Sixtine, tome 3 (Maupomé & Soleilhac)

Maupomé – Soleilhac © Editions de La Gouttière – 2020

Sixtine est orpheline. Adolescente intrépide, elle a grandi sous le regard aimant de de sa mère. Toutes deux vivent modestement. Au décès de son père, les grands-parents paternels de Sixtine ont définitivement tourné le dos à leur belle-fille. D’ailleurs, ils n’avaient jamais accepté que leur fils se marie avec une femme de si modeste condition.

Depuis toute petite, Sixtine ne passe pas un jour sans Igor le Muet, Tranche-trogne et Archembeau, trois pirates fantômes. Ce sont ses amis, ses confidents et ses compagnons de jeu. Ils l’ont initiée à l’art du combat au sabre, à celui de l’esquive, de l’habileté et… de la répartie. Ces derniers temps pourtant, Sixtine se pose des questions et elle ne sait pas trop où trouver ses réponses. Les pirates sont de bons vivants mais qu’en savent-ils eux… sur son père par exemple ?

Oui, depuis quelques temps, le regard de Sixtine sur son environnement change. Cela a commencé il y a quelques mois, quand sa mère et elle – croulant sous les dettes – furent menacées d’expulsion. Voulant à tout pris aider sa mère à trouver une solution, Sixtine cherche à entrer en lien avec les parents de son père. Son initiative se solde par un échec. Pour Sixtine, il n’y a plus qu’une seule chose à faire : voler un trésor aztèque précieusement conservé dans un musée et le revendre ensuite ; le prix qu’elle devrait en tirer couvrira amplement les créances. Elle parvient effectivement à dérober le trésor mais Sixtine n’a d’autre choix que de l’enterrer dans un endroit sûr en attendant que les choses s’apaisent. Car depuis cette aventure, Sixtine est témoin d’étranges événements qui bousculent sa vie. De terrifiantes créatures rodent dans son sillage et la menacent.

Et comme la vie a toujours son lot de belles surprises, et comme pour atténuer toute cette tension, Sixtine découvre qu’un mystérieux ange gardien agit dans l’ombre et veille à la protéger.

J’ai embarqué dans l’univers de Sixtine en juin 2016 et vous ai brièvement parlé du premier tome de la série au moment de sa sortie en octobre 2017. Pour d’obscures raisons [je prendrai peut-être le temps de vous expliquer ça bientôt], le second tome de Sixtine n’est jamais arrivé jusqu’au Bar à BD [même s’il est arrivé chez moi et qu’il a été dévoré comme le précédent].

Sixtine, cela parle de l’adolescence en premier lieu. De ce moment si particulier de la vie où un individu quitte douloureusement le monde de l’enfance (avec tout ce que cela implique au niveau de l’imaginaire, des centres d’intérêt qui changent, de son rapport à l’autre qui se modifie, de son corps qui se transforme…) pour entrer doucement, pas à pas, dans le monde des adultes.

Sixtine, cela parle aussi d’identité. De ce que c’est que d’être orphelin et de ce que cela implique sur ce que l’on ne sait pas (ou de ce que l’on sait par la bouche des autres) sur la personnalité d’un parent que l’on n’a pas eu l’occasion de connaître. Lui ressemble-t-on ? A-t-on les mêmes tics ? Le même accent ? Les mêmes goûts musicaux ? Le(s) même(s) don(s) ?…

Sixtine, c’est aussi la chaleur d’une famille même si celle-ci est réduite à presque rien, à la bulle qu’une mère et sa fille ont créé et qu’elles parviennent à entretenir. Puis de la famille en général : cette manière de s’appuyer les uns sur les autres, de s’épauler… de s’opposer quand il y a désaccords. De se réconcilier ensuite.

Sixtine, c’est aussi la question du rejet. Du pourquoi certains se retrouvent amputés d’un pan de leur famille alors que la cassure s’est opérée avant même qu’ils puissent avoir voix au chapitre… ou parce que leur voix ne compte pas, comme s’ils étaient muets… ou parce que les adultes – trop affairés pour les écouter – ne tiennent pas compte de leur opinion.

Sixtine, c’est enfin une histoire d’amitiés. Parce qu’il y a la famille de sang dans laquelle on grandit… mais il y a aussi et surtout la famille qu’on se crée avec certains amis.

Parce qu’entre un adulte et un enfant, ces sujets que je viens de lister sont trop souvent abordés avec retenue. Il est plus simple de parler du doigt qu’on se met dans le nez plutôt que du parent qui n’a jamais été présent dans la cellule familiale. Difficile d’en parler spontanément, de façon décontractée. Et quand (enfin) la discussion est engagée, les premiers mots échangés donnent (souvent) l’impression qu’on vient de mettre les deux pieds sur une planche savonneuse… On y va maladroitement… D’autant qu’il est difficile d’aborder ces sujets parce qu’ils font (aussi) naitre des questions [compliquées] dans la tête de nos enfants… et que l’on sait d’avance qu’on n’aura pas de réponse (cohérente/intelligente/rassurante) à apporter. Frédéric Maupomé pourtant nous livre des pépites comme Sixtine, SuperS et Anuki qui sont de réels leviers à tous ces sujets compliqués. Pêle-mêle, Anuki (pour les pitchouns de 3-4 ans), SuperS et Sixtine (pour les plus grands dès 8 ans) abordent avec humour et finesse des sujets comme l’identité, l’amitié, les migrants, le deuil, l’environnement, le racisme… j’en passe.

Des ouvrages jeunesse qui sont donc de remarquables supports intermédiaires pour lancer la conversation. Pour un adulte, c’est un régal ; les métaphores contenues dans ces histoires sont un magnifique plongeoir pour faire enfin le grand saut. Plouf ! Du côté de l’enfant, ces séries [bien sûr, il y en aurait d’autres mais déjà, il y a une vraie richesse dans celles écrites par Fred] permettent au jeune lecteur de continuer à nourrir sa réflexion à bas bruit jusqu’au jour où il constate qu’il/elle a à peu près cerné ce qui le/la gêne et se sent prêt à questionner ses/ses parent(s).

Le scénario de Sixtine est ciselé. Il déplie dans un même mouvement un sujet sérieux et un élément plus ludique. Le message passe parfaitement, sans donner l’impression qu’un adulte fait une leçon de morale. Le scénario est parfaitement accessible à son lectorat et sans recourir à un vocabulaire générationnel saturé de termes « à la mode » , influencés par les médias sociaux existant, les séries du moment ou les peoples qui font le buzz. Frédéric Maupomé a créé un univers que des lecteurs de tous les âges vont visiter, investir et apprécier.

Après, si Sixtine plait autant, c’est aussi (surtout ? 😛 ) grâce au travail d’Aude Soleilhac qui a su trouver les couleurs, les trognes et la dynamique visuelle qui convenaient. Son trait ludique, joyeux et plein de mouvements se montre tout à fait capable de tenir sur ses fortes épaules ce scénario aussi solide. Quand le propos est grave ou que la scène est pleine de tension, le trait de l’artiste fait passer ce moment de tension comme une lettre à la Poste… c’est un album jeunesse ne l’oublions pas, il ne s’agit pas d’effrayer les foules non plus.

Bref, Sixtine, c’est l’alchimie entre un personnage et son univers. Entre un scénario et ses illustrations. Entre la série et ses lecteurs. Je kiffe… et mes gamins encore plus.

Sixtine / Tome 3 : Le Salut du Pirate

Editeur : Editions de La Gouttière

Dessinateur : Aude SOLEILHAC / Scénariste : Frédéric MAUPOME

Dépôt légal : janvier 2020 / 80 pages / 13,70 euros

ISBN : 979-10-92111-98-9

Adam Quichotte (Stedho)

Stedho © Jungle – 2020

Adam est un petit garçon potelé qui flotte dans sa grande marinière. Celle bouille de Pierrot lunaire va rendre visite à son grand-père. Sitôt arrivé, il fait un câlin bien mérité à Panza, le gros chat roux de la maison. Puis, il claironne son arrivée. Mais l’ancêtre ne répondant pas, Adam décide de monter le rejoindre dans son atelier. Dans le grenier, c’est le bazar ! Un fatras organisé rempli la pièce. Des objets au mille formes flottent au plafond. Au sol, ballons, marteau, et sacs font une danse avec le circuit électrique d’un petit train. Au beau milieu du fouillis, Papy Pierre a laissé une lettre à l’intention de son petit-fils. Elle est accompagnée d’une petite liste de courses : « pâtes, oignons, poivre, fromage, carottes, tomates » . Trois fois rien pour le repas du soir.

Adam Quichotte – Stedho © Jungle – 2020

Fier comme un enfant à qui on a confié une mission importante, Adam part en quête pour faire les courses. Il est assisté dans cette périlleuse épopée par le fidèle Panza.

Une aventure rigolote qui conduit notre vaillant héros en culottes courtes et à l’imagination débordante à grimper, sauter, escalader, plonger dans les éléments culinaires. Fou d’aventure et ravi qu’on lui fasse confiance, Stedho imagine qu’un petit bonhomme courageux part faire les courses comme on partirait pour une épopée. Il faut dire qu’il y a six ingrédients sur la liste et qu’il ne s’agit pas d’en oublier un ! D’autant que son grand-père compte sur lui.

D’un coup de crayon espiègle, Stedho dessine les trognes incroyables de ce petit bonhomme audacieux. Tout est très fluide, très expressif et les couleurs un peu délavées donnent l’impression qu’on est entré dans un univers magique et extra-terrestre. Il illustre parfaitement bien le fait que l’imagination d’un enfant galope comme un cheval fou.

Jolie aventure pour raconter aux enfants de façon ludique un récit de la vie quotidienne. Dire que l’on peut s’amuser tout en aidant l’adulte. Dire que l’on grandi aussi en prenant des petites responsabilités. C’est drôle et poétique, c’est frais et entrainant. Bref, « Adam Quichotte » nous embarque sans crier gare dans le voyage imaginaire d’un petit bonhomme vaillant et un peu canaille (quand même).

Adam Quichotte / Tome 1 : Les Spaghettis de Papy Pierre

Editeur : Jungle

Dessinateur & Scénariste : STEDHO

Dépôt légal : février 2020 / 64 pages / 12,95 euros

ISBN : 978-2-822-22999-9

Moonshadow (DeMatteis & Muth)

« … un voyageur retourna dans la ville où il avait jadis vécu, une ville bâtie sur les Souvenirs, l’Innocence et la Joie, qu’il avait croisés irrégulièrement durant ses années d’errance. »

Je n’ai pas su résister à ce visuel de couverture. Cet enfant – qui nous tourne le dos et qui regarde ce visage lunaire inquiétant et sournois – m’a intriguée. En arrière-plan, un paysage infini, à en perdre la raison. J’ai eu envie de savoir ce qu’il cachait. D’être dans le secret, moi aussi, de son univers. Magnifique et intrigante illustration de Jon Muth que je pris comme une invitation à la lecture, une promesse de dépaysement et d’un grand voyage.

Alors de quoi ça parle ?

DeMatteis – Muth © Akiléos – 2020

Il était une fois… Moonshadow, un vieillard au couchant de sa vie. Moon est l’enfant qui, sur la couverture, regarde cette créature sphérique que l’on appelle un G’I-dose… cette boule est un être vivant capricieux. Ces êtres influencent à leur manière le destin de la galaxie. Cà et là dans l’univers, ils capturent des individus puis les placent dans des « zoos » où leurs victimes s’occupent comme elles le peuvent. La mère de Moon fut capturée et placée dans un des zoos des G’I-doses. Elle est le seul être vivant à avoir eu une relation affective avec un G’I-dose. Elle se maria avec lui. De leur union, naquit Moon.

Le père de Moon jouait au grand absent. Moon grandit dans un petit monde aux frontières limitées, sous la protection de sa mère qui le couvait d’amour. Jusqu’au jour où elle meurt. Peu après, le père de Moonshadow revient et catapulte Moon dans un vaisseau avec pour seuls compagnon Frodo (le chat de Moon) et Ira (un extra-terrestre poilu, lubrique et imprévisible).

C’est le début d’une grande errance. D’une grande aventure qui mènera Moon de planètes en rencontres, de joies en peines, de guerres en quiétudes.

Moonshadow raconte sa vie.

« Je suis assis là, Frodo (ce chat miraculeusement vieux) dans les bras, à me rappeler ces vers de Shelley ; à me rappeler aussi les spectres rugissants et les torrents furieux de MA vie ; à me rappeler par-dessus tout mes pérégrinations sur la « plage solitaire » de la jeunesse et l’ami adoré avec qui je la parcourais. »

Le premier numéro de Moonshadow est sorti en janvier 1985. L’éditeur en vante les éloges en arguant : « Véritable conte de fée pour adulte, Moonshadow écrit par J.M Dematteis et dessiné par Jon J. Muth est célèbre pour avoir été le premier roman graphique américain entièrement peint. Découvrez-le ici pour la première fois dans son édition définitive. »

Moonshadow – DeMatteis – Muth © Akiléos – 2020

Concrètement, Moonshadow est pour moi une aventure fantasque, un peu foutraque et très touchante. Une quête identitaire bancale qui a manqué plusieurs fois de me faire débarquer mais que j’ai tout de même continué à engloutir… par curiosité et du fait d’un attachement certain au personnage central de Moonshadow. Il est atypique. Naïf, empathique, bienveillant. Il est aussi dans le doute permanent. Aussi solide qu’une brindille, il s’appuie sur l’espoir que sa mère défunte guidera ses pas à partir de l’au-delà et que son compagnon de route (l’énergumène poilu et lubrique) saura le protéger. Orphelin, illuminé, criminel, sauveteur, … le héros aura vécu cent vies en une ! Il est souvent indécis et manque de confiance en lui alors forcément, ça le rend attachant. La curiosité m’a piquée de savoir ce qu’il allait devenir. Il me fallait savoir comment il parviendrait à se sortir des guêpiers dans lesquels il n’a pas son pareil pour aller se nicher…

… et puis, j’avoue que très vite, je suis tombée sous le charme des illustrations de Jon Muth. Son coup de pinceau est magnifique. Il sublime le récit, le sauve lorsque ce dernier fléchit, lui donne davantage d’élan quand il devient plus fougueux.

Moonshadow – DeMatteis – Muth © Akiléos – 2020

« Moonshadow » est une histoire patchwork. Celle d’une quête d’identité en premier lieu mais aussi une critique de la société. Ce jeune héros pose un regard sur le monde infini qui l’entoure : la guerre et ses conséquences, la famille, le pouvoir, les rapports entre les hommes et les femmes, la façon dont différentes communautés se côtoient, la religion, le sexe, l’amitié, la mort… On suit une vie, on vit une vie qui baigne dans la métaphore. Le personnage nourrit un imaginaire sans bornes et sa capacité à rêver, à extrapoler ou à déprimer ne connaît aucune limite. Nourrit d’un amour inconditionnel pour la littérature, il lit goulûment depuis le plus jeune âge et projette ses émotions et ses fantasmes dans les récits qui jalonnent son parcours. Ainsi, le narrateur fait son autobiographie à l’aide de miscellanées hétéroclites. Il nous raconte en quoi le fait de savoir quel est le sens de la vie fut une quête qu’il a mené durant toute son existence.

Moonshadow – DeMatteis – Muth © Akiléos – 2020

A l’aide de métaphores et de nombreuses références littéraires, on apprend donc quelles ont été ses joies enfantines, comment il a traversé les affres de l’adolescence et quelle est la porte qu’il a empruntée pour entrer dans la vie adulte. A partir de là, la vie comme on la connait avec ses joies et les douleurs incroyables qu’elle peut nous réserver. John Marc DEMATTEIS offre une vision de l’humanité, à la fois critique et tendre. Il montre comment la société -et les lois qu’elle établit – aliène les individus qui la composent ; elle est capable de veiller à leur bien-être autant qu’elle crée leur malheur. Par moment, le scénario devient une tribune qui dénonce les travers de l’humanité.

« Votre Oncle Sam, disait le message, vous envoie en vacances au Vietnam où les garçons deviennent des hommes, et les hommes, des cadavres. »

Que l’on hésite ou non à tourner la page, que l’on s’agace d’un énième rebondissement ou que l’on soit pris dans les mailles du scénario, tout de même… tout de même… la lecture est longue : prenante (par passages), plus revêche (à d’autres moments), j’ai mis plusieurs jours à parvenir au bout de l’album mais ne regrette en rien d’avoir tenu bon ! Le dénouement vaut vraiment le coup d’œil.

Moonshadow (récit complet)

Editeur : Akiléos

Dessinateur : Jon J. MUTH / Scénariste : John Marc DEMATTEIS

Traducteur : Mathieu AUVERDIN

Dépôt légal : février 2020 / 512 pages / 39 euros

ISBN : 978-2-3557-44600

Billy Symphony (Périmony)

Son baluchon sur l’épaule, Billy est prêt à affronter sa journée. Comme chaque jour, il transporte avec lui les maigres richesses qu’il possède. Il n’a pas le sou mais le sourire aux lèvres. Sa joie de vivre est palpable. D’un coup de crayon charbonneux, David Périmony donne vie à Billy. Son trait est rond et habillé de tons pastels très doux qui mélangent bruns, beiges, verts et bleus. Très vite, on sait que l’on va croquer cette lecture à pleines dents !

Périmony © Editions de la Gouttière – 2020

Au premier coin de rue, Billy suspend son pas assuré et s’arrête devant la vitrine du magasin d’instruments de musique. Ce saxo-là lui fait de l’œil, Billy voudrait le tenir. L’instrument est superbe mais bien trop cher pour son porte-monnaie qui crie famine. Billy doit se résoudre à l’évidence, il n’a pas les moyens de cette passion-là pourtant l’idée le taraude.

Billy cogite, tort la situation dans tous les sens jusqu’à ce qu’une idée lumineuse le frappe. Ni une ni deux, il en parle au gérant et le marché est conclu. Billy sera l’homme à tout faire du magasin de musique. Ce travail lui permet de réaliser son rêve. Le jour où Billy peut enfin s’acheter le saxophone, il est le plus heureux des hommes. Billy reprend alors la route mais c’est une autre vie qui s’offre à lui : celle de musicien !

Je n’arrive pas à l’écrire… cette chronique de « Billy Symphony » et pourtant, j’ai adoré cet album. Il y flotte une atmosphère agréable, douce et poétique. On se laisse réellement porter par le héros qui mène la danse de bout en bout, qui est tour à tour joyeux, euphorique, ému, triste… Il est traversé d’une multitude d’émotions que l’on ressent en écho grâce aux dessins très expressifs de David Périmony. L’auteur fait également preuve d’inventivité dans la manière dont il construit et rythme ses planches.

Avec Billy au cœur de cette histoire, on sait de suite que l’on va se laisser porter. Déjà parce que le héros n’a aucune contrainte et on comprend très vite qu’il n’a rien à perdre. Alors il tente, il ose car après tout, que risque-t-il de trouver au bout de son chemin à part une belle surprise ? L’album repose donc sur les épaules d’un doux-dingue, un rêveur, un passionné au grand cœur. Forcément, avec une bouille comme la sienne, la présence de son balluchon qui ne semble pas peser bien lourd et les airs jazzy qui volent de-ci de-là, je n’ai pu m’empêcher de penser à Abélard.

Cet album muet pétille malgré le sérieux du message de fond qu’il délivre. La malice, la poésie, les rires fusent de toutes parts alors qu’on parle de façon critique des travers de l’industrie du spectacle. Le propos est intéressant d’autant que l’album est aussi un bon support intermédiaire (entre adulte et enfant) pour parler d’Amitié. Ça me plait bien le fait de redire aux plus jeunes que la confiance que quelqu’un nous accorde n’est jamais définitive, que l’amitié se gagne… qu’elle est un bien aussi fragile que précieux.

De jolies trilles, des gazouillis d’oiseaux qui donnent la réplique aux rires de Billy, de sacrées bouilles et de belles trognes qui apparaissent durant le récit… L’auteur a construit une réelle alchimie pour parler d’une passion (celle que Billy voue à la musique) et de cupidité (celle du directeur du club qui emploie le jeune musicien). Les gestes fluides – presque aériens – des personnages nous embarquent dans la danse et on tourne les pages avec beaucoup curiosité. C’est avec autant de surprise que de plaisir qu’on découvre à plusieurs endroits du récit, quelques références à des univers cartoonesques et cinématographiques de la culture pop.

David Périmony offre une réflexion pertinente accessible à un lectorat de 5 à 99 ans. Beaucoup de douceur dans son trait, il nous montre qu’il est capable de créer un univers aussi poétique que musical. A lire ! 😉

Une lecture commune magique partagée avec Sabine et Noukette !!

La chronique de Moka qui m’avait mis l’eau à la bouche et qui accueille aujourd’hui la « BD de la semaine » .

Billy Symphony (récit complet)

Editeur : Editions de La Gouttière

Dessinateur & Scénariste : David PERIMONY

Dépôt légal : janvier 2020 / 104 pages / 16 euros

ISBN : 978-2-35796-001-5

Sans foi ni loi (Brunet)

Une lecture en partage avec mon fils et mes copains Noukette et Jérôme pour un roman jeunesse absolument épatant, un Werstern au féminin…

Billet de mon lardon de 15 ans Pierre

Brunet @ PKJ – 2019

Sans foi ni loi est un roman de Marion Brunet sur  le thème du Far-west. Dans ce roman, on retrouve Garett qui habite dans une ferme avec ses frères, sa sœur Esther et son père qui est révérend. La vie se passe dans sa ferme, la vie dure avec la mort de sa mère et l’autorité paternelle, jusqu’au jour où une célèbre criminelle du nom de Ab Stenson prend en otage ce pauvre Garett et décide de partir en cavale avec lui. Que va t-il se passer ? Le marshal va t-il les retrouver et sauver Garett ? Garett va t-il se lier d’amitié avec Ab ? Vous le saurez en lisant Sans foi ni loi, le roman génial de Marion Brunet au éditions PKJ.

J’ai trouvé ce livre très intéressant, facile à lire, avec une histoire entraînante du début à la fin avec pleins de rebondissements inattendus, une certaine authenticité et un décor plus que surprenant ! Je conseille ce livre à tous les lecteurs qu’ils soient assidus ou occasionnels !

 

Billet de la vieille mère Framboise

« J’avais seize ans quand j’ai rencontré Ab Stenson, et je me souviens de tout, avec une clarté déconcertante. Malgré la boue, la pluie, la fatigue et la peur, ce temps passé à vos côtés a la clarté d’hier.
Nous étions en fuite et j’étais son prisonnier, mais ce que j’ai ressenti ce matin-là, quand nous avons rejoint la piste au galop de nos chevaux, je ne peux le comparer à rien, pas plus aujourd’hui qu’à ce moment-là.
Ce jour-là, ventre creux et dans l’incertitude la plus totale, j’ai chevauché à ses côtés pendant des heures. Chaque foulée de mon cheval m’éloignait un peu plus de la ferme et de ma famille. J’en concevais un vertige qui déchirait mes poumons, brouillait ma vue. Je pensais au père, à mes frères et à ma petite sœur. Et puis plus. En observant Ab Stenson, imitant les mouvements de ses hanches qui faisaient corps avec sa monture, j’apprenais déjà. »

Garett n’a pas une vie fastoche dans la ferme de son révérend de père. Alors quand une fille toutafé bandit le prend en otage et que sa vie bascule dans un grand tourbillon, il est effrayé et fasciné à la fois… Il ne tente pas de s’échapper. Il reste près d’elle, avec elle. Peut-être parce qu’elle est tout ce qu’il n’est pas ? Peut-être parce qu’elle est tout ce que son (connard) de père lui a appris à détester ? « Elle était effrayante et ça me rassurait. C’était comme être du bon côté du fusil, malgré les apparences. »

Ab, Abigaïl de son prénom, est une femme libre, libre et forte, une hors-la-loi du tonnerre, une héroïne comme on en fait peu (qui plus est dans un monde peuplé de cowboys), une fille qui fume, qui crache, qui picole, qui porte des jeans, des chemises d’homme, une fille aux cheveux courts, une fille qui jure et qui tire comme personne, une fille qui n’a pas froid aux yeux… « Une vraie bête sauvage » aux dires de certains … Une fille superbe : « Ab s’est avancée d’un pas terriblement nonchalant. Elle ne forçait même pas la posture ; l’habitude d’une démarche libre la rendait virile et belle. Son jean collait à sa peau, des cuisses aux chevilles, et l’or de ses éperons lançait des étincelles. »

À ses côtés, une nouvelle vie s’élance pour Garett. Un avenir sans certitude, mais un nouveau chemin plus libre c’est certain, avec des amis et des aventures incroyables… Alors, avec Ab, grâce à Ab, Garett va désappartenir et apprendre à vivre une vie pleine, « une vie à soi, sans dette et sans esclavage. Sans le poids des autres, de Dieu, de l’obligation.» Garett va se découvrir et sacrément s’émanciper !

Ce roman ado est génial génial ! Evidemment c’est Marion Brunet, alors c’est à la fois très fort (avec de la gonzesse qui envoie ! Et de la réflexion sur l’émancipation et les vies à mener pour soi) et toutafé réjouissant, léger, bon, très très bon ! Et le décor Far-west est un délice… C’est la grande aventure avec des pistolets, de la poussière, des cowboys, des grands espaces, du saloon, de la fraternité, des grandes chevauchées sauvages, de la liberté …. J’ai tout aimé ! D’autant que c’est un roman qui se partage entre toutes les générations (mon vieux vieux père l’a adoré !), vraiment il ne faut pas bouder son plaisir !

Les billets des copains Noukette et Jérômechou à retrouver ici et là !

Merci à Mochéwie de nous accueillir dans son délice de Bar (qui convient parfaitement à cette lecture d’ailleurs !) à BD …

Sans foi ni loi de Marion Brunet, PKJ, 2019.

Anuki, tome 9 (Maupomé & Sénégas)

Petite chronique pour ce neuvième tome d’Anuki…

Maupomé – Sénégas © Editions de La Gouttière – 2019

C’est l’été. Le temps de l’insouciance. Anuki est avec ses amis, au bord de l’eau. Au programme, de joyeux sauts au milieu des éclats de rire. Pendant que les enfants s’en donnent à cœur-joie, un sanglier et un putois tentent de se désaltérer au bord de l’eau. L’instant est comme suspendu, les amis sont légers lorsqu’ils rentrent au camp. Loin de se soucier qu’un terrible incendie est en train de dévorer la forêt.

Lorsque les fumées se dissipent, c’est un paysage ravagé qui apparaît. Au milieu des arbres calcinés, c’est toute une famille d’une tribu étrangère qui se présente au seuil de leur campement. Le feu les a contraints à quitter leurs terres.

Au rythme d’un album par an depuis neuf années, l’univers d’Anuki poursuit son bonhomme de chemin. Si l’amitié et l’entraide sont au cœur de chacun des tomes de la série, chaque album apporte sa pierre à l’édifice et sensibilise le jeune lecteur à un sujet d’actualité. Cette fois il est question de migrants et de l’accueil qui leur est réservé. Des individus qui ont tout perdu, qui n’ont eu d’autres choix que de fuir et de livrer leur survie au destin et aux hasards des rencontres. L’exil. Le contact avec une autre langue, une autre culture, une autre terre. Autant de différences qui ravivent les jalousies et la méfiance. Frédéric Maupomé traite de ce sujet avec toute la pudeur nécessaire. Cela rend l’histoire bienveillante et surtout accessible à son lectorat. Aborder la question des migrants pour des petites têtes blondes de 4-5 ans, cela implique tout de même une certaine finesse et une grosse dose de talent !

Les autres ingrédients qui font le sel de la série sont présents : péripéties, courses poursuites effrénées, quelques jalousies enfantines, beaucoup d’entraide, de l’humour… tout y est. Stéphane Sénégas illustre le tout d’un trait vif. Les trognes des gamins sont impayables, l’absence de textes n’est pas un frein à la compréhension de l’histoire car elle est largement compensée par la qualité du graphisme. Beaucoup de dynamisme et un découpage des planches qui se met au service de l’histoire. Les cases s’agrandissent et rétrécissent au gré des pages… tout est bon pour éviter que le récit ne s’appesantisse trop et que la lecture reste ludique.

Un album amusant et un bon support intermédiaire pour parler des migrants avec son enfant.

Album muet, à partir de 4 ans.

En fouillant le site, vous trouverez les précédents tomes de la série (excepté le tome 8 !).

 Anuki, tome 9 : L'Eau et le Feu (série en cours)
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur : Stéphane SENEGAS / Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : septembre 2019 / 40 pages / 10,70 euros
ISBN : 978-2-35796-002-2