Femmes de réconfort (Jung)

Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007
Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007

Les agissements visant à intimider l’ennemi sont nombreux. Bombardements, génocide, attaques chimiques… les attaquants ont toujours su faire preuve d’ingéniosité malsaine à cet égard. Il en va également ainsi pour la guerre de colonisation qui opposa le Japon et la Corée du Sud. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a enrôlé de force plusieurs centaines de femmes et les a mises à disposition de ses soldats. Appelées « femmes de réconfort », ces victimes étaient parfois arrachées à leur famille dès l’âge de 10 ans. Déportées loin de chez elles, arrachées à leurs racines, elles étaient victimes de viols répétés.

« Les soldats japonais ont aligné toutes les femmes vierges du camp. Ils en ont choisi après les avoir examinées comme de la viande chez le boucher ».

Aujourd’hui encore, le Gouvernement japonais peine à reconnaître son délit. Profondément blessées, traumatisées, ces femmes – les Halmuny – ont pendant longtemps vécu telles des ombres, cachant leurs visages afin de dissimuler le sentiment de honte qui les ronge. Cependant, depuis 1992, elles ont décidé de se montrer au grand jour et de crier leur souffrance en manifestant chaque mercredi devant l’Ambassade du Japon à Séoul.

La démarche de Kyung-a Jung, auteure de ce manhwa, est de témoigner pour que ce fait historique ne tombe pas dans l’oubli. Mais l’auteure souhaite aussi de s’interroger « sur les circonstances qui ont abouti à cela, sur leur sens et leur impact dans la société coréenne ». En quête de compréhension, elle cherche donc à expliquer pourquoi – par exemple – « les Japonais qui rendent visite aux Halmuny retournent dans leur pays les bras chargés de documents alors que les jeunes Coréens ne prennent pas la peine de se documenter et se contentent d’exprimer tristesse et colère. Les Coréens semblent considérer cette affaire de manière encore superficielle et unilatérale ».

Mais la chape de silence se lève peu à peu. Les Halmuny n’hésitent plus à témoigner et les médias se saisissent de la question. Un sujet de société douloureux et épineux auquel le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême avait notamment consacré une exposition en 2014.

La simplicité du dessin porte un propos cru dans lequel la honte et la souffrance sont des sentiments omniprésents. Des femmes qui, plus de cinquante ans après les faits, subissent encore le traumatisme de cette expérience humiliante. Pendant près de huit ans, elles ont été séquestrées dans des maisons closes.

Pour eux, nous n’étions pas des êtres humains. Nous étions des proies, de la nourriture qu’on mâche, qu’on avale et qu’on recrache.

14 août 1991. Le premier témoignage d’une femme coréenne est rendu public. Cet acte de courage s’est répandu comme une trainée de poudre auprès des autres victimes. Peu à peu, leurs voix se sont élevées pour dénoncer le fait qu’elles ont été les esclaves sexuelles des soldats japonais.

Javanaises, Chinoises, Européennes, sans distinction de race ni de nationalité, toutes celles qui attirent le regard… La chasse était ouverte !

Au moment de leur libération, les soldats japonais les ont contraintes à s’enfermer dans le mutisme. Si l’une d’entre elles osait témoigner, elle serait exécutée ainsi que sa famille.

Outre les témoignages de victime, le scénario donne également la parole à des acteurs militant pour la cause de ces femmes qui ont été contraintes à la prostitution. Ainsi, Kyung-a Jung a rencontré Yun Mi-Hyang (à l’époque où elle était encore secrétaire générale du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise) ou encore le compte-rendu d’une interview menée par un journaliste auprès d’un gynécologue qui avait été affecté à une base de l’armée de terre japonaise et, à ce titre, amené à examiner les femmes enrôlées pour « travailler » dans les maisons closes. Le propos est certes didactique, mais l’humanité qui ressort de cet album est réelle. Kyung-a Jung met en exergue le fait que l’Etat coréen a activement collaboré et fourni des femmes à l’armée japonaise. L’auteure ne se permet aucun détour pour traiter son sujet mais ose l’emploi de l’ironie pour rendre son propos plus incisif. Pourtant, la narration m’a semblé manquer de structuration et fourmiller de détails inutiles (ce constat est d’autant plus fort dans la dernière partie de l’ouvrage). Il en résulte une légère difficulté à se concentrer durant la lecture et ce malgré la gravité du thème abordé.

PictoOKLe viol comme arme de guerre. Une abomination de plus dans le règne de l’espèce humaine. Un ouvrage instructif autant que réflexif.

L’avis de Mango et la chronique de David.

LABEL Lecture AccompagnéeUne lecture que je partage avec Marilyne à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Ma complice de lecture présente quant à elle « Le choix », un album de Désirée Frappier (scénario) et Alain Frappier (dessin) sur le droit à l’avortement.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Corée du Sud

Extraits :

« Lors de la dernière occupation de la Mandchourie par l’armée japonaise, le coréen Luju installé là-bas parvient à ouvrir une maison de ce type mais, faute d’emplacement à louer, il improvisa des espaces avec des tentes plantées à même le sol. Dans ces « maisons culinaires » ainsi dressées à la hâte, même une centaine de « femmes militaires » ne suffisait pas et il arrivait fréquemment qu’une seule femme reçoive en moyenne 30 à 40 soldats japonais par jour » (Femmes de réconfort – Esclaves sexuelles de l’armée japonaise).

« Après le premier viol, elles apprirent enfin le mot « maison de réconfort ». Subir le viol répétitif par 10 à 20 soldats par jour était le « travail » qu’on leur avait infligé » (Femmes de réconfort – Esclaves sexuelles de l’armée japonaise).

Femmes de réconfort

– Esclaves sexuelles de l’armée japonaise –

One shot

Editeurs : 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert

Dessinateur / Scénariste : Kyung-a JUNG

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-35212-029-2

Bulles bulles bulles…

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Femmes de réconfort – Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007

Massacre au Pont de No Gun Ri (Chung & Park)

Massacre au Pont de No Gun Ri
Chung – Park © Vertige Graphic & Coconino Press – 2007

L’histoire d’Eun-yong débute durant l’été 1950. Alors étudiant en Droit dans la ville de Séoul, il coule des jours heureux avec sa femme et ses deux enfants. Jusqu’à ce 25 juin 1950 où un communiqué à la radio leur annonce que les troupes nord-coréennes ont rompu les accords de paix. La guerre est déclenchée, les populations débutent leur exode. Quelques jours plus tard, Eun-youn et sa famille prendront la route à leur tour, avec la volonté de rallier Daejeon où il retrouve son frère puis JOO GOK RI, son village natal situé dans le Sud de la Corée. Ils y trouveront un havre de paix de courte durée puisqu’ils assistent impuissants à la débâcle des troupes américaines sous-équipées et incapables d’assurer leur protection face aux troupes nord-coréennes.

Chassés de leur village, ils vont – dans un premier temps – trouver refuge dans la montagne la plus proche. Pourtant, la sécurité d’Eun-youn, ancien policier, reste incertaine. Des rumeurs courent au sujet du sort que les « Rouges » réservent aux anciens fonctionnaires d’état sud-coréens. Il prend donc la fuite et laisse sa famille sur place. Il trouve refuge chez un lointain cousin, apprend l’hospitalisation de sa femme et décide de remonter vers le Nord. Lorsqu’il la retrouve enfin, elle lui apprend le décès de leurs enfants et de toute leur famille. Son épouse est la seule survivante d’un massacre perpétré par les Américains au Pont de No Gun Ri. Le couple doit désormais apprendre à vivre avec les plaies béantes laissées par ce drame.

Ce manhwa est une adaptation du roman éponyme d’Eun-youn Chung qui a voulu témoigner de cet épisode sanglant de l’histoire de la guerre de Corée. En un peu plus de 600 pages, Kun-woong Park transpose donc ce témoignage de manière à lui donner une portée remarquable. Le récit est très aéré, on fait des pauses sur des cases qui en disent bien plus long que les mots.

L’ouvrage se découpe en 7 chapitres avec une particularité pour le sixième. Ce dernier se développe sur près de 350 pages et se consacre uniquement aux quatre jours du massacre du Pont de No Gu Ri (perpétré entre le 26 et le 29 juillet 1950). Le ton de la narration change, l’auteur se fait alors le passeur du témoignage de sa femme auquel s’ajoutent des témoignages mêlés d’autres survivants de cet épisode sanglant. Alors que jusque-là on suivait Eun-youn dans sa fuite, rongé par la culpabilité d’avoir abandonné sa famille, Kun-woon Park opte pour un style plus dépouillé, ce qui a pour effet immédiat de faire ressentir au lecteur toute la tension de cet épisode. Le graphisme perd de sa superbe, les magnifiques lavis réalisés à l’encre de Chine (les détails de la flore sont superbes) laissent place à un trait plus malhabile, mordant, presque brut tant l’émotion est encore à fleur de peau après tant d’années.

On prend de plein fouet le trouble et l’incompréhension de la population. Les expressions des personnages nous font ressentir toute l’horreur de ce moment (ils ont été parqué pendant 4 jours dans sous un pont de chemin de fer et tenus en joue d’un côté comme de l’autre par les soldats américains qui tiraient au moindre mouvement). Hommes, femmes, enfants et vieillards ont vécus ainsi, entassés les uns sur les autres, côtoyant les cadavres de leurs proches, de leurs voisins. Le désir de survie est devenu de plus en plus prégnant, ils ont fini par accepter l’inacceptable et se sont servi des corps pour ériger des remparts espérant que cela les protégerait des balles américaines. Je disais qu’on ressentait toute l’horreur de la situation, mais on est aussi témoin de toute l’incompréhension de ces gens qui vouaient une confiance quasi aveugle envers les soldats américains devenus leurs bourreaux pour des raisons qui leur échappe. Comble de l’ironie : les 25 survivants ont été sauvés par les soldats nord-coréens, ceux-là même qu’ils fuyaient quelques jours plus tôt.

Passé le chapitre du massacre, les lavis reviennent et l’auteur reprend son témoignage.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

Cet avis intègre le Challenge PAL Sèches, sur les recommandations de Choco, dont voici sa chronique !

PictoOKPictoOKUn album imposant, un témoignage qu’il n’est pas facile d’entendre mais pourtant, je pense que ce type d’album est la preuve que la bande dessinée est un médium incontournable et nécessaire.

Pour la première fois, j’adhère pleinement à un manhwa.

Extraits :

« Soudain, sur la route de Kyung-Bu, j’aperçus une immense marée humaine se déplaçant. C’était un flot ininterrompu d’hommes, de femmes et d’enfants. On eût dit un fleuve de couleur blanche » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« En perdant cette bataille, l’Armée américaine perdit la confiance que le peuple sud-coréen avait placée en elle. Le doute s’installa dans les esprits, cette armée supposée invincible avait essuyé une si cinglante et rapide défaite. Ces soldats américains trop vite élevés au rang de quasi-divinités avaient rapidement retrouvé leur statut d’hommes » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« Jusqu’à présent, notre village avait été préservé des malheurs de la guerre… Maintenant, il nous fallait fuir, nous possédions juste de l’orge, de quoi tenir une semaine, tout au plus. C’était là toute notre richesse. Nous pensions que si nous quittions le village, c’était la mort qui nous attendait. Personne ne savait combien la guerre serait affreuse, on l’ignorait… Personne n’était capable de nous guider ni de nous indiquer un endroit où se réfugier. Personne n’avait la moindre idée de ce qu’était le communisme. Ce n’est qu’après la libération qu’on a sans cesse entendu dire que sous un régime communiste l’égalité était un concept réel. Pas de riche, pas de pauvre. Comme les Nord-coréens étaient en train de gagner la guerre, de plus en plus de gens pensaient que finalement ce ne serait peut-être pas si terrible de vivre sous un régime communiste » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

« Mes chers enfants qui étaient si doux, chaleureux, gentils et pleins de vie. L’odeur du lait maternel émanant de leur petite bouche, leur rire et leurs petits corps si doux… combien de fois ai-je pu frotter mon nez contre leur joue… Ils n’étaient plus là, à nos côtés, nous laissant, ironie du sort, orphelins » (Massacre au Pont de No Gun Ri).

Massacre au Pont de No Gun Ri

One shot

Éditeur : Vertige graphic & Coconino Press

Dessinateur : Kun-woong PARK

Scénaristes : Eun-yong CHUNG & Kun-woong PARK

Dépôt légal : février 2007

ISBN : 978-2-84999-041-4

Bulles bulles bulles…

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Massacre au Pont de No Gun Ri – Chung – Park © Vertige graphic & Coconino Press – 2007

Sous l’eau, l’obscurité (Park)

Sous l'eau, l'obscurité
Park © Sarbacane – 2011

Seoul, 1980.

Min-sun est une enfant de 8 ans. Élève moyenne de CE2, elle est poussée par sa mère qui voudrait la voir devenir une vraie battante. Pourtant à l’école, comme  au cours privés de natation, Min-sun ne prend pas de réel plaisir à se surpasser. L’enfant ne se fait pas beaucoup d’illusions quant à ses chances de réussite et met tout en œuvre pour se faire la plus discrète possible. Elle complexe de voir sa grande sœur, Min-jin, atteindre les sommets et réussir avec une telle facilité.

1980 c’est l’année où débute cette histoire mais c’est aussi l’année de naissance de cette jeune auteure : Yoon-sun Park. Le site de la Cité internationale de la BD propose cette biographie :

Yoon-sun Park est née en 1980 à Séoul, où elle a étudié le design graphique. Illustratrice de livres pour la jeunesse, elle est également auteur de bandes dessinées et a publié divers récits courts dans des revues coréennes. En mars 2008, elle publie aux éditions Sai Comics The door of night is openning (La Porte de la nuit s’entrouvre).

Accueillie à la Maison des Auteurs, elle a tout d’abord réalisé la bande dessinée Sous l’eau, l’obscurité paru en mars 2011 aux éditions Sarbacane dans laquelle elle raconte avec sensibilité et drôlerie, la vie d’une enfant à Séoul, une mégapole en pleine expansion économique, où l’éducation traditionnelle se voit supplantée par une frénésie de consommation. Elle travaille actuellement sur un nouveau projet, L’Homme-chien qui relate l’histoire d’un garçon qui décide d’exercer le métier de… chien policier.

J’ai eu du mal à me plonger dans ce récit mi-construit mi-confus. Son rythme est saccadé et la découpe en chapitre y contribue beaucoup. Cela m’a donné l’impression de découvrir une succession d’anecdotes où les éléments du scénario manquent de temps et d’espace pour s’étoffer. J’ai donc plus ou moins survolé le récit qui comporte cependant quelques passages intéressants. L’album se repose entièrement sur le personnage de Min-sun ce qui, je trouve, est une faiblesse. On voit passer ça et là la mère et la sœur qui sont des personnages assez caricaturaux. Min-sun est recluse dans sa solitude, quelques portes s’ouvrent ponctuellement sur une amitié, mais dans l’ensemble, les sentiments sont très peu présents dans cet ouvrage. Difficile pour moi d’investir ce récit.

Le scénario est illustré à l’aide d’une bichromie de bleu. Ici aussi, j’ai eu du mal à apprécier ce choix car je trouve que ce coloris contraste trop avec les thématiques de l’album (jeunesse, ambition). Le bleu me ferait plus penser à un état serein voire contemplatif. Il donne une ambiance inattendue à cet univers, je m’y suis sentie mal à l’aise et extérieure. Jeunesse dit jaune, ocre… quelque chose de pétillant !! Étrange contraste en tout cas, curieuse auteure ^^ Et détrompez-vous, toutes les scènes de cet album ne se passent pas autour d’une piscine. Si parmi vous il y a des amateurs nostalgiques du Goût du Chlore, je vous déconseille de prendre cet album. En effet, ici vous ne retrouverez pas les apnées de lecture que vous auriez pu vivre aux côtés de Vivès. On ne ressent pas grand-chose ici, juste l’esprit de compétition que le personnage principal rejette. Enfin, le dessin de Yoon-sun Park est assez minimaliste. Les décors sont secondaires et les personnages principaux tout juste identifiables. Le pire étant les passages où Min-sun est assaillie par ses angoisses, et que l’auteure retranscrit par des portraits tout juste brossés d’un coup de crayon.

Une lecture surprise puisque cet album m’a été offert par Jérôme, pensant qu’il offrait à cet album un lecteur capable de l’apprécier ^^

PictomouiMitigée quant à cette lecture car, s’agissant d’un Manwha, je m’attendais à un récit plus lent… et je ne suis pas une adepte du contemplatif. Ce constat m’a étonnée, ce qui me plait.

Je suis prête à lire cette auteure sur un autre sujet. Pour l’heure, j’ai trouvé cette petite fille trop fuyante pour pouvoir m’émouvoir et la trouver crédible.

Une interview de l’auteur sur Bodoï.

Les avis de Jérôme, Bedetheque. Une rétrospective de Yoon-sun Park sur Grand Papier.

Sous l’eau, l’obscurité

One Shot

Éditeur : Sarbacane

Dessinateur / Scénariste : Yoon-sun PARK

Dépôt légal : février 2011

ISBN : 978-2-84865-445-4

Bulles bulles bulles…

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Sous l’eau, l’obscurité – Park © Sarbacane – 2011

Cours Bong-Gu ! (Byung)

Cours, Bong-Gu !
Byung © Kana – 2005

Bong-Gu est un petit bonhomme haut comme trois pommes qui débarque à Séoul avec sa maman. Ils viennent d’un village au bord de la mer et sont venus retrouver le père de Bong-Gu. Ce père n’a pas donné de nouvelles depuis 6 mois.

Tout débute à la Gare de Séoul où ils aperçoivent un vieillard qui fait la manche. Puis, quelques pages plus loin, ce même vieillard leur indiquera la direction d’un bâtiment et se proposera finalement de les y accompagner puisque Bong-Gu et sa mère ne connaissent pas Séoul.

Ce qui m’a le plus marqué dans ce Manwha, c’est le graphisme. Du noir et blanc (très) classiques en début d’album (pour un manhwa) et la couleur qui s’impose au fur-et-à-mesure que l’on rentre dans l’histoire, que Bong-Gu et sa mère tissent des liens et apportent de la chaleur aux personnes qu’ils croisent. La colorisation restera toujours discrète (un pastel), c’est un accessoire dont se pare le dessin de BYUN, c’est tout simplement magnifique. Tout commence par une case, puis une autre, un vêtement de couleur, un visage… et la couleur s’installe, repart, tantôt chatoyante, tantôt bichrome. Je trouve cela très doux, poétique. Le trait quant à lui est tantôt détaillé, tantôt minimaliste. On a l’impression que les décors prennent vie autour des personnages.

Je suis plus réservée sur le récit. Il est certain qu’on s’attache rapidement aux protagonistes. Ils ont l’air si petits et livrés à eux-mêmes dans cette grande gare, dans cette ville à l’horizon infini ! Ils sont si chaleureux aussi. L’intrigue tourne autour de cinq personnages et très peu de temps morts dans les échanges. Mais ce qui m’empêche d’accepter complètement le récit, c’est sa crédibilité… Dans un monde moins individualiste, cela ne m’aurait pas choqué mais dans le cas présent, j’ai du mal à croire au dénouement proposé.

Cet album est le premier ouvrage publié, en France, de cet auteur coréen. Il dessine depuis 1995. L’ouvrage propose une courte biographie de BYUN, en voici quelques extraits : « C’est l’un des jeunes espoirs de la Bande dessinée coréenne, possédant à la fois passion et talent. Ses œuvres, cours récits débordants de lyrisme, pour lesquels il dessine les arrière-plans à partir de ses propres photos, lui ont déjà valu plusieurs prix. Dans son remarquable manhwa Princesse Anna, adapté d’une nouvelle de BAE Su-a, Byung-Jun BYUN allie harmonieusement un graphisme raffiné à une qualité d’intrigue plus souvent rencontrée dans un récit littéraire que dans une bande dessinée. Lors de ses études au Japon, Byung Byung-Jun a reçu en 2001 le prix d’encouragement décerné par un éditeur japonais, Shôgakukan, pour récompenser les jeunes auteurs. Ce succès a contribué à favoriser la reconnaissance des auteurs coréens de la bande dessinée dans le monde « . En 2003, Byun était présent à Angoulême.

PictomouiÉtonnant, touchant, poétique… mais irréel.

Les chroniques de Lo, Cathe, interview de l’auteur sur Sceneario.

Cette lecture confirme que je me lance corps et âme dans la seconde session de Faites-moi lire !

Merci à Choco !

Cours, Bong-Gu !

One Shot

Éditeur : Kana

Collection : Made In

Dessinateur / Scénariste : Byun-Jun BYUNG

Dépôt légal : mai 2005

ISBN : 9782871298045

Bulles bulles bulles…

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Cours, Bong-Gu ! – JUN ©  Dargaud – 2005

Histoire Couleur Terre, tome 2 (Kim)

Histoire Couleur Terre tome 2
Kim © Casterman – 2006
Dans ce second tome, Ihwa entre de plein pied dans l’adolescence. Les traits de la petite fille ont changé, elle est devenue une belle jeune fille.
Jeune veuve, la mère d’Ihwa assure les revenus du foyer. Elle est gérante d’une modeste taverne de campagne très investie par les paysans du village. Ces hommes ont des vues sur la mère… et depuis peu sur la fille qui fait l’expérience de ses premières déceptions amoureuses. Toutes sortes de questionnements en découlent, et quand l’amour sonne enfin à sa porte, c’est de manière tout à fait ingénue.

Dans le premier tome, « Monsieur l’écrivain public », amant de la mère, s’était immiscé dans ce couple de femmes. C’est maintenant au tour de Déok-Sam. Il va faire chavirer le cœur d’Ihwa.

La place des femmes dans la société, le poids des traditions et du paraître, les sentiments, voilà ici les thèmes principaux qui constituent cette œuvre.

Dans ce contexte, on accède aussi au questionnement de la jeune fille. Il garde une certaine candeur mais sa naïveté d’enfant disparaît au fur et à mesure qu’Ihwa grandit. Les échanges avec sa mère évoluent également, leur complicité s’accroît et l’humour permet d’aborder certains sujets de manière anodine, sans pour autant que le récit en devienne stupide. La sexualité est parlée sans trop de retenue, bien que très imagée (voire trop parfois). Sans ces métaphores, la gêne d’Ihwa est très perceptible et ses réactions pas toujours crédibles. Un récit au rythme lent, contemplatif.

On admire les dessins de  KIM, pleins de douceur. Un étrange contraste cependant entre les ambiances graphiques de qualité inégale. D’un côté, on remarque  l’attention minutieuse dont l’auteur fait preuve pour moduler progressivement et avec finesse les traits de la jeune fille, ses traits perdant doucement leurs rondeurs enfantines. D’un autre côté, je trouve désagréable le décalage entre certaines cases minimalistes (mettant souvent en avant les expressions visages et corps) et d’autres très fouillées (il y a réellement matière à se perdre tant les détails de la faune et de la flore sont magnifiques. On s’arrête sur une  fleur, une feuille, un papillon… De même, pour les visages qui sont très beaux à certains moments et complètement grimaçants à d’autres… certes c’est l’influence manga mais ici, je n’aime pas. C’est une question de goûts ^^ Je reconnais que dans l’ensemble, je retiens plus les images des paysages dans lesquels mon regard s’est perdu mais, pendant la lecture, tous ces faciès difformes m’ont agacée. Je me consolais avec des visuels comme celui-ci :

Je trouve que cette œuvre (la série dans son ensemble) est ambigüe. Tout est en permanence en contradiction avec une position ou une attitude inverse. Un récit à la fois puritain et dévergondé, mélodieux et dysharmonieux à la fois. Une douce mélancolie mêlée à une joie de vivre. Idem au niveau du graphisme, tantôt figé tantôt aérien. Le Yin et le Yang en permanence. Rien de mal à cela me direz-vous, « ce sont les choses de la vie ma brave Dame ! ». D’accord, mais chaque tome d’Histoire Couleur Terre faisant environ 300 pages… c’est assez difficile pour moi de soutenir ce rythme.

pictobofOn revient donc sur la thématique des premiers amours, de la découverte de son corps qui change, on explore tout le panel des sentiments. Une œuvre que je trouve moralisatrice, parfois monotone et souvent mielleuse. Trop romantique et fleur-bleue pour moi.

J’avais lu cette série il y a un an et j’avais moyennement accroché. Je pensais qu’avec le temps et en reprenant cette série en connaissance de cause, mon approche serait différente… C’est pire ! Le troisième album du triptyque ne sera pas sur ce blog.

Mon avis sur le tome 1.

Extraits :
 » Le destin tient un compte très précis de la part de bonheur qu’il réserve à tout un chacun. Et cela vaut aussi en amour  » (Histoire Couleur Terre, tome 2).
 » Il ne sert à rien d’être trop entouré. Ce qui compte, c’est d’avoir auprès de soi des êtres aimés  » (Histoire Couleur Terre, tome 2).

Histoire Couleur Terre

Tome 2

Triptyque terminé

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Dong-Hwa KIM

Dépôt légal : novembre 2006

ISBN : 2203396393

Bulles bulles bulles…

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Histoire Couleur Terre, tome 2 – Kim © Casterman – 2006

Histoire Couleur Terre, tome 1 (Kim)

Histoire Couleur Terre tome 1
Kim © Casterman – 2006

Un premier tome de 10 chapitres dans lequel on partage la vie d’Ihwa, une petite fille de 7 ans qui vit avec sa mère.

Ihwa n’a plus de père et sa mère tient un petit estaminet de campagne où se retrouvent quotidiennement les fermiers des environs après leurs journées de travail. Veuve depuis plusieurs années, la mère d’Ihwa fait l’objet de convoitises et des fantasmes des hommes. Lorsqu’un jour un écrivain public ambulant va solliciter leur hospitalité le temps d’une nuit, le coeur de la mère d’Ihwa va battre à un rythme nouveau.

Au fil des printemps, nous observons Ihwa s’épanouir. A la fin du premier tome, elle a atteint la puberté.

La première fois que j’ai lu cette série, la première question qui m’est venue en tête était de savoir comment un homme a pu concevoir un tel récit sur les femmes. Le style est très sucré, très poétique, très lent aussi. KIM aborde l’intimité féminine avec beaucoup de respect et de délicatesse. Cependant, le rythme lent de la narration et le recours incessant aux métaphores et symboliques ne me font pas sauter de joie.

Les thèmes de l’ouvrage sont l’éducation, la sexualité (sans grand tabou), la relation mère-fille (et leurs confidences). Les dessins sont parfois minimalistes, certaines cases ne présentent qu’un visage sur un fond blanc. A l’inverse, quand il s’agit de dessiner la flore, l’auteur a le soucis du détail sur une feuille, une écorce, une fleur…

pictobofUn récit doux et langoureux, une mélodie que je n’ai parfois écouté que d’une oreille… Une relecture qui m’a ennuyée. J’ai un meilleur souvenir sur second tome.

Le second tome est également sur le blog. Besoin d’autres info ?

Voici une interview de l’auteur sur le site de Casterman, la chronique de La Boîte à lecture et une chronique qui propose des visuels supplémentaires.

Extraits :

« Il suffit parfois d’un regard pour s’attacher un cœur » (Histoire Couleur Terre, tome 1).

« Une veuve n’arrive jamais à cacher tout à fait sa solitude. On a beau se couvrir l’épaule, la sensation de froid ne nous quitte jamais » (Histoire Couleur Terre, tome 1).

Histoire Couleur Terre

Tome 1

Triptyque terminé

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : Dong-Hwa KIM

Dépôt légal : août 2006

ISBN : 2203396377

Bulles bulles bulles…

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Histoire Couleur Terre, tome 1 – Kim © Casterman – 2006