Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

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Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Sixtine #3

Après moult péripéties, il était grand temps de vous parler de nouveau de Sixtine !

Je ne vous ai rien dit la concernant depuis bien trop longtemps et l’heure est venue de vous donner de ses nouvelles. Dans mon dernier article, vous aviez eu l’occasion de découvrir les grandes lignes de l’univers. Je vous avais alors proposé de consacrer un article à Sixtine afin que vous puissiez faire la connaissance de l’héroïne de la série. On va donc profiter de cet article pour entrer un peu plus loin dans les coulisses de ce projet et parler du travail de collaboration entre Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac.

Comment ce personnage a évolué dans les différents travaux, trouvé sa silhouette, une gestuelle qui lui est propre ? Comment ses traits de caractères se sont peu à peu imposés aux auteurs, comme une évidence ? Comment « Sixtine » a trouvé son rythme, le ton adéquat pour le récit… un crédo en quelque sorte qui rend l’univers original ?

Place au travail de création.

L’idée de cette série a germé dans l’esprit de Frédéric Maupomé après avoir vu une série de dessins réalisés par Cécile (je vous invite réellement à vous rafraîchir la mémoire en relisant l’article Sixtine #2), les éléments qui ont par la suite enrichit l’univers viennent d’autres référence. Il y eu cette envie de créer un personnage qui soit un mélange de Sophie et de Fido (fans de la série « Inspecteur Gadget », j’en appelle à vos souvenirs) ? Alors oui, Sixtine avait une personnalité qui se dessinait déjà lorsque le projet – entièrement écrit en dialogues – arrive sur la table à dessin d’Aude Soleilhac. En revanche, Frédéric n’a rien dit à Aude – excepté pour Sophie (l’amie de Sixtine) pour laquelle la consigne était que le personnage devait obligatoirement être une jeune fille caribéenne (élément qui devrait servir dans les tomes à venir) – concernant le physique des personnages. La dessinatrice a ainsi eu tout loisir d’inventer et de les construire en fonction de son propre ressenti.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Si la trame de l’histoire narrative était déjà construite, il restait cependant à trouver le bon compromis graphique pour installer certaines précisions (émotions ressenties par les personnages, trouver les bonnes expressions pour que, d’un coup d’œil, le lecteur comprenne qu’il est face à une scène comique ou qu’au contraire, il est à un moment crucial de l’histoire et que la suite de l’aventure va dépendre du dénouement d’une scène ou d’un choix fait par tel ou tel protagoniste…).

Sixtine est donc « née » une première fois dans l’imagination du scénariste et ses traits de caractères se sont précisés lorsqu’il a couché par écrit les premiers dialogues de cette fiction. L’illustratrice peut ensuite corroborer certaines orientations. En ayant une liberté de création totale, Aude Soleilhac a ainsi apporté les compléments nécessaires au travail du scénariste. De la silhouette de Sixtine à l’ambiance de cet univers en passant aussi par un choix d’appliquer telle ou telle structuration à ses planches, elle a eu une influence importance sur la dynamique de cette histoire, sur la vitesse de lecture qu’on va choisir, sur le moment où – inconsciemment – on va s’attendrir face à la réaction d’un personnage où sur le moment précis où on va sourire ou encore être en alerte face à un danger imminent. Son dessin, ses couleurs et la taille de ses vignettes sont nos antennes.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine va donc « naître » une seconde fois sous le crayon de l’illustratrice. Il s’agit pour elle d’organiser des idées, d’attraper son ressenti, de préciser une forme puis, crayon en main, d’assembler ces éléments et d’en faire un univers graphique cohérent. Frédéric en construit l’ossature et donne les premiers repères. Aude le complète, l’enrichit et y apporte des détails nouveaux qui lui donneront de la rondeur.

« (…) pour chacun des personnages, je suis allée puisée dans mes expériences d’adolescence, le côté geek de Martin, le côté bonne élève sérieuse de Sophie, ses rondeurs nouvelles dues à l’adolescence, et le côté androgyne de Sixtine, en dehors des cases de la société »

(propos d’Aude Soleilhac)

Créer un personnage, l’investir à tour de rôle, ne jamais cesser de l’enrichir et surtout, confronter des regards sur un univers et ses personnages… voilà autant d’atouts qui vont permettre aux auteurs de s’appuyer sur une réelle interaction, un échange régulier entre scénariste et dessinateur qui permet de construite progressivement un univers dans lequel le lecteur trouvera sa place. Une place qu’il aura envie de retrouver plus tard lors de la sortie des albums à venir.

Lorsque le scénario a commencé à prendre forme, Sixtine était avant tout définie par des traits de caractère : déterminée, franche, futée, casse-cou, cancre et sportive. Un personnage qui est entier, qui s’appuie sur de rares amitiés mais des amitiés réelles, fortes. Lorsque Aude s’en saisit et commence à explorer cet univers, premiers croquis, la silhouette de Sixtine apparaît, son look vestimentaire se précise, sa gestuelle s’affirme progressivement. Sixtine ressemble un peu à Vincent (« Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes… ») sur certains traits de caractères. Aude poursuit : élancée, l’adolescente sera aussi androgyne, « passe-partout » avec son look vestimentaire en dehors des canons de la mode.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine a donc été investie à deux reprises par deux auteurs qui tous l’ont perçue de manière aussi différente que complémentaire. C’est un univers qui leur échappe donc en partie puisque tout au long de ce travail de création, les échanges ont permis de préciser un point de vue ou l’importance d’un détail (tic d’expression, attitude corporelle, sens de la répartie…). Le résultat les surprend tous les deux, comme un univers où ils ont injecté une part d’eux-mêmes mais qui est indépendant. Il y a aussi cette envie commune aux deux auteurs de partager des valeurs communes (un certain regard sur la société). Le sujet de la tolérance et celui du respect de la différence seront présents en toile de fond dans cet univers.

Une complémentarité réelle dans le travail dont sort des personnages avec une âme, un charisme.

Le prochain article sera l’occasion de vous montrer les différentes étapes du processus de création de cet album à paraître (septembre 2017).

Pour aller plus loin :

Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 (Chamblain & Supiot)

Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Des couleurs qui nous sautent aux yeux. Chaleureuses. Lumineuses. Un paysage à perdre de vue. Et ce prénom qui se présente à nous : « Elizabeth ». Voilà la première planche de l’album, plus qu’une invitation à la lecture… une invitation au voyage. On arrive sur cette petite île, on va accoster sur le ponton sinueux y amarrer notre barque et courir à en perdre haleine vers l’endroit d’où provenait cette voix qui appelle. Non loin, un vaisseau trois mats du XVIIIème est lui aussi amarré. L’appel du large déjà très présent, une envie d’étancher cette soif d’aventure nous saisit.
Elizabeth. Fille du gouverneur qui tente par tous les moyens d’égayer le quotidien morose de la grande demeure dans laquelle elle vit. Seule enfant, elle passe ses journées sous la surveillance d’une nurse à qui elle en fait voir de toutes les couleurs. Reine de l’évasion, Lili a plus d’un tour dans son sac et toujours mille idées qui lui passent par la tête. Un jour, alors qu’elle est punie et consignée dans sa chambre, elle fugue par la fenêtre et court rejoindre Mouche, son ami colibri. La première chose qu’ils s’empressent de faire, c’est de revêtir leurs costumes de pirates. Ils deviennent ainsi les inséparables Lili Crochette et Monsieur Mouche. C’est le début d’une aventure où la fillette va rencontrer de vrais pirates.

Petite fille espiègle qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle porte l’histoire avec entrain et embarque pour une épopée pleine de rebondissements. Les couleurs renforcent le côté ludique de du récit et même si Lili se retrouve en de fâcheuses postures, Joris Chamblain la sort avec humour et sans aucune difficulté des pétrins dans lesquels elle se met et s’extrait avec aisance. Rien à voir avec sa précédente série « Enola » qui pourtant fait la part belle à l’imaginaire… Ici, je n’ai pas mâché mon plaisir à découvrir cette fillette vive, inventive, maline et spontanée.

Les dessins d’Olivier Supiot (« Le cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art« , « Pieter et le Lokken« , « Tatoo« ,…) ont plein de pep’s et le petit lecteur peut facilement faire abstraction des phylactères s’il le souhaite, ça ne le privera pas de profiter de cette épopée amusante. Les couleurs sont toniques et les expressions des personnages ne laissent planer aucun doute sur l’état d’esprit dans lequel ils sont.

Une petite série jeunesse craquante que je vous invite à faire découvrir à vos charmantes têtes blondes.

Indication de l’éditeur : à partir de 5 ans.

Lili Crochette et Monsieur Mouche

Tome 1 : Le Fléau du bord de l’eau
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Olivier SUPIOT
Scénariste : Joris CHAMBLAIN
Dépôt légal : mars 2017
32 pages, 10,70 euros, ISBN : 979-10-92111-49-1

Bulles bulles bulles…

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Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 – Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Madame, tome 2 (Peña)

Peña © La Boîte à bulles – 2016
Peña © La Boîte à bulles – 2016

Pour vos oreilles pendant la lecture

carrejaune[Le petit carré jaune]

Entre moi et Madame tout a commencé comme ça

Madame – L’année du chat – Peña © La Boîte à bulles – 2015
Madame – L’année du chat – Peña © La Boîte à bulles – 2015

Illico presto je me suis senti concerné moi Mitsumi surnommé Mitsou par ma maitresse car crête en l’air dès mon plus jeune âge qui me donnait un air samouraï, zen, éclairé.
Je partis donc de mon pas félin et de ma queue dodelinante à la conquête de ma dulcinée. Je comptais sur cette journée pluvieuse pour déclamée ma « flamme » et convaincre Madame que j’étais son Monsieur, son miaou de la situation, le félin des encriers, le ronronneur réveil-matin.
Je savais que cela ne serait pas facile car Madame et ses crocs à sabre (dixit l’encyclopédie trouvée par Nancy Peña) était mutine, câline certes mais véritablement mutine. Une petite diablesse. Mais voilà je voulais assurer. Donc je me fis beau. Douche pour commencer et petit passage croquettes boulettes pour ne pas tomber en pamoison inanimé devant ma belle.
De l’autre côté de l’ordinateur, Mo’ du Bar à BD (vous suivez ?) m’attendait pour qu’on puisse présenter ensemble « Madame » de Nancy Peña (vous savez la Nancy Peña du « Chat du kimono », ma Nancy quoi)…
Petit passage litière et je fus prêt à me laisser aller à cette rencontre miaulesque. A vos chafouins, j’étais prêt !

Mo' l'Admin[Mo’]

Ôh combien j’attendais cet instant, moi, Mo’, de mon côté de l’écran ! Car la perspective de ce félin rendez-vous a commencé à se profiler cette année, dans les allées du festival d’Angoulême où mon petit carré jaune et moi-même explorions les stands pour dénicher des pépites susceptibles de nous réchauffer. C’est ainsi que, par le plus grand des hasards (hu hu), nos pas nous conduisirent vers nos amis de la Boîte à bulles où Ôh merveille !, « Madame » nous attendait. Regards complices, clins d’œil… j’ai vite compris en voyant la mine de Sabine qu’un plan diabolique était en train de s’échafauder ! Certes [et à mon grand étonnement], elle n’avait pas pris le temps de lire les albums bien qu’elle suivait avec intérêt le blog du chat Madame. De mon côté – bien évidemment – je fis la maline car Madame voyez-vous, avait déjà mis ses poils sur le comptoir du Bar à BD ; c’était en février 2016 et bien le ménage soit fait régulièrement… j’en retrouve encore !
Madame était un petit chaton à l’époque mais on voyait déjà bien le potentiel d’espièglerie de l’énergumène. Pire même… Madame fait de l’esprit !!! Mais impossible de ne pas craquer pour le minois de Madame, ses grands yeux ronds, ses pattons maladroits et le bon sens dont elle fait preuve… du moins, à hauteur de chat.

Alors quand Sabine fit sa mine,
Et que l’air de rien elle acheta
En un éclair
Les deux tomes de « Madame »

L’affaire était dans le sac.
Je savais que ni une ni deux, elle allait présenter Madame à Monsieur,
Et de cette rencontre-là,
Advienne que pourra !

Et puis, j’allais être de la partie !
Le plan diabolique était en place. Nous mijotions secrètement de faire une lecture commune.
Et le jour J… le petit carré jaune qui a plus d’un tour dans son escarcelle, dévoila un plan plus machiavélique encore… nous allions réaliser une chronique à quatre mains ! … et quatre pattes !
Si !

carrejauneVu le temps de chien, cela ne pouvait qu’être un grand rendez-vous. Car oui, il pleuvait comme euh… « vache qui puisse » (j’te jure il y a des expressions des fois). Nous ouvrîmes donc ensemble et au même moment la première page, celle de garde et là…. j’étais moi Mitsou 1er, Chat de gouttière poil écailles de tortue blanc et à crête…, foutu ! Madame avait grandi. Madame avait mûri. Elle avait compris la loi de la gravité !!

Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016
Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016

Mo' l'AdminTout à fait !
Nous voilà donc à lire en même temps le second tome de « Madame », à deux endroits la terre différents. Nous n’aurions pas pu choisir un meilleur jour : aucune contrainte horaire et dehors, la pluie. Et comme le dit Sabine en lisant le titre, « Tu as vu, ça tombe bien, il fait vraiment un temps de chien ». Toutes les conditions sont donc réunies. En avant la lecture…
Madame si coquine, Madame si maline prétend donc, pour débuter cet album en beauté, avoir acquis en sagesse… en maturité. De ses premières expériences avec l’encre de Chine de sa maîtresse, elle a tiré des leçons. C’est vrai… la fade et naïve expérience de pousser un pot d’encre de Chine du bout de la patte n’était pas une bonne idée. En revanche… du haut d’une chaise… alors que face à soi une tour temporaire en haut de laquelle trône une règle… toute prête à envoyer voler l’encre aux quatre coins de la pièce… voilà une démarche bien plus raisonnée. Qu’en pense Monsieur ?

carrejauneMiaouwww !
Moi Mitsou premier je me poilais, c’est à dire que je me léchais déjà les babines aux rigolades à venir et regardais de mon coussin, la palette de possibilités à venir. Mais à peine avais-je tourné la page qu’un miaou dévastateur fit son apparition sur mes babines velues. Ciel Madame avait trouvé son apollon, son cuisto de rêve ! Cela était donc fini avant de commencer ? « Cruel échec pour l’évolution. » 
J’en perdais mon latin, ma bouteille de lait et mon verre d’eau. D’un coup de patte avant droite, je réclamais ma part du lot ! Je tentais le tout pour le tout et me projetais dans le rôle du chat zen, maitre bouddhiste que Madame recherchait. Car non seulement Madame philosophait, mais Madame bouddhait aussi. Et cela je le sais, Moi Mitsou chat de gouttière maitre zen, j’étais apte à lui enseigner les voies de la sagesse, de la maturité.

Mo' l'AdminEt moi, de ce côté de l’écran, je trouvais là Madame bien cruelle de faire vivre à Mitsou sa première déception sentimentale. Pour le reste, je comptais bien sur l’imagination débordante de Madame pour faire le contrepoids (espérant secrètement que Monsieur Mitsou prenne de-ci de-là quelques idées pour égayer le quotidien de sa maîtresse). Car oui, on voit bien que l’esprit de Madame suit sa propre logique qui lui est vraiment très… personnelle… Madame s’affirme, très sûre d’elle ! Elle explore le monde, expérimente, teste aussi bien la résistance à l’eau, à l’air… que la patience de Nancy.
J’aime bien ce petit monde à hauteur de chat. Puis je trouve que l’auteure a fait un bon choix de n’utiliser que trois teintes pour donner vie aux prouesses de son félidé. Vert, blanc et noir suffisent amplement pour ces anecdotes du quotidien. Le dessin est libre, dépourvu de cases. Du coup, le chat sautille et se déplace en toute liberté sur les pages de l’album. Entre deux dessins, on fait parfaitement la jonction ! Et puis, nos commentaires en off remplissent allègrement ce que les strips ne disent pas ! N’es-tu point d’accord toi ? Allo ? « Soyouz à Baïkonour ! » ??? Je crois que je suis sur la même longueur d’ondes que Madame ! Petit Carré Jaune ? Me recevez-vous ?

Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016
Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016

carrejauneTe reçoit 5/5 !
Car oui Nancy jouait admirablement bien sur la feuille. Madame nous ensorcelait, disposait au gré des pages, ces pattes velues et son minois tigré. Sa philosophie était telle que l’on se mettait nous aussi à méditer sur cette pluie qui tombait, ce froid qui nous obligeait à remettre des chaussettes sur nos pieds si dénudés et cet apocalypse soudaine. Lorsque dans notre dos, un bruit jaillit. Boum. Chute de chat ! De son trait fin, gracieux, minimaliste, Nancy Peña venait de me tuer une nouvelle fois. Moi Mitsou 1er, je découvrais que Madame n’aimait plus son cuisto. D’un génial coup de bulles, elle achevait cette histoire…

« J’vais te masser à la chinoise » – « J’vais te repulper la face »

Un dialogue qu’Audiard aurait adoré. J’en mets ma moustache à raser !! Que pensait de son côté Mo’… ? Etait-elle, elle aussi, au bord du rire ? Avait-elle des envies de comprendre le pouvoir des chats, de Madame, le graphisme de Nancy, cette force qu’elle a de construire un gag en 3 ou 4 dessins avec peu de couleurs, une palette de verts et noir, une délicatesse dans le crayonné ? Je me surprenais (telle Madame) à moi aussi, scruter les détails, le dessin, les ombres portées, les cheveux et vêtements portés. Le moindre trait devenait important, gracile, furtif.

Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016
Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016

Mo' l'AdminOui je savoure. Totalement. Et je t’imagine aussi en train de te bidonner de ton côté de l’écran. Après… je crois que j’ai pris quelques planches d’avance alors, je vais me pencher sur notre écrit à quatre mains (et quatre pattes s’il vous plaît) pour te laisser rattraper ton retard (non mais tu lis lentement en fait). Ah, dis tu as vu, il y a un clin d’œil au Chat botté !! Ça aussi ça vaut le détour… parce que Nancy Peña avait revisité ce conte et je t’assure, « Les nouvelles aventures du Chat botté » méritent le coup d’œil !
J’aime bien cet esprit taquin. Franchement, on philosophe un peu, on ne se prend pas au sérieux, on se laisse surprendre aussi ! Non mais, as-tu déjà vu un chat qui écrit son nom ??? Et puis qui le décortique ! M.A.D.A.M.E…. je me demande bien ce que peuvent signifier les initiales de Mitsou…

carrejauneJe poursuivais ma lecture et plus je rentrais dans ces strips plus mes babines se retroussaient de plaisir. J’en émettais des petits piaillements jouissifs. Je me retrouvais dans les gags… Ce Tancarville, cet exploration d’une pile de vêtements, c’était Moi. Décidément Madame, vous me connaissiez bien. Vous saviez explorer, vous et votre fidèle Nancy, les moindres recoins de nos vies félines. Rien ne vous échappait. Nos initiales s’entremiaoutaient. Je n’avais certes, pas de D dans mon nom mais moi aussi ma gamelle était à demi vide et je l’appelais à se remplir.

« C’est fou la difficulté qu’elle a à assimiler des vocables qu’elle ne connait pas »

Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016
Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016

Bref je tournais les pattes, euh les pages, me pourléchais les mains, me frottais le minois au coin de chaque feuille. Nancy me touchait, Nancy m’envoutait. Son crayonné, ses gags étaient parfaits. Juste ce qu’il fallait. Ni trop peu, ni trop pas assez. Le bon dosage. Le fin limier.

Mo' l'AdminOui, parfaite lecture ! Tout de même, ça m’épate. J’ai lu l’album d’une traite ! Pourtant, vu qu’il est composé de nombreuses saynètes, c’est tout de même un ouvrage avec lequel on peut s’accorder quelques pauses, le temps de boire un thé voire de répondre à un commentaire sur Facebook ?? Mais là, non. J’en enchaîné la lecture de ces petites histoires comme si j’allais perdre le fil en interrompant la lecture. Que nenni ! Et puis il est solide ce fil. Il est amusant aussi, aucune difficulté à imaginer un chat faire ces roublardises. Des fous-rires aussi, en deux temps souvent : le premier à la lecture, le second après avoir lu ton commentaire. Bien aimé. Très bon moment. On refera ?

carrejauneTu m’étonnes qu’on refera… parce que Madame quand même c’est une sacrée bulle de joie, de bon, de tendre, d’envoutant et de tremblements de côtes à avoir. C’est inventif sans être lourd, spirituel sans être plombant, philosophique sans être intello. C’est juste ce qu’il faut. Et puis l’apparition à la fin d’un nouvel être dans la vie de Nancy laisse présager à Madame d’autres péripéties.
Bref Madame et moi, Mitsou, Chat 1er qui fait ces griffes, c’est pour la vie. Et penser à relire « Le chat du Kimono » et sa suie, retrouver l’univers envoutant, japonisant et décapant de Nancy Peña.

PictoOKJolie lecture commune en tout cas ! Et si vous commentez ici, il faut aussi commenter chez la Dame du Petit Carré Jaune ! Pour vous faciliter la tâche, voici le lien de son article.

la-bd-de-la-semaine-150x150C’est aussi mercredi, le jour-dit de la « BD de la semaine ». Le rendez-vous est donné aujourd’hui chez Noukette ! Je suis certaine qu’il y a des pépites à dégoter chez les lecteurs.

Madame

Tome 2 : Un temps de chien
Série en cours
Editeur : La Boîte à bulles
Collection : Contre-Pied
Dessinateur / Scénariste : Nancy PEÑA
Dépôt légal : novembre 2016
80 pages, 13 euros, ISBN : 978-2-84953-274-4

Bulles bulles bulles…

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Madame, tome 2 : Un temps de chien – Peña © La Boîte à bulles – 2016

Père et Fils (Ulf K. & Lizano)

Père et fils – Ulf K. – Lizano © La Gouttière – 2017
Père et fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

« Une promenade au parc. Une partie de pêche. Un jeu de société. Avec un brin de magie et de complicité, il suffit d’un rien pour transformer le quotidien d’un père et son fils !
« Père et Fils », une bande dessinée muette, entre humour et tendresse, dans laquelle on suit les jeux et les instants de vie d’un père et son fils. Chaque planche propose une aventure, une saynète qui donne le sourire ! Cet ouvrage est un hommage au travail de Erich Ohser, qui a créé la série jeunesse allemande « Vater und Sohn » dans les années 30, une façon de revisiter cette série en l’ancrant dans notre monde contemporain. » (présentation de l’univers sur le site de l’éditeur).

Un album jeunesse dans lequel on est entré à pas feutrés. Sur la première de couverture, un dessin rond, net, mettant en avant des personnages joviaux, visiblement complices. Un père et son fils pris dans leur histoire imaginaire. Des rêveurs lunaires qui sont capable de faire abstraction du monde qui les entoure.

Les couleurs sont peu engageantes et cette couverture, je la trouve même assez austère. Il y a quelque chose de moderne dans le dessin de Ulf K. mais le cachet bleu-blanc-rouge-noir dénote. A l’intérieur de l’album, l’ambiance graphique me parle aussi peu. Le bleu nuit a disparu, laissant toute la place à une atmosphère piquante, tonique… peut-être un peu trop. Les saynètes racontent des petites tranches de vie dont on peut facilement en comprendre la morale.

Marc Lizano extrait la substance de ces instants qui font souvent écho avec notre propre expérience. Au scénario de cet album, Marc Lizano revisite l’univers créé par son compatriote Erich Ohser il y a près de 80 ans. Marc Lizano met les historiettes au gout du jour en y intégrant notamment télévision et console de jeux. Il montre de manière amusée les contradictions d’un père qui élève seul son fils. Les rôles sont inversés ou du moins, pas distribués de façon très tranchée. L’enfant se montre souvent plus mature et réfléchi que son père. Ce dernier, un brin colérique, mauvais perdant et un tantinet de mauvaise foi, nous touche tant il est spontané. L’homme laisse libre court à toute une part d’enfance qui est encore très vivace. Une figure parentale qui toutefois donne un cadre éducatif à son garçon, lui transmet ses valeurs et une certaine conception de la vie sans l’empêcher de faire ses propres expériences.

Un univers plein de tendresse qui fait la part belle à l’amour réciproque d’un père et de son fils. Un humour absurde, dommage que certains gags soient tout de même un peu hermétiques. Un petit côté poétique se dégage de ces scènes. Agréable moment de lecture. Je reste un peu sur ma faim mais mes petits lecteurs ont réellement savouré cet album.

La chronique de Sabine.

Père et Fils

– Vater und Sohn – Les Saisons –
One Shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Ulf K.
Scénariste : Marc LIZANO
Dépôt légal : février 2017
64 pages, 13,70 euros, ISBN : 979-10-92111-48-4

Bulles bulles bulles…

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Père et Fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

Azadah (Goldstyn)

Goldstyn © La Pastèque – 2016
Goldstyn © La Pastèque – 2016

Azadah est une fillette afghane.

La vie a mis sur son chemin Anja, une journaliste occidentale avec qui elle s’est beaucoup attachée. Et les sentiments sont réciproques. Mais le reportage d’Anja est terminé et elle doit repartir. Affectée à l’idée de ne plus revoir son amie, Azadah tente de la retenir.

Un album jeunesse pour parler de la guerre et du quotidien de millions de gens, d’enfants. Azadah voit son avenir tout tracé, l’impossibilité d’aller à l’école puisque celle-ci a été détruite,

Et puis ce décor. Les animaux faméliques qui font les poubelles, les femmes en burqa qui vendent des fruits, les hommes qui jouent aux échecs dans la rue avec une kalachnikov en bandoulière, la pauvreté…

Mais le dessin de Jacques Goldstyn est libre, lumineux. La fillette court si vite pour rejoindre son amie qu’on a l’impression qu’elle vole au-dessus du décor qu’elle traverse. La fillette est si pleine de rêves pour son avenir qu’elle nous transporte. Elle aspire à la liberté, à la culture, à l’éducation. Des ambitions d’une enfant de son âge qui bousculent son quotidien. Un joli coup de crayon, un coup de pinceau pour poser les couleurs à l’aquarelle, une enfant vive qui donne du pep’s à cette scène d’adieu entre deux amies que deux générations séparent. Une promesse de retour, l’espoir d’un avenir moins sombre…

PictoOKA faire lire aux enfants sans aucune modération.

Azadah

Album jeunesse
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Jacques GOLDSTYN
Dépôt légal : octobre 2016
56 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-923-841-96-0

Bulles bulles bulles…

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Azadah – Goldstyn © La Pastèque – 2016

Andrée A. Michaud- Bondrée

 

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Bondrée – Michaud © Rivages – 2016

« A l’été 67, une jeune fille disparait dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée. »

Un roman noir, un programme alléchant, une histoire de tueur et d’une mystérieuse légende, de l’angoisse et de la psychologie, la mention un peu folle de Twin Peaks, une écriture toutafé raffinée, voilà ce que tout ce me promettait la quatrième de couverture…

Et puis, les premiers mots. Une écriture serrée, ne laissant que peu de place à une respiration… Et puis, les langues mélangées : du français, des mots d’anglais et du canadien si si ! Et puis, des histoires mêlées. Des personnages, du Je, du Elle, du Lui…. Jusqu’à me donner le tournis. Me faire perdre l’envie.

Dépitée, je l’ai laissé de côté, ce polar-là, erf, pas le courage de l’affronter. C’était décidé, il n’était pas fait pour moi ! Mais la « pression » de ce Grand Prix des Lectrices de ELLE a fait son œuvre.  La curiosité aussi : comment ce polar-là a-t-il pu passer la sélection, sapristi ?! C’était à ne rien ni comprendre. Alors, samedi dernier, dans un moment d’accalmie dans ma folle vie, me revoilà repartie à l’assaut de ce livre mystérieux et un brin déconcertant….

Et puis… lentement, avec un air de ne pas y toucher, la magie a opéré ! C’est que Bondrée se mérite. Il faut lui accorder du temps. Infiniment. Ou plutôt, prendre son temps pour s’enfoncer dans les bois sauvages de Bondrée, au petit gout d’un été 67… Et puis, vous dire que j’ai fini par aimer. Incroyablement ! Tellement, que je n’ai pu le lâcher. Ne faire rien d’autre que me perdre dans les méandres de ce polar canadien. Pour savoir, qui, mais qui, était le tueur : un fantôme, ce Pierre Landry, pourtant mort depuis des années ? Ou alors, un trappeur parfaitement inconnu ? Un père de famille auquel je m’étais si fort attachée ? Mais qui ??? Jusqu’aux dernières lignes, je vous promets que vous allez sacrément vous creuser les méninges !

C‘est donc un polar envoutant à la langue belle, ou plutôt à la lisière des langues, à la lisière des mondes… Un récit incroyablement maitrisé qui vous entrainera dans des contrées inconnues et pourtant pas si lointaines (grâce notamment à la petite fille, le JE de ce livre, Audrée Duchamp, dont les pertinentes réflexions feront sacrément écho, je vous le garantis !).

A lire absolument pour une surprenante expérience de lecture qui vaut vraiment qu’on s’y attarde et qu’on prenne le temps !

 

Premiers mots

« Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux Etats-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond et une montagne [..] C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison ne l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui allait transformer son paradis en enfer se mette en branle. »

 

Extrait

On n’avait donc pas été surpris d’apprendre ce qui leur était arrivé. Ces filles l’avaient cherché, voilà ce que la plupart des gens ne pouvaient s’empêcher de penser, et ces pensées soulevaient en eux une espèce de repentir gluant qui leur donner envie de se battre à coups de poing, de se gifler jusqu’au sang, car ces filles étaient mortes, bon Dieu, dead, for Christ’s sake, et personne, pas plus elles que les autres, ne méritait la fin qu’on leur avait réservée. Il avait fallu ce malheur pour qu’on songe à ces filles autrement qu’à des intrigantes, pour qu’on comprenne que leur attitude ne cachait rien qu’un vide immense où chacun se jetait bêtement, ne voyant que la peau bronzée couvrant le vide. »

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Andrée A. Michaud, Bondrée, Rivages, 2016.