant ! Nous voilà descendus un rang plus bas. Voici la Comorofca, le quartier le plus mal famé de la banlieue. J’économiserai 2 leï roumains par mois sur le loyer. 24 leï en un an, le prix d’un vêtement pour toi.

Bien qu’il soit impressionné par ce coin de la ville laissé presque à l’abandon, bien qu’il garde ses distances avec les gamins qui traînent dans la rue à toute heure de la journée, Adrien s’aventure dans son quartier. Il rencontre ainsi Codine, un ancien taulard incarcéré pour meurtre. Une amitié entre l’homme et l’enfant va les aider tous deux à (re)prendre confiance en l’humanité.

Une société pauvre, cynique…

Graphiquement, j’avais préféré le travail de Simon Géliot sur « Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che » où son dessin en noir et blanc vibrait davantage. Ici, l’apport de la couleur m’a semblé être là pour renforcer l’environnement cruel de ces gens pauvres. La couleur vient figer les expressions des individus et donner à leurs visages et attitudes corporelles un aspect cireux. Je n’apprécie pas particulièrement car j’ai eu l’impression parfois de manquer d’air malgré la quantité de planches où l’action se déroule en extérieur. Des teintes poussiéreuses et boueuses dominent alors que l’amitié entre l’homme et l’enfant est une vraie bouffée d’air pour eux comme pour nous.

Quand l’enfant apprend à grandir, l’adulte redécouvre qu’il peut encore être traité avec considération et respect. C’est évidemment autour de ce duo improbable que le scénario se construit. Le travail d’adaptation réalisé par Jacques Baujard nous permet d’investir complètement les personnages et de croire en cette amitié pourtant peu commune entre un homme d’âge mûr que la vie a malmené et un enfant plutôt naïf qui découvre la vie au travers de cette amitié. Outre le fait que la complicité qu’ils ont se moque de la différence d’âge qu’il y a entre eux, l’enfant y trouve aussi une figure paternelle à laquelle se raccrocher.

J’ai lu cet album avec curiosité car malgré les apparences, la fraicheur de cette histoire – où rien n’est cousu de fil blanc – attise l’intérêt qu’on porte aux deux personnages.

Codine

– d’après la nouvelle de Panaït Istrati –
One shot
Editeur : La Boîte à bulles
Collection : Hors Champ
Dessinateur : Simon GELIOT
Scénariste : Jacques BAUJARD
Dépôt légal : mai 2018
96 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-84953-308-6

Bulles bulles bulles…

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Codine – Baujard – Géliot © La Boîte à bulles – 2018

Claudine à l’école (Durbiano)

Durbiano © Gallimard – 2018

C’est la rentrée des classes.
Claudine retrouve avec plaisir ses amies Marie et Anaïs. Avec les épreuves du Brevet en fin d’année, les professeurs attendent que leurs élèves soient studieux. Mais Claudine s’ennuie à l’école. Passées les quelques facéties qu’elle peut faire aux uns et aux autres (surtout aux enseignants), Claudine s’intéresse vite à Mademoiselle Lanthenay, une jeune institutrice dont elle s’entiche… mais Claudine n’est pas la seule à succomber au charme de la jeune femme. Sans compter que la beauté de Claudine commence à faire tourner la tête de certains hommes d’âge mûr.

… Retrouver la fraîcheur et l’espièglerie du personnage de Colette.

Lorsqu’on ouvre l’album, on ressent immédiatement la bonne humeur et l’espièglerie de Claudine. Derrière son air insouciant et sa bouille d’ange, le personnage est délicieusement malicieux et déluré ; Lucie Durbiano ne cherche pas à dissimuler le plaisir qu’elle a eu à visiter cet univers et nous fait profiter du ton moqueur du récit. A lire cette adaptation, on a du mal à imaginer que le texte originel a plus d’un siècle. La franchise de Claudine fait mouche et j’aime cette façon de ne pas aller par quatre chemins pour rentrer dans le vif du sujet. Il est question d’adolescence bien sûr mais aussi de la découverte du sentiment amoureux que Claudine va expérimenter. Il est aussi question d’homosexualité, de jalousie, de séduction, de puberté, de désir, de pédophilie… et ça, à l’époque de Colette, on imagine à quel point cela a dû en décoiffer certain au moment de la publication du roman. Lorsque le roman de Colette est sorti en 1900, il venait tellement chambouler les idées préconçues, montrer au grand jour ce qu’on préférait taire qu’il a fait un véritable scandale. La plume libertine de Colette venait rudoyer les idées préconçues et la société puritaine du début du XXème siècle ; tout cela a fait jaser.

Tout en laissant Claudine sur le devant de la scène, Lucie Durbiano prend soin de laisser suffisamment de place aux personnages secondaires. Les personnalités (hautes en couleurs) de chacun s’expriment librement et on se régale des propos de ces adolescentes aux caractères bien trempés. Les adultes semblent savoir moins se maîtriser que les collégiennes ; ces dernières font de l’esprit et de bons jeux de mots… ce qui a tendance à émoustiller la libido de certains adultes, à commencer par le médecin du village qui lorgne d’un peu trop près ses jeunes patientes.

Le personnage principal est délicieusement déluré et c’est avec un réel plaisir que l’on enfreint les règles avec elle. Lucie Durbiano s’est parfaitement approprié l’univers. Son trait léger, parfois coquin, nous permet de ressentir toute la malice du personnage principal. Lucie Durbiano va-t-elle poursuivre les adaptations de Claudine ? Prochain rendez-vous sur « Claudine à Paris » ?

Claudine à l’école

– d’après l’œuvre de Colette –
One shot
Editeur : Gallimard
Collection : Fétiche
Dessinateur / Scénariste : Lucie DURBIANO
Dépôt légal : mars 2018
116 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-07-059976-9
L’album sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

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Claudine à l’école – Durbiano © Gallimard – 2018

Quatre sœurs, tome 4 (Ferdjoukh & Baur)

Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

Voici enfin (déjà !!?) le dernier opus de l’adaptation des romans éponymes de Malika Ferdjoukh.

Cette fois, c’est au tour de Geneviève – la seconde de la fratrie – de nous accueillir. Comme à l’accoutumée, elle s’occupe des tâches ménagères.

L’été pointe le bout de son nez et c’est l’agitation dans la maison des sœurs Verdelaine. Charlie continue à travailler d’arrache-pied pour assurer le quotidien et le paiement des factures mais elle se morfond, sa rupture avec Tancrède l’attriste et elle regrette aussi le couple qu’elle formait avec Basile. Geneviève a décroché un travail d’été à la plage, elle commence dans quelques jours. Bettina part camper trois semaines avec ses copines. Hortense part chez des cousins à Paris et Enid a réussi à faire partie du voyage.

La maison Vill’Hervé se dépeuple donc pour trois semaines, le temps pour Charlie et Geneviève de s’occuper un peu d’elles…

Un dernier tome tant attendu…

Cati Baur le souligne en postface, cela faisait neuf ans qu’elle travaillait sur cette adaptation des romans de Malika Ferdjoukh. On imagine aisément à quel point les cinq sœurs Verdelaine sont entrées dans sa vie et comme il peut être difficile de refermer cette aventure.

Cette tendresse folle pour ses personnages, on la ressent pleinement dans cet album. Peut-être cela tient-il au fait que nous savons que nous tenons en mains le dernier tome de la série ? En tout cas, l’envie est réelle de profiter de cet album sans retenue, à chaque page. Ne rien rater, savourer chaque réplique, chaque respiration de ces cinq jeunes filles dont deux sont déjà presque des femmes.

Le scénario est entraînant, gai et aucun impondérable ne saurait ternir ce plaisir à partager une petite heure en leur compagnie. Les bouilles radieuses des sœurs Verdelaine, leur sens de l’humour et de la répartie, leur capacité à retomber sur leurs pieds… tout cela crée le charme de la série. Et puis même quand elles se chamaillent, on entend déjà les rires à chaque étage de la Vill’Hervé.

Les couleurs de l’été accompagnent ce tome gouleyant où l’on suit avec une attention toute particulière la douce Geneviève. On rit, on espère que leurs envies se concrétiseront, on s’étonne de leur ingéniosité.

Je crois que j’aurais été capable de suivre cette série jeunesse pendant quelques tomes encore. Car s’il est question ici du quotidien de cinq jeunes filles, il n’y a rien de superficiel, rien de suranné. Le lecteur s’intéresse à ce qu’elles vivent, il s’immisce dans cette petite famille, s’amuse parfois de les voir tour à tour si prévisibles pourtant, depuis le premier tome, on les voit changer, mûrir et s’affirmer.

Très belle série jeunesse que je recommande. Une « série-doudou » qui diffuse de la bonne humeur. Dès le premier tome, l’adaptation de Cati Baur m’a donné envie de découvrir les quatre romans de Malika Ferdjoukh et cette impression n’a fait que se confirmer de tome en tome.

Les autres tomes de la série sont également sur le blog. Je vous invite également à lire l’avis de Madame sur ce tome 4.

Quatre sœurs

Tome 4 : Geneviève
Tétralogie terminée
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Cati BAUR
Adaptation : Cati BAUR
d’après le roman de Malika FERDJOUKH
Dépôt légal : janvier 2018
154 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-36981-132-9

Bulles bulles bulles…

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Quatre sœurs, tome 4 – Ferdjoukh – Baur © Rue de Sèvres – 2018

La Porte (Inoue)

Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Nonaka Sôsuke et O-Yone sont mariés. Ils louent une petite maison au pied d’une falaise, dans un quartier paisible de Tokyo. Les jours coulent paisiblement. Sôsuke les vit de façon nonchalante, partagé entre l’envie de faire et celle de se laisser aller à la mélancolie. Car quelque chose est maintenant brisé dans la vie de Sôsuke. Quelque chose qui s’est passé bien après la mort de ses parents, alors qu’il avait déjà rencontré O-Yone. Quelque chose qui s’est passé après qu’il ait appris que son oncle l’avait dépouillé de son héritage et que la maladie de O-Yone se soit déclarée.

Sôsuke et O-Yone partagent ce secret et le récit est là pour nous amener progressivement à le découvrir.

Daisuke Inoue m’a tout d’abord donné l’impression d’effleurer son sujet. Pourtant, en l’effeuillant de la sorte, il en extrait toute la subtilité et fait ressortir la délicatesse. Car rappelons qu’il adapte-là un roman japonais du début du XXème siècle et que ls mœurs de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui (déjà fort éloignées des mœurs européennes).

Ainsi, le roman éponyme de Natsume Sôseki revit sous le train fin et délicat de Daisuke Inoue. Ce dernier est ainsi passé de l’autre côté du bureau, d’assistant le voilà dorénavant assis dans le siège du mangaka.

Avec ce scénario, il prend le temps d’étudier son sujet. Les événements se déplient chronologiquement puis nous revenons en arrière et reprenons, tout aussi chronologiquement, le déroulement de l’histoire mais en y apportant quelques précisions et en s’arrêtant sur certaines périodes. Cet exercice, nous le ferons à deux reprises, nous concentrant chaque fois sur des époques différentes. Peu à peu, le puzzle prend forme et le secret se dévoile.

Daisuke Inoue nous force ainsi à contempler le sujet comme l’aurait fait Natsume Sôseki ; j’ai en mémoire « Oreiller d’herbes » [que je n’avais pas savouré à sa juste valeur à ma première lecture] où le personnage – un peintre – prenait le temps de regarder puis de saisir l’intérêt et la force d’un instant. Avec « La Porte » , Sôsuke est très vite placé dans le rôle du personnage principal, laissant son épouse légèrement en retrait. Il semble pourtant se faire le porte-parole du couple et livre peu à peu ce secret ; tous deux fléchissent sous son poids.

Sôsuke cherche donc, instinctivement, à faire face à leur culpabilité. Il remonte inlassablement ses souvenirs pour revenir à la source et le scénario suit un mouvement identique. Un cheminement individuel parfaitement mené que Daisuke Inoue accompagne d’un dessin vif et délicat.

Beau.

La Porte

– d’après le roman de Natsume Sôseki –
One shot
Editeur : Philippe Picquier
Collection : BD/Manga
Dessinateur / Scénariste : Daisuke INOUE
Traducteur : Patrick HONNORE
Dépôt légal : février 2018
224 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-8097-1275-9

Bulles bulles bulles…

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La Porte – Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Voyage au centre de la Terre (Berton)

Berton © La Pastèque – 2017

Je m’appelle Otto Lidenbrock. Si vous avez déjà lu le « Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne vous me connaissez. Vous savez que je suis un chercheur passionné et reconnu dans ma spécialité, que l’on me sollicite constamment pour mes connaissances en minéralogie et en géologie, que j’enseigne et que je suis également conservateur au musée de minéralogie de Hambourg.

Aujourd’hui est un grand jour. Avec Axel, mon neveu, nous sommes enfin parvenus à déchiffrer un vieux cryptogramme islandais sur lequel nous travaillions depuis un moment.

Je suis joie et excitation mêlées. Je me hâte pour boucler les derniers préparatifs car maintenant que nous savons par où nous pouvons entrer pour atteindre le centre de la terre.

Nous allons partir en Islande et plus précisément au Sneffels, un volcan qui s’est éteint il y a plus de 5 siècles. Selon le texte, l’un de ses cratères, le Yocul, est une voie qui permet de descendre dans les entrailles de la Terre. J’ai hâte ! D’autant que je suis certain que « si quelqu’un est parvenu à atteindre le centre de la Terre, nous y parviendrons aussi. »

Une fois arrivés sur le sol islandais, nous nous sommes affairés aux derniers préparatifs avant de prendre la route. Après dix jours d’ascension, nous sommes enfin parvenus à destination. A nos pieds, le cratère ouvrait la voie vers de nouvelles contrées souterraines.

Voyage au centre de la terre – Berton © La Pastèque – 2017

Pour tout dire, cela fait (bien trop) longtemps que j’ai lu ce roman de Jules Verne pour prétendre pouvoir faire une comparaison et juger de la fidélité de cette adaptation. J’ai pourtant l’impression que Matteo Berton est parvenu à en extraire la substance nécessaire, à aller à l’essentiel sans rien rater des conséquences que cela implique. Un mélange étonnant de ferveur et d’appréhension. Le scénariste s’étale rarement et semble même se contraindre à aller à l’essentiel, laissant le lecteur fasse à des planches qui décrivent parfaitement – tout en étant minimaliste – l’effort physique incroyable que les personnages réalisent pour mener à bien de projet fou d’atteindre le centre de la terre.

Dans un environnement hostile, privé de lumière naturelle, d’eau, de repères visuels, trois hommes ouvrent un chemin qu’aucune carte n’est capable de décrire… ce qu’aucun herbier n’est capable de contenir…

Une aventure humaine qui se passe à l’abri des regards, à des kilomètres sous terre. Matteo Berton choisit pour cela des couleurs sombres qui marquent silencieusement l’absence du soleil. La partition séquencée nous guide dans la progression de cette histoire et des découvertes qui lui sont inhérentes. Des pleines pages qui nous font marquer un temps d’arrêt au gaufrier qui invite notre œil à sauter de case en case pour que l’on reprenne la marche des explorateurs. J’ai bien aimé ce jeu graphique, cet hommage au talent d’un romancier visionnaire du 19ème siècle et dont les récits sont encore capables de nous émerveiller aujourd’hui.

Un voyage réussi. J’apprécie tout particulièrement la veine graphique utilisée par Matteo Berton quant au reste, voilà encore une adaptation qui sait donner envie de replonger dans le texte initial.

Voyage au centre de la Terre

– D’après l’œuvre de Jules Verne –
One shot
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Matteo BERTON
Traducteur : Véronique DASSAS
Dépôt légal : novembre 2017
110 pages, 21 euros, ISBN : 978-2-89777-021-1

Bulles bulles bulles…

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Voyage au centre de la terre – Berton © La Pastèque – 2017